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Notes de recherche

Socio-sémiotique des représentations genrées d’un dispositif médiatique particulier : les retransmissions de compétitions sportives

Socio-Semiotical Analysis of Gender Representations within a Particular Apparatus: Television Sport Broadcasting
Natacha Lapeyroux
p. 275-296

Abstracts

This article proposes a methodological framework to carry out a socio-semiotical analysis of gender representations within a particular apparatus TV sport broadcasting (Lochard, 2010) (using the theoretical and methodological tools offered by Queer studies). It analyzes the representations of female athletes in TV sport broadcasting at the intersection of social relations of gender, race, sexuality and “national identity”.

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Full text

  • 1 Selon Médiamétrie, cinq retransmissions de compétitions de la Coupe du monde de football des femmes (...)

1Depuis les années 1960, les retransmissions de compétitions sportives sont devenues un spectacle de masse (Horne et al., 1999). La télévision et le sport sont désormais au cœur de la vie quotidienne de centaines de millions de personnes et le spectacle sportif télévisé est devenu un élément de la culture populaire dont l’analyse peut aider à comprendre la société dans laquelle nous vivons (Whannel, 1992). Ce spectacle sportif télévisé se caractérise par une inégale représentation des disciplines sportives en fonction de leur héritage historique, des aires géographiques, du type de compétitions (régionales, nationales ou internationales), des choix effectués par les chaînes (privées ou publiques) qui achètent les droits de retransmission, etc. Il varie aussi fortement en fonction du sexe des athlètes. En effet, malgré des évolutions significatives1, les sportives peinent à atteindre le statut de célébrités en raison d’une sous-médiatisation de leurs compétitions à la télévision et de représentations genrées stéréotypées (Smart, 2005). Néanmoins, les représentations télévisuelles des sportives sont un lieu de conflits entre des représentations genrées hégémoniques et contre-hégémoniques, c’est-à-dire un lieu d’affrontement pour le contrôle de la signification (Hall, 1983). Le terme genre a pour vocation de distinguer le sexe à caractère biologique du genre qui est une construction sociale et culturelle (Bereni et al., 2008). Quant au terme hégémonie, il est emprunté à l’étude des rapports de classe d’Antonio Gramsci et renvoie à la dynamique culturelle par laquelle un groupe revendique et maintient une position sociale de leadership (Connell, 2014). À tout moment, une forme de « masculinité » ou de « féminité » peut être culturellement glorifiée et des luttes contre-hégémoniques peuvent donner lieu à des changements historiques (id., 2015). Cet article offre un cadre méthodologique pour effectuer une analyse socio-sémiotique des représentations genrées à l’œuvre au sein des retransmissions de compétitions à partir des outils théoriques et méthodologiques offerts par les queer studies.

Déconstruire les représentations genrées du spectacle sportif télévisé

Sport, genre et médias

2Dans les années 2000, on a pu assister en France à un véritable gender turn (tournant des études de genre) au sein des sciences de l’information et de la communication (SIC) et la question du genre est devenue un objet de débat public (Coulomb-Gully, 2009). Penser le genre, c’est soulever les questions de domination et de lutte de pouvoir qui traversent les discours médiatiques au sujet des identités sexuées, de genres et sexuelles (Bertini, 2009). Tandis que la revue Questions de communication s’était intéressée dès 2009 au développement des études de genre en SIC (Fleury et Walter, 2009, 2010 ; Coulomb-Gully, 2010), l’articulation entre sport, genre et médias est presque absente au sein de cette discipline. Comme le souligne Sandy Montañola, dont la thèse de doctorat (2009) – novatrice en la matière – portait sur les représentations genrées des sportives dans la presse écrite, les recherches en SIC se sont rarement centrées sur la médiatisation du sport alors que « toutes la qualifient d’influente, sur la socialisation des pratiques sportives, comme sur la construction des identités sexuées » (id., 2014 : 39). En 2019, le dossier intitulé « Identité éditoriale, identités sportives » coordonné par Valérie Bonnet et Christine Mennesson analysait les représentations identitaires des athlètes circulant dans la presse écrite en lien avec l’identité éditoriale des supports et comprenait plusieurs articles abordant la question des stéréotypes de genre et ethnoraciaux (Fraysse, 2019 ; Forté, 2019 ; Charlot, 2019). Cependant, les recherches en SIC articulant sport, genre et médias se sont concentrées surtout sur la presse écrite. Les chercheur·es français ayant travaillé sur le spectacle sportif télévisé ont proposé des outils méthodologiques pertinents pour analyser les retransmissions de compétitions sportives (Lochard, 2010 ; Bonnet, 2019), mais ne les ont pas articulés avec les perspectives ouvertes par les gender studies, contrairement à leurs homologues anglo-saxons (Lapeyroux, 2018). Cet article analyse les représentations genrées qui circulent au sein du dispositif particulier que sont les retransmissions de compétitions sportives afin de rendre compte des traits et comportements qui sont valorisés ou, au contraire, stigmatisés dans les médias, ainsi que des identités dissidentes dont on suppose qu’elles sont érigées en ressource d’identification par les spectateurs et spectatrices (Coulomb-Gully, 2009).

  • 2 Par le terme sport central, M. A. Messner (2002) entend qualifier la position occupée par un sport (...)

3Les représentations télévisées du spectacle sportif des hommes donnent à voir des corps d’hommes forts, puissants et agressifs et plus particulièrement dans les sports centraux2 (football, rugby, cyclisme, etc.) qui sont des sports qui tiennent une place hégémonique en raison à la fois des privilèges qui leurs sont accordés et surtout de leur capacité à attirer de nombreux fans et spectateurs (Messner, 2002). De plus, l’effet discursif selon lequel « le sport », soit celui « de référence », correspond à celui pratiqué par les hommes et le sport « féminin » celui auquel on doit accoler un adjectif particulier pour le désigner participe à marginaliser les femmes dans le sport en signifiant leur différence par rapport à la norme « masculine ». En parallèle, les sportives peinent à atteindre le statut de célébrités en raison d’une sous-médiatisation de leurs compétitions sportives à la télévision et de représentations stéréotypées (Smart, 2005). Selon le Conseil supérieur de l’audiovisuel, en 2014, le spectacle sportif des femmes ne représentait que 16 à 20 % des retransmissions de compétitions à la télévision. De plus, les commentateurs et commentatrices ont tendance à mettre au premier plan les athlètes les plus jolies et à discréditer celles qui ne sont pas conformes à la norme (Davisse et Louveau, 1998). Par ailleurs, l’hétéronormativité est encouragée dans le sport et l’orientation sexuelle des athlètes est questionnée dès lors qu’elles et ils s’engagent dans une discipline qui viendrait remettre en cause le système sexe/genre (Connell, 2014 ; Ferez, 2007 ; Griffin, 1998). En parallèle, les représentations médiatiques font aussi émerger de nouveaux modèles identitaires subversifs et transgressifs dans la sphère publique tels la boxeuse, la rugbywoman, le nageur pratiquant la natation synchronisée ou encore les athlètes intersexué·es, transgenres, etc. Afin d’analyser les représentations des identités hégémoniques et contre-hégémoniques des athlètes de haut niveau qui circulent au sein du média télévision, nous mobiliserons les queer studies.

« Queeriser » le regard porté sur la médiatisation du sport

4Les théories queer visent à déconstruire le système sexe/genre qui vient naturaliser le binarisme sexualisé homme/femme en renversant le sens commun selon lequel le genre (social) traduirait le sexe (biologique) (Cervulle et Quemener, 2015). Selon Judith Butler (2005), le genre est une construction discursive passant par des actes de langages performatifs répétés stéréotypés qui assignent des normes régulatrices stéréotypées sur les corps telles « le football n’est pas un sport de fille » ou « les hommes sont costauds ». L’analyse des stéréotypes permet de dénoncer le préfabriqué dans les domaines de l'esprit, mais aussi au sein des productions culturelles (Amossy, 1989) que sont les retransmissions de compétitions sportives. Cependant, des changements et déplacements s’opèrent via les singularités, les stratégies de résistance, les nouvelles conceptions des féminités et masculinités et les nouvelles façons de s’approprier son corps que l’on retrouve dans les représentations médiatiques (Markula, 2009). Les technologies de genre (ici, les retransmissions de compétitions sportives) participent à la définition du vivant en proposant des représentations discursives des identités actualisées (Lauretis, 2007). L’approche généalogique foucaldienne (1969) permet de saisir, sur une période donnée, les moments de ruptures et les discontinuités au sein des représentations des identités sportives qui participent à la formation des subjectivités.

  • 3 Afin de prendre en compte la multiplicité des rapports de genre, l’intersectionnalité forme une cri (...)

5Les représentations véhiculées au sein des retransmissions de compétitions des sportives de haut niveau sont étudiées à l’intersectionnalité3 des formes de domination de genre, ethnoraciales, de sexualités (Crenshaw, 2005) et de « l’identité nationale » (Whannel, 1992). La question de la classe est souvent évacuée dans les retransmissions de compétitions sportives durant lesquelles les origines sociales des athlètes sont masquées au profit d’un discours centré sur l’individu et la performance (Whannel, 1992). Si, au début des années 2000, la controverse entre les féministes matérialistes et queer – opposant l’intérêt pour les processus discursifs de construction du genre et des sexualités à la matérialité des rapports de sexe – a éclaté, des méthodologies articulant les deux propositions ont également vu le jour (Cervulle et Clair, 2017). Nous prendrons en compte les réflexions des féministes matérialistes sur la consubstantialité et la co-extensivité des rapports sociaux (Kergoat, 2009). Il s’agit d’analyser les effets conjugués des rapports sociaux de pouvoir qui ne sont pas additionnés ou superposés mais imbriqués : ils sont consubstantiels et coextensifs (ibid.). Pour cela, nous effectuerons une analyse socio-sémiotique des retransmissions de compétitions sportives.

Socio-sémiotique du genre des retransmissions de compétitions sportives

6La socio-sémiotique propose des outils « pour travailler sur les constructions discursives, iconiques et communicationnelles du genre pris comme objet » (Berthelot-Guiet et Kunert, 2013 : 51). La socio-sémiotique du genre étudie les rapports sociaux de sexe et se donne pour objectif de cerner les éléments systémiques du genre et les rapports de pouvoir qui se manifestent dans un dispositif de communication spécifique, dans notre cas celui des retransmissions de compétitions sportives (Julliard, 2013). Les retransmissions de compétitions sportives sont des objets sémiotiques constitués à la fois d’images et de sons qui font signes aux téléspectateurs. Ce sont des « interfaces signifiantes » situées à l’articulation de l’espace de production et de l’espace de réception (Lochard et Soulages, 1998). Au niveau de la production, les retransmissions de compétitions sportives font appel à un dispositif médiatique particulier. La notion de dispositif télévisuel est empruntée par les chercheur·es en SIC à celle de dispositif de pouvoir et de surveillance sociale telle que défini par Michel Foucault dans l’Ordre du discours (1971) et Surveiller et punir (1975), une sorte « de panoptique inversé, non plus disciplinaire et arbitraire, mais programmateur des individus en masse par séduction » (Lochard, 1999 : 307). La conception et la réalisation de ce type de programme obéit à des logiques et des normes d’action qui s’imposent à l’ensemble des acteurs et actrices professionnels (Lochard, 2010). Le dispositif sportif implique deux types de professionnel·les : d’une part, une équipe technique (réalisateurs et réalisatrices, cadreur·ses, truqueur·ses) participant à la construction de la retransmission sportive et, d’autre part, les locuteurs et locutrices, soit des journalistes et des consultant·es (qui sont d’anciens athlètes de la discipline) (Lochard, 2010), prenant en charge les éléments sémiotiques que sont le visuel et le verbal (Lochard et Soulages, 1998) qui donnent à voir des représentations genrées des sportifs et sportives. Il s’agit d’analyser, au sein d’un cadre situationnel spécifique (les retransmissions de compétitions sportives), les interactions qui ont lieu entre différents intervenants (journaliste, sportive, entraîneur·se, etc.), un énoncé n’ayant de sens qu’à l’intérieur d’autres énoncés (Goffman, 1991), tout en prenant en compte l’identité des locuteurs et locutrices, les jeux de langage n’étant pas égaux devant l’espace social. L’application d’un cadre prépare à entendre certains types d’explications de la part des différents locuteurs et locutrices (Esquenazi, 2014). Sur le plan visuel, il s’agit d’analyser les différents plans de caméra, ralentis, écrans divisés, etc., les assemblages de formats sémiotiques (textes, images) ou, au contraire, les moments de décrochage entre le verbal et le visuel (Julliard, 2013).

Les retransmissions de compétitions sportives : un dispositif médiatique spécifique au prisme du genre

Quantifier l’identité sexuée des commentateurs et commentatrices

7L’analyse du pouvoir au sein des tenants du discours durant les retransmissions de compétitions sportives « consiste à identifier les divers systèmes de prises de parole que le discours autorise afin que les téléspectateurs composent l’image télévisuelle de la réalité » (Esquenazi, 2003 : 107). Comme le souligne Sandy Montañola (2014), coupler l’étude de la représentation du sport à celle des locuteurs et locutrices permet de poser la question de l’influence d’une expertise sexuée. Dans cet objectif, il peut être intéressant d’identifier et de quantifier les commentateurs et commentatrices sportifs. Deux types de journalistes commentent les retransmissions de compétitions sportives (Fernandez, 2004). Le ou la journaliste du premier type décrit les actions sur l’ensemble de la compétition, donne des informations annexes (biographiques, données sur le physique des joueur·ses, anciens club, palmarès, nombre de sélections, etc.), fait part des dernières anecdotes (transferts passés, conflits entre les athlètes, propos des entraîneur·ses, commentaires sur la vie privée) et contribue à faire en sorte que la rencontre sportive s’insère dans un ensemble plus vaste. Le ou la journaliste du second type se trouve sur le terrain (le stade, le gymnase, etc.) afin de commenter la retransmission « de l’intérieur ». Ce type de journaliste a pour fonction d’encadrer la retransmission sportive en introduisant avant le début de la rencontre les enjeux de la compétition, puis disparaît durant l’événement pour revenir à la fin conclure par une interview de l’entraîneur·se et des athlètes. Le·a consultant·e (apparu·e dans les années 1970) est un·e ancien·ne sportif·ve de la discipline qui va compléter la description simultanée effectuée par le·a journaliste d’une évaluation et d’une mise en perspective d’un point de vue de spécialiste (Fernandez, 2004).

  • 4 La Déclaration de Beijing est considérée comme le principal document de politique mondiale en matiè (...)
  • 5 Selon l’Organisation mondiale de la santé, le terme sexospécificité se rapporte aux rôles, aux comp (...)
  • 6 Les marqueurs ethnoraciaux, ne renvoient pas à des catégories « ethniques » ou à des catégories « r (...)
  • 7 Nous n’avons pas pu ajouter la Coupe du monde de rugby des femmes de 2010 parce que celle-ci a été (...)

8Les techniques de monitorage ont été mises en place à l’échelle mondiale depuis la déclaration de Beijing en 19954 et invitent à développer des méthodes d’analyse sexospécifiques5 à travers la production d’indicateurs quantitatifs relatifs à la place des femmes dans les médias (Biscarrat et al., 2017). Ces techniques quantitatives ont été l’objet de critiques, portant notamment sur une hiérarchisation binaire et naturalisante des sexes et sur leur incapacité à considérer les autres rapports de pouvoir, rendant dès lors invisibles certaines formes de domination (ibid.). Cependant, on peut considérer que l’analyse quantitative permet d’étudier les représentations télévisuelles du sport à partir d’un essentialisme stratégique (Spivak, 2009), c’est-à-dire d’une stratégie d’un figement provisoire des catégories hommes et femmes définies a priori (Biscarrat et al., 2017). Dans le cadre de notre recherche, l’objectif est de pointer les inégalités d’accès aux postes de journalistes sportif·ves et de consultant·es entre les hommes et les femmes. La place des femmes dans le journalisme sportif reste moindre puisqu’elles ne représentent que 15 % des effectifs au sein d’une profession qui reste largement dominée par les hommes (Derèze et al., 2015). De plus, afin de rendre compte des inégalités d’accès aux postes de journalistes et consultant·es, il peut être intéressant de coupler l’analyse de l’expertise sexuée à une analyse de l’identité ethnoraciale des commentateurs et commentatrices. Aussi, en suivant la méthode proposée par Éric Macé (2006), il s’agit d’effectuer un recensement des individus commentant les retransmissions de compétitions sportives : serait-ce des hommes, des femmes, des journalistes, des consultant·es ? Quelle est l’identité ethnoraciale perçue6 des commentateur·trices ? Pour exemplifier notre propos, nous avons recensé les commentateurs et commentatrices des retransmissions de compétitions sportives de rugby des femmes lors des Coupes du monde 2006 et 20147.

Tableau . Recensement des commentateurs et commentatrices lors des coupes du monde de rugby 2006 et 2014

Compétitions

Chaînes

Journalistes décrivant les actions et journalistes sur le terrain

Consultant·es

Coupe du monde 2006

Eurosport

Deux hommes blancs décrivant les actions

Aucun journaliste sur le terrain

Un homme blanc

Coupe du monde 2014

France 4

Un homme blanc décrivant les actions

Une femme blanche journaliste sur le terrain

Deux femmes blanches

9Le recensement effectué dans le tableau 1 a permis de rendre compte, lors des coupes du monde 2006 et 2014, d’une part, d’une énonciation par des personnes blanches dans le rugby des femmes (l’ensemble des journalistes et consultant·es sportifs commentant les retransmissions de compétitions du rugby étaient blanc·hes) et, d’autre part, d’une hégémonie « masculine » au sein de la fonction de journaliste commentant les actions en cours sur le terrain (l’ensemble des journalistes à ce poste étaient des hommes). Enfin, on constate une évolution entre les coupes du monde 2006 et 2014 puisque, en 2006, l’ensemble des commentateurs étaient des hommes alors que, en 2014, une femme journaliste sur le terrain commentait la retransmission ainsi que deux consultantes.

Analyser les discours des locuteurs et locutrices

10Les représentations télévisuelles du sport sont formées à partir d’un décalage entre les textes premier (les images des compétitions dans notre cas) et second (les discours accolés aux images) jouant deux rôles qui sont solidaires et permettent de construire des discours nouveaux (Foucault, 1971). En effet, le commentaire constitue une forme de réaction à ce qui se passe sur le terrain (Fernandez et Lochard, 2007). Il participe à la construction de l’imaginaire en ajoutant des symboles et des valeurs à l’événement (Attali, 2010). Les commentateurs et commentatrices effectuent des pronostics sur les résultats de la compétition, décrivent l’action en cours, ainsi que les athlètes (nomment les joueur·ses, donnent des informations biographiques et statistiques, décrivent leurs qualités morales, physiques, leurs exploits, ou, au contraire, les dévaluent et les stigmatisent, etc.). Les signes discursifs peuvent également intégrer des discours hors du temps, qui portent sur autre chose que l’épreuve et participent à la mise en contexte factuel. Les commentateurs et commentatrices peuvent notamment se focaliser sur la vie privée des athlètes (mariage, maladie, divorce, décès d’un·e proche, naissance d’un·e enfant, etc.) (Fernandez, 2004). Au-delà des discours portés par ces commentateurs et commentatrices, il convient également d’analyser les discours des athlètes, des entraîneur·ses et des personnalités du monde du sport qui peuvent s’exprimer lors des interviews qui ont lieu avant et après une compétition (Fiske et Hartley, 1978). Il s’agit de repérer au sein de ces différents types de discours, ceux qui portent des normes de genre concernant les athlètes et les mythologies qu’ils contiennent (Barthes, 1957), à l’intérieur du dispositif spécifique que sont les retransmissions de compétitions sportives, mais également dans le cadre d’autres phénomènes d’énonciations tels l’implicite, l’ironie, les non-dits, etc. (Barthes, 1964).

Examiner la dimension visuelle : les images filmées

  • 8 Avant les compétitions, la cérémonie des hymnes provoque une exaltation patriotique grâce aux drape (...)

11Dans les retransmissions de compétitions sportives, la construction des images filmées est en tension entre une logique de réalisme (saisir l’événement tel qu’il se déroule), une logique de divertissement (l’utilisation de gros plans notamment et l’introduction d’un écran partagé afin de mettre en avant les célébrités du sport) et une logique de dramatisation de l’événement (des effets de communion peuvent être réalisés grâce au filmage8). Garry Whannel (1992) suggère de prendre en compte les mouvements des caméras qui font, d’une part, des plans larges lors des compétitions afin de montrer les actions sportives dans leur globalité et, d’autre part, des gros plans sur les athlètes. L’utilisation de gros plans a pour effet d’accentuer la personnalisation des athlètes en mettant en avant certain·es, en montrant leurs exploits (en filmant un point marqué, un geste technique, etc.) avec une tendance à se concentrer sur les gagnant·es et à occulter les perdant·es et peuvent sexualiser les corps (gros plans sur des parties suggestives) ou en stigmatiser d’autres (montrer des athlètes en difficultés ou à des moments peu valorisants). De plus, les producteurs médiatiques souhaitent obtenir une action maximum dans un espace minimum à travers une sélection de plans moyens et de gros plans et une accentuation du rythme provoqué par le montage avec les ralentis, replay, etc. qu’il convient également d’analyser (ibid.). Ces ralentis peuvent donner à voir les exploits des athlètes et les expressions de la victoire ou, au contraire, insister sur une manifestation de faiblesse. Sont également à prendre en compte les moments où les cameramen filment autre chose que le terrain sportif lors des phases sans actions (début de la compétition, temps morts, mi-temps, après la compétition, etc.) en donnant à voir par exemple des athlètes dans les vestiaires, des interviews effectuées par les journalistes sur le terrain, des gros plans sur les supporters (chantant, arborant des emblèmes, se livrant à des olas), mais aussi sur les entraîneur·ses, les personnalités politiques présentes, les membres de la famille, les conjoint·es, etc. Ces différentes façons de donner à voir les corps des athlètes sont porteuses de représentations genrées (sexualisation, virilisation, etc.) qu’il s’agit d’analyser. Enfin, les sujets filmés bénéficient d’une marge d’initiative : leurs comportements – même encadrés et prévisibles comme ceux des acteurs sportifs – ne sont jamais entièrement maîtrisables (Lochard, 2010). En effet, les retransmissions de compétitions sportives sont un lieu de coproduction entre des performances collectives associant des acteur·rices professionnels (réalisateur·trices, commentateur·trice·s, etc.) et médiatisés (les athlètes et le public) qui se livrent à des « mises en scène de soi » de plus en plus sophistiquées (Lochard, 2010) dont les performances de genre des athlètes font partie.

Observer les performances de genre des athlètes

  • 9 Comme le souligne E. Dorlin (2010 : 268), « par Black Feminism, il ne faut pas entendre les féminis (...)

12Le concept de performance de genre (Butler, 2005) désigne les procédés impliquant le corps, la gestuelle, les mots et les façons de se montrer, de représenter et de se représenter (Quemener, 2014). Selon Judith Butler (2016 : 13-14), « le genre est une sorte de faire, une activité incessante performée, en partie, sans en avoir conscience et sans le vouloir, il n’est pas pour autant automatique ou mécanique. C’est une scène d’improvisation qui se déploie à l’intérieur d’une scène de contrainte ». Au cours de notre existence, nous performons notre genre soit en correspondance avec le genre qui nous a été assigné en fonction de notre sexe, soit, au contraire, en prenant le contre-pied, en adoptant une posture hétérodoxe (performer le genre masculin lorsque l’on est une femme et vice versa). Ce concept de performance de genre permet d’analyser les postures adoptées par les athlètes tant au niveau des images du corps qu’à celui du langage au sein des technologies de genre ─ ici, le média télévision ─ qui participent à la définition du vivant en proposant des représentations discursives des identités actualisées (Lauretis, 2007). Ces performances de genre sont à analyser à l’intersection du corps et du langage et de l’étude de la masculinité et de la féminité en tant que potentiellement dissociés des corps féminins et masculins qui les performent (Quemener, 2014). Certaines sportives performant le genre « masculin » font preuve d’agressivité, de force et de violence, ont les cheveux courts, une musculature développée et certains sportifs performant le genre « féminin » s’approprient la grâce, l’esthétisme, ont les cheveux longs, etc. D’un point de vue méthodologique, cela implique une analyse en deux temps « comprenant d’une part les qualificatifs verbaux et les signes vestimentaires assignant un genre, d’autre part, les attitudes, gestes, expressions faciales ou verbales pouvant signifier un genre concordant ou dissonant » (ibid. : 47). L’analyse des représentations genrées des sportives de haut niveau sera réalisée à l’intersection des rapports sociaux de genre, ethnoraciaux, de sexualités… en s’appuyant notamment sur les apports du black feminism9 et des postcolonial studies (voir infra). Afin d’exemplifier notre proposition méthodologique, nous donnerons des exemples issus d’un corpus de retransmissions de compétitions sportives dans lesquelles les sportives de haut niveau s’illustrent (championnats du monde, Jeux olympiques et tournoi de Roland-Garros) dans plusieurs disciplines (boxe, gymnastique, tennis, basketball et rugby) sur une période de dix années (entre 2005 et 2015).

L’intersection des rapports sociaux de genre, ethnoraciaux, de sexualités et l’identité nationale

Les représentations genrées des sportives : entre stéréotypes et innovations

  • 10 R. Connell (1987) désigne par le terme « emphasized femininity » une forme de féminité conforme aux (...)

13La socio-sémiotique attentive à la dimension sociale des textes médiatiques (Verón, 1987) s’intéresse à l’étude de la production de signes dans le champ des interactions sociales et prend en compte les conditions de manifestation des discours dans un contexte socioculturel spécifique (Semprini, 2007). Entre 2005 et 2010, les représentations véhiculées au sein des retransmissions de compétitions ont disqualifié les athlètes en tant que sportives de haut niveau en sexualisant le corps des femmes dont la performance de genre correspond aux normes de féminité hétéronormatives occidentales et en utilisant un ton ironique pour commenter leurs performances sportives (Messner, 2002). Le dispositif médiatique a mis en avant une forme d’« emphasized feminity »10 (féminité affirmée) (Connell, 1987 ; Fraysse, 2019) en réalisant des gros plans sur le visage des sportives portant les apparats de la « féminité » (rouge à lèvres, crayon noir sur les yeux, cheveux longs), ainsi que sur des parties suggestives de leurs corps (jambes, entrejambes, décolletés). Cette sexualisation des athlètes se retrouvent non seulement dans les discours des journalistes et des consultants :

  • 11 France 3, tennis, fínale du tournoi de Roland-Garros opposant Ana Ivanovic (Serbie) et Justine Heni (...)

Vraiment un régal cette finale, pas uniquement sur le plan plastique, on est tous d’accord, mais sur le plan du style se sont deux joueuses qui sont très très agréables à regarder11

  • 12 France 2, tennis, demi-finale du tournoi de Roland-Garros opposant Mary Pierce (France) et Elena Li (...)

Quand elle avance Mary j’ai envie de dire qu’elle est irrésistible.12

  • 13 France 3, tennis, finale du tournoi de Roland-Garros opposant Ana Ivanovic (Serbie) et Justine Heni (...)

Nous en sommes encore tout émoussés.13

  • 14 France 2, tennis, demi-finale du tournoi de Roland-Garros opposant Ana Ivanovic (Serbie) et Maria S (...)

14mais aussi dans celui des personnalités interviewées dans le public. Lors de la demi-finale des Internationaux de France de tennis de 2007 (tournoi de Roland-Garros) opposant Ana Ivanovic à Maria Sharapova, le célèbre pilote automobile Alain Prost interviewé par le journaliste sur le terrain Nelson Monfort a sexualisé les joueuses de tennis en comparant le physique de ces deux sportives à la carrosserie d’une voiture : « Il y a une belle Ferrari et une belle MacLaren »14. En 2006, les journalistes et consultants sportifs ont fait preuve d’ironie à l’égard des performances sportives des françaises en sous-entendant que celles-ci ne connaissaient pas les règles :

  • 15 Eurosport, rugby, demi-finale de la Coupe du monde opposant la Nouvelle-Zélande et la France, 12 se (...)

Il y a un travail spécifique dans le rugby féminin qui est fait par rapport aux règles d’arbitrage un peu comme c’est le cas chez les hommes. Je veux dire, vous ne travaillez pas avec les filles sur les règles de hors-jeu, sur les positionnements ?15

  • 16 Sport+, basketball, quart de finale de la Coupe du monde opposant l’Australie à la France, 20 sept. (...)

15ou en affirmant qu’elles participaient aux compétitions internationales « sans pression »16, ce qui a pour effet d’évacuer les enjeux compétitifs. Durant cette période, les mouvements de caméras se sont également attardés sur les manifestations de faiblesses des sportives (ralentis sur les athlètes blessées, sonnées après un choc ou en larmes). Ces signes filmés ont véhiculé des connotations négatives au sujet de la capacité des femmes à supporter la violence et l’agressivité propre au monde du sport. Par ailleurs, l’assemblage sémiotique (texte et image) au sein du dispositif médiatique que sont les retransmissions de compétitions sportives a conforté les mythes au sujet de la supposée fragilité « féminine » et de la femme objet du désir de l’homme (Barthes, 1964).

  • 17 Les boxeuses françaises Myriam Lamare et Anne-Sophie Mathis ont été plusieurs fois championnes du m (...)
  • 18 France 4, rugby, finale de la Coupe du monde opposant le Canada et l’Angleterre, 17 août 2014.
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  • 20 Sport +, basketball, finale du Championnat du monde opposant l’Espagne et les États-Unis, 5 oct. 20 (...)
  • 21 Sport +, basketball, finale du Championnat du monde opposant l’Espagne et les États-Unis, 5 oct. 20 (...)

16Ces représentations évoluent dans le temps et sont porteuses de luttes contre-hégémoniques. À partir de 2010, grâce à leurs résultats sportifs lors des compétitions internationales17, les journalistes et consultant·es ont souligné les qualités sportives des femmes athlètes de haut niveau : « un engouement avant tout pour le jeu, c’est vrai qu’on a pu voir de magnifiques prestations durant cette coupe du monde »18 ; « elles tentent des choses difficiles et les réussissent »19. Durant cette période, les sportives transgressives performant le genre « masculin » se sont faites plus nombreuses (cheveux courts, musculature apparente, attitude agressive, etc.) et ont été comparées aux hommes par les commentateurs sportifs. Par exemple, la basketteuse américaine Brittney Griner, qui fait preuve d’agressivité, de violence et de détermination sur le terrain, a été comparée aux hommes de sa discipline par les journalistes en raison, d’une part, de son physique – elle mesure plus deux mètres et chausse du 54 – et, d’autre part, de ses performances sportives qui ont été comparées à celles des hommes « avec un jeu aérien un peu au niveau des garçons »20 qui lui aurait permis d’être « la première joueuse à avoir réussi un dunk pendant un championnat du monde »21. Comparer cette sportive aux hommes de sa discipline a permis aux commentateurs sportifs de respecter les catégories hégémoniques de classification instituées et de maintenir une hiérarchie entre les sexes : la performance sportive reste associée aux hommes selon la « valence de la différence des sexes » (Héritier, 1996). La socio-sémiotique a permis de mettre au jour la façon dont les normes de genre se manifestent – parfois de manière ambivalente – dans les discours et les images filmées au sein du dispositif des retransmissions de compétitions sportives (Julliard, 2014).

Sexualités et parentalité des athlètes

  • 22 France 2, tennis, demi-finale du tournoi de Roland-Garros opposant Mary Pierce (France) et Elena Li (...)
  • 23 France 3, tennis, finale du tournoi de Roland-Garros opposant Mary Pierce (France) et Justine Hénin (...)
  • 24 France 2, tennis, quart de finale du tournoi de Roland-Garros opposant Serena Williams (États-Unis) (...)

17Selon Michel Foucault (1976), la sexualité est toujours historiquement construite et produite par la culture. Dans les représentations médiatiques, les athlètes doivent justifier leur hétérosexualité en faisant référence à leur couple et à leur parentalité (Griffin, 1998). Tandis que les conjoints sont souvent évoqués pour les couples hétérosexuels, ils sont passés sous silence pour les couples homosexuels (Whannel, 1992). Les athlètes homosexuel·les sont mis « au placard » afin de faire la promotion d’une image hétéronormative du sport. Selon Eve Kosfsky Sedgwick (2008 : 25), « “être au placard” est en soi une performance inaugurée en tant que telle par cet acte de parole qu’est le silence ». Sur l’ensemble des retransmissions de compétitions sportives étudiées entre 2005 et 2015, les conjoints filmés dans les gradins lors des retransmissions de compétitions sportives étaient tous des hommes. Si l’hétérosexualité a été valorisée et mise en avant par le dispositif médiatique, le statut marital d’épouse l’était également : « Vous savez, c’est tout le contraire d’une Sharapova, c’est une carrière assez sage et une vie bien rangée d’ailleurs, on devrait l’appeler Madame Baranov, puisqu’elle a épousé Mikhail Baranov il y a quelques années de cela »22. Les maris des sportives ont été décrits comme des soutiens pour ces sportives, « un soutien, un homme heureux lorsqu’elle remporte une victoire »23. Quant au divorce, il a été présenté en tant qu’épreuve dans la vie et la carrière de la sportive : « On sait tous les coups durs qu’elle a dû surmonter dans sa vie personnelle et dans sa vie de sportive. Le dernier en date, c’est sa séparation avec son mari »24. Ces signes filmés et discursifs qui valorisaient et naturalisaient l’hétérosexualité ont renforcé l’idéologie stéréotypée (Fiske et Hartley, 1978) selon laquelle il existe des différences entre les athlètes hétérosexuel·les et les homosexuel·les (Corey et Beth, 2006). La visibilité médiatique de l’homosexualité dans le sport est un enjeu social important permettant de faire évoluer les représentations des identités sexuelles des athlètes (Ferez, 2007).

  • 25 France 2, basketball, finale des Jeux olympiques opposant les États-Unis et l’Australie, 23 août 20 (...)
  • 26 Eurosport, gymnastique, finale des épreuves du saut de cheval des Jeux olympiques, 17 août 2008.

18Par ailleurs, si, auparavant, il était exceptionnel de voir des femmes devenir mères durant leur carrière sportive, c’est aujourd’hui devenu plus commun (Quintillan, 2008). La maternité des sportives a été mentionnée au sein des retransmissions de compétitions. La pause effectuée par la basketteuse américaine Lisa Leslie – qui était la grande vedette de cette équipe en 2008 (trois fois médaillées d’or aux Jeux olympiques en 1996, 2000 et 2004) – pour mettre au monde un enfant a été présentée comme un exploit : « En plus, Lisa Leslie a pris le temps de mettre au monde un bébé il y a quelques années, elle est revenue au plus haut niveau »25. Les victoires de la gymnaste multiple médaillée Oksana Chusovitina, qui est née en Russie et a émigré en Allemagne pour faire soigner son petit garçon malade, ont été dépeintes comme étant le résultat d’une volonté non pas de remporter des compétitions, mais de fournir un contre-don vis-à-vis de la nation allemande : « Pour rendre à l’Allemagne ce que l’Allemagne lui a donné, qu’elle défend les couleurs de ce pays »26. Les systèmes de signification de la maternité des sportives étaient contradictoires et ambivalents (Julliard, 2014), ils renvoyaient les femmes à leur fonction reproductrice et à leur identité de mère tout en déconstruisant le stéréotype selon lequel la maternité et le sport de haut niveau seraient incompatibles.

Représentation de l’identité nationale

19La façon dont on définit son identité nationale et dont on perçoit les autres nations par stéréotypes est en partie façonnée par la manière dont les médias représentent le sport (Horne et al., 1999). Le patrimoine national est constamment remis en question, en tension entre la tradition et la nouveauté. Dans le sport de haut niveau pratiqué par les hommes, les stars d’une discipline illustrent les sports nationaux : ce fut notamment le cas du basketteur américain Michael Jordan, du joueur de rugby néo-zélandais Jonah Lomu ou encore de l’athlète jamaïcain Usain Bolt. A contrario, les sportives sont peu médiatisées et peinent à atteindre le statut d’icône d’une discipline nationale, mais peuvent désormais représenter la nation à la télévision dans des disciplines de plus en plus variées (football, rugby, boxe, basketball, etc.). Durant les retransmissions de compétitions, les athlètes sont filmés à des moments où elles et ils font corps avec l’emblème national qu’est le drapeau (Andrieu, 2011). Ce fut notamment le cas lors de la première qualification historique de l’équipe de France de basketball en finale des Jeux olympiques en 2012 à Londres. À de nombreuses reprises, les images filmées ont donné à voir les basketteuses enroulées dans le drapeau afin de montrer qu’elles représentaient la nation, et des gros plans ont été réalisés sur Isabelle Yacoubou qui concourait avec une chevelure tressée bleu, blanc, rouge sur l’ensemble de la tête.

  • 27 Eurosport, rugby, demi-finale de la Coupe du monde opposant la Nouvelle-Zélande et la France, 12 se (...)
  • 28 France 4, rugby, finale de la Coupe du monde opposant le Canada et l’Angleterre, 17 août 2014.
  • 29 France 4, rugby, finale de la Coupe du monde opposant le Canada et l’Angleterre, 17 août 2014.
  • 30 Eurosport, gymnastique, finale des Jeux olympiques, 17 août 2008.

20Les discours des commentateurs et commentatrices lors des représentations télévisuelles du sport associent également certaines disciplines sportives à des nations spécifiques. Ces associations sont à relever. Par exemple, le rugby a été présenté comme « le » sport national en Nouvelle-Zélande chez les hommes et les femmes : « C’est un sport qui fait figure de numéro un, c’est le sport numéro un national »27 ; « la Nouvelle Zélande qui règne sur le rugby mondial aussi bien chez les garçons que chez les filles »28. Les commentaires sportifs ont joué également un rôle dans la construction de ce qu’est l’identité nationale en distinguant les nations qui avaient le plus de ressources (« elles ont énormément travaillé, elles ont fait des stages avec la Navy, elles basent énormément leur jeu sur leur physique. Du coup elles ont travaillé forcement en conséquence »29) de celles qui ont peu de moyens et du mal à faire face aux grandes nations (Horne et al., 1999) dont les gymnastes de Corée du Nord (« elles ont des conditions d’entraînement et de vie difficiles. On les voit en compétitions, elles ont très très peu d’équipement, survêtements, on sent que la vie est difficile là-bas » 30).

  • 31 France 4, rugby, demi-finale de la Coupe du monde opposant la France et le Canada, 13 août 2014.
  • 32 France 2, basketball, finale des Jeux olympiques opposant la France et les États-Unis, 11 août 2012

21L'identité nationale est une construction sélective, incluant certains éléments et en excluant d’autres, se définissant aussi bien en termes de ce qu’elle n’est pas que de ce qu’elle est. En effet, s’intéresser à la question de l’identité nationale, c’est d’abord chercher à savoir ce qui distingue les nations les unes des autres (Richard, 2019). L’identité est toujours « une représentation structurée qui ne gagne sa positivité qu’en passant par le chas de la négativité. Elle doit passer par le chas de l’aiguille de l’autre avant de pouvoir se construire elle-même » (Hall, 2013 : 31). Les commentaires sportifs ont défini les identités nationales en les opposant entre elles : « Il faut les déstabiliser ces Irlandaises, c’est ce qu’elles n’aiment pas. Autant effectivement elles sont capables de jouer très proprement et de manière très organisée, autant la désorganisation elles n’aiment pas ça. Alors que les Françaises sont capables de contre-attaquer, de jouer en lecture, chose qu’elles ne savent pas faire »31. Les commentateurs et commentatrices sont partisans et ont mobilisé l’identité nationale (Whannel, 1992) : « Voilà c’est ça aussi le sport collectif, les françaises ont l’habitude de jouer ensemble, les américaines font les stars chacune dans leur club et vous avez remarqué, il y a un seul ballon, donc elles ne peuvent pas toutes prendre les shoots à mi-distance »32.

  • 33 France 2, tennis, demi-finale du tournoi de Roland-Garros opposant Mary Pierce (France) et Elena Li (...)

22Cependant, la construction des identités nationales n’est pas un lieu fixe, mais un lieu ouvert aux contestations. Lorsque des sportif·ves ou des équipes dans lesquelles concourent des athlètes noirs ou non blancs (au sein de nations dont la population est majoritairement blanche) ou venant d’autres pays gagnent, c’est pour la nation, symbolisant une société multiculturelle ; alors que lorsqu’ils perdent, c’est parfois en leur nom (MacNeill, 1994). Lors des internationaux de France de tennis (tournoi de Roland-Garros) de 2005, le commentateur a attribué les propos suivants à la joueuse franco-américaine Mary Pierce : « Quand je gagne, je suis française ; quand je perds, je suis américaine »33. Si les retransmissions de compétitions sportives donnent à voir des représentations liées à l’identité nationale qu’il s’agit d’analyser, elles insistent aussi sur les différences ethnoraciales entre les athlètes, révélant « la dimension plurisémiotique et polyphonique du discours médiatique dans le rapport ambigu de celui-ci au stéréotype, et la manière par laquelle la sémiotique interroge un tel rapport » (Julliard, 2014 : 236).

Marquages ethnoraciaux

  • 34 Le postcolonialisme désigne un courant intellectuel critique apparu à la fin du 20e siècle qui s’at (...)
  • 35 France 4, rugby, finale de la Coupe du monde opposant le Canada et l’Angleterre, 17 août 2014.
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  • 37 Sport +, gymnastique, finale des épreuves à la poutre du Championnat du monde, 10 déc. 2014.
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  • 39 Eurosport, gymnastique, finale des Jeux olympiques, 17 août 2008.
  • 40 Eurosport, gymnastique, finale des épreuves de saut de cheval du Championnat du monde, 21 oct. 2006
  • 41 France 3, basketball, demi-finale des Jeux olympiques opposant la France et la Russie, 9 août 2012.
  • 42 Eurosport, gymnastique, finale des Jeux olympiques, 17 août 2008.
  • 43 Eurosport, gymnastique, finale du Championnat du monde, 21 oct. 2006.
  • 44 Sport+, basketball, huitième de finale de la Championnat du monde opposant la France et l’Espagne, (...)
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  • 48 France 3, basketball, quart de finale des Jeux olympiques opposant la France et la République Tchèq (...)

23Le terme ethnoracialisation articule les processus d’ethnicisation et de racialisation par lesquels certains individus et groupes peuvent être réduits à une origine ou à un trait physique (Macé, 2009). Penser la question ethnoraciale dans une démarche postcoloniale34 permet de rendre compte de la manière dont les identités sportives sont racialisées, c’est-à-dire assignées à certaines positions symboliques et matérielles dans l’ordre social en fonction de leur origine, de leur couleur de peau et de l’héritage colonial (Birell, 1989). Premièrement, les discours des journalistes et de consultant·es marquent (Brekhus, 2005) le physique des athlètes sur la base de critères ethnoraciaux qui seraient propre à la nation que les sportives représentent. Les joueuses de rugby anglaises ont été décrites comme étant « solides […] dense […] costaud »35, les basketteuses tchèques auraient de grands bras (« Les bras de ces joueuses tchèques sont très longs, très grands36 »), les gymnastes chinoises seraient particulièrement minces (« le gabarit chinois, c’est plus le coté brindille, alors que le gabarit américain est plus renforcé, plus musclé »37). Deuxièmement, si les sportives doivent « faire corps » avec la nation, les commentateurs et commentatrices ont pourtant évoqué les différences ethnoraciales entre les sportives d’une même équipe : « J’espère que vous avez apprécié cette image de cette équipe française, pluriethnique » 38. Les pays dont sont originaires certaines athlètes ont été cités par les journalistes sportifs et les consultant·es : « Née à Moscou, a immigré aux USA avec son papa »39, « devenue allemande, elle est née en Ouzbékistan mais elle défend désormais les couleurs de l’Allemagne où elle vit depuis neuf ans »40, ainsi que les origines locales des sportives : « la native de Rennes »41, « la petite bombe qui vient de Desmont dans l’Iowa »42, « originaire de Lombardie tout près de Brescia »43. Troisièmement, la sélection des athlètes et des entraîneur·ses s’effectue sous un régime sportif métissant la créativité « naturelle » des sportif·ves d’une nation (Maigret, 2011). L’équipe d’Espagne de basketball se serait renforcée avec « Sancho Little, née dans les îles Saint-Vincent-et-les-Grenadines, qui est l’atout majeur de cette équipe d’Espagne, deuxième meilleure scoreuse et meilleure rebondeuse »44. L’entraîneuse américaine Pia Sundhage, une ancienne internationale de football suédoise, aurait « apporté beaucoup aux [joueuses de football] américaines avec sa culture européenne »45. Le recours au recrutement d’athlètes ou d’entraîneur·ses étrangers permet à une nation de pouvoir compter dans ses rangs des individus a priori plus aguerris aux exigences de la haute compétition (Charlot, 2019). Enfin, le succès des athlètes noirs a été « présenté comme étant la conséquence de qualités physiques naturelles, plutôt que comme le résultat d’un entraînement intensif et/ou de qualités morales comme le courage et la persévérance » (Bonnet et Mennesson, 2019 : 13) ; elles et ils sont également souvent décrits comme égoïstes, manquant de discipline, arrogants et irrespectueux (Andrews, 1996). Les commentateurs et commentatrices ont insisté sur le jeu physique de la tenniswoman afro-américaine Serena Williams (« beaucoup de force, Serena, dans sa volonté de chercher les points de breaker, mais quelques lacunes sur son coup » 46) et l’ont qualifiée de manière implicite d’arrogante (« elle a confiance contre tout le monde, Serena Williams, elle a cette formidable confiance en elle-même »47). En parallèle, les athlètes blancs s’appuieraient sur leurs capacités intellectuelles dans leur réussite plutôt que sur leur physique et devraient travailler dur (fournir des efforts et être disciplinés) pour réussir (Grainger et al., 2006). Les qualités stratégiques et l’esprit d’équipe de la basketteuse Céline Dumerc ont été soulignés par les commentateurs et commentatrices : « Elle réfléchit, elle bichonne ses partenaires et en plus elle est adroite donc forcément »48. Le stéréotype de l’athlète « noir » se fonde « sur un processus de naturalisation qui le dépouille implicitement de toute forme d’intelligence – alors que cette dernière apparaît comme un trait distinctif des qualités de l’athlète “blanc” » (Forté, 2019 : 73). Les athlètes sont donc marqués (Brekhus, 2005) par des commentaires sportifs qui véhiculent des normes identitaires et comportementales sur la base de critères ethnoraciaux (Dalibert, 2014) qui reposent sur un ensemble de signes construits et naturalisés (Julliard, 2013).

Conclusion

24La socio-sémiotique du genre (Julliard, 2013) permet de penser les représentations du sport comme porteuses de signes genrés produits au sein d’un dispositif technique ─ les retransmissions de compétitions sportives ─ dans un contexte socioculturel spécifique. Adaptée au spectacle sportif, cette approche nécessite à la fois de considérer l’identité des locuteurs et locutrices en présence, mais aussi d’analyser les images filmées et les commentaires sportifs qui participent à la construction des représentations genrées des athlètes. Le concept de performance de genre issue des queer studies, quant à lui, permet d’analyser les postures adoptées par les athlètes, tant au niveau des images du corps qu’à celui du langage, et de les penser comme étant en tension entre contraintes et capacité d’agir des individus (Hargreaves, 2006). Enfin, les idéologies qui circulent au sein des retransmissions de compétitions sportives sont étudiées à l’intersection des rapports sociaux de genre, ethnoraciaux, de sexualité et de l’identité nationale.

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Notes

1 Selon Médiamétrie, cinq retransmissions de compétitions de la Coupe du monde de football des femmes 2019 figurent parmi les six meilleures audiences de l’année 2019. Chiffres extrait de l’article « Télévision : quelles sont les meilleures audiences de 2019 ? » (LeDauphine.com, 23 déc., 2019). Accès : https://www.ledauphine.com/france-monde/2019/12/23/television-quelles-sont-les-meilleures-audiences-de-2019 (consulté le 6 juil. 2020).

2 Par le terme sport central, M. A. Messner (2002) entend qualifier la position occupée par un sport au niveau de son développement (nombre de pratiquants, capacité à attirer des sponsors, etc.) mais aussi en matière de visibilité (médiatisation des athlètes et des compétitions sportives) et de gains pécuniaires qu’il engendre (sponsors, salaires, droits de retransmissions, etc.).

3 Afin de prendre en compte la multiplicité des rapports de genre, l’intersectionnalité forme une critique politique de la prétention à l’universalité du féminisme et invite à penser simultanément l’intrication des formes de dominations de « race », classe, sexe et sexualités.

4 La Déclaration de Beijing est considérée comme le principal document de politique mondiale en matière d’égalité des sexes. Elle a été adoptée par 189 pays lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes organisée par l’Organisation des Nations Unies en 1995. Accès : https://www.un.org/womenwatch/confer/beijing/reports/ (consulté le 16 juin 2020).

5 Selon l’Organisation mondiale de la santé, le terme sexospécificité se rapporte aux rôles, aux comportements, aux activités et aux attributs sociaux qu’une société donnée considère comme appropriés pour les hommes et pour les femmes. Accès : https://www.who.int/topics/gender/fr/ (consulté le 6 juil. 2020).

6 Les marqueurs ethnoraciaux, ne renvoient pas à des catégories « ethniques » ou à des catégories « raciales » existantes réellement, ni même à la complexité des ethnicités élaborées par les individus eux-mêmes (Macé, 2009), mais rendent compte d’opérations d’ethnoracialisation qui sont bien réelles dans les pratiques sociales.

7 Nous n’avons pas pu ajouter la Coupe du monde de rugby des femmes de 2010 parce que celle-ci a été diffusée sur Eurosport 2, chaîne qui n’est pas archivée à l’Inathèque.

8 Avant les compétitions, la cérémonie des hymnes provoque une exaltation patriotique grâce aux drapeaux, aux maillots des sportives, aux chansons rituelles, aux déguisements nationaux portés par les supporters et à leurs mouvements collectifs (les olas).

9 Comme le souligne E. Dorlin (2010 : 268), « par Black Feminism, il ne faut pas entendre les féministes “noires”, mais un courant de pensée politique qui, au sein du féminisme, a défini la domination de genre sans jamais l’isoler des autres rapports de pouvoir, à commencer par le racisme ou le rapport de classe ».

10 R. Connell (1987) désigne par le terme « emphasized femininity » une forme de féminité conforme aux désirs des hommes hétérosexuels.

11 France 3, tennis, fínale du tournoi de Roland-Garros opposant Ana Ivanovic (Serbie) et Justine Henin (Belgique), 9 juin 2007.

12 France 2, tennis, demi-finale du tournoi de Roland-Garros opposant Mary Pierce (France) et Elena Likhovtseva (Russie), 2 juin 2005.

13 France 3, tennis, finale du tournoi de Roland-Garros opposant Ana Ivanovic (Serbie) et Justine Henin (Belgique), 9 juin 2007.

14 France 2, tennis, demi-finale du tournoi de Roland-Garros opposant Ana Ivanovic (Serbie) et Maria Sharapova (Russie), 7 juin 2007.

15 Eurosport, rugby, demi-finale de la Coupe du monde opposant la Nouvelle-Zélande et la France, 12 sept. 2006.

16 Sport+, basketball, quart de finale de la Coupe du monde opposant l’Australie à la France, 20 sept. 2006.

17 Les boxeuses françaises Myriam Lamare et Anne-Sophie Mathis ont été plusieurs fois championnes du monde de boxe, les footballeuses françaises se sont qualifiées pour la première fois en quart de finale d’une Coupe du monde en 2011, les basketteuses françaises se sont qualifiées en quart de finale de la Coupe du monde 2010 et en finale des Jeux olympiques en 2012, les joueuses françaises de rugby sont arrivées troisièmes lors de la Coupe du monde de 2014 (etc.).

18 France 4, rugby, finale de la Coupe du monde opposant le Canada et l’Angleterre, 17 août 2014.

19 France 3, basketball, quart de finale des Jeux olympiques opposant la France et la République tchèque, 7 août 2012.

20 Sport +, basketball, finale du Championnat du monde opposant l’Espagne et les États-Unis, 5 oct. 2014.

21 Sport +, basketball, finale du Championnat du monde opposant l’Espagne et les États-Unis, 5 oct. 2014.

22 France 2, tennis, demi-finale du tournoi de Roland-Garros opposant Mary Pierce (France) et Elena Likhovtseva (Russie), 2 juin 2005.

23 France 3, tennis, finale du tournoi de Roland-Garros opposant Mary Pierce (France) et Justine Hénin (Belgique), 4 juin 2005.

24 France 2, tennis, quart de finale du tournoi de Roland-Garros opposant Serena Williams (États-Unis) et Justine Henin (Belgique), 5 juin 2007.

25 France 2, basketball, finale des Jeux olympiques opposant les États-Unis et l’Australie, 23 août 2008.

26 Eurosport, gymnastique, finale des épreuves du saut de cheval des Jeux olympiques, 17 août 2008.

27 Eurosport, rugby, demi-finale de la Coupe du monde opposant la Nouvelle-Zélande et la France, 12 sept. 2006.

28 France 4, rugby, finale de la Coupe du monde opposant le Canada et l’Angleterre, 17 août 2014.

29 France 4, rugby, finale de la Coupe du monde opposant le Canada et l’Angleterre, 17 août 2014.

30 Eurosport, gymnastique, finale des Jeux olympiques, 17 août 2008.

31 France 4, rugby, demi-finale de la Coupe du monde opposant la France et le Canada, 13 août 2014.

32 France 2, basketball, finale des Jeux olympiques opposant la France et les États-Unis, 11 août 2012.

33 France 2, tennis, demi-finale du tournoi de Roland-Garros opposant Mary Pierce (France) et Elena Likhovtseva (Russie), 2 juin 2005.

34 Le postcolonialisme désigne un courant intellectuel critique apparu à la fin du 20e siècle qui s’attache à décrire les effets persistants de la colonisation que connaissent les anciens pays colonisés, principalement autour des questions d’identité et de production de la connaissance.

35 France 4, rugby, finale de la Coupe du monde opposant le Canada et l’Angleterre, 17 août 2014.

36 France 3, basketball, quart de finale des Jeux olympiques opposant la France et la République Tchèque, 7 août 2012.

37 Sport +, gymnastique, finale des épreuves à la poutre du Championnat du monde, 10 déc. 2014.

38 France 3, basketball, quart de finale des Jeux olympiques opposant la France et la République Tchèque, 7 août 2012.

39 Eurosport, gymnastique, finale des Jeux olympiques, 17 août 2008.

40 Eurosport, gymnastique, finale des épreuves de saut de cheval du Championnat du monde, 21 oct. 2006.

41 France 3, basketball, demi-finale des Jeux olympiques opposant la France et la Russie, 9 août 2012.

42 Eurosport, gymnastique, finale des Jeux olympiques, 17 août 2008.

43 Eurosport, gymnastique, finale du Championnat du monde, 21 oct. 2006.

44 Sport+, basketball, huitième de finale de la Championnat du monde opposant la France et l’Espagne, 1er oct. 2010.

45 Direct 8, football, demi-finale de la Coupe du monde opposant la France et les États-Unis, 13 juil. 2011.

46 France 2, tennis, quart de finale du tournoi de Roland-Garros opposant Serena Williams (États-Unis) et Justine Henin (Belgique), 5 juin 2007.

47 France 2, tennis, quart de finale du tournoi de Roland-Garros opposant Serena Williams (États-Unis) et Justine Henin (Belgique), 5 juin 2007.

48 France 3, basketball, quart de finale des Jeux olympiques opposant la France et la République Tchèque, 7 août 2012.

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References

Bibliographical reference

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Natacha Lapeyroux, “Socio-sémiotique des représentations genrées d’un dispositif médiatique particulier : les retransmissions de compétitions sportives”Questions de communication [Online], 37 | 2020, Online since 01 January 2023, connection on 13 July 2026. URL: http://journals.openedition.org/questionsdecommunication/23088; DOI: https://doi.org/10.4000/questionsdecommunication.23088

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