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Présentation

François Allard-Huver
p. 457-460

Texte intégral

  • 1 Université spécialisée en sciences humaines et sociales proposant à un public d’étudiants, majorita (...)

1Dans la seconde partie de son article, qui fait suite au texte présenté dans la livraison 48 de Questions de communication, Jayson Harsin, professeur au sein du département de Communication, média et culture à l’American University of Paris1, prolonge son analyse comparative des littératures anglophone et francophone sur les fausses informations en déplaçant le regard du terrain lexicologique et définitionnel à celui des conséquences épistémologiques et ontologiques. Continuant sa réflexion sur les différents usages des notions de « misinformation », « disinformation », « désinformation » ou encore « fausses informations », son travail conduit à questionner en quoi ces choix conceptuels impliquent, de manière implicite, des modèles des sciences de l’information et de la communication (SIC) centrés sur la transmission de l’information au détriment de la dimension communicationnelle des échanges. Il déplore ainsi un déficit de prise en compte des enjeux de persuasion, de performativité et des formes symboliques que les fausses informations impliquent. S’appuyant sur les résultats empiriques présentés dans la première partie, J. Harsin structure cette seconde partie autour de quatre questions de recherche complémentaires.

2De prime abord, son examen de la distribution des approches théoriques, empiriques et méthodologiques, met en évidence de fortes disparités entre dans les corpus anglophone et francophone. En effet, alors que la littérature anglophone se concentre sur des méthodes quantitatives assistées par ordinateur (analyse de réseaux, de contenus, netnographies, entretiens et questionnaires), les textes issus de la littérature francophone apparaissent comme plus hétérogènes à la fois dans leurs choix méthodologiques – privilégiant l’observation du lestage technosémiotique et d’une certaine sémio-politique des objets – et dans leurs formats, avec nombre d’articles d’analyse critique ou d’éditoriaux.

3Ensuite, J. Harsin complète son étude bibliographique par une exploration des « unités d’analyse » observées, ainsi que des « mots-clés » utilisés par les chercheurs dans leurs textes. Une grande diversité de médias et d’objets est ainsi analysée par les chercheurs francophones : contenus médiatiques, messages sur les réseaux sociaux numériques, images, vidéos, récits ou encore dispositifs sociotechniques. De même, à partir d’une analyse de clusters lexicaux et de contextes syntaxiques, l’auteur montre la diversité des corpus mobilisés : rumeurs, théories du complot, propagande, mensonges, manipulation, etc. À nouveau, cette hétérogénéité est rarement problématisée et contribue à entretenir une ontologie floue de ce qui est effectivement étudié, dans laquelle « l’information » fonctionne comme un terme générique, omniprésent et rarement défini, pour devenir un véritable impensé de la littérature sur les fausses informations !

4Enfin, et c’est précisément là le cœur du problème pour J. Harsin, l’absence de conceptualisation théorique du concept d’« information » – souvent regrettée par certains et critiquée par d’autres – conduit à négliger l’importance des formes symboliques et des mécanismes de persuasion à l’œuvre. En replaçant les recherches contemporaines sur la désinformation dans la longue histoire des théories de la communication, il explique comment l’« infocentrisme », hérité des modèles de la cybernétique continue d’orienter et d’influencer les problématiques, les méthodes et les interprétations. Ce paradigme informationnel tend à réduire les phénomènes de tromperie politique et médiatique à un déficit informationnel ou à leur lecture « cognitiviste », techno-centrique voire béhavioriste, occultant leurs dimensions rhétoriques, narratives, culturelles et performatives.

5En s’appuyant sur des références théoriques majeures tant dans les communication studies anglo-saxonnes que dans les SIC francophones, J. Harsin plaide pour un déplacement du regard et de la perspective. Il invite à ne plus considérer la désinformation comme une simple altération de l’information, mais bien plutôt comme un ensemble de pratiques communicationnelles structurées par des formes, des styles, des narrations et des dispositifs techniques dotés d’une véritable opérativité symbolique et inscrites dans des stratégies de persuasion spécifiques. On retrouve l’esprit de cette rubrique dans ce travail qui pose aussi la question des conséquences d’importer des littératures et des concepts scientifiques, pourtant produit dans la recherche francophone, mais dans des contextes culturels, linguistiques et théoriques si proches et finalement si différents.

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Notes

1 Université spécialisée en sciences humaines et sociales proposant à un public d’étudiants, majoritairement nord-américain, la possibilité de suivre à Paris un cursus universitaire calqué sur le modèle états-unien.

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Pour citer cet article

Référence papier

François Allard-Huver, « Présentation »Questions de communication, 49 | 2026, 457-460.

Référence électronique

François Allard-Huver, « Présentation »Questions de communication [En ligne], 49 | 2026, mis en ligne le 01 juin 2026, consulté le 12 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/questionsdecommunication/43926 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16ec1

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Auteur

François Allard-Huver

Chus, Université catholique de l’Ouest, F-49000 Angers, France
fallardhuver[at]uco.fr

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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