Navigation – Plan du site

AccueilNuméros19-2VariaMonitoring communautaire autochto...

Varia

Monitoring communautaire autochtone et justice environnementale

Administrer la preuve de déforestation dans les forêts du Darién (Panama)
Indigenous Community Monitoring and Environmental Justice. Documenting Evidence of Deforestation in the Darién Forests (Panama)
Monitoreo Comunitario Indígena y Justicia Ambiental. Documentando Evidencia de Deforestación en los Bosques del Darién (Panamá)
Indigenes Gemeinschaftsmonitoring und Umweltgerechtigkeit. Dokumentation von Entwaldungsnachweisen in den Wäldern von Darién (Panama)
Yann Voisin

Résumés

Le monitoring communautaire des forêts transforme la surveillance environnementale en un levier de pouvoir pour les peuples autochtones. Cet article suit les Wounaan du Darién (Panama) qui, grâce aux technologies géospatiales et à leurs savoirs territoriaux, documentent la déforestation et dénoncent une criminalité environnementale organisée. Leurs preuves — cartes, vidéos, relevés GPS — circulent des forêts aux bureaux ministériels et aux tribunaux, exposant un système d’extractivisme et de corruption. En retraçant ces trajectoires, l’article montre comment ces preuves reconfigurent les rapports de force, imposant une vérité que les institutions ne peuvent plus ignorer. Ce cas révèle une diplomatie environnementale autochtone où la maîtrise du langage étatique devient une arme pour défendre la souveraineté territoriale.

Haut de page

Texte intégral

Introduction

1Le Darién, région située à l’extrémité orientale du Panama et au nord du Chocó colombien, incarne une périphérie complexe où se conjuguent enjeux géopolitiques et écologiques. Cette vaste étendue de forêts tropicales humides particulièrement dense, connue pour interrompre la continuité de la route Panaméricaine, cristallise un imaginaire d’inaccessibilité, d’isolement et de danger (Runk, 2015 ; Rutkow, 2019), nourri par la présence de groupes armés, du narcotrafic et de migrations clandestines (Sarrut et al., 2023). Zone faiblement intégrée au Panama, le Darién semble être maintenu en marge par un isolement contrôlé (Miller, 2014) qui sert des objectifs variés : contenir les flux migratoires, prévenir la propagation d’épidémies et reléguer des activités illicites loin de la capitale (Darién, 2021 ; Miraglia, 2016 ; Tines, 2017). Enfin, le Darién est aussi un des fronts pionniers les plus actifs de l’Amérique latine et connaît une exploitation illégale soutenue de ses ressources naturelles (minerais et bois précieux en particulier). Pourtant, si la région se trouve à l’écart des infrastructures étatiques, elle peut aussi se comprendre comme une zone de refuge au sens de Aguirre Beltrán (1987) ou de Scott (2013). Elle abrite en effet une mosaïque écologique composée de forêts primaires, de zones marécageuses et d’estuaires qui ont offert aux peuples autochtones et aux communautés afrodescendantes la possibilité de préserver une certaine autonomie culturelle et politique (Herrera, 1989), dont l’exercice continue de se développer aujourd’hui. Au Panama, ces populations œuvrent désormais à libérer les forêts du Darién de l’isolement relatif dans lequel l’histoire politique les avait cantonnées, en particulier au travers de leur engagement dans la lutte contre la déforestation. En prenant l’exemple des Wounaan et de leur utilisation du monitoring communautaire, cet article s’intéresse à la façon dont ces populations rendent gouvernable le Darién, en entrant en relation avec l’État et avec d’autres acteurs de la gouvernance environnementale, pour rendre lisibles ces forêts et les connecter à l’exercice d’une justice sociale et environnementale.

L’objet

  • 1 En espagnol, on parle plutôt de monitoreo comunitario de bosque ou monitoreo indígena. Dans le text (...)
  • 2 Le terme traditionnel est ici employé pour désigner des pratiques et des savoirs transmis au sein d (...)

2Le monitoring communautaire1 (ou community-based monitoring pour les anglophones) est un genre de surveillance environnementale situé à la croisée des intérêts de la conservation et de la défense des droits des peuples autochtones. Celui-ci connaît depuis quelques années un processus de diffusion exponentiel dans les territoires autochtones et de façon notable dans les zones tropicales (Danielsen et al., 2005 ; González & Kröger, 2023 ; Lam et al., 2019 ; Paneque-Gálvez et al., 2017). Son originalité réside dans l’usage de technologies géospatiales (drones, imagerie satellitaire, GPS et caméras-pièges) nouvellement appropriées par ces populations, couplées à des pratiques de surveillance et d’arpentage du territoire au sol, plus proches des savoirs traditionnels2 des autochtones. En pratique, le monitoring combine de façon intéressante les possibilités techniques de « vues d’en haut » et les capacités des autochtones à connaître et à évoluer dans la forêt, des « vues d’en bas ». Les drones, les satellites, les téléphones et les données qu’ils produisent portent en eux la capacité d’un coup d’œil synoptique qui peut rendre lisible un territoire (Scott, 1998). Les habiletés et connaissances écologiques des marcheurs autochtones qui mènent les activités de cartographie enrichissent quant à elles le processus de production des preuves, qui, sans cela, seraient autrement impossibles à enregistrer. L’articulation de ces régimes de savoirs dans les forêts tropicales se retrouve aussi dans les luttes pour préserver d’autres écosystèmes forestiers, comme ceux du Nouveau-Brunswick (Glinel, 2022), mettant en évidence les continuités entre les stratégies de défense des forêts dans les Nords et les Suds malgré leur diversité écologique.

  • 3 Ce qui m’intéresse dans ce dispositif que j’étudie dans le cadre de ma thèse, c’est sa propension à (...)

3Le monitoring permet en effet de fabriquer, depuis les forêts, des objets (cartes, rapports, photographies, coordonnées géoréférencées, vidéos) explicitant des réalités autrement cachées par l’épaisseur de la canopée (Brofeldt, 2018). La routinisation du monitoring communautaire au Panama, comme ailleurs, s’apparente ainsi à une forme de diplomatie des savoirs traditionnels (Foyer & Dumoulin Kervran, 2020) qui opère à plusieurs niveaux ; les connaissances locales sont stratégiquement mobilisées par les autochtones dans des transactions politiques ou des relations avec des acteurs externes3. Cette appropriation militante de la technologie est à comprendre au regard d’un mouvement ancien de contre-cartographie des milieux autochtones sud et nord-américains, ainsi que d’une récente digitalisation de la cartographie autochtone panaméenne (Chapin et al. 2005 ; Voisin et al., 2022). Le monitoring autochtone panaméen semble participer d’une reconfiguration plus large des rapports de pouvoir liés à la production et à la circulation de l’information environnementale. En ce sens, il s’inscrit dans une dynamique de démocratisation des savoirs, où les communautés locales s’imposent comme des acteurs à part entière de la production d’expertises, dans une logique qui rappelle les travaux sur la démocratie technique (Callon, Lascoumes & Barthe, 2001).

  • 4 La notion de criminalité verte fait référence à toute activité criminelle affectant l’environnement (...)

4Le présent article s’intéresse à un cas situé de monitoring autochtone de déforestation permettant à Aruza, une communauté autochtone wounaan du Darién, de produire des preuves de la disparition de plus de 500 arbres (Myroxylum balsamum) dans un territoire d’environ 8000 hectares. L’article montre comment — en suivant les trajectoires de ces objets, depuis la forêt jusque dans les institutions publiques et la justice panaméenne — les preuves formulées parviennent à mettre en évidence les engrenages d’un système de corruption et d’extractivisme qui organise l’accaparement des forêts tropicales et des territoires autochtones du Darién. Ce faisant, l’étude de cas documente les connexions partielles (Strathern, 2004) entre les forêts du Darién, une ONG américaine, la vice-ministre de l’Environnement du Panama, Interpol et le procureur du Darién, autant d’entités qui surgissent de l’enquête menée par les Wounaan et qui lui donnent corps. Elle montre comment « l’activité probatoire » (Chappe et al., 2022) des autochtones produit des effets inattendus, qui non seulement alertent les institutions panaméennes et des acteurs internationaux sur l’accaparement des terres de la région, mais mettent en lumière les réseaux d’une criminalité verte4 particulièrement organisée dans le pays et qui pénètre jusque dans les arcanes de l’État panaméen.

Démarche méthodologique

5Cette recherche est issue d’un travail de thèse de doctorat en cours de réalisation. Cette thèse, engagée en 2021, s’ancre en anthropologie et se nourrit des STS (Science and Technology Studies). Elle porte sur les interactions entre technologies de surveillance et communautés autochtones en Amérique centrale avec un focus sur le Panama. Dans la perspective d’une approche multisituée (Marcus, 1995), j’y développe des études de cas chez les Wounaan, les Naso et les Emberá. La thèse est aussi alimentée par de plus brefs terrains menés en compagnie de cartographes Bribri (Panama), Miskito (Honduras) et Mayangna (Nicaragua). Le monitoring communautaire possède au Panama une parenté historique claire avec les développements de la cartographie participative. Cette histoire sociotechnique singulière et la façon dont elle a structuré les rapports entre autochtones, scientifiques, État et gouvernance internationale de l’environnement ont par ailleurs fait l’objet d’une publication récente (cf. Voisin et al., 2022).

  • 5 Lorsqu’il s’agit d’entrer en relation avec l’État, avec des organisations internationales ou des ON (...)

6Mes premiers contacts avec les Wounaan ont débuté en octobre 2021 et se poursuivent au moment de la rédaction de cet article. Notre relation de recherche a fait assez rapidement l’objet d’un accord de coopération mutuel formalisé en janvier 2023. Mon interlocuteur privilégié a d’abord été le Wounaan Podpa Nʌm Pömaam5 (le Congrès national du peuple wounaan), et c’est en rapport avec le Congrès que l’encadrement de ma pratique de recherche a été initialement négocié. C’est grâce à la stabilisation de ce partenariat que j’ai intégré les expéditions cartographiques et les réunions de travail de l’équipe technique du Congrès. Celle-ci rassemblait des avocats, des cartographes et des représentants politiques wounaan. Dans le cadre de cette relation de recherche, je me suis engagé à collaborer en retour aux travaux des Wounaan. À plusieurs reprises, j’ai contribué à la rédaction de plaintes environnementales, relues par le Congrès puis transmises au ministère de l’Environnement, ce qui a enrichi ma compréhension de « l’activité probatoire » développée par cette communauté autochtone.

7Je me suis rendu à trois reprises à Aruza, d’abord accompagné des autorités traditionnelles, puis seul. Mes séjours impliquaient toujours un travail d’observation participante des expéditions de cartographie (marche dans la forêt, prise de notes, entretiens avec les marcheurs, les autorités traditionnelles — chi pör — ou les habitants d’Aruza). Une grande partie des données mobilisées pour la rédaction de cet article a été récoltée pendant ces voyages, tandis qu’une autre provenait d’une enquête menée dans les bureaux du Congrès national wounaan à Panama City. L’accès aux informateurs dans l’arène judiciaire s’est fait par d’autres canaux, et une autorisation officielle du procureur général de la Nation m’a été délivrée en août 2023 pour la réalisation d’un entretien avec le procureur en charge de l’affaire. Au total, 20 entretiens semi-directifs ont été réalisés, ainsi que de nombreuses heures d’observation.

Cadre théorique et contribution à la littérature

8L’objectif principal de cet article est de retracer la vie sociale des preuves de déforestation, à travers la documentation de leurs trajectoires et en travaillant les multiples transformations dont elles font l’objet au fur et à mesure qu’elles circulent. L’analyse repose sur des données ethnographiques combinant observations de terrain, cartes, photographies, documents judiciaires et modélisations. Ces matériaux ont d’abord été analysés sous l’angle de la sociologie de la traduction (Akrich et al., 2006) et dans le cadre d’analyse de la théorie de l’acteur-réseau (Callon, 2006), afin d’examiner comment les preuves deviennent des acteurs à part entière d’un système, en reconfigurant les relations et les stratégies de leurs producteurs et utilisateurs. Nous tenterons de montrer comment ces preuves imposent progressivement aux acteurs qu’elles mettent en relation une vérité difficilement contestable. En complément, cet article mobilise les approches pragmatiques de la sociologie de la preuve, qui envisagent la preuve non comme un simple objet statique, mais comme une activité de production collective. Dans cette perspective, la preuve est avant tout considérée comme un travail, « une activité de production, distribuée entre des acteurs divers interagissant entre eux, et dont les rééquipements — cognitifs ou matériels — sont orientés vers l’identification, la sélection, le prélèvement, la mise en forme et en relation d’éléments empiriques hétérogènes à des fins de conviction judiciaire » (Chappe et al., 2022, p. 7). Ce cadre d’analyse permet de comprendre comment les preuves de déforestation circulent entre différentes arènes (technique, politique, judiciaire) et comment elles acquièrent, au fil de ces circulations, une force probatoire qui n’a rien d’évident a priori.

9Au-delà de cette approche socio-matérielle des preuves, cette étude de cas interroge les transformations de la gouvernance des forêts tropicales et des périphéries de l’État. À cet égard, les travaux de James Scott (1998) offrent un cadre d’analyse précieux. Dans la grammaire analytique scottienne, la notion de lisibilité (legibility) désigne la propension des États à simplifier les réalités complexes pour mieux les administrer. Recensements, cadastres, systèmes d’imposition : autant d’outils de mise en ordre qui permettent d’accroître un contrôle sur des territoires éloignés des centres de pouvoirs. Dans cette logique, la cartographie et le monitoring apparaissent comme des technologies centrales de lisibilité, permettant de stabiliser des connaissances sur des espaces jugés « flous » ou périphériques. Mais si Scott analyse ces outils comme des instruments du pouvoir étatique, cet article montre comment le monitoring autochtone reconfigure ces dynamiques de visibilité et de contrôle. En documentant eux-mêmes les atteintes environnementales, les groupes autochtones revendiquent un droit de regard sur l’usage des ressources et sur les procédés de la gouvernance forestière. Ils participent ainsi à la construction d’une autre lisibilité, où la surveillance ne se limite plus à un dispositif vertical imposé par l’État, mais devient un espace de négociation et d’affirmation politique. Des travaux en political ecology, en particulier ceux de Peluso et de Vandergeest sur la (non)gouvernance des forêts tropicales d’Asie du Sud-Est, ont permis de saisir la complexité des formes de politisation des forêts tropicales (2010, 2020).

  • 6 La démocratie technique est un concept développé par M. Callon, P. Lascoumes et Y. Barthe. Il renvo (...)

10Cette recherche s’inscrit également dans un dialogue avec les travaux sur les vigilances environnementales (Charvolin & Heaton, 2022). L’administration de la preuve de déforestation telle qu’elle est investie par les autochtones panaméens n’est pas sans rappeler, nous le verrons, les mouvements environnementaux grassroots qu’ont étudiés Akrich, Barthe & Rémy (2010), et dont l’essor aux USA dans les années 1980 a bouleversé les dynamiques des controverses autour des pollutions environnementales. Ces enquêtes citoyennes ont en commun de mêler dans un même registre mobilisation politique et judiciarisation des preuves, tout en recrutant parfois différents types d’enquêteurs professionnels et alliés. En ce sens, le monitoring autochtone, au même titre que les contre-cartographies propres aux luttes autochtones (Hirt, 2009), s’apparente à un contre-monitoring (Gabrys, 2019) et à un monitoring « grassroots » (Breen et al., 2015). Il ne se limite donc pas à une contestation des modes de gestion étatiques, mais participe d’une forme d’extension de la démocratie technique6 (Barthe, Callon & Lascoumes, 2001), dans laquelle des acteurs traditionnellement exclus des sphères de production des savoirs s’impliquent dans la coproduction de normes et d’expertises. En documentant la déforestation et en mobilisant drones et GPS pour produire des preuves opposables dans des arènes judiciaires et politiques, les Wounaan transforment le monitoring en un espace de revendication et de redistribution du pouvoir cognitif sur la forêt.

  • 7 J’utilise le concept de « diplomatie autochtone » dans la continuité des travaux sur la diplomatie (...)

11Au sein de ce corpus de travaux sur les vigilances environnementales, cet article dialogue avec les travaux portant sur l’articulation entre dispositifs de visualisation et savoirs locaux dans les controverses forestières (Glinel, 2022). Si ces enjeux ont déjà été étudiés dans des contextes nord-américains, nous proposons ici d’analyser comment ces dynamiques se rejouent dans les Suds, en particulier en Amérique latine. L’étude du monitoring autochtone au Panama permet ainsi d’enrichir cette littérature en examinant les effets de la circulation des preuves dans différentes arènes. Au-delà d’une simple histoire de résistance, les usages que font les Wounaan du monitoring communautaire nous parlent des transformations des rapports de pouvoir liés au contrôle de l’information (et de la vérité) dans des zones qui échappent à l’œil de l’État. Leur examen offre une plongée dans le monde de la diplomatie environnementale7 autochtone pour des collectifs qui adoptent le langage de l’État (jusqu’à tenter de le battre à son propre jeu). Plus largement, l’étude de cas présentée ici permet de discuter des marges de manœuvre possibles chez les autochtones pour éviter une cooptation et une dépolitisation lorsque ceux-ci assument le rôle de « gardiens de la forêt », un statut parfois façonné par des acteurs extérieurs et déconnecté de leurs revendications politiques.

12Après avoir caractérisé l’étude de cas, je m’attacherai dans un premier temps à décrire la fabrique des preuves en forêt par télédétection puis leur mise en forme par les techniciens du Congrès, dans leurs bureaux de la capitale. Dans un deuxième temps, je m’intéresserai à ce que leur passage dans l’arène politique provoque, à la fois pour les preuves et pour les acteurs impliqués. Enfin, je me pencherai sur ce que produit la circulation des preuves dans l’arène judiciaire.

Aruza face à l’accaparement des terres : un cas exemplaire

  • 8 La Comarca Emberá-Wounaan est créée en 1983. Il s’agit d’une division territoriale autochtone forme (...)

13Aruza est une communauté wounaan située le long du fleuve Tuira. On y accède après quelques heures de pirogue depuis Yaviza, le dernier village sur la route Panaméricaine. Quelque 400 personnes vivent ici depuis les années 1950 dans un territoire niché entre les limites de la Comarca Emberá-Wounaan8 et le Parque Nacional Darién (fig. 1). Historiquement, les Wounaan vivaient en petites unités familiales le long des rivières, sans véritable organisation politique communautaire. Leur regroupement sous forme de communautés est donc une innovation sociale relativement récente qui répond avant tout au besoin d’accéder à des services médicaux et aux écoles élémentaires (Runk, 2017). À mesure que l’on parcourt ses allées tranquilles aujourd’hui, on peut observer une petite centaine d’habitations, une école, trois échoppes, une église et un poste du SENAFRONT (le service de protection des frontières).

Figure 1 : Aruza dans la géographie politique de la région du Darién.

Figure 1 : Aruza dans la géographie politique de la région du Darién.

Source : Native Future (reproduction autorisée avec l’accord de l’ONG)

14Les habitants vivent principalement de l’horticulture et de la chasse, de la vente de bananes plantains et de manioc pour le marché national. Si le mode de vie a rapidement évolué ces dernières années avec les transformations d’une économie locale sensible au dollar, les Wounaan continuent à exercer une faible pression anthropique sur la forêt adjacente dont ils font un usage des ressources non intensif. Malgré l’influence des églises morave et évangélique, les cosmologies et les savoirs traditionnels sont encore vivants. Il est courant d’observer les femmes tresser des vanneries (qui sont d’ailleurs parmi les plus réputées du monde), perpétuant ainsi la culture matérielle traditionnelle, tard le soir après le repas ou pendant les chaudes après-midis, lorsque le village est plongé dans le calme. La tranquillité du village contraste cependant avec ce qui se passe dans la forêt.

15Je m’y rends en janvier 2023 pour la première fois, accompagné des membres du Congrès national, cette organisation politique qui représente les Wounaan auprès de l’État panaméen. L’objectif de cette expédition est d’assister les cartographes locaux et de poursuivre la documentation sur l’invasion de ce territoire par des groupes d’individus dont l’origine reste encore mal connue. Aruza peut compter sur une petite équipe de monitoring, formée depuis 2019 à l’utilisation des technologies de télédétection. Ces derniers se sont intéressés à la présence de ceux que l’on désigne parfois comme terceros, colonos ou invasores. Ces termes désignent, de manière indifférenciée, des orpailleurs, des trafiquants de bois précieux, ou des agriculteurs venus défricher la forêt primaire pour y installer du bétail. Leur arrivée dans les forêts adjacentes à la communauté s’inscrit dans un contexte de revirement du processus de reconnaissance de ce territoire. Ce point mérite d’être approfondi pour éclairer le récit de l’enquête qui va suivre.

  • 9 Au Panama, la légalisation des territoires autochtones se fait à travers deux figures juridiques qu (...)
  • 10 Les raisons invoquées pour ce refus sont incompréhensibles et correspondraient en réalité à des mot (...)
  • 11 L’expression « terres nationales » désigne ici des terres administrativement réintégrées dans les r (...)

16Si, au Panama, les autochtones disposent en théorie d’un ensemble de droits pour la reconnaissance des territoires qu’ils revendiquent, leur application pratique est bien moins évidente9. Les services de l’État sont régulièrement accusés de ralentir les procédures, multipliant les vérifications, notamment sur les cartes produites par les autochtones, et noyant les dossiers dans des formalités bureaucratiques excessives (Herrera, 2012). Le cas d’Aruza illustre parfaitement ce scénario. Malgré une demande déposée en 2012, l’État refusait encore en 2022 d’accorder une reconnaissance officielle à ce territoire10 (Herrera, 2022). Cette décision a eu pour effet de réintégrer ces terres dans les registres nationaux des terres nationales11.

  • 12  Pour une chronologie du refus d’ANATI, voir le récapitulatif de l’ONG Rainforest Foundation US à l (...)

17L’aspect inédit de cette situation réside dans les événements survenus immédiatement après cette décision. Le Congrès a appris que 72 demandes de titres de propriété avaient été déposées auprès du registre foncier de l’Autorité nationale de l’administration des terres (ANATI). Cela a entraîné un morcellement du territoire en une mosaïque de tentatives de privatisation et d’accaparement. Par ailleurs, quatre permis d’exploitation forestière ont été accordés par le bureau régional du ministère de l’Environnement12. Pour les habitants, le choc a été extrêmement brutal. Lors de mes entretiens, j’ai recueilli un mélange de désarroi et de colère face à ce revers.

18Comme c’est souvent le cas dans le Darién, m’explique-t-on, la dépossession des terres autochtones s’opère principalement dans le domaine légal. À mesure que le retrait du dossier d’Aruza se concrétise dans les institutions publiques panaméennes, de nouvelles opportunités d’appropriation des ressources de la forêt tropicale s’ouvrent pour d’autres groupes. Ici, le titre de propriété ou le permis d’exploitation forestière deviennent de véritables sésames, permettant à son détenteur d’agir à sa guise.

  • 13 Au Panama, le droit de l’environnement s’organise autour la loi 41 ou Ley General de Ambiente de 1 (...)

19Bien qu’il existe une juridiction environnementale dans la loi panaméenne, censée encadrer la protection des espèces et des écosystèmes, la présence de l’État dans les forêts du Darién se limite en pratique à la délivrance de ces permis et titres13. Ce qui se déroule sous la canopée échappe alors au regard des institutions, créant un vide informationnel que les Wounaan vont commencer à investir grâce au monitoring et la production de preuves aux matérialités diverses. L’enchevêtrement des dossiers au sein des institutions publiques (ce que les Wounaan appellent « la vente d’Aruza » pour désigner ces événements) inscrit la lutte autochtone pour le territoire non seulement dans les sphères de la bureaucratie et du droit, mais également dans celle des technologies de surveillance. Lorsque je m’y rends pour la première fois, l’enquête locale est en train de se mettre en place.

La forêt : capturer et pister l’information sous la canopée

20Dans les forêts du Darién, le monitoring relève d’un ensemble de pratiques qui associent une poignée d’objets techniques et des savoirs d’arpentage. La preuve se construit progressivement en patrouillant sur et en dehors des sentiers, en repérant des indices, en détectant des présences et des traces. L’information environnementale est ici quelque chose qui se piège ou se piste. L’observation des praxis du monitoring n’est pas sans rappeler les déplacements du chasseur qui évolue en forêt. L’enregistrement méthodique des impacts des exploitants du bois se fait discrètement.

Nous sommes en début d’après-midi. Il vient de pleuvoir, et la forêt est tranquille. Cela fait plusieurs heures que nous progressons hors des sentiers, à la machette pour ouvrir notre pas. Malgré le sol boueux et la végétation du sous-bois qui entravent la marche, le rythme est rapide et vif. Je positionne mes pas dans ceux d’Alberto, qui me précède. Ce sont d’abord quelques traces (imperceptibles pour moi, mais évidentes pour les autres marcheurs) qui témoignent d’une présence humaine récente dans cette partie de la forêt. Végétation tassée et tiges fendues à hauteur d’homme. Le premier marcheur me fait signe de rester silencieux. Son GPS lui indique également que nous nous rapprochons du camp des exploitants du bois.
[]
Par précaution, un des marcheurs qui nous accompagne se sépare du groupe pour longer le campement à l’insu de ces occupants. L’objectif est de photographier discrètement le rancho, estimer le nombre de personnes présentes et mesurer l’aire grâce au GPS de nos téléphones. L’atmosphère est tendue, les mines des marcheurs fermées.

Nous voyons maintenant clairement le rancho des exploitants du bois, dressé au milieu d’une dizaine d’arbres abattus, couchés de façon aléatoire dans la clairière. Un homme et une femme sortent du rancho et nous interpellent en espagnol. Nous gardons nos distances. Un des membres de notre équipe leur répond que nous ne faisons que passer.
Extrait du carnet de terrain, février 2023

21Deux fois par mois, les cartographes d’Aruza s’enfoncent dans un réseau de chemins qui parcourent les forêts de leur territoire (fig. 2). Il s’agit de petits sentiers utilisés pour aller chasser du gibier, récolter des matériaux pour construire les maisons, ou cueillir les plantes de la pharmacopée wounaan. Les expéditions sont longues, durent parfois plusieurs jours et nécessitent (quand c’est le cas) de camper en forêt. Une paire de bottes, un smartphone, une machette et un talkie-walkie composent l’essentiel de l’équipement technique des cartographes. La scène décrite dans l’extrait ci-dessous est relativement courante, même si les rencontres directes avec les madereros sont rares. Les Wounaan préfèrent éviter tout risque de confrontation, ceux-ci étant généralement armés.

  • 14 Leurs connaissances ethno-écologiques sont par exemple mobilisées pour l’identification des essence (...)
  • 15 Il s’agit d’une dimension encore peu traitée par l’anthropologie (Ingold & Vergunst, 2008 ; Tuck-Po (...)

22Lorsque la communauté commence à enquêter sur la délivrance des quatre permis d’exploitation forestière, la décision est prise de maintenir ces patrouilles confidentielles. En effet, de lourds soupçons pèsent sur quelques membres de la communauté qui pourraient être affiliés aux exploitants du bois (mes échanges avec les habitants d’Aruza indiquent que certains Wounaan sont parfois enrôlés dans ces entreprises de coupes et de transports du bois). Les départs ont ainsi lieu aux aurores, lorsque le village est encore endormi, et les comptes rendus des expéditions ne sont délivrés qu’au chi pör (le leader du village) et à son conseil rapproché. Bien souvent, les marcheurs empruntent des chemins connus d’eux seuls, pour contourner les exploitants et leurs campements, et enregistrer leurs actions sans qu’ils s’en aperçoivent. Pister et capturer l’information n’a donc rien d’évident, et suppose une connaissance fine des géographies sous la canopée. En ce sens, les objets techniques du monitoring fonctionnent ici seulement à partir des savoirs14 et des savoir-faire écologiques des Wounaan. Ma participation à plusieurs expéditions de cartographie en territoire autochtone m’a permis de comprendre que se déplacer en forêt requerrait bien davantage qu’une bonne condition physique. L’observation méticuleuse de l’agilité et des réflexes des marcheurs autochtones indique que la marche s’apparente bel et bien à une technique du corps qui se construit dans une relation symbiotique au milieu15 (Mauss, 2023).

Figure 2 : Les cartographes d’Aruza et les premières preuves de déforestation.

Figure 2 : Les cartographes d’Aruza et les premières preuves de déforestation.

Source : archives personnelles, janvier 2023.

23Les premières preuves sont donc récoltées à la sueur des fronts et avec un équipement technique rudimentaire. La figure 2 représente les cartographes d’Aruza en action, en train d’enregistrer des photographies géoréférencées et réalisant des calculs d’aires dans une clairière où l’on trouve un bulldozer destiné à ouvrir des chemins dans la forêt pour extraire les troncs des arbres. La photo en haut à gauche est prise au cours d’une marche similaire à celle décrite dans l’extrait du carnet de terrain. L’image en haut à droite est une capture d’écran des téléphones des marcheurs. Son agencement en grille évoque le caractère systématique d’une enquête visuelle faite de photographies et de vidéos. Chaque section est un fragment qui contribue au recensement plus large des impacts locaux de la déforestation. Sur les images en bas, elles aussi des captures d’écran, on constate la superposition des photographies sur la carte. Cette composition est obtenue grâce à une application (LocusMap) qui permet de spatialiser les impacts de la déforestation sur un fond de carte (celui du territoire d’Aruza, en rouge). Les photos miniatures associées aux points géolocalisés sont un premier outil de visualisation qui montre l’étendue du problème. Peu à peu, ce qui devient une base de données des blessures du territoire prend forme et se stabilise. Se dessinent des tendances, des zones plus intensément exploitées. Les cartographes déduisent les choix des exploitants du bois et peuvent prédire où ils vont frapper la prochaine fois. Les chemins creusés dans la montagne par les tracteurs, les tronçonneuses, les bidons d’essence, les herbicides, les chaînes : rien n’échappe à l’enregistrement systématique des cartographes.

  • 16  Les cartographes d’Aruza ont été choisis par la communauté au cours d’un vote. Ils ne reçoivent gé (...)

24Au Panama, les technologies géospatiales ont fait leur entrée dans les mondes autochtones par la porte dérobée des projets participatifs de conservation de la nature (Voisin et al., 2022). Si ces initiatives visaient d’abord à la production d’une information environnementale destinée à la réalisation d’inventaires forestiers dans le cadre de programmes internationaux (REDD+) et à des projets scientifiques en biologie tropicale, les autorités traditionnelles en ont progressivement détourné les usages premiers pour inscrire ces instruments dans leurs propres stratégies de défense et de contrôle de leurs territoires (Holmes et al., 2017 ; Vergara-Asenjo et al., 2015 ; Voisin et al., 2022). À Aruza, tous les motifs sont bons pour s’armer des technologies de télédétection, car la présence d’intrus dans le territoire est courante16. Mes entretiens avec les habitants révèlent que, dans les mémoires, restent encore vifs les souvenirs des troupes de paramilitaires colombiens traversant le village en pleine nuit, des hommes armés transportant des kilos de cocaïne croisés sur les crêtes des montagnes lors de parties de chasse, ou encore des vastes pans de forêt réduits en cendres par des colons cherchant à y pratiquer l’élevage. Mais si, auparavant, les traces de ces atteintes étaient cantonnées à l’oralité, l’arrivée de ces capteurs transforme progressivement les modes de communication autour des dégradations environnementales et des violations territoriales, et renforce ainsi les « prises » des autochtones sur ces menaces.

L’arène politique : circulation des cartes, modélisations et plaintes du Congrès au ministère de l’Environnement

Le Wounaan Podpa Nʌm Pömaa comme centre de calcul

25Une fois sortis de la forêt tropicale, les cartographes d’Aruza envoient les données récoltées aux techniciens du Congrès qui travaillent depuis leurs bureaux dans la banlieue de Panama City, à plusieurs centaines de kilomètres de là. Cette première partition du travail résulte en une mise en forme de ces données brutes et conduit à la production de cartes, de rapports et de modélisations diverses. La position stratégique du Congrès, proche des lieux de pouvoirs, est activement mobilisée dans la circulation des preuves. Les données brutes collectées en forêt sont traduites et transformées en un savoir mobilisable pour les décideurs ou pour les alliés des autochtones (soutiens extérieurs, anthropologues, etc.).

J’arrive dans les bureaux du Congrès peu après 14 h, à la suite d’un long trajet en métro depuis le centre de la ville, puis à pied dans les rues quadrillées et sales qui caractérisent la banlieue de Panama City. Nous sommes dans le quartier de Juan Diaz, à l’extrémité est de la ville. La plupart des cadres du Congrès sont présents dans cette petite salle sans fenêtres où la climatisation tourne à plein régime. L’ambiance est plutôt légère : des restes de repas jonchent la table de réunion, entre des piles de documents et les ordinateurs portables.

L’avocate Susan Serrazin, avec qui nous avions rendez-vous, est déjà installée. Elle discute à voix basse avec la cacique, Aulina Ismare Opua. Susan n’est pas autochtone, mais elle est parfois employée par le Congrès pour des affaires spécifiques. Je m’assois à côté de Donald, un natif d’Aruza qui coordonne aujourd’hui l’équipe technique des cartographes depuis la capitale. Il annonce qu’il revient d’un rendez-vous avec la vice-ministre du ministère de l’Environnement. « Je l’ai rencontrée ce matin, et nous avons parlé de la vente d’Aruza », nous dit-il. « Je lui ai montré les cartes qu’on avait faites. »

Susan hoche la tête, note quelque chose sur un bloc de papier, puis se retourne vers moi : « Vous êtes là pour l’expertise n’est-ce pas ? ». J’acquiesce, expliquant que je me rendrai prochainement dans la communauté pour recueillir des témoignages sur les impacts sociaux de la déforestation. Elle mentionne qu’il faudra collecter les cédulas (papiers d’identité) des habitants pour légitimer les plaintes. « Sinon, au tribunal, ils diront que ce ne sont que des anecdotes », insiste-t-elle, les yeux rivés sur son écran.

Les membres de l’équipe technique entrent et sortent de la pièce, passant d’un bureau à l’autre avec des documents en main.
Extrait du carnet de terrain, avril 2023

  • 17 FAO : Food and Agriculture Organization of the United Nations (Organisation des Nations unies pour (...)

26Au Panama, les systèmes de monitoring font désormais partie intégrante des outils politiques des autorités autochtones, et ce à plusieurs échelles. Chaque congrès s’est en effet doté d’un service de défense du territoire, généralement basé sur l’utilisation de l’imagerie satellitaire, des systèmes d’informations géographiques (SIG) et des bases de données. Chez les Wounaan, le travail technique de cartographie est chapeauté par Octavio, un Wounaan formé au monitoring communautaire par Rainforest Foundation US et la FAO17. L’équipe de Panama City vérifie, corrige et formalise le travail des arpenteurs d’Aruza et, ce faisant, dévoile les réalités d’un territoire désormais lisible. Si de nombreuses informations sont perdues dans ces premières traductions, les cartes restent néanmoins très précises, et répertorient, en adoptant le langage de l’État, les traces des spoliations des Wounaan d’Aruza (voir fig. 4 et fig. 5). En revanche, ce processus de simplification évacue un certain nombre d’éléments : les photographies des campements et des déchets produits par les exploitants du bois, celles des crabes morts et celles des cours d’eau asphyxiés par les barrages provoqués par les chemins des tracteurs. En revanche, ces simplifications permettent un suivi temporel de la déforestation. Les preuves acquièrent ici la qualité d’une certaine rigueur et d’une robustesse informationnelle qui s’obtient grâce à l’abstraction propre au geste cartographique (Pickles, 2012).

Figure 3 : Premières mises en forme des données récoltées en forêt par les techniciens du Congrès national du peuple wounaan dans leurs bureaux de Panama City.

Figure 3 : Premières mises en forme des données récoltées en forêt par les techniciens du Congrès national du peuple wounaan dans leurs bureaux de Panama City.

Source : Wounaan Podpa Nʌm Pömaam – Native Future (reproduction autorisée avec l’accord de l’ONG).

27Les résultats de mon enquête indiquent aussi que ces différentes productions cartographiques procurent une forme de légitimité au Wounaan Podpa Nʌm Pömaam qui, pour des raisons internes aux aléas des luttes autochtones, est encore en train de se construire une place politique à l’échelle nationale. Malgré les refus des services de l’État de légaliser l’existence de plusieurs territoires wounaan, ces cartes montrent les capacités techniques de l’organisation et imposent du même coup une certaine façon de se rapporter à elles. Les congrès sont des nœuds stratégiques dans les réseaux sociotechniques de la lutte contre la déforestation. C’est autour de ces entités que s’enclenche un travail de politisation des preuves, une fois les preuves standardisées. En ce sens, les congrès peuvent être analysés comme des centres de calculs latouriens, où l’information est systématisée et simplifiée pour mieux circuler (Latour, 2006).

  • 18 Native Future travaille étroitement avec les Wounaan et leurs autorités traditionnelles depuis 2004 (...)

28Le Congrès est d’ailleurs aussi le lieu de rencontre des Wounaan avec leur principal soutien extérieur, l’ONG Native Future. Les cartes sont importantes pour organiser les relations des Wounaan avec l’ONG américaine18. À travers elles, cette ONG qui finance la majorité des activités du congrès peut évaluer les menaces qui affectent les territoires wounaan et par là justifier des demandes de soutien financier à un niveau international. Il arrive régulièrement que ces cartes et modélisations soient vérifiées et améliorées par l’un de ses membres travaillant au United States Forest Service. Celui-ci forme d’ailleurs ponctuellement les cartographes et techniciens wounaan lors d’ateliers financés par l’ONG qui reste une alliée de taille pour les activités politiques des Wounaan.

  • 19 Si une poignée d’anthropologues travaillent dans quelques territoires wounaan du Panama, ceux-ci so (...)

29Dans cette phase de la fabrique des preuves, le travail de circulation de celles-ci est d’abord à comprendre comme un travail de recrutement d’alliés et de stabilisation d’alliances. Les preuves et leurs formalisations successives ne prennent pas le chemin d’un processus linéaire, mais plutôt celui d’allers-retours tortueux. Adopter le langage de l’État se réalise d’une façon singulière pour les Wounaan qui produisent une information environnementale décentralisée, basée sur la coordination d’alliés et d’objets techniques. C’est là toute une épistémologie de la cartographie digitale qui se construit, se déplaçant des forêts aux ordinateurs, des territoires autochtones aux organisations politiques et aux soutiens extérieurs19, du Panama aux États-Unis. Autour de cette matérialité nouvelle des preuves émerge l’exercice encore balbutiant d’une démocratie technique depuis les périphéries (Barthe et al. 2014). Centrée autour de ces productions sociotechniques, c’est une diplomatie environnementale encore émergente qui prend forme.

Figure 4 : Modélisation de la déforestation sur la période 2019-2022 à partir d’images satellites réalisée par les techniciens du congrès (Wounaan Podpa Nʌm Pömaam) dans leurs bureaux de Panama City.

Figure 4 : Modélisation de la déforestation sur la période 2019-2022 à partir d’images satellites réalisée par les techniciens du congrès (Wounaan Podpa Nʌm Pömaam) dans leurs bureaux de Panama City.

Source : Wounaan Podpa Nʌm Pömaam – Native Future (reproduction autorisée avec l’accord de l’ONG).

Premières résistances : les fonctionnaires et l’évidence de la corruption

30À partir de mars 2021, la surveillance du territoire d’Aruza par les cartographes et les autorités traditionnelles s’intensifie. Les photographies, cartes et rapports produits commencent à circuler au-delà des cercles alliés vers les institutions de l’État panaméen, et en particulier les services du ministère de l’Environnement (MiAmbiente). L’investigation se concentre donc autour des permis d’exploitation du bois et des anomalies observées par l’équipe de surveillance. Les Wounaan, conscients des subtilités du droit environnemental dans le pays pour la pratique d’une telle activité (système de puces géoréférencées, normes de coupes précises et coupes sélectives, niveau des pentes, distance des coupes par rapport à un cours d’eau, etc.), veillent au grain. Si légalement 63 arbres auraient dû être abattus au total, les Wounaan se rendent compte que les exploitants ne respectent ni ces normes ni le nombre de coupes associées à ces permis (voir l’extrait d’entretien ci-dessous). Dans le premier rapport envoyé au siège régional du MiAmbiente, les Wounaan dénombrent 134 arbres abattus. Il s’agit principalement de baumiers (Myroxylum balsamum) centenaires, particulièrement recherchés sur le marché international des bois précieux (Vardeman & Runk, 2020).

  • 20 Le nom a été modifié et la traduction est libre.

J’ai beaucoup d’informations depuis que j’ai commencé à travailler ici, toutes ces choses qui arrivent et dont vous devez vous rendre compte. Ils abattent des arbres, pas seulement des baumiers, mais aussi de l’acajou. [] Avec ce que font ces gens, tout y passe. La loi ne leur donne pas la permission. Ils créent du désastre comme ils l’entendent. Imaginez la quantité de bois qu’ils ont emportée pendant l’hiver, nous ne savons pas où ils l’ont emmené. Ce jour-là, les fonctionnaires du ministère de l’Environnement m’ont posé des questions sur les mois pendant lesquels nous avons surveillé et sur les preuves que nous avons récoltées pendant ces mois d’hiver. Où est ce bois ? Je leur ai dit : je ne sais pas, vous devez avoir et traiter cette information parce que vous, qui êtes les institutions, avez le devoir de le faire.
Extrait d’entretien avec Rogelio20, 16 février 2023, à Aruza

Figure 5 : Captures d’écrans tirées de vidéos des drones wounaan envoyées au fonctionnaire du MiAmbiente en février 2023.

Figure 5 : Captures d’écrans tirées de vidéos des drones wounaan envoyées au fonctionnaire du MiAmbiente en février 2023.

Source : Wounaan Podpa Nʌm Pömaam (reproduction autorisée avec l’accord de l’organisation).

31Malgré ces premières circulations des preuves, la déforestation continue et les patrouilles suivantes de l’équipe locale dénombrent un total de plus de 500 arbres coupés. Les effets sur cette large portion de forêt primaire sont dévastateurs : fuite des animaux, ruptures dans le fonctionnement du bassin versant et asphyxie des cours d’eau. Autour des immenses clairières percées dans la forêt dans lesquels sont entreposés les troncs, la canopée est désormais silencieuse. Le retentissement est fort sur les habitants d’Aruza pour qui les générations passées avaient conservé ces arbres au rôle essentiel dans la régulation écologique de la forêt tropicale et de ses ressources.

32Au cours de l’année 2022, le Congrès national du peuple wounaan commence à mobiliser son réseau politique à Panama City. J’observe par ailleurs que le cas d’Aruza et l’inaction des fonctionnaires du ministère de l’Environnement sont mentionnés à plusieurs reprises lors de réunions rassemblant les autorités autochtones et les représentants du gouvernement au cours de mes terrains en 2022 et 2023. Les autorités politiques wounaan évoquent à plusieurs reprises le cas d’Aruza avec la vice-ministre de l’Environnement lors de réunions privées. C’est ici tout le travail de lobbying politique des organisations autochtones qui est à l’œuvre, dans les salles climatisées des instances de l’État, preuves à l’appui.

L’arène judiciaire : les preuves dans les dossiers du procureur jusqu’à l’arrivée d’Interpol

  • 21 À travers le terme de « vente d’Aruza », nous nous référons aux 72 demandes de titres cadastraux dé (...)

33En parallèle, le congrès saisit le procureur général de la Nation, l’organe juridique du Panama et des plaintes environnementales formelles sont constituées. Lorsqu’elles entrent dans les arènes de la justice panaméenne, les cartes, les données géoréférencées et les plaintes liées à la déforestation parviennent progressivement à enrôler les institutions autour d’un important travail d’investigation et de coopération avec les autorités et les cartographes autochtones. Cette nouvelle tournure de l’enquête va permettre non seulement de focaliser l’attention des institutions panaméennes sur l’existence de multiples délits environnementaux manifestes, mais également sur les mécanismes à l’origine de « la vente d’Aruza », c’est-à-dire la tentative d’accaparement méthodique de ce territoire autochtone par l’émission d’une mosaïque de titres privés dans les registres du cadastre national21.

Figure 6 : Extraits d’une plainte environnementale formelle basée sur les données récoltées par les cartographes wounaan d’Aruza.

Figure 6 : Extraits d’une plainte environnementale formelle basée sur les données récoltées par les cartographes wounaan d’Aruza.

Source : Wounaan Podpa Nʌm Pömaam (reproduction autorisée avec l’accord de l’organisation).

34À partir de novembre 2022, le procureur régional du Darién chargé des affaires environnementales se saisit de l’enquête. Les fonctionnaires du siège régional du MiAmbiente n’ont plus de choix que de commencer à coopérer. Ils diligentent alors une expédition de 8 jours en forêt pour vérifier les faits, à partir des plaintes déposées par les Wounaan (fig. 6). Cette expédition s’apparente à un véritable exercice de démocratie technique où des ingénieurs, des biologistes, des hydrologues, des topographes, des procureurs et leurs assistants se coordonnent avec les cartographes wounaan autour des données qu’ils ont produites. Tous dorment dans la forêt, au milieu du territoire d’Aruza, afin de procéder à des vérifications par secteurs. Environ 50 autochtones et fonctionnaires de l’État se retrouvent à arpenter le territoire. Plus de 200 coordonnées géoréférencées seront directement prises des bases de données wounaan pour l’écriture de l’expertise judiciaire ; bases de données qui auront pendant toute la durée de l’expédition démontré leur exactitude. À l’issue de cette expédition, les anomalies liées aux 72 demandes de titres privés se révèlent au grand jour. Le procureur régional du Darién chargé des affaires environnementales en est alors certain, l’exploitation du bois et la privatisation du territoire d’Aruza sont liées à une même organisation criminelle qui organise la dépossession de ce territoire autochtone. Deuxième certitude pour le procureur régional : l’approbation et la signature des permis d’exploitation forestière et des demandes de titres privés n’ont pu se faire qu’avec la participation de fonctionnaires corrompus :

  • 22 Traduction libre.

Le fonctionnaire qui s’occupe de l’administration foncière leur donne la possibilité de créer un dossier administratif fictif. Ce qui leur permet en même temps d’agir en conformité avec la loi. Ce n’est donc qu’au terme d’enquêtes très complexes [] que nous avons identifié un réseau criminel qui s’est consacré, en particulier dans le Darién, à l’appropriation de biens par le biais de titres []. S’approprier, par l’intermédiaire de prête-noms et d’hommes de façade, de grandes étendues de terre demandées par les peuples autochtones. L’affaire Aruza ne fait pas exception à cette réalité.
Extrait d’entretien22 avec le procureur en charge du dossier, 16 septembre 2023, à Santa Fé

35À ce niveau des investigations, les Wounaan et leurs alliés ont déjà rendu visibles et lisibles les mécaniques de l’accaparement des terres à l’œuvre dans le Darién. Suivre leurs stratégies de mise en cartes (ou en données numériques) renseigne sur la constitution et le fonctionnement d’une expertise distribuée et polycentrique. Cette expertise tout entière est centrée sur la fabrique d’un langage commun destiné à ce que leurs interlocuteurs se saisissent de la présence et de l’activité des colons comme des objets de connaissance (Goodwin, 2013). En ce sens, le monitoring s’apparente non seulement à un dispositif de visualisation, mais aussi à un instrument de gouvernementalité (Lascoumes, 2004).

Figure 7 : Carte des 72 titres privés déposés au registre foncier de l’ANATI, réalisée par un spécialiste autochtone en SIG pour le compte du procureur régional du Darién chargé des affaires environnementales dans le cadre de l’enquête sur la vente d’Aruza.

Figure 7 : Carte des 72 titres privés déposés au registre foncier de l’ANATI, réalisée par un spécialiste autochtone en SIG pour le compte du procureur régional du Darién chargé des affaires environnementales dans le cadre de l’enquête sur la vente d’Aruza.

Source : Geoindígena (reproduction autorisée avec l’accord de l’organisation).

  • 23 Si les dispositifs de monitoring autochtone ne sont pas encore connectés à Interpol, tout laisse à (...)

36Lorsque les preuves formulées par les Wounaan passent dans les mains de la justice panaméenne, la situation d’Aruza change de statut. Le procureur régional du Darién chargé des affaires environnementales se réfère désormais à Aruza comme à « un territoire ancestral » (tandis que les fonctionnaires s’y référaient comme à une terre nationale) et met tous les moyens légaux dont il dispose pour approfondir l’enquête. Via un ensemble de mises sur écoute, perquisitions et interrogatoires, une série de fonctionnaires du siège régional du ministère de l’Environnement (MiAmbiente) et de l’Autorité nationale de l’administration des terres (ANATI) font l’objet d’une enquête. Certains, dont la responsabilité va être prouvée par l’enquête, sont écartés de leurs fonctions. C’est justement le cas des fonctionnaires sollicités par les Wounaan au début du processus de production des preuves, que nous avons mentionnés en première partie. Mais de façon encore plus intéressante, l’investigation panaméenne est, à partir de juin 2023, épaulée par les agents de l’OIPC (Organisation internationale de police criminelle), autrement désignée sous le nom d’Interpol23.

  • 24 Traduction libre.

Nous avons récemment obtenu l’assistance technique d’Interpol. [] Il s’agit de 500 baumiers qui ont été déterminés et identifiés au niveau national. Il s’agit d’une structure, d’une mégastructure criminelle qui a à voir avec le trafic international d’essences de bois tropicaux pour de grandes puissances comme la Chine, comme l’Arabie saoudite, comme l’Italie. []
Extrait d’entretien24 avec le procureur en charge de l’enquête, 16 septembre 2023, à Santa Fé.

37Ces derniers enquêtent depuis longtemps sur le trafic de bois précieux et ses réseaux dans le Darién grâce à des méthodologies innovantes centrées sur l’ADN des arbres qui permettent de retracer les circulations et les réseaux liés au trafic illicite de bois précieux (TVN, 2023). Aruza va ainsi devenir un cas d’intérêt mondial pour Interpol. L’investigation désormais élargie à un ensemble d’acteurs locaux, régionaux, nationaux et internationaux va révéler que les arbres d’Aruza sont vendus sur le marché international (en Chine, en Arabie saoudite et en Italie notamment). De plus, l’enquête va révéler que le financement des activités d’extraction du bois dans le territoire des Wounaan est lié à un réseau transnational de trafic de drogue, dont les capitaux illicites sont réinvestis dans des permis en apparence licites, dans les forêts du Darién. C’est donc bien l’argent de la drogue qui aura financé les pots de vin dont ont bénéficié les fonctionnaires régionaux du MiAmbiente et d’ANATI. Au moment de l’écriture de cet article, l’équipe locale de monitoring continuait à collaborer avec ces nouveaux acteurs internationaux, mettant à profit leurs connaissances fines des forêts d’Aruza, détaillant l’histoire précise de ces tentatives d’accaparement, tout en guidant les agents d’Interpol et l’équipe du procureur régional du Darién sur ces terrains accidentés.

Conclusion

  • 25  Il s’agit d’une tournure de l’enquête qui a pour moi été plus difficile à observer, en particulier (...)

38Cette étude de cas met en lumière la trajectoire des preuves de déforestation, depuis leur captation en forêt jusqu’à leur circulation dans différentes arènes. Dans l’espace politique, les preuves reposent sur les formats des cartes construites selon les standards de la bureaucratie panaméenne. Dans l’arène judiciaire, elles prennent des formes plus flexibles, sont échangées entre des acteurs aux profils divers : cartographes wounaan, procureur, services d’Interpol. Elles incluent des photographies, vidéos et calculs d’aires affectées par le trafic de bois, qui sont parfois simplement échangés via WhatsApp25. Mon enquête montre que cette circulation active de preuves a entraîné un changement dans la manière dont les acteurs non autochtones se réfèrent au territoire d’Aruza. Dans les discours, on observe une évolution : d’une terre nationale simplement occupée par une communauté autochtone, Aruza est progressivement reconnue comme un territoire relevant d’une appartenance et d’une souveraineté autochtones. En ce sens, les Wounaan s’apparentent ici bien plus à des diplomates qu’à des lanceurs d’alertes (Chateauraynaud, 2020). Les arbitrages et stratégies mis en place autour de la fabrication et de la diffusion des preuves illustrent un double enjeu : défendre un territoire menacé tout en imposant une nouvelle visibilité politique aux revendications autochtones. Les façons dont sont maniées, fabriquées et diffusées les preuves font l’objet de discussions complexes et de médiations minutieuses dans les réunions de travail des autorités autochtones et de leurs alliés. Dans des contextes où leurs droits sont peu reconnus, l’activité probatoire ne se limite pas à dénoncer des violations, elle contribue à réinscrire la question des droits territoriaux dans l’agenda juridique et politique.

39À travers le monitoring communautaire des forêts, les autochtones et leurs alliés rendent lisibles leurs territoires oubliés des politiques et de la souveraineté de l’État dans un langage qu’il comprend. Si le clientélisme et la corruption sont des maux ordinaires dans ce qu’il convient de nommer les périphéries tropicales, et en particulier dans les services d’administration des forêts des États des pays du Sud (Corbridge & Kumar, 2002 ; Robbins, 2000 ; Tacconi & Williams, 2020), les autochtones émergent comme de nouveaux acteurs de la surveillance environnementale et du contrôle de l’information. Le monitoring communautaire des forêts et son exercice posent les bases d’un renouvellement des souverainetés autochtones dans des contextes qui rendent difficile leur reconnaissance. Ce dispositif de production de la vérité contribue à transformer les rapports périphéries-centre dans la façon dont sont menées les politiques environnementales au Panama. Le monitoring autochtone ne s’apparente donc pas seulement à une pratique de surveillance environnementale, mais constitue un mode d’appropriation des technologies et des normes étatiques dans une perspective d’affirmation politique. En ce sens, il participe d’une extension de la démocratie technique (Barthe, Callon & Lascoumes, 2001), où les Wounaan et leurs alliés s’imposent comme des acteurs capables de produire des enquêtes et d’influencer les politiques forestières. Cette capacité à produire une expertise opposable aux instances nationales et internationales transforme leur rapport à la souveraineté : elle leur permet de négocier une reconnaissance politique et territoriale dans des espaces où leur pouvoir est historiquement contesté. En s’appropriant les outils de surveillance et de cartographie, les Wounaan redéfinissent les modalités de gouvernance des forêts tropicales, imposant de nouvelles règles du jeu aux acteurs institutionnels.

Je remercie les habitants d’Aruza pour leur accueil et pour m’avoir permis de mieux comprendre les réalités de leurs luttes. Merci également au Congrès wounaan pour sa confiance. Enfin, je suis reconnaissant aux relecteurs de cet article, dont les commentaires ont grandement amélioré la qualité de ce manuscrit.

Haut de page

Bibliographie

Aguirre Beltrán, G. (1987). Regiones de refugio, El desarrollo de la comunidad y el proceso dominical en Meztizoamérica. Instituto Nacional Indigenista (INI). México : DF.

Aykut, S., Foyer, J., & Morena, E. (dir.). (2017). Globalising the climate: COP21 and the climatisation of global debates. Taylor & Francis.

Akrich, M., Barthe, Y., & Rémy, C. (dir.). (2010). Sur la piste environnementale (1). Paris : Presses des Mines. https://doi.org/10.4000/books.pressesmines.306

Akrich, M., Callon, M., & Latour, B. (2006). Sociologie de la traduction : textes fondateurs. Paris : Presses des Mines.

Barthe, Y., Callon, M., & Lascoumes, P. (2014). Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique. Paris : Média Diffusion.

Barbin, A. (2018). La démocratie technique-Varia. Cahiers d’histoire du Cnam, 9(1), 189-195.

Brofeldt, S. et al. (2018). Community-Based Monitoring of Tropical Forest Crimes and Forest Resources Using Information and Communication Technology – Experiences from Prey Lang, Cambodia. Citizen Science : Theory and Practice, 3(2), 4.

Callon, M. (2006). Sociologie de l’acteur réseau. Dans M. Akrich, M. Callon, & B. Latour (dir.), Sociologie de la traduction (pp. 267-276). Paris : Presses des Mines, https://doi.org/10.4000/books.pressesmines.1201

Chappe, V. A., Juston Morival, R., & Leclerc, O. (2022). Faire preuve : pour une analyse pragmatique de l’activité probatoire : Présentation du dossier. Droit et société, (1), 7-20.

Chapin, M., Lamb, Z., & Threlkeld, B. (2005). Mapping indigenous lands. Annu. Rev. Anthropol., 34, 619-638.

Charvolin, F., & Heaton, L. (2022). Au-delà des intentions de collégialité de la vigilance environnementale. Médiation et régulation des pratiques. Revue d’anthropologie des connaissances, 16(16-4).

Chateauraynaud, F. (2020). Alertes et lanceurs d’alerte. Paris : Que sais-je.

Conklin, B. A., & Graham, L. R. (1995). The Shifting Middle Ground: Amazonian Indians and Eco-Politics. American Anthropologist, 97(4), 695–710. https://doi.org/10.1525/aa.1995.97.4.02a00120

Corbridge, S., & Kumar, S. (2002). Community, corruption, landscape: Tales from the tree trade. Political Geography, 21(6), 765–788.

Danielsen, F., Burgess, N. D., & Balmford, A. (2005). Monitoring Matters: Examining the Potential of Locally-based Approaches. Biodiversity & Conservation, 14(11), 2507–2542. https://doi.org/10.1007/s10531-005-8375-0

Darién, C. (2021). Trafficking as settler colonialism in eastern Panama: Linking the Americas via illicit commerce, clientelism, and land cover change. World Development, 145, 105490. https://doi.org/10.1016/j.worlddev.2021.105490

Fong Buckridge, J. (2020). Evolución de la legislación ambiental y la necesidad de un código de ambiente para la República de Panamá. CATHEDRA 9(13). Universidad Metropolitana de Educación, Ciencia y Tecnología.

Foyer, J., & Dumoulin Kervran, D. (2020). Mettre en récit les savoirs traditionnels. Une diplomatie scientifique alternative à la COP21. Terrain. Anthropologie & sciences humaines, (73). https://doi.org/10.4000/terrain.20607

Gabrys, J. (2019). How to do things with sensors. U of Minnesota Press.

Glinel, C. (2022). Les forêts vues du ciel. L’appropriation militante des dispositifs de visualisation aérienne dans une controverse canadienne forestière autour du glyphosate. Revue d’anthropologie des connaissances, 16(16-3).

González, N. C., & Kröger, M. (2023). The adoption of earth-observation technologies for deforestation monitoring by Indigenous people: Evidence from the Amazon. Globalizations, 20(3), 415–431.

Goodwin, C. (2013). The co-operative, transformative organization of human action and knowledge. Journal of pragmatics, 46(1), 8-23.

Herlihy, P. H. (1995). La revolución silenciosa de Panamá : las tierras de comarca y los derechos indígenas. Mesoamérica, 16(29), 77-93.

Herrera, F. (1989). Indian-State Relations in Panama, 1903-1983. [(Maestria)]. Universidad de Florida.

Herrera, F. (2012). La evolución de las demandas indígenas sobre la tierra y las respuestas del Estado en Panamá. Quaderns-e de l’Institut Català d’Antropologia, 17(1), 44–59.

Herrera, F. (2022, April 14). Aruza : Promesas de Estado incumplidas. La Estrella de Panamá. https://www.laestrella.com.pa/opinion/columnistas/220414/aruza-promesas-incumplidas 

Hirt, I. (2009). Cartographies autochtones. Éléments pour une analyse critique. L’Espace géographique, 38(2), 171-186.

Holmes, I., Potvin, C., & Coomes, O. (2017). Early REDD+ Implementation: The Journey of an Indigenous Community in Eastern Panama. Forests, 8. https://doi.org/10.3390/f8030067

Ingold, T., & Vergunst, J. L. (dir.). (2008). Ways of walking: Ethnography and practice on foot. Ashgate Publishing, Ltd.

Ingold, T. (2012). Culture, nature et environnement. Tracés. Revue de sciences humaines, (22), 169-187.

Lascoumes, P. (2004). La Gouvernementalité : de la critique de l’État aux technologies du pouvoir. Le Portique. Revue de philosophie et de sciences humaines, 13-14. https://doi.org/10.4000/leportique.625

Latour, B. (2006). « Les “vues” de l’esprit ». Une introduction à l’anthropologie des sciences et des techniques. Dans M. Akrich, M. Callon, & B. Latour (dir.), Sociologie de la traduction. Textes fondateurs (pp. 33-69). https://doi.org/10.4000/books.pressesmines.1191

Manirabona, A., & Koutouki, K. (2016). Introduction : la criminalité environnementale. Criminologie, 49(2), 5-14.

Marcus, G. E. (1995). Ethnography in/of the world system: The emergence of multi-sited ethnography. Annual review of anthropology, 24(1), 95-117.

Mauss, M. (2023). Techniques of the Body [1934]. Dans B. Higmore (dir.), The Design Culture Reader (pp. 73-87). London: Routledge.

Miller, S. W. (2014). Minding the Gap: Pan-Americanism’s Highway, American Environmentalism, and Remembering the Failure to Close the Darién Gap. Environmental History, 19(2), 189–216. https://doi.org/10.1093/envhis/emu002

Miraglia, P. (2016). The Invisible Migrants of the Darién Gap: Evolving Immigration Routes in the Americas. Council on hemispheric Affairs, 18.

Paneque-Gálvez, J., Vargas-Ramírez, N., Napoletano, B. M., & Cummings, A. (2017). Grassroots Innovation Using Drones for Indigenous Mapping and Monitoring. Land, 6(4), Article 4. https://doi.org/10.3390/land6040086

Peluso, N. L., & Vandergeest, P. (2020). Writing political forests. Antipode, 52(4), 1083-1103.

Peluso, N. L., & Vandergeest, P. (2010). Taking the Jungle out of the Forest: Counter-Insurgency and the Making of National Natures. Global Political Ecology.

Pickles, J. (2012). A history of spaces: Cartographic reason, mapping and the geo-coded world. Routledge.

Robbins, P. (2000). The rotten institution: Corruption in natural resource management. Political Geography, 19(4), 423–443.

Runk, J. V. (2015). Creating Wild Darién: Centuries of Darién’s Imaginative Geography and its Lasting Effects. Journal of Latin American Geography, 14(3), 127–156.

Runk, J. V. (2017). Crafting Wounaan Landscapes: Identity, Art, and Environmental Governance in Panama’s Darién. University of Arizona Press.

Rutkow, E. (2019). The longest line on the map: The United States, the Pan-American Highway, and the quest to link the Americas. Scribner.

Scott, J. C. (1998). Seeing like a state: How certain schemes to improve the human condition have failed. Yale University Press.

Scott, J. C. (2013). Zomia ou l’art de ne pas être gouverné : une histoire anarchiste des hautes terres d’Asie du Sud-Est (N. Guilhot, F. Joly, & O. Ruchet, trad.). Paris : Éditions du Seuil.

Tacconi, L., & Williams, D. A. (2020). Corruption and Anti-Corruption in Environmental and Resource Management. Annual Review of Environment and Resources, 45(1), 305–329. https://doi.org/10.1146/annurev-environ-012320-083949

Tilbeurgh, V. V., Calvez, M., & Longuevergne, L. (2022). Le monitoring participatif. Un dispositif entre production de données et implication des publics. Revue d’anthropologie des connaissances, 16(16-4).

Tines, N. (2017) Cross-border displacement and its invisibility : An introduction to the Colombian-Panamanian case. Refugee Review Special Focus Labour, 219.

Tuck-Po, L. (2016). Before a step too far: Walking with Batek hunter-gatherers in the forests of Pahang, Malaysia. Dans Jo Lee Vergunst & Tim Ingold (dir.), Ways of walking (pp. 33-46). Routledge.

TVN, R. de (2023, April 21). Panamá busca convertirse en el primer país de Latinoamérica en usar la ciencia contra trasiego ilegal de madera. Tvn Panamá. https://www.tvn-2.com/nacionales/panama-busca-convertirse-primer-pais-ciencia-trasiego-ilegal-madera-delito_1_2048151.html

Sarrut, M., Echeverri Zuluaga, J., & Valenzuela Amaya, S. (2023). Briser le mythe de la « jungle qui tue » : analyse du rôle des intermédiaires dans la traversée du Darién (frontière Colombie-Panama). Revue européenne des migrations internationales, 4, 15-42.

Van Uhm, D. (2020). The diversification of organized crime into gold mining : domination, crime convergence, and ecocide in Darién, Colombia. Dans Yuliya Zabyelina & Daan van Ulm (dir.) Illegal mining: Organized crime, corruption, and ecocide in a resource-scarce world (pp. 105-146). Cham: Springer International Publishing.

Vardeman, E., & Runk, J. V. (2020). Panama’s illegal rosewood logging boom from Dalbergia retusa. Global Ecology and Conservation, 23, e01098.

Vergara-Asenjo, G., Sharma, D., & Potvin, C. (2015). Engaging Stakeholders: Assessing Accuracy of Participatory Mapping of Land Cover in Panama: Participatory mapping accuracy. Conservation Letters, 8(6), 432–439. https://doi.org/10.1111/conl.12 161

Voisin, Y., Foyer, J., & Runk, J. V. (2022). El mapeo comunitario en Panamá : Apropiación indígena de un dispositivo sociotécnico (1990-2022). Anuario de Estudios Centroamericanos, 48.

Haut de page

Notes

1 En espagnol, on parle plutôt de monitoreo comunitario de bosque ou monitoreo indígena. Dans le texte, nous conservons l’anglicisme « monitoring » dans la mesure où il est courant dans la littérature en langue française pour désigner ce type de pratiques (voir par exemple Tilbeurgh et al., 2022).

2 Le terme traditionnel est ici employé pour désigner des pratiques et des savoirs transmis au sein des communautés autochtones, dont la continuité est assurée par des processus d’adaptation et de réinterprétation dans des contextes contemporains. Il ne suppose pas une fixité des usages, mais reflète plutôt une relation dynamique aux savoirs et aux technologies.

3 Ce qui m’intéresse dans ce dispositif que j’étudie dans le cadre de ma thèse, c’est sa propension à constituer un nœud entre des mondes différents (Conklin & Graham, 1995), le monde politique de la conservation des forêts et du régime climatique global (Aykut et al., 2017), et celui local ou micro-local des relations symboliques, sensibles et matérielles que les autochtones nouent avec la forêt (Ingold, 2012).

4 La notion de criminalité verte fait référence à toute activité criminelle affectant l’environnement naturel. Elle est l’objet de la criminologie verte, qui « étudie […] les relations entre les préjudices environnementaux et les problèmes sociaux en identifiant les victimes et les responsables et en assurant le développement de la justice environnementale » (Manirabona & Koutouki, 2016, p. 6). En Colombie et au Panama, les crimes environnementaux sont généralement imbriqués dans le fonctionnement d’autres types d’activités criminelles (Van Uhm, 2020).

5 Lorsqu’il s’agit d’entrer en relation avec l’État, avec des organisations internationales ou des ONGs, les autochtones du Panama répondent à leurs congrès (congresos generales) respectifs qui pilotent les relations politiques au niveau supra-local. Le Congrès national du peuple wounaan est actuellement dirigé par la cacique Aulina Ismare Opua.

6 La démocratie technique est un concept développé par M. Callon, P. Lascoumes et Y. Barthe. Il renvoie aux « changements procéduraux et institutionnels que devrait connaître la démocratie afin de permettre aux questions sociotechniques de faire l’objet de décisions politiques délibérées et collectives » (Barbin, 2018, p. 189). Ses moments d’expressions interviennent lors de « forums hydrides », ces espaces dialogiques qui rassemblent citoyens, scientifiques, politiques ou industriels autour de la résolution d’un problème commun (Barthe et al., 2014).

7 J’utilise le concept de « diplomatie autochtone » dans la continuité des travaux sur la diplomatie des savoirs traditionnels mobilisés dans les arènes climatiques globales (Foyer & Dumoulin, 2020). En s’intégrant aux stratégies territoriales et au lobbying politique des autochtones au Panama, le monitoring permet la négociation et la production de rapports de force avec différents acteurs qui ont la capacité d’influencer les intérêts autochtones (scientifiques, États, ONGs, organisations internationales). En ce sens, il sert autant les capacités de surveillance des territoires qu’un arsenal diplomatique autochtone qui opère aux niveaux régional, national et international.

8 La Comarca Emberá-Wounaan est créée en 1983. Il s’agit d’une division territoriale autochtone formellement reconnue par l’État panaméen et qui jouit d’une certaine autonomie politique (voir Herlihy, 1995).

9 Au Panama, la légalisation des territoires autochtones se fait à travers deux figures juridiques qui garantissent une propriété collective du territoire : la comarca, qui fonctionne pour de vastes espaces où vivent plusieurs communautés, et la tierra colectiva, qui peut être mobilisée pour des territoires plus petits (et où ne où vit qu’une seule communauté). La première comarca est créée en 1938 (elle s’appelle alors la Comarca de San Blas et abrite une part importante de la population guna panaméenne) tandis que les premières tierras colectivas sont légalisées en 2012 (pour les communautés wounaan de Puerto Lara et Caña Blanca).

10 Les raisons invoquées pour ce refus sont incompréhensibles et correspondraient en réalité à des motivations électorales clientélistes pour le parti au pouvoir qui cherche des soutiens chez les populations paysannes nouvellement installées dans la région (voir Herrera, 2022).

11 L’expression « terres nationales » désigne ici des terres administrativement réintégrées dans les registres fonciers de l’État, les rendant ainsi disponibles pour des usages tels que l’élevage, l’agriculture ou l’exploitation forestière. Contrairement aux terres domaniales, qui font partie du domaine public ou privé de l’État de manière explicite, les terres nationales peuvent inclure des espaces dont le statut foncier reste sujet à contestation ou à des revendications de tenure par des acteurs locaux, notamment autochtones.

12  Pour une chronologie du refus d’ANATI, voir le récapitulatif de l’ONG Rainforest Foundation US à l’adresse suivante : https://rainforestfoundation.org/aruza-panama-decision/

13 Au Panama, le droit de l’environnement s’organise autour la loi 41 ou Ley General de Ambiente de 1 de julio de 1998 (Fong Buckridge, 2020)

14 Leurs connaissances ethno-écologiques sont par exemple mobilisées pour l’identification des essences des arbres coupés et des espaces affectés directement ou indirectement par les coupes.

15 Il s’agit d’une dimension encore peu traitée par l’anthropologie (Ingold & Vergunst, 2008 ; Tuck-Po, 2016).

16  Les cartographes d’Aruza ont été choisis par la communauté au cours d’un vote. Ils ne reçoivent généralement pas de salaire, sauf si les expéditions en forêt font l’objet d’un financement extérieur de la part des ONGs partenaires des Wounaan (Native Future ou Rainforest Foundation US). Aucune reconnaissance institutionnelle n’existe au Panama pour ces activités de monitoring qui se déroulent de façon autonome dans les territoires autochtones ou sur la base de financements extérieurs (en général des ONGs et plus rarement des grandes fondations philanthropiques).

17 FAO : Food and Agriculture Organization of the United Nations (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture)

18 Native Future travaille étroitement avec les Wounaan et leurs autorités traditionnelles depuis 2004 en particulier autour des droits territoriaux et la légalisation des territoires, le tourisme communautaire et pour des programmes de conservation de l’avifaune.

19 Si une poignée d’anthropologues travaillent dans quelques territoires wounaan du Panama, ceux-ci sont également enrôlés dans la fabrique des preuves et leurs validations. Julie Velázquez Runk, une anthropologue américaine qui travaille depuis longtemps avec les Wounaan, a par exemple été sollicitée pour écrire une tribune dénonçant la situation d’Aruza. J’ai moi-même participé, avec l’anthropologue panaméen Francisco Herrera, à l’élaboration d’une expertise utilisée dans les arènes de la justice panaméenne (l’expertise mentionnée dans l’extrait du carnet de terrain), visant à analyser les effets de la déforestation sur la vie des habitants d’Aruza. Ces documents viennent renforcer la robustesse des preuves, en montrant comment celles-ci s’articulent à des réalités plus larges.

20 Le nom a été modifié et la traduction est libre.

21 À travers le terme de « vente d’Aruza », nous nous référons aux 72 demandes de titres cadastraux déposés au registre national de l’administration des terres (ANATI), qui visent à privatiser le territoire autochtone d’Aruza et à faciliter l’exploitation de ses ressources.

22 Traduction libre.

23 Si les dispositifs de monitoring autochtone ne sont pas encore connectés à Interpol, tout laisse à penser qu’un tel partenariat pourrait surgir dans les prochaines années.

24 Traduction libre.

25  Il s’agit d’une tournure de l’enquête qui a pour moi été plus difficile à observer, en particulier du fait d’une confidentialité croissante de l’enquête et parce que ces développements interviennent à la fin de mon terrain au Panama.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Figure 1 : Aruza dans la géographie politique de la région du Darién.
Crédits Source : Native Future (reproduction autorisée avec l’accord de l’ONG)
URL http://journals.openedition.org/rac/docannexe/image/37657/img-1.png
Fichier image/png, 549k
Titre Figure 2 : Les cartographes d’Aruza et les premières preuves de déforestation.
Crédits Source : archives personnelles, janvier 2023.
URL http://journals.openedition.org/rac/docannexe/image/37657/img-2.png
Fichier image/png, 1,5M
Titre Figure 3 : Premières mises en forme des données récoltées en forêt par les techniciens du Congrès national du peuple wounaan dans leurs bureaux de Panama City.
Crédits Source : Wounaan Podpa Nʌm Pömaam – Native Future (reproduction autorisée avec l’accord de l’ONG).
URL http://journals.openedition.org/rac/docannexe/image/37657/img-3.png
Fichier image/png, 249k
Titre Figure 4 : Modélisation de la déforestation sur la période 2019-2022 à partir d’images satellites réalisée par les techniciens du congrès (Wounaan Podpa Nʌm Pömaam) dans leurs bureaux de Panama City.
Crédits Source : Wounaan Podpa Nʌm Pömaam – Native Future (reproduction autorisée avec l’accord de l’ONG).
URL http://journals.openedition.org/rac/docannexe/image/37657/img-4.png
Fichier image/png, 201k
Titre Figure 5 : Captures d’écrans tirées de vidéos des drones wounaan envoyées au fonctionnaire du MiAmbiente en février 2023.
Crédits Source : Wounaan Podpa Nʌm Pömaam (reproduction autorisée avec l’accord de l’organisation).
URL http://journals.openedition.org/rac/docannexe/image/37657/img-5.png
Fichier image/png, 683k
Titre Figure 6 : Extraits d’une plainte environnementale formelle basée sur les données récoltées par les cartographes wounaan d’Aruza.
Crédits Source : Wounaan Podpa Nʌm Pömaam (reproduction autorisée avec l’accord de l’organisation).
URL http://journals.openedition.org/rac/docannexe/image/37657/img-6.png
Fichier image/png, 732k
Titre Figure 7 : Carte des 72 titres privés déposés au registre foncier de l’ANATI, réalisée par un spécialiste autochtone en SIG pour le compte du procureur régional du Darién chargé des affaires environnementales dans le cadre de l’enquête sur la vente d’Aruza.
Crédits Source : Geoindígena (reproduction autorisée avec l’accord de l’organisation).
URL http://journals.openedition.org/rac/docannexe/image/37657/img-7.png
Fichier image/png, 251k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Yann Voisin, « Monitoring communautaire autochtone et justice environnementale »Revue d’anthropologie des connaissances [En ligne], 19-2 | 2025, mis en ligne le 01 juin 2025, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rac/37657 ; DOI : https://doi.org/10.4000/140p6

Haut de page

Auteur

Yann Voisin

ATER en anthropologie à l’IHEAL et doctorant au CREDA. Sa thèse porte sur le monitoring communautaire chez les peuples autochtones d’Amérique centrale. Il a publié sur la cartographie participative et la circulation des technologies de surveillance dans les mondes autochtones. Il contribue à une évaluation globale du monitoring communautaire avec l’IPBES. Institut des Hautes Études de l’Amérique latine (IHEAL), 5 cours des Humanités (bat. Sud), 93322 Aubervilliers, France. ORCID: https://orcid.org/0000-0002-3661-7454

Adresse : Center for Research and Documentation on the Americas (CREDA – UMR CNRS 7227/UMR IRD 280), Aubervilliers, France
Courriel : yann.voisin.96@gmail.com

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search