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Débats et commentaires

Les agendas climatiques nationaux des pays non hégémoniques du Sud global

Comparaison de trois pays en Amérique latine (Brésil, Chili, Mexique)
Climate agendas in countries of the non-hegemonic global South. Comparison of three countries (Brazil, Chile, and Mexico)
Las agendas climáticas nacionales de los países no hegémonicos del Sur global. Comparación de tres países (Brasil, Chile, México)
Nationale Klimaagenden in Ländern des nicht-hegemonialen Globalen Südens. Ein Vergleich von drei lateinamerikanischen Ländern (Brasilien, Chile, Mexiko).
Hebe Vessuri, Isabelle Sánchez Rose, Karenia Córdova, Alexis Mercado et María Sonsiré López
Cet article est une traduction de :
Las agendas climáticas nacionales de los países no hegémonicos del Sur global [es]

Résumés

Cet article s’intéresse aux tensions scientifiques et politiques qu’engendre la construction des agendas climatiques et environnementaux nationaux dans les contextes du Sud global non hégémonique. On sait relativement peu de choses sur la manière dont les pays du Sud développent leur propre science du climat et sur la façon dont elle est mobilisée dans les politiques publiques. L’article met en évidence les difficultés scientifiques et politiques rencontrées au Brésil, au Chili et au Mexique pour développer des connaissances scientifiques locales et ainsi éclairer les décisions publiques nationales. La demande de ces pays est en effet spécifique, notamment en raison des impacts négatifs des projets extractifs. Le débat présenté dans cet article invite à poursuivre la recherche empirique en études environnementales et en sciences sociales sur l’interface entre les sciences et les politiques du climat dans les pays du Sud global.

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Texte intégral

Des agendas nationaux pour favoriser la mise en œuvre de mesures face au changement climatique : négociations et réalité

1Les questions abordées dans les modèles scientifiques globaux du climat et de l’environnement diffèrent des problèmes que se posent les politiques publiques au niveau national. Des intérêts multiples sont en jeu qui doivent être pris en compte pour bénéficier à la fois aux pays et à la planète dans son ensemble. Les difficultés pour mettre en œuvre des politiques climatiques justes et cohérentes se sont en effet accrues avec le temps. Pourtant, des données environnementales et climatiques mondiales en temps réel ont été échangées grâce, par exemple, aux satellites climatiques de la série GOES (Geostationary Operational Environmental Satellites) et aux satellites environnementaux de la série LANDSAT (Programme for Long-range Earth Observation). Des agences mondiales pour l’environnement et le climat telles que le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), l’OMM (Organisation météorologique mondiale), ainsi que des organismes de coopération internationale, telle que, entre autres, la GTZ (Coopération technique allemande), ont participé à la formation d’équipes techniques dans des pays non hégémoniques afin de contribuer à cet effort mondial. L’objectif est que, grâce à l’aide apportée sous forme de ressources financières, de bourses, de cours et de programmes de formation visant à renforcer leurs capacités techniques, ces pays soient aussi intégrés à la production mondiale d’études et de données pertinentes pour comprendre les processus de changement qui se produisent dans le climat planétaire.

  • 1 Peu avant la COP de Copenhague en décembre 2009, un serveur du Climatic Research Unit (CRU) de l’un (...)
  • 2 Avec l’accord de Paris de 2015, un consensus politique remarquable a été atteint. Plus de 195 pays (...)

2Parallèlement à sa visibilité croissante, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), organe phare de la science du changement climatique, a fait l’objet de critiques1. Depuis sa création, il a été confronté à un conflit persistant entre science et politique, qui s’est intensifié ces dernières années en raison de différentes crises touchant les démocraties libérales2. Cependant, la croissance économique, associée à un discours proclamant son évolution vers une approche plus « verte », est encore largement considérée comme un objectif désirable, principalement en raison de son caractère supposé illimité, et comme le principal remède aux problèmes sociaux (Schmelzer, 2015). Dans le contexte actuel, marqué par une intensification des activités humaines et une expansion des systèmes énergétiques, la matrice énergétique mondiale continue de présenter des défis environnementaux et sociaux considérables. Ces enjeux sont exacerbés par l’intégration de nouvelles sources d’énergie, souvent développées selon cette même logique de croissance économique continue, ce qui complique encore la situation socio-environnementale globale (Córdova & Mercado, 2024 ; Sonter et al., 2020).

3Le capitalisme, dans sa quête incessante de ressources, s’aventure désormais dans des régions autrefois inexplorées et anciennement colonisées de la planète, à l’instar des fonds marins. Un régime extractiviste, dont les répercussions sur l’environnement sont notables, contribue à l’exacerbation de la crise climatique, ce qui se traduit par une relation contradictoire entre les politiques publiques climatiques/environnementales et les impératifs économiques (Durante, Kröger & La Fleur, 2021 ; Gudynas, 2020). Les analyses qui ont tenté de rendre compte de l’éventail des problèmes économiques, politiques, culturels et écologiques liés à ce régime extractiviste englobent des questions aussi variées que la modernité, la violence, la production, l’exploitation, la destruction de l’environnement, la numérisation et les nouveaux « assemblages ontologiques » (Alcoff, 2022 ; Bebbington, 2010 ; Veltmeyer & Petras, 2014). Elles montrent que les projets extractivistes transforment non seulement les économies et l’organisation du travail, mais aussi les institutions politiques et juridiques, ce qui entraîne une transformation des identités sociales et des relations communautaires.

4L’intensification de la crise socio-environnementale et les avancées limitées, voire les régressions, des accords internationaux visant à réduire le changement climatique depuis le début de ce siècle conduisent à une diminution de la viabilité d’une « transition verte » (Steffen et al., 2015 ; Wiedman et al., 2020 ; Hirschnitz-Garbers et al., 2015). Près de 200 gouvernements se sont engagés à respecter les traités des Nations unies relatifs aux droits de l’homme, au développement juste et responsable et à l’atténuation du changement climatique. Cependant, la majorité d’entre eux ne parviennent pas aux résultats escomptés (Lahsen, 2024 ; Conca, 2015 ; Dimitrov, 2019).

  • 3 À l’issue des négociations du récent sommet sur la biodiversité de la COP16 qui s’est tenu en Colom (...)

5La production de modèles climatiques mondiaux requiert une infrastructure de connaissances robuste, impliquant la mise en place de réseaux d’experts en climatologie et de laboratoires équipés de superordinateurs pour traiter d’importantes quantités de données, ainsi que l’utilisation d’un codage informatique sophistiqué pour générer des simulations climatiques. Cette dynamique s’observe actuellement dans les pays les plus développés et dans quelques pays non hégémoniques, à l’instar du Brésil (GIEC, 2021). La Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) et le processus de la Conférence des parties (COP) ont joué un rôle crucial dans l’action internationale visant à résoudre la question climatique et dans l’établissement du cadre de la politique climatique mondiale, avec la participation concrète des pays. Les études scientifiques, traditionnellement dominées par les sciences naturelles, deviennent nettement plus complexes lorsqu’elles incluent les sciences sociales, cherchant à mettre en lumière les interrelations entre les sphères naturelles, sociales et politiques. Mais face au schisme entre recherche et politique qui s’est progressivement installé dans les négociations climatiques (Aykut et Dahan, 2015), on a soutenu qu'il fallait passer de la négociation à la mise en œuvre (Rockström & Dixson-Decleve, 2024), et repenser les sommets sur le climat à l’avenir. Des règles plus strictes seraient nécessaires pour freiner le lobbying en faveur des combustibles fossiles. Il faudrait revoir établir des critères d’éligibilité stricts visant à exclure les pays qui ne soutiennent pas l’élimination progressive ou l’abandon des énergies fossiles. Le processus des COP doit aussi faire l’objet de réformes importantes. La COP doit être plus forte et mieux structurée pour combler le fossé entre l’action et la crise climatique, pour assurer la transition énergétique et l’élimination progressive des énergies fossiles3.

  • 4 Nous utilisons ici l’anglicisme « agenda » (plutôt que l’ordre du jour ou la priorité politique en (...)

6Les agendas nationaux4 sur le changement climatique et ses effets sur l’environnement constituent des dispositifs performatifs (Beuscart et Peerbaye, 2006) qui influencent directement l’interface entre la science du climat et l’élaboration de politiques d’adaptation et d’atténuation du changement climatique dans des contextes nationaux. Ces dispositifs ont fait l’objet de critiques en raison de leur capacité à fonctionner comme des technologies politiques de traduction des informations produites à l’échelle globale à des échelles géographiques réduites (Beck & Mahony, 2017). Néanmoins, l’étude de ces dispositifs permet de se rapprocher des cultures scientifiques et politiques des pays dans lesquels des visions locales du changement climatique sont produites. Les agendas climatiques nationaux constituent une démarche à la fois scientifique et politique qui permet de retracer les tensions inhérentes à la traduction du changement climatique dans différents processus d’institutionnalisation, différentes cultures scientifiques et différents contextes politiques locaux (Mahony, 2017). En outre, ils ont la capacité de créer un pont entre la science du climat et le processus de prise de décision. Ce potentiel s’exerce lorsque des conditions structurelles favorables sont réunies, telles que des arrangements institutionnels pertinents, un financement adéquat et le renforcement des capacités locales. Dans ce contexte, un dialogue peut s’instaurer entre les différents acteurs, favorisant ainsi la compréhension mutuelle et l’expression des intérêts. Dans la suite du texte, nous allons brièvement décrire comment le Brésil, le Chili et le Mexique font état de différentes manières d’institutionnaliser la science du climat dans la région latino-américaine et de participer à la circulation internationale des connaissances.

Brésil : la force relative du niveau national

7Au Brésil, le choix du ministère de la Science et de la Technologie de mener les premières initiatives sur le climat au début du XXIᵉ siècle reflétait la conviction du gouvernement que le changement climatique était une question de politique scientifique et technologique étrangère, et non d’environnement (Rodrigues, 2015 ; Aamodt, 2018). Le changement climatique et la pression des pays avancés sur la déforestation ont conduit le gouvernement brésilien à séparer la question du climat de celle de la déforestation, laquelle a été identifiée comme un problème environnemental national distinct, et non comme une conséquence du changement climatique. La science du climat s’est ainsi développée comme un modèle alternatif à la science mondiale établie, l’accent étant mis sur une approche nationale. Cette tendance s’inscrit dans un contexte de méfiance à l’égard des connaissances produites au niveau international, où le pays était présenté comme émettant des gaz à effet de serre à des niveaux comparables à ceux des pays développés (WRI, 1990). Les origines inhabituelles de l’action climatique du Brésil ont été consolidées après en avoir transféré la responsabilité du ministère de la Science et de la Technologie au ministère de l’Environnement. C’est là, après 2003, qu’un contrôle effectif sur la déforestation a pu être exercé, avant même l’implémentation des initiatives climatiques dans le cadre des politiques publiques. Ces actions ont été suivies par un Plan National sur le Climat détaillé en 2008 et une Loi Nationale sur le Climat à la fin de l’année 2009.

8Myanna Lahsen (2004) a mené une étude sur les interactions entre les climatologues et les décideurs politiques au Brésil, en collaboration avec les groupes de modélisation du GIEC, avant même la conception du « Modèle du Système Terre ». Ce Modelo Brasileiro do Sistema Terra (MBST) a été conçu dans le but de développer un instrument informatique avancé du système terrestre adapté à la production de projections du changement climatique mondial. Cette initiative a permis au pays de générer des scénarios futurs et de contribuer à la formation d’une nouvelle génération de chercheurs sur les différentes composantes du système terrestre et leurs interactions complexes. La création de ce modèle MBST a été considérée comme une avancée majeure pour la science brésilienne, et il a été reconnu comme un instrument fondamental, notamment pour les études nationales sur le réchauffement climatique et ses implications pour le pays.

9À cette époque, les climatologues et les décideurs politiques brésiliens ne partageaient pas l’ensemble des hypothèses du GIEC, en dépit du fait qu’ils ne se sentaient pas en mesure de les remettre en question. En effet, ils étaient alors dépendants de sources de financement internationales, ce qui limitait leur marge de manœuvre. Par ailleurs, ils exprimaient le souhait de maintenir leur participation aux réunions du GIEC, malgré le sentiment que leur voix n’était pas toujours considérée comme pertinente dans les débats, leur position de producteurs de connaissances étant perçue comme inférieure au sein du groupe des pays du Nord.

10Le gouvernement brésilien a entrepris des recherches indépendantes pour contester certaines conclusions du GIEC et du WRI (World Resources Institute). Alors, des réseaux d’envergure nationale d’institutions dédiées à l’étude du changement climatique ont été développés. Parmi ceux-ci, on peut citer la Rede Clima (Rede Brasileira de Pesquisas sobre Mudanças Climáticas Globais) en 2007, et l’Instituto Nacional de Ciência e Tecnologia (INCT) para Mudanças Climáticas en 2008. Ces initiatives, toutes deux promues par l’État central, ont permis de promulguer la Loi nationale sur le climat en 2009. Le Brésil cherchait à réduire sa dépendance vis-à-vis du Nord global en développant une expertise scientifique autonome, perçue comme un vecteur potentiel d’avantage géopolitique. C’est finalement au début des années 2010 que l’institut chargé des recherches spatiales (INPE – Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais) a créé le CCST (Centro da Ciencia do Sistema Terrestre) afin de développer le modèle brésilien du système terrestre (MBST) qui est un atout géopolitique. Le CCST a également permis de façonner le débat sur la politique climatique selon les termes du Brésil (Miguel, Mahony & Monteiro, 2019 ; Anderson, 2011).

11Les initiatives déployées par le Brésil ont abouti à une maîtrise efficace des émissions. Il est indéniable que la déforestation et le changement d’affectation des terres occupent une place prépondérante dans le profil d’émissions de gaz à effet de serre (GES), passant de 2,2 % du total mondial en 2005 à seulement 1,4 % en 2014. Cependant, cette capacité de gouvernance a été réduite peu après (Hochstetler, 2021). Dans le contexte brésilien, le bloc « ruraliste » interpartis, qui est associé aux intérêts agricoles du pays et constitue le principal vecteur de la déforestation, a exercé une influence significative sur les présidents qui ont succédé à Lula (Mueller, 2018). Cette configuration d’intérêts a effectivement mené à l’émergence d’un leadership présidentiel qui a affaibli, puis démantelé de manière manifeste des institutions efficaces (Franchini, Mauad & Viola, 2020), en recourant à des dispositifs politiques qui ont facilité l’élimination rapide des capacités pertinentes en faveur de l’action climatique. Ce n’est que depuis 2019, une année marquée par des incendies de forêt de grande ampleur dans la région amazonienne, que l’on observe une augmentation de la production scientifique sur le changement climatique (Chiquetto & Nolasco, 2024).

Chili : le pouvoir traditionnel du gouvernement central et le développement d’une gouvernance locale

12Depuis la fin de la dictature de Pinochet, un mouvement environnementaliste croissant s’est mobilisé contre la pollution causée par l’industrie de la pâte à papier (Sepúlveda & Villarroel, 2012) et les activités minières (Jerez, Garcés & Torres, 2021), contre la privatisation de l’eau (Madariaga, Maillet & Rozas, 2021) et en faveur d’une réglementation plus stricte (Garcés, 2022). La loi-cadre climatique, élaborée dès 2018, a finalement été validée en 2022 sous la présidence actuelle de Gabriel Boric. L’accent mis par le gouvernement sur la décentralisation et la participation d’acteurs variés aux différents échelons institutionnels a joué un rôle crucial dans l’essor d’un agenda climatique local.

13Dans ce contexte, la science climatique chilienne est un champ émergent aligné sur les normes et les pratiques de la science dans le Nord global, elle cherche à explorer et affronter les difficultés locales (Undurraga et al., 2023). À la suite de leurs études à l’étranger, un groupe de scientifiques chiliens a créé le Centro para la Ciencia del Clima y la Resiliencia (CR2) en 2013 et le Centro para la Ecología Aplicada y la Sustentabilidad (CEAS) de l’Université catholique du Chili en 2014, dans un contexte d’inquiétude et d’intenses débats publics sur le changement climatique et son effet sur l’environnement : sécheresses majeures, pénuries d’eau, incendies de grande ampleur (Aguirre et al., 2022 ; Undurraga, Aguirre & Mudd, 2023).

  • 5 En 2022, le projet constitutionnel a été rejeté par référendum constitutionnel le 4 septembre 2022. (...)

14Les modèles globaux ont été adaptés à l’étude de phénomènes locaux au Chili, grâce à un processus de régionalisation, que l’on pourrait aussi resituer dans un mouvement plus général de décentralisation géopolitique et épistémique (Rodriguez Medina & Harding, 2025). Avec des ressources informatiques limitées pour la modélisation, les chercheurs chiliens se concentrent sur le développement d’instrument permettant d’étudier le climat local, comme le rôle de l’océan Pacifique et l’effet des Andes sur la modulation du climat. Mais le rejet de la proposition de changement constitutionnel5 a empêché d’éventuels changements dans la gouvernance, de sorte que des domaines d’une importance capitale dans la lutte contre le changement climatique, tels que l’énergie, la politique industrielle et la réglementation des entreprises, échappent au contrôle des gouvernements infranationaux ou locaux. Cependant, avec l’émergence de programmes mis en place par les gouvernements locaux, les organisations de la société civile et les entreprises pour lutter contre le changement climatique (Bulkeley et al., 2012), l’idée que les gouvernements locaux et la gouvernance sont au cœur du développement durable se renforce.

15Particulièrement au Chili, la mise en œuvre de politiques néolibérales a entraîné une réduction des prérogatives de l’État, une diversification des responsabilités et une décentralisation politique sans que ne soient toujours garanties les ressources nécessaires à son exercice, notamment aux niveaux local et municipal (Carraro, Visconti & Inzunza, 2021). Dans ce pays, l’échelon local de prise de décision est particulièrement développé. Les municipalités se caractérisent par un statut juridique double : d’une part, elles relèvent de l’État, et d’autre part, elles jouissent d’une autonomie qui leur confère la capacité de déterminer l’étendue de leurs prérogatives politiques et juridiques (Rivas, Alvarez & Poniachik, 2019). Cependant, elles se trouvent souvent dans une position délicate au sein du régime politique chilien central, car les décisions majeures sont prises à l’échelle nationale.

16La pertinence des agendas climatiques locaux au Chili se révèle dans la marge de manœuvre que les administrations locales ont gagnée grâce, d’une part, aux changements intervenus et à leur intégration dans l’organisation politique nationale et, d’autre part, à leur intégration dans les réseaux nationaux et transnationaux. Cependant, la persistance de contraintes budgétaires et d’inégalités socio-spatiales, auxquelles le mécanisme de financement n’a pas été en mesure de remédier, représente un défi majeur pour la mise en œuvre des agendas climatiques locaux, malgré l’adoption de l’agenda global sur le changement climatique. Par ailleurs, des agendas politiques en matière de science, de technologie et d’innovation plus robustes commencent à se développer et à décentraliser les priorités nationales, en localisant et en globalisant simultanément les préoccupations scientifiques (Cancino et al., 2025).

Mexique : quand la recherche sur le changement climatique n’est pas une priorité politique

  • 6 Certaines expériences telles que l’INE-Semarnat (Instituto Nacional de Ecología-Secretaría de Medio (...)

17Le Mexique est un pays particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique. Il est donc essentiel d’examiner les politiques publiques aptes à faire face à ces risques (Valenzuela, 2014). Depuis que le changement climatique a été inscrit à l’ordre du jour politique et de la recherche dans le pays en 1994, promouvoir la coproduction d’une science du climat qui réponde aux besoins d’information des secteurs fédéraux concernés par le développement national et de la société n’a pas été une priorité officielle (Secretaría de Medio Ambiente, Recursos Naturales y Pesca, 1997)6. Selon De León Escobedo (2024), les possibilités de construire dans le pays une science institutionnalisée à long terme qui ne dépende pas de financements étrangers ou de contingences politiques sont limitées. Des consultances, souvent menées par des chercheurs universitaires, ont été fréquemment sollicitées pur élaborer des scénarios de changement climatique et des évaluations d’impact. Cette approche n’a toutefois pas permis de structurer ce champ de recherche au niveau national qui demeure ainsi limité.

  • 7 La loi générale sur le changement climatique établit des engagements contraignants pour réduire les (...)

18En 2007, le Mexique a élaboré sa première stratégie nationale contre le changement climatique en participant activement à une série de rencontres internationales. Dans le cadre de la 15ème Conférence des parties (COP15) qui s’est tenue à Copenhague (en 2019), le Mexique a annoncé sa détermination à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (Sosa-Nuñez & Locatello, 2016). En 2010, à la COP16 de Cancún, il a été le premier pays à adopter une législation nationale en vertu de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC)7.

  • 8 Depuis lors et jusqu’en 2018, le processus de transition vers les énergies renouvelables a induit u (...)
  • 9 L’accord de Paris étant contraignant, les parties doivent intégrer dans leur législation nationale (...)

19Dans le cadre de sa politique environnementale, le gouvernement suivant a opté pour une approche différente en ce qui concerne les changements climatiques et la question énergétique. Bien que la réforme énergétique de 2013 ait été motivée par les abondantes réserves de gaz de schiste du Mexique, les investissements dans les énergies renouvelables ont dépassé ceux dans le gaz naturel au cours de cette administration. Mais de manière inattendue, la réforme s’est imposée comme une voie prometteuse pour les projets d’énergie renouvelable, principalement de la part d’investisseurs privés8. Ceci marque un revirement significatif par rapport aux politiques mises en œuvre depuis 1938 au Mexique, lorsque le président Lázaro Cárdenas avait nationalisé l’industrie du pétrole et du gaz. En effet, cette réforme, élaborée en réponse à l’impératif de relever le défi climatique, a suscité des projets d’énergie renouvelable pour rapidement accroître la capacité de production dans le pays. Cette démarche n’a pas favorisé le renforcement des capacités de recherche, la stratégie se limitant à l’acquisition de technologies. En 2018, la Loi générale sur le changement climatique (LGCC) a connu plusieurs modifications en matière d’objectifs de réduction des émissions. Ces modifications font suite à cinq années de réforme du secteur de l’électricité, durant lesquelles l’intégration des énergies renouvelables (ENER, 2017) a été favorisée. Ainsi, en 2018, à la fin de l’administration du président Peña Nieto, les conditions étaient réunies pour procéder à une modification de la LGCC, de manière à se conformer aux termes de l’accord de Paris9.

20Cependant, si le Mexique a montré sa détermination en matière de climat par ses engagements diplomatiques et la promotion des énergies renouvelables, sa législation et sa politique intérieure ont pris une orientation opposée. Depuis l’arrivée au pouvoir du président López Obrador en 2018, plusieurs mesures réglementaires et juridiques témoignent du manque de volonté de réduire les émissions. De plus, les stratégies climatiques annoncées lors des COP26 et COP27 se sont révélées en décalage avec les politiques et lois nationales en vigueur. Après la COP27, les plus grands émetteurs de carbone du monde, dont le Mexique, auraient dû s’engager dans des négociations et poursuivre leur action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

21Une nouvelle présidente a pris ses fonctions à la fin de l’année 2024. Claudia Sheinbaum, qui a obtenu un diplôme en physique et suivi un cursus de troisième cycle en énergie, a exercé en tant que chercheuse à l’institut d’ingénierie de l’Université nationale autonome de México (UNAM) dans le domaine de l’énergie. Elle hérite d’un pays qui est passé du statut de précurseur à celui de retardataire en matière de politique climatique. Son prédécesseur et allié, Andrés Manuel López Obrador, a donné la priorité à la souveraineté énergétique en renforçant le rôle des entreprises énergétiques publiques (PEMEX pour le pétrole et la CFE pour l’électricité) dans la poursuite de l’autosuffisance avec des politiques destinées à garantir le développement économique et les ressources publiques qui génèreraient le bien-être social. Pendant ce temps, les engagements du Mexique en matière de climat sont restés lettre morte. Il est l’un des deux seuls pays du G20 à ne pas avoir d’objectif d’émissions nettes nulles, et il est loin d’atteindre ses objectifs de réduction d’émissions de 35 % d’ici 2030, conformément à l’accord de Paris sur le climat. Ainsi, les perspectives d’avenir du Mexique en matière de politique climatique et environnementale sont incertaines.

Pourquoi la dimension politique et scientifique du changement climatique est-elle importante au niveau national/local ?

22Ces dernières années ont vu l’émergence de ce que l’on a appelé la post-politisation, un processus qui exclut le politique, qui réduit le champ politique à une sorte de gouvernance consensuelle et à des politiques axées sur les aspects techniques et managériaux de la gestion (contrôle) des domaines environnementaux, sociaux, économiques ou autres (Swyngedouw, 2015). Les évaluations scientifiques telles que celles du GIEC ont contribué à faire des sciences du climat, en particulier du changement climatique, un phénomène global, mais dans ce processus, elles ont souvent séparé l’activité scientifique de l’action politique (Dahan & Aykut, 2015 ; Dahan & Guillemot, 2015) ce qui a comme conséquence de ne pas intégrer les problèmes dans leur complexité ni les répercussions de leurs échecs dans l’expertise scientifique. Lors de la définition des agendas locaux de recherche sur le climat, la priorité a souvent été donnée à des questions qui s’avéraient pertinentes au niveau international, tandis que les problèmes pertinents au niveau national étaient souvent négligés. Cependant, des modèles locaux du climat ont progressivement été créés bien que leurs résultats soient variables et même faibles dans l’ensemble. Cette demande de connaissances provient des pays non hégémoniques à mesure que les réponses au changement climatique deviennent plus nombreuses. Ces modèles locaux deviennent nécessaires là où les rapports mondiaux volumineux se sont avérés peu pertinents pour traiter les domaines où les décisions sont prises à petite échelle et où s’expriment d’importantes divergences de points de vue (Beck et al., 2014).

23Les trois cas brièvement décrits concernant la science et la politique climatiques dans les pays d’Amérique latine montrent la complexité de la relation dans chaque contexte socio-territorial. Il faut comprendre comment et par qui cette interface est médiatisée. Il est essentiel d’analyser comment et dans quelle mesure les acteurs politiques nationaux encadrent, négocient, s’approprient et adaptent les discussions internationales sur le changement climatique pour les traduire en décisions publiques, mais aussi de comprendre quel est l’intérêt de certains États à faire de la science du climat une priorité de leur programme de politique publique, mais aussi quel intérêt ont certains États à développer la science du climat comme une priorité de leur agenda politique. La relation entre la science et la politique est influencée par de multiples facteurs. Des questions telles que : les sciences et les politiques climatiques communiquent-elles efficacement entre elles ? Comment les chercheurs locaux sur le climat diffusent-ils leurs conclusions aux utilisateurs potentiels ? Comment s’articulent-ils avec les arguments des scientifiques de l’environnement ? Ces deux domaines se combinent dans une variété infinie dans la réalité, en particulier lorsqu’ils sont ancrés au niveau des communautés locales. Les connaissances climatiques ne concernent pas seulement les experts scientifiques et les scientifiques au niveau national, mais un ensemble hétérogène d’acteurs sociaux. Et le domaine des politiques publiques ne comprend pas strictement les seuls techniciens chargés de formuler les politiques, mais aussi les populations, les groupes et les individus qui font partie de la société et qui ont plus ou moins de chances d’être inclus dans leur formulation et leurs méthodes de mise en œuvre, avec des problèmes, des perceptions et des intérêts variés.

  • 10 Pour une contribution à la question de l’inclusion et de la durabilité, voir Bortz & Gázquez (2023) (...)

24Quelles connaissances et quelles voix sont habilitées à proposer des solutions aux problèmes sociaux et environnementaux urgents, voilà une question cruciale, en particulier dans les pays pauvres, en proie à des problèmes insolubles d’exclusion et de vulnérabilité. Comment les décideurs politiques traitent-ils la myriade de besoins et de préoccupations en matière de connaissances sur le climat ? Qui est inclus dans la négociation des connaissances, et avec quelle capacité de décision ? Comprendre qui est impliqué dans la circulation des connaissances sur le changement climatique ouvre à des questions plus larges autour de la participation et de l’inclusion sociale, dont plusieurs auteurs ont fait valoir qu’elles permettaient une appréhension plus fine et pertinente des problèmes complexes10.

25Les pays brièvement évoqués dans ces pages se distinguent par le fait qu’ils se sont engagés très tôt dans l’agenda international du changement climatique et de la protection de l’environnement, dans des cadres politiques et sociaux très différents, et qui ont rencontré des difficultés pour maintenir leurs engagements dans le temps. Depuis que le changement climatique est inscrit à l’agenda de la politique et de la recherche dans la région, la marge de manœuvre pour mettre en place une science institutionnalisée, à long terme, qui ne dépende ni de fonds étrangers ni de politiques contingentes pour produire des recherches sur ce sujet, a été limitée. Dans plus d’un cas, la mise en place d’une interface fertile entre la science et la politique climatique a échoué. Pour construire l’infrastructure nécessaire à la consolidation d’un programme de recherche local sur cette question, les ressources économiques et institutionnelles sont souvent limitées, dans des sociétés accablées par le poids du modèle extractiviste et son influence sur l’économie locale (Foster, 2024). Il manque des études nationales sur la façon dont les connaissances scientifiques locales sur le changement climatique sont produites, sur les dynamiques qui existent dans l’espace d’interface où la science du climat et la politique se rencontrent, et sur les avancées futures possibles. Mais nos brefs commentaires font déjà apparaître des constellations d’intérêts différents. Lorsque l’imaginaire impersonnel, apolitique et universel du changement climatique projeté par la science entre dans l’arène nationale où les imaginaires subjectifs, situés et normatifs de divers acteurs humains rivalisent dans leur relation avec le social et la nature, le problème devient plus complexe et c’est là que le potentiel interprétatif des sciences sociales trouve sa place.

26Bien que l’adaptation au changement climatique ait été intégrée comme un objectif social impératif dans la littérature canonique sur le changement climatique, cet objectif déclenche des résistances sociales (Eriksen, Nightingale & Eakin, 2015). Cette résistance peut être considérée comme une forme extrême de participation : un « moyen légitime et nécessaire pour les communautés de demander réparation » (Hanna et al., 2015, p. 217) lorsque les décideurs ignorent les impacts négatifs sur leur vie. Gerardo Bocco (2019) affirme que ces critiques aux propositions d’adaptation en tant que processus de transformation sociale (Bassett & Fogelman, 2013) – bien que peu visibles dans la littérature dominante – avaient déjà été formulées au sein du réseau intitulé La Red de Estudios Sociales en Prevención de Desastres en América Latina, connue sous le nom de La Red11. Il semblerait qu’il soit temps d’élaborer de nouvelles façons de conceptualiser la régulation formelle et informelle des processus de changement socio-naturel et des connaissances quotidiennes sur le climat (Boyd, 2017 ; Nightingale et al., 2020).

27De nombreuses structures institutionnelles en Amérique latine ne semblent pas être en mesure de répondre efficacement à ces défis, soit parce qu’elles sont engagées dans des pratiques consubstantielles à la logique extractiviste, soit parce qu’elles sont trop faibles pour proposer des alternatives socio-productives durables garantissant la préservation socio-environnementale. Le manque de compréhension mutuelle entre les scientifiques, le public et les décideurs concernant les informations demandées, la portée des informations produites, leur interprétation et leur usage doit servir d’avertissement sur les difficultés de la mise en œuvre. Il peut également alerter sur le risque d’une utilisation inappropriée et trompeuse des implications du changement climatique pour éviter les responsabilités politiques dans le contexte des catastrophes socio-environnementales.

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Bibliographie

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Notes

1 Peu avant la COP de Copenhague en décembre 2009, un serveur du Climatic Research Unit (CRU) de l’université d’East Anglia (UEA) en Angleterre a été piraté par un attaquant externe qui a copié des milliers de courriels et de documents du CRU et a divulgué des informations à divers sites Web, une affaire connue sous le nom de Climategate (cf. Closing the Climategate, Nature, 2010). Le GIEC a alors été au centre de cette controverse. Jerome Ravetz a attiré l’attention sur la profonde transformation historique subie par la science au début de ce siècle (Ravetz, 2003 ; 2010). Elle concerne ses formes d’organisation et ses caractéristiques les plus profondes, notamment les notions de vérité/fausseté/ignorance, d’objectivité scientifique, de certitude/incertitude, de précaution, de post-normalité, de politique publique et d’ouverture de la science.

2 Avec l’accord de Paris de 2015, un consensus politique remarquable a été atteint. Plus de 195 pays se sont engagés à maintenir le réchauffement à 1,5 °C. Le cadre politique global de cet accord de Paris s’inscrit dans la continuité des décisions adoptées lors de la Conférence des parties (COP), notamment l’abandon des combustibles fossiles, l’arrêt de la déforestation d’ici à 2030, la mise en place d’un système global d’échange de droits d’émission de carbone et l’adhésion à l’Engagement global pour le méthane. En outre, les gouvernements se sont engagés à allouer annuellement 100 milliards de dollars au Fonds vert pour le climat, et le Fonds pour pertes et dommages a été formellement institué. Cependant, une disparité a été observée entre les engagements et les actions effectivement engagées. Parmi les chocs les plus récents, nous pouvons citer les actions de Donald Trump et de Javier Milei visant à retirer les États-Unis et l’Argentine de l’accord de Paris sur le climat (Politi & Ionova, 2024 ; Noor, 2024).

3 À l’issue des négociations du récent sommet sur la biodiversité de la COP16 qui s’est tenu en Colombie en novembre 2024, les ministres du monde entier ont souligné que le climat et la biodiversité ne pouvaient plus être traités comme des questions distinctes. Les pays ont adopté un texte sur les liens entre le climat et la nature (Greenfield & Weston, 2024). Cette évolution vers une vision plus interdépendante du climat et de la biodiversité s’est également reflétée dans les négociations du sommet sur le climat de la COP28 qui s’est tenu à Dubaï en 2023. Les pays ont consenti à actualiser leurs stratégies climatiques de dernière génération en cohérence avec leurs engagements en matière de préservation de l’environnement.

4 Nous utilisons ici l’anglicisme « agenda » (plutôt que l’ordre du jour ou la priorité politique en français) car, comme dans le texte original en espagnol, il s’est imposé particulièrement dans le domaine des négociations sur le climat, domaine hautement globalisé.

5 En 2022, le projet constitutionnel a été rejeté par référendum constitutionnel le 4 septembre 2022. Ce projet, soutenu par le président Gabriel Boric, avait été un moment de grande mobilisation populaire qui incluait également les peuples autochtones dans une Assemblée constituante élue en mai 2021.

6 Certaines expériences telles que l’INE-Semarnat (Instituto Nacional de Ecología-Secretaría de Medio Ambiente y Recursos Naturales), avant de devenir l’INECC (Instituto Nacional de Ecología y Cambio Climático) à partir de 2001, ont été, au moins jusqu’en 2006, des tentatives de création d’un appareil technique d’un bon niveau scientifique, qui se sont essoufflées jusqu’à ce qu’elles aient pratiquement cessé d’être présentes pour guider la recherche sur des questions clés.

7 La loi générale sur le changement climatique établit des engagements contraignants pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 50 % d’ici 2050, tout en donnant la priorité aux stratégies et actions d’atténuation et d’adaptation (Grunstein, 2023).

8 Depuis lors et jusqu’en 2018, le processus de transition vers les énergies renouvelables a induit une augmentation de la construction de parcs éoliens, principalement par des entreprises privées internationales, dans la région de l’isthme de Tehuantepec. Cependant, ces entreprises ont souvent négligé les répercussions socio-territoriales de leurs activités.

9 L’accord de Paris étant contraignant, les parties doivent intégrer dans leur législation nationale des engagements forts visant à réduire le réchauffement climatique.

10 Pour une contribution à la question de l’inclusion et de la durabilité, voir Bortz & Gázquez (2023), Hess (2016) et Wynne (2007), entre autres.

11 URL : www.desenredando.org

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Pour citer cet article

Référence électronique

Hebe Vessuri, Isabelle Sánchez Rose, Karenia Córdova, Alexis Mercado et María Sonsiré López, « Les agendas climatiques nationaux des pays non hégémoniques du Sud global »Revue d’anthropologie des connaissances [En ligne], 19-3 | 2025, mis en ligne le 01 septembre 2025, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/rac/39071 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14k4e

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Auteurs

Hebe Vessuri

Chercheuse émérite à l’Institut vénézuélien de recherche scientifique. Anthropologue sociale, pionnière de la recherche et de l’enseignement des études sociales des sciences et des technologies en Amérique latine depuis 1975.
ORCID: https://orcid.org/0000-0002-2427-8985

Adresse : Edif. Las Cumbres, Apt. A5C, Avda. Principal Las Mesetas, Urb. Santa Rosa de Lima, Baruta, Caracas 1061, Venezuela.
Courriel : hvessuri@gmail.com

Articles du même auteur

Isabelle Sánchez Rose

Professeure (J) au Centre d’études du développement (CENDES-UCV). Doctorat en Sciences, Mention en Études sociales des Sciences de l’Institut vénézuélien de recherche scientifique ; M.Sc. en Politique et Gestion de l’Innovation technologique (CENDES-UCV)  ; DEA en études latino-américaines (IHEAL, France).
ORCID : https://orcid.org/0000-0002-7181-0233

Adresse : Centro de Estudios del Desarrollo (Cendes, calle Neverí, Edf AsoVAC, Colinas del Bello Monte, Caracas (Venezuela).
Courriel : abulafia2@gmail.com

Karenia Córdova

Doctorat en architecture de l’Université centrale du Venezuela, M.Sc. en planification des systèmes énergétiques, UNICAMP-Brésil et licence en géographie de l’Université centrale du Venezuela. Professeure-chercheure à l’Institut de géographie, actuellement directrice de l’Institut de géographie-UCV.
ORCID : https://orcid.org/0000-0002-5245-128X

Adresse : Instituto de Geografía FHE-UCV, Caracas (Venezuela).
Courriel : kareniac@gmail.com

Alexis Mercado

Professeur émérite du Centre d’études du développement de l’Université centrale du Venezuela. Diplômé en chimie ; M.Sc. en Politique scientifique et technologique - Université de Campinas (Brésil). Doctorat en études scientifiques de l’Institut vénézuélien de recherche scientifique.
ORCID : https://orcid.org/0000-0003-3984-8992

Adresse : Centro de Estudios del Desarrollo (Cendes, calle Neverí, Edf AsoVAC, Colinas del Bello Monte, Caracas (Venezuela).
Courriel : alexisms60@gmail.com ; alexis.mercado@ucv.ve

María Sonsiré López

Cheffe du Laboratoire d’études contemporaines sur la science, la technologie et la société du Centre d’études des sciences de l’Institut vénézuélien de recherche scientifique (IVIC). Professeure du programme de troisième cycle en études sociales des sciences à l’IVIC. Sociologue, M.Sc. en études sociales des sciences de l’IVIC.
ORCID : https://orcid.org/0000-0001-9793-7796

Adresse : Instituto Venezolano de Investigaciones Científicas, Carretera Panamericana, San Antonio de los Altos, Estado Miranda. Cod. Postal 1204.
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