1Le site de l’aérodrome de Chartres a été fouillé avant l’aménagement de hangars destinés au stationnement des avions. L’opération, qui a été réalisée sur une surface de 2,2 ha en 2015, a permis de mettre au jour plusieurs occupations datées du second âge du Fer et de la période antique.
2Des indices matérialisés par quelques structures en creux, un hypothétique bâtiment et un tronçon de fossé laissent supposer l’existence d’une première occupation datée du Hallstatt final ou de La Tène ancienne. L’occupation principale, attribuée à la fin de La Tène finale, est caractérisée par la présence d’un enclos fossoyé au sein duquel ont été mis au jour des bâtiments, des greniers sur poteaux et des structures excavées. Cet enclos a été abandonné à la toute fin du second âge du Fer au profit d’un autre, daté du ier s. ap. J.-C., qui n’a été que très partiellement mis au jour dans le cadre de l’opération. Il est associé à quelques structures en creux qui suggèrent la proximité d’un habitat qui reste à localiser. Cette opération vient compléter un corpus protohistorique encore faiblement documenté aux abords de Chartres.
3Le site est localisé à l’est de la Ville de Chartres (Fig. 1) sur le plateau nord-est, interfluve entre l’Eure et la Roguenette. Il se situe à une altitude moyenne de 152 m NGF, proche du point culminant du plateau (155 m NGF). Le terrain est marqué par une légère pente du nord vers le sud avec, à proximité, un petit talweg dirigé NE-SO en rive gauche de la Roguenette.
Fig. 1 - Localisation du site.
DAO : Bruno Lecomte
4Chartres se trouve en plein cœur du Bassin parisien. La géologie locale est liée aux dépôts sédimentaires tertiaires, majoritairement présents à l’ouest de ce bassin. Dans la zone concernée (Fig. 2), les formations secondaires du Crétacé (Sénonien) constituant le substrat sont recouvertes par une argile à silex épaisse, ou “bief”, provenant de leurs dégradations (Ménillet 1971).
Fig. 2 - Contexte topographique et géologique.
DAO : Bruno Lecomte
5Des argiles plastiques à sableuses, bariolées tertiaires (e3-e3 RS) sont parfois préservées au-dessus. Cet ensemble est recouvert, par endroits, d’un cailloutis de silex à matrice argileuse nappé parfois de limons des plateaux. Les limons ont été déposés et remaniés durant le Quaternaire. Ces formations superficielles ont subi une pédogenèse au début de l’Holocène. Sur ces types de substrat se sont formés des sols bruns lessivés créant des horizons repères (A, E, Bt) dans lesquels sont creusées les structures. Ils sont mentionnés localement (Crahet 1981) mais, d’après les observations de terrain, la séquence pédologique complète n’est pas conservée.
6L’organisation du site au cours de cette phase d’occupation est difficile à percevoir, faute de disposer de structures suffisamment nombreuses et caractéristiques. La modestie des vestiges indique qu’il s’agit probablement d’un habitat de faible importance dont la nature précise n’est pas déterminée (Fig. 3).
Fig. 3 - Plan de l'occupation du Hallstatt final/La Tène ancienne.
DAO : Bruno Lecomte
7Le seul bâtiment repéré (204), de forme rectangulaire, est d’identification incertaine. Il associe six trous de poteau, à la distribution irrégulière, formant deux alignements parallèles (Fig. 4). Sa datation repose sur quelques éléments en céramique (NR : 8) attribuables au Hallstatt final ou à La Tène ancienne.
Fig. 4 - Plan et profil du bâtiment 204.
DAO : Bruno Lecomte
8Les fossés 2265, 2659/2672 et 2718 peuvent, de façon encore moins certaine, correspondre à un enclos mis en place, d’après le mobilier collecté, durant La Tène ancienne.
9Le cellier 2001 a livré de la céramique (NR : 52) attribuable à La Tène ancienne (Fig. 5). Une battiture boursoufflée a été collectée dans le comblement inférieur de la structure. Cela peut indiquer la présence d’une activité de forge à proximité de la structure. Elle est identifiée comme un lieu de stockage sur la base de comparaisons pour La Tène ancienne et moyenne issues de Normandie (Lepaumier et al. 2010 : 146) et du Val-d’Oise (Cammas et al. 2005 : 37). Les structures de ce type sont parfois identifiées, en fonction de leur taille, comme des ateliers ou des habitats semi-enterrés (Augier et al. 2012 : 23). Sur le site de “Port Sec Sud” à Bourges, certains sont notamment impliqués dans les activités métallurgiques.
Fig. 5 - Mobilier de La Tène ancienne.
DAO : Jonathan Simon
10En raison de la modestie des vestiges dégagés, la nature précise de cette occupation, peut-être enclose, reste incertaine.
11Le mobilier provenant du fossé 2265 se compose essentiellement de céramique non tournée à pâte sombre et à pâte brune (NR : 183 ; NMI : 3).
12Les formes rencontrées dans le fossé 2265 correspondent à une jatte à bord évasé et col concave, comportant un décor digité au sommet de la lèvre (Fig. 5, no 3), et à deux vases à carène haute dont la forme dérive de la situle (Fig. 5, nos 1 et 2).
13La jatte à bord évasé présente des similitudes avec des exemplaires oisiens issus de la nécropole de Longueuil-Sainte-Marie “Près des Grisards” datée de La Tène ancienne (Malrain et al. 1996 : 44, fig. 2) et du site de Pontpoint “la Vigne Feuillette” daté de La Tène A (Malrain et al. 1996 : 54, fig. 9) mais aussi du Loiret notamment du site du “Haut des Vignes” à Dadonville daté de La Tène ancienne (Bakkal-Lagarde et Peyne 2013 : 128, fig. 19, F130, no 4). Cette forme existe par ailleurs durant la fin du premier âge du Fer (Bardel 2012 : 219).
14Les vases dérivés de la situle se retrouvent également dans l’Oise, sur le site de Pontpoint “les Près Véry” daté de La Tène B (Malrain et al. 1996 : 56, fig. 11), en Île-de-France à La Tène B1 (Marion 2007 : 93, fig. 2, type 640), dans l’Orléanais à La Tène A (Augier et al. 2007 : 159, fig. 27), à Lieusaint en Seine-et-Marne au Hallstatt final (Boulenger 2005 : 135, fig. 5) et à Prasville en Eure-et-Loir à La Tène B2 (Gay 2010 : 257, pl. 1, no F1141-2).
15L’absence de ces types dans les contextes plus récents d’Orléans (à partir de La Tène C2, Riquier 2012 : 223 et suivantes) conduit à dater le comblement du fossé 2265 vers le début du deuxième âge du Fer. Le corpus extrêmement réduit, avec seulement trois individus en céramique et aucun autre type de mobilier, invite toutefois à la prudence.
16Le mobilier provenant de la fosse 2001 comprend 52 tessons pour un NMI de 6. Il correspond en premier lieu une petite jatte en pâte sombre non tournée, à bord redressé et à panse carénée (Fig. 5, no 10), comparable au mobilier rencontré dès La Tène A dans la région d’Orléans (Augier et al. 2007 : 159, fig. 27, étape 1). Le vase à pâte sombre non-tournée, à panse incurvée et à lèvre arrondie rentrante (Fig. 5, no 9), connaît des parallèles en Île-de-France de La Tène A à La Tène B2/C1 (Marion 2007 : 97, Fig. 6 et Augier et al. 2007 : 159). La jatte à lèvre rentrante en pâte sombre non-tournée (Fig. 5, no 11) s’apparente à certains modèles de jatte à lèvre rentrante de La Tène A de l’Orléanais (Augier et al. 2007 : 159).
17Les jattes à profil sinueux (Fig. 5, nos 12 et 13) semblent être des modèles remontant à la Tène ancienne, voire au Hallstatt final. Il existe en effet des similitudes avec des exemplaires retrouvées en Île-de-France (Marion 2007 : 95, fig. 4, Boulenger 2005 : 135, fig. 5) et dans l’Orléanais (Augier et al. 2007 : 159, fig. 27).
18Des autres contextes attribués à cette phase d’occupation, proviennent quelques autres éléments en céramique (NR : 26 ; NMI : 5). Sont notamment identifiées des jattes à bord droit ou rentrant (Fig. 5, nos 5, 7 et 8) dont la lèvre peut être digitée. Le reste du mobilier correspond à des pots (Fig. 5, nos 4 et 6). Les formes identifiées, peu caractéristiques, renvoient à la fin du premier âge du Fer ou au début du second (Bardel 2012).
19Finalement, bien que peu abondant, cet ensemble de céramiques est cohérent et permet de proposer une attribution à la fin du premier âge du Fer/début du second âge du Fer pour cette première occupation du site.
20Les vestiges datés de cette période occupent l’ensemble de l’emprise de fouille (Fig. 6). Cette occupation est caractérisée par un enclos fossoyé trapézoïdal incomplet (manque son angle nord-est) partagé en deux espaces d’inégale dimension. Sept bâtiments et une douzaine de structures en creux (fosses, four, foyer…) prennent place au sein de cet enclos.
Fig. 6 - Plan général de l'enclos et profils des fossés.
DAO : Bruno Lecomte
21De forme trapézoïdale, cet enclos se développe selon un axe globalement ouest-est et occupe une surface d’environ 13 600 m². Il est déterminé par un ensemble de fossés, aux profils et dimensions très variables (de 1 à 2,50 de largeur pour 0,50 à 1,50 m de profondeur ; Tabl. 1), marqués par plusieurs interruptions. Les dégagements opérés au cours de notre intervention nous permettent d’avoir la quasi-totalité de cet ensemble fossoyé cohérent. Seul le fossé 2036 (Fossé 209) se prolonge au-delà de l’emprise de fouille vers le nord. La suite de son tracé a toutefois pu être précisée dans cette direction à l’occasion d’un diagnostic réalisé en même temps que la fouille (Dupont et Dupagne 2016). Il semble former, d’après les données recueillies à l’occasion de cette intervention, un coude vers l’est et revenir sur notre emprise de fouille (fossé 2294). Si l’intégralité du plan de l’enclos est bien établie, la présence d’un autre fossé (2281) au nord-ouest de celui-ci peut indiquer qu’il s’insère dans un parcellaire plus vaste.
Tabl. 1 - Description des fossés de l’enclos laténien.
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N° de fossé
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Longueur (en m)
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Largeur moyenne (en m)
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Profondeur moyenne (en m)
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Profil
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Comblement
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208
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2393
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15
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1
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0,5
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En "V"
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Limon argileux brun à gris, homogène et compact, présentant des traces d’oxydation et des charbons de bois.
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2038
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53
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2332
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67
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1,3
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0,9
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En "V"
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Limon brun à gris, homogène et compact, comportant des traces d’oxydation de couleur noires ou rouille.
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207
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2123/2024/2494/ 2441/2514
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144
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1,1
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0,5
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En cuvette
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Limon argileux gris-vert, homogène, présentant des traces d’oxydation.
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2521
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67
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2,5
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0,75 à 1,5
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En "V"
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Inférieure : argiles yprésiennes déstructurées. Supérieur : Limon argileux gris très hétérogène, contenant de nombreuses inclusions de manganèse, des charbons de bois et des silex de 5 à 10 cm de module en partie supérieure.
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209
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2125
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15
|
1
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0,5
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En "V"
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Limon argileux brun gris homogène présentant de rares inclusions de manganèse.
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2031
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67
|
2,3
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1
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Inférieur : limon gris-vert présentant des traces d'oxydations. Supérieur : limon gris sombre homogène avec des charbons de bois.
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2036
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≥ 21
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2,5
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1
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Limon argileux brun gris hétérogène présentant de fortes concentrations charbonneuses, quelques nodules de torchis et de particules de charbons de bois et d’oxyde de fer.
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2294/1138/5001
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44
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1,4
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0,9
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Limon argileux gris à brun présentant des oxydes de fer
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22Le fossé 208 (fossés 2393 et 2038) se développe sur une longueur de 68 m selon un axe OSO-ENE. Il comporte une interruption en chicane, formée par ses deux tronçons 2393 et 2038, à une quinzaine de mètres de son extrémité ouest. Ces deux aménagements forment un couloir de 80 cm de largeur pour 2 m de longueur (Fig. 7, accès no 2).
Fig. 7 - Plan général des accès de l’enclos et du talweg.
DAO : Bruno Lecomte
23Le fossé 2332, qui ferme l’enclos à l’ouest, ne comporte pas d’aménagements particuliers. Son tracé est rectiligne et il se raccorde aux fossés 207 et 208 par des angles obtus de 109 et 102°.
24Le fossé 207, qui matérialise l’enclos au sud, se développe sur une longueur totale de 144 m selon un axe globalement ONO-ESE. Son tracé, d’abord rectiligne, adopte la forme d’une sinusoïde aplatie une fois passé le fossé 209. À son extrémité est, il est doublé, au sud et au nord, par deux autres courts tronçons (fossés 2514 et 2526). Difficiles à situer stratigraphiquement par rapport au fossé 207 (comblements identiques), ces aménagements peuvent renvoyer à des creusements successifs témoignant d’une légère modification du tracé du fossé initial avec, peut-être, l’aménagement d’une entrée en chicane.
25Le fossé 2521 limite l’enclos à l’est. Dans sa moitié nord, Il s’élargit nettement en plan. Cet élargissement, qui concerne uniquement sa partie supérieure, résulte d’un re-creusement installé sur son côté ouest (fossé 2437).
26L’enclos 1 est divisé en deux espaces distincts par le fossé 209. Vu sur une longueur totale de près de 115 m, cet aménagement orienté nord-sud outrepasse le côté nord de l’enclos, matérialisé par le fossé 208, et se prolonge hors emprise. Une dizaine de mètres au-delà de la limite de fouille, il opère un coude vers le sud-est pour revenir dans notre zone de fouille (Dupont et Dupagne 2016). Ce retour, qui se développe sur près de 30 m, est parallèle au fossé nord de l’enclos. Cet aménagement, en forme de “V aigu”, est composé de deux creusements distincts (2036 et 2031).
27Plusieurs accès ont été identifiés sur les différents tronçons de fossé participant à la délimitation de cet enclos (accès numérotés 1 à 8 sur la Fig. 7). En premier lieu, la partie orientale de l’enclos est largement ouverte sur son côté nord (accès no 8). En effet, dans l’espace, d’une longueur de 78 m, compris entre les extrémités nord des fossés 2521 et 2031 aucun aménagement n’a été repéré. L’absence de fossés à cet endroit peut éventuellement s’expliquer par la présence d’une délimitation plus légère (palissade ?). L’hypothèse d’un enclos plus grand entourant l’enclos principal n’est pas non plus à exclure bien qu’aucune trace allant dans ce sens, la suite du fossé 2521 vers le nord notamment, n’ait été retrouvée (fossé 2281 ?).
28Le principal accès à la zone enclose ouest est constitué par une interruption du fossé 209 dans sa partie nord (accès no 1). Bien que cette entrée ait été en grande partie oblitérée par une perturbation récente probablement liée au bombardement de l’aérodrome au cours de la seconde guerre mondiale, on peut lui restituer une largeur maximale de 15 m. Sur son côté sud, le fossé 2031 s’élargit de façon notable. Un aménagement semblable a pu exister sur son côté nord (extrémité du fossé 2036), même s’il n’est pas possible d’en être totalement assuré. Si la nature du dispositif formé par ces deux potentiels “élargissements ˮ de fossés reste inconnue (un porche ?), cet aménagement de l’accès principal à l’enclos ouest témoigne probablement d’une volonté de monumentalisation de cette entrée, pratique courante sur les occupations rurales de la fin du second âge du Fer.
29Au nord, l’enclos comporte deux accès. Dans sa partie ouest, le fossé 208 est interrompu par une entrée en chicane large de 80 cm et longue de 2 m (accès no 2). La présence d’un trou de poteau (TP 2463) dans le passage renvoie probablement à un système de fermeture. Les alignements de trous de piquet identifiés au nord (2544) et au sud (2546) du passage peuvent indiquer la présence de clôtures légères (palissades clayonnées ?) destinées à délimiter ce cheminement (Fig. 7B). Cet ensemble évoque un système d’entrée destiné à gérer les entrées et sorties du bétail (Fig. 7C).
30À son extrémité orientale, le fossé 208 s’interrompt avant d’atteindre le fossé 2036. L’espace laissé libre entre ces deux aménagements a pu constituer une entrée large de 2,50 m (accès no 3) même s’il n’est pas à exclure que cette lacune résulte de la présence d’un talus installé sur le côté ouest du fossé 2036.
31Dans le même secteur, mais au nord de l’enclos principal, le coude formé vers l’ouest par le fossé 209 détermine un corridor de 12 m de large sur 45 m de long. Cet aménagement évoque un dispositif destiné à contraindre la circulation d’un troupeau.
32L’angle sud-est de ce vaste système fossoyé montre une interruption large d’environ 1,50 m entre les extrémités est du fossé 207 et la limite sud du fossé 2521 (accès no 5). L’accès ainsi matérialisé adopte la forme d’un entonnoir tourné vers l’extérieur.
33Enfin, la limite sud de l’enclos (fossé 207) est doublée, côté intérieur, par deux aménagements fossoyés plus modestes (fossés 2350 et 2589) qui indiquent l’existence probable d’un cheminement contraint dans ce secteur du site (nos 6 et 7). Le passage de la partie est à la partie ouest de l’enclos (accès no 4) se fait par un long couloir (15 m environ) matérialisé au nord par le retour vers l’ouest du fossé de partition interne. Ce dispositif renvoie, là encore, probablement à la gestion des déplacements animaux. Ces types d’accès, peu large et disposé en chicane ou en entonnoir, sont connus sur les sites de Parçay-Meslay en Indre-et-Loire et Fontenay-le-Comte en Vendée (Maguer et Lusson 2009 : 431)
34Ce vaste ensemble de fossés détermine deux entités spatiales encloses différentes. L’espace ouest couvre une surface d’environ 4 475 m² et l’espace est atteint 9 120 m². Ce système d’enclos renvoie au type dit “à enclos accolés rectilignes, à deux cours non symétriquesˮ que l’on retrouve par exemple à Yèvre-Laville (45) (Cony 2011 : 64, typologie IB1b) et qui est attesté au cours de La Tène moyenne et finale (ibid. : 93). L’enclos fouillé sur l’aérodrome de Chartres s’apparente à celui mis au jour récemment sur la commune proche (7 km à l’ouest) de Mainvilliers par Franck Verneau (en cours).
35Le fossé de partition 209 opère très probablement la séparation entre un espace dédié à l’habitat à l’ouest et l’espace dévolu aux activités productives, agricoles et/ou artisanales, à l’est. De dimensions assez importantes, avec une entrée principale probablement monumentalisée, il avait sans doute un caractère ostentatoire, même s’il a aussi pu servir au stockage de l’eau pour le bétail ou pour certaines activités agricoles ou artisanales (Maguer et Lusson 2009 : 430 ; Wavelet et Papaïan 2015 : 24). Le fossé 2521, qui limite à l’est ce système fossoyé, présente des caractéristiques voisines (dimensions et profils) ce qui révèle peut-être des fonctions comparables (délimitation ostentatoire et réserve en eau).
36Le plan micro-topographique généré sur l’emprise fouillée permet quelques hypothèses quant au choix d’implantation de ces ouvrages fossoyés. Il révèle notamment la présence d’un léger talweg traversant le site selon un axe NNE-SSO. Le fossé 209 s’installe précisément sur le flanc ouest de cette dépression linéaire. Ce choix d’implantation, qui tire parti d’un relief naturel pour renforcer le caractère remarquable d’un ouvrage fossoyé, se retrouve par exemple sur le site de Fontaine-la-Guyon (Fencke 2010 : 401).
37Les fossés 2332 et 2521, qui limitent à l’ouest et à l’est cette occupation, sont de même orientation et suivent la pente du terrain. L’examen de leur remplissage montre qu’ils ont été régulièrement curés afin d’assurer le drainage du site, en particulier à proximité des bâtiments 200 et 202. Ils ne contiennent de ce fait que très peu de vestiges. Les fossés 208 et 207, qui matérialisent les limites nord et sud de l’enclos, ont quant à eux des orientations globalement parallèles aux courbes de niveau.
38Si ces différents fossés ont en premier lieu servi à délimiter l’espace, ils ont également eu d’autres fonctions telles que de fournir des matériaux, de drainer et de collecter les eaux de surfaces, de servir de dépotoir.
39Sept constructions sur poteaux ont été identifiées, de façon plus ou moins assurée, sur l’emprise décapée. Elles se répartissent de part et d’autre du fossé de partition interne (Fig. 8).
Fig. 8 - Plan général des bâtiments et des fosses.
DAO : Bruno Lecomte
40Trois constructions ont été mises au jour dans la partie ouest de l’enclos. De plan aisément lisible, elles occupent une large portion sud-ouest de cette zone enclose. Les deux plus grands bâtiments (200 et 202), distants l’un de l’autre d’une vingtaine de mètres, s’installent à une dizaine de mètres du fossé périmétrique ouest alors que le troisième (201), de taille plus restreinte, est localisé plus à l’est.
41Ce bâtiment mesure 8,50 m de long (axe est-ouest) sur 6 m de large (axe nord-sud) et occupe une surface au sol de 51 m² (Fig. 9). Il présente une grande régularité de plan et est constitué de 18 poteaux disposés de façon symétriques aussi bien horizontalement (selon l’axe formé par les poteaux 2082/2114) que verticalement (selon l’axe reliant les points médians entre les poteaux 2101/2144 et 2111/2119).
Fig. 9 - Plan et profils du bâtiment 200.
DAO : Bruno Lecomte
42Les parois nord et sud comportent chacune cinq trous de poteau espacés de 1,30 à 2 m. Parallèles, ces deux lignes de poteaux se développent sur 6,40 m et sont espacées de 6 m.
43Les parois est et ouest du bâtiment comprennent chacune quatre poteaux. Elles associent chacune deux couples de poteaux rapprochés (1 m d’un poteau à l’autre) séparés par un intervalle de 1,50 m environ. Cette disposition indique que les accès au bâtiment se situaient probablement sur ses faces ouest et est.
44Les fosses d’implantation de poteaux ont systématiquement livré des micro-charbons de bois et des petits fragments de torchis (NR : 92 ; 1 173 g). Un de ces éléments possède une trace de clayonnage (baguette de 2 cm de diamètre). Dans quelques cas, le fantôme du poteau était matérialisé par une couche charbonneuse circulaire plus sombre au sein du comblement. Les relevés ont permis d’identifier des dimensions de 30 à 40 cm de diamètre en moyenne pour les bois initialement utilisés. La surface intérieure du bâtiment est libre de tout vestige à l’exclusion d’un trou de poteau (2137) dans son angle nord-est et d’une fosse (2086) immédiatement en face de l’entrée ouest du bâtiment.
45Ces structures livrent un mobilier très peu abondant (NR : 15) qui correspond uniquement à de la céramique non tournée. Cette dernière permet seulement de proposer un terminus post quem à La Tène D.
46Deux hypothèses de restitution peuvent être proposées pour ce bâtiment au plan particulièrement lisible. Pour la première (hypothèse 1), les alignements de poteaux nord et au sud correspondent directement aux parois du bâtiment. Ils ont pu soutenir des chevrons reposant directement sur le sommet des poteaux ou sur des sablières hautes, l’ensemble étant éventuellement rigidifié par des entraits. Étant donné le positionnement des parois ouest et est, la construction a probablement ses quatre angles à pan coupé ou arrondis, ce qui permet de diminuer la prise au vent (Hodara 2005). Dans cette configuration, le bâtiment occupe une surface d’environ 51 m2.
47Dans la seconde hypothèse de restitution, les deux principaux alignements de poteaux servent uniquement de soutien à la charpente et les parois sud et nord sont rejetées de 1 m vers l’extérieur (=distance entre les axes formés par les poteaux 2102-2092/2132-2089 à l’ouest et 2113-2108/2117-2106 à l’est). Dans ce cas de figure, les parois se raccordent probablement à angle droit et le bâtiment occupe alors une surface d’environ 68 m2.
48Quelle que soit la solution retenue, les lignes de poteaux ouest et est semblent avoir soutenu la charpente en façade. Il fait également peu de doute que les accès au bâtiment se situaient sur ces deux petits côtés.
49Le bâtiment 200 présente des similitudes fortes avec celui mis au jour à Villiers-sur-Seine (Seine-et-Marne) bien que les dimensions de ce dernier soient plus importantes (Gouge 2002 : 292). Comme pour le bâtiment C6 du site de Couesmes (Indre-et-Loire), il semble avoir été pourvu de deux entrées (Quilliec et Laruaz 2011 : 193). Le site de Batilly-en-Gâtinais (Loiret) montre également la présence de constructions disposant de portes, s’appuyant sur des poteaux situés au centre des parois est et ouest (Fichtl et al. 2012 : 21).
50De forme carrée, le bâtiment 201 est localisé à 12 m au nord-est du bâtiment 200 (Fig. 8 et 10). Les structures qui le composent présentent un état de conservation relativement médiocre et il est possible que son plan soit incomplet. Il comprend six trous de poteau : un à chaque angle avec un poteau surnuméraire sur ses côtés est (TP 2865) et sud (TP 2827). Ces derniers, qui ont pu avoir leurs pendants sur les côtés ouest et nord de la construction, ont pu servir à supporter la faitière du bâtiment, dont l’axe n’est pas connu (est-ouest ou nord-sud). Aucun élément ne permet en revanche de dire si cette construction disposait ou non de parois rejetées vers l’extérieur. Comme pour la construction précédente, des charbons de bois et des petits fragments de torchis ont été retrouvés dans les fosses d’installation des poteaux.
51Cet ensemble a livré un lot de mobilier très peu abondant de céramique (NR : 4) attribuable à la Protohistoire en général.
52Ce type de plan est connu pour tout le second âge du Fer en région Centre-Val de Loire (et au-delà, aussi bien chronologiquement que géographiquement). Des bâtiments comparables sont notamment connus sur les sites de La Chaussée-Saint-Victor (Loir-et-Cher) pour La Tène B2/C1 (Buchsenschutz et Frénée 2009) et de Nogent-le-Roi (Eure-et-Loir ; bâtiment M) pour La Tène finale (Fencke 2014 : Fig. 23 : 77).
53Le bâtiment 202 s’installe à 15 m au nord du bâtiment 201 (Fig. 10). Son plan est beaucoup moins régulier et complexe que le bâtiment 200 dont il partage l’orientation et qui est, comme lui, installé à peu de distance du fossé ouest de l’enclos.
Fig. 10 - Plan et profils des bâtiments 201 et 202.
DAO : Bruno Lecomte
54Il associe huit trous de poteau avec quatre poteaux d’angle (TP 2362, 2460, 2397 et 2427) qui déterminent un rectangle de 8 m sur 3 m environ, deux poteaux surnuméraires disposés sur les côtés nord (2360, en position médiane) et ouest (2364, aux deux-tiers nord) et un couple de poteaux (2406 et 2644) placé plus à l’est. Le positionnement de ces deux derniers aménagements, qui peuvent signaler la présence d’une porte de 3 m de largeur, suggère que ce bâtiment comportait des parois rejetées à 1,50 m de la structure porteuse. En retenant cette dernière hypothèse, ce bâtiment de 6 m de largeur sur 11,5 m longueur occupe une surface au sol de 69 m2.
55Il est à noter que la relation de la tranchée de sablière 2649 qui se développe vers l’est depuis le trou de poteau 2644 avec le bâtiment n’est pas définie. Elle ne paraît pas avoir participé directement au maintien de l’ossature de cette construction et a probablement servi à ancrer un dispositif connexe léger (coupe-vent, porche…).
56Les structures qui déterminent ce bâtiment ont toutes livré de petits nodules de torchis brûlé probablement issu de la destruction de la construction après un incendie (NR : 21 ; 57 g). Aucune trace de clayonnage ni de lissage n’a pu être observée sur ces éléments.
57La céramique collectée dans les fosses d’implantation des poteaux est très peu abondante (NR : 3) et permet seulement une attribution de celle-ci à la Protohistoire en général. Le mobilier collecté dans la tranchée de sablière basse, également très peu nombreux (NR : 3), est attribué à la fin de l’âge du Fer ou au début de l’époque romaine.
58Des bâtiments de plan proche sont connus régionalement par exemple à Couesmes (Quilliec et Laruaz 2011 : 194). Les travaux de Patrick Maguer et Gaëlle Robert (Maguer et Robert 2013) montrent par ailleurs une grande variété pour ce type d’architecture dans l’Ouest et le Centre de la France.
59Plusieurs autres trous de poteau ont été mis au jour en dehors de l’enclos principal, en deux points de la partie ouest de l’espace oriental. Il est difficile d’identifier des plans de bâtiments cohérents dans ce secteur fortement arasé et les propositions que nous faisons restent plus ou moins hypothétiques selon le cas. Nous avons choisi, pour opérer nos regroupements, de retenir le critère d’organisation plutôt que celui de la métrologie des structures de supports comme cela a pu être fait, par exemple, pour le site de Trémoins en Haute-Saône (Joan et Videau 2015 : 55). L’analyse permet d’identifier trois constructions différentes.
60Ce bâtiment a été dégagé à l’écart des autres constructions repérées dans ce secteur, à proximité du fossé périmétrique sud de l’enclos. Il est à noter qu’il présente une orientation proche de celle des bâtiments mis en évidence dans l’enclos ouest.
61De forme rectangulaire, sa structure porteuse principale, qui regroupe huit ou neuf trous de poteau, mesure 5,40 m de largeur sur 8 m de longueur (Fig. 11). Trois des quatre dispositifs de support d’angle sont doubles. Un couple de trous de poteau (TP 2320 et 2276) supplémentaire est situé 3,20 m à l’est de la paroi orientale de l’ensemble principal. Il signale probablement à l’entrée du bâtiment et permet de restituer soit un dispositif à porche, soit plus probablement la présence d’une paroi rejetée implantée à 3,20 m de la structure supportant la charpente. Ainsi définie, cette construction atteint une surface d’environ 170 m2.
Fig. 11 - Plan et profils du bâtiment 205 (DAO : Bruno Lecomte).
DAO : Bruno Lecomte
62Son espace intérieur, en grande partie libre de vestige, accueille néanmoins quelques aménagements ponctuels qui ne semblent pas avoir joué un rôle structurel. C’est notamment le cas d’un couple de trous de poteau (2302 et 2279) qui se situe dans l’axe de l’entrée. L’un d’eux (TP 2279) a livré une grande quantité de battitures ce qui pourrait indiquer qu’il a servi à accueillir un support de frappe (base de billot ?).
63Pour finir, une grande quantité de torchis a été mise au jour dans la structure 2304 ce qui témoigne de la probable destruction du bâtiment par le feu. Aucune trace de clayonnage ou de lissage n’a pu être observée lors de l’étude de ces éléments.
64La fouille de l’ensemble de ces structures n’a permis de collecter que quelques tessons de céramique non tournée protohistorique (NR : 5).
65Des bâtiments à l’architecture proche datés de La Tène ancienne ont été mis au jour à Gellainville (Eure-et-Loir ; Wavelet et Papaïan 2015 : 11). Des constructions comparables sont aussi connues pour La Tène finale notamment à Couesmes (Indre-et-Loire ; Quilliec et Laruaz 2011 : 193) avec un bâtiment dont la surface est estimée à 154 m2. Ce type de bâtiment est par ailleurs connu en Gaule septentrionale et en Allemagne (Quilliec et Laruaz 2011 : 287). La situation particulière des poteaux 2302 et 2279 se retrouve dans le bâtiment 3 du site de Cergy (Val-d’Oise ; Pariat 2011 : 155).
66Une majorité des structures appartenant au bâtiment 205 a livré des battitures (Tabl. 2). La petite fosse 2279 se démarque avec près de 1 400 de ces micro-déchets liés aux activités de forge (étude Rémy Jeannot et Marion Berranger, Lecomte et Lecroère 2015). Cette concentration tout à fait remarquable permet d’exclure définitivement que cette structure, qui présente toutes les caractéristiques d’un trou de poteau, participe à l’architecture de la construction. Selon nous, elle signale au contraire la proximité d’un support de frappe (enclume ?). L’omniprésence de ces micro-déchets, qui voyagent très peu une fois leur dépôt opéré et qui s’infiltrent rapidement dans le sol, permet d’envisager que cette construction a été le lieu d’une activité de forgeage du fer. La présence de bâtiments liés au travail du fer est rarement attestée sur les sites ruraux (Bauvais et al. 2018 : 477). Cette activité, qui se signale généralement par des déchets retrouvés en nombre généralement limité, est souvent considérée comme étant occasionnelle sur les établissements agricoles. C’est probablement également le cas ici, comme l’indique la faible quantité de scories retrouvées (717 g au total), et rien ne permet d’affirmer que la construction 205 ait eu pour vocation exclusive le travail du fer.
Tabl. 2 - Inventaire des battitures, scories et mobilier métallique associé (La Tène finale).
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structure
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Comblement
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Type de battitures
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Mobilier métallique associé
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BPF
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BB-O
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BB
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Bâtiments
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201
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2831
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2832
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X
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|
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202
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2406
|
2407
|
|
|
|
|
|
205
|
2270
|
2271
|
X
|
X
|
|
|
|
2278
|
X
|
|
X
|
|
|
2276
|
2277
|
X
|
X
|
|
|
|
2297
|
2296
|
|
|
|
|
|
2302
|
2303
|
X
|
X
|
|
|
|
2304
|
2305
|
X
|
|
|
|
|
2308
|
2309
|
X
|
X
|
|
|
|
2310
|
|
|
|
|
|
2311
|
2312
|
X
|
|
|
|
|
2331
|
X
|
|
|
|
|
2279
|
2280
|
X
|
X
|
|
|
|
2324
|
2325
|
|
|
|
|
|
Fossés d'enclos
|
Fossés
|
2031
|
2811
|
X
|
|
|
Cerclage (de seau ?)
|
|
2873
|
X
|
|
|
|
|
2038
|
2542
|
X
|
X
|
|
|
|
2332
|
2338
|
X
|
|
|
|
|
2339
|
|
|
|
|
|
2393
|
2541
|
X
|
|
X
|
|
|
2441
|
2442
|
neant
|
|
|
|
|
2521
|
2559
|
|
|
|
|
|
Structures diverses
|
Fosses
|
2168
|
2169
|
X
|
|
|
Clous
|
|
2401
|
2402
|
X
|
|
|
|
|
2531
|
2532
|
X
|
|
|
|
|
fours
|
2524
|
2525
|
X
|
X
|
|
|
|
2588
|
|
|
|
|
|
2556
|
2557
|
X
|
X
|
|
|
|
Foyer
|
2170
|
2171
|
X
|
X
|
|
|
|
Poteaux
|
2172
|
2173
|
X
|
|
|
|
|
2261
|
2262
|
X
|
|
|
|
|
Silo
|
2046
|
2045
|
X
|
|
|
Chute de demi-produit (currency bar)
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|
2048
|
X
|
|
|
Un clou, bague-virole et une tôle
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– Le bâtiment 210 (Fig. 12)
67Cette construction, orientée selon un axe SO-NE, associe huit trous de poteau. De plan rectangulaire, elle a été largement oblitérée sur son quart nord-ouest par le creusement du fossé 2263 au cours du Haut-Empire. Les structures de support qui la composent se répartissent selon un rythme plus ou moins régulier. Le trou de poteau 2185, situé au milieu de la paroi orientale a pu servir à supporter la faîtière. Sur son côté sud, les trous de poteau 2011 et 2202, plus petits que les trous de poteau d’angle, peuvent signaler l’entrée du bâtiment qui peut aussi être localisée entre les poteaux 2213 et 2185. Aucun élément ne permet de supposer que les parois sont reportées à l’extérieur mais rien n’indique le contraire non plus. La surface minimum de cette construction est d’environ 12 m2.
Fig. 12 - Plan et profils des bâtiments 211, 212 et 210.
DAO : Bruno Lecomte
68Quatre trous de poteau appartenant à ce bâtiment ont livré quelques tessons de céramique (NR : 8) qui sont attribués à la période laténienne en général.
69Le gabarit du bâtiment 210 correspond aux greniers de grand module mis au jour à Varennes-sur-Seine (Seine-en-Marne ; Séguier et al. 2008 : 12). Des architectures de même type sont également connues à Tournedos (Eure ; Dechezleprêtre et al. 2000 : 324).
70Cette petite construction, à laquelle nous associons huit structures de support, se superpose au bâtiment précédent dont elle partage l’orientation. Elle est de plan rectangulaire (1,60 par 2,10 m) avec, à distance de sa paroi nord-est, un trou de poteau (2253) en position axiale qui peut soit correspondre à un dispositif d’accès à un plancher surélevé, soit indiquer la présence d’une abside pour un bâtiment de plain-pied. Nous mettons sur le compte de l’érosion l’absence de trou de poteau à l’angle nord-ouest de cette construction. Le dispositif de support situé au centre de la paroi sud-ouest (TP 2215) est plus profondément ancré que les autres alors que son pendant sur la paroi nord-est est doublé (TP2241 et 2243) ce qui permet d’envisager qu’ils supportaient le faîtage de cette construction.
71Comme nous l’avons indiqué, les bâtiments 210 et 211 se superposent. Ce cas de figure, qui n’est pas unique, est par exemple connu sur le site de Vignot (Meuse ; Véber 2005 : 172). Une reconstruction ou une rénovation de bâtiments au même emplacement semble pouvoir expliquer cette concentration de trous de poteau.
72Cet ensemble de creusements a livré du mobilier attribuable à la période laténienne en général (NR : 7). Il n’est pas exclu que cette construction soit antérieure à l’enclos.
73Ce type de petit bâtiment rectangulaire est traditionnellement interprété dans la littérature archéologique comme correspondant à un grenier à plateforme. Son plan est ubiquiste pour le second âge du Fer et se retrouve par exemple aussi bien sur des sites datés de La Tène ancienne (Varennes-sur-Seine ; Séguier et al. 2008 : 10 ; Mosles, Calvados ; Lepaumier 2005 : 260) que du début de l’époque romaine (Bazoches-et-Saint-Thibaut, Aisne ; Duvette 2005 : 226). La faible superficie de ce bâtiment (3,5 m²) étaye l’hypothèse selon laquelle il avait pour fonction le stockage plutôt que l’habitation. Cependant, s’il a comporté des parois rejetées, ainsi que le proposent certaines restitutions architecturales pour des constructions du même type (Maguer et Robert 2013 : 249), sa surface a pu être beaucoup plus importante. Aucun indice ne vient toutefois appuyer ou exclure cette hypothèse.
74Ce type de construction est bien représenté à l’ouest de Chartres (Bossard et al. 2018).
75Le bâtiment 212, situé immédiatement au nord-ouest du bâtiment 210, est identifié de façon beaucoup moins assurée. Nous lui associons sept trous de poteau qui semblent délimiter un espace rectangulaire de 7 m sur 9. Trois trous de poteau (2728, 2076, 2896) matérialisent sa paroi nord, deux autres trous de poteau (2726 et 2007) se situent sur ses parois ouest et est, et un dernier aménagement (2021), localisé en position isolée, marquerait son angle sud-est. À noter la présence d’une structure de taille relativement importante (fosse 2019) en position centrale qui a pu servir à maintenir un poteau central.
76Comme pour les autres bâtiments, le mobilier est très peu abondant (NR : 6) et permet seulement de proposer une attribution à la Protohistoire en général.
77Bien qu’incomplet, le plan de cette construction pourvue d’un trou de poteau en position centrale connaît un parallèle régional (bâtiment E du site de Nogent-le-Roi, Eure-et-Loir) daté de La Tène D (Fencke 2014 : 75).
78La fouille a donc livré plusieurs bâtiments de plans diversifiés (Fig. 13). Les différents types identifiés sont notamment connus dans la moitié nord de la Gaule durant la fin de l’âge du Fer (Maguer et al. 2016a et b ; Fichtl 2018).
Fig. 13 - Synthèse des bâtiments de La Tène finale.
DAO : Bruno Lecomte
79L’attribution fonctionnelle de ces bâtiments (agricole, artisanale, domestique) reste très hypothétique et repose sur leur position dans l’enclos et leur morphologie. On suppose que la partie ouest de l’enclos accueillait essentiellement des bâtiments à vocation résidentielle alors que sa partie orientale regroupait principalement ceux à usage artisanal et agricole. Il n’est pas exclu que les bâtiments 201 et 202 aient eu une fonction agricole plutôt que résidentielle.
80Plusieurs structures de chauffe ont été identifiées sur l’emprise décapée (Fig. 8). Probablement consacrés à un usage domestique ou agricole, ces aménagements restent toutefois de caractérisation incertaine. Trois de ces structures (un four et deux fosses de rejets) ont été mises au jour dans l’enclos oriental, à l’écart des bâtiments. Cinq autres (deux fours, un foyer et deux fosses) ont été dégagés dans l’enclos occidental, également à distance des constructions.
81Le four 2524 est situé dans la partie sud de l’espace est (Fig. 14). Le creusement, de forme presque circulaire, mesure 1,8 sur 1,9 m. De profil en cuvette à fond plat, il est conservé sur 53 cm de profondeur. Il est rubéfié dans sa partie supérieure (2588). Une fine couche charbonneuse tapisse le fond et les parois de la structure (2586). Le comblement supérieur est constitué de blocs de grès chauffés associés à des liserés charbonneux (2587).
Fig. 14 - Plan et profil du four 2524 et de la fosse 2765.
DAO : Bruno Lecomte
82Des structures comparables ont été mises au jour sur le site d’Isigny-sur-Mer (Calvados ; Coupard 2013 : 101). De forme et de dimensions proches, ces structures sont mieux conservées et possèdent une voûte en place, ce qui a permis de les identifier comme correspondant à des fours à coupole.
83Les traces de rubéfaction/induration observées, pour notre four, sous le radier de blocs de grès peuvent indiquer qu’une première chauffe a été réalisée, dans le but de de consolider le terrain naturel, avant l’installation des pierres (ibid. : 102). De façon alternative, ces traces peuvent aussi renvoyer à la préparation d’un lit de braise destiné à chauffer ces pierres alors utilisées comme accessoires de cuisson (Froquet-Uzel 2007 : 44).
84Sur le site d’Isigny-sur-Mer, les aménagements de ce type sont interprétés comme correspondant à des fours à pain (Coupard 2013 : 117). L’hypothèse de foyers voués au séchage et à la torréfaction des graines est par ailleurs envisagée sur le site de Saint-Maure-de-Touraine (Froquet-Uzel 2007 : 44).
85Pour ce qui concerne la datation de cette structure, la couche 2588 a livré de la céramique non tournée protohistorique (NR : 27) et un clou de chaussure en fer dont le diamètre de la tête est inférieur à 13 mm. Cette caractéristique indique une datation qui ne peut être antérieure à la période augustéenne (Poux 2008 : 279-280). La couche d’abandon de la structure (2525) a livré de la céramique non tournée protohistorique (NR : 4). La présence du clou peut indiquer une utilisation du four au début de l’époque romaine ou, tout du moins, une fréquentation du site durant cette période (dans l’éventualité où cet objet serait intrusif).
86Ces creusements, de forme ovale ou circulaire, sont comblés par des blocs de grès chauffés (Fig. 14). Ils ont un profil en cuvette à fond plat et ne comportent aucune trace de rubéfaction. Ces fosses n’ont donc pas servi de structure de chauffe Leur fonction était probablement de recevoir des matériaux ayant été exposés à la flamme.
87Située à proximité du four 2524, la structure 2765 peut, à titre d’hypothèse, avoir servi à vidanger ce dernier. Elle peut aussi correspondre à un four dont la partie supérieure ne serait pas conservée (Coupard 2013). De fosses comparables ont été observées sur le site de Sainte-Maure-de-Touraine (Froquet-Uzel 2007) avec des comblements semblables à la fosse 2765 (peu de charbons de bois et des pierres chauffées). La fosse 2765 n’a pas livré de mobilier. Elle est postérieure à la fosse 2768 datée de La Tène finale. Quant à la fosse 2750, son comblement supérieur a livré 23 tessons de céramique attribuable à la Protohistoire.
88Cette structure se présente sous la forme d’un creusement ovalaire (0,90 par 1,20 m), à profil en cuvette avec des irrégularités, dont seule la paroi sud présente des traces de rubéfaction (Fig. 15). Son comblement tient sa coloration noire de la présence de très nombreux charbons de bois. Cette structure a livré cinq tessons attribuables à La Tène finale.
Fig. 15 - Plan et profil des structures 2168, 2170, 2200 et 2556.
DAO : Bruno Lecomte
89L’analyse carpologique a révélé la présence de 1 164 restes carbonisés représentant un NMI de 907 dans le comblement de la structure (étude Marie Derreumaux, Lecomte et Lecroère 2015). Les lentilles représentent 97,8 % des restes. Le reste du matériel correspond à des céréales (blé nu ; blé nu ou épeautre ; du blé indéterminé et un grain d’avoine) et deux pois. La présence de ces restes peut indiquer une activité de torréfaction des graines ou de cuisson des aliments au sein de cette structure. Les denrées végétales collectées ne présentent aucun élément polluant (mauvaise herbe). Cela indique qu’elles sont propres à la consommation.
90De forme ovale irrégulière (3,20 m de long, 1,90 m de large, 0,50 m de profondeur maximale), cette fosse est située immédiatement au sud du foyer décrit précédemment (Fig. 15). Ses parois sont verticales sauf celle à l’ouest qui est en pente douce. Les deux surcreusements de forme ovale identifiés au fond de la fosse peuvent être destinés à maintenir en place des poteaux destinés à supporter une couverture légère voire à maintenir les parois de la fosse.
91Cette fosse paraît être associée au foyer voisin comme l’indique la présence d’éléments brûlés (torchis, charbon de bois…) dans ses différents niveaux de comblement.
92Cette structure a livré des restes de faune et de la céramique (NR : 153) attribuable à La Tène D2b. Le lot de céramique est majoritairement constitué de vaisselle culinaire, notamment de pots présentant des traces de flammes.
93Cette fosse se développe immédiatement en bordure nord-est de la structure 2168, sa limite sud-ouest se superposant à celle de cette dernière. De faible profondeur, elle présente des parois évasées et un fond irrégulier. Elle n’a livré que quelques restes de céramiques (NR : 4) attribuables à La Tène finale.
94Ce four est localisé à distance de l’ensemble 2168/2170/2200, à proximité de l’angle sud-ouest de l’enclos occidental. Cet aménagement, partiellement détruit par la pelle mécanique sur sa moitié est, se présente sur la forme d’un creusement de forme ovale (72 cm de longueur par 33 cm de largeur), d’assez faible profondeur. Son fond et ses parois, en léger encorbellement, sont rubéfiés sur 2 à 3 cm d’épaisseur, la rubéfaction étant la plus importante à son extrémité nord-est. Son profil transversal indique que cette structure de chauffe était enterrée avec accès probablement situé à l’ouest.
95Il semble que ce four ait été curé peu avant son abandon car très peu de charbons de bois se trouvaient dans son comblement. Des céréales (NR : 7) et des restes de matière organique amorphe (NR : 3) ont toutefois été identifiés parmi les éléments carbonisés (étude Marie Derreumaux, Lecomte et Lecroère 2015). Les céréales correspondent à de l’orge vêtue et du blé nu ou amidonnier. Il semble que ce petit four ait eu un usage domestique pour la cuisson des aliments, notamment des préparations à base de céréales (Heiss et al. 2021).
96Aucun mobilier datant n’a été mis au jour dans le comblement de cette structure. Sa datation repose uniquement sur sa localisation au sein de l’enclos laténien et sa proximité avec le bâtiment 200.
97Le four 5005 a été mis en évidence dans l’angle nord-est de l’enclos oriental. De forme quadrangulaire (0,96 m par 1 m), il présente des angles arrondis, des parois verticales et un fond plat (Fig. 16). Comme le four 2556, il présente une rubéfaction qui a marqué l’encaissant sur une épaisseur de 4 à 6 cm pour 8 à 10 cm de hauteur. D’une profondeur maximale de 16 cm, ce four a été installé dans le fossé d’enclos en cours de comblement, et rien ne permet d’affirmer qu’il est contemporain de l’occupation gauloise.
Fig. 16 - Plan et profil du four 5005.
DAO : Bruno Lecomte
98Cette structure de stockage enterré est située dans l’angle nord-est de l’enclos ouest, à proximité de l’accès permettant la communication entre l’enclos oriental (Fig. 17). Il s’agit d’un creusement quadrangulaire aux angles arrondis (1,66 m de longueur pour 1,04 m de largeur pour 0,50 m de profondeur) qui présente des parois verticales et un fond plat.
Fig. 17 - Plan et profils du cellier 2046.
DAO : Bruno Lecomte
99De son comblement inférieur (2048) proviennent un culot de forge (représentant un poids de 1,2 kg), du torchis (un des éléments possède une trace de baguette de 2 cm de diamètre), un clou, une tôle et une virole en fer ainsi que de la céramique (NR : 253 ; NMI : 4). La partie supérieure du comblement (2045) a livré de la faune, un objet indéterminé en fer et de la céramique (NR : 25 ; NMI : 3). Ce mobilier, notamment la céramique, indique que le comblement de la structure est intervenu, au plus tôt, au cours de La Tène D2b.
100Ce creusement s’apparente à une petite cave ou à un cellier ayant pu servir de stockage. Les prélèvements effectués dans la structure n’ont pas livré de carporestes susceptibles de caractériser sa fonction.
101Des structures comparables ont été mises au jour à Saran (Loiret ; Lusson et al. 2009 : 91, structure 3773) et Cormelles-le-Royal (Calvados ; Lepaumier 2009 : 78), où l’aménagement 65 présente des dimensions proches de celle de notre exemple, pour La Tène finale Des fosses quadrangulaires interprétées comme des caves sont aussi connues en Berry pour La Tène C2/D1 (Buchsenschutz et Krausz 2006 : 137).
102Sept fosses ont été mises au jour sur l’emprise fouillée. Dans la partie ouest de l’enclos, elles sont concentrées à l’ouest et au sein du bâtiment 200 (2166, 2401 et 2086), et à l’est du bâtiment 202 (2358). Dans la partie est, elles sont situées au nord-est du bâtiment 205 (2768, 2670 et 2531). De forme circulaire ou ovale, elles mesurent de 1 m (fosse 2086) à 7 m (fosse 2768) (Fig. 18 et 19 et Tabl. 3).
Fig. 18 - Profil des fosses 2531, 2670 et 2768.
DAO : Bruno Lecomte
Fig. 19 - Profil des fosses 2086 et 2401.
DAO : Bruno Lecomte
Tabl. 3 - Description des fosses laténiennes.
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Fosse
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Profil
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Longueur (en m)
|
Largeur (en m)
|
Profondeur (en m)
|
Comblement
|
|
2401
|
En cuvette
|
3
|
2,8
|
1,32
|
2402 : argile limoneuse grise contenant des charbons de bois, de gros morceaux de torchis, des grès brûlés, de la faune. Et de la céramique (NR : 27) attribuable à La T èneD2.
|
|
2768
|
7
|
6
|
1,64
|
2786 : argile grise compacte marquée par des traces d’oxydation et contenant des particules de charbon de bois et de la céramique (NR : 31) attribuable à La Tène finale.
|
|
2787 : argile brune compacte très hétérogène contenant de rares blocs de grès (10 cm d’arête), des silex et de rares particules de charbon de bois.
|
|
2769 : limon gris vert homogène contenant des blocs de grès de 10 cm et de la céramique (NR : 19) attribuable à la Protohistoire.
|
|
2531
|
1,82
|
1,68
|
0,8
|
2532 : limon brun-orangé hétérogène et compact, contenant des charbons de bois, des fragments de torchis brûlé, des blocs de grès et de la céramique (NR : 4) attribuable à la Protohistoire.
|
|
2553 : limon fin jaune-gris homogène et compact, contenant des inclusions d’oxyde de fer et de manganèse, des charbons de bois et des fragments de torchis
|
|
2670
|
0,7
|
0,4
|
0,14
|
2671 : limon argileux gris clair marbré de nodules orangés contenant 6 cous et un petit pot quasi complet daté de La Tène D2a au plus tôt.
|
|
2086
|
Bord verticaux et fond plat
|
1,33
|
0,95
|
0,35
|
2087 : limon argileux gris vert contenant de la céramique (NR : 7) attribuable à La Tène finale au plus tôt, des ossements animaux, des grès brûlés, du torchis et du charbon de bois
|
103Leur fonction n’est pas déterminée précisément, mais les plus importantes peuvent correspondre à des fosses d’extraction pour la confection des torchis, les structures 2401, 2531 et 2768 notamment. La position de la fosse 2086, immédiatement en face de l’entrée ouest du bâtiment 200 pose la question sa relation à cette construction. Enfin, la petite fosse 2670 contenait un récipient de petite taille (type NPR 43 sombre à sables stampiens) complet qui a été retrouvé en position fonctionnelle, ouverture vers le haut, ce qui semble indiquer qu’il s’agit là d’un dépôt. La fouille de ce vase n’a livré qu’un limon brun homogène dépourvu de tout élément permettant d’en préciser le contenu initial.
104Les fossés de cet enclos ont fait l’objet d’une fouille mécanisée qui permet de percevoir la répartition du mobilier dans leur comblement. Ce prélèvement a, dans la plupart des cas, été réalisé via la réalisation de sondages de 1,50 m de largeur. Les portions de fossé les plus riches en mobilier, repérées par l’intermédiaire de sondages ponctuels, ont été fouillées en intégralité, après que les coupes aient été relevées.
105Ces prélèvements, qui ont concerné la presque totalité des fossés de la moitié ouest de l’enclos et plus marginalement ses fossés est, rendent compte de la distribution du mobilier sur le site (Fig. 20). Ainsi, les objets sont principalement localisés dans le fossé de partition de l’enclos et se concentrent en particulier autour de l’entrée nord. Il s’agit en grande partie de mobilier détritique lié aux activités domestiques (céramique, faune, pierres chauffées), mais aussi de déchets liés à la métallurgie du fer (scories). Près de 60 % de la céramique laténienne a été collecté à cet emplacement contre 17,5 % dans les autres structures fossoyées. Le reste de la céramique provient des fosses et fours (21 %) et des bâtiments (1,5 %). Près de 92 % des restes animaux proviennent de l’enclos (60,3 % de ce même fossé de partition interne et 31,5 % des autres fossés de l’enclos). Le reste du mobilier provient des fosses (8,1 %).
Fig. 20 - Plan de répartition de la céramique, des grés chauffés, des scories/battitures et de la faune.
DAO : Bruno Lecomte, Marie Pousset
106À noter la présence d’un fragment de crâne humain (non photographié) qui a été découvert dans la partie médiane du comblement du fossé 209 formant la branche sud de l’entrée principale. Il s’agit d’un fragment de frontal droit avec départ de l’orbite et de la ligne temporale. La date 14C de ce vestige est bien plus ancienne (14C BP : 2160 ± 30, calibré de 358 et 108 av. J.-C.) que celle fournie par le mobilier retrouvé dans ce même contexte.
107Aucune inhumation n’ayant été identifiée dans ce secteur et la crémation étant la pratique dominante dans la région de Chartres à la fin de l’âge du Fer, la présence de cet élément crânien humain interroge. Sa localisation, au niveau de l’entrée principale de l’enclos que l’on suppose réservé à l’habitat, n’est pas sans rappeler les découvertes du même type faites sur les sanctuaires et les portes d’oppida (Rousseau 2012 : 122-123). La mise au jour d’ossements humains, et en particulier de restes céphaliques, n’est toutefois pas inconnue sur les habitats ruraux où ils se rencontrent parfois dans des structures domestiques telles que les fossés d’enclos (Verberie dans l’Aisne : Rousseau 2012 : 128) ou les silos (Roissy-en-France dans le Val d’Oise, ibid. : 128).
108En dehors des structures de combustion, des blocs de grès chauffés ont été retrouvés dans les fossés d’enclos, notamment dans celui assurant la partition interne de l’enclos (uniquement dans sa branche sud). Ils n’ont pas été comptabilisés en détail et seule leur présence est matérialisée par une étoile sur la figure 20.
109Une petite concentration de grès brûlés, associés à des restes de faune, est également perceptible à proximité du bâtiment 200 (fossé 2332). Ces quelques éléments peuvent être liés à l’utilisation de la structure de chauffe voisine (2170) qui semble renvoyer à une activité de séchage/grillage de légumineuse et en particulier de lentilles (Gaultier 2008 : 30 et Desrayaud 2011 : 350).
110Sur le site de Voves, les rejets de pierres chauffées, comme le calcaire, dans les fossés d’enclos témoignent de la présence de foyers situés à proximité (Fencke 2006 : 102). Ils peuvent signaler des vidanges de foyer comme c’est le cas sur le site de Nogent-le-Roi (Fencke 2014 : 60). Ces rejets se retrouvent fréquemment, dans ces fossés d’enclos, à proximité de bâtiments (site de Fondettes en Indre-et-Loire ; Gaultier 2008 : 11).
111Quelques objets liés au forgeage du fer ont été collectés sur le site, principalement dans la partie nord de la zone enclose ouest ainsi que dans le fossé de séparation. C’est de l’angle nord-est de l’enclos occidental que provient l’essentiel des objets en rapport avec cette activité (une lime, un demi-produit incomplet, une chute de travail (1 élément pour une masse de 11,3 g) et des déchets scoriacés (Tabl. 2). Parmi les objets identifiables, figure en premier lieu un fragment de barre, relativement massive (11 cm de long, 4 cm de large, 1 cm d’épaisseur, 172 g), qui a été retrouvé dans le cellier 2046 (Fig. 21, no 2). Cet élément provient d’un demi-produit de type “currency bar” (Berranger et Fluzin 2016). Il se rapproche morphologiquement d’un exemplaire trouvé à Échiré (Deux-Sèvres ; Nillesse 2006 : 227). Un autre objet, qui montre des traces de torsion importantes (Fossé 209), correspond à une ébauche abandonnée en cours de fabrication ou à une chute (Fig. 21, no 4). Une lime en fer a, par ailleurs, été retrouvée à l’extrémité du fossé 2038 (Fig. 21, no 1). Ces objets ont été retrouvés en association avec des scories qui proviennent principalement du fossé de partition de l’enclos.
112Cinquante-trois éléments scorifiés ont été identifiés pour la période laténienne représentant un poids de 717 g (Tabl. 2 et Fig. 20). Parmi ces éléments, une majorité de fragments de type SAS (scories argilo-sableuses) et SGD (scories grises denses ; NR : 33) proviennent des fossés d’enclos. Un culot de forge de type SGD a aussi été collecté dans le cellier 2046.
113C’est un total de 1 520 battitures qui ont été collectées. Une détection systématique de ces micro-restes dans les prélèvements destinés à l’étude carpologique avait été décidée à la suite de l’observation de ce type de micro-déchets lors du tamisage des sédiments issus de la structure 2279. La détection de ces éléments n’a donc pas été systématique lors de la phase terrain ce qui biaise la répartition présentée ici. La majorité des battitures (90 %) est de type BPF (battitures plates fines). Elles se retrouvent dans la plupart des structures échantillonnées, la structure 2279 fournissant la très grande majorité des battitures de ce type retrouvées sur le site (91 % de. Le reste correspond aux types BPE (battitures plates épaisses), BB-O (battitures billes-oxydes) et BB (battitures boursoufflées) (10 %). Ces déchets ont principalement été identifiés dans les creusements du bâtiment 205 (92,8 %, dans divers creusements (5,7 %) et les fossés d’enclos (1,44 %).
114Si les structures dédiées au travail du fer ne sont pas directement identifiées sur le site, ces différents objets témoignent sans conteste que cette activité a bien pris place au sein de cet établissement rural à la fin de l’âge du Fer. La structure de chauffe (5005) identifiée au nord de la fouille (Dupont et Dupagne 2016) peut, de façon très incertaine, être liée à cette activité. Une structure morphologiquement proche et assurément liée à une activité de forge a été mise au jour sur le site d’Archevilliers à Chartres à seulement 1,8 km au sud-est de notre occupation (Delhoofs et Willerval 2014). Installée dans le comblement du fossé se développant en limite nord de l’occupation (2036), elle peut signaler un lieu d’exercice de cet artisanat. Le bâtiment 205, situé à près de 100 m de distance en direction du sud-est, a plus probablement accueilli, sûrement de façon temporaire, un atelier de forge. En témoigne la présence d’un grand nombre de battitures (1408 dont 1283 de type BPF) qui ont été retrouvées dans la plupart des trous de poteau appartenant à cette construction avec une concentration remarquable dans une fosse identifiable, de ce fait et selon toute vraisemblance, à une fosse d’implantation de support de frappe (base de billot ?). Il est toutefois à noter qu’aucun foyer de forge n’a été retrouvé dans l’emprise de ce bâtiment mais ce type de structure est très rarement retrouvé, même au sein d’ateliers clairement identifiés (Berranger et al. 2014). L’absence de déchets métalliques et de scories dans l’environnement de ce bâtiment est plus surprenante mais elle s’explique probablement en grande partie par le fait que le fossé qui le borde au sud n’a pas ou peu été fouillé.
115Contrairement à l’occupation de Fontaine-la-Guyon (Fencke 2010 : 343), qui livre toutes les étapes de la transformation du fer (du minerai brut à l’objet fini), les déchets sidérurgiques découverts sur le site de l’aérodrome à Chartres ne renvoient qu’aux dernières étapes de la chaîne opératoire (activité de post-réduction consistant en une forge d’élaboration à partir de demi-produits importés), cas de figure le plus courant sur les établissements ruraux du second âge du Fer. Si toutes les opérations de forge ne génèrent pas nécessairement de scories, les opérations à basse température en particulier, les 717 g de scories collectées ici témoignent d’une activité de faible intensité si on considère que l’ensemble de ces déchets a été collecté.
116Il est très probable que les activités sidérurgiques n’ont été que ponctuelles (Bauvais et al. 2018), et qu’elles ont été réalisées soit par un artisan peu spécialisé pour les opérations les plus simples, soit par un artisan itinérant. De telles formes d’organisation ont déjà été évoquées pour la période de La Tène sur la base de recherches conduites dans le Bassin parisien (Bauvais et Fluzin 2009). Cette découverte vient enrichir le corpus de sites, largement alimenté par l’archéologie préventive, qui livrent des vestiges sidérurgiques en Centre-Val de Loire. Ceux-ci renvoient à des activités métallurgiques de nature très diverse et cette région apparaît comme un secteur privilégié pour aborder la question de l’organisation de la production sidérurgique durant le second âge du Fer (Fournier et Milcent 2007).
117Deux clous, neuf morceaux de tôle, une tige plate et une virole proviennent du fossé 2031 alors qu’un fragment d’épée a été collecté dans le fossé 2024 (Fig. 21, no 3). Cet objet, très dégradé (ses tranchants ne sont pas conservés), est uniquement représenté par la partie proximale de l’arme avec quelques centimètres de soie, le talon et une vingtaine de centimètres de lame. Cette dernière, dont la section est nettement losangique, présente un léger ploiement réalisé en partie haute. Ce type de traitement, qui n’est pas sans évoquer ceux relevés au sein des sanctuaires à armes laténiens, est également attesté plus ponctuellement au sein des établissements ruraux de la fin de l’âge du Fer (Nillesse 2009 : 67). Sans exclure que notre objet puisse renvoyer à de telles pratiques d’ordre symbolique, il n’est pas non plus impossible qu’il soit à rattacher à l’activité métallurgique que connaît le site (recyclage ?).
Fig. 21 - Objets métalliques liés au travail du fer.
DAO : Stéphane Willerval
118La céramique se trouve principalement localisée dans le comblement du fossé de partition interne (NR : 1777 ; NMI : 108), en particulier au niveau de l’entrée, avec une zone de concentration secondaire dans le fossé ouest de l’enclos (2332), à proximité des bâtiments 200 et 202. Les restes animaux (Tabl. 5, NR : 701) montrent une distribution en grande partie similaire.
119Cette répartition spatiale des déchets domestiques permet d’identifier deux zones de rejets privilégiées. L’une correspond à la porte permettant la communication entre les deux espaces enclos qui apparaît être un point de passage fréquenté de cet ensemble fossoyé. L’autre correspond à une portion du fossé périmétrique de l’établissement rural et se situe à proximité des bâtiments 200 et 202. Ce type de distribution des rejets détritiques est courant sur les établissements enclos du second âge du Fer. Ceux-ci se trouvent généralement situés à proximité des secteurs consacrés à l’habitat (sites de Lavernat dans la Sarthe – Guillier et al. 2009 : 126 – et de Guérande en Loire-Atlantique – Bellanger et al. 2021).
120Ces 1 190 restes ont été principalement identifiés dans la fosse 2170 et le four 2556 (étude Marie Derreumaux). 90,8 % correspondent à des légumineuses (lentilles et pois). Les céréales représentent 3 %, les plantes sauvages (3,8 %). La matière organique amorphe représente 0,4 % des restes collectés.
121Le nombre de restes et de structures positives ne permet pas d’appréhender l’économie végétale du site ou les pratiques agro-pastorales qui y étaient développées. Les céréales consommées dans l’établissement de La Tène finale correspondent aux principales productions régionales et notamment du Loiret (Zech-Matterne et al. 2014, Pradat 2010) – orge vêtue et blé nu – qui se distinguent des productions plus septentrionales du nord de l’Île-de-France et de la Picardie où les blés vêtus supplantent les blés nus au côté de l’orge vêtue (Zech-Matterne et al. 2014, Zech-Matterne et al. 2009). La lentille et le pois sont également bien attestés dans les sites de La Tène finale de la région Centre (Pradat 2010 ; Zech-Matterne et al. 2009).
122C’est un ensemble de 455 fragments de torchis qui a été collecté dans les structures de La Tène finale (masse : 9 845 g ; Tabl. 4). Ce mobilier provient principalement des bâtiments (74 % des restes) et des fossés d’enclos (20 % des restes). On notera la présence de rares éléments présentant des traces de clayonnage et de lissage. Un morceau de torchis provenant du bâtiment 205 est associé à des charbons de bois pouvant correspondre à une armature en bois brulée in situ (Fig. 11).
Tabl. 4 - Inventaire des torchis (La Tène finale).
|
Type
|
n°
|
Description
|
NR
|
Masse (gr)
|
NR %
|
Masse %
|
|
Bâtiments
|
200
|
Clayonnage / lissage (NR 2)
|
92
|
1173
|
73.6
|
36.68
|
|
202
|
|
21
|
57
|
|
204
|
|
1
|
4
|
|
205
|
Clayonnage brûlé ? (NR 1)
|
214
|
2305
|
|
212
|
|
6
|
69
|
|
210
|
|
1
|
4
|
|
|
|
335
|
3612
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Enclos
|
2024
|
|
2
|
8
|
18.9
|
49.52
|
|
2031
|
|
6
|
193
|
|
2036
|
|
12
|
1120
|
|
2038
|
|
3
|
40.7
|
|
2332
|
|
55
|
3403
|
|
2393
|
|
4
|
76.5
|
|
2350
|
|
4
|
34
|
|
|
|
86
|
4875.2
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Cellier
|
2046
|
Clayonnage / lissage (NR 2)
|
8
|
767
|
7.5
|
13.8
|
|
Fosses
|
2166
|
|
1
|
71
|
|
2168
|
|
13
|
276
|
|
2170
|
|
7
|
36
|
|
2200
|
|
3
|
13
|
|
2358
|
|
2
|
195
|
|
|
|
34
|
1358
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Total
|
|
455
|
9845.2
|
100
|
123Nous avons identifié cinq catégories techniques principales.
124Cette catégorie regroupe les vases intégralement montés au tour rapide ou au tour lent. Les dégraissants ont un diamètre inférieur à un millimètre. Quatre productions sont distinctes dans cette catégorie :
125• Sombre à sable stampien : céramiques bien identifiables grâce à leur pâte rouge et surface sombre. Ces vases sont cuits en mode A avant de subir un fort enfumage à la fin de la post-cuisson. Pendant le Haut-Empire, cette catégorie sera appelée NPR (Noire à Pâte Rouge).
126• Brune : céramiques cuites en mode A dotée d’une pâte brune typique du Val de Loire.
127• Claire : céramiques cuites en mode A sans enfumage avec une pâte différente des céramiques du Val de Loire (généralement originaires du nord du territoire carnute).
128• Sombre : céramiques cuites en mode B.
129Cette catégorie regroupe des vases montés au tour rapide et qui ont reçu un lustrage soigné. Dans les ensembles protohistoriques, cette catégorie est représentée par la production des céramiques grises ardoisées.
130Cette catégorie regroupe les vases non tournés dont les qualités techniques et typologiques suggèrent une fabrication intervenue au cours de l’époque protohistorique. Les dégraissants sont très visibles et dépassent généralement 1 mm de diamètre. Trois productions se distinguent dans cette catégorie :
131• Brune : céramiques à pâte brune du Val de Loire.
132• Type Besançon : céramiques à gros dégraissants de silice, feldspath et de mica. Un engobe micacé est régulièrement attesté sur la partie haute des vases.
133• Sombre : céramiques à pâte noire.
134Pour cette période, il s’agit presque exclusivement d’amphores importées de la côte ouest de la péninsule italienne.
135C’est un total de 2 544 tessons représentant un NMI de 149 qui est associé à l’occupation laténienne. La majeure partie de ce mobilier provient des fossés d’enclos et en particulier du fossé de partition interne 209 (NR : 1777 ; NMI : 108 représentant 59,6 % du mobilier laténien). Il a été choisi ici de présenter un échantillon du mobilier provenant des différentes structures fouillées. Une vingtaine de formes typologiquement représentatives sont ici figurées sur les planches (Fig. 22 à 28).
136La majeure partie du mobilier du fossé 209 (2031 et 2036) est attribuée à La Tène D2a (Fig. 22 à 25). D’autres éléments, moins nombreux, proviennent des autres fossés de l’enclos (Fig. 26 et 27). Le mobilier de La Tène D2b est bien moins représenté. Il provient du comblement de la structure quadrangulaire 2046, de la fosse 2168 (Fig. 28) ainsi que des niveaux de comblement supérieur du fossé 209.
137Les caractéristiques typo-chronologiques de la céramique permettent donc d’envisager que la création de l’enclos intervient à La Tène D2a. L’abandon de l’établissement survient probablement à l’extrême fin de La Tène. Quelques tessons, datés de la période augusto-tibérienne mis au jour en surface du fossé 2332 (NR : 3 ; NMI : 1) et du fossé 2024 (NR : 59 ; NMI : 4) situé à proximité de l’occupation antique, peuvent indiquer que l’abandon définitif de l’enclos est intervenu à cette époque, à moins que ces quelques éléments aient une origine intrusive.
138Le mobilier de La Tène D2a est constitué d’un panel de formes très varié comme le montrent les lots provenant des fossés 2031, 2036, 2038 et 2332. L’ensemble comprend onze formes ouvertes (assiettes, écuelles, coupes, jattes, passoires, bols et vases bobines) ainsi que huit formes fermées (pots, gobelets, amphores et dolium).
139Le comblement du fossé 2031 a livré un corpus important de 1 368 fragments pour 85 individus (Fig. 22 à 24), répartis sur 35 US. La céramique tournée compte 628 fragments pour 42 individus, la céramique non-tournée compte 516 fragments pour 42 individus et les amphores sont représentées par 224 fragments pour 1 individu.
140Les jattes à profil sinueux (Fig. 22) sont particulièrement bien représentées sur l’ensemble. Véritable marqueur des deux derniers siècles avant notre ère, elles apparaissent au plus tôt à La Tène C1b dans l’Orléanais (Augier et al. 2007 : 159, fig. 27). Elles sont particulièrement abondantes dans l’horizon 1 (La Tène C2) à Orléans (Riquier 2012 : 223, fig. 3), à Bobigny (en Seine-Saint-Denis) dans une fosse de La Tène C2/D1 (Marion et al. 2005 : 112, fig. 15), à Nanterre dans des fosses datées de La Tène D2 (Séguier et Vian 2012, annexes 20 et 21) et à Prasville dans des contextes de La Tène C2 (Gay 2010 : 281, pl. 19). Ces formes sont encore bien attestées dans les contextes de La Tène D2b à Chartres (Denat 2014).
141Au sein des jattes présentées ici, nous avons observé quatre individus dont trois sont représentés (Fig. 22, nos 3, 4 et 5) qui sont fabriqués dans une pâte à sables stampiens. Leur profil diffère légèrement des types classiques NPR 23 ou NPR 24 (Denat et al. 2014 : 78, fig. 16). Leur faible quantité dans le fossé 2031 suggère une datation assez ancienne, à placer dans le courant de La Tène D1 (voir texte de S. Riquier dans Denat et al. 2014 : 77).
142Les écuelles à bord rentrant (Fig. 22) sont illustrées par deux individus à pâte sombre. Ce modèle est bien attesté à Orléans dès l’horizon 1 (Riquier 2012 : 223), à Bobigny dès La Tène C2 (Marion et al. 2005 : 107, fig. 10, no 1 – individu en céramique non tournée), à Prasville dans un contexte de La Tène C2 (Gay 2010 : 277, pl. 15, no F1020-1) et il se rencontre encore à Chartres à La Tène D2b (Denat 2014 : 57, fig. 12, no 1).
143Les coupes à pâte à sables stampiens NPR 11 totalisent trois individus sur l’ensemble (Fig. 22). Il s’agit d’un bon marqueur chronologique du début de La Tène D2 au minimum (Denat et al. 2014 : 79, fig. 17). Cette forme ne semble pas attestée dans l’Orléanais mais se rencontre assez régulièrement chez les Parisii au ier s. av. notre ère (Séguier et Vian 2012, annexe 2).
144La présence d’un vase bobine à pâte brune fine et à surface enfumée (Fig. 22, no 2) est particulièrement intéressante à souligner. L’exemplaire mis au jour ici portait probablement un décor estampé, mais l’altération de la surface du vase ne nous a pas permis de faire un relevé précis.
145Ce modèle de vase est relativement rare en territoire carnute (absent des assemblages à Orléans : Riquier 2012, mais présent en un seul exemplaire sur le site d’Archevilliers à côté de Chartres : étude Pauline Denat in Vivant-Fuster et al. 2017 : 374, fig. 8, no 2416.101). En revanche, il s’agit d’une production très bien connue en territoire turon (Linger-Riquier et Troubady 2014). Ce type de vase est bien attesté dans la nécropole de “Vaugrignon” à Esvres-sur-Indre (Indre-et-Loire) pendant toute La Tène finale (Riquier 2004 : 93, fig. 79). Il pourrait donc s’agir ici du témoignage d’une importation.
146Les jattes à profil simple, à paroi incurvée (étude Jonathan Simon, Lecomte et Lecroère 2015 : 225, fig. AD) sont bien illustrées. Ces modèles sont connus sur les sites franciliens (Marion 2007 : 110, fig. 12, Séguier et Vian 2012) et dans l’Orléanais (Augier et al. 2007 : 159, fig. 27) dès La Tène ancienne et moyenne. Ces modèles sont observés sur des opérations proches comme à Prasville (Gay 2010 : 288, fig. 26) et sur le site des “Beaumonts” à Gellainville (Wavelet et Papaïan 2015 : 12).
147Les jattes à profil caréné (Fig. 22, no 7) sont des modèles attestés dans les régions voisines comme en Seine-et-Marne dès le Hallstatt final (Boulenger 2005 : 135, Fig. 5). Mais c’est à partir de La Tène ancienne, voire surtout à partir de La Tène moyenne, que cette forme est régulièrement présente dans les répertoires. La situation est connue dans l’Orléanais (Augier et al. 2007 : 159, fig. 27), en Île-de-France (Séguier et Viand 2012), à Bobigny (Marion et al. 2005 : 111, fig. 14, no 10) et à Prasville (Gay 2010 : 288, fig. 26).
148Le répertoire contient aussi une jatte à profil en “S” (Fig. 22, no 10), forme qui dérive probablement des pots situliforme. Les origines de cette forme remontent très probablement aux débuts de La Tène comme l’attestent les découvertes dans l’Orléanais (Augier et al. 2007 : 159, Fig. 27). La présence d’une lèvre arrondie en bourrelet semble plus caractéristique de La Tène moyenne et finale comme semblent le prouver les découvertes à Saint-Laurent-Nouan (Salé et al. 2013 : 165, Fig. 17, no 14), en Île-de-France (Séguier et Viand 2012, annexe 3, Marion et al. 2005 : 107, Fig. 10, no 7) et à Gellainville (Wavelet et Papaïan 2015 : 35, Fig. 19).
149Les autres modèles de jatte (Fig. 22) sont plus difficiles à commenter car leur profil est très lacunaire. La jatte avec un col vertical rectiligne et décor digité à la base, un bord en bourrelet débordant avec un décor digité (Fig. 22, no 13) pourrait évoquer certains modèles connus en Île-de-France au cours de La Tène ancienne (Marion 2007 : 95, fig. 4).
150Le répertoire des formes fermées est dominé par les pots ovoïdes à lèvre en bourrelet (Fig. 23). Ceux-ci comptent 23 individus fabriqués tantôt en pâte à sables stampiens (NPR), tantôt en pâte sombre. Il s’agit du modèle bien connu de pot de type NPR 43 (ici, plutôt les variantes NPR 43c ou NPR 43e, Denat et al. 2014 : 78, Fig. 16) ou NPR 43 similis (lorsqu’il ne s’agit pas d’une production noire à pâte rouge).
151Si cette forme semble apparaître au cours de La Tène C2 dans l’Orléanais (Riquier 2012 : 223, Fig. 3), à la transition La Tène C2/D1 en Île-de-France (Marion et al. 2005 : 113-114), il s’agit surtout d’un très bon marqueur chronologique du début du ier s. av. J.-C. pour sa version en NPR (Séguier et Viand 2012 : 200-201). Les découvertes récentes à Prasville (Gay 2010 : 289) et à Gellainville (Wavelet et Papaïan 2015 : 34-36) confirment ce phénomène. Ce modèle préfigure clairement le modèle de pot ovoïde emblématique du ier s. ap. J.-C. : le type NPR 150 (Chambon et Simon 2014 : 104, Fig. 7).
152Signalons la présence d’un gobelet ovoïde à petite lèvre ronde à pâte à sables stampiens qui se rapproche du modèle NPR 48 (Fig. 23, no 8). Au sud du territoire carnute, ce profil est connu pendant toute La Tène D (Riquier 2008, vol. 1, Fig. 183-186). En Île-de-France, ce modèle se rencontre dans des contextes de la même époque (Séguier et Viand 2012, annexe 30, no 15). À Prasville, un gobelet de ce type a été retrouvé dans un contexte de La Tène D (Gay 2010 : 290, pl. 20, no F4114-1). L’étude récente menée sur les céramiques NPR (Denat et al. 2014) pourrait être légèrement complétée en faisant débuter l’apparition des gobelets NPR 48 au début du ier s. av. J.-C.
153Le répertoire du fossé comporte aussi quatre pots à lèvre éversée moulurée (Fig. 23). Il s’agit des pots classiquement appelés de “type Besançon” même si, dans notre cas, un seul exemplaire peut porter cette appellation (Fig. 23, no 9) car il présente les caractéristiques techniques de cette catégorie si spécifique. Les autres sont des dérivés fabriqués dans des pâtes locales (sombre ou brune). Le profil des pots mis au jour ici suggère une fabrication intervenue au cours de La Tène D, et plus probablement au cours de La Tène D2 (Barral 1998 : 378, Fig. 9, Lallemand et Tuffreau-Libre 2005 : 70-72, Barral et al. 2013 : 423). Les comparaisons régionales confirment cette dernière hypothèse de datation (Riquier 2012 : 231, Séguier et Viand 2012, annexe 32-33). Des exemplaires à lèvres moulurées, qui présentent dans la plupart des cas, mais pas systématiquement, la pâte caractéristique de ces productions, sont connus dès La Tène C, voire avant, dans le nord du Puy-de-Dôme et dans le Berry (Bouchet 2017).
154Avec 22 individus, les grands vases de stockage ou dolia, représentent une part significative du mobilier.
155Nous avons distingué quatre types de profil.
156Le premier type (Fig. 24) possède une lèvre éversée arrondie et un col relativement étroit. Les pâtes sont généralement sombres. Un seul individu possédait une pâte brune. Ce modèle semble connu dans les régions voisines depuis les débuts de La Tène D comme à Bobigny (Marion et al. 2005 : 113, no 11) et à Orléans (Riquier 2008 : 128, fig. 37). Cette forme est attestée à Prasville (Gay 2010 : 296, pl. 26, no F4051-1) et à Gellainville (Wavelet et Papaïan 2015 : 35, Fig. 19, no 4187.102).
157Le second type présente une lèvre éversée moulurée. Il s’agit d’une variante du modèle précédent, toujours observée avec une pâte sombre. Ce type est plus marginal et se retrouve en faible quantité. Il a été observé dans un contexte de La Tène C2/D1 à Bobigny (Marion et al. 2005 : 115, fig. 18, no 3).
158Le troisième type présente une lèvre légèrement éversée et un col un peu plus marqué que le type 1 (Fig. 24). La partie supérieure est marquée par une carène renforçant l’aspect plus “massif” du bord. Les pâtes sont généralement brunes. Il est attesté dans un ensemble de La Tène C2 à Prasville (Gay 2010 : 274, pl. 12, no F1012-5) et dans un ensemble de La Tène finale à Gellainville (Wavelet et Papaïan 2015 : 34, fig. 18, no 6133.101).
159Enfin, le quatrième type présente une lèvre aplatie en triangle. Nous ne lui avons pas trouvé, pour le moment, de similitudes avec d’autres vases dans les régions voisines.
160Les amphores représentent un corpus de 224 fragments pour un seul individu (Fig. 24). Il s’agit d’un bord d’amphore Dressel 1a (Fig. 24, no 5). Le seul bord comptabilisé présente une lèvre assez courte (hauteur : 38 en mm ; épaisseur : 34 en mm) et moyennement inclinée (73° par rapport au plan horizontal). Elle renvoie à la classe 2 de Guichard (Lavendhomme et Guichard 1997) assimilable au type Dressel 1A daté des années 130 à 25 av. J.-C. Bien entendu, compte tenu des mises en garde sur la datation des amphores (Olmer 2012) et avec un seul élément de bord, nous ne tenterons pas de préciser la chronologie avec cet individu.
161Si le répertoire présente quelques pièces directement issues des modèles de La Tène ancienne ou moyenne, la présence de nombreux vases réalisés au tour (quasiment la moitié des individus) et des céramiques NPR offre de bons marqueurs du début du ier s. av. J.-C. L’absence des terra nigra et grises ardoisées, des céramiques à pâte brune fine et à engobe blanc suggère que cet ensemble se soit constitué quelques décennies avant les nécropoles de la fin de l’époque gauloise à Chartres (Denat 2014). Nous aurions donc ici un bel assemblage daté de La Tène D2a.
Fig. 22 - Mobilier de La Tène D2a provenant du fossé 2031.
DAO : Jonathan Simon
Fig. 23 - Mobilier de La Tène D2a provenant du fossé 2031.
DAO : Jonathan Simon
Fig. 24 - Mobilier de La Tène D2a provenant du fossé 2031.
DAO : Jonathan Simon
162Le comblement de ce fossé regroupe un total de 408 fragments pour 23 individus (Fig. 25) répartis sur six US. La céramique tournée compte 254 fragments pour 15 individus, la céramique non-tournée compte 107 fragments pour 8 individus et les amphores sont représentées par 47 fragments.
163Les formes ouvertes comptent trois grandes jattes à panse incurvée et à lèvre arrondie dont une est représentée (Fig. 25, no 4).
164Ce modèle se retrouve à Saint-Laurent-Nouan “le Vivier” (Loir-et-Cher, Salé et al. 2013 : 167, fig. 18, no 26) et à Prasville dans des contextes de La Tène C2 (Gay 2010 : 277, pl. 15, no F1044-4 et F1283‑8). Mais, comme le souligne l’auteur dans ce dernier rapport, cette forme est relativement ancienne puisque nous la rencontrons dans des contextes en Auvergne (Augier et al. 2007 : 154, Fig. 25) et dans le Loiret (Bakkal-Lagarde et Peyne 2013 : 128, Fig. 19, no F126-2) dès La Tène ancienne.
165Le répertoire des formes fermées compte douze pots NPR 43 ou dérivés de ce modèle en pâte sombre ou claire. Cette forme est bien attestée dans tous les contextes présentés précédemment. Il s’agit d’un très bon marqueur, pour sa version NPR, du début du ier s. av. J.-C. (voir fossé 2031).
166Le comblement du fossé 2036 contient trois éléments nouveaux et tout à fait intéressants.
167Le premier (Fig. 25, no 1) possède une petite lèvre ronde, une panse galbée décorée de baguettes, une pâte sombre soigneusement lustrée. Il s’agit ici d’un vase balustre directement inspiré de la forme Orléans 207 (Riquier 2008 : 58, fig. 16) qui est typique de La Tène D2 (Riquier 2012 : 231, fig. 11) et qui devient très fréquent à partir du milieu du ier s. (Linger-Riquier et Troubady 2014 : 29). Des formes très proches, à pâte brune ligérienne, sont attestées à Chartres dans les nécropoles de la fin de l’époque protohistorique (Denat 2014 : 52, fig. 7, no 3).
168Le deuxième individu (Fig. 25, no 6) est un gobelet à lèvre ronde surmontant une panse très galbée. La pâte est de type NPR. Cet exemplaire apporte de nombreuses informations. S’il est attesté dans l’Orléanais, avec une pâte brune ligérienne (type 161a, Riquier 2008 : 58, fig. 16), depuis La Tène C2, nous le retrouvons encore en grande quantité au cours de La Tène D2a (Riquier 2012 : 231, fig. 11). En outre, cette forme était inconnue au nord d’Allonnes (Linger-Riquier et Troubady 2014 : 28). Nous serions donc ici en présence d’une imitation “nord carnute”, dans une production locale (la NPR), de cette forme typique du Val de Loire.
169Le troisième élément (Fig. 25, no 7) est une cruche à pâte brune et à lèvre en gouttière. Ce modèle se retrouve sur le site de Varennes-sur-Seine “le Marais du Pont” (Seine-et-Marne) dans un contexte du ier s. av. J.‑C. (Séguier et Viand 2012, annexe 32, no 7). Il est aussi attesté sur l’oppidum de Gondole à La Tène D2b (Deberge et al. 2009 : 57, fig. 42, no 43).
170Les autres formes fermées se composent de deux dolia de type 1 (Fig. 25, no 8) et de trois dolia de type 3 (no 9). Ces formes ont été observées dans les comblements du fossé 2031.
171À l’instar de ce que nous avions observé précédemment, il faut souligner la présence de nombreuses formes (pots NPR 43 et assimilés, dolia) déjà rencontrées dans les comblements des fossés 2031 et 2038, datés de La Tène D2a. Nous rejoignons, en outre, certaines remarques émises pour le fossé 2332. Ainsi, la plus grande proportion de vases tournés est certainement un élément à prendre en compte, sans pour autant exclure le hasard de la répartition.
172Ainsi, il est tout à fait possible que le comblement du fossé se soit déroulé dans une phase un peu plus récente que celle des fossés 2031 et 2038. En l’absence de marqueurs francs de La Tène D2b, nous pouvons simplement proposer que le comblement du fossé soit intervenu dans la première moitié du ier s. av. J.-C. au plus tôt.
173Par la présence de certaines formes rares ou non attestées dans cette partie du territoire carnute, cet ensemble se révèle très important pour une approche dans le cadre d’une étude céramologique plus vaste.
Fig. 25 - Mobilier de La Tène D2a provenant du fossé 2036.
DAO : Jonathan Simon
174Le comblement de ce fossé regroupe un total de 100 fragments pour 9 individus répartis sur 11 US. La céramique tournée compte 40 fragments pour 4 individus, la céramique non-tournée compte 51 fragments pour 5 individus et les amphores sont représentées par 9 fragments.
175Le répertoire des formes ouvertes se compose uniquement d’écuelles en céramique modelée sombre.
176Le premier vase est une écuelle à panse arrondie terminée par une petite lèvre ronde redressée (Fig. 26, no 1). Cette forme rappelle des modèles de La Tène ancienne connus à Prasville (Gay 2010 : 262, pl. 6), à Sainte-Maure-de-Touraine (Di Napoli et Lusson 2011 : 127, fig. 22, no 19) et dans l’Orléanais (Augier et al. 2007 : 159, Fig. 27). Des modèles avec un profil proche sont connus en Île-de-France à La Tène D1 (Marion et al. 2005 : 118, fig. 24, no 7).
177Le second vase est une écuelle à panse rectiligne, légèrement concave et à lèvre aplatie (Fig. 26, no 1). Nous n’avons pas retrouvé beaucoup de comparaisons pour ce type.
178Dans l’Oise, dans la nécropole de Jaux “le Champ du Roi”, un modèle proche a été retrouvé dans un contexte de La Tène D1 (Malrain et al. 1996 : 63, fig. 17). Dans l’Orléanais, ce type de profil s’apparente à certaines écuelles dans des contextes de La Tène C2 (Riquier 2012 : 223, fig. 3). Nous ne tiendrons pas plus compte de ce vase dans notre commentaire chronologique, d’autres éléments de cet ensemble sont beaucoup plus pertinents pour nous renseigner.
179La présence de deux pots NPR 43 similis à pâte sombre (Fig. 26, no 5) est un élément important pour dater cet ensemble. Comme nous l’avons vu dans le comblement du fossé 2031, il s’agit d’une forme emblématique de La Tène finale.
180Il intéressant de noter la présence d’un proche avec un profil très proche, assimilé au NPR 43 similis, mais avec une pâte brune typique des productions ligériennes (Fig. 26, no 3). Cette forme est très courante à Orléans dès le milieu du iie s. av. J.-C. (Riquier 2012 : 227, fig. 7).
181Un gobelet à panse galbée et à petite lèvre en bourrelet (Fig. 26, no 4) se distingue clairement dans cet ensemble. Présentant une pâte brune typique de la zone ligérienne, cette forme est bien identifiée à Orléans où elle apparaît à La Tène D2a (Riquier 2012 : 231, fig. 11). En Île-de-France, des modèles typologiquement très proches sont attestés dans des contextes de La Tène D2 (Séguier et Viand 2012, annexe 30, no 15). À Chartres, cette forme est connue dans les nécropoles de la fin de l’époque protohistorique (Denat 2014 : 57, Fig. 12, no 11).
182Le reste du mobilier se compose de dolia dont certains types ont déjà été identifiés dans le fossé 2031. C’est le cas notamment pour le dolium de type 1 (Fig. 26, no 6) et le dolium de type 3 (no 2051.102 non représenté). Signalons simplement un nouveau modèle, le type 5 (Fig. 26, no 7), à lèvre triangulaire et à col beaucoup plus haut que les autres modèles. Il est rencontré sur d’autres sites comme à Prasville (Gay 2010 : 295, pl. 25, no F3109-14) dans un contexte de La Tène D1.
183Cet ensemble montre de nombreuses similitudes avec les comblements du fossé 2031. Nous avons observé la présence de nombreuses formes pouvant apparaitre dans la seconde moitié du iie s. av. J.-C. Les éléments les plus récents, le gobelet à panse galbée et surtout des tessons des céramiques NPR, tendent à repousser le TPQ au début du ier s. av. J.-C., ce qui correspond à la datation proposée pour l’ensemble du fossé 2031
Fig. 26 - Mobilier de La Tène D2a provenant du fossé 2038.
DAO : Jonathan Simon
184Le comblement de ce fossé regroupe un total de 239 fragments pour 14 individus répartis sur 22 US. La céramique tournée compte 116 fragments pour 10 individus, la céramique non-tournée compte 86 fragments pour 4 individus et les amphores importées sont représentées par 37 fragments.
185Le répertoire des formes ouvertes présente différentes formes.
186Deux écuelles à bord rentrant (Fig. 27, no 1) font partie du lot. Ce modèle a déjà été rencontré dans les comblements du fossé 2031.
187La présence d’une jatte à profil en “S” atypique est intéressante à souligner. Contrairement au type plus classique avec une lèvre en bourrelet débordant, ce modèle possède une lèvre simplement arrondie (Fig. 27, no 2). Un modèle relativement proche a été mis au jour à Mauregard, en Seine-et-Marne, dans un contexte du iiie s. av. J.-C. (Séguier et Viand 2012, annexe 6, no 2). Dans notre cas, la jatte a été fabriquée dans une pâte de type NPR, ce qui sous entend que ce vase n’a pas été fabriqué avant l’extrême fin du iie s. av. J.-C., voire plus probablement au début du ier s. av. J.-C. Il s’agit en tous cas d’un nouveau modèle qui pourra enrichir la typologie des céramiques NPR (Denat et al. 2014).
188Le répertoire est complété par trois passoires en pâte NPR dont deux sont représentées. Le premier modèle compte deux exemplaires. Il dispose d’un profil sinueux et d’une lèvre en bourrelet débordant (Fig. 27, no 3). Sa filiation avec les jattes à profil en “S” est nette, notamment avec la forme NPR 24p. En revanche, le second modèle est beaucoup plus original. Il se distingue par un col très peu marqué et une simple lèvre en bourrelet (Fig. 27, no 4). Nous n’avons pas trouvé de comparaison pour ce modèle en dehors d’un exemplaire approchant dans à Orléans dans des contextes des années 60-40 av. J.-C. (Riquier 2012 : 233, fig. 13).
189Pour finir, nous avons observé une jatte à profil en “S” et à col mouluré en pâte brune grossière (Fig. 27, no 5). Les moulures sur le col sont intéressantes à souligner car cette spécificité n’est pas très fréquente. Elle se retrouve par exemple dans l’Oise, sur le site de Jaux “Le Champ du Roi” (Malrain et al. 1996 : 64, Fig. 18) à La Tène D1 et à Varennes-sur-Seine (en Seine-et-Marne) dans des fosses datées de La Tène C1 (Séguier et Viand 2012, annexe 11, no 6).
190Les formes fermées se composent essentiellement de pots ovoïdes dérivés du modèle NPR 43 (Fig. 27, nos 6 et 7). Trois de ces vases possédaient une pâte sombre, le dernier possédait une pâte claire. Ce modèle se retrouve dans les deux précédents contextes (fossés 2031 et 2038).
191Mentionnons la présence d’un dolium de type 4 (non illustré) dans les comblements du fossé 2332.
192Les amphores sont représentées essentiellement par des fragments d’amphore Dressel 1.
193Nous avons aussi rencontré une amphore Ch. 1515 de Chartres (Fig. 27, no 8) qui est vraisemblablement ici en position intrusive (elle se trouve dans une US qui est probablement perturbée).
194La datation de cet ensemble repose sur plusieurs éléments.
195Tout d’abord, certaines formes sont très semblables à ce que nous avions observé dans les comblements des fossés 2031 et 2038, datés de La Tène D2a.
196Cependant, il faut souligner ici la plus grande proportion des vases tournés qui sont clairement majoritaires (dans les deux précédents contextes, la proportion est quasiment similaire entre vases tournés et non-tournés). Notons aussi que les céramiques NPR sont plus fréquentes. Bien entendu, le corpus est relativement restreint et les différences des proportions ne sont peut-être dues simplement qu’au hasard de la répartition.
197En l’absence de marqueurs chronologiques plus récents, la prudence nous suggère de proposer une datation similaire aux deux précédents contextes pour le comblement du fossé 2332, à savoir un comblement intervenu dans le courant de La Tène D2a.
198Nonobstant cette observation, l’ensemble se révèle particulièrement intéressant car il nous permettra de compléter la typologie des céramiques NPR.
Fig. 27 - Mobilier de La Tène D2a provenant du fossé 2332.
DAO : Jonathan Simon
199Le mobilier attribué à cette phase chronologique provient principalement de deux structures, le cellier 2046 et la fosse 2168. Il est bien moins abondant que le mobilier de La Tène D2a puisque seul 18 récipients ont été comptabilisés.
200Le comblement de ce silo regroupe un total de 278 fragments pour sept individus répartis sur les US 2045 et 2048. La céramique tournée compte 257 fragments pour 7 individus, la céramique non-tournée compte 2 fragments et les amphores sont représentées par 19 fragments.
201Les écuelles à bord rentrant sont identifiées avec deux individus (Fig. 28, nos 1 et 2). Leur inclinaison tend beaucoup à les assimiler aux assiettes imitant la forme Lamb. 5/7 très en vogue à partir du milieu du ier s. av. J.-C. Ce phénomène est bien connu en région parisienne (Séguier et Viand 2012, annexe 31, no 11), à Orléans (Riquier 2012 : 233, fig. 13) et dans les nécropoles chartraines de la même époque (Denat 2014). Il convient d’ailleurs de préciser que l’individu no 1 est en pâte NPR et qu’il conviendra de compléter la typologie de cette catégorie (Denat et al. 2014).
202Le répertoire des formes ouvertes se complète avec une jatte à profil en “S” avec une lèvre particulièrement évasée (Fig. 27, no 3) et d’un bol NPR 11 (Fig. 27, no 4). Ce dernier modèle est très fréquent à Chartres (Denat 2014) et dans les environs (Wavelet et Papaïan 2015 : 34, fig. 18, no 6237.101) tout au long de La Tène finale, et plus probablement au cours de La Tène D2b.
203Ce corpus se compose exclusivement de pots de type NPR 43 ou assimilés (Fig. 27, nos 5, 6 et 7). Ce modèle est très bien attesté sur l’ensemble du site depuis La Tène D2a.
204L’abondance des céramiques tournées et la présence de certaines formes spécifiques (imitation Lamb. 5/7, bol NPR 11) tendent à démontrer que le comblement du cellier 2046 est intervenu au début de La Tène D2b. L’assemblage des formes est réellement différent des contextes vus précédemment.
Fig. 28 - Mobilier de La Tène D2b provenant des fosses 2046 et 2168.
DAO : Jonathan Simon
205Le comblement de cette fosse regroupe un total de 151 fragments pour onze individus contenus dans l’US 2169. La céramique tournée compte 107 fragments pour sept individus, la céramique non-tournée compte 27 fragments pour quatre individus et les amphores sont représentées par 17 fragments.
206Dans cet ensemble, de nouvelles formes et de nouvelles catégories font leur apparition. C’est le cas notamment des terra nigra (quelques fragments) et surtout des céramiques grises ardoisées dont une assiette imitant la forme Lamboglia 5/7 (Fig. 28, no 8) provenant probablement de la vallée de l’Allier et produite à partir de La Tène D2b (Lallemand 2005 : 43, Fig. 5, no 44). Il s’agit d’ailleurs d’un marqueur chronologique de cette époque à Orléans (Riquier 2012 : 226) et nous le retrouvons en grande quantité dans les nécropoles de la fin de la protohistoire à Chartres (Denat 2014).
207Ajoutons un bol Menez 59 (Fig. 28, no 10) en céramique grise ardoisée qui tend à repousser la datation de l’ensemble à la fin de La Tène D2b (Lallemand 2005 : 56). Il s’agit d’une forme bien attestée dans l’horizon 7 à Orléans (Riquier 2012 : 235, fig. 15) et dans les nécropoles protohistoriques chartraines (Denat 2014 : 55, fig. 10, no 6).
208Le mobilier se compose de cinq pots à lèvre ronde dont trois sont représentés (Fig. 28, nos 9, 11 et 12). Le pot avec le col souligné par une baguette (no 11) et une pâte brune ligérienne semble important. Il correspond à la forme NPR 42 (Denat et al. 2014 : 78, Fig. 16) qui apparait au milieu du ier s. av. J.-C.
209Mentionnons aussi la présence de trois pots dérivés du type Besançon dont deux sont représentés (nos 13 et 14). Le profil de la lèvre semble indiquer une fabrication dans le courant de la seconde moitié du ier s. av. J.-C. (Barral 1998 : 378, fig. 9, Lallemand et Tuffreau-Libre 2005 : 79, fig. 10).
210Les amphores Dressel 1 italiques deviennent marginales avec seulement trois fragments. En revanche, nous assistons à l’apparition des premières amphores de Bétique : treize fragments d’amphore Haltern 70 dont les premières importations remonteraient au deuxième quart du ier s. av. J.-C. (Olmer 2012, annexe 61).
211Nous l’avons vu, cet ensemble se distingue clairement des autres contextes par de nombreuses spécificités. Selon toute vraisemblance, le comblement de la fosse 2168 s’est déroulé dans le troisième quart du ier s. av. J.-C., probablement avant le principat d’Auguste.
212Le comblement de cette fosse englobe un petit ensemble de 30 fragments pour trois individus.
213Les éléments remarquables sont une jatte NPR 23 (Fig. 28, no 17), une jatte à profil simple et panse incurvée en céramique sombre non-tournée (no 16) et un dolium de type 3 (non illustré).
214Toutes ces formes ont été décrites dans les contextes précédents. Nous avons ici un assemblage de La Tène D2.
215Comme nous l’avons évoqué, le plan de certains accès paraît indiquer la présence d’animaux sur le site (Fig. 7). La forme de ces entrées, étroites, en chicane ou en entonnoir, paraît en effet propice à la gestion du bétail (Maguer et Lusson 2009 : 431).
216Les rejets de faune retrouvés sur le site (701 restes dont 301 déterminés pour 6,4 kg ; Tabl. 5) proviennent quant à eux essentiellement des fossés d’enclos (étude Marie Pousset, Lecomte et Lecroère 2015). Il s’agit d’un assemblage de taille moyenne pour un établissement rural à enclos de La Tène finale dans le Bassin parisien (Bayle et al. 2016). Conformément à la situation rencontrée sur les occupations rurales du second âge du Fer, c’est la triade domestique qui domine largement (93 % des restes déterminés, mais seulement 76,7 % de leur masse). De façon assez étonnante, le bœuf domine largement aussi bien pour ce qui est du nombre de restes que pour leur masse (71 et 63,5 % du lot). Il est suivi des caprinés (11,6 et 3,4 % du lot) et du porc (10 et 9,8 % du lot). Les équidés constituent la dernière forme domestique présente (20 restes) et un seul reste renvoie à la faune sauvage (bois de cervidé).
Tabl. 5 - Inventaire des restes animaux des structures datées de La Tène finale.
|
NR
|
% NR
|
MR
|
% MR
|
NMI
|
|
|
|
|
|
|
|
Bœuf
|
215
|
71.4
|
4060.3
|
63.5
|
5
|
|
Capriné
|
35
|
11.6
|
215.4
|
3.4
|
3
|
|
Porc
|
30
|
10
|
625
|
9.8
|
4
|
|
Equidé
|
20
|
6.6
|
1464
|
22.9
|
2
|
|
Cerf
|
1
|
0.3
|
27.1
|
0.4
|
|
|
Sous-total déterminés
|
301
|
100
|
6391.8
|
100
|
14
|
|
Indéterminé grand mammifère
|
73
|
|
248.4
|
|
|
|
Indéterminé petit bétail
|
2
|
|
6.7
|
|
|
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Indéterminé petit mammifère
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5
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14.3
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Primate
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1
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0.3
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43.9
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0.7
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1
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Indéterminé
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319
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317.7
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Total
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701
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7022.8
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217Quinze individus (NMI) ont été identifiés à partir de ce petit lot : cinq bœufs, quatre porcs, trois caprinés, deux équidés et un poisson. Ces faibles effectifs témoignent d’une activité d’élevage de faible intensité probablement dans le cadre d’une économie de subsistance.
218Pour l’essentiel, ces restes correspondent à des reliefs alimentaires. Des traces de découpe observées sur des restes de bœuf témoignent de la récupération de la viande, de la moelle et de la peau. Certains restes montrent également que les carcasses de bœufs et d’équidés ont été traitées sur place. Enfin, un fragment de merrain de cerf, dont il n’est pas possible de déterminer s’il s’agit d’un bois de chute ou de massacre, renvoie au travail des matières dures animales comme le montrent les traces de sciage et de facettage.
219Un métacarpe d’un bœuf, découvert dans le fossé 2521, permet d’estimer à 1,30 m sa hauteur au garrot. Cette mesure place cet individu en marge des troupeaux de la fin de l’âge du Fer dont les statures n’excèdent pas 1,20 m au garrot (Lepetz 1996 ; Meniel 1984). Ce reste constitue un témoignage, certes modeste, des transformations qui s’opèrent sur le plan agro-pastoral à la fin de l’âge du Fer sur l’ensemble du territoire (Lepetz 1996). Qu’il soit lié au phénomène d’amélioration des populations bovines indigènes ou qu’il s’agisse d’un animal importé d’Italie (Duval et al. 2012), ce “grand bœuf” indique que le site de l’aérodrome à Chartres n’est pas à l’écart de ces processus et qu’il est inséré dans les réseaux d’échanges à plus ou moins grande distance.
220Quelques éléments découverts dans les fossés de ce système fossoyé renvoient à La Tène ancienne. Il s’agit probablement d’éléments résiduels issus du bouleversement des structures liées à la première occupation du site.
221Le fragment de crâne découvert à la base du fossé partageant en deux parties l’enclos permet de proposer un terminus post quem à la fin du iie s. av. J.-C. (date 14C calibrée de 358-108 av. J.-C.) pour la fondation de cet ensemble fossoyé, proposition de datation compatible avec la présence de quelques éléments céramiques renvoyant à La Tène C2/D1. L’essentiel du mobilier retrouvé dans le comblement de ces fossés renvoie toutefois à La Tène D2a période qui semble correspondre à la phase de pleine occupation du site. Certaines sections de fossé ont toutefois livré du mobilier attribué à La Tène D2b ainsi qu’à la période augustéenne (fossé 1024). Le cellier 2046 et la fosse 2168 livrent de la céramique de même chronologie. Proportionnellement, le mobilier de La Tène D2b est bien moins représenté que celui de La Tène D2a, ce qui témoigne probablement d’une baisse d’activité sur le site à cette période. Le site ne paraît plus occupé sous le règne d’Auguste, même si la présence de quelques éléments de mobilier suggère qu’il est toujours fréquenté à cette période.
222En conclusion, ce site, peut-être fondé dans les dernières années du iie s. av. J.-C. ou au début du siècle suivant, paraît connaître son occupation la plus dense au cours La Tène D2a. Toujours occupé à La Tène D2b, sans connaître aucun changement de plan, il semble abandonné dès la période augustéenne.
223D’après l’analyse de la céramique, le comblement du système d’enclos protohistorique est acquis dès La Tène D2b. Quelques fragments de céramiques augustéennes (NR 54 ; NMI 3), piégées au sommet de ces aménagements fossoyés (2024 en particulier), indiquent que le site continue toutefois d’être fréquenté à cette époque.
224Ce n’est qu’au cours de la période tibérienne, ou peu après, que le site accueille un nouvel enclos fossoyé qui se développe pour partie en dehors de l’emprise de fouille (Fig. 29). Il est associé à quelques fosses et fours appartenant probablement à une occupation dont la nature et l’organisation ne sont pas connues.
Fig. 29 - Plan général de l'occupation antique.
DAO : Bruno Lecomte
225Cet ensemble fossoyé associe deux grands fossés parallèles (2239/2263/2566 et 2409/2439), qui traversent l’emprise du sud-ouest au nord-est, à plusieurs aménagements au développement moins important qui sont orientés perpendiculaires aux premiers. Le retour du fossé nord vers le sud à son extrémité ouest (fossé 2237) suggère que cet ensemble délimite un vaste enclos de forme polygonale (un trapèze ?). Une interruption de quarante mètres sur son côté nord (fossés 2263 et 2566) et une autre d’une dizaine de mètres sur son côté sud (fossés 2409 et 1083) indiquent la présence de deux entrées située presque en face l’une de l’autre. La largeur, très importante, de ces accès peut être due à une érosion du site ou à la présence de clôtures légère non identifiées lors de la fouille. Des fossés de taille plus modeste, situés à l’intérieur cet enclos, peuvent témoigner de l’existence d’une partition de l’ensemble. Il ne nous est pas possible de proposer une restitution du plan d’ensemble de cet enclos qui se développe en partie hors emprise.
226Pour ce qui concerne sa datation, la plupart des fossés ont livré de la céramique antique. Le lot le plus fourni (NR : 43), issu du fossé 2190 renvoie à la période augusto-tibérienne. Devant le peu de mobilier présent, le rattachement chronologique proposé pour ces différents aménagements fossoyés repose essentiellement sur leur cohérence d’ensemble.
227Sept fosses ont été identifiées au sein de cet enclos (Fig. 30) : deux dans son angle sud-oriental et cinq autres dans la partie ouest de celui-ci, en arrière d’un fossé orienté nord-sud. La fonction de la plupart de ces aménagements (2217, 2533 et 2564) n’est pas connue à l’exception de celle de la fosse 2539 qui semble correspondre à un cellier. Il s’agit d’une fosse quadrangulaire en plan (1,6 m de côté pour une profondeur de 55 cm), aux parois verticales et à fond plat. Elle comporte des trous de piquet au fond de son creusement qui peuvent indiquer la présence initiale d’un habillage de bois de type cuvelage. Cette structure a livré un petit ensemble de céramiques daté, au plus tôt, de l’époque tibérienne (NR : 58 ; MNI : 7). Deux charnières de coffre en alliage cuivreux (Fig. 31, no 1), vestiges probables d’un rangement, ont également été trouvées dans son comblement. Elles peuvent aussi avoir servi au maintien du couvercle du cellier. Le second objet correspond à un renfort d’arête de meuble en alliage cuivreux (Fig. 31, no 2). Il peut provenir du même ensemble que les charnières. Le cellier est en partie recouvert par un radier de silex (10 cm en moyenne) et de grès (40 à 50 cm). De forme ovale, il mesure 1,5 sur 4 m. Cet aménagement peut correspondre à une aire de battage.
Fig. 30 - Profil des fosses antiques.
DAO : Bruno Lecomte
Fig. 31 - Instrumentum du Haut-Empire (fosse 2539).
DAO : Stéphane Willerval
228Les autres fosses ont livré du mobilier daté au plus tôt du début du Haut-Empire (2564, NR : 2) ou de l’époque tibérienne (fosse 2217 : NR : 207 ; fosse 2533 : NR : 150).
229Deux fours (203 et 2676) ont été dégagés dans la partie nord-orientale de l’enclos, chacun à proximité de sa limite nord (Fig. 32 et 33).
230Le four 2676 est installé en bordure du fossé 2263, côté intérieur de l’enclos. Il correspond à un creusement circulaire de 1,30 m de diamètre pour une vingtaine de centimètres de profondeur. Cette structure a été fortement perturbée par une tranchée de dépollution visant à récupérer d’éventuels objets en métal datant de la Seconde Guerre mondiale. Ce four semble avoir connu deux phases d’aménagement successives.
231Dans son premier état, cette structure semble uniquement disposer d’une sole de terre battue matérialisée à la fouille sous la forme d’une fine couche rubéfiée (2804) retrouvée directement sur le fond du creusement. Ce sédiment a probablement été rapporté pour aménager la structure de chauffe.
232Dans son second état, le fond de l’espace de cuisson reçoit une faible épaisseur (1 à 4 cm) de limon très fin et homogène de couleur beige blanchâtre (2805) destiné à accueillir une sole constituée de briques posées à plat (2806) (Fig. 32). Cette structure se dote alors d’un véritable alandier, long de 30 à 40 cm et large de 40 cm, avec deux piédroits (2807) et d’un fond constitué de terres cuites architecturales. Ce dernier débouche dans le fossé 2263 qui semble avoir servi, alors qu’il était déjà partiellement comblé, de fosse de travail comme en témoigne la présence de vidanges de foyer (US 2809). Cette couche a livré des battitures (NR : 15) dont l’association à cette structure de combustion est peu probable.
Fig. 32 - Plan et profil du four 2676.
DAO : Bruno Lecomte
233L’attribution de cette structure à la période romaine repose uniquement sur la présence de terres cuites architecturales et sur sa relation stratigraphique avec le fossé d’enclos. Sa fonction et son mode d’utilisation ne sont pas déterminés. La présence d’un alandier indique que l’espace de cuisson était probablement fermé par une voûte qui a pu être de forme très diverse. L’absence de ratés de production (céramique, pierre calcinée, déchet métallurgique…) et l’assez faible température d’utilisation semblent exclure un usage artisanal. Il s’agit probablement d’une structure de cuisson utilisée dans un cadre agricole (grillage des céréales ?) ou domestique (cuisson alimentaire ?). Cette structure de chauffe pourrait aussi correspondre à un séchoir à chambre de traitement basse (Van Ossel et Huitorel 2017 : 141)
234La structure 203 est apparue dans l’angle nord-est de l’emprise de fouille, à l’extrémité ouest du fossé 2566 qu’elle recoupe (Fig. 33). Il s’agit d’une vaste fosse ovale de 2,80 m de long sur 1,40 m de large, qui est conservée sur 0,55 m de profondeur. Ses bords sont évasés et son fond relativement plat. Celui-ci est perforé par une dizaine de trous de poteau ou de piquet dont certains sont pourvus de calage. Leur comblement comporte de petits nodules de terre cuite et des charbons de bois. Dans la partie est de la fosse, une couche de limon rubéfié et induré (2767) recouvre ces structures de support. Cette couche rubéfiée, ovale en plan (0,65 m par 0,55 m) et peu épaisse (5 cm) est surmontée par un comblement cendreux contenant des charbons de bois et des éléments rubéfiés (2667). Cette couche a livré sept battitures.
Fig. 33 - Plan et profil du four 203.
DAO : Bruno Lecomte
235Pour le reste, la structure est comblée par un limon brun gris, comportant de nombreux silex et grès chauffés (environ 10 cm de module) et du torchis brûlé (2754).
236Sur son côté nord, cette fosse comporte une petite excroissance (2862) de forme semi-circulaire (diam. de 0,60 m) de faible profondeur (0,10 m). De profil en cuvette, elle est comblée par un limon brun vert avec des inclusions de charbon de bois (2863).
237La caractérisation de cette structure n’est pas aisée. De façon très hypothétique, nous envisageons qu’elle puisse correspondre à un four largement perturbé ou démonté. La couche 2767 marquerait l’emplacement de l’alandier de ce four dont l’essentiel des éléments constitutifs (parois, voûte) serait présent, en position secondaire, dans la couche de comblement 2667. La présence d’un aménagement en pierre expliquerait l’absence de traces de rubéfaction sur les parois de la fosse d’installation. Le petit creusement 2862, ouvert en direction de la probable chambre de chauffe, serait assimilable à un élément de ventilation destiné à améliorer le tirage ou à réguler la température.
238La présence de trous de piquet au fond de la structure est une caractéristique remarquable qui se retrouve par exemple pour un four fouillé sur le site du “Radray” Gellainville (Eure-et-Loir ; Delhoofs et al. 2010 : 191-194). Il est possible que ces trous de poteau et de piquet soient à mettre en relation avec la construction du four (support temporaire de la voûte ?).
239La fouille de cette structure de cuisson, dont la fonction n’est finalement pas déterminée de façon certaine, n’a livré que quelques fragments de céramiques (NR : 3). Ils permettent seulement de proposer un terminus post quem au Haut-Empire pour son abandon.
240Le lot de mobilier associé à cette occupation totalise 553 restes de céramique pour 53 individus. Ces éléments proviennent principalement des fosses 2217 et 2533 (NR : 307 ; NMI : 34). Les autres structures livrent un mobilier extrêmement peu fourni (NR : 196 ; NMI : 18) et surtout très peu caractéristique.
241Dans les lignes qui suivent, nous présentons seulement le mobilier de la fosse 2217 qui est représentative du mobilier du Haut-Empire collecté sur le site.
242Pour l’étude des céramiques communes et des amphores régionales, nous avons employé en très grande partie le catalogue typologique mis au point par Hervé Sellès (Sellès 2001). Lors de l’emploi de cette typologie, nous indiquerons uniquement le numéro de type précédé de “Ch.” (par exemple : pot de type Ch. 1323.1 ou coupe de type Ch. 821.1). Pour les sigillées et les amphores importées, nous avons employé les typologies classiques (comme Dragendorff, Lezoux, Dressel, Ritterling,…) utilisées par de nombreux céramologues.
243Le comblement de la fosse 2217 a livré un corpus de 207 fragments pour 31 individus répartis sur trois US.
244Les sigillées sont toutes des importations des ateliers de la Graufesenque (Genin 2007). Les formes observées se composent d’une assiette Drag. 16, d’une assiette Drag. 17b (Fig. 34, no 1), d’une coupelle Drag. 24/25 et d’une coupelle Drag. 27a. Tous ces éléments apparaissent au début du principat de Tibère.
245La terra nigra figure est bien attestée avec quatre assiettes Ch. 122.1/Menez 6-10. Cette forme apparait à Chartres dans le courant du principat de Tibère (Denat 2010 : 549, fig. 4).
246Les autres céramiques fines se composent d’un petit gobelet indéterminé en céramique NPR, d’une coupe RPR 52 (Fig. 34, no 3) et d’une coupe RPR 61 (Fig. 34, no 2). Ces modèles apparaissent dans le courant du deuxième quart du ier s. ap. J.-C. (Denat et al. 2014 : 94-95).
Fig. 34 - Céramique et instrumentum du Haut-Empire.
DAO : Stéphane Willerval et Jonathan Simon
247Les céramiques communes claires totalisent six individus. Quatre sont trop usés et n’ont pu être identifiés. Pour les deux autres, il s’agit de cruches Ch. 3405 et Ch. 3408.
248Les céramiques communes sombres à pâte sableuse grise sont représentées par trois pots Ch. 1323. Les céramiques NPR à surface brute sont légèrement plus nombreuses et sont attestées par trois jattes NPR 130 et trois pots NPR 150.
249Ajoutons la présence d’un mortier à pâte calcaire et à lèvre en bandeau Ch. 5104.
250Les céramiques grossières non-tournées complètent le répertoire avec un pot dérivés de type Besançon Ch. 1122, un dolium Ch. 1905 en pâte sableuse claire et deux dolia PSG 14 à pâte stampienne rouge.
251Les fragments identifiés d’amphore appartiennent à des individus importés de Bétique. Nous n’avons pas réussi à distinguer s’il s’agit d’amphore Dressel 20 ou Haltern 70.
252L’assemblage présenté ici est relativement classique des ensembles de la fin de la période tibérienne au minimum. Il s’agit d’un lot assez modeste et l’absence des formes du milieu du ier s. est peut-être due au hasard de la répartition.
25328 restes ont été identifiés dans les structures du Haut-Empire ; 14 ont pu être identifiés. Les restes de bœuf (NR : 6) et d’équidé (NR : 5) sont majoritaires. Des restes de caprinés (NR : 2) et de porc ont également été identifiés (NR : 1). Pour les équidés, les données épiphysaires ont permis de distinguer deux individus : un poulain de moins de 15 mois et un individu de plus de 15 mois. Ces données suggèrent le maintien d’une activité agro-pastorale, réduite ou délocalisée hors de l’emprise de la fouille.
254Une lame de force incomplète a été retrouvée au sommet d’un radier de blocs de silex et de grès comblant la partie supérieure de la fosse 2217 (Fig. 34, no 5). Cet outil a probablement été utilisé dans un cadre domestique ou agricole (Duvauchelle 2005 : 76).
255Cet assemblage est relativement classique des ensembles régionaux de la fin de la période tibérienne. Il s’agit d’un lot assez modeste (NR : 207).
256Cette occupation du Haut-Empire est caractérisée par des vestiges relativement modestes et il est difficile d’en déterminer la nature. Au cours de cette période, le site accueille un vaste enclos, lui-même séparé en deux ou trois parties inégales, dans lequel ont été retrouvées quelques structures en creux. La présence d’un cellier et de quelques autres structures de stockage suggère qu’existait un habitat dont les bâtiments n’ont pas laissé de traces dans le sous-sol, à moins qu’ils soient localisés à proximité de l’emprise de fouille. Certains des bâtiments associés à l’occupation de La Tène finale, notamment ceux qui n’ont livré que peu de mobilier, peuvent aussi renvoyer à cette phase d’occupation.
257La première occupation du site de l’aérodrome, attribuée à la fin du premier ou au début du second âge du Fer, a probablement été vue de manière incomplète (Fig. 35). Les vestiges mis au jour renvoient à un petit habitat dont l’organisation et le statut ne sont pas déterminés précisément. Si des établissements enclos datés de La Tène ancienne sont connus en périphérie de Caen (Ghesquière et al. 2022), les occupations de cette période identifiées en région Centre-Val de Loire sont, quant à elles, dépourvues d’enclos (Bakkal-Lagarde et Peyne 2013, Di Napoli et Lusson 2011). Le site de Chartres, s’il est effectivement enclos, rejoindrait donc les exemples connus en Bretagne et en Normandie (Maguer et Lusson 2009 : 427).
Fig. 35 - Plan phasé du site.
DAO : Bruno Lecomte
258C’est à La Tène D2a, ou un peu avant, que se met en place un vaste système fossoyé déterminant un enclos scindé en deux parties inégales. L’espace occidental accueille plusieurs bâtiments à vocation résidentielle probable, alors que les constructions mises en évidence dans l’espace oriental correspondent plus sûrement à des annexes agricoles ou artisanales. Une entrée monumentale permet la communication entre ces deux espaces. Cet enclos, de plan assez irrégulier, est également doté de plusieurs entrées dont les caractéristiques indiquent qu’elles ont eu pour finalité d’assurer la gestion des troupeaux. Ce plan à “avant-courˮ, déjà rencontré sur plusieurs autres établissements ruraux de la fin de l’âge du Fer, semble préfigurer celui des domaines ruraux gallo-romains à pars rustica et pars urbana (Maguer et Lusson 2009 : 429 et Fichtl 2016).
259Concernant les activités pratiquées sur le site, les indices matériels sont relativement fugaces. Comme pour la plupart des établissements ruraux du second âge du Fer, ce site semble avant tout avoir eu une fonction agricole. Le plan d’ensemble du système fossoyé et la forme des entrées suggèrent en effet que la gestion du bétail est une caractéristique importante du site. L’étude de la faune témoigne, de fait, de la présence sur place des animaux de la triade domestique auxquels s’ajoutent quelques équidés. La modestie du lot empêche toutefois d’imaginer que l’élevage correspondait à l’activité principale du site.
260Les indices témoignant d’une activité de culture des végétaux sont encore moins nombreux. Des lentilles et des restes de matière organique amorphe ont bien été retrouvés sur le site, mais il s’agit de restes alimentaires qui ne suffisent pas à prouver que la culture des légumineuses ou des céréales a été réalisée sur place, bien que cela soit probable. L’absence de structures de stockage (silos ou grenier), types d’aménagements régulièrement présents sur les établissements ruraux de la fin de l’âge du Fer, va dans le même sens. La proximité d’Autricum, qui a pu assurer la gestion centralisée des récoltes issues des sites ruraux voisins, explique peut-être cette absence (Maguer et Lusson 2009 : 432). De fait, les autres établissements ruraux de l’agglomération chartraine ne livrent pas ou peu de greniers. La présence d’une fosse de stockage quadrangulaire (2046) témoigne peut-être toutefois d’une spécialisation du site (Malrain et Blancquaert 2009 : 28). En Basse-Normandie, les structures de ce type sont interprétées comme ayant été potentiellement destinées à la conservation des légumineuses (Blancquaert et al. 2009 : 18). Le croisement entre typologie des structures de stockage et types de cultures rencontrées autour de Chartres pour la fin du second âge du Fer constitue une perspective de recherche intéressante.
261Pour ce qui concerne les autres productions du site, la présence de scories ferreuses, de battitures et de quelques déchets métalliques (chute de barre et raté) renvoient à une activité de forge d’élaboration à partir de demi-produit(s) importé(s). Si aucun foyer n’a été identifié, la concentration de micro-déchets dans l’un des grands bâtiments de l’espace oriental permet de localiser l’un des lieux d’exercice de cet artisanat. Les faibles effectifs comptabilisés témoignent d’une activité limitée, probablement liée à la fabrication et à la réparation de l’outillage. Les indices d’activité de forge sont régulièrement rencontrés sur les habitats enclos de la fin de l’âge du Fer (pour des exemples locaux : site d’Archevilliers à Chartres, Delhoofs et Willerval 2014 ; site de Fontaine-la-Guyon, Fencke 2010). Dans de rares cas, ceux-ci sont importants et suggèrent que cette activité a eu une véritable importance économique, ce qui n’est pas le cas ici.
262Concernant la question du statut des occupants du site, quelques marqueurs, courants sur les établissements enclos du second âge du Fer, tels qu’une arme, un fragment de crâne (issu d’un dispositif d’exposition situé à proximité de l’entrée menant à l’espace dédié à l’habitat ?) et quelques importations italiques (bœuf, amphores) suggèrent qu’au moins certains des occupants appartenaient à la classe aristocratique. La relative modestie du reste du mobilier, alliée à celle des aménagements, à l’exception toutefois du bâtiment principal de la zone résidentielle, indique qu’il ne s’agissait probablement pas de membres de la plus haute aristocratie.
263D’après une étude publiée récemment, les sites ruraux du nord de la Gaule sont abandonnés de façon presque systématique après le milieu du ier s. av. J.-C. (Malrain 2023). Fondé vers 70 av. J.-C. et délaissé peu avant la période augustéenne, l’établissement rural de l’aérodrome, comme d’autres sites proches occupations également apparus à La Tène D2 (Archevilliers, Rechèvres), ne se conforme pas à ce modèle. Ce “développement” de l’habitat rural à une phase avancée de La Tène finale est probablement à mettre en lien avec l’essor de Chartres à la même période.
264L’établissement enclos gaulois semble totalement délaissé après La Tène D2b, et c’est après un court hiatus, qui correspond à la période augustéenne, qu’un nouvel ensemble fossoyé est mis en place au début du ier s. ap. J.-C. Vu de manière partielle, ce nouvel enclos, qui ne reprend pas le plan du site plus ancien, se laisse difficilement caractériser. La modestie des aménagements dégagés dans l’espace intérieur suggère une occupation de faible intensité probablement à vocation domestique. Quelques restes animaux témoignent, peut-être, d’une pratique d’élevage (présence d’ossements de poulain) et d’une activité de transformation des sous-produits animaux également limitée (trace de découpe sur un os long de bœuf).
265Cette forme d’habitat enclose est connue dans la région (Wavelet et Papaïan 2015 ; De Muylder et al. 2015). Si ses modalités d’occupation ne sont connues que de manière partielle, cet établissement s’inscrit dans la continuité de celui qui le précède et dans le cadre d’un réseau de fermes probablement déjà existant à la fin de l’âge du Fer.
266Les données collectées lors de cette opération viennent alimenter le dossier sur l’occupation rurale de la périphérie de Chartres/Autricum à la fin de l’époque gauloise. Sur l’emprise de l’agglomération chartraine, les différentes opérations archéologiques réalisées ont mis en évidence d’autres occupations rurales fondées à la fin du second âge du Fer et qui perdurent, pour la plupart, à l’époque romaine (Fig. 36 et Tabl. 6). La datation de certains de ces sites est encore incertaine notamment pour ceux qui n’ont été étudiés qu’à l’occasion de diagnostics et pour ceux pour lesquels les études n’ont pas encore été finalisées. Une étude des occupations rurales de la fin de l’âge du Fer du territoire Nord-Carnute a été engagée dans le cadre du Séminaire d’archéologie en région Centre-Val de Loire “Appréhender les territoires du second âge du Fer” en 2017 (Fencke et Lecomte 2017), travail qui est resté inédit et dont nous proposons ici d’en présenter l’essentiel.
Fig. 36 - Chartres et sa périphérie à l'époque gauloise.
DAO : Bruno Lecomte
Tabl. 6 - Site Attribués à La Tène finale à Chartres et sa périphérie.
267Les établissements ruraux de la période gauloise identifiés et fouillés en périphérie de Chartres/Autricum, présentent une distribution aléatoire, chaque site étant distant du suivant de 500 m à près de 3 km, la plupart des sites étant situés à 2 km ou plus des limites de la cité (Fig. 36). Cette répartition peut aussi bien témoigner d’une structuration propre de ce territoire au second âge du Fer qu’avoir été conditionnée par l’environnement (topographie, qualité des sols, hydrographie). Elle est aussi probablement redevable de la géographie des opérations archéologiques qui ont peu concerné la proche périphérie de la Chartres antique secteur qui est aujourd’hui largement loti.
268Les opérations d’archéologie préventive conduites depuis le début des années 2000 permettent toutefois de compléter la carte d’occupation des sols au second âge du Fer dans cette partie du territoire.
269Ainsi, un diagnostic réalisé au sud du site de l’aérodrome a permis la mise en évidence d’un autre enclos daté de La Tène finale (Dupont et Froidevaux 2022). Situé à 450 m de notre site, il révèle un maillage dense de cette zone de plateau située au nord-est de la ville historique de Chartres. La fouille de cet établissement devrait permettre de compléter nos observations sur l’évolution et la structuration du paysage dans ce secteur.
270Les diagnostics réalisés sur le plateau nord-ouest (commune d’Amilly et Mainvilliers) ont également permis d’identifier au moins trois établissements laténiens dont deux ont déjà été fouillés (Lecomte et Jouet 2019 ; Verneau et Fissette en cours). À terme, la réalisation de grands décapages dans ce secteur devrait permettre de percevoir l’évolution de ces établissements agricoles et des espaces ruraux qui les environnent sur une vaste portion de territoire à l’image de ce qui a pu être fait au Plessis-Gassot (Val-d’Oise ; Touquet Laporte-Cassagne et Trouvé 2016), à Mondeville (Calvados ; Besnard-Vauterin et al. 2016), ou encore en périphérie d’Amiens (Somme ; Gaudefroy 2016). Chartres et sa périphérie offrent un potentiel important pour conduire une étude globale permettant de caractériser l’occupation du sol à la fin de l’âge du Fer sur un territoire étendu.
271Le début de l’époque romaine est marqué par l’installation d’un fossé à talus massif enserrant Autricum (Joly et Gibut 2009). De forme globalement circulaire, il mesure environ 6 km de long. La surface enclose est estimée à 290 ha d’après les restitutions. Sa fondation n’est pas connue de manière précise, mais elle semble intervenir durant le ier s. ap. J.-C. La réorganisation de cet espace autour de la ville antique a peut-être influencé l’abandon de certains enclos, et en particulier, celui identifié lors d’un diagnostic réalisé rue du Fossé Gaulois et situé sur le tracé présumé de cette enceinte.
272Si plusieurs nécropoles de l’extrême fin de l’âge du Fer sont connues à proximité du centre historique de Chartres (Joly et Fissette 2018 ; Gibut et Fissette 2015 et Fissette 2014), aucun espace funéraire gaulois n’est identifié à proximité des établissements ruraux situés en périphérie d’Autricum. Un diagnostic réalisé à 950 m à l’ouest de l’enclos fouillé sur le site de l’aérodrome a bien permis d’identifier une crémation isolée datée de La Tène finale, mais il est difficile d’affirmer que ces deux ensembles sont liés (Verneau 2018). Une seconde crémation a également été repérée aux cours d’une fouille sur le site de “l’Enclos et la Coutureˮ à Mainvilliers (Verneau et Fissette en cours). Un petit espace funéraire a été identifié sur le site de “la Sente des Ânesˮ à Thivars (Rodot 2017). Situé à 9,5 km au sud de l’occupation de l’aérodrome, ce site ne figure pas sur la carte.
273Le bilan est donc maigre pour ce qui concerne le dossier des pratiques funéraires à la fin de l’âge du Fer en périphérie de Chartres, à la différence des régions et départements voisins (Chanson et al. 2010 ; Marion et al. 2010).
274Le Projet Collectif de Recherche “Origines gauloises de Chartresˮ récemment engagé a notamment pour objectif, à moyen terme, d’étudier les relations entre les occupations du supposé oppidum gaulois d’Autricum et les sites de sa proche périphérie. La documentation disponible pour la partie intra muros est, pour partie, issue de fouilles ou d’observations anciennes dont l’étude est à reprendre. Quelques opérations récentes ont également permis de mettre au jour un secteur d’habitat (Îlot Montescot) et deux nécropoles (Cinéma – Bd Chasles et rue Casanova). Si ces différentes occupations sont, pour l’heure, datées de La Tène D2b, une crémation, isolée semble-t-il, de La Tène C2/D1 (Vanderhaegen et al. 2008) pose la question de l’origine d’Autricum.
275Le réexamen des vestiges gaulois découverts anciennement dans le centre historique de Chartres, allié aux apports des nouvelles fouilles permettra, sur la base d’une analyse fine du mobilier et des contextes, de mieux définir la chronologie de l’occupation de l’éperon avant la Conquête. Cette analyse sera à mettre en regard du rythme de création/abandon des établissements ruraux situés à sa périphérie plus ou moins proche.
276Le corpus des sites fouillés durant ces dernières années s’est considérablement accru et permet d’ores et déjà d’envisager à moyen terme une première synthèse à l’échelle du département de l’Eure-et-Loir. Cette analyse permettra de dégager de grandes tendances quant aux rythmes d’occupation des campagnes carnutes au second âge du Fer, bien que le nombre de sites disponibles soit encore restreint, à l’image de ce qui a été entrepris pour plusieurs territoires voisins (Malrain et al. 2013 : 168). Cette étude spatiale doit être couplée aux données environnementales (topographie, hydrographie, nature des sols) et anthropiques (parcellaires anciens) du secteur étudié.
277Le site de l’aérodrome de Chartres vient abonder le corpus, qui s’étoffe progressivement, des établissements ruraux du second âge du Fer localisés dans la proche périphérie de l’agglomération chartraine. Cet habitat, apparemment modeste, connaît des phases d’occupation successives (au Hallstatt final/La Tène ancienne, à La Tène D2 et au Haut-Empire), à chaque fois entrecoupées de périodes d’abandon de plus ou moins longue durée (de 350 à 50 ans). La fin du second âge du Fer correspond à la période de plus forte mobilisation du site qui correspond alors à un établissement rural enclos, probablement siège d’une famille appartenant à la petite aristocratie gauloise, comprenant plusieurs bâtiments à usage résidentiel, agricole et/ou artisanal. Les caractéristiques organisationnelles du système fossoyé, plus que les vestiges mobiliers découverts, indiquent que ce site est impliqué dans la production agricole et plus particulièrement l’élevage. Ces résultats viennent alimenter la réflexion sur l’évolution de l’occupation des campagnes autour du supposé oppidum d’Autricum.