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Les fonds de cabane du haut Moyen Âge en Île-de-France, réexamen du corpus et de la typologie à l’aune de la fouille de Bonneuil-en-France (95) “Aéroport du Bourget, zone nord-ouest”

Early and High Middle Ages sunken featured buildings (FSB) in Île-de-France, reconsideration of the corpus and the typology according to the excavation of Bonneuil-en-France (95) “Bourget airport, north-west zone”
Cyrille Ben Kaddour

Résumés

La fouille archéologique préventive du site de Bonneuil-en-France, réalisée en deux temps (en 2010/2011 puis 2016/2017), a permis de documenter, sur plus de 10 ha, la majeure partie d’un site occupé entre la fin du ve-début vie et les xie/xiie s., succédant à un établissement agricole antique. Cette occupation, très dense et que l’on peut qualifier de village, comportait, entre autres, de nombreuses structures de type “fond de cabane” ou “cabane semi-excavée”. Cette qualification s’applique ici à des structures quadrangulaires à fond généralement plat, avec ou sans creusements pour des poteaux en périphérie ou des aménagements internes. Sur le site de Bonneuil-en-France, ces vestiges présentent une grande variabilité et attestent une réelle évolution morphologique au cours du haut Moyen Âge.
Suite à leur étude, dans le cadre du rapport de fouille, une recension des fonds de cabane retrouvés en Île-de-France depuis plus de 30 ans (plus de 1 160 occurrences réparties sur 122 sites) a été effectuée. Les résultats nous ont incité à proposer un bilan et de réactualiser les connaissances acquises (notamment sur les aspect typo-chronologiques et sur les fonctions) pour ce type d’équipements caractéristiques de la plupart des occupations rurales d’Île-de-France, depuis les synthèses de Marie Deschamp et François Gentili publiées en 2009.

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Texte intégral

Mes très sincères remerciements à Édith Peytremann et Anne Nissen pour leurs relectures précises et leurs suggestions de corrections et de compléments

Présentation de la fouille de Bonneuil-en-France

1Le site “Aéroport du Bourget - zone nord-ouest” est localisé au centre du territoire communal de Bonneuil-en-France, à l’extrémité sud-orientale du département du Val-d’Oise. Il correspond aux lieux-dits “la Fontaine Plamont” et “le Hazeret”. Il a fait l’objet de deux campagnes archéologiques de grande envergure, suite à sa découverte lors du diagnostic en 2007 (Inrap, Caparros 2008). En 2010-2011, une première équipe Inrap dirigée par Gaëlle Bruley-Chabot a fouillé la partie centrale du site, sur une superficie de 1,5 ha (Brulet-Chabot 2016). La deuxième campagne a eu lieu entre août 2015 et décembre 2016, menée par le bureau d’étude Éveha (Ben Kaddour 2022), sur une surface de près de 9 ha (Fig. 1).

2L’emprise de fouille se trouve en partie sur le versant est de la vallée du Croult (le lit mineur de celui-ci, fortement anthropisé, étant situé à quelques dizaines de mètres à l’ouest du site) et sur le rebord du plateau investi par l’aéroport du Bourget. Le substrat est composé de différents horizons géologiques (limons de plateau, loess et marne calcaire) présentant de fortes variations en termes de granulométrie, de compacité et de lisibilité des structures archéologiques.

Fig. 1 - Localisation du site “Aéroport du Bourget, zone nord-ouest” à Bonneuil-en-France.

Fig. 1 - Localisation du site “Aéroport du Bourget, zone nord-ouest” à Bonneuil-en-France.

DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016, Caparros 2008, © Géoportail)

3Les deux opérations de fouille ont permis de documenter une grande partie d’un habitat rural alto-médiéval vaste et dense que l’on peut, sans trop d’hésitation, qualifier de village (Fig. 2). Les limites de celui-ci ont été perçues au sud et à l’est mais le site se prolonge hors emprise, au nord. Une vaste nécropole avait d’ailleurs été repérée lors du diagnostic, à une cinquantaine de mètres plus au nord des décapages. Les tranchées de diagnostic avaient permis de découvrir au moins 41 sépultures et quelques restes de sarcophages sur un espace d’au moins 1 000 m². Malheureusement, cette nécropole, dont l’emprise totale n’est pas connue, et qui correspond probablement au cimetière communautaire du village, n’a pas fait l’objet d’une prescription de fouille, le maître d’ouvrage (Aéroports de Paris) ayant décidé de ne pas aménager ce secteur.

4L’occupation alto-médiévale est pérenne de la transition fin ve/début vie s. jusqu’au xie ou au début du xiie s. Le site a préalablement connu plusieurs installations humaines. Outre quelques éléments lithiques ou céramiques épars préhistoriques, un enclos circulaire de plus de 500 m² témoigne vraisemblablement d’activités funéraires ou cultuelles de l’âge du Bronze. Une quarantaine d’inhumations, regroupées dans un espace de plus de 300 m², datent de la Tène Ancienne/Tène Moyenne (fin ive-iiie s. av. J.-C.). Elles contiennent notamment de nombreux éléments d’armements (épées dans leurs fourreaux en fer, fers de lance et éléments de boucliers). Quelques structures, dont des silos, datent de la Tène finale. Une occupation gallo-romaine est attestée au centre du site, dans et autour d’un système de plusieurs enclos dont le plus grand mesure 6 500 m². Elle comporte très peu d’éléments de bâti conservé (deux courts tronçons de murs, une cave et quelques trous de poteau épars). Parmi les équipements repérés, citons une cave, un four-séchoir (tous deux fouillés lors de la campagne de 2010), six petits celliers non maçonnés et six grandes fosses d’extraction de marne (toutes en périphérie). Si la majorité des vestiges datent du Haut-Empire, quelques structures attestent la continuité de l’occupation pendant l’Antiquité tardive.

5Le site, comme nous l’avons vu, n’est plus habité à partir du xie s. mais il est réinvesti à la fin du Moyen Âge et à l’époque Moderne pour y extraire de la roche calcaire. Cette extraction, qui s’effectue à partir de carrières à ciel ouvert (en bas de pente) et de galeries horizontales et de conduits d’aération verticaux ou puits d’aérage (sur le versant) a impacté certaines zones de la fouille. Les risques d’effondrements, avérés lors de la fouille, ont complexifié ou empêché la fouille de certaines structures dans la partie nord-ouest du site (secteur 2).

Fig. 2 - Plan général des vestiges observés lors des opérations d’archéologie préventive sur le site de Bonneuil-en-France, toutes périodes confondues, sur fond cadastral simplifié.

Fig. 2 - Plan général des vestiges observés lors des opérations d’archéologie préventive sur le site de Bonneuil-en-France, toutes périodes confondues, sur fond cadastral simplifié.

DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016, Caparros 2008

  • 1 Je remercie d’ailleurs Gaëlle Bruley-Chabot d’avoir accepté que j’intègre à cette étude les données (...)

6Le site a livré un très important corpus de bâtiments alto-médiévaux semi-excavés, matérialisés par des creusements quadrangulaires à parois verticales et fond plats : 26 pour la première campagne1 et 206 pour la seconde. Au niveau de la terminologie : nous parlerons de “fond de cabane” ou de “cabane semi-excavée” dans un sens large, sans a priori de fonction. Nous avons ainsi intégré au corpus les structures sans trous de poteau porteurs ou fosses d’ancrage. Ces structures sont plus ambiguës et pourraient être – pour tout ou partie d’entre elles – simplement des caves ou des celliers, soit des structures de stockage, à l’intérieur de bâtiments de surface sur poteaux (par ailleurs très difficiles à percevoir lors de la phase terrain de part la densité des structures et les nombreux recoupements). D’autres structures pourraient aussi être des aires de chauffe pour les fours domestiques. En effet, dans certains cas, les constructeurs des fours ont clairement utilisé d’anciennes cabanes abandonnées pour aménager leur aire de chauffe, dans d’autres cas, il n’est pas possible de dire si l’aire de chauffe succède à une cabane ou si, tout simplement, le creusement de l’aire de chauffe est typologiquement similaire à celui d’un fond de cabane (à savoir une fosse quadrangulaire à fond plat). En tous cas, aucun four n’a fonctionné pendant l’utilisation primaire d’une cabane excavée à poteaux porteurs ou avec aménagements internes.

7Même si, nous l’avons vu plus haut, la partie nord-ouest du site a pâti de la présence de galeries d’extraction et de puits d’aérage engendrant des risques d’effondrement, tous les fonds de cabane du site ont pu être fouillés. Ils ont, dans leur très grande majorité (sauf quatre), été fouillés manuellement. Tous ont été fouillés exhaustivement et le mobilier qu’ils ont livré (céramique, ossements animaux, instrumentum, outillage en pierre, etc.) a été étudié en intégralité, sans échantillonnage.

Définition et rappels historiographiques

8Le terme “fond de cabane” est issu de l’allemand “Grubenhaüser” ou Grubenhütte” (selon la taille) et de l’anglais “Pit-House”/“Pit-hut” qui toutefois a largement laissé la place au terme “Sunken Feature Building” (SFB), qui est à la fois plus neutre tout en mettant l’accent sur le caractère encavé ou enfoncé des structures. Jean Chapelot est le premier archéologue français à proposer une synthèse sur ce type de structures pour la période alto-médiévale. Voici la définition qu’il en donnait en 1980 : “installations partiellement creusées dans le sol (en général entre 25 cm et 1 m de profondeur), le plus souvent de faible surface (entre 5 et 12 mètres carrés). […] Ce sont généralement des fosses rectangulaires, au tracé plus ou moins régulier” (Chapelot 1980). Celle-ci est toujours valide même si les chercheurs s’accordent sur le fait que les dimensions proposées sont un peu restrictives et peuvent être élargies : entre 4 et 14 m² pour Édith Peytremann (au-delà de 14 m², les structures étant classées comme “bâtiment excavé”), entre 0,7 et 27 m² pour François Gentili, entre 0,60 et 33 m² pour Marie Deschamp). Cet article synthétise les connaissances engrangées par les chercheurs étrangers, notamment allemands, depuis le deuxième tiers du xxe s.

9En 1987 et 1995, Claude Farnoux publie également ses recherches sur le fond de cabane à la période mérovingienne entre Loire et Rhin. Il lie clairement le développement des fonds de cabane “en deçà du Rhin” aux mouvements des populations germaniques à partir du ive s. (Farnoux 1987 ; Farnoux 1995).

10En 2001, Patrick Chopelin propose un court bilan sur le sujet pour la Côte-d’Or et des comparaisons ethnographiques avec les cabanes construites par les charbonniers dans le Morvan aux xixe-xxe s. (Chopelain 2001).

11Edith Peytremann, dans la publication de sa thèse de doctorat, réactualise les données sur les fonds de cabane et leur diffusion dans la moitié nord de la France (Peytremann 2003). Malgré un corpus très étoffé, elle note qu’il reste difficile de lier catégoriquement le fond de cabane avec des populations serviles ou d’origine germanique.

12En 2009, les travaux du PCR “Habitat rural du haut Moyen Âge en Île-de-France” aboutissent à plusieurs articles synthétiques et monographiques sur le fond de cabane (en premier lieu : Gentili 2009 : 31-59 ; Deschamp 2009 : 61-71). Ces travaux reposent sur un nombre important de sites dont celui de Villiers-le-Sec qui avait livré un grand nombre de fonds de cabane.

13Alors que les fonds de cabane étaient surtout étudiés dans la partie nord et est de la France, un dossier spécial de la revue Archéologie du Midi médiéval a été consacré en 2014 à ces structures dans l’espace méditerranéen (Languedoc, vallée du Rhône et Provence). Même si les occurrences sont beaucoup moins nombreuses que dans l’espace nord de la France, il est manifeste que le fond de cabane y est largement utilisé pendant tout le haut Moyen Âge (Raynaud et Châtelet 2014) et même au-delà.

14Enfin, en 2019, un collectif de chercheurs médiévistes a produit une courte synthèse sur les espaces excavés ou semi-excavés sous toutes leurs formes : cabanes, caves, celliers, habitations et refuges souterrains (Épaud et al. 2019).

Présentation du corpus des fonds de cabane en Île-de-France

15L’ensemble des fonds de cabane de Bonneuil-en-France est hors norme, à la fois pour l’espace francilien (le site le mieux pourvu jusque lors, Villiers-le-Sec “la Place de la Ville”, en avait livré 83), mais aussi pour le reste du territoire français. À notre connaissance, seul le site “la Bassière” à Warmériville (Marne) présente un corpus équivalent, avec 228 fonds de cabane (Marchaisseau, Pertuisot 2014) et le site “Dessus du Vieux Pont” à Saint-Gibrien (Marne), un corpus plus important encore, avec près de 300 fonds de cabane (Villes 1991).

  • 2 Le premier confinement causé par le coronavirus SARS-CoV-2 a été l’occasion de faire un dépouilleme (...)

16Ce corpus exceptionnel pour l’Île-de-France nous a incité à proposer une mise à jour des connaissances acquises sur les fonds de cabane dans cette région, depuis les synthèses découlant des travaux du PCR “Habitat rural du haut Moyen Âge en Île-de-France”. La documentation est particulièrement foisonnante pour cette région, pionnière dans l’étude de l’espace rural alto-médiéval. Bien que le dépouillement2 ne soit pas complètement exhaustif, il concerne un nombre important de sites (122) répartis sur 80 communes. La répartition géographique n’est pas homogène (Fig. 3, Tabl. 1) : la majorité des fonds de cabane sont localisés dans un rayon d’une trentaine de kilomètres autour de Paris (surtout sur sa frange est) et dans la vallée de la Bassée. Les départements les plus riches sont la Seine-et-Marne, la Seine-Saint-Denis (avec un effectif très conséquent pour la seule commune de Tremblay-en-France) et le Val-d’Oise. Cette répartition est en grande partie due à l’intensité des aménagements (carrières, création de villes nouvelles, ZAC et lotissements, ligne TGV, etc.) et des possibilités d’observations archéologiques qui en ont découlé. On notera par exemple, que si le département de la Seine-et-Marne comporte de nombreuses occurrences, une grande partie de son territoire (toute la moitié ouest, la Basse-Brie), moins touchée par des aménagements d’envergure, semble vierge de découvertes de fonds de cabane. Il est difficile, à l’heure actuelle, de préciser si cette répartition géographique n’est pas aussi, en partie et selon les chronologies, liée à des différences de nature, de taille et de statut de sites.

17La documentation n’est bien sûr pas complètement homogène mais, pour la majorité des cabanes recensées, les données de base étaient disponibles, à la fois pour les structures (disposition des poteaux et des aménagements internes, superficie, profondeur, datation) et pour les sites (localisation exacte, superficie, nombre de fonds de cabane sur le site, chronologie).

18Le total des fonds de cabane recensés sur les 122 sites s’élève à 1 167 (en incluant les 232 structures des deux opérations de Bonneuil-en-France).

  • 3 Structures propres à la période carolingienne dont la fonction a fait l’objet de plusieurs spéculat (...)
  • 4 Chercheurs britanniques, allemandes et nordiques font généralement aussi la distinction entre “mais (...)

19Nous n’avons pas fait de discrimination en termes de superficie (nous avons seulement mis de côté les très petites fosses rectangulaires avec trous de poteau dans les angles ou, le plus souvent, des cupules peu profondes, Gentili 2009 : 47-483). Les structures recensées mesurent de moins de 2 m2 à 26 m2. Nous avons ainsi intégré dans le corpus les structures de plus de 14 m2, placées dans la catégorie des “bâtiments excavés” par E. Peytremann dans sa thèse (Peytremann 2003, vol. 1 : 275)4. Il nous semble, de toute façon, difficile de classer les structures par superficie, dans la mesure où nous avons toujours des difficultés à comprendre le mode de couverture des fonds de cabane. En effet, certaines, voire la majorité, avaient probablement des toitures retombant plus loin que les bords du creusement (et donc augmentant très sensiblement la surface utile), ménageant des banquettes sous combles sur les côtés (voir par exemple la restitution de la structure 2095 du site de Villiers-le-Sec, Épaud et al. 2019 : 194-195). Dans ce cas de figure, on ne peut que supposer l’utilité de ces banquettes pour du stockage de matériel ou de denrées, voire pour constituer un poste de travail ?

20Au contraire des chercheurs britanniques, allemands ou nordiques, nous avons donc préféré ne pas faire de distinction entre “cabanes” et “maisons” excavées.

Fig. 3 - Carte de l’Île-de-France avec la localisation des sites ayant livré des fonds de cabane alto-médiévaux. Fond de carte Corin Land Cover simplifié.

Fig. 3 - Carte de l’Île-de-France avec la localisation des sites ayant livré des fonds de cabane alto-médiévaux. Fond de carte Corin Land Cover simplifié.

DAO : C. Ben Kaddour

Tabl. 1 - Liste des sites concernés par le bilan.

Tabl. 1 - Liste des sites concernés par le bilan.

C. Ben Kaddour

Répartition et densité des cabanes semi-excavées sur les sites franciliens

21À l’échelle de l’Île-de-France, il semble que la majorité des sites du haut Moyen Âge soient pourvus de fonds de cabane, et sur une partie des sites sans fonds de cabane (généralement de petites superficies), on peut supposer que des fonds de cabane existent hors emprise. Il faut noter quelques exceptions notables, surtout localisées dans le département de Seine-et-Marne. En premier lieu le site des “Ruelles” à Serris, qui bien que fouillé sur une très grande superficie (20 ha) et présentant une occupation pluriséculaire, n’a pas livré de fonds de cabane (si l’on met de côté le cas de la structure 572, qui s’apparente plutôt à un pressoir (Foucray 1992). Le site du “Bois de Paris” à Chessy (vie-fin xe s.), fouillé sur 6,5 ha n’a pas non plus livré de fond de cabane. La même constatation s’impose pour le site de la “ZAC du Chêne Saint-Fiacre” à Chanteloup-en-Brie, fouillé sur 4,25 ha (occupation vie-ixe s.).

  • 5 Merci à Hélène Assémat (Archéopole) pour m’avoir donné accès au rapport de fouille.

22La densité de fonds de cabane sur les sites varie de 0,34 à l’hectare (le site de Palaiseau, “la Troche”, pourtant fouillé sur une emprise de près de 3 ha) à 46,14 sur le site de Neuville-sur-Oise (33 fonds de cabane sur seulement 7 152 m²). Parmi les sites fouillés sur de grandes superficies, citons les densités de 9,17 pour “les Aulins” à Mouy-sur-Seine5 (52 pour 5,67 ha) ; 9,15 pour “la Place de la Ville” à Villiers-le-Sec (73 pour 8 ha) ; 7,3 sur “les Petits Ormes” à Saint-Pathus (35 pour 4,79 ha) ; 5,4 pour la “ZAC des Épineaux” à Frépillon (23 sur 4,19 ha) ; 3,95 pour “Chanteloup” à Moissy-Cramayel (19 pour 4,8 ha). Le graphique ci-dessous (Fig. 4) montre la dispersion du nombre de fonds de cabane en fonction de la superficie fouillée (pour un total de 85 sites où les informations nécessaires ont pu être récoltées). Dans l’extrême majorité des cas, la densité est comprise entre 2 et 20 fonds de cabane par hectare. Deux sites, non représentés sur le graphique ci-après, présentent des densités très importantes : “Château-Bleu” à Tremblay (400) et “rue de l’église” à Sannois (104,43), mais ils n’ont été fouillés que sur de très petites surfaces (moins de 400 m2 par chacun des deux sites), ce qui fausse le rapport. La moyenne à Bonneuil (22 à l’hectare, toutes périodes confondues) est en tout cas dans une fourchette haute.

23Ces données concernant la densité des fonds de cabanes par site permettent certes de pressentir des tendances, mais n’ont pas une signification en elles-mêmes. Il faudrait, en outre, prendre en considération la durée d’occupation des sites et examiner la répartition des cabanes par rapport aux bâtiments de plain-pied et leur nombre par unité d’exploitation (quand cela est perceptible), ce qui n’était pas possible dans le cadre de la présente étude.

Fig. 4. - Dispersion du nombre de fonds de cabane selon les superficies fouillées, en ha (tabl. : C. Ben Kaddour).

Fig. 4. - Dispersion du nombre de fonds de cabane selon les superficies fouillées, en ha (tabl. : C. Ben Kaddour).

C. Ben Kaddour

Essai de typologie des fonds de cabane franciliens

24Nous avons essayé de constituer une typologie simple permettant de classer tous les types rencontrés sur le site de Bonneuil-en-France et sur les autres sites franciliens. Nous proposons donc, sans grande originalité, sept grands groupes en fonction du nombre et l’agencement des poteaux périphériques, liés ou non à un système de charpente ou d’ossatures des murs :

25– type 1 : sans poteau,

26– type 2 : 2 poteaux axiaux (au milieu des petits côtés),

27– type 3 : 4 poteaux corniers (un poteau dans chaque angle),

28– type 4 : 4 poteaux axiaux (un poteau au milieu de chaque côté),

29– type 5 : 6 poteaux (4 poteaux corniers et 2 poteaux axiaux),

30– type 6 : 8 poteaux ou plus (dont 4 poteaux corniers et 4 poteaux axiaux),

31– type 7 : 1 ou plusieurs poteau(x) placé(s) de manière non symétrique.

32Pour chaque type, nous avons ajouté une sous-catégorie, liée à la présence de creusements internes, généralement interprétés comme des fosses d’ancrage de métier tisser (absence : A, présence : B).

33Nous parlerons, plus loin dans le texte, de cabanes à “charpente complexe” quand leurs poteaux périphériques (qu’ils constituent des poteaux porteurs, des montants de porte ou tout autre élément lié à la superstructure de la cabane) sont au nombre de quatre ou plus.

34En Île-de-France, les situations sont très différentes selon les sites. Certaines occupations mérovingiennes présentent des cabanes très stéréotypées, généralement des types 2 ou 3. Le type 3 est par exemple majoritaire sur le site “les Carreaux” à Marines et sur certaines occupations mérovingiennes de la commune de Tremblay-en-France (voir par exemple le site “Imprimerie du Figaro”, Normand, Gonçalves-Buissart 2011) et sur le site de Maulette (six cas sur sept, Deschamp 2015). Sur d’autres sites, c’est le type 2 qui prédomine nettement (voir par exemple les 12 cabanes à deux poteaux axiaux du site “Chemin du Ruisseau” à Tremblay-en-France, Poirot, Rocher 2017).

35Pour la plupart des sites carolingiens et surtout des xe-xie s., on retrouve presque systématiquement des cabanes sans poteau porteur ou à deux poteaux axiaux, avec des aménagements internes (le plus souvent deux fosses d’ancrage situées dans l’alignement des poteaux axiaux, ou légèrement décalés mais parallèles à ceux-ci). Citons les exemples de Baillet-en-France avec cinq cabanes du type 2B sur un total de sept (Gentili 2009), de Marolles-sur-Seine “le Grand Canton” (Peake 2000) avec huit cabanes du même type 2B sur un total de dix ou de Mouy-sur-Seine “les Aulins” avec 36 cabanes du type 2 sur 48 cabanes datées entre le milieu du xe et le xie s. (Reignier-Assémat 2015).

36D’autres sites, essentiellement mérovingiens, présentent simultanément plusieurs systèmes de charpente ou de disposition des poteaux périphériques. Par exemple à Frépillon, aux vie-viie s., on recense 2 cabanes du type 1A, 1 du type 2A, 7 du type 3A, 1 du type 3B, 3 du type 5A et 4 du type 7A (Fig. 5). Toujours pour la période mérovingienne, les sept cabanes de “Chanteloup” à Moissy-Cramayel (Desrayaud 2016) appartiennent à 5 types différents (Fig. 5) et les 16 cabanes de “la Pièce de Choisy” à Charny (Adam et al. 2018) également.

Fig. 5 - Fonds de cabane de Frépillon “ZAC des Épineaux” et de Moissy-Cramayel “Chanteloup”.

Fig. 5 - Fonds de cabane de Frépillon “ZAC des Épineaux” et de Moissy-Cramayel “Chanteloup”.

DAO : C. Ben Kaddour, d’après Ben Kaddour 2018 et Desrayaud 2016

37Le site “Chemin Fin-d’Oise” à Neuville-sur-Oise (Souffi 2013) présente une particularité : il comporte un agglomérat de 35 fosses rectangulaires à fond plat, très proches les uns des autres, la plupart datables de l’époque mérovingienne, dont l’extrême majorité ne comporte aucun poteau (Fig. 6). Seules trois fosses comportent un unique poteau sur un petit côté et une autre possède un aménagement interne type fosse d’ancrage. Il faut peut-être envisager qu’un bon nombre (voire toutes ?) de ces structures n’avaient pas les fonctions habituelles que l’on peut attribuer aux fonds de cabane. Peut-être sommes-nous plutôt ici face à des structures de stockage (type cave ou cellier) ou alors à des structures liées à une activité (artisanale?) qui nous échappe ?

Fig. 6 - Les fonds de cabanes du site “Chemin Fin d’Oise” à Neuville-sur-Oise.

Fig. 6 - Les fonds de cabanes du site “Chemin Fin d’Oise” à Neuville-sur-Oise.

D’après Souffi 2013

38Dans certains cas, quand le couple de poteaux retrouvé au sein de certaines cabanes n’est pas clairement engagé dans les parois des petits côtés, il est difficile de déterminer si ce sont des poteaux de charpente (type 2A) ou bien des fosses d’ancrage pour métier à tisser (type 1B). C’est par exemple, le cas de plusieurs cabanes à Mours (Mondoloni 2015) et de quelques cabanes à Bonneuil-en-France (1386,1667, 7440, 9900, etc.). On peut d’ailleurs envisager que, dans ce deuxième cas, le métier à tisser serve aussi de base à la charpente de la toiture (les montants servant à la fois à supporter les deux ensouples du métier et la panne faîtière du toit), ou, au contraire que les poteaux de charpente supportent également le métier à tisser.

Équipements et aménagements particuliers

39À Bonneuil-en-France, nous n’avons que très peu, voire pas du tout, de données sur les accès des cabanes. Dans quelques cas (en premier lieu la cabane 4931 de la période mérovingienne, peut-être les structures 3151, 4958, 5037, 6337), des excroissances le longs des parois (moins profondes que le sol de la cabane) sont visibles. Elles pourraient tout aussi bien être des vestiges d’emmarchement que de simples effritements des parois, pendant l’utilisation ou l’abandon de la cabane ou alors être des fosses antérieures au comblement similaire. De la même manière, les structures étant exclusivement conservées en creux, nous n’avons pas de données sur les entrées de lumières ou les dispositifs d’éclairage artificiel, pourtant essentiels, notamment dans le cas d’utilisation de la cabane comme atelier de tissage.

40Deux trous de poteau entourant un foyer dans la cabane carolingienne 1748 du site de Villiers-le-Sec pourraient être en relation avec un conduit de cheminée (Gentili 2017 : vol. 1, 252) mais dans leur très grande majorité, les cabanes franciliennes sont dépourvues de vestiges clairement en lien avec des structures de combustion ou de chauffage (type foyer). Plus loin de notre zone d’étude, il a été noté la rareté des foyers au sein des cabanes alsaciennes alors qu’ils seraient assez fréquents en Lorraine (Raynaud et Châtelet 2014 : 6). De très nombreuses cabanes, à Bonneuil comme ailleurs en Île-de-France, ont servi d’aire de travail pour des fours domestiques, mais, à notre connaissance, toujours après une phase d’abandon quand la stratigraphie permet de le déterminer. En effet, à Bonneuil-en-France, dans certains cas, le four recoupe un ou plusieurs trous de poteau de la cabane et dans d’autres, on voit clairement que le comblement détritique du fond de cabane est recreusé pour installer un four et son aire de travail.

41Très peu de données sur la mise en œuvre des murs sont disponibles. Dans quelques cas, des trous de piquet le long des parois sont liés à l’installation du clayonnage pour des murs en torchis mais ce n’est pas une pratique courante (alors qu’elle l’est, semble-t-il, beaucoup plus dans l’est de la France). Quelques aménagements de banquettes empierrées ont été repérés (notamment, à Bonneuil-en-France, lors de la campagne 2010, la structure 1386 où un empierrement vient renforcer une paroi probablement friable, à l’endroit où le creusement de la cabane recoupe une structure antérieure). Selon les données étudiées, seule la cabane 319 de Frépillon comporte un coffrage de pierres. C’est une cabane à quatre poteaux corniers et 2 poteaux axiaux dont les quatre parois sont tapissées de petits blocs de pierres non équarris et disposées en une à deux assises/couches (Fig. 7). Elle est datée du vie ou du viie s. (Ben Kaddour 2018). Il s’agit manifestement d’une architecture mixte où l’élévation en terre et bois de la cabane repose à la fois sur des poteaux plantés et sur un solin en pierre sèche.

Fig. 7 - La cabane 319 de Frépillon “ZAC des Épineaux”.

Fig. 7 - La cabane 319 de Frépillon “ZAC des Épineaux”.

Cliché : T. Vernat, DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour

  • 6 Malheureusement aucune analyse micromorphologique n’a été entreprise, au vu de l’homogénéité et du (...)

42À Bonneuil-en-France, la fouille et les coupes stratigraphiques ne permettent que très rarement, de distinguer de réels niveaux de sols ou de couches d’occupation contemporain(e)s de l’utilisation des cabanes. Les coupes stratigraphiques montrent essentiellement des comblements détritiques, généralement très peu stratifiés. Aucun niveau de sol rapporté, aucune litière végétale, natte, plancher ou vide sanitaire n’a pu être mis en évidence à l’œil nu6. Si les bioturbations (racines, vers de terre et rongeurs) peuvent participer à la disparition des niveaux d’occupation et l’homogénéisation de l’ensemble du remplissage, cette explication n’est pas totalement satisfaisante. Il faut aussi probablement prendre en compte un maintien propre des cabanes et/ou un entretien régulier, comme l’atteste également la faible présence de mobilier à plat au fond des structures. Quelques structures présentent des zones compactées, probablement par le piétinement. Ces indurations sont surtout visibles dans les cas où le sol de la cabane est constitué de substrat loessique, beaucoup plus marginalement quand celui-ci est constitué de marne calcaire ou de limon (Fig. 8).

Fig. 8 - Rares exemples de cabanes présentant un sol induré sur le site de Bonneuil-en-France.

Fig. 8 - Rares exemples de cabanes présentant un sol induré sur le site de Bonneuil-en-France.

Clichés : E. Bouilly, M. Caby, F. Pineau

Typologie, organisation et évolution des bâtiments semi-excavés à Bonneuil-en-France

43Sur le site de Bonneuil-en-France, le corpus de fonds de cabane est à la fois important en nombre (232 occurrences) mais aussi assez varié pour ce qui concerne les poteaux périphériques (a priori liées à la charpente, soit l’ossature porteuse du bâtiment) et les aménagements internes (Fig. 9). On constate que le type 1A prédomine (61 occurrences), suivi par le type 2A (43 occurrences), puis les types 5A et 7A (31 occurrences chacun, Tabl. 2, Fig. 10). Le type 6 est assez peu répandu (15 cas) et les types 3 et 4 sont très marginaux (7 cas au total). Des aménagements internes caractérisent moins d’un quart des cabanes (48) et, comme cela est récurrent, ils sont essentiellement associés à des cabanes carolingiennes et surtout de la fin du haut Moyen-Âge (mi xe-xie s.). Généralement, les aménagements internes fonctionnent par paire et sont placés de façon longitudinale et centrée. On compte seulement quelques cas d’aménagements tripartites ou uniques (une fosse ou, dans de très rares cas, une rainure).

Fig. 9 - Les fonds de cabane de Bonneuil-en-France classés par type et par chronologie.

Fig. 9 - Les fonds de cabane de Bonneuil-en-France classés par type et par chronologie.

DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016

Tabl. 2 - Les différents types de cabanes à Bonneuil-en-France.

Tabl. 2 - Les différents types de cabanes à Bonneuil-en-France.

C. Ben Kaddour

Fig. 10 - Graphique présentant les différents types de cabanes de Bonneuil-en-France, par phases chronologiques.

Fig. 10 - Graphique présentant les différents types de cabanes de Bonneuil-en-France, par phases chronologiques.

C. Ben Kaddour

  • 7 Donc dans un secteur assez humide.

44Les 232 cabanes de Bonneuil-en-France sont réparties sur la quasi-intégralité de l’emprise fouillée, sauf sur la frange orientale, faiblement lotie (secteur 1 de la campagne 2016/2017, Fig. 11). Le type de substrat et le relief ne sont clairement pas pris en compte par les constructeurs : les cabanes sont creusées dans les différentes formations superficielles rencontrées (limon, lœss, marne calcaire) et si certains creusements éraflent seulement des substrats relativement mous et faciles à travailler, d’autres entament profondément des substrats très durs (par exemple à l’extrémité ouest du site, sur les marges de la vallée du Croult7, où plusieurs cabanes assez profondes ont été creusées dans une marne calcaire très caillouteuse, au début de la période mérovingienne).

45Il reste compliqué d’étudier la répartition des cabanes par rapport aux bâtiments de plain-pied (à cause des difficultés à restituer ces bâtiments dans des “nébuleuses” de poteaux et à les dater précisément). Mais il semble, que pour chaque période, les cabanes s’implantent à proximité des bâtiments et qu’elles ne soient pas implantées dans des zones d’activités spécialisées.

Fig. 11 - Répartition des fonds de cabane de Bonneuil-en-France, par phase chronologique.

Fig. 11 - Répartition des fonds de cabane de Bonneuil-en-France, par phase chronologique.

DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016

46La très grande majorité des cabanes de Bonneuil adoptent une orientation SO-NE, notamment celles qui sont antérieures au viiie s. Cette orientation correspond plus ou moins au sens de la pente générale du site et reste cohérente avec la majorité des axes de communication principaux de l’habitat mais aussi avec le système parcellaire antique. L’homogénéité des orientations des fonds de cabane est particulièrement marquée sur nombre de sites mérovingiens (par exemple à Frépillon, il n’y a pas de divergence de plus de quelques degrés entre les seize cabanes mérovingiennes, Fig. 12). Pour la seconde moitié du haut Moyen Âge, on voit généralement un agencement plus lâche et moins orthonormé des fonds de cabane sur les sites ruraux franciliens.

47On note relativement peu de recoupements entre les fonds de cabane de Bonneuil, en revanche, une part non négligeable de ceux-ci – comme d’autres catégories de structures – sont perturbés par des silos, particulièrement nombreux sur le site, notamment entre les ixe et xie s. La faible quantité de recoupements entre fonds de cabanes s’explique probablement par la grande superficie d’espace disponible pour l’habitat (surtout pour la période ve-viie s.). A contrario, le fond de cabane mérovingien 2 703 connaît deux états, avec de légers changements pour les parois, mais le niveau de sol reste strictement à la même altitude et la superficie varie très peu (Fig. 13).

Fig. 12 - Orientations comparées des fonds de cabane de la “ZAC des Épineaux” à Frépillon.

Fig. 12 - Orientations comparées des fonds de cabane de la “ZAC des Épineaux” à Frépillon.

DAO : C. Ben Kaddour

Fig. 13 - Les deux états de la cabane 2703.

Fig. 13 - Les deux états de la cabane 2703.

Cliché : M. Caby, DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour

La période mérovingienne (fin ve-viie s.)

48Sur le site, près de 60 % des fonds de cabane appartiennent à la période mérovingienne (et ils sont plus fréquents pour le début de la période (fin ve-milieu vie s.) que pour la fin (fin vie-viie s.). Ces cabanes mérovingiennes sont réparties de manière plus ou moins homogène sur une grande partie de l’emprise de la fouille 2016/2017 (près de 6 ha) mais l’emprise de la première fouille de 2010 est assez peu fournie en cabanes mérovingiennes. Cette faiblesse relative peut s’expliquer par deux phénomènes : l’espace de circulation est-ouest était peut-être assez large (et donc l’espace vierge de structures d’habitat/artisanat) ou alors des structures postérieures (fonds de cabane, silos et fossés bordiers des viiie-xie s.) auraient pu oblitérer des cabanes mérovingiennes dans cette zone.

49L’organisation des cabanes en rangées (parfois doubles) a permis de proposer des axes de communication secondaires dans le village (Fig. 14). Il semble bien que les cabanes étaient placées parallèlement aux chemins secondaires, le long de ceux-ci et non rejetées en arrière-cour. Les quelques plans de bâtiments de surface sur poteaux plantés de la période mérovingienne ne respectent pas tous ce schéma. Leur agencement est peut-être moins rigoureux, leurs orientations semblent moins respecter les chemins et ils ne sont pas toujours placés directement en bordure de ces derniers. Mais les problèmes de datation en raison de la faiblesse du mobilier datant dans les trous de poteau et la difficulté de restituer des plans de bâtiments convaincants incitent à ne pas sur-interpréter l’agencement des bâtiments de surface sur le site.

Fig. 14 - Plan des vestiges de Bonneuil-en-France attribuables à la période mérovingienne avec restitution des cheminements.

Fig. 14 - Plan des vestiges de Bonneuil-en-France attribuables à la période mérovingienne avec restitution des cheminements.

DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016

50Pour la période mérovingienne, à Bonneuil-en-France, près de la moitié du corpus présente, soit quatre poteaux corniers et deux poteaux axiaux (type 5A, 31 cas), soit aucun poteau (type 1A, 29 cas). Le type 2A est aussi bien représenté (21 cas). On constate la présence de seulement 6 cabanes à quatre poteaux corniers. Ce type d’agencement n’existera plus aux périodes ultérieures, comme d’ailleurs les types à six ou huit poteaux.

  • 8 “Complexe” dans le sens où les poteaux périphériques supposés participer à la charpente (les suppor (...)

51Pour le début de la période mérovingienne, il semble que le parti-pris architectural est plutôt une charpente “complexe”8 à 6 poteaux ou plus (30 cas sur 49, (Fig. 15). À la fin de la période mérovingienne (2e moitié vie-viie s.), seulement 6 cabanes sur 24 comportent encore une charpente complexe (cinq cabanes à six poteaux et une cabane à huit poteaux, (Fig. 16). Il faut noter, pour la seconde moitié de la période mérovingienne, plusieurs cabanes présentant un agencement relativement original (ST 4884, 4897, 9313, voir Fig. 9) : elles possèdent deux poteaux axiaux et seulement deux poteaux corniers le long d’un seul des grands côtés. Deux autres cabanes (ST 4495 et 5037) datées plus largement (entre la fin du ve et le viie s.) comportent seulement deux poteaux corniers. La fouille exhaustive et fine de toutes ces structures permet d’attester que les deux autres angles étaient réellement dépourvus de poteau (en tous cas de poteau planté dans le sol).

Fig. 15 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés du début de la période mérovingienne (fin ve-milieu vie s.).

Fig. 15 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés du début de la période mérovingienne (fin ve-milieu vie s.).

DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016

Fig. 16 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la fin de la période mérovingienne (milieu vie-viie s.).

Fig. 16 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la fin de la période mérovingienne (milieu vie-viie s.).

DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016

52Dans quelques cas, existent des poteaux à l’extérieur de l’excavation principale. Si le cas de la cabane 4931 est sans ambiguïté (certains poteaux situés dans le creusement principal sont doublés par des poteaux moins profonds à l’extérieur, Fig. 17), dans d’autres cas (structures 4793, 9480, 9825), cette situation peut s’expliquer par le caractère arasé des cabanes couplé à un profil en cuvette, ou avec des parois relativement évasées (cette situation se retrouvant sur plusieurs autres sites, par exemple la structure 401 à Tremblay-en-France, “Imprimerie du Figaro”). À noter d’ailleurs qu’un fond de cabane (ST 30800) était presque intégralement arasé (seul le petit côté sud-ouest était encore conservé sur quelques centimètres d’épaisseur) et donc essentiellement détectables par ses trous de poteau très rapprochés (au moins 8 poteaux).

Fig. 17 - Plan, coupe et profils du fond de cabane 4931.

Fig. 17 - Plan, coupe et profils du fond de cabane 4931.

Cliché : C. Chouette ; DAO : C. Ben Kaddour, N. Tourancheau

  • 9 Pour la structure 2207 : rainure de 3,80 m par 0,30 m pour 0,20 m de profondeur ; pour la structure (...)

53Sur le site, de manière générale, on note très peu d’aménagements internes avant le ixe s. (et généralement, ils ne permettent pas de restituer un métier à tisser), mais un type d’aménagement est spécifique à la période mérovingienne. Il s’agit de longs creusements assez étroits et peu profonds9. La cabane 2007 de Bonneuil-en-France possède ainsi une telle rainure longitudinale traversant toute la cabane (Fig. 18), légèrement décalée de la file centrale des poteaux axiaux. Ce type d’aménagement reste très peu courant. Citons l’exemple de la structure 1440, sur le site “Rue Jules Guesde” à Tremblay-en-France (Goncalves-Buissart 2012) ou de la structure 7158 du site “les Fourneaux” de Vert-Saint-Denis (Daveau et Goustard 1995), très proches dans l’agencement et les dimensions. La cabane 4197 de Bonneuil possède aussi une telle rainure, mais elle est un peu moins longue et strictement dans l’alignement des poteaux axiaux. Le but d’un tel aménagement n’est pas clair. Il semble peu probable qu’il s’agisse de l’empreinte d’une paroi interne, difficilement conciliable avec la taille des deux cabanes (même si celles-ci ne sont pas de taille modeste : respectivement 9,6 et 10,6 m²) ou avec les possibilités d’accès. Pour les deux exemples, le comblement de la rainure est similaire ou proche du reste du comblement détritique de la cabane, sans mobilier ou pollutions spécifiques qui permettraient de mieux caractériser la fonction du dispositif. D’autres cabanes mérovingiennes, sur le site “Orville” à Louvres où à Villiers-le-Sec sont pourvues de rainures plus courtes (environ la moitié de la longueur totale des cabanes, Gentili 2009 : 35).

54Une seule cabane de Bonneuil (ST 30190) du début de la période mérovingienne, à 6 poteaux, possède deux petites fosses disposées longitudinalement, type d’aménagement qui deviendra très fréquent à partir de la période carolingienne (voir Fig. 15). Celles-ci sont cependant très peu profondes (seulement 5 cm) au regard des fosses d’ancrage postérieures.

Fig. 18 - Les cabanes 2007 et 4197 de Bonneuil-en-France et deux autres exemples franciliens de cabanes à rainure.

Fig. 18 - Les cabanes 2007 et 4197 de Bonneuil-en-France et deux autres exemples franciliens de cabanes à rainure.

Clichés : M. Caby, L. Lorrenzini ; DAO : C. Ben Kaddour, d’après Gonçalves-Buissart 2012 et Daveau, Goustard 1995

  • 10 De manière générale, rappelons que l’on peut considérer que l’ensemble des structures alto-médiéval (...)
  • 11 Une autre cabane mérovingienne de Bonneuil-en-France (ST 9405/10323) est légèrement moins grande (1 (...)

55Les profondeurs conservées des creusements des cabanes varient de 6 à 82 cm, pour une moyenne de 33,7 cm10. Les superficies sont très fluctuantes, de 2,87 à 23,43, avec une moyenne de 7,5 m² (une moyenne similaire avait été calculée pour le corpus mérovingien francilien étudié par M. Deschamp en 2009). La présence de deux cabanes (ou bâtiments excavés) de plus de 20 m2 est une chose notable11, car de telles superficies sont assez rares en Île-de-France et plutôt observées à la période carolingienne. La cabane 5384, à deux poteaux médians, est partiellement conservée. Elle mesure au moins 22 m² pour 0,75 m de profondeur. La cabane 9488, de près de 21 m² pour 0,82 m de profondeur comporte, elle, quatre poteaux corniers et quatre poteaux médians. On peut mentionner quelques exemples de structures de tailles similaires (cabanes semi-excavées ou caves, la distinction est parfois compliquée à établir) sur les sites alto-médiévaux de Maulette (mi vie-mi viis., 22,5 m²), Saint-Pathus (fin ixe-début xie s., 21,2 m²), Marolles-sur-Seine (xe s., 26,5 m²), Villiers-le-Sec (xe s., 21,2 m²), ainsi que le très grand bâtiment semi-excavé (49 m²) de Rungis daté de la période carolingienne (Fig. 19). Une autre grande structure (23 m2), de la fouille complémentaire de la rue De Lattre de Tassigny à Bondy, datée du Bas-Empire, a été considérée comme un fond de cabane par ses fouilleurs. Mais son agencement et les perturbations ultérieures ne permettent pas d’être certain de cette caractérisation. Ces grandes cabanes franciliennes sont généralement assez profondes (entre 0,50 et 1,2 m) et des types 3 ou 5. La cabane de Marolles-sur-Seine fait exception, avec l’absence de poteaux périphériques. Pour les grandes structures de la fin du haut Moyen Âge, notamment quand la profondeur est très conséquente (plus d’un mètre), ce sont probablement des caves ou des celliers, plutôt que des cabanes semi-excavées (Épaud et al. 2019)

56On remarque sur le site que les cabanes moyennes à grandes (plus de 8 m²) comportent souvent une charpente complexe de 6 poteaux ou plus. Mais des exceptions existent : en premier lieu, la plus grande d’entre toutes, ST 5384, qui, bien que largement perturbée par une batterie de fours, semble être du type 2A ou 2B (seulement deux poteaux axiaux). À l’inverse, la cabane 7266, du début de la période mérovingienne, possède une ossature à 6 poteaux mais présente une surface particulièrement réduite (3,42 m², voir Fig. 15).

Fig. 19 - Rares exemples de très grandes cabanes excavées à Bonneuil-en-France et en Île-de-France.

Fig. 19 - Rares exemples de très grandes cabanes excavées à Bonneuil-en-France et en Île-de-France.

DAO : C. Ben Kaddour, d’après Deschamp 2016, Gentili 2009, Hurard 2011, Mahé 1996, Broine 2009

  • 12 Avec une longueur de 0,296 m pour 1 pied romain.

57Le rapport moyen entre longueur et largeur est de 1,4 ; avec seulement 6 cabanes nettement rectangulaires qui approchent ou dépassent un rapport de 2 et une dizaine de cabanes de plan carré ou proche du carré (Fig. 20). Ce rapport moyen se rapproche du rapport 4/3, soit 1,333, qui peut aisément être mis en œuvre avec une corde à 13 nœuds en utilisant le principe du triangle-rectangle remarquable 3-4-5. La méthode a été testée sur quelques cabanes qui pourraient, avec toutes les réserves que l’on peut exprimer quand il s’agit de se confronter aux métrologies anciennes, être construites sur une base de 3 fois 3 pieds12 par 4 fois 3 pieds (cabanes 2226, 2703, 2914, 30104, etc.) ou sur une base de 3 fois 4 pieds par 4 fois 4 pieds (grandes cabanes 4884, 9405 et 9488).

Fig. 20 - Rapport longueur/largeur des fonds de cabane mérovingiens de Bonneuil-en-France.

Fig. 20 - Rapport longueur/largeur des fonds de cabane mérovingiens de Bonneuil-en-France.

Graphique : C. Ben Kaddour

La transition entre périodes mérovingienne et carolingienne (le viiie s.)

58À partir du viiie s., les cabanes se raréfient quelque peu. On n’en compte guère “que” 25 pour ce siècle (ce qui reste un chiffre relativement important pour un site francilien). Il est possible que certaines cabanes construites au viiie s. aient pu, à cause de la marge d’erreur des datations de la céramique, être intégrées à la phase précédente (époque mérovingienne, fin ve-fin viie s.) ou à la phase suivante (période carolingienne, ixe-xe s.). Cependant il est indéniable que les cabanes, qui étaient particulièrement nombreuses entre la fin du ve et la fin du viie s. (132), le sont beaucoup moins dès la fin viie-viiie s.

59La zone qu’elles occupent se restreint également (environ 3 ha) avec une rétractation vers le centre du site (Fig. 21), à l’instar des autres catégories de structures. On constate d’ailleurs un ensemble de cabanes rapprochées au centre du site, au carrefour des deux principaux axes de circulation du village.

Fig. 21 - Plan des vestiges de Bonneuil-en-France attribuables à la transition entre période mérovingienne et période carolingienne avec restitution des cheminements.

Fig. 21 - Plan des vestiges de Bonneuil-en-France attribuables à la transition entre période mérovingienne et période carolingienne avec restitution des cheminements.

DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016

60Au viiie s., il apparaît clairement que la diversité des types d’agencement des poteaux périphériques se réduit : on ne compte plus que des cabanes du type 1 (sans poteau, 14 occurrences), du type 2 (à deux poteaux médians, 8 occurrences) et du type 7 (un ou plusieurs poteaux asymétriques, 3 occurrences, Fig. 22). Relativement peu de sites dans le corpus francilien sont datables précisément de cet horizon chronologique, mais les rares sites datables précisément des viie-viiie s. ou plus précisément de la fin viie-première moitié viiie s. semblent confirmer cet état de fait. Mis à part de rares cabanes à Louvres, Saint-Pathus où Vicq, les sites présentent plutôt des cabanes des types 1, 2 et 7 (sites de Mours, Tremblay-en-France, Neuville-sur-Oise, Ris-Orangis).

  • 13 Pour les structures les plus profondes, on peut se demander s’il ne s’agit pas de structures entièr (...)

61Les profondeurs varient à Bonneuil-en-France de 15 à 120 cm13 pour une moyenne sensiblement similaire à la période précédente (41,1 cm). La surface moyenne reste plus ou moins stable (7,05 m2, avec un minimum de 3,8 m² et un maximum de 14,25 m2. La structure 9239, la plus vaste, n’est peut-être pas une cabane semi-excavée. Il faut noter qu’elle servit d’aire de chauffe pour les deux fours 9237 et 9291 (eux aussi datables du viiie s.). Il en est de même pour 31084, qui sert, elle aussi, d’aire de chauffe pour les deux fours 2907 et 31084. La structure 30664, sans poteau, est profonde (0,78 m), de forme rectangulaire plutôt allongée (3,6 par 1,9 m) particulièrement régulière et présente une rigole en cuvette peu marquée, le long de son petit côté sud-est (voir Fig. 22) dont la fonction nous échappe.

Fig. 22 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la transition entre périodes mérovingienne et carolingienne (viiie s.).

Fig. 22 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la transition entre périodes mérovingienne et carolingienne (viiie s.).

DAO : C. Ben Kaddour

La période carolingienne (ixe-xe s.)

62La rétractation amorcée au viiie s. continue au siècle suivant : les cabanes sont toutes situées au cœur de l’habitat et presque exclusivement en bordure des axes de communication principaux (à l’instar des fours domestiques et des silos, Fig. 23). On compte 21 cabanes pour les ixe-milieu xe (Fig. 24) et 11 autres datées plus largement fin viiie-xie s. (Fig. 25).

Fig. 23 - Plan des vestiges de Bonneuil-en-France attribuables à la période carolingienne et aux xie-xiie s., avec restitution des cheminements.

Fig. 23 - Plan des vestiges de Bonneuil-en-France attribuables à la période carolingienne et aux xie-xiie s., avec restitution des cheminements.

DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016

Fig. 24 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la période carolingienne (fin viiie-xe s.).

Fig. 24 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la période carolingienne (fin viiie-xe s.).

DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016

Fig. 25 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la période carolingienne ou du xie s.

Fig. 25 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la période carolingienne ou du xie s.

DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016

63Ces cabanes se répartissent sur une superficie d’à peine plus de 2 ha (à comparer avec les 6 ha sur lesquels sont dispersées les cabanes de l’époque mérovingienne), sans aire spécialisée. Leurs agencements ne permettent plus de déceler des cheminements secondaires à l’intérieur du village et si les cabanes sont plutôt aux abords des voiries principales, elles ne montrent plus d’alignement significatifs. De même les orientations sont assez hétéroclites, l’orientation SO-NE restant néanmoins la plus fréquente, comme aux périodes précédentes.

64La tendance à la standardisation et à la simplification amorcée au viiie s. se confirme : il n’existe plus que des cabanes des types 1, 2 et 7. Quelques aménagements internes (une ou deux fosses) existent, mais ils restent encore marginaux. Comme pour la période suivante, certains couples de poteaux disposés longitudinalement mais placés un peu à l’écart des parois posent question. On ne peut pas toujours certifier qu’il s’agisse de poteaux de charpente (et donc intégrer ces structures au type 2A) ou de montants de métier à tisser (les cabanes étant alors du type 1B).

65L’uniformisation des cabanes avec des charpentes reposant sur deux poteaux axiaux à la période carolingienne est un phénomène maintenant bien reconnu sur les sites alto-médiévaux franciliens. Seuls quelques exemples de cabanes des types 3 à 5 font encore exception : citons les cabanes 1269, 2095 et 4703 de Villiers-le-Sec, à six poteaux, peut-être la cabane 1214 du site “Imprimerie du Figaro” à Tremblay-en-France (deux poteaux corniers existent sur la moitié de la structure accessible), la cabane 4075, à 6 poteaux très rapprochés, sur le site “Parc d’activités de l’A5” à Réau, les structure 2491 et 2782, à quatre poteaux corniers, sur le site “ZAC du Couternois” à Serris et enfin une cabane à quatre poteaux sur le site de “l’Église Saint-Étienne” à Fosses.

66Les cabanes carolingiennes de Bonneuil-en-France présentent des profondeurs qui fluctuent de 12 à 83 cm, pour une moyenne de 39,3. Les surfaces deviennent nettement plus faibles qu’au cours des trois siècles précédents (de 2,4 à 11,7 m2, pour une moyenne de 5,2 m2).

La transition entre époque carolingienne et Moyen Âge central (fin xe-xie s.)

67Lors de la dernière phase d’occupation du village, les cabanes redeviennent un peu plus nombreuses, avec une trentaine d’occurrences entre le milieu du xe et la fin du xie (ou le début du xiie, pour de rares structures, Fig. 26), toujours situées en bordure des voiries principales (voir Fig. 23). Une dizaine d’autres cabanes sont datées plus largement (fin viiie-xie).

Fig. 26 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la fin du haut Moyen Âge (fin xe-xie s.).

Fig. 26 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la fin du haut Moyen Âge (fin xe-xie s.).

DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016

68Les cabanes de cette période sont donc installées au centre du site, sur une superficie réduite de 1,8 ha. Comme pour la période précédente et contrairement à la période mérovingienne, les orientations sont assez fluctuantes, même si la plupart des cabanes respectent plus ou moins les axes des voiries principales.

  • 14 Sur le corpus étudié par François Gentili, 75 % des cabanes des xe-xie s. étaient pourvus d’aménage (...)

69Les types restent semblables à celles des deux siècles antérieures : sans poteau, à deux poteaux axiaux, ou avec un ou deux poteau(x) disposé(s) de manière dissymétrique. En revanche, les fosses d’ancrage (Fig. 27) sont beaucoup plus fréquentes : vingt occurrences sur trente-trois structures, soit un taux de 60 % (proportion que l’on retrouve à l’échelle francilienne : sur un corpus de 223 cabanes datées fin xe-xiie s., 62 % possèdent des aménagements internes14). Le système le plus courant est matérialisé par deux fosses d’ancrage dans l’axe longitudinal (neuf cas). Le système à trois fosses est également bien représenté (six cas). La cabane 8705 possède une large tranchée qui court sur presque toute la distance entre les poteaux axiaux. Elle ne rencontre pas d’équivalent sur le site et a priori en Île-de-France et sa fonction reste énigmatique. La cabane 6225 présente cinq creusements internes qui correspondent vraisemblablement à deux métiers à tisser successifs.

70Les fosses d’ancrage sont de forme circulaire à ovoïde ou vraiment rectangulaires. Dans le cas des systèmes à trois fosses d’ancrage, la fosse qui n’est pas dans l’axe longitudinal de la cabane est dans trois cas beaucoup plus allongée que les deux autres fosses. On constate, à Bonneuil-en-France, que les différents types de métiers ont la même orientation que le bâti de la cabane, ce qui n’est pas systématique sur le site de Villiers-le-Sec où plusieurs métiers sont nettement désaxés (Gentili 2009). À de très rares exceptions, les fosses d’ancrage ne présentaient pas de négatif de poteau lisible (ce qui est aussi le cas pour les trous de poteau liés à l’ossature des murs).

71Les largeurs de métier-à-tisser varient de 1,19 à 2,20 m pour les cabanes à deux fosses d’ancrage (soit une moyenne de 1,62 m) et varient de 1,43 à 2,03 m pour les cabanes à trois fosses d’ancrage (soit une moyenne de 1,81 m).

72Pendant cette dernière phase d’occupation, fin xe-xie, les profondeurs des cabanes varient de 5 à 100 cm, pour une moyenne de 39,5 cm. Les surfaces restent réduites, avec 5,14 m2 en moyenne (de 2,4 à 7,1 m2). Ces chiffres restent très semblables à ce que l’on peut calculer pour la période carolingienne, signifiant une certaine continuité entre ixe et xiie s., au moins quant au gabarit des cabanes.

Fig. 27 - Cabanes avec aménagements internes entre le viiie et le xie s. sur le site de Bonneuil-en-France.

Fig. 27 - Cabanes avec aménagements internes entre le viiie et le xie s. sur le site de Bonneuil-en-France.

DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016

Utilisation des fonds de cabane de Bonneuil-en-France et mobilier associé

  • 15 Comme cela est régulièrement attesté sur les sites alto-médiévaux, ce sont bien évidemment les stru (...)

73La raison d’être des cabanes excavées est toujours un sujet d’interrogation. Si certains aménagements ou types de mobilier donnent des indications fiables sur les activités qu’elles ont pu abriter, leur destination reste encore souvent mal cernée (notamment car le mobilier retrouvé au sein des cabanes est indigent ou en très grande partie en position secondaire, déposé après abandon des cabanes, celles-ci servant alors de dépotoirs15).

  • 16 Il relativise cependant nettement cette fonction dans la mesure où les fonds de cabane coexistent s (...)

74Jean Chapelot, en 1980, mentionnait, entre autres, la fonction d’habitat pour des populations serviles ou d’habitat temporaire pour des migrants16. Cette possibilité d’habitat servile était déjà proposée depuis longtemps par des archéologues allemands (Winkelmann 1958) et reprise par des chercheurs français (Bonnassie 1985 : 315). Malheureusement il est généralement très compliqué, dans le cadre de la recherche archéologique, de déterminer le caractère libre ou servile des habitants des structures observées. L’habitabilité d’une structure (en termes de taille ou de confort minimum) reste, en outre, toujours difficile à estimer. On peut cependant souligner la très grande rareté de foyers associés aux cabanes franciliennes et, au moins à Bonneuil-en-France, la grande propreté des sols et la quasi-absence de niveaux d’occupation lisibles, ce qui ne plaiderait pas pour un habitat permanent, sans certitude. Signalons également, à toutes fins utiles, qu’aucun élément de lampe n’a été retrouvé dans les cabanes de Bonneuil (la très grande majorité des 11 éléments de luminaires du site a été retrouvée au sein de silos). Jean Chapelot soulignait aussi que les qualités de fraîcheur ou d’humidité de ces structures pouvaient être recherchées pour les travaux textiles (en empêchant les fils de se rompre) mais aussi pour conserver du lait ou des fromages. Cette dernière piste est intéressante mais, à notre connaissance, n’a été qu’assez rarement validée archéologiquement. Des cabanes dédiées à l’élevage, à la production laitière et aux activités textiles ont, par exemple, été proposées pour des sites champenois, à partir du mobilier et d’analyses de sédiments (dosage du phosphore, paléo-parasitologie, carpologie, micromorphologie, Canet et al. 2019) ou sur le site anciennement fouillé de Morken en Allemagne (Chapelot 1980 : 32). On notera tout de même que les trois récipients céramiques de type faisselle retrouvées sur le site de Bonneuil étaient tous dans les comblements de fonds de cabane de la période mérovingienne, sans que l’on puisse en tirer une conclusion définitive.

75Des analyses palynologiques réalisées dans une cabane d’Herblay (1995) ont mis en évidence des plantes gourmandes en nitrate qui seraient en relation avec des pratiques de fumure ou des litières animales. Mais il reste difficile de trancher si ces animaux étaient vraiment installés dans les cabanes ou dans une bergerie proche (analyses de A. Gauthier, citées in : Ferdière et al. 2006). La détection de coprolithes dans les analyses morphologiques peut également être un indice de la présence animale in situ, même si on ne peut exclure l’apport de déjections par de la terre rapportée sous les chaussures (voir, par exemple, les analyses micromorphologiques des cabanes suisses de Courtedoux-Creugenat, Püpin, Braillard et Rentzel 2014 et Develier-Courtetel, Guélat 2004).

  • 17 Soit une sépulture aristocratique, voire royale. Le métier à tisser est peut-être ici en lien avec (...)

76Si les fosses d’ancrage retrouvées dans les cabanes sont indubitablement des témoins fiables d’une activité textile, nous signalons l’exemple du métier du site “le Belvédère” Hochfelden (Bas-Rhin) non ancré dans le sol. En effet, ce métier à tisser (plus tardif, il est daté xe-début xie s.) retrouvé en place, carbonisé, était simplement posé sur sol de la cabane (Châtelet 2000). Un cas similaire existe à Dalem en Allemagne (Zimmermann 1982 : 118). Le métier à tisser retrouvé, en contexte humide dans la sépulture à navire d’Oseberg, au Danemark (Cuisenier et Guadagnin (dir.) 1988 : 279) n’était pas non plus destiné à être ancré dans le sol17. Ces exemples, rares à cause de la mauvaise conservation des structures sur la majorité des sites ruraux, indiquent clairement que l’absence de fosses d’ancrage n’indique pas nécessairement l’absence d’activités textiles dans les fonds de cabanes. On peut également citer trois cabanes de Mucking en Angleterre qui ont livré des amas de pesons et qui ne comportaient pas de fosses d’ancrage de métier (Hamerow 1993).

  • 18 Étude : Alexis Corrochano, Éveha, UMR 5608.

77Même s’il reste généralement compliqué d’associer le mobilier retrouvé aux phases d’utilisation ou d’abandon des cabanes, de nombreux éléments de mobilier retrouvés à Bonneuil plaident pour des activités liées au textile. Sur le site, les comblements des fonds de cabane ont livré 487 objets liés à l’instrumentum18 (majoritairement en métal, avec quelques éléments en matières dures animales), soit 28,04 % de l’ensemble du petit mobilier retrouvé sur le site. Cette proportion est presque égale à celle des objets issus des silos (28,38%), l’autre type de structure la plus fournie en mobilier.

78Si l’on considère le seul mobilier lié clairement ou éventuellement au tissage (broches et poinçons, aiguilles, fusaïoles, pesons pour le premier cas, forces et lissoirs pour le second) : 53 objets sont issus des comblements des fonds de cabane (soit 64,6 % du corpus). Dans certaines cabanes datables de la période mérovingienne, l’association de plusieurs éléments liés au travail textile pourrait suggérer une utilisation in situ et un rejet primaire (Tabl. 3) :

79– 1 broche et 1 peson dans la cabane 30104 (fin ve-début vie),

80– 2 broches dans la cabane 9488 (fin ve-début vie),

81– 2 broches, 1 fusaïole et 1 peson dans la cabane 8487 (début vie),

82– 2 broches dans la cabane 2007 (fin ve-début vie),

83– 3 broches et 3 pesons dans la cabane 2226 (fin ve-début vie),

84– 1 forcette et un poinçon/alène dans la cabane 3748 (début vie),

85– 9 pesons dans 4884 (viie),

86– 6 pesons dans 10240 (viie).

87Seules trois structures, hors fonds de cabane, ont aussi livré des associations de mobilier lié au textile :

88– 1 poinçon et 1 lissoir dans le silo 6967 (fin viiie-début ixe),

89– 1 poinçon et 1 lissoir dans le silo 8647 (fin xe-début xie),

90– 1 poinçon et 1 lissoir dans le trou de poteau 10421 (fin xe-début xie).

  • 19 2 objets liés au travail du métal, 3 au travail du cuir, 1 au travail de la pierre et 3 aux activit (...)

91De manière générale si l’on considère exclusivement l’instrumentum lié à la production (activités agro-pastorales et artisanales), les contextes mérovingiens de Bonneuil-en-France livrent en très grande majorité des objets en relation avec l’artisanat textile (45 objets) alors que les autres activités artisanales sont bien plus marginales19. A partir du viiie s., même si les outils sont moins nombreux, la part de l’artisanat textile est moindre. Même les nombreuses cabanes des ixe-xie s. avec aménagements internes bipartite ou tripartite qui signalent presque assurément des métiers à tisser comportent assez peu d’outils liés au tissage/filage (seulement 8 objets, Tabl. 3, Fig. 28).

Tabl. 3 - Mobilier de Bonneuil-en-France lié au travail textile, classé par matériaux et par type de structure.

Tabl. 3 - Mobilier de Bonneuil-en-France lié au travail textile, classé par matériaux et par type de structure.

C. Ben Kaddour

Fig. 28 - Instrumentum lié aux activités textiles (hors pesons et lissoirs). Les numéros en rouge concernent d’autres catégories de structures que les fonds de cabane.

Fig. 28 - Instrumentum lié aux activités textiles (hors pesons et lissoirs). Les numéros en rouge concernent d’autres catégories de structures que les fonds de cabane.

Clichés : A. Corrochano, DAO : C. Ben Kaddour

  • 20 Pin-beaters chez les anglo-saxons (voir, par exemple, Walton-Rogers 2018).
  • 21 Weaving battens (ibid.)
  • 22 En Alsace, le site de Vendenheim a livré deux lames en fer dans des tombes féminines. Ces lames, pl (...)
  • 23 Walton-Rogers indique qu’au Royaume Uni, ces broches qui présentaient généralement deux embouts eff (...)

92Il est généralement proposé que le tissage, à la période mérovingienne, est essentiellement réalisé avec des métiers à tisser verticaux (ou semi-verticaux) à poids (warp-weighted loom), nécessitant le lestage des fils de chaîne par des pesons. Traditionnellement, les outils utilisés pour travailler les fils sont les petites broches ou poinçons de tisserands (en os, mais aussi probablement en bois)20 et peut-être de plus grands outils plats : les lames de tisserands21 (en bois ou en métal) beaucoup plus rarement attestés, au moins sur les sites français22. On associe traditionnellement, à partir du ixe s., l’artisanat textile à l’utilisation du métier vertical à deux ensouples, ou à deux barres (two-beam vertical loom), dont le fonctionnement ne nécessite plus de lestage par des pesons. Les fils de chaîne sont étirés par enroulement sur la barre horizontale inférieure. Les outils permettant le travail des fils sont essentiellement des broches de tisserands23. L’apparition du métier horizontal à marche (horizontal treadle loom) reste sujette à caution mais il pourrait avoir été utilisé dès avant le xie s. (Rast-Eicher et Windler 2006).

93Notons qu’à Bonneuil, les pesons et fusaïoles proviennent presque exclusivement de contextes mérovingiens, les broches et poinçons étant répartis relativement équitablement entre structures mérovingiennes et carolingiennes.

  • 24 Ce qui constitueraient des datations particulièrement précoces.

94Les lissoirs (retrouvés essentiellement dans des silos) sont, comme cela est la norme, présents à partir des ixe-xe s. (avec peut-être deux exemplaires du viiie s. ?24). La plupart des pesons sont confectionnés avec le substrat local et sont très mal cuits (donc très friables et mal conservés). On peut aisément imaginer que de tels artefacts passent complètement inaperçus sans une fouille fine et vigilante. Il est donc très probable que les pesons observés lors de la fouille ne représentent qu’une petite partie seulement des pesons fabriqués et utilisés sur le site.

  • 25 47 fonds de cabane avec des aménagements internes, dont 19 avec des empreintes claires de métiers à (...)
  • 26 Étude carpologique : Françoise Toulemonde, UMR 7209.

95Si l’activité textile est indéniable à Bonneuil-en-France, de par son important corpus de fonds de cabane avec traces de métiers à tisser25 et d’outils associés, l’étude carpologique26 ne permet pas d’apporter beaucoup de précisions quant à la production de tissus en fibres végétales. Une étude à large spectre a pourtant été entreprise, avec 540 prélèvements de sédiments effectués in situ, 312 prélèvements tamisés et parmi ces derniers, 150 prélèvements sélectionnés pour étude (après expertise visuelle et à la binoculaire). Les résultats sont assez spectaculaires : un total de 31 3371 restes individualisés (près de 90 % carbonisé, le reste minéralisé), mais peu de structures ont livré des plantes liées au textile. Au total, on compte seulement, parmi les restes individualisés, 2 restes de chanvre et 107 restes de lin, répartis dans 4 silos (auxquels on peut ajouter 19 restes de caméline alysson, adventice du lin, répartis dans 4 silos et 2 probables latrines), ainsi qu’une masse agglomérée de lin (environ 2 litres, pour 850 g, soit près de 300 000 graines estimées) dans un silo datable du viiie s. (ST 8000). Cet ensemble est constitué de graines entières, emballées dans un contenant textile (partiellement conservé) après avoir été préalablement nettoyées (le lot ne contient pas de fragments de capsules ou de tiges). Il reste difficile de savoir à quoi était destiné cet agrégat (à produire de l’huile, à être consommé sous forme de bouillie, à constituer un stock de semences pour une production ultérieure ou des redevances) et on ne peut que supposer l’utilisation du lin pour produire des fibres textiles in situ.

  • 27 Étude archéozoologique : Chloé Genies, Éveha.

96L’étude archéozoologique27 montre que les moutons sont plutôt abattus jeunes pendant tout le haut Moyen Âge, signe d’un élevage plutôt tourné vers la production de viande, mais à partir du viiie s., les profils d’abattage signalent aussi la présence de bêtes plus âgées, peut-être en lien avec l’acquisition de laine, sans certitude.

97Une cabane mérovingienne de la périphérie sud-ouest du site (ST 30079) a livré un important corpus d’objets et de rebuts métalliques clairement lié à une activité de forge (dont une pince de forgeron quasiment complète, deux probables soies de préhension et de multiples scories pour un poids total de plus de 65 kg). Les vestiges de la forge n’ont pas été retrouvés, mais celle-ci devait vraisemblablement se trouver non loin de la cabane. D’autres corpus de scories moins conséquents a priori contemporains existent aussi aux alentours de cette cabane, mais aussi sur toute la moitié ouest du site, très majoritairement dans des cabanes. Il reste difficile d’affirmer que ces cabanes étaient vraiment en lien avec des activités métallurgiques dans la mesure où les scories sont toujours retrouvées en position secondaire, dans les comblements détritiques.

  • 28 La clarinette et le chalumeau étant des instruments à hanche alors que la flûte est un instrument à (...)
  • 29 Étude technologique et sonore de l’instrument : E. Safa, Université Bourgogne-Franche-Comté, UMR 62 (...)

98Une autre cabane du début de la période mérovingienne, proche de la précédente, a livré, parmi d’autres artefacts, un bel instrument de musique en os d’oiseau (probablement de cigogne blanche ou de grue cendrée). Il s’agit vraisemblablement d’un instrument plus proche de la famille des chalumeaux ou des clarinettes que de celles des flûtes28, percé de cinq trous et décoré sur sa face supérieure (Fig. 29)29. Ce type d’instrument est extrêmement rare sur le territoire français et, à notre connaissance, ne trouve de parallèles, pour la période mérovingienne, que dans des nécropoles hongroises (voir, par exemple, Gál 2016 ou Kozák 1997).

Fig. 29 - Instrument de musique en os aviaire retrouvé dans la cabane 2049 du début de la période mérovingienne.

Fig. 29 - Instrument de musique en os aviaire retrouvé dans la cabane 2049 du début de la période mérovingienne.

Dessin et DAO : C. Ben Kaddour, E. Safa

  • 30 9441 restes en comptabilisant aussi ceux de l’opération 2010-2011. Cela représente une moyenne de p (...)

99Les fonds de cabane de Bonneuil-en-France ont livré, lors de la campagne 2016-2017, 8467 restes de céramiques30, soit 30,57 % du total pour le mobilier du haut Moyen Âge (les silos en livrant eux un peu plus : 36,82 %, mais avec un corpus beaucoup plus important). Les fonds de cabane sont donc, sur le site, le deuxième type de structures privilégié pour se débarrasser des déchets (en notant que les fonds de cabane ont été généralement fouillés à la fois de manière exhaustive, manuelle et fine alors que beaucoup de silos ou de fosses ont été fouillés à moitié mécaniquement, ce qui biaise la représentativité du mobilier recueilli dans ces deux types de structures).

100Les fonds de cabane ont aussi livré 25,34 %, en poids de restes, des ossements animaux, contre 17,25 % pour les silos. Quelques cabanes ont livré des restes carpologiques (généralement en petit nombre). Trois d’entre elles ont livré plus de 100 restes, une en a livré 1844. Globalement, près de 9 % des restes carpologiques ont été retrouvés dans les comblements de fonds de cabane. Ce sont exclusivement des restes carbonisés, essentiellement de céréales et de plantes adventices, soit des éléments issus de traitements primaires des récoltes : séchage, torréfaction ou maltage.

101La cabane 30023 datable probablement autour du vie s. comporte un silo en son sein qui pourrait avoir été creusé depuis le sol de la cabane (son goulot est en tout cas très resserré, Fig. 30). L’ ensilage serait postérieur au fonctionnement de la cabane en tant que tel (le mobilier du silo est plutôt datable du viiie s. Malheureusement les éléments de datations sont trop peu nombreux dans ces deux structures pour attester un tel laps de temps entre leurs creusements initiaux.

102Un fond de cabane découvert sur le site “la Pièce du Moulin” à Septeuil (78) comportait également un silo en son centre (Fig. 30). Au vu de la profondeur de ce silo et, surtout, de la stratigraphie et de l’étroitesse de son embouchure, ce silo a assurément été utilisé alors que la cabane n’avait pas encore été remblayée. Cependant, l’existence de deux aménagements, de part et d’autre du silo, atteste la présence d’un métier à tisser. Ce métier-à-tisser n’a manifestement pas pu fonctionner en même temps que le silo. Il faut donc voir ici un changement dans la fonction de cette cabane, datée par un maigre mobilier des alentours de l’an Mil (Barat, Langlois et Bricon 2001 : 155-157).

Fig. 30 - Cabanes avec silos à Septeuil et à Bonneuil-en-France.

Fig. 30 - Cabanes avec silos à Septeuil et à Bonneuil-en-France.

DAO : C. Ben Kaddour, d’après Barat, Langlois et Bricon 2001

Synthèse

103La fouille du site de Bonneil-en-France et la recension des sites récemment fouillés ont permis d’étoffer les corpus des fonds de cabane déjà analysés par Marie Deschamp et François Gentili voici maintenant plus d’une décennie. Le corpus de plus de 1 000 fonds de cabane couvre toutes les périodes du Bas-Empire au Moyen Âge central. Cette masse de données permet une réelle étude statistique sur la typologie des fonds de cabane et leur insertion sur les sites d’habitats ruraux et urbains. La répartition des cabanes par types est sensiblement la même que dans la synthèse de M. Deschamp (basée sur un corpus d’environ 300 structures). La seule variation importante est l’augmentation des cabanes sans poteau au détriment des cabanes à 2 poteaux (qui représentaient respectivement 3 et 48 % alors qu’aujourd’hui elles représenteraient plutôt 18 et 35%). La part des cabanes à six poteaux reste faible, en très légère progression de 9 % à 10,26 %, celle des cabanes à huit poteaux passe de 1 à 2 % (Fig. 31).

Fig. 31 - Répartition des cabanes par types entre le présent bilan et la synthèse de M. Deschamp en 2009.

Fig. 31 - Répartition des cabanes par types entre le présent bilan et la synthèse de M. Deschamp en 2009.

DAO : C. Ben Kaddour, d’après Deschamp 2009

104Le début de la période mérovingienne (fin ve-milieu vie) voit une diffusion très rapide des fonds de cabane sur les sites ruraux et péri-urbains. On constate une grande diversité, tant dans les dimensions que dans l’agencement des poteaux porteurs (même si, sur certains sites, un type peut dominer très nettement : notamment les types à deux poteaux axiaux et à quatre poteaux corniers). L’origine du fond de cabane en Gaule du Nord a déjà fait l’objet de multiples spéculations (Tabl. 4). En Île-de-France, à notre connaissance, seul le site de Saint-Pathus réunit un corpus relativement important de fonds de cabane datables du Bas-Empire (six, en mettant de côté les structures plutôt apparentées à des celliers). D’autres sites tardo-antiques présentent des structures de type fond de cabane, isolées ou en plus petit nombre : à Compans, à Bondy, à Marolles-sur-Seine “Chemin de Sens” (avec sa très grande cabane 336 datée de la fin ive ou de la première moitié du ve s., Séguier 1995), peut-être à Limetz-Villez. Il semble néanmoins que le fort développement des cabanes semi-excavées date véritablement du début traditionnel du haut Moyen Âge (fin ve-début vie) et ne découle pas de pratiques architecturales déjà bien répandues au Bas-Empire. Avec ce décalage chronologique, l’Île-de-France se démarque peut-être des campagnes du Nord et du Nord-Est. Il existe aussi quelques cas de cabanes ou de bâtiments semi-excavé(e)s précoces directement au sud de l’Île-de-France : à Saumeray (Lelong 1991), Dambron (Ferdière 1983), Mignières (Gibut 2020) en Eure-et-Loir ou à Chilleurs-aux-Bois (Fournier, Guillemard 2020) dans le Loiret. Cependant, la cabane semi-excavée devint très rapidement, dès la fin du ve-début vie s., un élément essentiel de la plupart des habitats franciliens. Lors de cette période d’émergence, la grande variabilité dans le nombre et l’agencement des poteaux (Fig. 32) mais aussi dans les dimensions pourrait peut-être correspondre à une pluralité de fonctions : artisanat, mais aussi probablement stockage, peut-être l’élevage de petits animaux et pourquoi pas l’habitat (temporaire ou non) pour les plus grandes des structures ? Soulignons néanmoins que l’absence ou la rareté de foyers et de mobiliers et écofacts caractéristiques ne permet pas vraiment d’étayer cette dernière hypothèse. L’existence des charpentes “complexes” (4, 6 poteaux ou plus) sont à Bonneuil-en-France, l’apanage de la période mérovingienne (et plus particulièrement la période fin ve-milieu vie s.). Ce constat avait déjà été fait à la fin du siècle dernier, par J.-M. Blaising à partir des données acquises sur les différents sites de Haute-Yutz, en Moselle (Gazenbeek et Wiethold 2016). Il est aussi validé sur les territoires alsacien et Suisse (par Madeleine Châtelet et Reto Marti, cités in : Raynaud et Châtelet 2014) mais ne transparaît pas dans les deux synthèses réalisées dans le cadre du PCR sur l’habitat rural du haut Moyen Âge en Île-de-France (Gentili et Lefèvre 2009).

Tabl. 4. - Tableau récapitulatif des critères de caractérisation des fonds de cabane, de leur répartition chronologique et spatiale et des différentes hypothèses proposées quant à leurs origines et leurs fonctions.

Tabl. 4. - Tableau récapitulatif des critères de caractérisation des fonds de cabane, de leur répartition chronologique et spatiale et des différentes hypothèses proposées quant à leurs origines et leurs fonctions.

C. Ben Kaddour

  • 31 Notamment au centre de l’emprise du site de Bonneuil-en-France où les structures se superposent rég (...)

105Les aménagements internes sont extrêmement rares pour la période mérovingienne (et dans certains cas, notamment pour les cabanes peu profondes, il faut peut-être envisager qu’il s’agisse plutôt de fosses antérieures à la construction de la cabane31). Quand des creusements existent à l’intérieur de la cabane, ils sont généralement peu nombreux et ne forment pas de plan précis, restituable comme emplacement de métier à tisser. Signalons néanmoins que l’absence d’aménagements internes ne doit pas forcément être synonyme d’absence d’activités liées au tissage (nous rappelons ici les exemples d’Hochfelden et Oseberg).

106Quelques cas de rainures, rigoles ou tranchées internes sont à noter pour la période mérovingienne. Ce type d’équipement est rare et ne se rencontre plus guère aux périodes suivantes (citons quand même un cas de tranchée courte et large dans une cabane fin xe-xie s. de Bonneuil-en-France). Quelques cabanes du viiie s. pourraient comporter des aménagements internes, mais il faut vraiment attendre les ixe-xe s. pour voir apparaître et se multiplier les aménagements à deux ou trois fosses d’ancrage (plus rarement quatre) sur de nombreux sites franciliens : sur 400 structures postérieures au milieu du viiie s. (et dont nous avons pu consulter le plan) : 191 comportent des aménagements internes (et dans la majorité des cas – 144 – sont ménagés dans des cabanes du type 2, à deux poteaux axiaux). Souvent, les fosses d’ancrage sont quadrangulaires et leurs profils sont généralement à parois verticales et à fonds relativement plats. Cette standardisation est assez étonnante et ne semble pas toucher aussi massivement les bâtiments de surface ou d’autres équipements récurrents des habitats ruraux des xe-xiie s. tels que les silos ou les fours domestiques, qui présentent encore une certaine diversité morphologique (avec, peut-être, pour ce dernier type de structures, une tendance à l’augmentation des volumes).

Fig. 32 - Répartition des cabanes par types et par phases chronologiques.

Fig. 32 - Répartition des cabanes par types et par phases chronologiques.

DAO : C. Ben Kaddour

107En conclusion, même si le fond de cabane est un équipement quasi-incontournable dans l’aménagement des habitats ruraux d’Île-de-France pendant toute la période du haut Moyen Âge (fin ve-xiie s.), les fouilles de grandes superficies montrent clairement une diminution du nombre de structures par sites dès les viie-viiie s., diminution qui s’accompagne d’une “simplification” notable des systèmes de charpente (dans le sens où les trous de poteaux ménagés en périphérie du creusement de la cabane sont en nombre réduit). De la fin du xe au xiie s., le nombre de cabanes par sites ré-augmente sensiblement et le creusement de fosses d’ancrage pour des métiers à tisser (le plus souvent deux fosses) est systématisé.

108Il faudrait, dans un futur, proche si possible, vérifier ces conclusions émises à partir des constatations franciliennes avec les données accumulées dans les autres régions du nord et du centre de la Gaule comportant des fonds de cabane alto-médiévaux (le Grand-Est, la Bourgogne-Franche-Comté, le Centre-Val-de-Loire, les Pays de la Loire, la Normandie et les Hauts-de-France). Il est également souhaitable de continuer à travailler sur la restitution des gestes et des méthodes de l’artisanat textile au sein des cabanes semi-excavées, en confrontant les plans des structures, le mobilier, la faune, les analyses sédimentaires (études micromorphologiques, palynologiques et carpologiques) et les résultats d’expérimentations.

109Enfin, il faudra renseigner de manière plus fine, le rôle de ce type d’équipement – que ce soit pour la production textile ou pour d’autres usages – dans l’économie et le système socio-politique des habitats, en fonction de la nature, du statut, de l’insertion géographique et de la chronologie de ceux-ci.

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Bibliographie

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Notes

1 Je remercie d’ailleurs Gaëlle Bruley-Chabot d’avoir accepté que j’intègre à cette étude les données de la fouille qu’elle a dirigée.

2 Le premier confinement causé par le coronavirus SARS-CoV-2 a été l’occasion de faire un dépouillement de la documentation scientifique (rapports de fouilles, de diagnostics, articles, volumes de la carte archéologique, bilans scientifiques régionaux). Nous avons d’ailleurs particulièrement tiré profit de la large mise à disposition des rapports de fouilles “récents” (des années 1990 à 2020) depuis la plateforme Dolia de l’Inrap. Nous en remercions ici l’Institut.

3 Structures propres à la période carolingienne dont la fonction a fait l’objet de plusieurs spéculations : fosse-coffre, base de pressoir ou fosse pour meule à émoudre.

4 Chercheurs britanniques, allemandes et nordiques font généralement aussi la distinction entre “maisons” et “cabanes” semi-excavées.

5 Merci à Hélène Assémat (Archéopole) pour m’avoir donné accès au rapport de fouille.

6 Malheureusement aucune analyse micromorphologique n’a été entreprise, au vu de l’homogénéité et du caractère bioturbé de la plupart des comblements. Pour des exemples d’études micro-morphologiques (couplées à des analyses geochimiques) de comblements d’abandon de fonds de cabane anglais, voir Maslin 2015.

7 Donc dans un secteur assez humide.

8 “Complexe” dans le sens où les poteaux périphériques supposés participer à la charpente (les supports verticaux constituant l’ossature des murs et/ou servant de base à la toiture) sont nombreux.

9 Pour la structure 2207 : rainure de 3,80 m par 0,30 m pour 0,20 m de profondeur ; pour la structure 4197 : rainure de 2, 60 par 0,35 pour 0,10 m de profondeur.

10 De manière générale, rappelons que l’on peut considérer que l’ensemble des structures alto-médiévales du site ont une conservation moyenne à bonne et qui ne dépend pas, ni du type de substrat, ni de leur situation topographique. Même les parties hautes du site sont globalement relativement bien conservées. On notera par exemple, l’existence de reliquats de niveaux de chaussées empierrées et de nombreux silos (plus de 300) conservés sur au moins 1 m de profondeur.

11 Une autre cabane mérovingienne de Bonneuil-en-France (ST 9405/10323) est légèrement moins grande (18,3 m2).

12 Avec une longueur de 0,296 m pour 1 pied romain.

13 Pour les structures les plus profondes, on peut se demander s’il ne s’agit pas de structures entièrement excavées (caves ou celliers) constituant des espaces sous-terrain au dessous de bâtiments de plain-pied (type cave ou cellier).

14 Sur le corpus étudié par François Gentili, 75 % des cabanes des xe-xie s. étaient pourvus d’aménagements internes.

15 Comme cela est régulièrement attesté sur les sites alto-médiévaux, ce sont bien évidemment les structures volumineuses et profondes (type fond de cabane ou silo) qui servent majoritairement de dépotoir (voir, par exemple, la dispersion du mobilier sur le site suisse de Develier-Courtételle, Fellner 2008).

16 Il relativise cependant nettement cette fonction dans la mesure où les fonds de cabane coexistent souvent avec des bâtiments de plain-pied.

17 Soit une sépulture aristocratique, voire royale. Le métier à tisser est peut-être ici en lien avec la production de tissus très spéciaux (des restes de tapisseries provenant par ailleurs de cette sépulture datée par dendrochronologie de 834, info : A. Nissen).

18 Étude : Alexis Corrochano, Éveha, UMR 5608.

19 2 objets liés au travail du métal, 3 au travail du cuir, 1 au travail de la pierre et 3 aux activités agro-pastorales.

20 Pin-beaters chez les anglo-saxons (voir, par exemple, Walton-Rogers 2018).

21 Weaving battens (ibid.)

22 En Alsace, le site de Vendenheim a livré deux lames en fer dans des tombes féminines. Ces lames, plus courantes dans les mondes germaniques et anglo-saxons, sont parfois des pièces d’armement retaillées (Fischbach et al. 2015).

23 Walton-Rogers indique qu’au Royaume Uni, ces broches qui présentaient généralement deux embouts effilés (forme “en cigare”) à la période mérovingienne, ne présentent plus qu’une pointe à partir de la période carolingienne (Walton-Rogers 2018 : 110).

24 Ce qui constitueraient des datations particulièrement précoces.

25 47 fonds de cabane avec des aménagements internes, dont 19 avec des empreintes claires de métiers à tisser (à deux ou trois fosses d’ancrage).

26 Étude carpologique : Françoise Toulemonde, UMR 7209.

27 Étude archéozoologique : Chloé Genies, Éveha.

28 La clarinette et le chalumeau étant des instruments à hanche alors que la flûte est un instrument à vent de type “jet d’air et biseau”.

29 Étude technologique et sonore de l’instrument : E. Safa, Université Bourgogne-Franche-Comté, UMR 6298.

30 9441 restes en comptabilisant aussi ceux de l’opération 2010-2011. Cela représente une moyenne de plus de 40 tessons par fond de cabane. Étude céramique : A. Noël, Éveha, UMR 7324.

31 Notamment au centre de l’emprise du site de Bonneuil-en-France où les structures se superposent régulièrement.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 - Localisation du site “Aéroport du Bourget, zone nord-ouest” à Bonneuil-en-France.
Crédits DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016, Caparros 2008, © Géoportail)
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 400k
Titre Fig. 2 - Plan général des vestiges observés lors des opérations d’archéologie préventive sur le site de Bonneuil-en-France, toutes périodes confondues, sur fond cadastral simplifié.
Crédits DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016, Caparros 2008
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 636k
Titre Fig. 3 - Carte de l’Île-de-France avec la localisation des sites ayant livré des fonds de cabane alto-médiévaux. Fond de carte Corin Land Cover simplifié.
Crédits DAO : C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 642k
Titre Tabl. 1 - Liste des sites concernés par le bilan.
Crédits C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 976k
Titre Fig. 4. - Dispersion du nombre de fonds de cabane selon les superficies fouillées, en ha (tabl. : C. Ben Kaddour).
Crédits C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 59k
Titre Fig. 5 - Fonds de cabane de Frépillon “ZAC des Épineaux” et de Moissy-Cramayel “Chanteloup”.
Crédits DAO : C. Ben Kaddour, d’après Ben Kaddour 2018 et Desrayaud 2016
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 315k
Titre Fig. 6 - Les fonds de cabanes du site “Chemin Fin d’Oise” à Neuville-sur-Oise.
Crédits D’après Souffi 2013
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 135k
Titre Fig. 7 - La cabane 319 de Frépillon “ZAC des Épineaux”.
Crédits Cliché : T. Vernat, DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 296k
Titre Fig. 8 - Rares exemples de cabanes présentant un sol induré sur le site de Bonneuil-en-France.
Crédits Clichés : E. Bouilly, M. Caby, F. Pineau
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 544k
Titre Fig. 9 - Les fonds de cabane de Bonneuil-en-France classés par type et par chronologie.
Crédits DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 653k
Titre Tabl. 2 - Les différents types de cabanes à Bonneuil-en-France.
Crédits C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 154k
Titre Fig. 10 - Graphique présentant les différents types de cabanes de Bonneuil-en-France, par phases chronologiques.
Crédits C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 173k
Titre Fig. 11 - Répartition des fonds de cabane de Bonneuil-en-France, par phase chronologique.
Crédits DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 289k
Titre Fig. 12 - Orientations comparées des fonds de cabane de la “ZAC des Épineaux” à Frépillon.
Crédits DAO : C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 94k
Titre Fig. 13 - Les deux états de la cabane 2703.
Crédits Cliché : M. Caby, DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 552k
Titre Fig. 14 - Plan des vestiges de Bonneuil-en-France attribuables à la période mérovingienne avec restitution des cheminements.
Crédits DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 245k
Titre Fig. 15 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés du début de la période mérovingienne (fin ve-milieu vie s.).
Crédits DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 397k
Titre Fig. 16 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la fin de la période mérovingienne (milieu vie-viie s.).
Crédits DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 205k
Titre Fig. 17 - Plan, coupe et profils du fond de cabane 4931.
Crédits Cliché : C. Chouette ; DAO : C. Ben Kaddour, N. Tourancheau
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-19.jpg
Fichier image/jpeg, 304k
Titre Fig. 18 - Les cabanes 2007 et 4197 de Bonneuil-en-France et deux autres exemples franciliens de cabanes à rainure.
Crédits Clichés : M. Caby, L. Lorrenzini ; DAO : C. Ben Kaddour, d’après Gonçalves-Buissart 2012 et Daveau, Goustard 1995
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-20.jpg
Fichier image/jpeg, 251k
Titre Fig. 19 - Rares exemples de très grandes cabanes excavées à Bonneuil-en-France et en Île-de-France.
Crédits DAO : C. Ben Kaddour, d’après Deschamp 2016, Gentili 2009, Hurard 2011, Mahé 1996, Broine 2009
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-21.jpg
Fichier image/jpeg, 334k
Titre Fig. 20 - Rapport longueur/largeur des fonds de cabane mérovingiens de Bonneuil-en-France.
Crédits Graphique : C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-22.jpg
Fichier image/jpeg, 69k
Titre Fig. 21 - Plan des vestiges de Bonneuil-en-France attribuables à la transition entre période mérovingienne et période carolingienne avec restitution des cheminements.
Crédits DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-23.jpg
Fichier image/jpeg, 170k
Titre Fig. 22 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la transition entre périodes mérovingienne et carolingienne (viiie s.).
Crédits DAO : C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-24.jpg
Fichier image/jpeg, 179k
Titre Fig. 23 - Plan des vestiges de Bonneuil-en-France attribuables à la période carolingienne et aux xie-xiie s., avec restitution des cheminements.
Crédits DAO : N. Tourancheau, C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-25.jpg
Fichier image/jpeg, 186k
Titre Fig. 24 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la période carolingienne (fin viiie-xe s.).
Crédits DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-26.jpg
Fichier image/jpeg, 141k
Titre Fig. 25 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la période carolingienne ou du xie s.
Crédits DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-27.jpg
Fichier image/jpeg, 87k
Titre Fig. 26 - Plans et coupes longitudinales des fonds de cabane de Bonneuil-en-France datés de la fin du haut Moyen Âge (fin xe-xie s.).
Crédits DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-28.jpg
Fichier image/jpeg, 219k
Titre Fig. 27 - Cabanes avec aménagements internes entre le viiie et le xie s. sur le site de Bonneuil-en-France.
Crédits DAO : C. Ben Kaddour, d’après Bruley-Chabot 2016
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-29.jpg
Fichier image/jpeg, 228k
Titre Tabl. 3 - Mobilier de Bonneuil-en-France lié au travail textile, classé par matériaux et par type de structure.
Crédits C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-30.jpg
Fichier image/jpeg, 1,0M
Titre Fig. 28 - Instrumentum lié aux activités textiles (hors pesons et lissoirs). Les numéros en rouge concernent d’autres catégories de structures que les fonds de cabane.
Crédits Clichés : A. Corrochano, DAO : C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-31.jpg
Fichier image/jpeg, 220k
Titre Fig. 29 - Instrument de musique en os aviaire retrouvé dans la cabane 2049 du début de la période mérovingienne.
Crédits Dessin et DAO : C. Ben Kaddour, E. Safa
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-32.jpg
Fichier image/jpeg, 139k
Titre Fig. 30 - Cabanes avec silos à Septeuil et à Bonneuil-en-France.
Crédits DAO : C. Ben Kaddour, d’après Barat, Langlois et Bricon 2001
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-33.jpg
Fichier image/jpeg, 187k
Titre Fig. 31 - Répartition des cabanes par types entre le présent bilan et la synthèse de M. Deschamp en 2009.
Crédits DAO : C. Ben Kaddour, d’après Deschamp 2009
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-34.jpg
Fichier image/jpeg, 107k
Titre Tabl. 4. - Tableau récapitulatif des critères de caractérisation des fonds de cabane, de leur répartition chronologique et spatiale et des différentes hypothèses proposées quant à leurs origines et leurs fonctions.
Crédits C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-35.jpg
Fichier image/jpeg, 411k
Titre Fig. 32 - Répartition des cabanes par types et par phases chronologiques.
Crédits DAO : C. Ben Kaddour
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6424/img-36.jpg
Fichier image/jpeg, 151k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Cyrille Ben Kaddour, « Les fonds de cabane du haut Moyen Âge en Île-de-France, réexamen du corpus et de la typologie à l’aune de la fouille de Bonneuil-en-France (95) “Aéroport du Bourget, zone nord-ouest” »Revue archéologique du Centre de la France [En ligne], Tome 62 | 2023, mis en ligne le 28 novembre 2023, consulté le 16 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/racf/6424 ; DOI : https://doi.org/10.4000/jfui

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Auteur

Cyrille Ben Kaddour

Bureau d’études Éveha, cyrille.ben-kaddour@eveha.fr, UMR 7324 Citeres-LAT

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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