Navigation – Plan du site

AccueilNumérosTome 63ArticlesTémoins archéologiques de l’estiv...

Articles

Témoins archéologiques de l’estive médiévale et moderne : évolution typo-chronologique et spécificités de l’habitat agropastoral sur le haut Forez entre le xie s. et le xviiie s. (Massif central oriental, France)

Archaeological evidence of medieval and modern summer pastures: typo-chronological evolution and specific features of agropastoral settlements in Haut Forez between the 11th and 18th centuries (eastern Massif Central, France)
Antoine Scholtès, Priscille Chapuis, Jacques Verrier, Christian Le Barrier, Christophe Mathevot et Hervé Cubizolle

Résumés

Commencées en 2016 sous l’égide d’un programme de recherche pluridisciplinaire, les recherches archéologiques ont mis au jour une importante densité de vestiges associés à une gestion pastorale du haut Forez entre le second Moyen Âge et l’époque moderne (xiie-xviiie s.). L’évolution typo-chronologique des formes de l’habitat reflète une structuration progressive de l’agropastoralisme étroitement liée aux besoins et orientations de l’économie régionale (Forez, Dore et Limagne). S’il croît et s’intensifie dans le temps, l’élevage conserve malgré tout un caractère local assumé par les seigneurs et les communautés paysannes en charge des pâturages. La volonté est dictée par le souhait, déjà, de préserver les ressources afin de perpétuer l’activité et de l’ancrer dans un temps long. L’accès aux pâturages d’été est donc strictement réservé à un cheptel local. Le statut acquis a son importance, car il distingue l’agropastoralisme forézien des directions prises par cette même économie dans le Cézallier, le Cantal, l’Aubrac ou encore le Velay où prédomine la transhumance. Sur les Hautes-Chaumes, les pasteurs sont en charge de l’entretien des terroirs et s’érigent comme les acteurs principaux de l’artificialisation du paysage. L’habitat pastoral rend compte de cette dynamique pluriséculaire à travers sa répartition et ses formes architecturales.

Haut de page

Texte intégral

Introduction

1Le haut Forez est un espace singulier au sein de la moyenne montagne forézienne (Fig. 1). Aujourd’hui terroir asylvatique, l’unité paysagère s’étend entre 1 200 m et 1 634 m d’altitude. Géographes et agronomes plébiscitent dès le xixe s. l’attrait agropastoral du territoire. Déjà, ils évoquent l’héritage anthropique comme cause instigatrice de la modification des paysages (Alverny 1907 ; Lapayre 1926). Depuis près de trente ans, les études paléoenvironnementales corroborent à leur tour le lien indéfectible qui existe depuis le second âge du Fer entre pratiques agropastorales et fluctuations du couvert végétal. De premiers signaux polliniques inféodés à l’élevage apparaissent dès cette période. Les taxons des rudérales s’établissent en ce temps en deçà de 5 % du cortège pollinique total et ne concurrencent en aucun cas les taxons arboréens encore majoritaires et dominés par le cortège du hêtre et du sapin (Cubizolle et al. 2014 ; Dendievel et al. 2023). Un premier seuil est franchi dans la relation sociétés-environnement au Haut-Empire (Scholtès et al. 2023a). Toutefois, il faut attendre le xiie s. ap. J.-C. pour qu’un véritable déclin du couvert forestier ne s’amorce (Chapuis et Verrier 2021). Le processus est orchestré par les communautés montagnardes qui stimulent l’élevage parallèlement au développement des centres urbains au sein des plaines voisines. L’archéologie démontre que la dynamique paléoenvironnementale est corrélée à l’apparition d’un habitat temporaire affilié à l’estive dès le xiie s. À l’époque moderne les données archéologiques étayent l’hypothèse d’une fréquentation soutenue des pâturages d’altitude. La gestion des ressources environnementales acquiert un caractère intensif qu’exacerbe l’essor de l’économie régionale. Les forêts sont maintenues hors des plateaux et les prairies, entretenues par un cheptel croissant, se pérennisent et s’érigent comme une composante forte du paysage local (Scholtès 2020).

  • 1 86 sites (soit 732 structures individuelles) intégrés à la base de données en 2021 (Chapuis et Verr (...)

2L’important dénombrement de sites sur les Hautes-Chaumes1 questionne sur l’implication des pasteurs dans la dynamique de mise en valeur du territoire. La typologie des bâtiments et les premiers éléments de datation offrent une piste pour intégrer l’habitat pastoral dans un cadre chronologique, socio-économique et culturel spécifique. Tous les vestiges sont intégrés à la catégorie des groupements de bâtiments semi-enterrés. Occupés temporairement pendant la saison de l’estive, les sites sont répartis entre 1 200 m et 1 550 m d’altitude. Le modèle d’occupation du sol se structure progressivement entre le xiie s. et le xviiie s. Des évolutions architecturales sont régulièrement appréhendées dans le bâti et matérialisent des phases de seuils techniques corrélés aux mutations socio-économiques de leur temps.

Fig. 1 - Localisation de la zone d'étude. À droite, le trait plein blanc matérialise les Hautes-Chaumes.

Fig. 1 - Localisation de la zone d'étude. À droite, le trait plein blanc matérialise les Hautes-Chaumes.

A. Scholtès

3Cadre géographique

4Le terme de haut Forez est utilisé afin de distinguer la partie sommitale des Monts du Forez des étages intermédiaires et inférieurs du massif. Le territoire couvre une superficie d’environ 8 000 ha entre le col de la Loge au nord et le col des Pradeaux au sud. L’altitude s’échelonne entre 1 200 m et 1 634 m à son point culminant, Pierre-sur-Haute.

5Le massif a été porté en altitude par des phénomènes de plissements conséquents de l’orogénèse alpine. Depuis l’Oligocène, la tectonique des plaques et l’érosion différentielle ont progressivement œuvré à la formation du relief actuel. En conséquence, des ruptures de pentes à forte déclivité encadrent les Hautes-Chaumes, là où le réseau de failles a marqué le relief de son empreinte. Sur le plateau, la topographie locale et les formations superficielles sont héritées du dernier Pléniglaciaire würmien. Des reliefs résiduels et des formations à blocs sont encore observables à haute altitude et constituent des témoignages visibles de la dernière glaciation. D’anciennes niches de nivation et autres cuvettes glaciaires sont également réparties sur le territoire et constituent autant de réceptacles favorables à l’accumulation hydrique et à la formation de zones humides, notamment des tourbières.

Historique des recherches

Un intérêt ethnographique précoce au xixe s.

6Dès le xixe s., plusieurs traités d’ethnographie et d’agronomie sont publiés et décrivent la vie agropastorale dans les montagnes du Massif central. Les descriptions de la vie sur la montagne sont réalisées à travers un spectre ethnographique, agronomique, voire sociologique (Ramond 1841 ; Yvart 1819 ; Lecoq 1835 ; Baudet-Lafarge 1860). La révolution industrielle bat son plein et s’accompagne d’un exode rural sans précédent, l’économie de la montagne interroge et fascine. L’habitat de l’estive est alors caractérisé dans ses formes et ses fonctions. À titre d’exemple, Jean Augustin Victor Yvart dépeint les bâtiments comme de “[…] de simples cabanes […] creusées en terre, entourées et couvertes de mottes de gazon […]. On y distingue ordinairement trois compartiments : l’un comprend l’âtre, l’autre les instruments nécessaires à la fromagerie et le dernier sert tout à la fois de dépôt pour le beurre, fromages et de chambre […]” (Yvart 1819 : 76). D’autres auteurs mentionnent également “[…] des huttes en pierres sèches, couvertes d’un lambeau de gazon et moitié enfoncées dans la terre […]” (Ramond 1815 : 265). Les exemples sont nombreux. En outre, ils sont unanimes sur les formes prises par l’architecture. En ce temps, les Monts du Forez ne sont pas en reste. Au xviiie s., un historien en visite sur la commune de Chalmazel brosse un portrait des bâtiments existants. Selon lui, le procédé est équivalent à celui du Sancy et consiste à creuser “[…] en terre une cabane divisée en trois parties […]” et de lui faire “[…] des murs en mottes de gazon […]” (Legrand-d’Aussy 1788 : 256).

7Entre la fin du xixe s. et la première moitié du xxe s. de nombreux travaux sont publiés et enrichissent la thématique (Mathieu 1876 ; Pommerol 1876 ; Magitot 1884 ; Bertrand 1886 ; Déchelette 1912 ; Charvilhat 1912 ; Guébhard 1919 ; Aymar 1921 ; Bataille 1921 ; Vazeilles 1947). Un véritable courant de recherche émerge à l’échelle du Puy-de-Dôme, du Cantal et du Forez-Velay. La récurrence des vestiges intrigue la communauté de chercheurs qui s’interroge sur leur nature, leur origine et leur fonction. De premières fouilles archéologiques sont alors conduites dans le Cézallier (Mathieu 1876) et dans le Forez (Bertrand 1886).

Le renouveau de l’archéologie de la montagne dans le Massif central

8Il sera nécessaire d’attendre près d’un siècle pour que la montagne et ses problématiques soient investies par l’archéologie moderne. La table-ronde de Clermont-Ferrand de 1984 s’érige en véritable point de départ en la matière (Collectif 1984). Les thématiques abordées favorisent une prise de conscience du potentiel offert par ces territoires qui, jusque-là, sont tenus à l’écart de la discipline. Dans la foulée, Pierre-François et Gabriel Fournier publient une synthèse des connaissances archéologiques relatives à l’habitat de montagne en Haute Auvergne (Fournier et Fournier 1984). Toutefois, c’est véritablement à partir des années 2000 que les travaux se multiplient à l’échelle du Massif central. Des campagnes de sondages archéologiques sont alors entreprises en Aubrac, dans le Cantal et dans le Cézallier (Fau 2006 ; Surmely et al. 2010 ; 2018 ; Surmely et Le Junter 2017). Les travaux s’inspirent des problématiques élaborées initialement dans les Pyrénées puis dans les Alpes par de grands programmes fondateurs (Galop 1998 ; Rendu 2003 ; Leveau 2003). Ils se structurent autour du postulat selon lequel l’évolution du paysage végétal est directement liée à l’évolution des pratiques socio-économiques passées. Le paysage devient dès lors une réalité biologique, un produit social en constante évolution (Galop 1998). Une image nouvelle de la montagne émerge, “[…] plus mobile et moins naturelle que présupposée […]” dans laquelle “[…] les sociétés qui y habitaient apparaissent plus innovantes en matière de gestion des ressources” (Davasse 2015 : 29).

9Tenus jusqu’à récemment à l’écart des courants régionaux et nationaux, les Monts du Forez ne sont désormais plus en reste. Un programme de recherche pluridisciplinaire fondé en 2016 s’empare de la thématique de l’agropastoralisme, de son évolution et de la mise en valeur des paysages qui en découle dans le temps long (Chapuis et Verrier 2021).

Les structures pastorales du haut Forez

10Dès le second Moyen Âge, les estives foréziennes accueillent des groupements de bâtiments construits et occupés pendant la saison estivale. Dans leur définition, les sites pastoraux incluent “[…] l’ensemble des habitats groupés dont les formes chrono-typologiques, l’organisation et la spatialisation répondent à une logique de gestion du territoire ainsi qu’une finalité socio-économique jugés identiques” (Scholtès 2020). La quasi-totalité des sites est implantée dans des contextes topographiques de pentes à la dénivellation plus ou moins prononcée. Les structures sont systématiquement creusées dans le terrain et orientées perpendiculairement à la pente. L’arrière du bâtiment est délimité par une dénivellation naturelle dont l’élévation dépend de l’enfouissement du module dans le sol. Les matériaux extraits lors de l’excavation sont ensuite réutilisés. Ils sont grossièrement entassés afin de réaliser des talus en terre et mottes à l’avant et sur les côtés du bâtiment (Scholtès 2023). Des éléments en bois parachèvent la construction. Ils sont employés comme poteaux porteurs et entraits et soutiennent une charpente à doubles pans ou à pan unique. Les sondages archéologiques entrepris sur huit sites du corpus rendent compte de l’homogénéité des techniques de construction.

11La documentation moderne et contemporaine offre un aperçu de la fonction des groupements pastoraux pour ces périodes. Les textes précisent qu’il s’agit de bâtiments qui ont accueilli les exploitants et leurs cheptels pour la durée de l’estive. Des règlements des xixe s. et xxe s. témoignent des termes de “cabanes” et de “loges” utilisés pour désigner l’habitat saisonnier (Lapayre 1926). Depuis le xxe s. “cabanes” et “loges” sont remplacés par le terme de jasserie communément admis pour parler d’un bâtiment à vocation pastorale. Dans le Forez dépuis le xixe s., une jasserie est un bâtiment unique construit en pierres et bois et installé de façon pérenne sur un territoire donné. Dans les documents du xviiie s. le terme de “jasserie” désigne toutefois un groupement de huit à dix structures qui exploitent de façon commune les pâturages d’altitude : les “jaz” ou “jat” (Gras 1864 ; Fournier et Fournier 1984). Une précision est donnée par E. Lapayre pour qui “[…] jas et jasserie peuvent être considérés comme l’équivalent de montagne pastorale, d’Alpe, tandis que cabane et loge s’appliquent de façon précise à l’habitat lui-même” (Lapayre 1926 : 303). Malgré des appellations différentes en fonction des régions, l’habitat saisonnier s’est structuré autour d’une pensée et de pratiques communes. Considérant cela, les jasseries foréziennes sont l’équivalent des “tras” et “buron” du Cézallier/Cantal (Surmely et Le Junter 2017), des “mazuc” et “traps” de l’Aubrac (Fau 2006), des “remues” et “buron” des Alpes du nord (Carrier et Mouthon 2010) ou encore des “cabanes” et “cubilares” pyrénéennes (Le Couédic 2010).

Chronologie relative de la structuration de l’habitat pastoral forézien

12Au terme d’une première triennale, 86 sites sont intégrés à la base de données des groupements pastoraux (Chapuis et Verrier 2021) (Fig. 2). Quatre années de prospections ont permis de couvrir l’ensemble des territoires compris entre 1 200 m et 1 634 m d’altitude. Au cours de ces campagnes l’enregistrement des vestiges a été systématique et uniformisé : toutes les structures rencontrées ont été relevées en plan (dimensions, formes, orientation, particularismes, etc.) et géoréférencées afin d’alimenter une base de données thématique. Avec le renouvellement du programme de recherche, la reprise des prospections au sol, des prospections aériennes et l’obtention de données LIDAR inédites, le nombre de sites et la compréhension que nous en avons évolueront très certainement ces prochaines années.

Fig. 2 – Répartition typologiques des sites pastoraux du haut Forez (ronds) et répartitions des tourbières bénéficiant d’analyses polliniques (étoiles.) Le trait plein blanc matérialise la limite de l'unité paysagère des Hautes-Chaumes.

Fig. 2 – Répartition typologiques des sites pastoraux du haut Forez (ronds) et répartitions des tourbières bénéficiant d’analyses polliniques (étoiles.) Le trait plein blanc matérialise la limite de l'unité paysagère des Hautes-Chaumes.

A. Scholtès

Fig. 3 - Datations C14 et chronologie relative des vestiges ayant livré du mobilier céramique.

Fig. 3 - Datations C14 et chronologie relative des vestiges ayant livré du mobilier céramique.

A. Scholtès dans Chapuis et Verrier 2021

  • 2 Datations radiocarbones par C. Oberlin au Centre de Datation par le Radiocarbone de Lyon (UMR 5138)

13L’acquisition de datations est devenue nécessaire afin d’approfondir les connaissances et d’asseoir une première typo-chronologie propre à ces vestiges. Des campagnes de sondages archéologiques ont donc été entreprises sur une première sélection de neuf sites. Sur chaque site, une structure a été sélectionnée dans le but d’être sondée, voire fouillée, de façon exhaustive et selon les moyens dévolus (moyens humains et temps notamment). Sur certains sites, les sondages ont été étendus à d’autres structures. Les recherches ont été dictées par des problématiques spécifiques. La diversité des aménagements est-elle caractéristique d’un phénomène restreint et affilié à un environnement socio-économique particulier ? Ou, au contraire, est-ce là le témoignage d’un mouvement culturel de plus grande ampleur, standardisé et diachronique ? Les deux cas de figure peuvent être envisagés. Grâce aux différents sondages, 17 datations ont été obtenues parmi lesquelles 4 datations radiocarbones et 11 datations relatives par lots de céramiques (Fig. 3). Les datations radiocarbones2 ont été réalisées sur des macrorestes végétaux (graines), des charbons et des bois issus de surfaces de fonctionnement clairement identifiées. Les données sont cohérentes et étayent l’hypothèse d’un phénomène évolutif et ancré dans le temps long. Une évolution progressive des vestiges est appréhendée sur le volet architectural (Fig. 4). Avec le temps, les bâtiments deviennent plus grands et les plans au sol se diversifient. Deux grandes phases se dessinent.

  • 3 Site n19 : 1296-1409 ap. J.-C. (95,4 % de probabilité) ; site n2 : 1297-1409 ap. J.-C. (95,4 % (...)

14Une première phase intègre les structures les plus petites (type 1 et type 2) et serait ancrée au cœur du second Moyen Âge. La distinction supposée entre le type 1 et le type 2 reste encore incertaine, notamment en considérant le faible nombre de groupements de structures associés au type 1 (un unique cas référencé et un second incertain). Il est donc possible que les deux modèles soient contemporains. De futures recherches préciseront l’hypothèse. Les datations radiocarbones réalisées sur 3 bâtiments de type 2 corroborent leur ancrage dans le second Moyen Âge ou la fin de celui-ci3. La céramique extraite des niveaux d’occupation (sites n02 et n05) et celle recueillie en prospection à l’intérieur de structures identifiées (sites n15, n29b, n51, n62 et n75) étayent la chronologie proposée.

15Une seconde phase débuterait ensuite à la toute fin du Moyen Âge et couvrirait l’intégralité de la période moderne. Elle est caractéristique de l’architecture de type 3. L’interprétation repose ici sur les datations acquises sur huit structures sondées. Les données les plus précoces ont été obtenues grâce à deux lots de céramiques (sites n31 et n61) et à deux datations radiocarbones (sites n6, n69). Les données sont homogènes. En outre, elles suggèrent une apparition du modèle aux xve-xvis. La datation 14C du site n6 donne la fourchette de 1481-1641 ap. J.-C. (95,4 % de probabilité) tandis qu’une seconde, obtenue sur le site n69, celle de 1470-1640 ap. J.-C. (95,4 % de probabilité). La limite récente de diffusion du modèle est estimée grâce à la fouille d’une structure du site n41 dans laquelle le niveau d’occupation a livré du mobilier en céramique du xviiie s. (Scholtès et al. 2023b). Par ailleurs, cette dernière limite est corrélée avec l’apparition des premières “jasseries” dès la fin du xviiie s. Sur le haut Forez, les jasseries constituent la forme actuelle de l’habitat pastoral dont le modèle s’est largement développé notamment à cours du xixs. (Damon 1972 ; Prajalas 2004).

Fig. 4 - Représentation de l’évolution typologique des groupements de sites sur le haut Forez.

Fig. 4 - Représentation de l’évolution typologique des groupements de sites sur le haut Forez.

J. Verrier & A. Scholtès

Répartition et implication environnementale des sites pastoraux du haut Forez

16L’intégralité des vestiges est répartie entre 1 250 m et 1 550 m d’altitude (Fig. 5). Une majorité des sites (66 % d’entre eux) occupe toutefois un gradient altitudinal compris entre 1 300 m et 1 400 m. Il s’agit là d’une fenêtre dans laquelle la topographie est relativement peu accidentée, principalement formée de plateaux aux pentes douces et de vallons peu encaissés. Les données statistiques suggèrent que les positions en hauteur sont privilégiées avec 81 % de sites occupant une situation de rupture de pente ou de talus (respectivement 42 % et 39 %). Au contraire, les fonds de vallon n’accueillent que 19 % de l’habitat. Le potentiel de surveillance qu’offre un point haut expliquerait en partie ce choix stratégique. Quant à la répartition altitudinale, elle semble liée à la typologie des structures.

Fig. 5 - Répartition altitudinale des groupements de structures en fonction de leur typologie.

Fig. 5 - Répartition altitudinale des groupements de structures en fonction de leur typologie.

A. Scholtès

17D’après sa répartition, l’habitat du second Moyen Âge (type 1 et type 2) investit la totalité des secteurs compris entre 1 200 m et 1 550 m d’altitude. Seul l’environnement des crêtes, peu propice à l’installation, est tenu à l’écart de cette dynamique. Il s’agit en effet d’une fenêtre à forte constitution minérale que soient considérées les formations superficielles ou bien la couverture pédosédimentaire constituée de lithosols ou de rankosols peu épais. De nombreuses formations héritées du Würm se distinguent dans le paysage, notamment des tabliers à blocs, des éboulis flués et des reliefs résiduels. Le schéma d’occupation du sol du second Moyen Âge évolue à l’époque moderne. Désormais, la carte de répartition rend compte d’une concentration des sites sous la barre altitudinale de 1 400 m et au cœur des plateaux (Fig. 5). La grande majorité s’implante même dans un gradient compris entre 1 250 m et 1 330 m avec 85 % des groupements de type 3 découverts.

18Couplé à l’évolution du cortège végétal local, le schéma qui se dessine est riche d’enseignements pour comprendre la dynamique de mise en valeur du territoire. Plusieurs analyses polliniques réalisées sur des sédiments tourbeux rendent compte d’une ouverture du milieu forestier amorcée dès les xe/xiie s. et dont l’acmé serait atteinte au xive s. (voir Fig. 2 supra). La répartition de l’habitat du second Moyen Âge semble étroitement corrélée à cette dynamique d’ouverture. Répertorié sur l’ensemble du territoire, le modèle – notamment favorisé par sa taille et éventuellement sa mobilité – serait à l’origine d’un processus séculaire de mise en valeur des terres afin d’obtenir de nouveaux pâturages.

19C’est à partir de cette période qu’est constaté un recul global des forêts sur le haut Forez. La hêtraie-sapinière est la principale formation impactée. Dès le second Moyen Âge, le hêtre (Fagus) et le sapin (Abies) déclinent et se stabilisent à des taux inférieurs à 10 % de la somme pollinique globale à l’aube de l’époque moderne (J. Argant dans Chapuis et Verrier 2021 ; Cubizolle et al. 2014 ; Dendievel et al. 2023). Les forêts sont repoussées en dehors des terrains de pâtures et ne parviendront à se réimplanter localement et selon des conditions très spécifiques qu’à partir du xixs. D’ordinaire, le déclin des forêts est bénéfique à l’installation d’arbres et arbustes héliophiles pionniers (Corylus, Betula, Alnus). Ce n’est toutefois pas le cas sur les Hautes-Chaumes où ces taxons restent discrets dans la documentation pollinique. Surtout, il ressort que ces nouvelles conditions avantagent tout un cortège de rudérales (Plantago, Rumex, Urticaceae, Chenopodiaceae, Cichorioideae) et de graminées (Poaceae) dont la dynamique est désormais croissante. La plupart, notamment les rudérales, voit sa croissance directement corrélée à la stabulation animale qui découle du pastoralisme (Galop 1998). Les données, confortées par l’abondance des sites archéologiques, érigent donc l’élevage comme moteur de l’évolution du paysage et de mise en valeur du milieu au second Moyen Âge. L’entretien des terres nouvellement gagnées sur les forêts est dévolu aux pasteurs. Parmi les moyens à leur disposition, il y a la possibilité d’orchestrer un déplacement annuel ou pluriannuel de l’habitat lors de la saison de l’estive. Il s’agit d’une procédure que permettent d’appréhender les règlements d’époque moderne. Le devoir d’entretien des pâturages et la mobilité de l’habitat sont des aspects évoqués dans un acte notarial de la paroisse de Sauvain au xviie s. dont dépend la montagne de Colleigne. Le texte, à destination des tenanciers qui jouissent de droits sur la montagne, précise que “ […] ils [les propriétaires] changeront leurs loges ou cabanes dudit jact quand requis seront par la plus grande voix desd tenanciers aux endroits qu’ils jugeront le plus nécessaires pour bonifier et affranchir lad. montaigne […] ” (acte notarial Desmier de 1685, repris dans Fournier et Fournier 1984 : 332).

Mise en perspective

Les lieux de l’estive forézienne : les “montagnes”

20Selon les termes de M. Le Couédic, la société pastorale est un “sous-système social dont dépendent les règles et les modes d’accès aux terrains [de pâtures]” (Le Couédic 2010 : 117). Marque véritable de la structuration territoriale et économique de l’estive, le concept de montagne est primordial pour comprendre la notion de site pastoral. Il ressort que ces deux éléments – groupements de structures et montagnes – se développent avec une certaine contemporanéité au cours de ces dix derniers siècles. Au moins depuis le second Moyen Âge, le haut Forez possède le statut de réserve pastorale. L’accès et les pratiques sont régis par des règlements seigneuriaux et notariaux qui précisent les droits, les devoirs et les conditions nécessaires afin d’accéder aux terres. Le caractère micro-local de l’estive distingue clairement l’activité forézienne de la dynamique pastorale du Cézallier, du Cantal, de l’Aubrac, et même du Velay où prédomine l’économie de la transhumance.

21La “montagne d’estive” s’érige comme une enveloppe politique et administrative adéquate afin de comprendre l’influence du site pastoral sur les pâturages qui en dépendent. Cette approche prend en compte un système interactif au sein duquel interagissent les communautés agropastorales, le troupeau et l’environnement végétal (Fig. 6). L’activité est conduite à partir d’un point déterminé à l’avance et de façon collégiale au sein de la communauté : le site pastoral. Il s’agit d’un lieu qui, chaque année, peut être déplacé selon la nécessité d’amender de nouvelles terres, voire de laisser à certains quartiers le temps de se régénérer (Scholtès 2020). L’usufruit de l’estive est concédé à un groupe de personnes par le seigneur de la montagne (i.e. le centre décisionnaire) en contrepartie du paiement d’un droit d’accès. Tous les protagonistes (seigneurs, paroissiens et pasteurs) œuvrent de concert avec l’objectif de perpétuer l’activité et de pérenniser les retombées économiques qui en découlent. En outre, le modèle matérialise également les liens étroits qui unissent l’habitat permanent (i.e. stock primaire) à l’habitat saisonnier (i.e. stock secondaire). Dans le Forez, les deux modèles ne sont jamais très éloignés, ce qui facilite les interactions (i.e. les flux) entre les deux mondes (Damon 1972). Chaque montagne correspond donc à une fenêtre régie par ses propres règles d’usage et ses propres dynamiques socio-économiques. Une fois la saison achevée, les produits de l’estive sont exportés vers la plaine où ils sont revendus dans les différents centres urbains et intégrés à l’économie régionale (Fournial 1967).

Fig. 6 - Modélisation théorique du système agropastoral des Hautes-Chaumes et de ses constituants.

Fig. 6 - Modélisation théorique du système agropastoral des Hautes-Chaumes et de ses constituants.

A. Scholtès

Évolution comparée des formes de l’habitat d’estive médiéval et moderne

  • 4 Macrorestes végétaux étudiés en 2016 par A.-M. Dendievel (ENTPE, UMR CNRS 5023 - LEHNA, Lyon).

22Les travaux réalisés ont été l’occasion d’acquérir de précieuses informations sur le rythme et les formes du pastoralisme local. Les travaux rendent compte de dix à dix-huit bâtiments présents sur chaque exploitation, quelle que soit la période considérée. Sur un même site, lorsque des variations architecturales existent, elles renvoient à des fonctions distinctes avec des bâtiments dédiés aux pasteurs (logement, stockage, etc.) et d’autres, souvent centraux dans l’organisation, ayant acquis un usage collectif. L’hypothèse de structures collective est notamment appuyée sur la fouille de trois structures (sites n2, n6 et n69). Alors qu’ils sont généralement peu abondants dans les bâtiments déterminés comme “logements”, les exemples cités se distinguent par la richesse et la densité des céramiques intégrées aux surfaces de fonctionnement (sites n2, site n69), par l’aménagement de foyers bâtis en dalles granitiques (site n69) et, plus rarement, par la présence de restes de stockage (macrorestes de Castanea4, site n6) (Chapuis et Verrier 2021) (Fig. 7).

Fig. 7 - Relevé en plan et photo-zénithale de la structure centrale à vocation collective de Pégrol (site n69). Campagne de 2019.

Fig. 7 - Relevé en plan et photo-zénithale de la structure centrale à vocation collective de Pégrol (site no 69). Campagne de 2019.

C. Le Barrier & J. Verrier

23Malgré l’évolution des formes, des similitudes architecturales se pérennisent et se perpétuent que soit considéré l’habitat de type 1, type 2 ou type 3. Le caractère semi-excavé est l’une de ces permanences. Les distinctions qui apparaissent sur le plan typologique concernent principalement la taille et l’organisation interne des constructions. Une première description est donnée au xviiie s. par P.-J.-B. Legrand-d’Aussy qui dépeint les burons des Monts Dore sous ces termes : “[…] creuse en terre une cabane, divisée en trois parties, fait lui des murs en mottes de gazon, couvre là de même ; à l’entrée de ces huttes obscures […] plante deux poteaux pour y suspendre une porte […] la première pièce […] lui sert à faire le feu […] dans la seconde il met ses seaux, ses instruments et le sel qui lui est nécessaire. Enfin, la troisième est le magasin de ses fromages […] et la chambre […]” (Legrand-d’Aussy 1788 : 256-258).

24Les sondages conduits sur des bâtiments de type 3 confirment les traits mentionnés par la littérature : identification de trois pièces distinctes et architecture associant terre/mottes/bois. Les nuances proposées concernent principalement les formes antérieures au xve s. et les modèles de type 1 et type 2 à plans carrés/rectangulaires (Fig. 8). Ces modèles ne présentent pas de partition interne. De plus, les mesures faites sur l’unique site de type 1 témoignent de bâtiments dont la superficie au sol est de 21 m². Les constructions du type 2 possèdent une surface comprise entre 34 m² et 44 m² (effectif total de 30 sites). À partir des xve-xvie s., les bâtiments évoluent, adoptent des formes variées et, surtout, augmentent leur taille (type 3). La surface au sol s’échelonne désormais entre 50 m² et 90 m² (effectif total de 35 sites). C’est à cette époque que le fractionnement de l’espace interne des bâtiments devient systématique avec l’agencement de deux à trois pièces cloisonnées.

Fig. 8 - Représentation schématique de l’évolution typo-chronologique des bâtiments d’après les relevés de terrain et les données de fouilles.

Fig. 8 - Représentation schématique de l’évolution typo-chronologique des bâtiments d’après les relevés de terrain et les données de fouilles.

J. Verrier et A. Scholtès

25À l’échelle du Massif central, les considérations relatives à la structuration et à l’évolution de l’habitat agropastoral sont quelque-peu différentes en fonction des régions. En Aubrac, les recherches tendent à démontrer que l’apparition et le développement de l’habitat temporaire n’interviendraient pas avant le xvie s. (Fau et Hamon 1998). Dans le Cantal et le Cézallier, son apparition s’ancre dans une chronologie peu ou prou identique à celle du Forez (Fournier et Fournier 1984). Toutefois, la principale distinction qui existe entre l’habitat du Cantal/Cézallier et celui des Hautes-Chaumes concerne la relative stabilité architecturale du modèle du tras depuis sa structuration au cours du second Moyen Âge (modèle dit en “peignes”) jusqu’à l’apparition des burons au xixe s. (Surmely et al. 2010 ; Surmely et Le Junter 2017 ; Fournier et Fournier 1984). Toutefois, de récents travaux archéologiques réalisés sur le site de Compains (Puy-de-Dôme), daté du xvie s., poussent à nuancer cette considération (Surmely et al. 2018). Le site possède une organisation et une architecture différente des tras (architecture, organisation, agencement). Tous ces aspects poussent les auteurs à reconsidérer l’hypothèse d’une occupation temporaire. Si elle se confirme, la restructuration d’époque moderne entrevue sur le Cézallier fait écho à l’évolution des formes de l’habitat appréhendée sur les Hautes-Chaumes au même moment.

Parquer le bétail : quelle proximité entre le pasteur et l’animal ?

26Les données obtenues lors des fouilles et/ou relevées dans les archives permettent d’envisager une réelle distinction entre les aires de parcage et les bâtiments dédiés aux pâtres. Deux modèles sont envisagés avec d’un côté des structures semi-excavées construites sur le même modèle que l’habitat et de l’autre des clôtures mobiles.

  • 5 Acte Desmier de 1685, repris dans Fournier et Fournier 1984.

27Le premier cas de figure est confirmé grâce à la fouille d’une structure sur le site de Garnier (site n40). L’opération a mis au jour une structure semi-excavée rectangulaire de 2 × 8 m (Fig. 9a). La datation obtenue sur un charbon extrait du niveau archéologique est de 1427-1515 ap. J.-C. L’emprise du bâtiment est ceinturée d’élévations associant un dispositif en pierres sèches et en mottes de gazon. La surface de circulation est matérialisée par un dallage peu soigné et perturbé en blocs granitiques (arènes). Des cornes de caprins ont été découvertes sur ce niveau. L’unique aménagement mis au jour correspond à un dispositif d’entrée d’environ 1,50 m d’envergure et qui associe une sablière basse et deux trous de poteau. L’hypothèse de clôtures mobiles est envisagée grâce aux données LIDAR et aux observations de terrain (Fig 9b, 9c). Les textes d’époque mentionnent de tels dispositifs. Un acte notarial du xviie s. précise que “[…] s’il était nécessaire d’y faire un parc pour coucher le bétail dehors et pour bonifier lad. montagne […] chacun fournira les claies à proportion du bétail qu’il y aura […]”5. Néanmoins, les investigations sur sites seront l’unique moyen de confirmer la réalité de telles structures.

Fig. 9 - Structures de parcage, annexes aux bâtiments des agropasteurs ; a) plan de détails et clichés du parc à bête (caprins) de Garnier (groupement 40) (d’après Scholtès 2020) ; b) relevé LIDAR du groupement n25 de Garnier (Fonds LIDAR CRAIG / SRA ARA - 2021, analyse et extraction : J. Verrier - GRAL) ; les flèches noires indiquent les structures légères ; c) relevé LIDAR du groupement n26 de Garnier ; les cercles rouges matérialisent les supposés parcs.

Fig. 9 - Structures de parcage, annexes aux bâtiments des agropasteurs ; a) plan de détails et clichés du parc à bête (caprins) de Garnier (groupement 40) (d’après Scholtès 2020) ; b) relevé LIDAR du groupement no 25 de Garnier (Fonds LIDAR CRAIG / SRA ARA - 2021, analyse et extraction : J. Verrier - GRAL) ; les flèches noires indiquent les structures légères ; c) relevé LIDAR du groupement no 26 de Garnier ; les cercles rouges matérialisent les supposés parcs.

Fonds LIDAR CRAIG / SRA ARA - 2021, analyse et extraction : J. Verrier- GRAL

Intégration de l’économie de l’estive dans les courants régionaux (xiie-xviiie s.)

28L’habitat agropastoral se structure et se développe au cours d’une période rythmée par de nombreuses fluctuations socio-économiques régionales. Les groupements pastoraux de type 1 et type 2 sont des modèles qui émergent au sein d’une dynamique économique régionale ascendante. Les villes de plaine connaissent un essor favorisé par l’activité de transformation de la laine puis, plus tardivement, de la tannerie. En Auvergne - Forez l’expansion des centres urbains de plaines tels que Montbrison, Feurs, Saint-Bonnet-le-Château ou encore Cervières rend compte de cet essor régional (Perroy 1970) (Fig. 10). Revenus clefs de l’économie locale, les produits de l’élevage deviennent une part croissante des échanges entretenus entre le triptyque Auvergne - Forez - Lyon (Fournial 1967). Si l’élevage est sollicité sous sa forme primaire pour répondre aux besoins des consommateurs, ses productions secondaires (peaux, produits laitiers, etc.) attisent également un intérêt certain. Dès le xive s. l’industrie du textile croît dans les centres urbains de la plaine forézienne (Feurs, Saint-Haôn-le-Châtel, Saint-Galmier), sur les piémonts du massif (Montbrison, Saint-Just-en-Chevalet, Juré) et à l’intérieur du massif (Cervières, Palladuc, Saint-Jean-la-Vêtre). À l’amont de la chaîne de production, ce dynamisme économique favorise l’élevage ovin qui connaît son essor à la toute fin du Moyen Âge (Perroy 1970 ; Longeon 1975). Le marché de la laine décline progressivement jusqu’au xvie s. où il est remplacé par celui du cuir qui est plus rémunérateur. L’activité des tanneurs, moins répandue, se recentre autour d’un nombre restreint de villes comme Montbrison, Saint-Galmier ou encore Ambert (Fournial 1967 ; Boy 1974). Le commerce des cuirs et des peaux devient le second poste le plus rémunérateur des activités commerciales de l’époque (Fournial 1967).

29Dans cette effervescence commerciale, le bassin de la Dore n’est pas en reste. L’élevage et ses débouchés constituent une source de revenus continuelle pour les seigneuries locales Estienne 1987). Les registres de la ville d’Ambert témoignent des rentes perçues à travers les locations de montagnes attachées à son domaine ou encore les impôts prélevés sur des productions secondaires comme le fromage. Le dynamisme économique de la région d’Ambert se manifeste à travers la charte de franchises accordée par le seigneur Guillaume de Baffie en 1245 (Manry 1988). La ville bénéficie de privilèges fiscaux afin de développer son commerce. En 1312, c’est la ville de Vollore qui obtient ce même type d’avantage (Boy 1974). La plaine de la Dore tire également profit d’une position stratégique le long de l’axe commercial qui relie la ville du Puy à la Limagne.

30Au cours de l’époque moderne, les places commerciales du Livradois et du Forez restent les mêmes. Après le marasme général du xve s. l’économie forézienne se relève difficilement. Une baisse de la productivité des tanneries de Saint-Germain-Laval et de Saint-Bonnet-le-Château est décelable. Elles poursuivent néanmoins leurs activités jusqu’au xixe s. (Longeon 1975). À partir du xve s. les trajectoires commerciales en provenance du sud de la France délaissent la plaine du Forez et privilégient l’axe rhodanien. Pour contrer ce phénomène, les exportations ligériennes se réorganisent rapidement autour des routes transversales en direction de l’Auvergne et de la province lyonnaise (ibid.). Le bassin d’Ambert conserve sa position stratégique. En 1779 une missive précise le rôle tenu par le bourg de Marsac par lequel “[…] passent tous les bestiaux que les bouchers du Lyonnais, du Forez et du Beaujolais vont acheter aux foires” (Imberdis 1928 : 170). Le rang de bonne ville obtenu par Ambert dynamise la région qui profite d’un rayonnement économique certain.

Fig. 10 - Environnement économique des Hautes-Chaumes (rayures blanches) entre le xiie s. et le xviiie s.

Fig. 10 - Environnement économique des Hautes-Chaumes (rayures blanches) entre le xiie s. et le xviiie s.

A. Scholtès

31Comme le précise la “Coutume d’Auvergne” dans son édition de 1786, “[…] quoique la ville d’Ambert ne soit pas des treize anciennes de la Basse-Auvergne, elle en est aujourd’hui l’une des plus considérables […] Ambert fait négoce considérable de papier, surtout pour l’imprimerie, d’étamines, de camelots, de rubans en fil, laine et coton et autres marchandises” (Chabrol 1784). Les foires de la ville sont le rendez-vous des négociants de tous genres qui orchestrent un important trafic en direction de Lyon et de la Méditerranée (De Pommerol et Omerin 1990). Bovins, ovins et productions secondaires de l’élevage (laine, cuir, fromage, etc.) se vendent en abondance. Produit de l’estive, le fromage acquiert désormais une part de plus en plus importante au sein de la documentation. Fromages et produits laitiers s’érigent en monnaie d’échange et sont utilisés comme moyens de paiements de l’impôt seigneurial. Toutes les paroisses de montagnes produisent leur lot de “fromages de roche” tel qu’il est alors nommé. L’exportation s’oriente préférentiellement vers les marchés lyonnais et foréziens (Boy 2005). Sa part croissante dans les échanges de marchandises l’intègre alors comme un produit taxable sur les marchés et péages régionaux (Fournial 1967).

  • 6 Acte notarial Desmier de1685 (cité dans Fournier et Fournier 1984 : 332).
  • 7 Acte notarial Dumont de 1737 (cité dans Jacquet 1846, 4e manuscrit : 81).
  • 8 Acte notarial Desmier de 1676 (cité dans Prajalas 2004 : 45).

32D’une certaine manière, les mutations de l’habitat pastoral sont le reflet des changements survenus à plus grande échelle. L’évolution architecturale se met en place alors que l’économie régionale, notamment forézienne, se réorganise autour de nouveaux schémas d’exploitation (Fournial 1967). À l’époque moderne, l’économie de l’estive se recentre autour de la production bovine au détriment de celle des ovins et des caprins. Jusqu’alors, les Hautes-Chaumes accueillaient en été des troupeaux mixtes constitués de vaches, de moutons voire de chèvres. Dès les xve/xvie s. l’activité se restructure et se concentre désormais sur la gestion d’un cheptel essentiellement bovin. Les dénombrements d’époque témoignent d’une telle situation. Ainsi, en 1685 sur la montagne de Colleigne (paroisse de Sauvain), 208 vaches obtiennent le droit d’accès octroyé par la communauté pour être conduites aux pâturages6. Le chiffre évolue à 220 vaches en 1722 puis à 253 en 17377. La montagne de Garnier (paroisse de Saint-Bonnet-le-Courreau), accueil un cheptel de 132 bovins en 16768, puis de 155 en 1782 (Merley 1984). L’exemple est commun à toutes les paroisses dont dépendent les Hautes-Chaumes à cette époque (Aman 2000 ; 2001). Pour pallier cette continuelle croissance, il est nécessaire d’adapter les outils de production. Sur l’estive, les bâtiments acquièrent progressivement une taille plus imposante et des plans plus complexes. Les transformations architecturales attestent une réorganisation de l’espace pour faire face aux nouveaux besoins. Les constructions modernes (type 3) se démarquent des précédentes à travers l’aménagement de deux ou, le plus souvent, de trois pièces. La fouille d’un bâtiment du xviiie s. à Barras (site n41) a mis en évidence trois espaces cloisonnés où se succèdent une pièce de vie, une zone de stockage et/ou de travail, ainsi qu’un espace réduit et isolé interprété comme une loge à porc (Scholtès et al. 2023b).

Conclusion

33Le nombre important de sites référencés en tant que groupement pastoral a permis d’apprécier la richesse des formes prises ce type d’occupation du sol. L’ensemble des sites s’inscrit dans un modèle socio-économique homogène, mais évolutif dans le temps. Les travaux archéologiques réalisés depuis 2016 ont été l’occasion d’appréhender la typo-chronologie des vestiges à l’échelle du haut Forez. L’apparition du modèle remonterait au second Moyen Âge (xie-xiie s.) alors que l’économie régionale connaissait une période de croissance certaine.

34Au cours de cette période, la gestion du milieu par les agropasteurs a acquis une dimension nouvelle. La répartition des sites selon leur typo-chronologie offre un aperçu du rôle des agropasteurs dans la politique de mise en valeur de nouvelles terres. Au cours du second Moyen Âge, l’habitat colonise et s’implante dans tous les secteurs des Hautes-Chaumes. L’occupation du sol offre l’image d’une mobilité plus importante que celle qui primera au cours de l’époque moderne. Cette répartition des sites peut, à première vue, sembler aléatoire. Néanmoins, cette dynamique érige l’agropastoralisme de la fin du Moyen Âge comme un moteur de l’ouverture du milieu et de sa transformation en prairies pâturables.

35La mise en valeur environnementale d’époque moderne se fait l’héritière des dynamiques du second Moyen Âge. Les mutations appréhendées concernent essentiellement l’architecture de l’estive et la nature de l’activité. En outre, l’archéologie étaye l’hypothèse d’une fréquentation soutenue, voire-même d’un renforcement du pastoralisme sur le haut Forez. L’économie de l’estive acquiert un caractère intensif. Le phénomène est notamment suggéré par une croissance des cheptels en nombre de bêtes entre les xvie-xviiie s. L’activité se recentre au même moment sur un élevage purement bovin. Les mutations socio-économiques influencent l’architecture de l’estive. Dès lors, les bâtiments évoluent. Les plans se diversifient, deviennent plus complexes et se démarquent par des dimensions plus imposantes qu’au Moyen Âge.

Haut de page

Bibliographie

Alverny 1907

Alverny A. - Les Hautes-Chaumes du Forez, Bulletin de la Diana, 15, 1  160-211.

Aman 2000

Aman M. - Quelques notes sur la seigneurie d’Ambert, Chroniques historiques d'Ambert et de son arrondissement, Bulletin annuel du groupe de recherches archéologiques et historiques du Livradois-Forez, 22 : 47-58.

Aman 2001

Aman M. - Quelques notes sur Saint-Anthème et sa région, Chroniques historiques d’Ambert et de son arrondissement, Bulletin annuel du groupe de recherches archéologiques et historiques du Livradois-Forez, 23 : 21-29.

Aymar 1921

Aymar A. - La préhistoire dans le Cantal, Revue de la Haute-Auvergne, 22 : 160-180.

Bataille 1921

Bataille M. - Notice sur Montarcher, Bulletin de la Diana, 21 : 287-294.

Baudet-Lafarge 1860

Baudet-Lafarge J.-A. - Agriculture du Puy-de-Dôme, Clermont-Ferrand.

Bertrand 1886

Bertrand M. - Fouilles exécutées dans la commune de Jeansagnières, Bulletin de la Diana, 3, 9 : 347-356

Boy 1974

Boy M. - Ambert et son passé : nouvelles chroniques du Livradois, Clermont-Ferrand, Volcans, 431 p.

Boy 2005

Boy M. - L’activité économique du Livradois-Forez du temps de la Régence, Chroniques historiques d’Ambert et de son arrondissement, Bulletin annuel du groupe de recherches archéologiques et historiques du Livradois-Forez, 26 : 115-122.

Carrier et Mouthon 2010

Carrier N. et Mouthon F. - Paysans des Alpes. Les communautés montagnardes au Moyen Âge, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 420 p.

Chabrol 1784

Chabrol G.-M. - Coutumes générales et locales de la Province d’Auvergne, chez Martin Dégoutte, Riom.

Charvilhat 1912

Charvilhat G. - Les cases en pierres sèches de Villars, commune d’Orcines, Puy-de-Dôme, Bulletin du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 20-24.

Chapuis et Verrier 2021

Chapuis P. et Verrier J. (dir.) - Archéologie des Hautes-Chaumes du Forez, communes de Sauvain, Saint-Bonnet-le-Courreau (42), Job, Valcivières (Puy-de-Dôme), programme de prospection thématique triennal 2017-2019, rapport final de synthèse, 2 volumes.

Collectif 1984

Collectif (dir.) - L’élevage et la vie pastorale dans les montagnes de l’Europe au Moyen Âge et à l’époque moderne, Actes du colloque international, Institut d’Etudes du Massif central, Clermont-Ferrand, 438 p.

Conesa 2008

Conesa M. - L’herbe et la terre. Communautés rurales en Cerdagne française au XVIIIe s. et accès aux estives : un lien structurant, in : Catafau A. (éd.), Exploitation, gestion et appropriation des ressources montagnardes du Moyen âge aux temps Modernes, Actes du colloque international RESOPYR, 8-10 novembre 2002 Font-Romeu (Pyrénées Orientales), Presses Universitaires de Perpignan, Perpignan : 205-220.

Cubizolle et al. 2014

Cubizolle H., Argant J., Fassion F., Latour-Argant C., Deng-Amiot Y. et Diètre B. - L’histoire de la végétation depuis la fin du Tardiglaciaire et l’évolution de l’emprise humaine à partir du milieu de l’Holocène dans le Massif central oriental (France), Quaternaire, 25, 3 : 209-235. DOI : 10.4000/quaternaire.7060

Damon 1972

Damon M. - Les jasseries des Monts du Forez : sociologie de la vie pastorale, éditions de l’AGEL, 260 p.

Davasse 2015

Davasse B. - La trace des temps. Les complexes socio-écologiques au prisme du paysage. Pour une géographie de l’environnement impliquée, Habilitation à diriger les recherches, Géographie, Université de Toulouse Jean Jaurès, 139 p.

Déchelette 1912

Déchelette J. - Les “cases” en pierres sèches de l’Auvergne, Bulletin du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques : 3-19.

Dendievel et al. 2023

Dendievel A.-M., Cubizolle H., Diètre B., Chapuis P., Scholtès A., Oberlin C., Hajdas I. et Haas J.-N. - Water and landscape management for 3,000 years in a mid-mountain area: evolution of the Gourgon mires complex (Massif Central, france) under anthropogenic and climate forcing, Vegetation History and Archaeobotany.

Drouot 1995

Drouot L. - Notes et documents pour servir à l’histoire du Livradois, du Vallorgue et des pays de la Dore, Chronique Historique d’Ambert et de son Arrondissement, t.3, hors-série n25.

Estienne 1987

Estienne M - Le peuplement rural en Livradois au début de la guerre de Cent Ans, Bibliothèque de l’École des Chartres, 145 : 45-97.

Fau 2006

Fau L. - Les monts d’Aubrac au Moyen Âge. Genèse d’un monde agropastoral, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, Paris, 214 p.

Fau et Hamon 1998

Fau L. et Hamon E. - Approche de l'habitat médiéval en moyenne montagne : le plateau de l'Aubrac, Ruralia II, 1-7 septembre 1997, Pamatky archeologicke-supplementum 11, Prague : 126-139.

Fournial 1967

Fournial E. - Les villes et l’économie d’échange en Forez aux xviiie et xive s., Presses du Palais Royal, 825 p.

Fournier et Fournier 1984

Fournier G. et Fournier P.-F. - La vie pastorale dans les montagnes du Centre de la France. Recherches historiques et archéologiques, Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, 91, 676 : 199-358.

Galop 1998

Galop D. - La forêt, l’Homme et le troupeau dans les Pyrénées : 6 000 ans d’histoire entre Garonne et Méditerranée : contributions palynologiques, Thèse de doctorat, Géographie, Université de Toulouse, GEODE, 285 p.

Gras 1864

Gras L.-P. - Voyage à Pierre-sur-Haute et sur les bords du Lignon, Chevalier, Saint-Étienne.

Guébhard 1919

Guébhard A. - Sur les agglomérations anhistoriques de cases en pierres sèches, Bulletin de la Société préhistorique de France, 16, 8-10 : 347-350.

Guillot 2013

Guillot F. - Le pastoralisme au Moyen Âge en vallée de Vicdessos, à travers la documentation écrite médiévale : grands troupeaux et communautés paysannes, s.l.

Imberdis 1928

Imberdis F. - Une route Lyon-Bordeaux à travers les monts d’Auvergne, antérieure au xviiie s., Revue de Géographie Alpine, 16 : 169-177.

Jacquet 1846

Jacquet A. - Matériaux pour l’histoire de Chalmazel : notes historiques, descriptives et linguistiques sur Chalmazel et ses environs ; matériaux pour l’histoire de Saint-Georges-en-Couzan, Ms, Bibl. de la Diana, Montbrison, 5 cahiers, 1846-1875.

Lapayre 1926

Lapayre E. -  La vie pastorale dans le Massif du Forez, Annales de Géographie, 35 : 298-308.

Le Couédic 2010

Le Couédic M. - Les pratiques pastorales d’altitude dans une perspective ethnoarchéologique. Cabanes, troupeaux et territoires pastoraux pyrénéens dans la longue durée, Thèse de doctorat, Histoire, Université de Tours François Rabelais, 401 p.

Lecoq 1835

Lecoq H. - Itinéraire de Clermont au Mont-Dore, Annales scientifiques de l’Auvergne, 7 : 3-9.

Legrand d’Aussy 1788

Legrand d’Aussy P.-J.-B. - Voyage d’Auvergne, éditions E. Onfroy, 555 p.

Leveau 2003

Leveau P. - Les recherches sur la montagne haut alpine à la Maison méditerranéenne des Sciences de l’Homme, Archéologie du Midi médiéval, 21 : 183-184.

Longeon 1975

Longeon C. - Une province française à la Renaissance : la vie intellectuelle en Forez au xvie s., Presses de l’Université de Saint-Étienne, Saint-Étienne, 623 p.

Magitot 1884

Magitot E. - Sur la station préhistorique de Combperet, Association française pour l’avancement des Sciences, 13 : 343-347.

Manry 1988

Manry A.-G. - Histoire des communes du Puy-de-Dôme ; Arrondissements d’Ambert et de Thiers, Le Côteau, Horvath, 424 p.

Mathieu 1876

Mathieu P.-P. - Cités vulcaniennes d’Auvergne, Association française pour l’avancement des Sciences, 5 : 579-586.

Merley 1984

Merley J. - Éléments sur la vie pastorale dans les monts du Forez à la fin du xviiie s., in : Collectif (dir.), L’élevage et la vie pastorale dans les montagnes d’Europe au Moyen Âge et à l’époque moderne, Actes du colloque international, Institut d’Études du Massif Central, Clermont-Ferrand : 355-361.

Palet-Martinez et al. 2003

Palet-Martinez J.-M., Ricou F. et Segard M. - Prospections et sondages sur les sites d’altitude en Champsaur (Alpes du Sud), Archéologie du Midi médiéval, 21 : 199-210.

Perroy 1970

Perroy E. - Études d’histoire médiévale, Publications de la Sorbonne, Paris, 820 p.

Pommerol 1876

Pommerol F. - Les constructions mégalithiques de Saint-Nectaire, Bulletin de la Société d’anthropologie de Paris, 2e Série, 11 : 14-18.

Pommerol et Omerin 1990

Pommerol L. et Omerin M. - Ambert, centre industriel du xviiie s., Chroniques historiques d'Ambert et de son arrondissement, Bulletin annuel du groupe de recherches archéologiques et historiques du Livradois-Forez, 12 : 59-60.

Prajalas 2004

Prajalas S. - Une seigneurie oubliée : Montherboux à Sauvain, Village de Forez, 100.

Ramond 1841

Ramond - Application des nivellements exécutés dans le département du Puy-de-Dôme, à la Géographie physique de cette partie de la France, Annales scientifiques de l’Auvergne, 14 : 257-320.

Rendu 2003

Rendu C. - Pistes et propositions pour une archéologie de l’estivage à partir d’une expérience dans les Pyrénées de l’Est : Dossier spécial sur les habitats et systèmes pastoraux d’altitude (Pyrénées, Alpes, Massif Central). L’occupation de la haute montagne, premiers acquis et perspectives (table ronde de Lattes, 30 janvier 2002), Archéologie du Midi Médiéval, Association Centre d’Archéologie Médiévale du Languedoc (CAML) : 147-157.

Rendu et al. 2013

Rendu C., Calastrenc C., Le Couédic M., Galop D., Rius D., Cugny C. et Bal M.-C. - Montagnes et campagnes d’Oloron dans la longue durée. Premiers résultats d’un programme interdisciplinaire, Aquitania, Pessac, Fédération Aquitania : 37-68.

Scholtès 2020

Scholtès A. - 2000 ans d’agropastoralisme sur les Hautes-Chaumes des Monts du Forez (Massif Central oriental). Occupation du sol, gestion des territoires et changements environnementaux de l’Antiquité au xviiie s., Thèse de Doctorat, Géographie, Université de Lyon, Université de Saint-Étienne Jean Monnet, Saint-Étienne, 2 vol., 700 p.

Scholtès 2023

Scholtès A. - L’habitat d’estive sur les Hautes-Chaumes du Forez (Massif central oriental, France) du Moyen Âge à l’époque moderne. L’apport de la micromorphologie des sols dans l’identification des matériaux de construction à l’échelle des sites archéologiques sur le haut Forez, in : Onfray M., Cez L. (dir.), De la géoarchéologie intra-site” à la géoarchéologie culturelle” : retour sur 30 ans d’expériences et de recherches, Actes du colloque RST de Lille, 2018, Palethnologie [en ligne], 11 | 2023, DOI : https://doi.org/10.4000/palethnologie.10201

Scholtès et al. 2023a

Scholtès A., Argant J., Cubizolle H., Verrier J. et Chapuis P. - Les dynamiques agropastorales pendant le Haut-Empire sur les Hautes-Chaumes des Monts du Forez (Puy-de-Dôme, Loire, France). Architecture saisonnière, occupation du sol et gestion du territoire au cours des premiers siècles de l’époque romaine, Revue archéologique du Centre de la France [en ligne], 62, URL : http://journals.openedition.org/racf/6159

Scholtès et al. 2023b

Scholtès A., Busseuil M., Verrier J., Chapuis P., Cubizolle H. - Étude archéologique, micromorphologique et architecturale de deux bâtiments d’estive de l’époque moderne dans les Monts du Forez (Massif central, France), Archéologie Médiévale [en ligne], 52, DOI : https://doi.org/10.4000/archeomed.54164

Surmely et al. 2010

Surmely F., Nicolas V., Tzortzis S., Miras Y., Savignat A., Guenet P., Servera G. et Petit S. - Recherches sur l’histoire de l’occupation humaine sur la planèze sud du Plomb du Cantal, in Tzortzis S. et Delestre X. (dir.), Archéologie de la montagne européenne, Actes de la table ronde internationale de Gap, Errance, Aix-en-Provence, Centre Camille Jullian : 235-251.

Surmely et Le Junter 2017

Surmely F. et Le Junter J. - Les structures pastorales des massifs du Sancy et du Cézallier (Puy-de-Dôme, France), Revue Archéologie du Centre de la France [en ligne], 56, URL : http://journals.openedition.org/racf/2517

Surmely et al. 2018

Surmely F., Franklin J., Berthon A. et Horry A. - Le hameau moderne abandonné de Pré-Rigot (Compains, Puy-de-Dôme), Revue archéologique du Centre de la France [en ligne], 57, URL: http://journals.openedition.org/racf/2559

Vazeille 1947

Vazeille M., 1947 - Le vieux passé de Riom (Cantal). Fouilles dans les environs, Revue de la Haute-Auvergne, 32, 49, 81-95.

Yvart 1819

Yvart J.-A.-V. - Excursion agronomique en Auvergne, principalement aux environs des Monts D’Or et du Puy-de-Dôme, Imprimerie Royal, Paris, 218 p.

Haut de page

Notes

1 86 sites (soit 732 structures individuelles) intégrés à la base de données en 2021 (Chapuis et Verrier 2021).

2 Datations radiocarbones par C. Oberlin au Centre de Datation par le Radiocarbone de Lyon (UMR 5138).

3 Site n19 : 1296-1409 ap. J.-C. (95,4 % de probabilité) ; site n2 : 1297-1409 ap. J.-C. (95,4 % de probabilité) ; site n40 : 1427-1515 ap. J.-C. (95,4 % de probabilité).

4 Macrorestes végétaux étudiés en 2016 par A.-M. Dendievel (ENTPE, UMR CNRS 5023 - LEHNA, Lyon).

5 Acte Desmier de 1685, repris dans Fournier et Fournier 1984.

6 Acte notarial Desmier de1685 (cité dans Fournier et Fournier 1984 : 332).

7 Acte notarial Dumont de 1737 (cité dans Jacquet 1846, 4e manuscrit : 81).

8 Acte notarial Desmier de 1676 (cité dans Prajalas 2004 : 45).

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1 - Localisation de la zone d'étude. À droite, le trait plein blanc matérialise les Hautes-Chaumes.
Crédits A. Scholtès
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6832/img-1.png
Fichier image/png, 888k
Titre Fig. 2 – Répartition typologiques des sites pastoraux du haut Forez (ronds) et répartitions des tourbières bénéficiant d’analyses polliniques (étoiles.) Le trait plein blanc matérialise la limite de l'unité paysagère des Hautes-Chaumes.
Crédits A. Scholtès
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6832/img-2.png
Fichier image/png, 1,7M
Titre Fig. 3 - Datations C14 et chronologie relative des vestiges ayant livré du mobilier céramique.
Crédits A. Scholtès dans Chapuis et Verrier 2021
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6832/img-3.png
Fichier image/png, 154k
Titre Fig. 4 - Représentation de l’évolution typologique des groupements de sites sur le haut Forez.
Crédits J. Verrier & A. Scholtès
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6832/img-4.png
Fichier image/png, 363k
Titre Fig. 5 - Répartition altitudinale des groupements de structures en fonction de leur typologie.
Crédits A. Scholtès
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6832/img-5.png
Fichier image/png, 105k
Titre Fig. 6 - Modélisation théorique du système agropastoral des Hautes-Chaumes et de ses constituants.
Crédits A. Scholtès
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6832/img-6.png
Fichier image/png, 245k
Titre Fig. 7 - Relevé en plan et photo-zénithale de la structure centrale à vocation collective de Pégrol (site n69). Campagne de 2019.
Crédits C. Le Barrier & J. Verrier
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6832/img-7.png
Fichier image/png, 2,3M
Titre Fig. 8 - Représentation schématique de l’évolution typo-chronologique des bâtiments d’après les relevés de terrain et les données de fouilles.
Crédits J. Verrier et A. Scholtès
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6832/img-8.png
Fichier image/png, 62k
Titre Fig. 9 - Structures de parcage, annexes aux bâtiments des agropasteurs ; a) plan de détails et clichés du parc à bête (caprins) de Garnier (groupement 40) (d’après Scholtès 2020) ; b) relevé LIDAR du groupement n25 de Garnier (Fonds LIDAR CRAIG / SRA ARA - 2021, analyse et extraction : J. Verrier - GRAL) ; les flèches noires indiquent les structures légères ; c) relevé LIDAR du groupement n26 de Garnier ; les cercles rouges matérialisent les supposés parcs.
Crédits Fonds LIDAR CRAIG / SRA ARA - 2021, analyse et extraction : J. Verrier- GRAL
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6832/img-9.png
Fichier image/png, 1,8M
Titre Fig. 10 - Environnement économique des Hautes-Chaumes (rayures blanches) entre le xiie s. et le xviiie s.
Crédits A. Scholtès
URL http://journals.openedition.org/racf/docannexe/image/6832/img-10.png
Fichier image/png, 2,8M
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Antoine Scholtès, Priscille Chapuis, Jacques Verrier, Christian Le Barrier, Christophe Mathevot et Hervé Cubizolle, « Témoins archéologiques de l’estive médiévale et moderne : évolution typo-chronologique et spécificités de l’habitat agropastoral sur le haut Forez entre le xie s. et le xviiie s. (Massif central oriental, France) »Revue archéologique du Centre de la France [En ligne], Tome 63 | 2024, mis en ligne le 04 juillet 2024, consulté le 11 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/racf/6832 ; DOI : https://doi.org/10.4000/11y4z

Haut de page

Auteurs

Antoine Scholtès

Géoarchéologue, Inrap Auvergne

Articles du même auteur

Priscille Chapuis

Ingénieure d’étude, SRA Auvergne Rhône-Alpes

Articles du même auteur

Jacques Verrier

Archéologue, Groupe de Recherches Archéologiques de la Loire (GRAL)

Articles du même auteur

Christian Le Barrier

Archéologue

Christophe Mathevot

Archéologue, La DIANA

Hervé Cubizolle

Université de Saint-Étienne, UMR 5600 Lyon-Bron

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search