Navigation – Plan du site

AccueilNuméros41Les enclos en forme d’agrafe de l...

Les enclos en forme d’agrafe de la fin du premier et du début du second âge du Fer en plaine de Caen (Calvados)

U-shaped enclosures from the end of the Early Iron Age and the beginning of the Late Iron Age in the Caen Plain (Calvados)
Chris-Cécile Besnard-Vauterin, Ginette Auxiette et Caroline Mougne

Résumés

Les fouilles préventives de ces dernières années ont permis de mieux identifier les premières formes d’habitat encloses en plaine de Caen, qui émergent à partir du vie s. av. n. è. Après un premier bilan fait sur une catégorie de vastes enceintes aux vestiges éparses, la seconde catégorie abordée ici concerne des enclos en forme d’agrafe ou en U, autrement dit des habitats clôturés sur trois côtés. Il s’agit généralement d’habitats de superficie modeste et aux fossés de faible profondeur. Leur vocation domestique est attestée par la présence de vestiges domestiques et de rejets anthropiques, bien qu’ils soient souvent peu nombreux. Cette catégorie d’habitat semi-ouvert se classe parmi les formes les plus modestes des habitats fermés. Plusieurs exemples sont connus en plaine de Caen et sa marge orientale vers le Bessin pour la période allant de la fin du premier au début du second âge du Fer.

Haut de page

Texte intégral

À la mémoire de David Flotté, collègue et ami, qui aimait tant raisonner sur la transformation anthropique des paysages…

1. Présentation

1Dans la vague de création d’enclos domestiques qui marque la plaine de Caen à partir du vie s. av. J.-C., une première forme d’habitat a fait l’objet d’une synthèse dans la Revue archéologique de l’Ouest, comprenant des vastes enceintes quadrangulaires ou polygonales aux vestiges éparses (Besnard-Vauterin et al., 2023). À la suite de cet article, nous proposons de faire une synthèse sur une seconde catégorie qui regroupe des enclos en forme d’agrafe, autrement dit des habitats clôturés par un fossé sur trois côtés. Outre leurs plans semi-ouverts, il s’agit généralement d’habitats de superficie relativement modeste et aux fossés de faible profondeur, ce qui les démarque de la catégorie des grandes enceintes. La vocation domestique de ces enclos est attestée par la présence de vestiges d’habitat, bien qu’ils soient souvent peu nombreux, et par des rejets anthropiques piégés dans les structures excavées.

2Plusieurs exemples de ce type d’habitat sont connus pour la période allant de la fin du premier au début du second âge du Fer, soit entre le milieu du vie et le ive s. av. n. è. (fig. 1). Parmi eux figurent plusieurs enclos mis en évidence sur la commune d’Ifs. Il s’agit des ensembles 2, 3 et 4 de la ZAC « Object’Ifs Sud » (Le Goff, 2004, vol. 1), de quatre parcelles sur l’extension de cette ZAC (Besnard-Vauterin, 2020) et de l’établissement 3 sur le secteur du centre pénitentiaire (Besnard-Vauterin, 2022, vol. 1). Certains se présentent isolés, d’autres se jouxtent formant un habitat groupé. Dans la partie occidentale de la plaine de Caen, aux portes du Bessin, ce type d’enclos est attesté à Ver-sur-Mer « British Normandy Memorial » (Carpentier, 2021). Un autre exemple a été mis en évidence au nord de la plaine de Caen, à Colombelles « ZAC de Lazzaro 3 » (Nicolas, 2021). D’autres sites présentent une configuration proche qui pourrait s’inscrire dans ce schéma malgré quelques différences, comme l’habitat en L de Condé-sur-Ifs « la Bruyère du Hamel » (Dron et al., 2011) ou le site d’Éterville « les Prés du Vallon », au plan plus complexe (Giazzon, 2009).

Figure 1 : Localisation des sites du premier âge du Fer en Normandie occidentale.
Figure 1: Location of Early Iron Age sites in western Normandy.

Figure 1 : Localisation des sites du premier âge du Fer en           Normandie occidentale.Figure 1: Location of           Early Iron Age sites in western Normandy.

C.-C. Besnard-Vauterin, d’après Giraud et al., 2022, fig. 37.

3Les superficies de ces enclos sont assez hétérogènes, mais plutôt modestes, comprises entre 600 et 2 000 m² par unité (fig. 2). Seul l’enclos de Colombelles offre un espace nettement supérieur avec une aire interne de 6 000 m². Cette superficie n’est toutefois pas exceptionnelle pour cette période par rapport à la norme moyenne des grandes enceintes allant de 3 000 à plus de 10 000 m² (Besnard-Vauterin et al., 2023). Dans le cas où des axes de circulation ont pu être identifiés aux alentours des enclos, la question se pose d’une relation entre la face ouverte et le passage d’un chemin de ce côté.

4Étant donné que plusieurs sites ont été mis en évidence sur la commune d’Ifs sur la même ZAC « Object’Ifs Sud », la présentation ci-dessous reprend les dénominations telles qu’elles figurent dans les rapports de fouille, c’est-à-dire « ensemble » pour la fouille de 2000-2001 (Le Goff, 2004), « parcelle » pour la fouille de 2008 (Besnard-Vauterin, 2020) et « établissement » pour le secteur du centre pénitentiaire (Besnard-Vauterin, 2022).

Figure 2 : Enclos en forme d’agrafe de la fin du premier au début du second âge du Fer en plaine de Caen.
Figure 2: U-shaped enclosures from the end of the Early Iron Age to the beginning of the Late Iron Age in the Plain of Caen.

Figure 2 : Enclos en forme d’agrafe de la fin du premier au           début du second âge du Fer en plaine de Caen.Figure 2: U-shaped enclosures from the end of the           Early Iron Age to the beginning of the Late Iron Age in the Plain of           Caen.

C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.

2. Les enclos

Colombelles « Lazzaro 3 »

5L’enclos en forme d’agrafe identifié sur la ZAC de Lazzaro 3 (Nicolas, 2021) constitue le plus grand exemple dans sa catégorie avec une superficie interne de 6 000 m². Il présente un plan en U aux tracés plutôt rectilignes, suivant une orientation nord-nord-est – sud-sud-ouest (fig. 3). L’enclos est ouvert sur sa face septentrionale. Le fossé présente un creusement régulier avec un profil en V à fond arrondi, d’une profondeur moyenne d’environ 1,50 m sous le décapage, ce qui apparaît assez profond par rapport aux autres exemples d’enclos semi-ouverts. Le mobilier céramique en provenance du fossé comprend un lot de 574 tessons, dont 11 formes ont pu être restituées. Une datation au ive s. est proposée sur la base de ces éléments (Marcigny, in Nicolas, 2021, p. 443).

Figure 3 : L’enclos de Colombelles « Lazzaro 3 » : plan, coupes du fossé et céramiques.
Figure 3: The Colombelles "Lazzaro 3" enclosure: plan, ditch sections and pottery.

Figure 3 : L’enclos de Colombelles « Lazzaro 3 » : plan,             coupes du fossé et céramiques.Figure 3: The             Colombelles "Lazzaro 3" enclosure: plan, ditch sections and             pottery.

C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap, d’après Nicolas, 2021.

6L’espace interne semble a priori faiblement investi, mais son interprétation se heurte à l’impossibilité d’émettre un phasage précis en raison de la réoccupation du lieu à la période romaine. Bien que certains édifices soient attribués à l’occupation antique à partir du mobilier enfermé dans les trous de poteau, il n’est pas exclu que d’autres, non datés, soient contemporains de l’enclos de La Tène ancienne. Malgré cette absence de données sur d’éventuels vestiges internes, il faut remarquer que le mobilier domestique est relativement bien représenté dans le comblement du fossé et dans l’une des fosses internes interprétée comme un puisard. Cette structure a livré quelques formes céramiques de datation légèrement plus récente, ainsi que des restes partiels de coq contenus dans un fond de vase (Cotté, in Nicolas, 2021, p. 448).

Ver-sur-Mer « British Normandy Memorial »

7Succédant à une occupation ouverte du Bronze final, l’enclos en forme d’agrafe de Ver-sur-Mer (Carpentier, 2021) présente une superficie nettement plus réduite que celui de Colombelles. Le dispositif fossoyé délimite un espace en U d’environ 1 600 m², orienté selon un axe ouest-est, perpendiculaire à un fossé à l’ouest dont l’origine remonte au Hallstatt C (fig. 4). L’enclos est ouvert sur sa face orientale. Hormis une légère courbure au niveau de l’angle sud-ouest, les tracés se présentent plutôt rectilignes. Le creusement est assez régulier avec un profil en V à fond plat d’une profondeur d’environ 0,80 m sous le décapage. La face sud est interrompue pour former un passage de faible largeur, en vis-à-vis d’une possible autre interruption du côté nord. Ces petits passages correspondent peut-être à des accès secondaires aux champs alentour.

Figure 4 : L’enclos de Ver-sur-Mer « British Normandy Memorial » : plan, coupes des fossés et céramiques.
Figure 4: The Ver-sur-Mer "British Normandy Memorial" enclosure: plan, ditch sections and pottery.

Figure 4 : L’enclos de Ver-sur-Mer « British Normandy             Memorial » : plan, coupes des fossés et céramiques.Figure 4: The Ver-sur-Mer "British Normandy             Memorial" enclosure: plan, ditch sections and pottery.

C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap, d’après Carpentier, 2021.

8À l’intérieur de cet enclos apparaît un ensemble de trous de poteau qui témoigne de cinq à six constructions, dont un sur six poteaux et les autres sur quatre poteaux. Huit fosses sont associées à cette occupation, dont certaines interprétées comme de possibles silos et d’autres comme des fosses d’extraction. Ces structures outrepassent les limites de l’enclos, notamment à l’est, au-delà de la limite fictive formée par les deux extrémités de fossés. L’ensemble résulte d’une occupation longue et étendue, dont l’une des dernières étapes comprend l’aménagement de l’enclos en U afin de délimiter une partie de l’ancien habitat ouvert.

9Issus des différentes structures excavées, les mobiliers céramique et faunique sont bien représentés. Le corpus céramique comprend un lot de 1 762 tessons, représentant un nombre minimum d’individus de 29. Une datation au vie s. av. J.-C. est avancée à partir de ces formes et sur la base d’une analyse 14C, mais un comblement final plus tardif du fossé est possible au regard d’une jatte à enduction à l’hématite rouge (Besnard-Vauterin, in Carpentier 2021, p. 171). Cet enclos est donc fondé deux siècles avant celui de Colombelles avec une perduration possible au début de La Tène ancienne. D’autres types de mobilier attestent indirectement des diverses activités exercées sur le site, comme les restes de briquetage et de godets à sel qui dévoilent une production salicole ou des fragments de meules qui attestent d’une activité de mouture.

Ifs « Centre pénitentiaire », établissement 3

10La première phase de l’établissement 3 à Ifs (Besnard-Vauterin, 2022, vol. 1) est matérialisée par un enclos en U, orienté selon un axe ouest-nord-ouest – est-sud-est et ouvert sur le côté ouest (fig. 5). Le plan apparaît assez similaire à celui de l’enclos de Ver-sur-Mer, mais sa superficie est plus modeste avec seulement 900 m². Le fossé est de faible profondeur, mesurant à peine 0,30 m sous le décapage. Dans le prolongement du côté sud, un fossé indépendant de l’enclos se poursuit vers l’ouest et constitue l’un des fossés bordiers d’un chemin orienté ouest-nord-ouest – est-sud-est. Celui-ci a été mis en évidence lors du diagnostic sur au moins 120 m de longueur et constitue l’un des axes majeurs qui structurent l’occupation de l’âge du Fer sur la ZAC Object’Ifs Sud (voir infra).

Figure 5 : L’enclos d’Ifs « Centre pénitentiaire » : plan, coupes des fossés et céramique.
Figure 5: The Ifs "Penitentiary centre" enclosure: plan, ditch sections and pottery.

Figure 5 : L’enclos d’Ifs « Centre pénitentiaire » : plan,             coupes des fossés et céramique.Figure 5:             The Ifs "Penitentiary centre" enclosure: plan, ditch sections and             pottery.

C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.

11Pour ce modeste enclos, une vocation domestique est soupçonnée, mais mal définie en raison de la superposition des phases d’occupation suivantes au cours du second âge du Fer. À cette première phase remonte peut-être l’une des zones de trous de poteau indiquant l’emplacement d’un bâtiment en bois. Par la faible profondeur du fossé, peu de mobilier a été piégé dans son comblement et la seule forme céramique potentiellement attribuable à cette première phase provient de l’un des trous de poteau. Il s’agit d’une jatte sinueuse à col développé, ornée d’un décor estampé d’ocelles et d’arceaux en pointillés, pour laquelle une datation au courant de La Tène ancienne peut être proposée (Tavelet, in Besnard-Vauterin, 2022, p. 310).

12L’un des intérêts majeurs de ce modeste enclos réside en la présence de trois caves à l’extérieur de l’espace clôturé. Leur appartenance à cette première phase est indiquée par le fait que deux d’entre elles sont recoupées par les fossés d’enclos des phases suivantes, datant de La Tène moyenne/finale.

Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 2

13L’ensemble 2 de la ZAC d’Object’Ifs Sud à Ifs (Le Goff, 2004, vol. 1) regroupe trois espaces semi-ouverts, occupés vers la fin du premier ou le début du second âge du Fer (fig. 6). Deux enclos s’ouvrent vers un même espace (A et C), qui est occupé par un troisième (B) en fermant en partie l’un d’eux (A). En l’absence de relations stratigraphiques, on ignore si ces trois enclos ont fonctionné de façon synchrone, bien qu’une certaine homogénéité se dégage dans leurs orientations en suivant soit un axe nord-ouest – sud-est, soit un axe perpendiculaire. L’ensemble se situe dans une zone investie par un vaste habitat ouvert daté du Bronze final, entraînant une incertitude autour de l’attribution des vestiges internes (âge du Bronze ou transition premier-second âge du Fer).

Figure 6 : Les enclos d’Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 2 : plan, coupes des fossés et principales céramiques.
Figure 6: The Ifs "Object’Ifs Sud" enclosures, ensemble 2: plan, ditch sections and pottery.

Figure 6 : Les enclos d’Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 2 :             plan, coupes des fossés et principales céramiques.Figure 6: The Ifs "Object’Ifs Sud" enclosures,             ensemble 2: plan, ditch sections and pottery.

C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap, d’après Le Goff, 2004.

14L’enclos A présente un plan en U aux fossés rectilignes, couvrant une surface de 1 400 m². La face ouverte est au nord-est, en direction des deux autres enclos. Le côté opposé est interrompu sur quelques mètres. Le fossé offre un creusement régulier d’une profondeur conservée d’environ 0,70 m. Un bâtiment sur six poteaux occupe l’angle sud de l’enclos, mais leur contemporanéité n’est pas certaine.

15L’enclos B affecte un plan en U dont le côté sud s’écarte légèrement. Sa superficie est plus modeste avec 700 m². Il est implanté devant l’enclos A et ferme en partie sa face ouverte – ce qui pourrait suggérer qu’il n’y a pas de lien chronologique. La face ouverte est au nord-ouest, tandis que le côté opposé est doublé à l’extérieur par un second fossé. Les fossés sont de très faible profondeur par rapport à ceux des deux autres enclos. Ils mesurent à peine 0,20 à 0,40 m sous le décapage. Parmi les vestiges repérés à l’intérieur de cet espace, on mentionne une nébuleuse de trous de poteau et un groupe de cinq tombes contemporaines à l’occupation.

16L’enclos C présente un plan en U de seulement 600 m² et est implanté perpendiculairement à l’enclos A en s’ouvrant au sud-est, en direction de l’enclos B. Ses fossés sont du même gabarit que ceux de l’enclos A. Tout comme pour l’enclos B, le côté nord-est est interrompu pour former un passage en direction d’un chemin qui se situe plus au nord suivant un même axe. L’interruption est soulignée par un dispositif sur quatre poteaux, correspondant certainement à un petit porche. Hormis deux tombes, un petit édifice sur quatre poteaux au centre de l’enclos est peut-être associé à cette occupation, mais sans certitude.

17Ce sont en premier lieu les fossés des enclos A et C qui ont fourni du mobilier céramique. Le lot issu de l’enclos A comprend 269 tessons pour un NMI de 21, permettant un rattachement à la première moitié du ve s. av. J.-C. Le lot en provenance de l’enclos C, soit 101 tessons pour un NMI de 4, apparaît de datation légèrement plus récente, dans la seconde moitié du ve s., voire du tout début du ive s. av. J.-C. (Cherel, in Le Goff, 2004, p. 161-163). Des restes fauniques sont également piégés dans les comblements de fossés avec possiblement un dépôt intentionnel de bœuf (Auxiette, in Le Goff, 2004, p. 164).

Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 4

18Situé à proximité de l’ensemble 2, cet ensemble est constitué d’enclos emboîtés de plan quadrangulaire, adoptant l’orientation dominante du chemin qui le jouxte au sud et des enclos tout proches (fig. 7). Cet ensemble a été attribué à une phase légèrement plus récente au sein de la période de transition entre le Hallstatt et La Tène ancienne (Le Goff, 2004, vol. 1).

Figure 7 : Les enclos d’Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 4 : plan, coupes des fossés et principales céramiques.
Figure 7: The Ifs "Object’Ifs Sud" enclosures, ensemble 4: plan, ditch sections and pottery.

Figure 7 : Les enclos d’Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 4 :             plan, coupes des fossés et principales céramiques.Figure 7: The Ifs "Object’Ifs Sud" enclosures,             ensemble 4: plan, ditch sections and pottery.

C.-C. Besnard-Vauterin, d’après Le Goff, 2004.

19L’espace central est occupé par un enclos quadrangulaire de petite taille, d’environ 900 m² de superficie. Il apparaît clôturé sur quatre côtés en laissant un large passage à l’angle occidental, mais ce plan résulte d’aménagements successifs dont la première étape est en U, ouverte sur le côté nord-ouest. L’étape suivante consiste en un enclos qui enveloppe le premier en fermant partiellement la face ouverte. Une dernière réfection marque les côtés nord-est et sud-ouest. L’ensemble s’insère dans un enclos plus vaste, d’environ 5 600 m², qui offre un plan en U aux fossés rectilignes. La face ouverte est orientée vers le chemin au sud-ouest, mais une interruption de fossé sur le côté opposé offre un second accès vers un autre chemin qui longe la face nord. Les fossés de cet enclos externe mesurent entre 0,60 et 0,80 m de profondeur conservée, tandis que ceux de l’enclos interne, notamment des phases de restructuration, sont légèrement plus profonds, dépassant 1,10 m de profondeur. Comme pour l’ensemble 2, les vestiges au sein de ces espaces se heurtent à la difficulté de les attribuer à l’une des multiples occupations observées dans cette zone. On signale la présence de plusieurs constructions sur poteaux, dont un grand bâtiment rectangulaire sur huit poteaux qui longe le bord intérieur de l’enclos externe, mais cette orientation est également reprise par l’enceinte antique qui s’y installe aux deux premiers siècles de notre ère.

20La céramique issue de l’ensemble des fossés compte 142 tessons pour un NMI de 12 formes, mais la majorité provient de l’enclos interne, plus particulièrement des deux phases de restructuration (fossé 2227 et 2278). En dépit des creusements successifs, le lot apparaît assez homogène et peut être attribué à la fin du ve ou au ive s. av. J.-C. (Cherel, in Le Goff, 2004, p. 200-204). Notons que la relation chronologique entre l’enclos interne et la clôture externe n’est pas clairement établie.

Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 3

21Situé à environ 200 m au sud des ensembles 2 et 4, cette entité regroupe des vestiges qui s’étalent sur un demi-hectare et qui ont été partiellement abordés lors de deux opérations de fouille (Le Goff, 2004 ; Besnard-Vauterin, 2020). Elle comprend un enclos en forme d’agrafe d’environ 600 m² de surface, desservi par un chemin orienté nord-nord-est – sud-sud-ouest et bordé d’un fossé rectiligne qui se prolonge vers le sud (fig. 8). Le long de ce chemin d’accès se développent des limites fossoyées constituant un enclos annexe (A) et un probable système d’entrée (B) qui mène vers l’enclos principal en U (C). Celui-ci s’ouvre à l’ouest en laissant un intervalle de 10 m avec le fossé situé à l’ouest (fossé E).

Figure 8 : Les enclos d’Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 3 : plan et coupes des fossés et principales céramiques.
Figure 8: The Ifs "Object’Ifs Sud" enclosures, ensemble 3: plan and ditch sections.

Figure 8 : Les enclos d’Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 3 :             plan et coupes des fossés et principales céramiques.Figure 8: The Ifs "Object’Ifs Sud" enclosures,             ensemble 3: plan and ditch sections.

C.-C. Besnard-Vauterin, d’après Le Goff, 2004.

22L’ensemble se caractérise par des fossés de faible profondeur, de moins de 0,40 m de profondeur conservée, à l’exception du fossé rectiligne à l’ouest qui présente un profil en V de 1,10 m de profondeur en s’approfondissant légèrement vers le sud. Son creusement relativement profond paraît surprenant par rapport au modeste dispositif en U, qui a pu fonctionner indépendamment à l’image des enclos des ensembles 2 et 4. L’éventualité de deux aménagements distincts n’est donc pas à exclure, même si le mobilier céramique issu des deux dispositifs apparaît proche dans le temps, en l’occurrence entre la seconde moitié du vie et le début du ve s. av. J.-C. (Cherel in Le Goff, 2004, p. 178-181 ; Besnard-Vauterin, 2020, fossé 1025, p. 111). La céramique issue des fossés des enclos compte 215 tessons dont 9 formes identifiables, alors que le fossé rectiligne à l’ouest a livré un lot de 635 tessons, dont 24 formes identifiables (fig. 9). La faune est également représentée, entre autres avec des restes de dépôts de bœuf et de cheval (Auxiette in Le Goff, 2004, p. 182) et ceux de dépôts de porc et de chien (Auxiette in Besnard-Vauterin, 2020, p. 163).

Figure 9 : Les enclos d’Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 3 : céramiques issues des fossés.
Figure 9: Ifs "Object’Ifs Sud" enclosures, ensemble 3: pottery from the ditches.

Figure 9 : Les enclos d’Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 3 :             céramiques issues des fossés.Figure 9: Ifs             "Object’Ifs Sud" enclosures, ensemble 3: pottery from the             ditches.

C.-C. Besnard-Vauterin, d’après Le Goff, 2004 et Besnard-Vauterin, 2020.

23Aucun des vestiges internes ne peut être associé de manière certaine à l’occupation de l’ensemble 3. Les silos dans cette zone se rapportent en effet à un habitat ouvert du Bronze final. Si les enclos apparaissent quasiment dépourvus de vestiges, leur vocation domestique est néanmoins attestée par les divers mobiliers rejetés dans les fossés. Cet ensemble est assez rapidement abandonné au profit de nouvelles parcelles loties, aménagées au début de La Tène ancienne (voir ci-dessous).

Ifs « Object’Ifs Sud » 2008, parcelles loties

24Les parcelles identifiées sur l’extension de la ZAC « Object’Ifs Sud » (Besnard-Vauterin, 2020) reflètent une restructuration de l’occupation qui se concrétise par l’aménagement de plusieurs espaces de part et d’autre d’un chemin, celui-ci étant l’un des principaux axes ouest-nord-ouest – est-sud-est dans le réseau viaire qui marque l’occupation de l’âge du Fer sur la ZAC (voir infra). Les parcelles sont délimitées sur trois côtés par des fossés rectilignes de taille modeste. Recoupant en partie les fossés de l’ensemble 3, deux parcelles ont été créées au nord du chemin et une troisième au sud, leur face ouverte étant orientée vers l’axe de circulation (fig. 10). Une quatrième parcelle se situe en retrait, à une petite centaine de mètres au sud. Par la nature des vestiges internes, comprenant bâtiments, greniers, fosses et silos, le caractère domestique de ces parcelles apparaît indéniable. Cette occupation remonte à la seconde moitié du ve s. et le début du ive s. av. J.-C.

Figure 10 : Les parcelles d’Ifs « Object’Ifs Sud », fouille 2008 : plan, coupes des fossés et céramiques.
Figure 10: Ifs "Object’Ifs Sud", excavation 2008: plan, ditch sections and pottery.

Figure 10 : Les parcelles d’Ifs « Object’Ifs Sud »,             fouille 2008 : plan, coupes des fossés et céramiques.Figure 10: Ifs "Object’Ifs Sud", excavation 2008:             plan, ditch sections and pottery.

C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.

25Les deux parcelles au nord du chemin sont contiguës, séparées par un fossé mitoyen et couvrant respectivement 2 300 et 4 000 m² de superficie. Pour cette dernière, la limite orientale n’est pas clairement définie. L’espace interne de la parcelle au sud mesure 1 600 m². En bordure du chemin, les fossés s’interrompent avant les fossés bordiers, laissant une bande de 4 à 7 m de large dépourvue de vestiges contemporains. Une large interruption du fossé du chemin marque une entrée à mi-hauteur de la première parcelle. Ailleurs, les recreusements des fossés bordiers à l’époque romaine ont effacé les traces de possibles autres entrées.

26La quatrième parcelle se singularise des autres non seulement par sa situation à l’écart du chemin, mais également par ses aménagements internes et notamment par l’aspect monumental de son bâtiment, ce qui a conduit à questionner le statut de cette parcelle par rapport aux autres lopins (op. cit., p. 84). Située en limite de fouille, sa superficie totale n’est pas connue, mais sa largeur est semblable à celle des parcelles 1 et 3. Son orientation est perpendiculaire aux autres parcelles, l’ouverture étant vers l’ouest. Ce dispositif fossoyé en U est complété par une clôture en élévation qui est matérialisée par une portion de tranchée de palissade de 4 m de long, située dans le prolongement de la limite fossoyée au nord. Cette structure a livré deux éléments de céramique datés du ve s. av. J.-C. confirmant son rattachement à cette occupation. Il ne s’agit que d’une infime partie conservée d’un aménagement palissadé.

27Ces quatre parcelles représentent un habitat groupé, où chaque lopin abrite une maison et quelques structures de stockage afin de subvenir aux besoins de consommation et de semences à l’échelle familiale. On remarque une grande diversité des types d’architecture (voir infra), comprenant un grand bâtiment rectangulaire à abside au sein de la parcelle 1, une maison sur tranchées de fondation de taille nettement plus modeste dans la parcelle 3 et un grand bâtiment circulaire doté d’un porche d’entrée dans la parcelle 4. Les petits édifices quadrangulaires de type grenier surélevé sont plus classiques avec des plans sur quatre, six ou neuf poteaux.

28Par la faible profondeur des fossés, mesurant à peine 0,40 m sous le décapage, leurs comblements ont piégé peu de mobilier céramique et faunique. Hormis quelques petites formes en provenance des fossés de la parcelle 1, la céramique provient essentiellement des structures internes, à savoir l’un des silos de la parcelle 3, les fondations du bâtiment circulaire et la palissade de la parcelle 4.

3. Des enclos de configuration proche

29Si les précédents sites répondent clairement aux critères de plan en forme d’agrafe, quelques autres exemples peuvent s’inscrire dans cette catégorie malgré une apparence légèrement différente. Il s’agit notamment du site de La Tène ancienne de Condé-sur-Ifs « la Bruyère du Hamel », dans la vallée du Laizon, au sud-est de la plaine de Caen (Dron et al., 2011). Découvert en marge d’une nécropole monumentale néolithique, cet habitat est partiellement clôturé par un fossé qui décrit un plan en L, les côtés nord et ouest étant ouverts (fig. 11A). La face orientale est interrompue pour former une entrée, marquée par un porche sur quatre poteaux. Des petits bâtiments sur poteaux et trois fours occupent un espace d’environ 2 000 m², mais l’enclos même délimite une aire de 1 100 m². La céramique et la faune confirment la vocation domestique du site, tandis que les autres mobiliers attestent une diversité d’activités, comme le travail du fer et du bronze à travers la présence de creusets et de scories de forge ainsi que le tissage par le biais de pesons en terre cuite. Ce site, qui est occupé brièvement dans la seconde moitié du ive s., pose question quant à sa configuration largement ouverte, alors que l’entrée est monumentalisée par un dispositif de porche. Deux hypothèses ont été avancées : « Soit le site a été un échec au sens de projet non mené à terme, soit il s’agit d’un espace secondaire dépendant d’un site plus important comprenant notamment une enceinte et une habitation centrale situées hors de l’emprise étudiée à Condé-sur-Ifs » (op. cit., p. 165). Toutefois, on peut se demander si l’insertion du site dans un paysage anthropisé hérité du Néolithique n’a pas pu influencer sa configuration. La face ouverte de l’enclos semble en effet s’adosser sur la ligne de tumulus du côté occidental, comme si les tertres avaient été intégrés dans le dispositif de fermeture. L’enclos adopte en tout cas la même orientation. En revanche, l’absence de monument du côté nord laisse cette face a priori ouverte. Ce lien présumé entre l’enclos semi-ouvert et des installations anciennes rejoint d’autres exemples en plaine de Caen, mettant en évidence l’intégration de monuments du Néolithique ou de l’âge du Bronze dans l’aménagement du terroir à l’âge du Fer (Besnard-Vauterin et al., 2016, p. 63-65). En Bretagne, un bel exemple est apporté par le site de La Tourelle, à Lamballe, où un enclos de la fin du premier âge du Fer adopte un plan en L, s’ouvrant sur un chemin et se greffant sur les anciens remparts d’une imposante enceinte du Bronze final (Blanchet, 2011).

Figure 11 : Enclos de configuration proche datés de la fin du premier au début du second âge du Fer.
Figure 11: Enclosures of similar configuration dating from the end of the Early Iron Age to the beginning of the Late Iron Age.

Figure 11 : Enclos de configuration proche datés de la fin du           premier au début du second âge du Fer.Figure 11: Enclosures of similar configuration dating           from the end of the Early Iron Age to the beginning of the Late Iron           Age.

C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.

30Le site d’Éterville « les Prés du Vallon », localisé au sud-ouest de l’agglomération caennaise (Giazzon, 2009), répond en partie aussi aux critères d’enclos en U, mais son plan plus complexe résulte d’un assemblage de plusieurs espaces domestiques et parcelles agraires, ayant évolué entre la seconde moitié du premier au début du second âge du Fer (fig. 11B). L’espace central, d’une superficie de 2 100 m², est clôturé sur quatre côtés et est accessible à l’ouest et au sud par une interruption de fossé. La parcelle qui s’adosse au nord-est offre un plan en U, avec une limite orientale incurvée. Sa superficie est de l’ordre de 2 400 m². Sa face ouverte se dirige aussi vers le sud, où se dessine la trame d’une voie de circulation. L’occupation domestique est attestée par la présence de petits édifices sur poteaux, ainsi que par des rejets céramiques et fauniques et des concentrations de pierres brûlées dans les divers fossés. Ces concentrations illustrent sans doute l’emplacement de bâtiments dont aucune autre trace ne subsiste toutefois.

31Enfin, on peut aussi mentionner l’enceinte de Courseulles-sur-Mer « la Fosse Tossé », bien que cet établissement se démarque des autres enclos par son étendue importante, couvrant environ 1 ha de superficie, et par son appartenance à une catégorie quelque peu à part située entre la résidence aristocratique et la place de collecte monumentale (Jahier, 2011). La ressemblance réside dans la configuration de la partie fossoyée de l’enceinte qui clôture le site sur trois côtés, correspondant en apparence à un enclos en forme d’agrafe (fig. 11C). Le quatrième côté, à l’ouest, qui constitue la façade d’entrée est monumentalisé par un autre dispositif de fermeture qui évolue dans le temps, allant de la fondation d’une palissade vers l’édification d’une muraille. Cet exemple illustre la complémentarité de différents types de clôtures, associant des parties fossoyées à des sections en élévation. Pour ces dernières, il est évident que l’érosion et l’arasement constituent, de manière générale, le problème majeur dans la détection et l’interprétation des clôtures, surtout si celles-ci sont à faible ancrage.

4. La structuration des enclos

Les clôtures

32Les enclos en forme d’agrafe s’inscrivent dans la catégorie classique des habitats à enclos quadrangulaires, qui émergent à partir de la fin du premier âge du Fer et qui constituent la forme dominante au cours du second âge du Fer dans tout l’ouest de la France. Toutefois, la configuration semi-ouverte des clôtures apparaît plutôt inhabituelle, mais constitue un trait commun pour les sites mentionnés ici. Dans tous les cas de figure, la question se pose de savoir si une autre forme architecturale permettait de fermer la face ouverte, sous la forme d’un talus, d’une haie ou d’une clôture légère en bois. Pour trouver une réponse à cette question, il faut prendre en considération l’environnement direct des enclos.

33Il est possible que des aménagements environnants soient intégrés dans l’agencement des clôtures. Cela peut comporter des installations anciennes encore visibles dans le paysage, comme les monuments néolithiques à Condé-sur-Ifs, mais surtout des éléments structurants déjà existants comme des chemins ou des limites parcellaires.

34À Ifs « Object’Ifs Sud », un lien est établi entre la face ouverte des enclos et le passage d’un chemin, comme l’illustrent les ensembles 3 et 4, ainsi que des parcelles loties qui viennent se superposer à l’ensemble 3. Concernant ces dernières, il est possible qu’un dispositif taluté ait complété la partie fossoyée, au vu de l’espacement entre les enclos et les fossés bordiers des chemins. En effet, une bande non investie par des vestiges excavés longe le chemin sur la face ouverte des parcelles loties, ce qui laisse à penser que cet intervalle correspond à l’emplacement d’un talus séparant les habitats du chemin. L’entrée se faisait probablement depuis le chemin par une interruption dans le talus. Une telle entrée est matérialisée au centre de l’une des parcelles par une interruption du fossé bordier du chemin.

35Une relation entre la face ouverte et le passage d’un chemin est également soupçonnée pour l’enclos de Colombelles. Il s’agit d’un chemin romain, orienté ouest-nord-ouest – est-sud-est à une dizaine de mètres au nord, pour lequel une origine protohistorique est soupçonnée sur la base de sa cohérence spatiale avec les divers établissements de l’âge du Fer et un groupe de tombes de la même période établi au bord de cet axe. Cette configuration correspond tout à fait à celle observée sur la ZAC « Object’Ifs Sud » où des petits groupes funéraires s’installent le long des chemins aux abords des habitats.

36Dans le cas de l’établissement 3 à Ifs « Centre pénitentiaire », l’enclos s’ouvre aussi en direction d’un chemin, dont témoigne l’un des fossés bordiers à l’approche de l’enclos, mais celui-ci ne se poursuit pas au-delà. La configuration est donc différente dans le sens où le chemin mène vers cet habitat, plutôt que celui-ci soit adossé dessus.

37Pour ce dernier site, tout comme pour les enclos de l’ensemble 2 et la parcelle 4 d’Ifs, la face ouverte ne semble donc pas clôturée par un dispositif lié à un chemin. Cela semble aussi le cas pour l’enclos de Ver-sur-Mer, mais la proximité de la bordure de fouille sur la façade ouverte a fortement contraint la vision spatiale environnante. À titre d’hypothèse, on peut supposer l’existence d’un dispositif complémentaire fermant la face non fossoyée par une structure en élévation, comme un talus dressé avec les terres extraites des parties fossoyées. Il est aussi possible qu’une palissade en bois ait pu compléter le dispositif, comme cela semble être le cas pour la parcelle 4, à Ifs, où un bout de clôture palissadée prolonge le fossé. Il s’agit d’infimes traces d’une palissade à poteaux rapprochés indiquant que bon nombre de vestiges sont mal conservés, voire totalement arasés, surtout quand il s’agit de structures légères impactant peu le sous-sol. L’enceinte de Courseulles, avec sa façade palissadée puis murée, constitue indéniablement un exemple exceptionnel, lié à la volonté de monumentaliser l’entrée et d’apporter une marque d’ostentation à cet établissement au statut particulier. On est loin des modestes clôtures des petites unités domestiques.

38Pour les mêmes raisons de conservation, il semble tout aussi difficile de raisonner sur l’existence d’un éventuel talus le long des fossés. La faible profondeur des creusements et leurs comblements limoneux à peine stratifiés et fortement bioturbés ne permettent pas de préciser la position ni même la présence d’un éventuel talus. La présence de détritus anthropiques dans les comblements, tels que des rejets de combustion (cendres, pierres brûlées, terre cuite), des restes de consommation (faune, coquillages) ou des débris de poterie, indiquent néanmoins que les fossés ont fonctionné à ciel ouvert, ce qui laisse à penser que les terres extraites ont servi à dresser des talus. Quelques observations vont dans ce sens, du moins dans le cas de certains fossés plus profondément excavés. C’est le cas pour l’enclos interne de l’ensemble 4, dont quelques fossés présentent un remblaiement massif de lœss au niveau sommital, ce qui résulte vraisemblablement de l’arasement d’un talus associé (Le Goff, 2004, p. 195).

Les constructions sur poteaux

39Étant donné que les sites étudiés présentent tous une occupation diachronique, les vestiges au sein des enclos se heurtent à la difficulté de les attribuer à l’une des phases, rendant incertaine l’interprétation des espaces internes. Si la présence de constructions sur poteaux et de fosses diverses est attestée dans chaque enclos en plus ou moins grand nombre, on remarque souvent une continuité dans l’orientation des vestiges à travers les époques, dictée par les axes des chemins et des fossés. Une interprétation spatiale sur la base des orientations ne semble donc pas valide, ni pour l’enclos de Colombelles qui se heurte à une reprise à l’époque romaine, ni pour l’enclos d’Ifs « Centre pénitentiaire », dont l’occupation se renforce au cours du second âge du Fer, ni pour l’enclos de Ver-sur-Mer et les ensembles d’Ifs qui sont précédés d’un habitat ouvert du Bronze final/Hallstatt C.

40Quelques exemples de construction se dégagent toutefois dans les parcelles loties d’Ifs (fouille 2008), dont la datation est assurée par la présence de céramique et en raison de la structuration ordonnée des espaces internes. Ainsi, on remarque que le centre de chaque parcelle est occupé par un grand bâtiment à vocation domestique (à l’exception de la parcelle 2 qui demeure plus confuse). Tout autour s’organisent quelques petits édifices sur quatre, six ou neuf poteaux, qui pourraient correspondre à des greniers surélevés au vu de la petite taille des plans et du rapprochement des poteaux (fig. 12). Ces petits édifices bien connus se retrouvent notamment aussi à Ver-sur-Mer où ils sont attribués à l’enclos en U. Ce sont toutefois les plans d’habitation qui apportent le plus grand intérêt en raison de la divergence des modes architecturaux (fig. 12 ; descriptif détaillé et comparaisons dans Besnard-Vauterin, 2020, p. 75-84).

Figure 12 : Exemples de constructions sur poteaux à Ifs « Object’Ifs Sud », fouille 2008.
Figure 12: Examples of posthole buildings at Ifs "Object’Ifs Sud", excavation 2008.

Figure 12 : Exemples de constructions sur poteaux à Ifs             « Object’Ifs Sud », fouille 2008.Figure 12:             Examples of posthole buildings at Ifs "Object’Ifs Sud", excavation             2008.

C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.

41Dans la parcelle 1, l’habitation est adossée en position centrale sur la limite occidentale et correspond à une grande construction rectangulaire à abside, de 100 m² de superficie. Les longs côtés sont formés par des séries de sept et de neuf poteaux, disposés pour la plupart en vis-à-vis. Quelques poteaux centraux semblent indiquer un possible axe médian. Ce plan est hérité de la précédente phase d’occupation du site (Hallstatt C), mais est aussi connu régionalement pour la période de transition premier-second âge du Fer.

42L’habitation de la parcelle 3, localisée au fond de la cour et s’ouvrant sur celle-ci, correspond en revanche à une construction de taille bien plus modeste, à peine la moitié de la précédente. Le bâtiment présente un plan rectangulaire de 45 m² de superficie et est construit sur des parois porteuses à poteaux rapprochés, disposées dans une tranchée de fondation. Ce type d’architecture rejoint davantage celles connues régionalement à partir de La Tène ancienne, notamment dans l’Orne et la Manche avec respectivement les sites de Nonant-le-Pin (Pimpaud et al., 2014) et Les Pieux (Tribouillard, 2020).

43La parcelle 4 se démarque par le caractère imposant du bâtiment, de forme circulaire et doté d’un long porche d’entrée. Avec sa tranchée de fondation de 13 m de diamètre, la surface habitable s’élève à environ 130 m², auxquels s’ajoute la surface du porche d’entrée. Celui-ci est orienté vers l’ouest-nord-ouest. D’après les empreintes de poteaux au fond, les tranchées de fondation correspondent à l’implantation d’une paroi à poteaux jointifs, renforcée à distance régulière par des poteaux plus profondément ancrés. La céramique issue de ces fondations, en tout 121 tessons, livre trois éléments identifiables, permettant de confirmer une datation du ve s. av. J.-C. Si ce type d’architecture circulaire connu de part et d’autre de la Manche est hérité du Bronze final, il est attesté jusqu’à la transition du premier au second âge du Fer, notamment par l’exemple de Courseulles-sur-Mer (fig. 11C, Jahier, 2011).

Les fosses de stockage

44Plusieurs structures de stockage enterrées ont été mises en évidence sur presque chacun des enclos étudiés. Il s’agit en premier lieu de silos classiques à profil en cloche, permettant la conservation des récoltes en anaérobie. Cependant, il faut rappeler que la superposition des occupations successives, notamment sur les sites concernés par un habitat ouvert du Bronze final/Hallstatt C, pose là aussi problème dans l’attribution de ces structures à l’une des phases. Néanmoins, la présence de mobilier bien daté, principalement de la céramique, permet de proposer quelques exemples, comme c’est le cas pour deux silos au sein de la parcelle 3 d’Ifs (fig. 13, no 1, silos 625 et 724). Ces deux silos présentent un profil en forme de cloche et un comblement stratifié, alternant limon homogène, limon anthropisé et niveaux lœssiques, ces derniers résultant de l’éboulement des parties supérieures. Le silo 724 est remarquable par un dépôt de restes incinérés d’un enfant et des restes non brûlés d’un second enfant accompagné de trois vases (Le Puil-Texier in Besnard-Vauterin, 2020, p. 204). L’ensemble des céramiques s’inscrit dans les traditions de la transition premier-second âge du Fer (fig. 10), mais une datation 14C sur des restes osseux semble légèrement rajeunir cette datation au tout début du ive s. av. J.-C.

Figure 13 : Exemples de silos et caves : 1. Ifs « Object’Ifs Sud », fouille 2008 ; 2. Ifs « Centre pénitentiaire » ; 3. Ver-sur-Mer « British Normandy Memorial ».
Figure 13: Examples of storage pits and cellars: 1 - Ifs "Object’Ifs Sud", excavation 2008; 2 - Ifs "Penitentiary centre" ; 3 - Ver-sur-Mer "British Normandy Memorial".

Figure 13 : Exemples de silos et caves : 1. Ifs « Object’Ifs             Sud », fouille 2008 ; 2. Ifs « Centre pénitentiaire » ; 3.             Ver-sur-Mer « British Normandy Memorial ».Figure 13: Examples of storage pits and cellars: 1 -             Ifs "Object’Ifs Sud", excavation 2008; 2 - Ifs "Penitentiary             centre" ; 3 - Ver-sur-Mer "British Normandy Memorial".

C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.

45Quelques silos potentiellement contemporains de cette occupation se situent aux abords des parcelles loties et constituent des réserves enterrées à l’orée des champs, comme cela a été aussi observé autour des grandes enceintes de la fin du premier âge du Fer (Besnard-Vauterin et al., 2023). Il s’agit notamment de deux silos localisés à proximité de la parcelle 4 et attribués à la fin du premier ou au début du second âge du Fer au vu de leur mobilier céramique (Besnard-Vauterin, 2020, p. 119-121). Si le silo 941 présente un profil en tronc de cône bien conservé, la petite fosse 986 peut constituer le fond d’un silo en bouteille (fig. 13, no 1).

46Parmi les structures de stockage à l’extérieur de l’habitat, il faut aussi mentionner un autre type, comprenant des caves accessibles par un dispositif de marches. Peu documenté pour le début de La Tène ancienne, ce modèle de stockage est toutefois bien connu en plaine de Caen dans le courant du second âge du Fer. Leur localisation à l’extérieur des habitats est en tout cas inhabituelle. Ainsi, trois caves ont été observées à l’extérieur de l’établissement 3 à Ifs. Deux se situent au nord et ont été recoupées par les fossés d’enclos des phases suivantes, offrant ainsi une chronologie relative qui va dans le sens d’une attribution à l’occupation de l’enclos en agrafe (fig. 13, no 2). La troisième cave se situe un peu à l’écart au sud-ouest et est probablement contemporaine au vu de sa ressemblance avec les deux autres. Les deux caves au nord s’orientent perpendiculairement aux fossés de l’enclos, la troisième est légèrement déviante. Ces grandes structures sont constituées d’une chambre rectangulaire et d’une entrée à escalier sur le côté sud. Les dimensions des chambres sont comprises entre 2,20 et 3,50 m de longueur par environ 2 m de largeur pour 1,10 à 1,40 m de profondeur conservée. Elles sont excavées dans le substrat calcaire depuis la surface (il ne s’agit donc pas de souterrains). Les entrées sont constituées d’un couloir orienté dans l’axe de la chambre et comprennent une série de marches mal conservées, entre une à cinq marches selon l’état de conservation. À l’entrée de la salle de la cave 419, la dernière marche est flanquée de deux excavations circulaires au sol, ayant servi pour le calage d’un poteau disposé de part et d’autre du passage afin de former un support de chambranle de porte. Une ouverture d’aération est aménagée sur la face opposée de l’entrée.

47À Ver-sur-Mer, une grande fosse similaire a été mise en évidence en façade orientale à l’extérieur de l’espace circonscrit par la ceinture fossoyée (fosse 199, Carpentier, 2021, p. 168). De plan presque carré mesurant 2,45 m de côté pour 1,10 m de profondeur conservée, cette fosse au fond plat présente un ressaut sur le côté oriental, formant un emmarchement qui correspond vraisemblablement à un dispositif d’accès. Cette structure est datée du vie s. av. J.-C. par le mobilier céramique et par une datation par le radiocarbone, soit un contexte de deux siècles plus ancien que celui de l’établissement 3. S’il s’agit bien d’une cave aménagée à l’instar des précédents exemples, elle représenterait dans ce cas le plus ancien témoignage de ce modèle de stockage en plaine de Caen.

Les structures de combustion

48La présence de structures de combustion n’est attestée que de manière indirecte par le biais de rejets de combustion qui ont comblé en partie des vestiges excavés, tels que les fossés ou silos. Il s’agit de rejets de pierres calcaires chauffées, de cendres, de charbons de bois ou de plaques de terre rubéfiée. Sur l’ensemble 3 à Ifs, des blocs calcaires brûlés rejetés à l’intérieur de l’un des fossés de clôture témoignent de la proximité d’une ou plusieurs structures de combustion dans ce secteur (Le Goff, 2004, p. 172, fossé 845). À Ver-sur-Mer, le comblement de trois fosses enfermait, parmi des rejets de combustion, des plaques de terre cuite avec des traces de clayonnage, provenant soit de fours démantelés, soit de parois de maisons (Carpentier, 2021, p. 186, fosses 65, 78 et 206). Sur ce même site, une activité salicole est attestée à travers des restes de briquetage, mais aucun fourneau in situ n’a été mis en évidence, suggérant que ces structures se situaient probablement plus près de la côte, tout près des ressources marines (op. cit., p. 190, 196).

Structures de captage d’eau

49Le mode d’approvisionnement en eau sur les sites de l’âge du Fer est rarement documenté. Parmi les enclos en agrafe étudiés, seul le site de Colombelles « Lazzaro 3 » offre une fosse profonde qui a très certainement fonctionné comme puisard (fig. 14). La céramique qui en est issue a permis de l’associer à cette occupation (fig. 3). La fosse présente un plan subrectangulaire de 1,50 m d’ouverture et un profil en U de 2,20 m de profondeur conservée, perçant le substrat calcaire altéré jusqu’à l’apparition du socle calcaire dur. Comblée de sédiments limono-argileux et de plaquettes calcaires provenant du substrat environnant, la structure renferme, juste au-dessus du fond, un niveau chargé en plaquettes et en restes mobiliers, dont un fragment de vase retourné contenant des restes partiels d’un coq. Ce dépôt est remarquable en tant que témoignage ancien de l’utilisation de cette espèce dans un contexte « ritualisé », sans doute peu de temps après son introduction régionale (Ghesquière in Nicolas, 2021, p. 452-453). Il rentre dans la catégorie de dépôts d’animaux et d’assemblages singuliers, que l’on rencontre régulièrement sur des enclos protohistoriques, résultant de gestes rituels ou cultuels en contexte d’habitat (Auxiette et al., 2011). On peut citer à titre d’exemple l’exposition de crânes de bœuf sur poteaux, comme à Mondeville « Rue Nicéphore-Nièpce » en contexte d’habitat hallstattien (Besnard-Vauterin et al., 2021). Ce dernier site constitue aussi l’unique témoignage d’une structure de captage d’eau au sein de la catégorie des grandes enceintes (Besnard-Vauterin et al., 2023).

Figure 14 : Le puisard à Colombelles « Lazzaro 3 ».
Figure 14: Water well at Colombelles "Lazzaro 3".

Figure 14 : Le puisard à Colombelles « Lazzaro 3 ».Figure 14: Water well at Colombelles "Lazzaro             3".

C.-C. Besnard-Vauterin, d’après Nicolas, 2021, fig. 207.

5. Les rejets anthropiques

50La quantité et la diversité des mobiliers recueillis au sein des enclos en forme d’agrafe sont relativement modestes et s’expliquent essentiellement par le fait que les vestiges susceptibles de servir de dépotoir sont peu nombreux et souvent de faible profondeur, à commencer par les fossés de clôture. Il faut remarquer de manière générale que la faible présence de mobilier est un constat récurrent pour les sites des vie-ve s. av. n. è., comme cela a été aussi remarqué pour les grandes enceintes de la fin du premier âge du Fer. La fonction domestique est néanmoins attestée sur chaque site par la nature même des rejets, composés de résidus de combustion, de mobilier domestique ou de restes fauniques liés à la consommation.

51Aussi modeste qu’il soit, le panel de mobilier apparaît néanmoins diversifié et répond aux activités domestiques et agropastorales des habitants. Hormis la céramique qui est attestée sur chaque enclos, on peut souligner la présence d’outillage lithique à Ver-sur-Mer. Celui-ci comprend des fragments de meules de type va-et-vient, fortement altérés par le feu, des percuteurs et un lot de galets calibrés à l’usage incertain, mais qui ont pu servir comme lests de filets de pêche (Carpentier, 2021, p. 202-203). Rappelons aussi que ce site a livré un lot assez consistant de restes de briquetages témoignant d’une production salicole à proximité, dès le Hallstatt C.

52Au sein des parcelles d’Ifs, le mobilier lithique a été récolté en assez grand nombre, mais peu de pièces fonctionnelles ont pu être identifiées. Avec seulement deux meules en granite et en dolérite, une molette en granite et un outil percutant en grès, ce petit lot est loin d’être représentatif de l’outillage lithique nécessaire à la transformation des produits céréaliers pour cet habitat groupé. Ce manque s’explique par une probable récupération des pièces usées et fracturées pour des usages divers, par exemple comme pierre de chauffe ou dans l’aménagement de fours. Plus rarement attestées, les activités de filage et de tissage sont plutôt bien documentées sur ce site avec la présence de plusieurs fusaïoles et pesons en terre cuite ou en calcaire (fig. 15, nos 1 à 7 ; Séhier in Besnard-Vauterin, 2020, p. 139-141, 143-146). Enfin, quelques rares fragments de parures annulaires ou d’accessoires vestimentaires, en lignite ou en bronze, représentent l’habillement personnel (fig. 15, nos 8 à 10), mais il faut souligner que ces quelques objets découverts en contexte domestique ne représentent qu’une part dérisoire par rapport à l’ensemble de pièces mises en évidence dans les ensembles funéraires contemporains de cette occupation (op. cit., p. 220-323). Il s’agit même d’un contraste saisissant entre la sphère domestique, en apparence très modeste, et le monde funéraire, qui exprime une certaine prospérité des habitants. La présence de parure est aussi mentionnée pour d’autres enclos, comme les restes de bracelet en lignite dans l’ensemble 3 à Ifs (Cherel in Le Goff, 2004, p. 181) et le fragment de bracelet en bronze à Ver-sur-Mer (Chanson in Carpentier, 2021, p. 208). De manière plus marginale, l’habitat de Condé-sur-Ifs a livré des indices d’activités métallurgiques du bronze et du fer à travers la présence de creusets et de scories de forge.

Figure 15 : Pesons, fusaïoles et fragments de bracelets en provenance des parcelles loties à Ifs.
Figure 15: Weights, spindle whorls and fragments of bracelets from Ifs.

Figure 15 : Pesons, fusaïoles et fragments de bracelets en           provenance des parcelles loties à Ifs.Figure 15: Weights, spindle whorls and fragments of           bracelets from Ifs.

Dessin M. Besnard.

6. Les restes paléoenvironnementaux

53La mise en culture des sols dans les environs directs des enclos en forme d’agrafe peut être appréhendée à travers les restes paléoenvironnementaux qui se limitent malheureusement uniquement à des restes osseux. En effet, il n’y a pas de données carpologiques sur les sites concernés et le matériel sédimentaire, prélevé à plusieurs endroits sur le secteur d’Ifs, s’est révélé inexploitable pour une approche palynologique en raison d’un problème de préservation pollinique.

54Les assemblages fauniques témoignent de l’élevage de bovidés, de caprinés et de porcs dans des proportions qui sont légèrement variables, mais le bœuf apparaît clairement comme espèce dominante pour l’acquisition des viandes et des produits secondaires. Une part du troupeau est probablement réservée aux travaux des champs et à la production de lait. Une autre part des bœufs est destinée à fournir une viande de qualité comme en témoigne l’abattage de bêtes immatures. Le spectre faunique sur les sites d’Ifs est en cela très représentatif avec une part dominante de bœufs (45 %), puis de caprinés (30 %), suivi du porc (15 %). À Ver-sur-Mer, les caprinés présentent une proportion presque égale au bœuf en nombre de restes, indiquant un élevage ovin-caprin plus développé que sur les sites à l’intérieur du pays (Cotté in Carpentier, 2021, p. 209-212). Le porc reste discret dans tous les cas. L’hippophagie et la cynophagie ne sont pas attestées clairement, mais la consommation du cheval apparaît à Ifs dans l’ensemble 3 (Auxiette in Le Goff, 2004, p. 182). La chasse est anecdotique, notamment sur le cerf et le lièvre, comme à Ver-sur-Mer ou à Ifs, ensemble 2.

55À Ifs, certains assemblages particuliers ne correspondent pas à des rejets de consommation domestique, mais reflètent des gestes uniques autour de dépôts de pièces de viande ou de l’exposition de crânes. Il s’agit notamment de dépôts de morceaux de bœuf portant des traces indiquant leur exposition à l’air avant leur enfouissement. Ainsi, un dépôt intentionnel de bœuf est attesté dans l’ensemble 2, des restes de dépôts de bœuf et de cheval dans l’ensemble 3 (Auxiette in op. cit., p. 164 et 182). Un dépôt de mouton et un autre associant un chien à un porc immature ont été observés au sein des parcelles loties (Auxiette in Besnard-Vauterin, 2020, p. 162-163 et 166). À Colombelles, le fond de vase comprenant des restes de coq au fond du puisard évoque aussi un geste de dépôt « ritualisé » (voir supra).

56Hormis les produits d’élevage, la collecte de coquillages marins fait partie des ressources alimentaires sur certains sites. L’enclos de Ver-sur-Mer est à ce titre représentatif en raison de sa localisation à proximité du littoral, bien que les restes de coquilles marines demeurent très modestes. Ces débris indiquent la collecte et la consommation de moules et de patelles, auxquels s’ajoutent quelques pétoncles ou vanneaux, bigorneaux, coques ou huîtres plates, mais en quantité trop restreinte pour y voir une consommation régulière (Carpentier, 2021, p. 212). Ces modestes données peuvent être complétées par quelques observations venant d’autres sites d’habitat situés à proximité du littoral. Localisé à moins de 5 km à l’ouest de Ver-sur-Mer, aux portes du Bessin, l’enclos de la rue de l’Abbé-Galopin à Asnelles a aussi livré des restes de moules consommées. Il est possible que la patelle, l’huître plate et le buccin aient aussi été collectés dans un but alimentaire (Mougne in Giraud, 2021, p. 202-209). Pour la même période, notons que la coque est bien représentée sur l’enceinte d’Escoville, sans doute en raison de la proximité de l’estuaire de l’Orne aux milieux sablo-vaseux propices à cette espèce et à sa collecte. L’huître plate, la moule et la bucarde tuberculée ont aussi été comptabilisées, mais en très faible quantité, ne permettant pas d’attester leur consommation (Mougne in Besnard-Vauterin, 2021, p. 124-126). Quant aux autres enclos étudiés ici, plus éloignés de la mer, ils n’ont pas apporté d’indices de consommation de mollusques marins. De rares fragments coquilliers sont toutefois attestés à Ifs, notamment au sein des parcelles loties, mais leur très faible quantité n’a pas permis d’émettre d’hypothèse quant à leur utilisation (Mougne in Besnard-Vauterin, 2020, p. 336). Sur ces sites plus éloignés de la mer, la diffusion et la consommation de coquillages marins ne semblent a priori pas attestées pour cette période contrairement aux établissements de La Tène moyenne-finale, à moins qu’il s’agisse tout simplement d’un manque de données lié à la modestie des vestiges excavés.

7. L’organisation du terroir : zoom sur le secteur d’Ifs

57L’organisation du terroir dans les environs directs des enclos est généralement peu documentée en raison de la restriction des emprises de fouille, mais un cas d’étude exceptionnel se présente sur la ZAC « Object’Ifs Sud », à Ifs, qui a été explorée en diagnostic et en fouille sur plus d’une cinquantaine d’hectares. Ce terroir est marqué par une succession d’occupations protohistoriques et antiques, associées à plusieurs entités funéraires, permettant de restituer l’évolution de l’occupation du sol et des formes d’habitat depuis l’âge du Bronze jusqu’à l’Antiquité (Besnard-Vauterin, 2020). Nous apportons ici un zoom sur la période concernée, c’est-à-dire la séquence de la fin du Hallstatt à La Tène ancienne (fig. 16).

Figure 16 : Les habitats et groupes funéraires de la fin du premier au début du second âge du Fer à Ifs « Object’Ifs Sud » et « Centre pénitentiaire ».
Figure 16: Settlements and funerary groups from the end of the Early Iron Age to the beginning of the Late Iron Age at Ifs "Object’Ifs Sud" and "Penitentiary centre".

Figure 16 : Les habitats et groupes funéraires de la fin du           premier au début du second âge du Fer à Ifs « Object’Ifs Sud » et           « Centre pénitentiaire ».Figure 16: Settlements and funerary groups from the end of the           Early Iron Age to the beginning of the Late Iron Age at Ifs "Object’Ifs Sud" and "Penitentiary           centre".

C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.

58Après un vaste habitat groupé ouvert datant du Bronze final-Hallstatt C, le secteur d’« Object’Ifs Sud » voit une restructuration de l’occupation sous la forme de premières unités domestiques encloses, fondées probablement à partir de la seconde moitié du vie s. av. J.-C. Ce cloisonnement de l’habitat témoigne en quelque sorte d’un éclatement de la communauté en groupes familiaux. Cette nouvelle structuration familiale se reflète également dans la gestion des morts à travers plusieurs petites nécropoles dispersées dans la campagne. C’est également à cette période que remonte la création des premiers axes de circulation suivant une trame ordonnée, en l’occurrence trois axes parallèles auxquels s’ajoutent quelques chemins intermédiaires. Les séries d’enclos des ensembles 2, 3 et 4 s’y insèrent et présentent en trait commun la configuration en agrafe de leur clôture. Sur la zone d’étude de 2008, la restructuration de l’ancien habitat ouvert se manifeste d’abord par l’aménagement de quelques linéaments fossoyés de part et d’autre de l’axe le plus au sud, délimitant des espaces en apparence partiellement ouverts, mais probablement complétés par des aménagements en élévation (talus, haie…). Une seconde réorganisation s’ensuit au cours de la première moitié du ve s. av. J.-C. qui se manifeste par la création des parcelles loties, établies de part et d’autre du chemin et chevauchant en partie l’ensemble 3. Cette étape du tout début de La Tène ancienne est aussi attestée par la continuité de l’ensemble 4, légèrement plus récent que les ensembles 2 et 3, ainsi que par les premières fondations d’enclos de l’ensemble 6, à moins de 200 m à l’est sur le même axe viaire que les parcelles loties. Il s’agit là de trois ou quatre espaces quadrangulaires accolés, établis le long du chemin et datés du ve s. av. J.-C. (Le Goff, 2004, vol. 2, p. 596-597, phase 1A). Ils se démarquent toutefois des parcelles loties à l’ouest par une destination différente de chaque enclos, comprenant espace résidentiel, enclos agraire ou espace de stockage. Cet ensemble correspond donc a priori dès sa fondation à un seul grand établissement, ce qui le différencie des unités encloses en U.

59Enfin, pour dresser une image complète de l’occupation de la fin du Hallstatt/La Tène ancienne, on ne peut omettre d’évoquer un dernier établissement, situé plus à l’est sur le secteur du centre pénitentiaire (établissement 1, Besnard-Vauterin, 2022, vol. 1). Ce vaste habitat, constitué de multiples parcelles autour d’un grand espace résidentiel, évoque un établissement de statut supérieur. Sa création va de pair avec la mise en place du chemin qui mène vers celui-ci en se terminant sur une grande avant-cour, se démarquant ainsi des unités domestiques à l’ouest qui s’installent le long des chemins. Ce constat souligne le caractère remarquable de cet établissement, tout comme la présence d’une tombe à char au sein de sa nécropole installée dans l’avant-cour.

60Dans ce panel de formes d’habitats qui concerne la même séquence chronologique, le but n’est pas ici de rentrer dans la discussion sur leurs statuts et leur hiérarchisation, mais il semble intéressant de souligner quelques différences au sein de la catégorie des enclos en forme d’agrafe d’Ifs. On remarque une différence dans la structuration et l’orientation des espaces clôturés. La plupart s’adossent sur un chemin et s’ouvrent en direction de celui-ci (ensembles 3, 4 et les parcelles loties 1, 2 et 3). En revanche, l’ensemble 2 se situe en retrait et réunit deux enclos avec leurs faces ouvertes vers un espace central. Leur disposition évoque un habitat groupé à l’instar des parcelles loties qui se situent de part et d’autre du chemin. Ces habitats groupés se démarquent des unités isolées comme la parcelle 4 et l’établissement 3. La configuration de l’ensemble 4 est plus difficile à saisir en l’absence d’éléments chronologiques entre le petit enclos interne et la grande clôture externe.

61Quoi qu’il en soit, chaque enclos apparaît comme une petite unité domestique de dimension familiale, abritant une maison d’habitation, lorsque celle-ci est conservée, et quelques structures de stockage sous la forme de greniers ou silos. Le caractère domestique des lieux est clairement affirmé par les mobiliers détritiques piégés dans le comblement des vestiges excavés. Ces unités n’ont pas toutes fonctionné de manière synchrone et s’échelonnent dans le temps, avec les premières fondations à partir de la seconde moitié du vie s. av. J.-C. et la dernière dans le courant du ive s. av. J.-C. (établissement 3). Elles connaissent probablement toutes une durée d’occupation assez courte au vu du faible nombre de vestiges et de mobiliers, même si certaines bénéficient de quelques réfections (ensembles 2 et 4). D’autres sont abandonnées au profit d’une restructuration profonde, à l’instar des parcelles loties qui se succèdent à l’occupation de l’ensemble 3 et les phases de réaménagement de l’établissement 3.

8. Conclusion

62Dans le panel des occupations domestiques de la fin du premier au début du second âge du Fer en plaine de Caen, la catégorie des enclos en forme d’agrafe côtoie celle des grandes enceintes. L’une et l’autre émergent au vie s. av. n. è., mais les enclos en agrafe perdurent jusqu’à la fin du ive s., soit au moins un siècle de plus que les enceintes. Ces enclos semi-ouverts connaissent tous une durée d’occupation assez courte, ne dépassant guère un siècle (fig. 17). La fin de ces modestes unités coïncide avec l’essor des multiples établissements ruraux aux fossés puissants qui marquent les trois derniers siècles avant notre ère en plaine de Caen, comme cela a été documenté sur le secteur d’Ifs, mais aussi plus récemment sur le plateau de Colombelles et de Giberville et de manière générale sur toute la plaine de Caen (Besnard-Vauterin et al., 2016). La forme d’habitat semi-ouvert constitue donc une particularité pour la période de la fin du premier et du début du second âge du Fer.

Figure 17 : Frise chronologique des enclos en forme d’agrafe.
Figure 17: Chronological timeline of U-shaped enclosures.

Figure 17 : Frise chronologique des enclos en forme           d’agrafe.Figure 17: Chronological timeline of           U-shaped enclosures.

C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.

63La courte durée d’occupation de ces habitats se reflète dans le faible nombre de vestiges internes et dans la présence discrète du mobilier. Ces restes mobiliers apportent néanmoins un degré de diversité qui témoigne de la vie des habitants et de leurs activités domestiques et agropastorales.

64Malgré la conception similaire des plans d’enclos, on remarque des écarts surfaciques assez importants, allant de 600 ou 700 m² pour les plus modestes à Ifs (ensembles 2 et 3) jusqu’à plus de 6 000 m² pour le site de Colombelles (fig. 18). Les autres se placent dans cet intervalle avec une moyenne autour de 1 600 m². En corrélation avec sa surface importante, le site de Colombelles se démarque aussi par une plus grande profondeur du fossé d’enclos. Faisant partie des créations tardives du ive s. av. J.-C., il annonce en quelque sorte les enclos aux fossés profonds des établissements des iiie-ier s. av. J.-C.

Figure 18 : Les enclos par ordre de grandeur surfacique, allant du plus petit au plus grand.
Figure 18: Enclosures in order of surface area, from the smallest to the largest.

Figure 18 : Les enclos par ordre de grandeur surfacique,           allant du plus petit au plus grand.Figure 18:           Enclosures in order of surface area, from the smallest to the           largest.

C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.

65Les sites présentés ici ne constituent probablement qu’une modeste représentation de cette forme d’habitat. En effet, leurs clôtures assez discrètes, le faible nombre de vestiges internes et les modestes quantités de mobilier sont autant d’éléments qui rendent la caractérisation de ces habitats assez difficile, surtout dans le cas d’une continuité de l’occupation sur plusieurs siècles qui peut conduire à l’effacement de ces premiers vestiges fugaces. Il est donc tout à fait possible que certains établissements de La Tène moyenne-finale prennent racine sur une première forme d’enclos en agrafe, à l’instar de l’établissement 3 d’Ifs, l’une des fondations les plus tardives qui bénéficient par la suite d’une restructuration vers un enclos laténien classique. Il s’agit de l’unique exemple parmi les sites étudiés qui n’est pas déserté à la fin du ive s. av. J.-C.

66Les sites d’Ifs et de Ver-sur-Mer apportent un témoignage très intéressant sur l’évolution des formes d’habitat depuis le Bronze final-Hallstatt C, étant donné que ces petites unités semi-encloses s’inscrivent dans une continuité d’occupation, faisant suite à un habitat ouvert. Elles marquent une volonté de cloisonner les espaces habités, accompagnée certainement du besoin d’un ancrage foncier. À Ifs, ce changement dans l’organisation du terroir contraste radicalement avec le vaste habitat groupé ouvert hérité du Bronze final et témoigne ainsi d’une mutation du modèle communautaire. Cette nouvelle configuration exprime néanmoins une volonté de se regrouper, sous la forme d’une agrégation d’enclos comme l’ensemble 2 ou sous la forme de parcelles agglutinées le long d’un chemin. Ces regroupements renforcent ainsi l’image d’un habitat concerté au sein d’un terroir agraire structuré et partagé. Dans ce paysage densément investi où chaque famille ressent le besoin de marquer sa propriété, la modeste configuration des enclos et la sobriété des mobiliers ne sont en rien assimilables à une forme de dénuement des habitants, bien au contraire si l’on considère les nécropoles qui sont directement associées aux habitats d’Ifs. Un certain degré de prospérité peut être perçu à travers les dotations funéraires (parures, attaches vestimentaires, poignard…), impliquant des matériaux d’importation à base d’alliage cuivreux, de fer, de lignite ou de verre.

67Dans le prolongement de la réflexion sur la hiérarchisation de la société de la fin du premier au début du second âge du Fer, il est tout à fait envisageable de classer les enclos en forme d’agrafe parmi les formes les plus modestes des habitats fermés, loin des grandes enceintes qui expriment une certaine importance socio-économique à travers leur superficie notable et à travers le domaine agraire qui se développe autour (Besnard-Vauterin et al., 2023). Cependant, il reste à ce jour une catégorie encore très mal documentée en plaine de Caen, à savoir les formes d’habitat ouvert. Difficile à caractériser sur un territoire habité de longue date, comme à Ver-sur-Mer ou à Ifs, les exemples les mieux connus à ce jour pour cette période en Normandie regroupent une habitation principale et une série de greniers et de dépendances, comme à Fontenai-sur-Orne « la Patte d’Oie », Orne (Lepaumier, 2008), à Hautot-le-Vatois « la Plaine du Bosc-Renault », Seine-Maritime (Blancquaert et Adrian, 2006), ou à Guichainville « le Long Buisson », Eure (Marcigny et al., 2006). Leur interprétation demeure toutefois difficile et oscille entre simple unité domestique ouverte, habitat groupé ou groupement de greniers. Il faut espérer que la multiplication des données permettra à l’avenir de mieux caractériser ces unités domestiques ouvertes ou semi-ouvertes afin de mieux cerner cette période charnière entre les deux âges du Fer qui demeure encore mal documentée à l’échelle régionale.

Haut de page

Bibliographie

Auxiette G., Baudry A. et Méniel P., 2011, « Une histoire de l’élevage dans l’ouest de la Normandie : les sites de Mondeville, Ifs, Fleury-sur-Orne, Creully et les autres », dans Barral P., Dedet B., Delrieu F., Giraud P., Le Goff I., Marion S. et Villard-Le Tiec A. (dir.), L’âge du Fer en Basse-Normandie. Gestes funéraires en Gaule au second âge du Fer. Actes du XXXIIIe colloque international de l’AFEAF, Caen, 20 au 24 mai 2009, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté (Annales littéraires, Série « Environnement, sociétés et archéologie »), p. 185-202.

Besnard-Vauterin C.-C. (dir.), 2020, Évolution d’un terroir au cours de la Protohistoire. Les fouilles préventives d’Ifs « ZAC Object’Ifs Sud » 2008 (Calvados), Rennes, Presses universitaires de Rennes (Archéologie et Culture), 384 p.

Besnard-Vauterin C.-C. (dir.), 2021, Escoville (Calvados), Rue des Peupliers, Domaine du Parc. Occupations du Hallstatt final, du Haut-Empire et du haut Moyen Âge, rapport final d’opération, Caen, Inrap Grand Ouest, 385 p.

Besnard-Vauterin C.-C. (dir.), 2022, Ifs « Centre pénitentiaire (Calvados). Les occupations de l’âge du Fer, de l’Antiquité et du haut Moyen Âge, vol. 1 : Habitats de l’âge du Fer ; vol. 2 : Les groupes funéraires de l’âge du Fer ; Les occupations de l’Antiquité et du haut Moyen Âge, rapport final d’opération, Caen, Inrap Grand Ouest, 475 p. et 599 p.

Besnard-Vauterin C.-C., avec la collaboration d’Auxiette G., Ghesquière E. et Mougne C., 2023, « L’occupation de la fin du premier âge du Fer en plaine de Caen (Calvados) : l’exemple des vastes enceintes aux vestiges éparses », Revue archéologique de l’Ouest, 39, p. 163-181.

Besnard-Vauterin C.-C., Giraud P., Lepaumier H. et Giazzon D., 2016, « Genèse d’un réseau de fermes du second âge du Fer en plaine de Caen », dans Blancquaert G. et  Malrain F. (dir.), Évolution des sociétés gauloises du second âge du Fer, entre mutations internes et influences externes, actes du XXXVIIIe colloque international de l’AFEAF, Amiens 29 mai-1er juin 2014, no spécial 30 à la Revue archéologique de Picardie, p. 61-81.

Besnard-Vauterin C.-C., Auxiette G., Le Puil-Texier M. et Marcigny C., 2021, « Une enceinte de type ring fort du Bronze final et un enclos d’habitat du premier âge du Fer à Mondeville (Calvados) », Bulletin de la Société préhistorique française, 118, 3, p. 475-518.

Blancquaert G. et Adrian Y.-M., 2006, « Les occupations multiples de la plaine du Bosc Renault à Hautot-le-Vatois (Seine-Maritime) : la zone de stockage du premier âge du Fer et les vestiges antiques funéraires et domestiques », Revue archéologique de l’Ouest, 23, p. 9-44.

Blanchet S., 2011, « Des grands travaux à l’âge du Bronze… L’enceinte de la Tourelle à Lamballe », Archéopages, 33, p. 18-25.

Carpentier V. (dir.), 2021, Ver-sur-Mer (Calvados) « British Normandy Memorial ». Occupations littorales du Bronze final au Débarquement de Normandie, rapport final d’opération, Caen, Inrap Grand Ouest, 328 p.

Dron J.-L., Baudry A., Clément-Sauleau S., Gâche D., Marcigny C., Zaour N., 2011, « La Bruyère du Hamel à Condé-sur-Ifs : un site de La Tène ancienne dans la plaine de Caen », dans Barral P., Dedet B., Delrieu F., Giraud P., Le Goff I., Marion S., Villard-Le Tiec A. (dir.), L’âge du Fer en Basse-Normandie. Gestes funéraires en Gaule au second âge du Fer, Actes du XXXIIIe colloque international de l’AFEAF, Caen, 20 au 24 mai 2009, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté (Annales littéraires, Série Environnement, sociétés et archéologie), vol. I, p. 159-166.

Giazzon D. (dir.), 2009, Éterville « Les Prés du Vallon » (Calvados), document final de synthèse, Caen, Inrap Grand Ouest, 240 p.

Giraud P. (dir.), 2021, Site Rue de l’Abbé Galopin, Asnelles, Calvados, rapport final d’opération, Caen, conseil départemental du Calvados, 284 p.

Giraud P., Besnard-Vauterin C.-C., Lepaumier H., Germain-Vallée C. et Marcigny C., 2022, « Formes d’habitat en Normandie occidentale », dans Maitay C., Marcigny C. et Riquier V. (dir.), L’habitat rural du premier âge du Fer. Enclos palissadés de l’Atlantique à la Moselle, Inrap/CNRS éditions (Recherches archéologiques, 21), Paris, p. 85-99.

Jahier I. (dir.), 2011, L’enceinte des premier et second âges du Fer de La Fosse Touzé (Courseulles-sur-Mer, Calvados). Entre résidence aristocratique et place de collecte monumentale, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme (Documents d’Archéologie française, 104), 243 p.

Le Goff E., 2004, Les occupations protohistoriques et antiques de la « ZAC Object’Ifs Sud » à Ifs (Calvados), 2000-2002, document final de synthèse, Caen, Inrap Grand Ouest, 4 vol.

Lepaumier H., 2008, « A88, Fontenai-sur-Orne, La Patte d’Oie », Bilan scientifique de la région Basse-Normandie 2007, Caen, Direction régionale des Affaires culturelles, p. 106-107.

Marcigny C. (coord.), Giazzon D. et Ghesquière E. (dir.), 2006, Guichainville et Le Vieil-Évreux (Eure) « Le Long Buisson ». Les premières communautés agricoles : du Néolithique (VIe millénaire) à La Tène ancienne (ve s. av. J.-C.), rapport final d’opération, section 2, vol. 3, Rouen, Inrap Grand Ouest, 276 p.

Nicolas C. (dir.), 2021, Colombelles, ZAC Lazzaro 3 : occupations néolithiques, enclos protohistoriques et antiques à la croisée des chemins, t. 2 : de l’âge du Fer à la bataille de Caen, rapport final d’opération, Caen, Inrap Grand Ouest, 678 p.

Pimpaud N., Delalande A. et Pollin H., 2014, Nonant-le-Pin « Le Plessis » (Orne, Normandie), rapport final d’opération, Evéha, 3 vol., 290 et 182 p.

Tribouillard E., 2020, Les Pieux « ZAC de la Lande et du Siquet » (Manche, Normandie), rapport final d’opération, Caen, Inrap Grand Ouest, 263 p.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Figure 1 : Localisation des sites du premier âge du Fer en Normandie occidentale.Figure 1: Location of Early Iron Age sites in western Normandy.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, d’après Giraud et al., 2022, fig. 37.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,1M
Titre Figure 2 : Enclos en forme d’agrafe de la fin du premier au début du second âge du Fer en plaine de Caen.Figure 2: U-shaped enclosures from the end of the Early Iron Age to the beginning of the Late Iron Age in the Plain of Caen.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 631k
Titre Figure 3 : L’enclos de Colombelles « Lazzaro 3 » : plan, coupes du fossé et céramiques.Figure 3: The Colombelles "Lazzaro 3" enclosure: plan, ditch sections and pottery.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap, d’après Nicolas, 2021.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 158k
Titre Figure 4 : L’enclos de Ver-sur-Mer « British Normandy Memorial » : plan, coupes des fossés et céramiques.Figure 4: The Ver-sur-Mer "British Normandy Memorial" enclosure: plan, ditch sections and pottery.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap, d’après Carpentier, 2021.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 214k
Titre Figure 5 : L’enclos d’Ifs « Centre pénitentiaire » : plan, coupes des fossés et céramique.Figure 5: The Ifs "Penitentiary centre" enclosure: plan, ditch sections and pottery.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 100k
Titre Figure 6 : Les enclos d’Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 2 : plan, coupes des fossés et principales céramiques.Figure 6: The Ifs "Object’Ifs Sud" enclosures, ensemble 2: plan, ditch sections and pottery.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap, d’après Le Goff, 2004.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 872k
Titre Figure 7 : Les enclos d’Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 4 : plan, coupes des fossés et principales céramiques.Figure 7: The Ifs "Object’Ifs Sud" enclosures, ensemble 4: plan, ditch sections and pottery.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, d’après Le Goff, 2004.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 330k
Titre Figure 8 : Les enclos d’Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 3 : plan et coupes des fossés et principales céramiques.Figure 8: The Ifs "Object’Ifs Sud" enclosures, ensemble 3: plan and ditch sections.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, d’après Le Goff, 2004.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 312k
Titre Figure 9 : Les enclos d’Ifs « Object’Ifs Sud », ensemble 3 : céramiques issues des fossés.Figure 9: Ifs "Object’Ifs Sud" enclosures, ensemble 3: pottery from the ditches.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, d’après Le Goff, 2004 et Besnard-Vauterin, 2020.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 330k
Titre Figure 10 : Les parcelles d’Ifs « Object’Ifs Sud », fouille 2008 : plan, coupes des fossés et céramiques.Figure 10: Ifs "Object’Ifs Sud", excavation 2008: plan, ditch sections and pottery.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 1,0M
Titre Figure 11 : Enclos de configuration proche datés de la fin du premier au début du second âge du Fer.Figure 11: Enclosures of similar configuration dating from the end of the Early Iron Age to the beginning of the Late Iron Age.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 582k
Titre Figure 12 : Exemples de constructions sur poteaux à Ifs « Object’Ifs Sud », fouille 2008.Figure 12: Examples of posthole buildings at Ifs "Object’Ifs Sud", excavation 2008.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 267k
Titre Figure 13 : Exemples de silos et caves : 1. Ifs « Object’Ifs Sud », fouille 2008 ; 2. Ifs « Centre pénitentiaire » ; 3. Ver-sur-Mer « British Normandy Memorial ».Figure 13: Examples of storage pits and cellars: 1 - Ifs "Object’Ifs Sud", excavation 2008; 2 - Ifs "Penitentiary centre" ; 3 - Ver-sur-Mer "British Normandy Memorial".
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 884k
Titre Figure 14 : Le puisard à Colombelles « Lazzaro 3 ».Figure 14: Water well at Colombelles "Lazzaro 3".
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, d’après Nicolas, 2021, fig. 207.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 83k
Titre Figure 15 : Pesons, fusaïoles et fragments de bracelets en provenance des parcelles loties à Ifs.Figure 15: Weights, spindle whorls and fragments of bracelets from Ifs.
Crédits Dessin M. Besnard.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 357k
Titre Figure 16 : Les habitats et groupes funéraires de la fin du premier au début du second âge du Fer à Ifs « Object’Ifs Sud » et « Centre pénitentiaire ».Figure 16: Settlements and funerary groups from the end of the Early Iron Age to the beginning of the Late Iron Age at Ifs "Object’Ifs Sud" and "Penitentiary centre".
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 422k
Titre Figure 17 : Frise chronologique des enclos en forme d’agrafe.Figure 17: Chronological timeline of U-shaped enclosures.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 154k
Titre Figure 18 : Les enclos par ordre de grandeur surfacique, allant du plus petit au plus grand.Figure 18: Enclosures in order of surface area, from the smallest to the largest.
Crédits C.-C. Besnard-Vauterin, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/10614/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 334k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Chris-Cécile Besnard-Vauterin, Ginette Auxiette et Caroline Mougne, « Les enclos en forme d’agrafe de la fin du premier et du début du second âge du Fer en plaine de Caen (Calvados) », Revue archéologique de l'Ouest [En ligne], 41 | 2025, mis en ligne le , consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rao/10614 ; DOI : https://doi.org/10.4000/13zvh

Haut de page

Auteurs

Chris-Cécile Besnard-Vauterin

Ingénieure chargée de recherche, Inrap, CReAAH, UMR 6566 Rennes

Articles du même auteur

Ginette Auxiette

Archéozoologue, ingénieure chargée de recherche, Inrap, Arscan UMR 7041 Équipe Protohistoire européenne, Nanterre

Articles du même auteur

Caroline Mougne

Malacologue, Ingénieure de recherche contractuelle en archéomalacologie marine, UMR 7209 Archéozoologie, Archéobotanique, Muséum national d’Histoire naturelle

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search