1Le projet de construction d’une zone d’aménagement concerté sur la commune de Jaunay-Clan (Vienne) a conduit le service régional de l’Archéologie de Poitou-Charentes à prescrire une série de diagnostics archéologiques préalables. Plus de 60 ha ont ainsi pu être évalués à l’emplacement de la future ZAC des Grands-Champs, à quelques kilomètres au nord de Poitiers, sur la rive gauche de la vallée du Clain. Les deux premières phases de diagnostic ont entraîné la découverte d’une trentaine d’entités archéologiques réparties sur l’ensemble de l’emprise (Connet et al., 2009 ; Pouponnot et al., 2010) ; une troisième phase doit encore être programmée. Les occupations mises au jour correspondent à des sites à vocation funéraire, domestique, agricole ou artisanale et attestent une fréquentation discontinue de ce segment de la moyenne vallée du Clain entre le Néolithique et le Moyen Âge. Plusieurs de ces sites ont fait l’objet de prescriptions de fouille : Sous-Clan 1 (enceinte de la fin du Néolithique récent, enclos du Bronze moyen 1 et bas-fourneau de La Tène ancienne), Sous-Clan 2 (mausolée antique), la Viaube 1 (occupations rurales du Bronze ancien et du Bronze final, exploitation agricole antique et espace d’agrément consacré à la promenade), la Viaube 1bis (occupation rurale médiévale) et la Viaube 2 (occupations protohistoriques).
2La fouille du site de la Viaube 2 s’est déroulée au printemps 2013, parallèlement au lotissement du secteur 1. Elle a, entre autres, déclenché la mise au jour de structures de stockage et d’une sépulture du début de l’âge du Bronze, de bâtiments quadrangulaires sur poteaux plantés et d’une grande fosse polylobée de l’étape moyenne du Bronze final, ainsi que des silos réutilisés comme dépotoirs à la fin du premier âge du Fer (Maitay, 2016a). Toutes ces structures appartiennent à un gisement beaucoup plus vaste découvert dans les années 1950 suite à sa destruction partielle par des exploitants de carrières (Taillet, 1955 et 1957). Cette occupation diachronique, dont les limites spatiales ne sont pas encore reconnues, est constituée de structures excavées relativement bien conservées et dont les comblements fournissent des assemblages lithiques et céramiques faisant désormais office de référentiels régionaux. Les travaux menés sur ce site depuis une dizaine d’années contribuent par ailleurs à une meilleure connaissance des occupations rurales ouvertes, dans un contexte régional où les données sur l’agriculture et l’élevage sont encore lacunaires.
3La commune de Jaunay-Clan, aujourd’hui Jaunay-Marigny, est localisée au centre du département de la Vienne, sur la rive gauche de la vallée du Clain, à une quinzaine de kilomètres avant sa confluence avec la Vienne (fig. 1). Le bourg actuel se développe à une dizaine de kilomètres au nord de l’agglomération de Poitiers et à 1 km au nord du parc du Futuroscope. Le site de la Viaube s’insère dans un paysage de plateaux peu élevés et de terrasses étagées (altitude moyenne 90 m NGF), s’inclinant en direction de la basse terrasse du Clain. Il occupe un terrain en légère pente en direction de l’est, d’altitude moyenne 67 m NGF. La rivière s’écoule en direction du nord-est, à environ 900 m à l’est de la fouille (fig. 2).
Figure 1 : Localisation du site de la Viaube 2 à Jaunay-Marigny (anciennement Jaunay-Clan), Vienne.
Figure 1: Location of la Viaube 2 site, Jaunay- Marigny, Vienne.
Infographie C. Maitay, Inrap.
Figure 2 : Situation topographique du site de la Viaube 2 et localisation des différentes opérations archéologiques.
Figure 2: Topography of la Viaube 2 site and location of archaeological excavations.
Infographie B. Larmignat et C. Maitay, Inrap.
4Le site de la Viaube est installé sur le versant septentrional du seuil du Poitou, en bordure sud-ouest du Bassin sédimentaire parisien. L’emprise de la fouille s’inscrit dans la plaine alluviale du Clain formée d’alluvions anciennes constituées de sables, de galets et de gravier (fig. 3). Les structures archéologiques sont aménagées dans une séquence alluviale limoneuse beige à inclusions éparses de cailloutis calcaires sub-émoussés moyennement denses et recouverts par un sol brun mis en place au cours de l’Holocène (Bourgueil et al., 1976 ; Cariou et Joubert, 1989).
Figure 3 : Environnement géologique du site de la Viaube 2.
Figure 3: Geological environment of la Viaube 2 site.
Infographie L. Rousseau, Inrap, d’après Bourgueil et al., 1976 et Cariou et Joubert, 1989.
- 1 Pour de plus amples informations sur le contexte archéologique, nous renvoyons le lecteur (...)
5Les opérations d’archéologie préventive qui se sont succédé dans ce secteur de la vallée du Clain depuis le début du xxie s. ont permis de mettre en évidence une occupation des lieux relativement dense depuis le Néolithique1. Les terrains diagnostiqués sur l’ancienne terrasse alluviale et l’amorce du rebord de plateau (fig. 2 et 3) attestent de vestiges immobiliers néolithiques et protohistoriques se répartissant sur l’ensemble du projet (Connet et al., 2009). L’opération de fouille de la Viaube 1 a porté sur une superficie de 38 000 m² (Lavoix et al., 2013). Cette première intervention a notamment permis de mettre au jour une inhumation en fosse du Néolithique ancien-moyen, parmi les plus anciennes du centre-ouest (Maitay et al., 2018), ainsi que les vestiges de près de 500 structures en creux de l’âge du Bronze : trous de poteau, trous de piquet, fosses, silos, enclos fossoyé et sépultures (Maitay et al., 2017). Des structures de stockage enterrées, parfois réutilisées comme dépotoirs, fournissent des ensembles clos et homogènes permettant de discuter de l’évolution des cultures matérielles du début de l’âge du Bronze. Après un hiatus chronologique de plusieurs siècles, le site est réoccupé au Bronze moyen puis surtout final. Un habitat groupé rassemble alors une quinzaine d’édifices sur poteaux de bois, des fosses, quelques silos et des portions de palissades, mais également une sépulture et un enclos circulaire à fossé interrompu. Le mobilier céramique et les quelques objets métalliques conservés assurent une datation au cours de l’étape moyenne de l’âge du Bronze final (BF IIIa).
6La deuxième phase de fouille (la Viaube 2) a pu être réalisée au printemps 2013, parallèlement au lotissement du secteur 1. Les terrains concernés couvrent une superficie d’un peu moins de 7 000 m² (fig. 4). Ils sont situés à quelques dizaines de mètres au nord du site de la Viaube 1 et à environ 200 m au sud-ouest du gisement éponyme de la Viaube (fig. 2). L’objectif de la fouille était avant tout de déterminer la fonction et le statut de cette occupation protohistorique, d’en comprendre l’implantation et l’organisation spatiale et de la replacer dans un contexte chronologique et culturel plus large. L’opération devait par ailleurs permettre d’identifier les plans d’éventuelles constructions de l’âge du Bronze. Les efforts se sont également portés sur l’obtention de données paléoenvironnementales, susceptibles d’apporter des informations sur le paysage environnant, les modalités de l’économie végétale (plantes cultivées, pratiques agricoles, etc.) ou encore la gestion des espèces consommées et le rôle de l’élevage.
Figure 4 : Plan général du site de la Viaube 2.
Figure 4: General plan of the la Viaube 2 site.
Infographie C. Maitay, Inrap.
7La seconde phase de fouille du site protohistorique de la Viaube confirme le fort potentiel archéologique de ce secteur et complète les résultats délivrés par l’opération menée en 2010 sur le site de la Viaube 1. Les structures du début de l’âge du Bronze – des silos, des fosses, un petit bâtiment quadrangulaire sur poteaux de bois, un probable puits, une sépulture, etc. – couvrent une superficie d’environ 4 000 m², dans un secteur très peu impacté par les occupations postérieures (fig. 5). Une quinzaine de fosses du Bronze ancien ont été interprétées comme des structures enterrées destinées au stockage de denrées alimentaires périssables. Une fois abandonnées, elles sont comblées par des déchets céramiques et lithiques, des restes de faune ou, plus rarement, des fragments d’outils en bois de cerf. Des structures dont les dimensions et les profils se distinguent de ceux des silos sont qualifiées de fosses profondes, mais pourraient tout de même jouer un rôle dans la chaîne opératoire du stockage des denrées. L’une d’entre elles a livré les restes de plusieurs squelettes de faune en connexion anatomique, posant ainsi la question d’éventuels dépôts intentionnels. Une seconde a quant à elle reçu la dépouille d’une défunte datée par le radiocarbone entre 1940 et 1740 av. J.-C.
Figure 5 : Plan des structures de l’âge du Bronze ancien de la Viaube 2.
Figure 5: Plan of the Early Bronze Age features of la Viaube 2.
Infographie C. Maitay, Inrap.
8Les structures de l’âge du Bronze ancien de la Viaube 2 se concentrent presque exclusivement à l’est de l’emprise de fouille (fig. 4 et 5) ; une seule structure de cette phase d’occupation borde la limite occidentale de l’emprise (st. 261). Certaines semblent isolées au sein de zones très peu impactées par l’activité humaine, comme les silos 2, 158 et 261 ou les fosses profondes 15 et 201. D’autres, au contraire, s’organisent par groupes de deux à cinq structures réparties autour d’un ou de plusieurs silos à profil cylindrique ou ovoïde (fig. 6). Les creusements sont alors répartis à quelques mètres les uns des autres, occupant un espace d’une vingtaine de mètres carrés. Ces structures peuvent être environnées d’un ou de plusieurs trous de poteau pouvant participer à des dispositifs aériens périssables (couvertures protégeant les silos des intempéries, système de levage favorisant la récupération des grains, etc.).
Figure 6 : Vue des structures de stockage 46 (à l’arrière-plan à droite), 47 (à l’arrière-plan à gauche) et 48 (au premier plan) en cours de fouille.
Figure 6: View of storage pit 46, 47 and 48.
Cliché C. Maitay, Inrap.
9On note de manière récurrente la présence, à proximité des structures de stockage enterrées, d’une à plusieurs petites fosses à profil cylindrique ou évasé. Ces dernières peuvent être liées au fonctionnement des silos adjacents, voire à la préparation in situ des produits entreposés. Plusieurs de ces fosses ont livré des fragments de terre crue rubéfiée, mais aucune ne présente de trace de rubéfaction conservée.
10Au moins un tiers des structures du début de l’âge du Bronze de la Viaube 2 sont dévolues aux activités de stockage, soit une quinzaine de fosses (fig. 7 et 8). Ces structures possèdent, tout comme celles de la Viaube 1, des ouvertures circulaires à subcirculaires. Certaines, notamment celles à profil ovoïde, ont pu posséder une ouverture rétrécie, dont l’obturation aurait ainsi été facilitée. L’érosion ayant détruit la partie supérieure des structures, il va sans dire que les profils relevés ne correspondent pas nécessairement aux formes d’origine des silos.
Figure 7 : Inventaire des structures de stockage enterrées du Bronze ancien de la Viaube 2.
Figure 7: Inventory of the Early Bronze Age storage pits of la Viaube 2.
| N° de structure |
Dimensions |
Volume estimé (m3) |
Profil |
Type |
| Dimensions de l'ouverture |
Dimensions de la base |
Profondeur conservée (m) |
| L / Diam. (m) |
l (m) |
L / Diam. (m) |
| 2 |
1,28 |
1 |
1,3 |
0,76 |
1 |
cylindrique |
A |
| 46 |
1,58 |
|
1,58 |
0,76 |
1,5 |
asymétrique |
C |
| 47 |
1,74 |
|
0,96 |
0,78 |
1,43 |
asymétrique |
C |
| 48 |
1,62 |
|
1,2 |
0,45 |
0,9 |
ovoïde |
B |
| 103 |
1,46 |
|
1,45 |
0,6 |
1 |
cylindrique |
A |
| 105 |
1,45 |
|
1,45 |
0,7 |
1,15 |
ovoïde |
B |
| 126 |
0,74 |
|
0,86 |
0,46 |
0,25 |
ovoïde |
B |
| 135 |
1,55 |
|
1,55 |
1,05 |
2 |
cylindrique |
A |
| 158 |
2 |
|
1,5 |
1,34 |
2,6 |
cylindrique |
A |
| 210 |
1,14 |
0,95 |
0,96 |
1 |
0,75 |
ovoïde |
B |
| 216 |
0,5 |
|
0,5 |
0,35 |
0,07 |
ovoïde |
D |
| 218 |
1,35 |
|
1,25 |
0,85 |
1,15 |
ovoïde |
B |
| 261 |
1,2 |
|
1,4 |
0,45 |
0,6 |
ovoïde |
B |
| 233 |
1,15 |
|
1,4 |
0,65 |
0,83 |
ovoïde |
B |
| 323 |
0,91 |
|
0,9 |
0,94 |
0,62 |
ovoïde |
B |
Tableau C. Maitay, Inrap.
Figure 8 : Profils comparés et classification des structures de stockage de l’âge du Bronze ancien de la Viaube 2.
Figure 8: Comparative shapes and classification of the Early Bronze Age storage pits of la Viaube 2.
Infographie B. Moutarde et C. Maitay, Inrap.
11La confrontation entre les morphologies et les dimensions de ces 15 structures de stockage permet de définir trois principaux types (fig. 8) : les silos à paroi subrectiligne (profil cylindrique de type A), ceux à paroi convexe (profil ovoïde de type B) et ceux à paroi asymétrique (profil asymétrique de type C). Au moins une fosse de plus faible volume semble quant à elle avoir été aménagée afin de recevoir un grand vase en terre cuite et constitue ainsi un quatrième type de fosse de stockage (fosse à « vase silo » de type D). Les diamètres à l’ouverture des silos de types A, B et C varient entre 0,74 (st. 126) et 2 m (st. 158), avec un diamètre moyen de 1,3 m. Les volumes restitués sont compris entre 0,25 (st. 126) et 2,6 m³ (st. 158), avec une très grande majorité située autour de 1 m³.
- 2 Densité du blé : 750 à 840 kg/m³ (sources : Food and Agriculture Organization of United N (...)
12Le premier type, à profil cylindrique (type A) rassemble environ un quart des effectifs (fig. 7 et 8). Il dispose d’une ouverture circulaire, d’un fond plat et de parois subrectilignes verticales. Le diamètre de l’ouverture, qui équivaut au diamètre du fond, est toujours supérieur à la hauteur conservée. Les volumes restitués sont compris entre 1 (st. 2 et 103) et 2,6 m³ (st. 158), pour un volume moyen de 1,65 m³ permettant de stocker ainsi 1,25 à 1,4 t de blé2. Un mode de couverture constitué d’une claie ou d’un plancher de bois pouvant être rendu hermétique à l’aide d’argile crue séchée peut être restitué (Sigaut, 1978). L’une de ces structures, st. 158, contenait un dépôt de quatre bois de cervidés, dont un fragment d’andouiller portant une perforation (fig. 9 et 33 c).
Figure 9 : Photographie de la coupe partielle du silo 158.
Figure 9: Sectional view of storage pit 158.
Cliché C. Maitay, Inrap.
13Un deuxième type, représenté par huit structures, possède un profil ovoïde surbaissé (type B). Ses parois et son fond sont convexes (fig. 8 et 10). Les diamètres d’ouverture, compris entre 0,74 (st. 126) et 1,62 m (st. 48), sont sensiblement inférieurs à ceux du type précédent. Les hauteurs conservées varient quant à elles de 0,45 (st. 48) à 1 m (st. 210). Les volumes stockés sont ainsi nettement inférieurs à ceux du type A (volume moyen de 0,8 m³). Le diamètre maximum est situé dans la moitié ou le tiers inférieur du réceptacle. Plusieurs structures de types A et B disposent au niveau de leur embouchure d’une petite excroissance circulaire d’une trentaine de centimètres de profondeur maximale (st. 158, 210 et 218 : fig. 8 et 11). La fonction exacte de ces appendices n’est pas établie, mais il pourrait s’agir de fondations de structures liées au fonctionnement ou à la condamnation des silos. L’obturation peut s’effectuer à l’aide de planches de bois, d’argile ou d’une dalle de pierre (fig. 12).
Figure 10 : Photographie de la coupe du silo 105.
Figure 10: Sectional view of storage pit 105.
Cliché C. Maitay, Inrap.
Figure 11 : Photographie de la coupe du silo 210.
Figure 11: Sectional view of storage pit 210.
Cliché C. Maitay, Inrap.
Figure 12 : Photographie de la dalle de grès scellant le silo 126.
Figure 12: View of the sandstone slab obturating storage pit 126.
Cliché C. Maitay, Inrap.
14Le troisième type, variante du type A, n’est représenté que par deux structures (st. 46 et 47). Également reconnu sur le site de la Viaube 1, il se caractérise par un profil asymétrique pourvu d’un fond plat (type C). L’une des parois est subverticale, tandis que la paroi opposée est en gradin (fig. 8). Les dimensions relevées le rapprochent davantage du type à profil ovoïde que de celui à profil cylindrique. Le comblement de ces structures contient des tessons de poterie, des fragments de terre crue rubéfiée, ainsi qu’un grand nombre de fruits à coque carbonisés. Comme pour les types précédents, ni les parois ni le fond ne présentent de trace de rubéfaction. La présence d’un emmarchement pourrait suggérer une volonté d’accéder facilement au fond de cette structure (fonction de cellier, de garde-manger ?).
15Plusieurs fosses de la Viaube 1 et 2 semblent correspondre à un mode de stockage différent (st. 2422, 2512 et 4102 de la Viaube 1 ; st. 216 et peut-être 259, de la Viaube 2). Il s’agit de creusements circulaires de 0,3 à 1 m de diamètre, à profil cylindrique ou en cuvette, dans le comblement desquels se retrouvent les restes d’un à plusieurs grands vases de stockage écrasés en place (fosses à « vases-silos » de type D : fig. 8). Les produits stockés sont alors déposés dans le récipient qui est lui-même calé au centre d’une fosse aménagée à cet effet. L’embouchure du vase peut être scellée par une dalle de pierre (fig. 22). L’usager peut ainsi accéder facilement aux produits entreposés sans mettre en péril l’ensemble du stock, contrairement aux silos qui, hermétiquement clos, ne sont théoriquement ouverts qu’une seule fois. Ce type de structure a également été mis en évidence de l’autre côté du Clain, sur le site d’habitat du Bronze ancien de Terre-qui-Fume à Buxerolles (Maguer et al., 2004).
16L’étude de la stratigraphie des silos de la Viaube 1 et 2 révèle des dynamiques de comblement assez proches d’une structure à l’autre et se composant généralement de trois phases. La première, qui peut prendre la forme d’un dôme disposé au centre de la structure, fait intervenir une série de couches de limon plus ou moins anthropisé (charbons de bois, fragments de vaisselle en terre cuite et de faune) pouvant alterner avec de rares blocs de calcaire et des niveaux d’effondrement des parois. Une deuxième phase, qui n’est pas systématiquement observée, se compose de sédiments limoneux beaucoup plus fins et ne contenant qu’exceptionnellement du mobilier. Ces apports progressifs et naturels correspondent à des phases d’effondrement des parois et de l’embouchure des silos, ainsi qu’à des phénomènes de ruissellement et de stagnation des eaux de pluie. Enfin, le comblement terminal se compose généralement de limons argileux et de gravillons parfois enrichis de quelques charbons de bois et de tessons de céramique. Il s’agit d’un apport massif, rapide et volontaire, destiné à condamner définitivement ces structures.
17D’autres fosses dispersées sur l’emprise possèdent des profils, des comblements ou des dimensions se distinguant de ceux, assez standardisés, des structures de stockage du Bronze ancien. Selon leur profil, tronconique ou atypique, elles appartiennent aux types E ou F (fig. 13). Représentés par au moins cinq exemplaires (st. 15, 130, 201, 205 et 215), ces structures se manifestent par des volumes nettement supérieurs à ceux des types précédents (entre 4,6 et 9,7 m³) et, dans certains cas, par des dépôts remarquables. Nous les qualifions de fosses profondes (Audé et al., à paraître).
Figure 13 : Profils comparés et classification des fosses profondes de l’âge du Bronze ancien de la Viaube 2.
Figure 13: Comparative views and classification of the Early Bronze Age deep pits of la Viaube 2.
Infographie B. Moutarde et C. Maitay, Inrap.
- 3 Datation Beta 350761 : âge radiocarbone = 3440 +- 40 BP ; âge radiocarbone conventionnel (...)
18La structure 215 se distingue par exemple des autres structures de la Viaube par le dépôt d’un corps humain. Arasée d’une vingtaine de centimètres, cette fosse possède une ouverture ovalaire, des parois évasées et un fond plat irrégulier (fig. 13). Elle mesure environ 2 × 1,6 m de diamètre à l’ouverture et 1,05 m de profondeur conservée (volume initial estimé à environ 2 m³). Son profil, ses dimensions et l’absence de grains de céréales et de fruits à coque dans son comblement la différencient des structures environnantes à fond plat et parois subverticales interprétées comme des structures de stockage de denrées agricoles. Plusieurs de ces silos, ainsi que des fosses et des trous de poteau également datés du début de l’âge du Bronze, ont été fouillés à quelques mètres de cette structure (fig. 5). Le niveau de comblement supérieur de la fosse 215 a été le lieu du dépôt d’un corps humain complet et en connexion qu’une datation par le radiocarbone place entre 1940 et 1740 av. J.-C. (st. 330)3. L’individu, de sexe féminin, est allongé en position légèrement latérale droite, tête au sud-est (fig. 14). Ce dépôt a fait l’objet d’un aménagement particulier qui, associé à l’emploi d’un linceul et au soin apporté à la position du corps, suggère fortement que l’on puisse qualifier ce dépôt de sépulture (Maitay et Coupey, 2025). Pour autant, aucun élément de mobilier pérenne n’accompagnait le corps.
Figure 14 : Photographie de la coupe de la structure 215 et de la sépulture 330 en cours de fouille.
Figure 14: Sectional view of structure 215 and of the grave 330.
Cliché C. Maitay, Inrap.
- 4 Datation Beta 387549 : âge radiocarbone = 3100 +- 30 BP ; âge radiocarbone conventionnel (...)
19À une cinquantaine de mètres au sud-ouest (fig. 5), l’originalité de la structure 15 réside dans la présence de plusieurs rejets singuliers et vraisemblablement synchrones de faune. Pourvue de dimensions et d’un profil remarquables, cette fosse possède une ouverture de plan ovalaire mesurant 3,2 × 2 m de diamètre et une profondeur conservée de 1,46 m. Les parois, légèrement convexes, s’achèvent par un fond plat circulaire de 3,6 m de diamètre. Un volume initial d’environ 10 m³ peut être restitué. Après une phase d’effondrement des parois, un niveau de marne argileuse hétérogène de couleur marron beige ponctué de lentilles d’argile brune est mis en place dans le fond de la structure. Sur le dôme ainsi formé sont rejetés les squelettes de deux bovinés et d’un porc, enrobés de limon argileux fin brun clair. Ce niveau est ensuite scellé par plusieurs couches de sédiments argilo-marneux, de limons bruns et de marne sableuse (fig. 13). Une datation par le radiocarbone, obtenue sur l’un des squelettes de bœuf, assure un âge un peu tardif compris entre 1500 et 1395 av. J.-C.4.
20Localisés dans la partie orientale de la fouille, plusieurs creusements arasés appartiennent à une petite construction sur poteaux de bois, le bâtiment B1. D’orientation sud-est–nord-ouest, cet édifice se compose de cinq trous de poteau aménagés dans le substrat calcaire altéré (fig. 15). Son plan est celui d’un quadrilatère régulier de 2 × 1,6 m de côté couvrant une superficie d’environ 3,2 m². De forme circulaire, les creusements recevant les poteaux porteurs possèdent des profils irréguliers en cuvette et des bords subverticaux à évasés. Leurs diamètres sont compris entre 0,3 et 0,5 m et les profondeurs conservées entre 0,05 et 0,16 m. Contrairement à celles des bâtiments de la fin de l’âge du Bronze, ces structures n’ont pas conservé la trace d’élément de calage ou de négatif de poteau. La proximité de cet édifice avec une série de fosses et de structures datées de l’âge du Bronze ancien, ainsi que l’absence d’élément céramique typique du Bronze final ou du premier âge du Fer, invitent à dater ce petit bâtiment du début de l’âge du Bronze. Il n’est pas exclu que deux autres trous de poteau s’inscrivant dans le prolongement occidental du bâtiment B1 (st. 239 et 241) appartiennent également à cette construction.
Figure 15 : Plan du bâtiment de l’âge du Bronze ancien de la Viaube 2.
Figure 15: Plan of the Early Bronze Age building of la Viaube 2.
Infographie B. Moutarde et C. Maitay, Inrap.
21Les structures ayant livré du mobilier de l’âge du Bronze ancien se concentrent dans la partie orientale de l’emprise. Le mobilier céramique est relativement bien conservé (NR : 2 243 ; masse : 44 101 g). Avec un poids moyen par tesson de 14,9 g (contre 15,8 g pour le corpus contemporain de la Viaube 1), la série apparaît comme assez peu fragmentée. Les profils archéologiquement complets sont néanmoins rares et seule la structure 233 a livré les restes d’un grand récipient de stockage archéologiquement complet.
22La classification morphologique retenue ici reprend dans ses grandes lignes celle proposée dans le cadre de l’étude du corpus de la Viaube 1 (Maitay et al., 2017, p. 80-87). Elle repose notamment sur des critères métriques permettant de distinguer cinq classes structurales : les formes plates (dont le diamètre d’ouverture est supérieur à trois fois la hauteur du réceptacle), basses (dont le diamètre d’ouverture est supérieur à la hauteur), hautes (dont le diamètre d’ouverture est inférieur à la hauteur du réceptacle), ouvertes (diamètre de l’ouverture équivalent au diamètre maximal) et fermées (diamètre de l’ouverture inférieur au diamètre maximal) [Funay, 2005, p. 22-24 ; Maitay, 2010, p. 53-57]. La forme générale du récipient et la complexité de son profil (avec ou sans encolure) sont ensuite prises en compte, permettant de définir des formes simples ou complexes. Quatre groupes de formes peuvent ainsi être proposés : les formes plates et basses simples de type A1, les formes basses complexes de type A2, les formes hautes simples de type B1 et les formes hautes complexes de types B2, B3 et C1 (fig. 16).
Figure 16 : Classification des principales formes de récipients de l’âge du Bronze ancien de la Viaube.
Figure 16: Classification of the main pottery forms from the Early Bronze Age site of la Viaube 2.
Infographie C. Maitay, Inrap.
23D’un point de vue fonctionnel, les formes basses de type A semblent davantage employées pour la préparation et la présentation des denrées (bols, jattes, etc.), tandis que les formes hautes sont dévolues au stockage des solides et des liquides (vases « tonnelets », vases à carène haut placée, etc.). À la Viaube 1 et 2, comme à la Fontaine de la Palut à Saint-Léger-de-Pons, en Charente-Maritime (Bouchet et al., 1990) et à la grotte des Perrats à Agris, en Charente (Gomez de Soto et Boulestin, 1996 ; Funay, 2005, p. 39), les formes hautes de types B et C prédominent nettement. Les vases à panse en tonnelet de types B1a et B1b sont, de loin, les mieux représentés (65 % des individus déterminés).
24La céramique décorée ne représente qu’une très faible partie du mobilier céramique de l’âge du Bronze ancien ; 263 tessons décorés ont été inventoriés à la Viaube 2 (âges du Bronze ancien et final confondus), soit 3,6 % de la totalité du mobilier céramique protohistorique. Cette proportion est équivalente à celle observée à la Viaube 1 (environ 4 %), mais nettement inférieure à celle du corpus de la grotte des Perrats. Les tessons décorés représentent effectivement dans cette cavité environ un quart du mobilier céramique de l’âge du Bronze ancien (ibid., p. 46). Les motifs sont assez peu variés, mais mettent en œuvre différentes techniques, par déformation (incisions, impressions au doigt, à la cordelette ou au peigne, traînées digitales, coups d’ongle) et ajout de matière première (cordons plastiques lisses ou digités, décor de pastillage, boutons circulaires).
25Si l’observation des pâtes céramiques de la Viaube 2 délivre des informations similaires à celles recueillies sur le corpus de la Viaube 1, l’étude technologique fournit de nombreux renseignements sur les modalités de fabrication de ces productions (Ripoche, 2022 ; Ripoche et al., 2025).
26Les formes basses et simples de type A1 sont représentées par des vases à fond plat et lèvre arrondie (fig. 16). La panse peut être convexe (A1a) ou plus rarement rectiligne (A1b). Aucun moyen de préhension n’a été inventorié sur les vases de type A1 (absence de tasse). Les bols et les jattes de type A1, bien que très fragmentés, sont assez bien représentés dans le corpus (environ 10 % des formes identifiées). Ils disposent généralement d’une panse hémisphérique (A1a) et d’un bord s’inscrivant dans le prolongement de la paroi du vase (fig. 17, nos 9, 14 et 18 ; fig. 23, n° 18). La variante à paroi rectiligne (A1b) est moins fréquente à la Viaube 2, mais néanmoins représentée (fig. 17, n° 24). Un exemplaire de type A1a au profil archéologiquement complet provient de la structure 233 (fig. 19, n° 3). Le diamètre de la base mesure 170 mm, celui de l’ouverture 330 mm et la hauteur 97 mm. Le rebord du vase dispose d’au moins une petite languette horizontale appliquée à l’aide de barbotine. Un seul récipient de type A1 fait l’objet d’une décoration sous la forme de fines incisions obliques ornant la lèvre (fig. 23, n° 18).
Figure 17 : Mobilier céramique de l’âge du Bronze ancien. 1 : structure 46 ; 2 : structure 47 ; 3 à 11 : structure 48 ; 12 à 16 : structure 85 ; 17 à 22 : structure 103 ; 23 à 30 : structure 105.
Figure 17: Early Bronze Age pottery. 1: structure 46; 2: structure 47; 3 to 11: structure 48; 12 to 16: structure 85; 17 to 22: structure 103; 23 to 30: structure 105.
Dessin et infographie C. Maitay, Inrap.
27Les formes basses et complexes se déclinent en deux groupes principaux. Les vases possédant un bord subvertical constituent le sous-type A2a (diamètre maximal = diamètre d’ouverture) et ceux dont le bord est rentrant définissent le sous-type A2b (diamètre maximal = diamètre à l’encolure > diamètre de l’ouverture). On distingue les récipients à angulation molle (A2b1) de ceux à angulation marquée (A2b2). Comme pour les vases hauts de type B2, l’angulation se situe toujours dans le tiers supérieur du récipient. À la Viaube 2, les vases de type A2 sont beaucoup plus rares que les précédents, mais leur état de fragmentation ne facilite pas toujours leur identification (fig. 18, n° 10).
Figure 18 : Mobilier céramique de l’âge du Bronze ancien. 1 à 16 : structure 130 ; 17 à 26 : structure 158 ; 27 à 37 : structure 200/205.
Figure 18: Early Bronze Age pottery. 1 to 16: structure 130; 17 to 26: structure 158; 27 to 37: structure 200/205.
Dessin et infographie C. Maitay, Inrap.
28Les formes hautes et simples de type B1 sont représentées par des récipients à panse convexe, parfois étirée, et fond plat (vases dits à panse en tonnelet) ; la lèvre est généralement arrondie. Le diamètre maximal correspond à celui de la panse ; le diamètre de l’ouverture équivaut à celui de la base. Les vases dont le col s’inscrit dans la continuité de la panse constituent le type B1a et ceux dont le bord présente une très légère angulation avec la panse (bord subvertical) le type B1b (fig. 16). Comme à la Viaube 1, les formes hautes et simples de type B1 sont très bien représentées ; 41 vases intègrent cette catégorie. Ceux de type B1a se rencontrent dans les structures 46 (fig. 17, n° 1), 48 (fig. 17, n° 7), peut-être 103 (fig. 17, n° 19) et 105 (fig. 17, n° 26), 129 (fig. 23, n° 8), 130 (fig. 18, nos 4, 5, 7, 8, 15 et 16), 158 (fig. 23, nos 21 et 22), 205 (fig. 18, nos 27, 28, 30 et 34), 215 (fig. 21, nos 7 à 9), 218 (fig. 21, n° 14), 233 (fig. 19, n° 8) et 323 (fig. 23, n° 15). Ils peuvent être agrémentés d’une languette horizontale disposée au niveau de l’ouverture du récipient, d’un bouton circulaire préoral, d’un cordon digité préoral ou d’une frise horizontale d’impressions digitées soulignant le bord. Un exemplaire est orné d’un décor complexe de cordons digités horizontaux et verticaux appliqués sur la panse (fig. 18, n° 27). On distingue a priori deux types de production : celle à paroi épaisse et pâte de texture semi-grossière à grossière et celle à paroi plus fine et pâte de texture semi-fine à semi-grossière.
29La partie supérieure de la variante B1b peut être confondue avec celle des vases à épaulement de type B2 (les deux possèdent une paroi rentrante et un bord subvertical à lèvre arrondie) et c’est alors la présence d’un épaulement qui permet d’effectuer la distinction. Les formes hautes de type B1b possèdent un col peu développé, voire très court, se distinguant néanmoins du profil de la panse (fig. 17, nos 4, 11, 28, peut-être 8, 23 et 27 ; fig. 18, nos 1, 3, 14, 20, 33 et 35 ; fig. 19, n° 1 ; fig. 21, nos 6 et 10 ; fig. 22, n° 2 ; fig. 23, n° 20). Certains font l’objet d’une ornementation (cordon horizontal préoral, frise horizontale d’impressions digitées soulignant le bord, bouton circulaire préoral, coups d’ongle et incisions sur le col), d’autres sont pourvus de languettes horizontales appliquées occupant la partie la plus large et/ou la partie supérieure de la panse ou bien le col. Un récipient, malheureusement incomplet, se distingue des autres par un décor original associant registres de cordons digités horizontaux et verticaux appliqués et registres de coups d’ongle disposés en frises horizontales superposées (fig. 21, n° 10). La partie inférieure de ce vase est en outre agrémentée d’une croix en relief constituée de deux cordons modelés se croisant perpendiculairement (fig. 21, n° 11). Un autre exemplaire de vase à panse en tonnelet a été déposé presque complet à l’intérieur du silo 233. Le diamètre de sa base est de 120 mm, celui de l’ouverture de 155 mm, le diamètre maximum de la panse de 265 mm et sa hauteur de 375 mm. Il dispose d’une série impaire de cinq languettes horizontales appliquées sur la partie supérieure de la panse, au-dessus du diamètre le plus large (fig. 19, n° 1 et fig. 20).
Figure 19 : Mobilier céramique de l’âge du Bronze ancien. 1 à 11 : structure 233 ; 12 à 14 : structure 242.
Figure 19: Early Bronze Age pottery. 1 to 11: structure 233; 12 to 14: structure 242.
Dessin et infographie C. Maitay, Inrap.
Figure 20 : Vase à panse en tonnelet provenant de la structure 233.
Figure 20: Barrel body vessel from structure 233.
Cliché C. Maitay, Inrap.
30Parmi les formes hautes et complexes, on distingue celles possédant une panse convexe, un épaulement et un col rentrant ou subvertical (B2), celles à profil biconique disposant d’un col droit rentrant (B3) et celles pourvues d’une panse ovoïde et d’un col subvertical (C1) [fig. 16]. Ces vases représentent 23,8 % des formes identifiées.
31Les vases de type B2 possèdent un épaulement haut placé adouci et un bord s’apparentant à celui des vases de type B1b (fig. 17, nos 3 et 17 ; fig. 18, nos 9 et 32). La lèvre peut être légèrement débordante (fig. 17, n° 17). Les décors, localisés sur la partie externe du bord, sur le point d’inflexion col-panse ou sur l’épaulement, se composent de frises horizontales d’impressions digitées.
32Les vases de type B3 sont représentés par quatre exemplaires. Ils sont issus des comblements des structures 205 (fig. 18, nos 29 et 31), 210 et 218 (fig. 21, nos 1 et 16). L’inflexion du profil est assez anguleuse, correspondant ainsi davantage à une carène qu’à un épaulement. La partie supérieure de ces vases peut faire l’objet d’une décoration parfois complexe, associant par exemple frise de fines incisions verticales et impressions horizontales à la cordelette ou décor couvrant d’impressions dites « en grains de café ». La partie externe du col de deux autres exemplaires dispose d’un ressaut horizontal plus ou moins prononcé et pouvant faciliter l’installation d’un couvercle débordant en bois (fig. 18, no 29 et fig. 21, no 1).
33Les vases de type C1 possèdent une panse ovoïde, parfois surbaissée, un col subvertical et une lèvre arrondie pouvant être surépaissie (9,5 % des formes identifiées). La partie supérieure de ce type de vase peut elle aussi se rapprocher fortement de celle des vases à épaulement de types B1b et B2. On les rencontre dans les comblements des structures 158 (fig. 18, nos 17 et 18), 218 (fig. 21, n° 12) et 233 (fig. 19, n° 2). Les décors ornent la partie supérieure du vase : ligne horizontale d’impressions digitées, cordon digité horizontal préoral, cordon lisse horizontal préoral, association d’impressions dites « en grains de café » et de lignes incisées verticales.
Figure 21 : Mobilier céramique de l’âge du Bronze ancien. 1 : structure 209 ; 2 à 5 : structure 210 ; 6 à 9 : structure 215 ; 10 et 11 : structure 216 ; 12 à 17 : structure 218.
Figure 21: Early Bronze Age pottery. 1: structure 209; 2 to 5: structure 210; 6 to 9: structure 215; 10 and 11: structure 216; 12 to 17: structure 218.
Dessin et infographie C. Maitay, Inrap.
34Plusieurs formes moins fréquentes dans les ensembles régionaux du Bronze ancien, ou plus difficiles à identifier, enrichissent ce classement. Il s’agit par exemple de formes à col cylindrique (fig. 17, n° 21 ; fig. 21, nos 3 et 15), d’un vase à col évasé décoré d’une sorte de cordon plastique vertical (fig. 17, n° 25), d’un autre à haut bord évasé dont la lèvre est décorée de fines incisions transversales (fig. 23, n° 7), d’un récipient à haut col cylindrique orné d’un cordon plastique lisse et d’une frise horizontale de coups d’ongle (fig. 21, n° 13) ou d’un grand vase à panse hémisphérique et lèvre arrondie dont le rebord est ponctué d’un registre horizontal de petits boutons circulaires (fig. 23, n° 17).
Figure 22 : Vase à panse en tonnelet (2) et couvercle en pierre (1) provenant de la structure 216.
Figure 22: Barrel body vessel and stone lid from structure 216.
Dessin C. Maitay, Inrap.
Figure 23 : Mobilier céramique de l’âge du Bronze ancien. 1 et 2 : structure 15 ; 3 : structure 33 ; 4 à 6 : structure 124 ; 7 : structure 125 ; 8 : structure 129 ; 9 : structure 135 ; 10 et 11 : structure 248 ; 12 et 13 : structure 156 ; 14 à 16 : structure 323 ; 17 : structure 261 ; 18 et 19 : structure 259 ; 20 : structure 320.
Figure 23: Early Bronze Age pottery. 1 and 2: structure 15; 3: structure 33; 4 to 6: structure 124; 7: structure 125; 8: structure 129; 9: structure 135; 10 and 11: structure 248; 12 and 13: structure 156; 14 to 16: structure 323; 17: structure 261; 18 and 19: structure 259; 20: structure 320.
Dessin et infographie C. Maitay, Inrap.
35Comme à la Viaube 1 et sur l’habitat voisin de Terre-qui-Fume à Buxerolles, les moyens de préhension sont largement dominés par les languettes horizontales plus ou moins prononcées. On les rencontre généralement sur la partie supérieure de la panse, au niveau du diamètre le plus large, ou bien disposées sur le col. Aucune de ces languettes n’est perforée ni agencée verticalement. Au moins l’une d’entre elles n’est pas appliquée sur la panse à l’aide de barbotine, mais fixée grâce à une cheville qui traverse complètement la paroi du récipient (fig. 17, n° 10). On relève également la présence d’au moins trois exemples de languettes curvilignes, parfois qualifiées de languettes arciformes. Plusieurs exemplaires de vases à anses ont finalement été répertoriés. Il s’agit principalement d’anses et de fragments d’anses rubanées, également fixées à la paroi du vase à l’aide d’une cheville ou bien grâce à de la barbotine. L’une d’elles est ornée sur sa face dorsale d’un cordon ponctué de digitations (fig. 19, n° 10).
36Le site livre un ensemble de 596 fragments de terre d’architecture (6 447 g), issus de 24 structures en creux (fosses, silos et trous de poteau) et d’une anomalie naturelle. L’essentiel des fragments provient cependant d’une fosse, dont le comblement est daté de l’âge du Bronze final (st. 40) et qui contenait 2 503 g (soit 38,8 % de l’ensemble) et de deux silos du premier âge du Fer, livrant respectivement 827 g (st. 237) et 2 023 g (st. 187), soit 12,8 % et 31,38 % du poids global (fig. 24). S’il existe quelques gros fragments, la majorité des pièces est très fragmentée et les surfaces sont érodées. Aucun remontage n’a été possible. Il s’agit dans tous les cas de rejets en position secondaire.
Figure 24 : Histogramme de répartition de la terre cuite par structure et par phase chronologique.
Figure 24: Distribution histogram of terracotta per feature and chronological phase.
DAO P. Maguer, Inrap.
37Les restes de terre cuite de l’âge du Bronze ancien représentent un poids total de 466 g. Ils se répartissent entre des fosses et des silos mis au jour dans la portion orientale de l’emprise. Les dimensions réduites des fragments et l’absence d’empreinte ou de surface rendent difficiles toute interprétation quant à l’origine de ces fragments. Tout au plus peut-on signaler dans la structure 218 deux fragments de 5,7 cm par 3,9 cm et 5,8 cm par 4 cm pour une épaisseur de 3 cm. Une empreinte très érodée d’armature de section circulaire est visible à l’arrière de l’un des blocs. La matrice de la pâte possède une texture hétérogène. Elle est associée à des inclusions minérales pouvant atteindre plus d’1 cm de longueur. L’un des deux fragments possède une surface légèrement convexe.
38Le corpus lithique de la Viaube 2 rassemble un total de 125 pièces réparties dans 31 structures archéologiques différentes. Aucune distinction par structure ne sera faite dans le cadre de cette étude, étant donné le faible nombre de pièces piégées dans chacune d’entre elles et du fait que ces dernières soient toutes attribuées à l’âge du Bronze ancien. Le lot de pièces lithiques taillées se compose de 43 artéfacts, dont une pièce vraisemblablement paléolithique. Le taux d’éléments retouchés s’élève à 30 % de ce lot, et si l’on rajoute les pièces microesquillées, on atteint près de 44 %. En outre, 18 éléments correspondant de manière avérée à des outils macrolithiques ont été inventoriés, ainsi qu’un probable couvercle (fig. 22, n° 1). Le reste des pièces (N = 63) renvoie essentiellement à des fragments de roche sans trace d’utilisation anthropique identifiée (fig. 25).
Figure 25 : Répartition typologique du mobilier lithique, par matières premières utilisées.
Figure 25: Typological distribution of the lithic artefacts according to the raw materials used.
|
|
Matière première |
|
|
| |
|
Silex |
Quartz |
Grès |
Calcaire |
Granite |
Gneiss |
Ind. |
Total |
| |
|
Faciès 1 |
Faciès 2 |
Ind. |
Galet |
Hyalin |
| Typologie |
Nucléus |
1 |
- |
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
2 |
Élément de débitage brut : 24 |
| Éclat d’avivage |
- |
- |
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
1 |
| Éclat brut (cortical) |
- |
- |
- |
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
1 |
| Éclat brut (à réserve corticale) |
2 |
- |
2 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
4 |
| Éclat brut (sans cortex) |
3 |
4 |
7 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
14 |
| Débris |
- |
- |
- |
- |
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
1 |
| Lame brute |
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
1 |
| Éclat microesquillé |
4 |
- |
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
5 |
Outil. non conv. : 6 |
| Pièce esquillée |
- |
- |
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
1 |
| Grattoir |
2 |
1 |
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
4 |
Outillage conv. : 12 |
| Denticulé |
1 |
- |
2 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
3 |
| Racloir |
- |
- |
2 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
2 |
| Éclat retouché |
- |
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
1 |
| Lame de poignard (fragment) |
- |
- |
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
1 |
| Perçoir |
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
1 |
| Pièce paléolithique |
- |
- |
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
1 |
Autre : 1 |
| Total (lithique taillé) |
15 |
6 |
20 |
1 |
1 |
- |
- |
- |
- |
- |
43 |
| Taux |
35 % |
13,9 % |
46,5 % |
2,3 % |
2,3 % |
- |
- |
- |
- |
- |
100 % |
| Boucharde |
- |
- |
- |
- |
- |
2 |
- |
- |
- |
- |
2 |
Macro-outillage : 18 |
| Outil de mouture (dont frag.) |
- |
- |
- |
- |
- |
16 |
- |
- |
- |
- |
16 |
| Brut (dont fragment) |
1 |
1 |
1 |
1 |
- |
48 |
4 |
3 |
1 |
3 |
63 |
Divers : 64 |
| Couvercle |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
1 |
- |
- |
- |
1 |
| Total (macro/divers) |
1 |
1 |
1 |
1 |
- |
66 |
5 |
3 |
1 |
3 |
82 |
| Taux |
1,2 % |
1,2 % |
1,2 % |
1,2 % |
- |
80,5 % |
6,1 % |
3,7 % |
1,2 % |
3,7 % |
100 % |
|
Total |
16 |
7 |
21 |
2 |
1 |
66 |
6 |
3 |
1 |
3 |
125 |
| |
Dont altération thermique |
- |
- |
12 |
1 |
- |
57 |
2 |
- |
1 |
3 |
76, soit 60,8 % |
Tableau L. Rousseau, Inrap.
39La conservation générale de la série constitue certaines limites, puisqu’une patine blanchâtre, parfois très marquée, se développe sur une majorité des pièces taillées en silex (60 %) et leur taux d’altération thermique est particulièrement élevé (plus d’un tiers d’entre elles). De plus, certains artéfacts ont des surfaces largement concrétionnées. Ces différents facteurs interdisent, de fait, une bonne détermination de l’origine des matières premières siliceuses.
40Le site est installé sur des terrasses alluviales anciennes (Fy) surmontant des calcaires jurassiques (fig. 3). Les notices géologiques ne signalent pas la présence de silex au sein des étages géologiques jouxtant immédiatement le site (Bourgueil et al., 1976 ; Cariou et Joubert, 1989). Cette pauvreté a d’ailleurs été remarquée par P. Fouéré lors du recensement des silicifications disponibles dans le nord du Bassin aquitain (Fouéré, 1994). Toutefois, d’autres niveaux en contiennent, à l’instar de ceux du Turonien supérieur à 5 km au nord du site (silex brun tabulaire), du Bathonien à 10 km au sud-est, ou encore du Callovien à 5 km au sud (silex brun, gris ; Bourgueil et al., 1976 ; Cariou et Joubert, 1989). De plus, des galets de natures variées (silex, quartz, calcaires) sont accessibles dans les alluvions anciennes de la vallée du Clain (Fx ; ibid.) et il semble envisageable qu’ils aient pu être en partie employés comme sources de matières premières, bien que l’absence de cortex sur 80 % des pièces en silex du corpus ne permette pas d’assurer cette hypothèse.
41Au sein du corpus, le silex a largement été utilisé (95,3 % du mobilier lithique taillé ; fig. 25) et deux faciès lithologiques principaux ont pu être dissociés (fig. 26) :
- Faciès 1 (35 %) : silex blond légèrement translucide recouvert d’une patine blanchâtre vaporeuse à opaque. Le cortex est très fin, rugueux et sans plage sous corticale ;
- Faciès 2 (13,9 %) : silex gris foncé subopaque et à inclusions blanchâtres, ne présentant généralement aucune patine ou très légèrement ;
- Près de la moitié des éléments en silex ne sont pas rattachables à un faciès en raison de leurs altérations thermiques ou physico-chimiques.
Figure 26 : Clichés des différents faciès de silex rencontrés sur le site. 1 : faciès 1 ; 2 : faciès 2 ; 3 : exemple de pièce patinée et concrétionnée.
Figure 26: The different types of flint found on the site.
Clichés L. Rousseau, Inrap.
42Le recours à des ressources complémentaires est assez anecdotique puisque seuls le quartz hyalin fumé (N = 1) et le quartz sous la forme de galet (N = 1) ont été taillés.
43En outre, le grès est la seule matière première employée pour la réalisation de l’outillage macrolithique. Deux types différents de grès ont été identifiés : un grès à grains fins (Ø : 0,4 mm environ) et un grès lustré éocène présentant parfois un lit de coquilles de bivalves silicifiées (des terrains tertiaires sont accessibles à une dizaine de kilomètres vers l’est ; Bourgueil et al., 1976). Le calcaire, disponible localement, a été utilisé pour la confection d’un probable couvercle de vase.
44Enfin, des fragments de roches diverses, ainsi que de granite complètent la liste des matériaux retrouvés sur le site. De rares blocs de ces roches sont disponibles dans les alluvions anciennes et proviennent du seuil granitique de Ligugé franchi par le Clain (ibid.).
45Les nucléus sont peu nombreux puisque seulement deux individus sont à signaler. Le premier témoigne d’un débitage d’éclats réalisé à partir d’un plan de frappe unique. Il a été abandonné en fin de débitage comme l’attestent ses faibles dimensions et les quelques rebroussés liés à une percussion directe dure violente, menée avec acharnement et ne respectant pas les angles de chasse, ce qui n’a pas permis le retrait des derniers supports (fig. 28, n° 1). Le second nucléus montre une série d’enlèvements multipolaires.
46Le débitage d’éclats est majoritaire puisque les éclats bruts sont au nombre de 19, auxquels s’ajoutent 17 éclats retouchés et/ou utilisés en outils (fig. 27). Le silex est employé de manière quasi exclusive, excepté pour un éclat cortical de galet de quartz. Hormis ce dernier élément, près de 78 % des éléments suggèrent plutôt des fins de séquence de débitage au vu de l’absence significative de surfaces corticales sur les supports. Près de la moitié des pièces sont fracturées et les supports entiers sont de petites dimensions puisqu’ils ne dépassent pas 52 mm de longueur.
47Les productions laminaires brutes sont anecdotiques. Seul un fragment proximal de lame à deux pans est à signaler. À cela s’ajoute un fragment de poignard sur lame, le reste de l’outillage ayant été réalisé sur éclats (fig. 27).
48La percussion directe à la pierre dure est majoritairement exprimée, bien que de très rares supports puissent laisser suggérer l’emploi de la pierre tendre. Les surfaces de frappe ne sont pas préparées et l’orientation des enlèvements antérieurs indique des séquences menées depuis un seul plan de frappe, rarement deux.
49Enfin, un casson en quartz fumé noir et translucide complète l’ensemble.
Figure 27 : Finalité des supports.
Figure 27: Purpose of the lithic blanks.
|
|
Support |
|
|
|
|
Éclat cortical |
Éclat semi-cortical |
Éclat à résidu cortical |
Éclat sans cortex |
Laminaire |
Total |
|
|
| Typologie |
Brut |
1 |
2 |
2 |
14 |
1 |
20 supports bruts |
| Grattoir |
- |
- |
- |
4 |
- |
4 |
12 pièces retouchées |
| Denticulé |
- |
- |
- |
2 |
- |
2 |
| Racloir |
- |
- |
- |
2 |
- |
2 |
| Support retouché (dont pièce paléo.) |
- |
- |
- |
2 |
- |
2 |
| Lame de poignard |
- |
- |
- |
- |
1 |
1 |
| Perçoir |
- |
1 |
- |
- |
- |
1 |
| Support microesquillé |
- |
- |
1 |
4 |
- |
5 |
6 pièces microesqu. |
| Pièce esquillée |
- |
- |
1 |
- |
- |
1 |
|
Total |
1 |
3 |
4 |
28 |
2 |
38 |
|
36 |
|
Taux |
2,6 % |
7,9 % |
10,5 % |
73,7 % |
5,3 % |
100 % |
|
94,7 % |
Tableau L. Rousseau, Inrap.
Figure 28 : Quelques pièces lithiques taillées. 1 : nucléus ; 2-5 : grattoir ; 6 : éclat retouché ; 7 : racloir ; 8 : éclat laminaire microesquillé ; 9, 13 : éclat denticulé ; 10 : fragment mésial de poignard ; 11 : pièce esquillée ; 12 : perçoir.
Figure 28: Knapped lithic pieces (1 to 12).
Dessin L. Rousseau, Inrap.
50Selon le terme proposé par M. Bailly, cette catégorie d’outils comprend les pièces qui ne détiennent pas de réelle corrélation entre la forme et la fonction, puisque leur morphologie se façonne – de manière perceptible ou non – en fonction de l’utilisation qui en est faite (Bailly, 2005, p. 202). Nous intégrons donc dans cette catégorie les supports à enlèvements marginaux ou à microesquillements. Néanmoins, il faut préciser qu’en l’absence d’examen tracéologique systématique, leur identification au sein des lots est parfois délicate, puisque certains stigmates peuvent résulter d’une altération taphonomique.
51Toutefois, l’utilisation de supports bruts est suggérée ici par cinq éclats (dont un à tendance laminaire ; fig. 28, n° 8) possédant des microesquillements sur un ou deux bords. Les dimensions variées des éclats n’indiquent aucun choix morphologique de standardisation (30-52 mm de longueur, pour 23-35 mm de largeur et 6-10 mm d’épaisseur). Deux éléments sont fragmentés et un dernier est thermiquement altéré.
52Enfin, une pièce esquillée de petites dimensions (28 × 2 × 9 mm) complète l’ensemble. Façonnée sur un éclat de silex à patine blanchâtre et à résidus corticaux, elle possède quatre parties actives (fig. 28, n° 11).
53L’outillage conventionnel correspond, contrairement au précédent, à l’ensemble des outils ayant une certaine relation entre la forme qui lui est donnée par un ensemble de retouches et la fonction qui lui est attribuée (ibid.).
54Les grattoirs, au nombre de quatre, sont aménagés sur des éclats en silex dépourvus de cortex, dont un casson (fig. 28, nos 2 à 5). Deux n’ont qu’un front unique, plus ou moins régulier et peu soigné, réalisé par des retouches directes, courtes et abruptes. Les deux autres sont des grattoirs à doubles fronts opposés, latéralisés et alternes. Aucun n’est brisé et, hormis l’individu sur casson, ils ont des morphologies similaires (34-36 × 35-41 × 12-16 mm).
55Deux éclats denticulés fragmentés ont une série de coches retouchées sur un des bords (fig. 28, nos 9 et 13) et une probable coche clactonienne est confectionnée sur le bord gauche d’un éclat.
56Les deux racloirs sont aménagés sur des éclats de silex dépourvus de cortex. Le premier, très altéré par le feu, mesure 49 mm de longueur pour 32 mm de largeur et 10 mm d’épaisseur et possède deux bords à retouches directes, semi-abruptes et continues. Le second s’adapte à la forme du support (27 × 46 × 7 mm) par la réalisation d’un tranchant retouché, inverse et localisé en partie distale (fig. 28, n° 7).
57Un petit éclat de silex (24 × 23 × 3 mm), extrait par percussion directe dure, possède des retouches inverses, courtes, abruptes et continues sur le bord gauche (fig. 28, n° 6).
58L’unique perçoir en silex blond patiné blanchâtre est façonné sur un éclat épais (50 × 30 × 15 mm), semi-cortical et extrait par percussion directe à la pierre dure. Sa mèche, localisée en partie distale, est épaisse et dégagée par des retouches directes, courtes à longues et abruptes (fig. 28, n° 12).
59Le dernier élément est un fragment mésial de lame de poignard en silex patiné blanc cassé par flexion. Il a été aménagé sur un support allongé (lame ?) et peu épais (27 mm de largeur et 8 mm d’épaisseur) par des retouches directes, courtes, continues et semi-abruptes sur le bord gauche et bifaciales, continues, écailleuses et semi-abruptes sur le bord opposé (fig. 28, n° 10).
60Les éléments de broyage sont représentés par une petite meule entière (210 × 150 × 100 mm ; 4 049 g), 13 fragments et deux probables molettes (fig. 29). Le grès est l’unique matériau employé bien que plusieurs faciès aient été identifiés. Tous les individus ont un taux de rubéfaction plus ou moins élevé indiquant un traitement thermique. Les fragments mesurent approximativement 90 à 140 mm de longueur pour 50 à 120 mm de largeur et 30 à 100 mm d’épaisseur pour un poids variant de 234 à 1 795 g. Les parties actives sont planes à très légèrement convexes. Certains éléments remontent physiquement ensemble et d’autres semblent provenir d’une seule et même pièce d’après leurs dimensions et leurs lithologies. Sur 16 éléments, le nombre maximum d’individus différents s’élève à 13. Les deux molettes ont de petites dimensions et tiennent dans la main (80-107 × 61-73 × 32-56 mm).
61Deux bouchardes sur blocs de grès quasi sphériques ont des dimensions et des masses similaires (53-63 × 53-61 × 53-60 mm ; 252 et 303 g). Elles se caractérisent par des stigmates de percussion lancée diffuse sur presque la totalité de leur surface, parfois accompagnés de plages abrasées liées à une utilisation parfois oblique de l’outil (fig. 29, nos 1 et 2). L’une d’elles a subi une altération thermique par le feu.
Figure 29 : Quelques éléments macrolithiques. 1 et 2 : les bouchardes.
Figure 29: Macrolithic elements. 1 and 2: bush hammers.
Dessin L. Rousseau, Inrap.
62Un éclat retouché en silex aux arêtes et aux retouches particulièrement émoussées semble renvoyer à un outil d’époque antérieure, vraisemblablement au Paléolithique.
63Plusieurs fragments de roches diverses, dont 48 éléments en grès ont été identifiés. En l’absence de parties actives conservées, il n’est pas possible d’assurer qu’il s’agisse de fragments d’outils de broyage, mais étant donné les similarités en termes de lithologie utilisée, une partie renvoie vraisemblablement à cette classe.
64Deux plaquettes subcirculaires en calcaire ont été découvertes, associées à un vase de stockage archéologiquement complet dans la structure 216. La première, plus irrégulière, pourrait correspondre à une pierre de calage. En revanche, la seconde (fig. 22, n° 1) est plus régulière et s’emboîte parfaitement sur l’embouchure du récipient (fig. 22, n° 2). Ceci permet de supposer qu’il s’agit d’un couvercle. Elle a des traces d’aménagement légèrement émoussé sur les bords. Elle mesure 210 mm de longueur, pour 216 mm de largeur et 40 mm d’épaisseur, pour un poids de 1 589 g.
65Les matériaux utilisés sur le site semblent témoigner d’un approvisionnement local dans la mesure où une origine alluviale d’une partie des blocs utilisés paraît envisageable (alluvions anciennes de la vallée du Clain). Cependant, les altérations thermiques et physico-chimiques de nombreuses pièces rendent difficile la caractérisation du silex. De plus, une prospection sur les gisements alentour permettrait vraisemblablement d’affiner nos observations et d’identifier l’origine précise des silex utilisés étant donné que cette ressource n’est pas absente des étages géologiques disponibles dans l’environnement proche du site. Concernant les outils de broyage/mouture et le couvercle, les matières employées sont accessibles à proximité même du site (calcaire, grès).
66Comme nous venons de le souligner, les pièces brûlées sont particulièrement nombreuses puisqu’elles représentent plus de 60 % du corpus global.
67Le débitage, mené au cours de séquences simples et souvent peu élaborées, est majoritairement initié à partir d’un plan de frappe non préparé, rarement deux, et vise essentiellement la production d’éclats par percussion directe à la pierre dure, bien que quelques supports suggèrent l’emploi d’un percuteur minéral tendre. Les productions laminaires sont particulièrement indigentes puisqu’elles renvoient à un fragment de lame brute et à un fragment d’outil.
68Le spectre de l’outillage taillé comprend 8 classes d’outils pour un total de 18 pièces. Au sein de cette variété, les classes des supports microesquillés, des grattoirs se détachent du lot en termes de quantité. Ces éléments, souvent peu investis techniquement, évoquent essentiellement à des activités domestiques. Contrairement à l’intervention menée sur le site de la Viaube 2, la fouille de M. Taillet (1955) et celle réalisée à la Viaube 1 (Maitay et al., 2017) ont livré plusieurs armatures de flèches morphologiquement variées (une armature perçante à base concave, une armature cordiforme, une armature à tranchant transversal et deux ébauches d’armatures perçantes).
69Le macro-outillage est représenté par deux bouchardes, des meules et des molettes généralement fragmentées. La boucharde est un outil de façonnage de la pierre, qui agit en martelant la surface pour la régulariser d’une multitude d’impacts, probablement à mettre en lien avec la mise en forme des parties actives des meules et molettes (Beaune, 2000). Par conséquent, seules les activités de broyage-mouture sont signalées par le spectre des outils macrolithiques sur le site. Cette observation ne doit pas surprendre au sein de ce site où ont été mises au jour de nombreuses fosses-silos et une importante quantité de carporestes. La fragmentation et l’altération par le feu de la majorité des pièces semblent renvoyer à des modalités de destruction volontaire du matériel de mouture. Des observations similaires sont couramment observées sur des sites du Néolithique ancien (Hamon, 2006) au Néolithique final-début Bronze ancien (Donnart, 2011). En revanche, aucun outil macrolithique ne renvoie à des activités de taille sur ce site.
70Enfin, la découverte d’un couvercle en pierre est intéressante à souligner en raison de la rareté des éléments de comparaison. C’est la découverte de cet artéfact en association avec un vase de stockage au diamètre d’ouverture correspondant qui a permis de l’identifier comme tel. En effet, dans le cas contraire, la morphologie et le peu ou l’absence de mise en forme de ces objets rendent probablement très difficile toute caractérisation. Au gré de la bibliographie, seules deux comparaisons peuvent être proposées. La première concerne une moitié de dalle arrondie en calcaire mise au jour dans la sépulture néolithique de la Grotte des Fées à Tharaux, dans le Gard (Dumas, 1910, p. 127). La seconde renvoie à un disque en schiste de 20 cm de diamètre, dont le pourtour a été entièrement aménagé et régularisé, découvert sur le site Bronze moyen de Tatihou à Saint-Vaast-la-Hougue, dans la Manche (Marcigny et Ghesquière, 2003, p. 140).
71La persistance d’une production lithique au début de l’âge du Bronze est aujourd’hui un fait avéré. Dans le quart nord-ouest de la France, ce sont plus d’une trentaine de sites à caractère domestique qui ont été recensés (Rousseau, 2022). Les assemblages se caractérisent notamment par une simplification globale des chaînes opératoires, de l’acquisition des matières premières à la transformation (ou non) des supports.
72À la Viaube, le mobilier lithique est numériquement assez faible et le contenu de chaque structure excavée est très indigent (< 10 pièces). Il s’agit essentiellement d’éléments découverts en position secondaire. Nous n’avons par conséquent – et de fait – qu’une vision tronquée du corpus global d’origine. Par ailleurs, il semblerait que les activités de débitage n’aient pas été réalisées in situ. En effet, plusieurs critères suggèrent une fragmentation des chaînes opératoires : aucun remontage physique identifié, très peu de nucléus, une proportion très élevée d’outils (44 % de l’assemblage lithique taillé). Ce taux s’observe également sur les lots issus des opérations archéologiques menées précédemment sur le site ; ibid.), des supports essentiellement issus des étapes finales du débitage (peu de pièces corticales ou à résidus corticaux), pas d’esquille, aucun outil macrolithique lié aux activités de taille.
73Cette fragmentation des chaînes opératoires soulève plusieurs questions : est-elle seulement liée au caractère détritique de la série ? Au fait que l’on soit éloigné de l’habitat ? Ou bien est-ce un caractère sélectif lié à une stratégie de consommation sur le site ? Les activités de taille ont-elles été effectuées en dehors de la zone prescrite ou doit-on envisager des apports de matières premières par le réemploi de supports (voire d’outils ?) récupérés sur des sites préhistoriques de proximité, afin d’être réutilisés sur le site en fonction des besoins ? Ce dernier phénomène est attesté dès le Néolithique final dans le centre-ouest (Fouéré, 1994) et se caractérise par des reprises sur patine et une fréquence plus élevée d’outils retouchés. Ces mêmes observations ont été faites sur les lots lithiques de la Viaube. Par ailleurs, la présence de l’enceinte du Néolithique final de Sous-Clan, à proximité même du site, pourrait aller en ce sens (Poissonnier et Souquet-Leroy, 2017). En outre, le fait que l’outillage réuni à la Viaube représente une proportion élevée du corpus (près de la moitié si l’on prend en compte l’outillage non conventionnel), il semble difficile d’envisager l’hypothèse exclusive d’un piégeage accidentel de pièces antérieures intrusives dans les structures de l’âge du Bronze, bien que cela ne puisse être écarté complètement. Rappelons cependant qu’aucun tesson céramique attribué au Néolithique n’a été retrouvé piégé dans ces mêmes structures. En définitive, l’hypothèse d’une stratégie de consommation (de leurs propres produits et/ou d’éléments récupérés), plutôt que de production de la part des occupants, semble être à privilégier ici.
74Cet ensemble comprend les restes issus du comblement des fosses 205 et 231, des silos 130, 135, 158, 210, 215, 233, 242 et 323, ainsi que du trou de poteau 212. La surface osseuse a subi de fortes attaques (fig. 30), qu’elles soient anthropiques (découpe, contact avec le feu, etc.) ou bien naturelles (dissolution, radicelles, concrétions, etc.). Ces divers éléments sont à l’origine de la prédominance des restes indéterminés qui atteignent près de 62 % du nombre total de restes pour une masse moyenne inférieure au gramme par reste. Ces problèmes de préservation et de conservation ont fortement pénalisé les phases d’identification taxonomique et anatomique, ainsi que d’observation (traces de découpe, estimations des âges à la mort, lésions, etc.).
Figure 30 : Os de mammifères porteurs de traces de dissolution (a) et de concrétion (b), ensemble du Bronze ancien.
Figure 30: State of conservation of animal bone, Early Bronze Age.
Clichés A. Baudry, Inrap.
75Cet ensemble est composé de 280 restes, ramassés à vue, pour une masse totale de 1 321 g. Le bœuf domine l’ensemble en termes de nombre de restes. Dans de plus faibles proportions, les caprinés (mouton-chèvre) et les porcs complètent la liste des taxons domestiques avec des taux similaires (19,6 et 15,9 % du NR déterminés). Il est important de mentionner que le chien et le cheval sont absents (fig. 31). Il est vrai que ces deux espèces sont discrètes au sein des assemblages de l’âge du Bronze et ne dépassent que très rarement le 1 % du NR total (Auxiette, 2017). L’absence simultanée des deux taxons est toutefois plus inhabituelle.
Figure 31 : Décomptes des restes attribués aux mammifères, âge du Bronze ancien (en nombre et masse de restes).
Figure 31: Mammal remains counts, Early Bronze Age (in number and mass of remains).
| Noms vernaculaires |
Noms scientifiques |
NR |
% NR |
MR (g) |
% MR |
| Bœuf |
Bos taurus |
68 |
63,6 |
353,0 |
30,5 |
| Mouton-Chèvre |
Ovis aries-Capra hircus |
21 |
19,6 |
67,0 |
5,8 |
| Porc |
Sus domesticus |
17 |
15,9 |
201,5 |
17,4 |
| Cerf |
Cervus elaphus |
1 |
0,9 |
536,0 |
46,3 |
| Déterminés |
|
107 |
38,2 |
1157,5 |
87,6 |
| Indéterminés |
|
173 |
61,8 |
163,5 |
12,4 |
| Total |
|
280 |
100 |
1321,0 |
100 |
Tableau A. Baudry, Inrap.
- 5 Sous le terme « membre » sont compris les restes appartenant aux stylopodes et aux zeug (...)
76La répartition anatomique des restes montre que pour le bœuf, l’ensemble des parties du squelette est présent : crâne, cage thoracique, ceintures, membre et bas de patte5 (fig. 32). Les restes attribués aux caprinés et aux porcs sont moins diversifiés. Les restes de la tête, des côtes et des membres dominent. Les effets de la conservation différentielle paraissent avoir dicté la distribution anatomique des mammifères de taille moyenne. En effet, les parties anatomiques les plus résistantes (nombreux fragments de crânes, de mandibules, de dents isolées et de diaphyses d’os longs), ainsi que les os sensibles à la fragmentation (côtes) ont été favorisées. Ceci s’illustre très clairement par le fait que plus de la moitié des restes de mammifères domestiques (soit 57 restes) appartiennent soit à la tête soit aux membres (fig. 32).
Figure 32 : Répartition anatomique des restes attribués aux mammifères, âge du Bronze ancien (en nombre et masse de restes).
Figure 32: Anatomical distribution of mammal remains, Early Bronze Age (in number and mass of remains).
|
Bœuf |
Mouton-Chèvre |
Porc |
Cerf |
|
NR |
MR (g) |
NR |
MR (g) |
NR |
MR (g) |
NR |
MR (g) |
| Tête |
28 |
168,0 |
9 |
17,0 |
7 |
150,5 |
1 |
536,0 |
| Vertèbre |
1 |
7,0 |
0 |
0,0 |
3 |
9,0 |
0 |
0,0 |
| Côte |
18 |
12,0 |
4 |
5,0 |
5 |
18,0 |
0 |
0,0 |
| Scapula |
11 |
58,0 |
0 |
0,0 |
0 |
0,0 |
0 |
0,0 |
| Coxal |
1 |
2,0 |
0 |
0,0 |
0 |
0,0 |
0 |
0,0 |
| Membre |
3 |
40,0 |
8 |
45,0 |
2 |
24,0 |
0 |
0,0 |
| Bas de patte |
6 |
66,0 |
0 |
0,0 |
0 |
0,0 |
0 |
0,0 |
| Total |
68 |
353,0 |
21 |
67,0 |
17 |
201,5 |
1 |
48,0 |
Tableau A. Baudry, Inrap.
- 6 Seul le bois de massacre est intégré au NR, les bois indéterminés de cervid (...)
77Quatre bois de cerf (un bois de massacre et trois bois indéterminés6), pour une masse totale de 968 g, étaient présents dans le comblement de la structure 158 (fig. 8 et 9). Si le bois de massacre est révélateur d’une activité cynégétique, les fragments de bois indéterminés ne donnent pas d’information sur l’approvisionnement et la consommation carnés. Ils induisent cependant la pratique d’un ramassage saisonnier de matière première animale et de son utilisation dans le cadre d’un artisanat domestique. Deux de ces restes se caractérisent par la présence de traces de chauffe (fig. 33a et b). Ces stigmates témoignent du passage de la matière première au feu afin d’accentuer sa malléabilité et de faciliter le débitage (Ghesquière et al., 2021). Ce type de pratique a également été mis en évidence au sein des ensembles du Bronze final issus des sites de Vert-Nord à Chasseneuil-du-Poitou (Baudry, 2016) et de la Viaube 1 à Jaunay-Clan (Maitay et al., 2017, p. 28-29). Le fragment d’andouiller est quant à lui porteur d’une perforation (largeur maximale de 1,5 cm) qui transperce la matière (fig. 33c). Le percement semble avoir fendu le bois, le rendant vraisemblablement inapte à l’obtention de produit fini. Selon les travaux d’A. Billamboz, ce type de rejet pourrait correspondre à une ébauche de pioche ou bien de pic sur andouiller (Billamboz, 1977).
Figure 33 : Bois de cerf porteurs de traces de chauffe (a et b) et de perforation anthropique (c), structure 158.
Figure 33: Deer antlers with heating marks (a and b) and anthropogenic perforation (c).
Clichés A. Baudry, Inrap.
78Cet ensemble se caractérise également par une forte proportion de restes brûlés, soit 58 fragments. Près de 21 % du nombre total de restes portent des stigmates de contact(s) avec le feu, majoritairement des esquilles d’os ne dépassant pas les quelques centimètres et rarement le gramme. Ainsi, 35 d’entre elles ne possèdent plus de critères permettant l’identification taxonomique ou bien anatomique. Les fragments de diaphyse, partie de l’os la plus riche en matière minérale, dominent ce petit ensemble. Les épiphyses, parties les plus spongieuses, disparaissent en effet plus rapidement sous l’action du feu (Théry-Parisot et al., 2004 ; Théry-Parisot et Castamagno, 2005). Certains restes (NR = 20) ont toutefois pu faire l’objet d’une détermination. Il s’agit de 11 restes attribués au bœuf (9 scapulas et 2 côtes), 5 aux caprinés (1 molaire, 2 côtes, 1 humérus et 1 tibia), 2 au porc (côtes) ainsi que 2 au cerf (1 bois de massacre et 1 bois indéterminé). Une très grande variabilité des couleurs a pu être observée sur ces restes brûlés (brun orangé, brun-noir, noir, brun-gris, blanc, etc.). Si seule la réalisation d’analyses physico-chimiques semble pouvoir déterminer avec précision la température et la durée de cuisson (Joly et March, 2003 ; Joly, 2008), la variation de couleur de ces fragments est la conséquence de différences de puissance de chauffe (température, mais également position plus ou moins éloignée de l’épicentre de chauffe) et de durée de contact (utilisations répétées des foyers, contacts limités, prolongés ou bien successifs de l’os avec le feu). Certains de ces ossements (côtes, diaphyses d’os longs, etc.) ont pu être mis en contact avec le feu lors de pratiques culinaires (cuisson, rôtissage) alors que d’autres, tels les fragments calcinés de quelques millimètres, semblent répondre davantage au rejet volontaire de déchets domestiques au feu. Les diverses étapes de préparation et de consommation carnées sont pourvoyeuses d’importantes quantités d’ossements. Leur rejet au feu permet alors de limiter et de réguler ces déchets tout en récupérant l’énergie produite par un combustible d’appoint facilement accessible (Méniel, 2001).
79Cette structure piriforme à fond plat présente un diamètre de 1,94 m et une profondeur conservée de 1,48 m (fig. 13). La fouille a été réalisée à la pelle mécanique jusqu’à l’apparition d’un squelette (individu n° 1) en connexion anatomique dans l’Us 1287. Cette couche se compose d’un limon argileux brun clair dans lequel étaient déposés trois squelettes : deux de bœufs (individus nos 1 et 2) et un de porc (individu n° 3).
80Un premier squelette de bœuf est apparu à une profondeur d’environ 1,5 m sous le niveau de sol actuel (fig. 34 et 35). Il est positionné sur le ventre, les membres repliés sous la cage thoracique. La présence de connexions strictes a été relevée au cours de la fouille. Sont absentes la tête et les vertèbres cervicales, dont on ne peut toutefois exclure la présence sous la berme. Le reste du squelette est complet (masse totale : 8 237 g), les os les plus petits et les plus fragiles sont présents (carpes, tarses, sésamoïdes, vertèbres caudales), ce qui induit un enfouissement rapide de la carcasse, antérieur aux premières phases de dislocation du squelette. La fragmentation du coxal, et notamment la mauvaise conservation de l’insertion musculaire, n’a pas permis de déterminer le sexe de l’individu. Les stades de fusion des épiphyses à leur diaphyse ont, quant à eux, permis d’établir un âge à la mort de l’animal (tables de Barone, 1976). Le recoupement des estimations obtenues pour les différents os, notamment les vertèbres en cours d’épiphysation, fournit un âge qui avoisine les 4 ou 5 ans.
81Aucune attaque de carnivore ni trace anthropique (dépeçage, prélèvement, partage de la carcasse) n’ont été relevées. Rappelons toutefois que l’état général de la surface osseuse n’est pas propice à la bonne visualisation de ce type d’information. L’absence de stigmate ainsi que la mise en évidence de connexions anatomiques strictes laissent supposer un comblement rapide de la structure.
Figure 34 : Relevé en plan du squelette de bœuf (individu 1) dans le comblement de la structure 15.
Figure 34: Plan of the bovine skeleton (individual 1) in the filling of structure 15.
Figure 35 : Premier niveau de dégagement d’un squelette de bœuf (individu 1) provenant de la structure 15.
Figure 35: First excavation level of a cattle skeleton (individual 1) from structure 15.
Cliché A.-S. Coupey, Inrap.
82Ce deuxième squelette également attribué au bœuf a été mis au jour au sein de la même unité stratigraphique. Une connexion anatomique stricte a été mise en évidence, tout du moins en ce qui concerne la tête et les vertèbres cervicales (fig. 36). Si la contrainte d’une fouille mécanique n’a pas permis de récupérer la totalité du squelette, l’ensemble des parties anatomiques est toutefois présent (135 restes prélevés qui correspondent à la tête, à la cage thoracique, aux ceintures, aux pattes antérieures et postérieures et aux bas de pattes). Il est intéressant de noter que les ossements qui constituent les pattes postérieures de ce second individu ont été retrouvés dans le sac contenant les vertèbres lombaires de l’individu n° 1, ce qui laisse supposer un enfouissement antérieur de ce second bœuf et une superposition de l’individu no 1 sur la partie postérieure de l’individu n° 2. La surface osseuse est extrêmement abîmée et se desquame, ce qui empêche toute lisibilité d’éventuelle trace anthropique.
83L’observation des stades d’épiphysation permet d’obtenir une estimation comprise entre 12 et 15 mois, selon les tables de Barone (1976). Cette information est complétée par les tables d’éruption dentaire, les molaires 2 inférieures étant en cours d’éruption (Schmid, 1972).
Figure 36 : Premier niveau d’apparition du second squelette de bœuf (individu 2) provenant de la structure 15.
Figure 36: First level of the second cattle skeleton (individual 2) from structure 15.
Cliché A.-S. Coupey, Inrap.
84Des restes attribués au porc ont été retrouvés mélangés à ceux du second individu. La connexion anatomique continue de ce squelette ne peut être affirmée par les observations de terrain. Cependant, l’analyse de la distribution anatomique de ces 21 restes, la latéralisation et l’observation des stades de croissance, permettent d’obtenir un NMIc égal à 1. Étant donné le contexte de découverte, il n’est malheureusement pas envisageable de discuter du positionnement de cet individu. Les métapodes et le tibia sont en cours d’épiphysation, ce qui permet d’estimer l’âge à la mort de cet animal autour de 24 mois (tables de Barone, 1976).
- 7 Le terme « dépôt complexe » désigne un dépôt qui associe plusieurs squelettes ou pièc (...)
85Ces restes ne correspondent pas à des déchets alimentaires. En effet, ils impliquent des gestes et des modalités de dépôts bien différents, qui n’ont malheureusement pu être appréhendés plus finement (mise en scène intentionnelle, gestion des cadavres). Ces dépôts de plusieurs squelettes au sein d’une même structure sont discrets. Au niveau national, seuls 3,3 % des dépôts d’animaux dits « complexes »7 inventoriés sont issus de niveaux de l’âge du Bronze ou du premier âge du Fer (Auxiette, 2013). Il apparaît de plus que lorsque l’on prend en compte l’ensemble des dépôts, ce sont les cervidés et les bovinés qui présentent les plus fortes occurrences pour cette période et que les dépôts de bœuf ont principalement lieu au sein des comblements de fosse.
86Neuf fosses, toutes qualifiées de silos (st. 46, 47, 48, 103, 105, 125, 126, 216 et 261), permettent de documenter l’occupation du début de l’âge du Bronze. Les échantillons de sédiment (fig. 8) proviennent indifféremment :
- du bord des structures (Us 1257 du silo 125) ;
- de leur remplissage intermédiaire (Us 1215 du silo 103, Us 1035 du silo 216, Us 1110 du silo 48, Us 1227 du silo 46) ;
- d’une première phase de remplissage des structures postérieure à la mise en place de fines couches résultant généralement d’une première phase d’effondrement des parois (Us 1121 du silo 47, Us 1292 du silo 126) ;
- ou encore du fond des structures (Us 1123 du silo 46, Us 1217 du silo 105, Us 1006 du silo 261).
87Les volumes de sédiment extraits de chaque structure sont généralement faibles, inférieurs à 10 l. Dans certains cas (Us 1223 du silo 46), le sédiment, très induré (fig. 37), n’a pu être totalement dissous malgré des passages répétés sous l’eau, gênant la mesure du volume traité et limitant l’extraction des macrorestes. Au total, le volume de sédiment pris en compte pour cette phase d’occupation s’élève à une soixantaine de litres.
88Lors du tamisage, une colonne de deux tamis calibrés aux mailles de 2 mm et 0,5 mm et une pomme de douche ont été utilisées. Tous les refus de tamis ont été intégralement triés sous loupe binoculaire.
Figure 37 : Blocs de sédiment induré contenant des glands carbonisés sous forme de cotylédons (par exemple au-dessus de la mire), le plus souvent fragmentés (st. 46, Us 1223).
Figure 37: Hardened sediment blocks containing charred cotyledons of acorns (e.g. above the scale), most often fragmented.
Cliché M.-F. Dietsch, Inrap.
89Dans la figure 38, les dénombrements résultent d’une estimation du nombre minimum d’individus. Seuls les restes de vanne (bases de glumes et furcas de blés vêtus, fragments de rachis, etc.) sont exprimés en NR. Pour estimer le NMI des autres catégories de restes, le nombre de fragments de coquilles de noisettes (Corylus avellana) et de grains de céréales indéterminées (Cerealia) a été divisé par quatre ; le nombre de fragments de grains de céréales identifiées au rang du genre ou de l’espèce et celui des semences d’herbacées sauvages ont été divisés par deux. En ce qui concerne les restes de chêne (Quercus sp.), nombreux dans certains échantillons, nous avons cherché à convertir les résultats en équivalent fruits, en divisant par deux le nombre de cotylédons et les fragments de cupules, et par huit les fragments de cotylédons, en raison de leurs petites dimensions. Les embryons ne sont pas décomptés, sauf quand il s’agit des seuls restes de chêne présents dans un échantillon (cas de l’Us 1223 du silo 46).
Figure 38 : Décomptes des restes carpologiques issus des structures du Bronze ancien de la Viaube 2.
Figure 38: Carpological remains counts from the Early Bronze Age structures of la Viaube 2.
| Jaunay-Clan |
N° structure |
125 |
261 |
126 |
105 |
103 |
48 |
47 |
46 |
46 |
| La Viaube 2 |
N° US |
1257 |
1006 |
1292 |
1217 |
1215 |
1110 |
1121 |
1227 |
1223 |
|
N° PV |
14 |
10 |
4 |
6 et 8 |
3 |
12 |
11 |
13 |
9 |
| |
Volumes de sédiment (en litres) |
5 |
8 |
4 |
<2 |
7 |
7 |
7 |
7 |
7 |
| Céréales, grains |
Cerealia |
. |
. |
. |
1 |
1 |
11 |
12 |
11 |
3 |
|
cf. Cerealia |
. |
1 |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Hordeum sp. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
3 |
. |
|
Hordeum vulgare var. nudum |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
. |
|
Hordeum vulgare cf. var. nudum |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
. |
. |
|
Triticum aestivum/turgidum/durum |
. |
2 |
. |
. |
. |
. |
. |
3 |
. |
|
cf. Triticum aestivum/turgidum/durum |
. |
1 |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Triticum dicoccum |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
7 |
11 |
. |
|
Triticum cf. dicoccum |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
|
Triticum monococcum |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
. |
. |
. |
| Total grains (NMI) |
|
. |
4 |
. |
1 |
1 |
12 |
20 |
29 |
3 |
| Cerealia, vannes |
Triticum dicoccum, furcas |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
1 |
6 |
2 |
|
Triticum dicoccum, base de glume |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
. |
. |
|
Triticum spelta, furca |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
|
Triticum spelta, base de glume |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
|
Triticum sp., furca |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
| Total vannes (NR) |
|
. |
. |
. |
. |
. |
14 |
2 |
6 |
9 |
| Oléagineuse/textile |
Linum usitatissimum |
. |
. |
. |
1 |
. |
. |
. |
. |
. |
| Total autre plante cultivée (NR) |
. |
. |
. |
1 |
. |
. |
. |
. |
. |
| Rudérales friches |
Galium aparine |
. |
. |
. |
. |
1 |
. |
. |
. |
. |
|
Galium cf. aparine |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
| Total herbacées sauvages (NMI) |
. |
. |
. |
. |
1 |
. |
. |
. |
1 |
| Fruitiers |
Corylus avellana |
. |
. |
. |
1 |
1 |
1 |
1 |
1 |
1 |
|
Quercus sp. équivalents fruits |
3 |
. |
. |
51 |
1 |
57 |
62 |
86 |
4 |
| Total fruitiers sauvages (NMI) |
3 |
. |
. |
52 |
2 |
58 |
63 |
87 |
5 |
| Divers taxons |
Fabaceae petite |
. |
. |
1 |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Medicago sp. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
|
Poaceae |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
. |
. |
|
cf. Poaceae |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
|
Quercus/Corylus/Prunus |
. |
. |
. |
. |
. |
5 |
. |
. |
. |
|
Indéterminés |
. |
. |
. |
2 |
. |
1 |
14 |
3 |
. |
| Total divers taxons |
|
. |
. |
1 |
2 |
. |
6 |
15 |
3 |
2 |
| Autre |
Bourgeon |
. |
. |
. |
. |
. |
1 |
. |
. |
. |
|
Nombre total de restes |
3 |
4 |
1 |
56 |
4 |
78 |
100 |
125 |
17 |
Tableau M.-F. Dietsch, Inrap.
90À l’exception du silo 216, toutes les structures ont livré des macrorestes végétaux carbonisés. Les effectifs demeurent toutefois très modestes puisque l’ensemble des silos ne totalise que 388 restes. Ce résultat doit, il est vrai, être nuancé, en tenant compte des macrorestes, essentiellement des glands de chêne qui n’ont pu être extraits de leur gangue calcaire (voir supra et fig. 37). Le calcul des densités en macrorestes, dont les scores restent globalement médiocres, n’atteignant pas, dans le meilleur des cas, la trentaine de restes par litre de sédiment, permet de distinguer deux groupes de structures :
- le premier comprend quatre silos (st. 103, 125, 126 et 261) au sein desquels les densités sont inférieures à un ;
- le second regroupe les quatre autres silos (Us 1127 de st. 46, 47, 48 et 105) dans lesquels les densités sont comprises entre 10 et 30 restes, scores liés avant tout à la présence des restes de glands de chêne.
- 8 Rappelons que le silo 2237 de la Viaube 1 avait livré deux semences de lentille (Lens (...)
91Les taxons identifiés à la Viaube 2 se limitent à une douzaine de plantes, dont la moitié sont cultivées. Il ne s’agit presque que de céréales : trois blés à grains vêtus, l’amidonnier (Triticum dicoccum), l’engrain (Triticum monococcum), l’épeautre (Triticum spelta) et deux céréales à grains nus, un blé (Triticum aestivum/turgidum/durum) et une orge (Hordeum vulgare var. nudum). Ces deux dernières, comme l’engrain, ne sont attestées que sous forme de caryopses carbonisés, tandis que l’épeautre ne livre que des restes de vanne (une base de glume et une furca au sein du silo 46. Orge et blé nus figurent chacun dans deux structures distinctes, la première au sein des silos 46 et 47, le second au sein des silos 261 et 46. Le seul grain de petit épeautre (Triticum monococcum) provient du silo 48. Attesté à la fois par des grains (N = 19) et des restes de vanne (10 furcas et 1 base de glume), l’amidonnier apparaît comme la principale céréale cultivée à la Viaube 2. On notera néanmoins que sa fréquence n’est pas beaucoup plus élevée que celle des céréales nues, puisque seuls les silos 46, 47 et 48, ceux-là mêmes qui se démarquent par leur richesse en glands, en livrent des restes. Aucun reste de légumineuse cultivée ne figure dans les structures étudiées ici8. En revanche, le silo 105 permet d’attester la mise en culture du lin (Linum usitatissimum), que ce soit pour ses fibres textiles et/ou pour ses graines oléagineuses (fig. 39).
92Le site de la Viaube 1 ne doit qu’au cas exceptionnel du silo 2237 de fournir un corpus plus étoffé de plantes cultivées (Maitay et al., 2017, p. 32), en témoignant de la culture des millets (Panicum miliaceum et Setaria italica) et du New Glume Wheat (NGW).
Figure 39 : Semence carbonisée de lin (Linum usitatissimum) provenant du silo 105. L’échelle représente 1 mm.
Figure 39: Charred flax seed (Linum usitatissimum) from storage pit 105. The scale represents 1 mm.
Cliché M.-F. Dietsch, Inrap.
93La figure 40 permet de récapituler les plantes cultivées au Bronze ancien dans ce secteur de la vallée du Clain d’après les études carpologiques menées successivement sur les sites de la Viaube 1 et de la Viaube 2 : neuf céréales (amidonnier, engrain, New Glume Wheat, orges à grains nus et à grains vêtus, blé nu au sens large, épeautre, millet commun et millet des oiseaux), une légumineuse (la lentille) et le lin sont mis en culture.
94La présence, dès le Bronze ancien, des millets et de l’épeautre distingue le site de la Viaube de ceux du nord-ouest de la France où ces céréales ne font leur apparition que beaucoup plus tardivement, au Bronze final (Toulemonde et al., 2020).
Figure 40 : Les plantes cultivées à Jaunay-Clan au Bronze ancien, d’après les résultats des études carpologiques menées sur les sites de la Viaube 1 et 2.
Figure 40: Plants cultivated in Jaunay-Clan in the Early Bronze Age, according to the results of carpological studies carried out on the Viaube 1 and 2 sites.
|
|
La Viaube I |
La Viaube II |
| Céréales |
Triticum dicoccum |
* |
* |
|
Triticum monococcum |
* |
* |
|
Triticum spelta |
* |
* |
|
New Glume Wheat |
* |
|
|
Hordeum vulgare |
* |
|
|
Hordeum vulgare var. nudum |
|
* |
|
Triticum aestivum/turgidum/durum |
* |
* |
|
Panicum miliaceum |
* |
|
|
Setaria italica |
* |
|
| Légumineuse |
Lens culinaris |
* |
|
| Oléagineuse/textile |
Linum usitatissimum |
|
* |
Tableau M.-F. Dietsch, Inrap.
95La palette des herbacées sauvages n’est guère informative, tant en raison de leur rareté (seuls quatre taxons sont attestés) que du niveau d’identification atteint : le gaillet-gratteron (Galium aparine), rudérale de friches, est la seule plante identifiée au rang de l’espèce, les autres n’ayant pu l’être qu’au niveau du genre (Medicago sp.) ou de la famille (Fabaceae, Poaceae).
96Quatre silos (46, 47, 48 et 105) se démarquent par leur contenu en glands (fig. 38), dont le nombre est sous-estimé pour les raisons exposées précédemment. Néanmoins, plusieurs observations montrent bien que les fruits entiers ou les cotylédons encore insérés dans leur gangue sédimentaire ne sont pas légion et que l’ensemble ne forme pas un ensemble compact de restes carbonisés (fig. 37). La matrice sédimentaire apparaît plus largement représentée que les macrorestes qu’elle englobe. Ces fruits se présentent en majorité sous forme de cotylédons, et plus encore de fragments de ces derniers. Aucun hile ni fragment de péricarpe n’a été observé. Quant aux restes de cupules, ils s’avèrent tout à fait minoritaires (4 individus complets). Les glands ont dû être collectés au pied des chênes, débarrassés de leur cupule qui s’en sépare spontanément à maturité. En effet, des expériences de carbonisation de glands de chêne pubescent (Quercus pubescens) à 550 °C pendant 8 minutes montrent que les cupules sont carbonisées, en condition réductrice, comme en condition oxydante (Ruas et Bouby, 2010). Les modifications que subissent les péricarpes varient en fonction des conditions expérimentales : carbonisés dans les deux cas, les péricarpes présentent toutefois un état torréfié par endroits (couleur marron) en condition réductrice (ibid.). Leur conservation est cependant assurée. Il reste possible que, plus fragiles que les cupules et les hiles, les péricarpes, encore fragilisés par la carbonisation, aient plus facilement été victimes de processus taphonomiques. L’absence de hiles surprend davantage dans la mesure où il s’agit d’éléments beaucoup plus résistants. On peut donc envisager que les glands ont été décortiqués avant leur carbonisation.
97Bien que les structures échantillonnées pour les périodes plus récentes soient moins nombreuses, l’existence de structures riches en restes de glands semble constituer une particularité de l’occupation du Bronze ancien. Du fait de son contenu, presque exclusivement composé de glands et du caractère fortement rubéfié de ses parois, nous avons proposé que la fosse 2802 de la Viaube 1 ait pu être utilisée pour le grillage des glands, processus bien connu pour éliminer le tanin (Peche-Quilichini et al., 2020). Dans le cas des structures de la Viaube 2, nous nous trouvons certainement face à d’autres étapes du traitement de ces fruits. L’hypothèse d’un stockage a été évoquée. Quelques arguments pourraient l’étayer, parmi lesquels figurent la proximité spatiale de ces structures, notamment des silos 46, 47 et 48, l’utilisation en premier ressort de telles fosses-silos pour le stockage de denrées, la prépondérance des restes de glands au sein des échantillons et le fait que certains d’entre eux proviennent du fond des structures évoquant de possibles restes de stockage.
98Néanmoins, la plupart de ces arguments ne peut être complètement vérifiée et conduire à une interprétation aussi univoque. Parmi ces arguments contradictoires figurent :
- l’origine des échantillons au sein des structures. Aucun d’entre eux ne correspond à un reste d’ensilage préservé en fond de structure. Les échantillons riches en glands issus des structures 46, 47 et 48 proviennent de leur remplissage intermédiaire ;
- leur hétérogénéité taxonomique. Même s’ils sont majoritaires, les glands sont loin d’être les seuls vestiges en présence. Les échantillons issus des structures 46 et 47 apparaissent ainsi comme les plus riches en vestiges céréaliers, avec respectivement 22 et 34 restes ;
- on aurait pu légitimement, pour des raisons de conservation, s’attendre au stockage de fruits entiers et non de fruits déjà décortiqués, ce qui semble le cas ici ;
- enfin, les structures ne portent pas de traces de rubéfaction qui témoigneraient d’une carbonisation des glands en leur sein.
- 9 Communication personnelle F. Sellami, Inrap.
99En revanche, un examen rapide des blocs de sédiment contenant encore des glands montre la présence d’agrégats argileux bruns, issus de la surface dans un faciès nodulaire avec probablement des cendres carbonatées. Cela témoigne d’une exposition à l’air libre permettant le mélange des agrégats de sols aux nodules calcaires de désagrégation des parois de la structure9. Ces observations, que la réalisation de lames minces pourrait étayer, confirmeraient le statut détritique de ces assemblages. S’il s’agit bien de rejets de grillages de glands « ratés », la proximité spatiale de trois des structures utilisées comme dépotoirs (46, 47 et 48) suggère l’emplacement de la structure de grillage à faible distance. On peut dès lors se demander dans quelle mesure les fosses en cuvette présentes à proximité n’ont pas connu un tel usage.
100Fosses, silos et trous de poteau de l’âge du Bronze final se concentrent à l’ouest de l’emprise de fouille. Ces structures couvrent une superficie d’environ 5 000 m² et se répartissent autour d’une grande fosse polylobée de près de 2 000 m², dont la fonction primaire pourrait être liée à l’extraction de terre à bâtir (fig. 41). Le mobilier issu des creusements assure un fonctionnement et un abandon du site au cours de l’étape moyenne du Bronze final, vraisemblablement au Bronze final IIIa ou Hallstatt B1. L’ensemble de ces structures constitue l’extension septentrionale du site de la Viaube 1, publié dans cette même revue en 2017.
Figure 41 : Plan des structures de l’âge du Bronze final et du premier âge du Fer de la Viaube 2.
Figure 41: Plan of the Late Bronze Age and Early Iron Age features of la Viaube 2.
Infographie C. Maitay, Inrap.
101Deux bâtiments quadrangulaires sur poteaux plantés sont associés à l’occupation de la fin de l’âge du Bronze (fig. 41). Le premier se compose d’un module rectangulaire défini par six trous de poteau circulaires et orienté selon un axe sud-est – nord-ouest (fig. 42, no 1). Les poteaux porteurs définissent un espace rectangulaire de 4,2 × 3,4 m, soit une superficie d’environ 14,5 m². Les diamètres moyens des creusements sont de 0,45 m pour une profondeur conservée de 0,29 à 0,4 m. Les comblements, très homogènes d’une structure à l’autre, sont constitués d’une seule couche de sédiment limoneux brun, meuble et homogène, contenant quelques graviers, des nodules de substrat et des tessons de céramique de la fin de l’âge du Bronze. Tous ont conservé les négatifs de poteaux de bois matérialisés par un limon meuble et homogène de couleur brun, des charbons de bois et des nodules de terre cuite architecturale. Le diamètre initial de ces supports verticaux de section circulaire peut être estimé à environ 0,35 m. Ils prennent place au centre du creusement ou bien s’appuient contre sa paroi. Un trou de poteau ou de piquet isolé ayant conservé son négatif circulaire est localisé à 2 m à l’ouest du bâtiment, dans le prolongement de la paire de poteaux axiale. Son comblement est identique à celui des autres creusements du bâtiment. Une fosse de plan ovalaire et au profil en cuvette irrégulière, mesurant 1 m de longueur, 0,5 m de largeur et 0,2 m de profondeur, prend position à l’intérieur du bâtiment. Elle suit une orientation parallèle à celle des files de poteaux (sud-ouest – nord-est). Il pourrait s’agir d’une fosse arasée ou bien d’un creusement destiné à recevoir un élément de bois vertical supportant la faîtière.
Figure 42 : Plan des bâtiments de l’âge du Bronze final. 1 : bâtiment B2 ; 2 : bâtiment B3.
Figure 42: Plan of the Late Bronze Age buildings. 1: building B2 ; 2 : building B3.
Infographie B. Moutarde et C. Maitay, Inrap.
102Le deuxième bâtiment, dont l’orientation suit également un axe sud-ouest – nord-est, est localisé à quelques mètres au sud-est de la grande fosse polylobée (fig. 41). De plan quadrangulaire, il est constitué d’une file de trois poteaux porteurs de faîtière de 4 m de longueur et d’un quatrième creusement matérialisant l’emplacement de la paroi occidentale (fig. 42, n° 2). Les creusements des poteaux porteurs possèdent un plan circulaire, des parois subverticales à fond plat ou légèrement convexe et des négatifs de poteaux d’un diamètre moyen de 0,32 m. Deux de ces poteaux présentent une base plane, tandis que le troisième, au centre de l’axe, possède une base épointée. Les diamètres sont compris entre 0,46 et 0,54 m et les profondeurs conservées entre 0,35 et 0,4 m. Les remplissages, négatifs de poteaux et comblements, présentent les mêmes caractéristiques que ceux du bâtiment précédemment décrit ; ils ont par ailleurs livré des fragments de vases de la fin de l’âge du Bronze (fig. 49, nos 23 et 24). La superficie du bâtiment est estimée à 14 m².
103Isolé en bordure d’emprise, un premier silo possède une ouverture circulaire et régulière de 1,2 m de diamètre, un profil ovoïde surbaissé et une profondeur conservée de 0,45 m (fig. 43, n° 1). Son diamètre maximal est de 1,4 m et son volume actuel d’environ 0,5 m³. Après une première phase d’abandon, la structure est entièrement comblée par un mélange de gravier, de blocs de paroi effondrée et de sédiments marno-argileux meubles et homogènes. Ce comblement est ensuite recreusé puis comblé par un niveau de limon argileux compact et homogène brun foncé, riche en charbons de bois. Le remplissage intermédiaire se compose d’un épais niveau de limon argileux compact et homogène brun, et de gravier ; il contenait deux tessons de céramique non tournée, dont un, résiduel, appartenant à un récipient du début de l’âge du Bronze (fig. 23, n° 17). Enfin, une couche peu épaisse de limon argileux meuble et homogène brun, et de gravier clôt la structure et marque son abandon définitif.
Figure 43 : Relevés des structures de stockage de l’âge du Bronze final. 1 : structure 261 ; 2 : structures 179 et 180 ; 3 : structures 265, 295 et 296.
Figure 43: Late Bronze Age storage structures. 1: structure 261; 2: structures 179 and 180; 3: structures 265, 295 and 296.
Infographie B. Moutarde et C. Maitay, Inrap.
104À environ 30 m à l’est, un deuxième silo condamné au Bronze final IIIa dispose d’une ouverture circulaire de 1,36 m de diamètre et d’un profil subcylindrique pourvu d’un renflement à la base (fig. 43, n° 2). Sa profondeur conservée est 0,74 m et son volume actuel est estimé à 1,3 m³. La première étape de comblement, qui se caractérise par un limon meuble et homogène, de couleur gris-bleu, riche en charbons de bois, est scellée par une phase d’effondrement des parois matérialisée par un apport naturel de substrat marneux. Le second niveau de remplissage correspond lui aussi à des apports anthropiques d’origine détritique. II se compose de limon meuble et homogène de couleur brun-rouge et de fragments de parois rubéfiées. Enfin, un apport massif et volontaire de gravier et de limon meuble et homogène de couleur brun scelle définitivement le silo ; 14 fragments d’ossements animaux et 67 tessons de céramique protohistorique proviennent de cet ultime comblement. Un petit creusement isolé à fond plat et paroi subverticale est situé à 0,5 m à l’ouest de ce silo.
105Un troisième silo, aménagé contre la bordure occidentale de la grande fosse polylobée, se rattache par sa morphologie et son emplacement à l’occupation de la fin de l’âge du Bronze. Il possède une ouverture subcirculaire de 2 m de diamètre, des parois subverticales et un fond plat lui conférant un profil cylindrique de 0,6 m de profondeur (fig. 43, n° 3). Son volume actuel est d’environ 1,9 m³. La partie inférieure du remplissage est constituée d’un limon homogène beige, compact et argileux, renfermant de rares graviers et cailloux. Elle est recouverte par un horizon anthropique, compact et hétérogène, composé de limon brun à cailloutis, de charbons de bois, de nodules de substrat et de nodules d’argile cuite. La structure est condamnée par un apport massif de limon argileux mêlé à des graviers et quelques cailloux, et par des apports issus du substrat.
106Deux petites structures sont localisées à proximité de ce silo (fig. 43, n° 3). La première peut être interprétée comme un trou de poteau circulaire arasé de 0,37 m de diamètre et 0,16 m de profondeur conservée. Son comblement limoneux brun contenait des graviers et un tesson de céramique protohistorique. À environ 1 m au sud-est de cette structure, la fosse 295 possède une ouverture circulaire de 0,46 m de diamètre et une profondeur conservée de 0,3 m. Ses parois et son fond sont convexes. Le comblement, limoneux brun, meuble et homogène, n’a pas livré de mobilier.
107Une fosse polylobée aux dimensions hors-normes a été aménagée dans le substrat marno-limoneux de couleur brun beige (fig. 41 et 44). Mesurant environ 45 m de longueur (axe nord-ouest – sud-est) et 40 m de largeur (axe sud-ouest – nord-est), elle couvre une superficie d’environ 1 800 m². Le comblement est assuré par deux horizons superposés séparés par une interface d’épaisseur variable. Le niveau supérieur est constitué de limon brun marron, meuble et homogène, renfermant de nombreux graviers, de rares cailloux et des tessons de céramique de l’âge du Bronze final. Sa mise en place est naturelle et progressive. Ce niveau repose sur une couche hétérogène stérile mêlant du limon brun-marron plus clair, de nombreux graviers et des éléments issus du substrat limono-marneux remanié de couleur beige. Ces éléments peuvent figurer sous forme d’inclusions centimétriques, de lentilles plus ou moins épaisses ou de véritables blocs de plusieurs décimètres de diamètre (fig. 44). Ces deux horizons sont séparés par une interface limoneuse brune très riche en pseudomycélium d’une épaisseur moyenne de 0,05 à 0,35 m.
108Les contours de cette fosse sont ponctués, principalement dans la moitié septentrionale, de creusements circulaires à ovalaires aménagés à la fois dans le substrat et dans les niveaux de comblement de la fosse polylobée. Certains d’entre eux sont intégralement creusés dans le remplissage de cette dernière. Leurs diamètres maximums varient de 1,15 à 9 m et leurs profondeurs conservées ne dépassent pas 0,5 à 0,68 m. Une partie de ces excavations correspond à des cuvettes de forme circulaire ou oblongue observées dans le fond de la grande fosse et peut être mise en relation avec le creusement initial de cette dernière.
109Les coupes 3 et 4, réalisées au travers des structures 151 et 152, révèlent des profils en cuvette aux parois et aux fonds très irréguliers (fig. 44). La fosse 151, qui mesure 9 × 6 m de diamètre et 0,6 m de profondeur conservée, dispose d’un comblement homogène constitué de limon argileux meuble, de couleur brun-marron, contenant quelques cailloux de calcaire et des nodules marneux. Ce comblement est lui-même surcreusé au profit d’une autre fosse de forme ovalaire et aux bords évasés.
Figure 44 : Plan et coupes de la fosse polylobée 248.
Figure 44: Plan and sections of multi-lobed pit 248.
Infographie et clichés B. Moutarde et C. Maitay, Inrap.
110Une fois abandonnée et comblée, au moins partiellement, la fosse polylobée va être utilisée comme dépotoir. La fosse 40, aménagée dans le comblement supérieur de la structure 248, possède une forme très irrégulière mesurant environ 2,6 m de diamètre, un profil en cuvette et une profondeur maximale conservée de 0,34 m. Son comblement est constitué de deux couches superposées de limon brun-gris et de graviers renfermant 127 tessons de céramique protohistorique et des fragments de terre architecturale. La structure est scellée par une couche peu épaisse de limon brun, meuble et homogène, contenant quelques graviers, des fragments de terre crue et plus de 2 000 tessons de poterie du Bronze final IIIa reposant préférentiellement à plat et représentant un poids total de près de 20 kg (fig. 45 et 48).
Figure 45 : Photographie de la structure 40 en cours de fouille, détail de l’Us 1086.
Figure 45: Photograph of ongoing structure 40 excavation, detail from Us 1086.
Cliché C. Maitay, Inrap.
111Une fosse pseudo-circulaire mesurant environ 3 m de diamètre et 0,55 m de profondeur conservée a également été aménagée dans le remplissage de la grande fosse polylobée (fig. 41). Elle dispose d’un profil en cuvette et recoupe une série de creusements circulaires interprétés comme d’anciennes alvéoles liées à l’extraction de matériaux. Une fois partiellement colmatée par un épais niveau de limon remanié et de nodules et blocs de marne rubéfiée, elle va recevoir les vestiges malheureusement mal conservés d’une structure de combustion (fig. 46 et 47). Cette dernière est constituée de blocs de marne rubéfiée, dont le diamètre varie du centimètre à plusieurs décimètres s’organisant en couronne et définissant un espace vide d’environ 1,6 m de diamètre. Ces blocs possèdent une couleur de surface allant du beige foncé au gris bleuté indiquant une température de chauffe assez élevée (fig. 46, no 3). Ils sont extrêmement denses et très compacts et suivent un pendage en direction de l’est. Aucun d’entre eux ne possède de surface lissée ou perforée compatible avec une interprétation en tant que paroi de four ou sole de foyer. La mise en place de ces blocs rubéfiés s’accompagne du dépôt d’un sédiment limoneux brun-gris, très fin et gras, contenant de rares graviers, quelques nodules d’argile cuite, des micro-charbons, mais aucune trace de cendres (Us 1144). L’absence de trace de rubéfaction sur les parois de la fosse et l’aspect désorganisé des blocs plaident en faveur d’une structure non en place, naturellement piégée après son abandon ou bien délibérément rejetée dans la fosse. Les 10 litres de sédiment prélevés dans l’Us 1144 n’ont livré aucun élément attestant une structure en relation avec des activités métallurgiques (absence de gouttelettes de métal, etc.). Un imposant bloc de grès rosé (20,4 kg) possédant au moins une face polie provient de l’Us 1145 (fragment d’enclume ?). La vocation primaire de cette structure reste donc aujourd’hui incertaine.
Figure 46 : Relevés de la structure de combustion 315. 1 : plan de la structure ; 2 : coupes stratigraphiques ; 3 : bloc de marne altéré par le feu.
Figure 46: The combustion structure 315. 1: plan of the structure; 2: stratigraphic sections; 3: block of marl altered by fire.
Infographie et clichés B. Moutarde et C. Maitay, Inrap.
Figure 47 : Photographie de la structure 315 en cours de fouille.
Figure 47: Photograph of structure 315.
Cliché C. Maitay, Inrap.
112La série céramique de l’étape moyenne du Bronze final se caractérise par la présence de nombreux tessons (NR : 3 225 ; masse : 29 632 g) appartenant à des formes basses et ouvertes de type assiettes et plats creux (fig. 48 et 49). Plusieurs d’entre eux sont munis d’un bord s’inscrivant dans le prolongement de la paroi du réceptacle, comme cela est fréquemment le cas dans les séries de cette étape de l’âge du Bronze, d’autres d’un marli facetté annonçant les productions du Bronze final IIIb. L’intérieur du réceptacle est couramment orné de séries de larges cannelures horizontales, trait stylistique également typique du Bronze final IIb-IIIa.
Figure 48 : Mobilier céramique de l’étape moyenne de l’âge du Bronze final. 1 à 49 : structure 40.
Figure 48: Late Bronze Age pottery (Ha A2/B1). 1 to 49: structure 40.
Dessin et infographie C. Maitay, Inrap.
Figure 49 : Mobilier céramique de l’étape moyenne de l’âge du Bronze final. 1 à 16 : structure 310/311 ; 17 à 19 : structure 264 ; 20 à 22 : structure 286 ; 23 et 24 : structure 287. 25 et 26 : structure 307 ; 27 et 28 : structure 328 ; 29 à 31 : structure 317 ; 32 : structure 331 ; 33 : structure 316.
Figure 49: Late Bronze Age pottery (Ha A2/B1). 1 to 16: structure 310/311; 17 to 19: structure 264; 20 to 22: structure 286; 23 and 24: structure 287. 25 and 26: structure 307; 27 and 28: structure 328; 29 to 31: structure 317; 32 : structure 331; 33 : structure 316.
Dessin et infographie C. Maitay, Inrap.
113Les bols et les jattes à panse hémisphérique sont également bien représentés. Ils disposent d’un fond plat, d’un bord légèrement évasé s’inscrivant dans le prolongement de la paroi et d’une lèvre arrondie ou aplatie. Le rebord externe de l’un de ces vases est agrémenté d’un registre horizontal d’impressions digitées peu profondes (fig. 48, n° 10). D’autres sont ornés intérieurement de cannelures horizontales plus ou moins larges (fig. 48, nos 11 et 13). Plusieurs exemplaires de jattes à panse tronconique ont également été inventoriés. D’autres jattes possèdent une panse biconique à carène plus ou moins marquée et col évasé (fig. 48, nos 25 à 27), dont le rebord interne peut être rehaussé de cannelures horizontales ou de méplats. Celles disposant d’un épaulement adouci, d’un col subcylindrique et d’un bord évasé pourvu de cannelures internes (fig. 48, n° 28 et peut-être 37) ne se retrouvent plus dans les ensembles du Bronze final IIIb où elles sont remplacées par d’autres formes. Quant aux jattes à panse hémisphérique et col subvertical à lèvre arrondie, elles ne sont représentées que par un seul individu (fig. 49, n° 24).
114L’une des formes emblématiques du Bronze final IIb-IIIa provient de la fosse 40. Il s’agit d’un gobelet à panse biconique, carène anguleuse, haut col cylindrique et court bord évasé s’achevant par une lèvre arrondie (fig. 48, n° 17), plus communément appelé gobelet à épaulement. Cette forme, généralement associée aux ensembles céramiques de style Rhin-Suisse-France Orientale, se retrouve notamment au Bois du Roc à Vilhonneur (Gomez de Soto, 2013, fig. 15), en Charente, et sur le site de l’étape moyenne du Bronze final de Vert-Nord à Chasseneuil-du-Poitou (Maitay, 2016b). Les fragments du grand vase à panse biconique et décor de cannelures horizontales soulignant l’encolure (fig. 48, nos 16 et 19) et ceux de vases à panse biconique et haut col subvertical à bord évasé s’achevant par une lèvre arrondie (fig. 48, n° 10) intègrent également les séries du Bronze final IIb-IIIa.
115Les vases de stockage en céramique à paroi épaisse sont surtout représentés par des récipients à panse ovoïde et col subvertical ou évasé. Les lèvres sont généralement arrondies, mais peuvent également être pourvues d’un biseau interne ou d’un méplat. Quelques-unes sont aplaties, voire digitées. Les décors occupent la partie la plus large de la panse ou couvrent la partie supérieure de celle-ci. Il s’agit de registres horizontaux de fines incisions verticales, de registres horizontaux d’impressions digitées ou d’aplats irréguliers d’impressions digitées (fig. 48,nos 40, 43, 44, 46 et 47 ; fig. 49, nns 9, 10 et 31). D’autres grands vases adoptant cette fois-ci une panse carénée sont également ornés de ce type de décor (fig. 48, n° 45).
116On relève par ailleurs la présence d’un petit objet de forme discoïde taillé dans un fragment de panse non décorée (fig. 48, no 49). La présence d’une perforation centrale plaiderait en faveur d’une interprétation en tant que fusaïole ou jeton.
117Le mobilier céramique du Bronze final de la Viaube 2 trouve de nombreux parallèles avec celui de la fosse isolée 202 fouillée en 1994 au Camp Allaric à Aslonnes, dans la Vienne (Pautreau, 2001). On y rencontre notamment des fragments de jattes à panse convexe et col rentrant, d’écuelles et de plats creux à bord facetté et lèvre arrondie, et de gobelets et pots à panse ovoïde et court col évasé. Des décors de paires et de triplettes de lignes incisées horizontales, peu abondantes à la Viaube 2, de cannelures jointives ou de frises de fines incisions obliques, y sont également recensés. D’autres séries du Bronze final IIb-IIIa, principalement issues d’occupations karstiques, sont connues en centre-ouest (Gomez de Soto et al., 1988 ; Gomez de Soto, 2013). Celle découverte dans la grotte de Rancogne, en Charente, constitue, malgré des problèmes liés à la stratigraphie du gisement, l’un des corpus régionaux de référence (Gruet et al., 1997). La grotte du Bois du Roc à Vilhonneur, en Charente, a pour sa part livré plusieurs exemplaires de gobelets à épaulement, dont l’un (Gomez de Soto et al., 1988, fig. 2, no 7) pouvant se rapprocher de celui de la fosse 2061 de la Viaube 1. Les écuelles et plats creux ornés de cannelures jointives se retrouvent à Rancogne (Gruet et al., 1997), mais également aux Jardins de Ribray à Épannes (Maitay, 2014 ; Baudry et al., 2020), dans les Deux-Sèvres, ainsi qu’à Vert-Nord, dans la Vienne (Maitay, 2016b).
118Le corpus céramique du Bronze final de la Viaube 2 s’accorde donc parfaitement avec la série issue du comblement du silo 2061 de la Viaube 1 (Maitay et al., 2017, fig. 43), datée elle-aussi de l’étape moyenne du Bronze final et, plus certainement, du Bronze final IIIa-Ha B1. D’autres structures fouillées sur l’emprise de la Viaube 1, de même que la grande fosse découverte par M. Taillet au lieu-dit Sous-Clan (Taillet, 1957), pourraient également intégrer cette phase de l’occupation du site.
119Au cours du Bronze final, l’essentiel des structures ayant livré du mobilier correspond à des lobes ou des surcreusements identifiés dans le comblement de la grande fosse polylobée. Parmi ceux-ci, la structure 40, située sur le bord occidental de cette vaste fosse, est l’aménagement qui livre le lot le plus important de restes de terre d’architecture dans son comblement, soit 2 503 g. Dans l’Us 1098, tous les restes (soit 56 fragments), à l’exception de 5 fragments dont la pâte présente une texture grossière associée à des inclusions minérales de grande taille pouvant atteindre le centimètre, ont la même origine. Ils se caractérisent par une surface soigneusement lissée et parfaitement plane, une épaisseur maximale de 1,3 cm et une face inférieure irrégulière correspondant à l’empreinte du sol de pose. La dimension des fragments n’excède pas 5 cm. Deux fragments de même origine se distinguent par la présence d’un petit cordon rectiligne pouvant correspondre soit à un décor, soit à un effet de lissage (fig. 50). L’hypothèse de fragments provenant de la destruction d’une sole de foyer est la plus vraisemblable. Deux fragments pourraient en outre provenir du périmètre de la sole, ces restes montrant une surface légèrement concave, indiquant ainsi que la sole tapissait une légère excavation. L’Us 1086 livre le même type de fragments que la couche précédente (NR : 212). Parmi ceux-ci, deux fragments, épais de 1,7 cm, possèdent une surface légèrement concave pouvant correspondre à un bord de sole de foyer (fig. 51) ; 16 éléments plus grossiers (dégraissant minéral pouvant atteindre 5 mm), sans surface visible, ont certainement une origine différente. Un échantillon provenant de cette Us à fait l’objet d’une observation au microscope sur tranche sciée. Il présente une face parfaitement plane et soigneusement lissée et une face inférieure brute correspondant au moulage du sol sur lequel était posée la plaque. L’échantillon est épais de 13,09 mm. La pâte est homogène. Le dégraissant, uniquement minéral, est constitué d’inclusions dont la taille varie de moins d’1 à 9 mm. Les inclusions les plus grandes, de couleur grise, se caractérisent par des arêtes légèrement émoussées (fig. 52). Ce matériau présente les mêmes caractéristiques que les dépôts fluviatiles fins présents dans ce secteur (K. Georges in Lavoix et al., 2013, vol. 2, p. 292-295).
Figure 50 : Fragments de sole avec cordon en relief provenant de la fosse 40, Us 1098.
Figure 50: Fragments of the hearth with corded decoration from pit 40, Us 1098.
Cliché P. Maguer, Inrap.
Figure 51 : Faces inférieure et supérieure de deux fragments de bords de sole montrant une surface légèrement concave.
Figure 51: Lower and upper faces of two fragments of hearth edges showing a slightly concave surface.
Cliché P. Maguer, Inrap.
Figure 52 : Coupe polie de l’échantillon st. 40-Us 1086.
Figure 52: Polished cut of sample St 40-Us 1086.
Cliché P. Maguer, Inrap.
120La structure 310/311 (6 restes), voisine de la fosse précédente, et le silo 179 (7 restes), situé sur le bord nord de la carrière, livrent des fragments identiques à ceux découverts dans la structure 40. Un échantillon issu de la structure 310 (fig. 53) correspond ainsi également à un fragment de plaque, lissé sur une de ses faces, tandis que l’autre face porte l’empreinte d’un sol de pose irrégulier. La pâte est en tout point similaire à celle de l’échantillon précédent. Ces restes de terre pourraient être en relation avec les fragments de marne cuits mis au jour dans la fosse 315, située au centre de ce groupe de fosses, mais l’absence de fragments de terre cuite dans son comblement ne permet pas de confirmer ce lien.
Figure 53 : Coupe polie de l’échantillon st. 310.
Figure 53: Polished cut of sample St 310.
Cliché P. Maguer, Inrap.
121Située en limite d’emprise au nord-ouest, la fosse 277 était associée à quatre fragments présentant une masse importante (scorie ?), un petit fragment avec trace d’arrachage et un fragment scorifié, ces éléments permettant d’émettre l’hypothèse d’une structure de combustion à vocation artisanale à proximité de cette fosse.
122Le bâtiment à six poteaux (fig. 42, n° 1) livre un total de 270 g de fragments de terre cuite de petites dimensions, tous provenant des négatifs de poteau (st. 171 à 175 et 303). Seul le trou de poteau 303 est associé à un fragment de plus grande dimension (5,9 cm × 4,7 cm × 4,9 cm). Aucune trace d’armature ni de surface lissée n’a été relevée et nous ignorons donc tout de la technique de mise en œuvre de ce matériau. Malgré tout, la position des fragments dans les négatifs de poteau et leur répartition relativement homogène au sein du bâtiment suggèrent que ce dernier a pu être détruit par un incendie.
123Un assemblage de 47 restes, pour une masse totale de 39 g, provient de la fosse 40, du trou de poteau 174 et du silo 179. Ces restes se caractérisent par un très mauvais état de conservation illustré par la présence majoritaire de fragments de dents isolées de bovidés (32 de caprinés et 1 de bœuf). La partie proximale d’une côte de porc et une phalange proximale de bœuf ont également été déterminées.
124Une seule structure rattachée à cette phase d’occupation a été échantillonnée, le silo 179 (fig. 43, n° 2). L’Us 1018, un limon fin gris cendré, homogène et meuble, contenant quelques charbons de bois, située dans son remplissage intermédiaire, a fait l’objet d’un prélèvement de 8 litres de sédiment. Cet échantillon a été traité selon le même protocole que celui appliqué aux structures du Bronze ancien (voir supra).
125Seuls 13 restes carbonisés, soit moins de deux par litre, ont été isolés. Un caryopse de millet commun (Panicum miliaceum) et une base de glume d’amidonnier (Triticum dicoccum) sont les seuls témoins de plantes cultivées. Le corpus des herbacées sauvages ne compte que deux représentants identifiés au rang de l’espèce, le gaillet bâtard (Galium spurium) et le chénopode blanc (Chenopodium album), le premier sous la forme d’une semence, le second de deux. En tant que messicole, le gaillet accompagne plus volontiers les céréales d’hiver que le chénopode, auquel une plus vaste gamme d’habitats (proximité des habitations, champs semés au printemps, cultures sarclées, etc.) peut convenir. Une semence de trèfle (Trifolium sp.) et un fragment de barbe d’avoine (Avena sp.), dont le statut, sauvage ou cultivée, ne peut être précisé en l’absence de base de lemme, seul élément discriminant, complètent cette maigre liste. Millet commun et amidonnier se retrouvent au sein du silo 2061 de la Viaube 1. Ce dernier n’avait fourni, en plus, qu’une base d’épillet d’engrain (Triticum monococcum) et quelques restes de fruits sauvages (noisettes et glands) qui font ici totalement défaut (Maitay et al., 2017). Les corpus de la Viaube sont bien loin d’être aussi riches que celui mis en évidence pour le Bronze final IIb-IIIa sur le site de Vert-Nord à Chasseneuil-du-Poitou, où plus de 1 500 restes carbonisés ont permis d’identifier une quarantaine de taxons (Dietsch-Sellami, 2016).
126La troisième phase d’occupation du site de la Viaube 2 n’est représentée que par deux structures espacées d’une trentaine de mètres et interprétées comme des fosses de stockage (fig. 41 et fig. 54). Le comblement de ces dernières a livré un abondant mobilier céramique de la phase finale du premier âge du Fer (fig. 56 et 57) ainsi qu’un couteau en fer ayant conservé l’empreinte de son manche en bois (fig. 59). Les prélèvements carpologiques réalisés dans le remplissage de l’un de ces silos attestent une bonne diversité végétale.
127Le niveau d’apparition du silo 237 se présente sous la forme d’une très grande tache sombre de forme ovalaire mesurant 3,85 × 2,6 m de diamètre. Sa profondeur conservée est de 1,15 m et son volume compris entre 14 et 15 m³. Deux coupes, transversale et longitudinale, illustrent un profil ovoïde surbaissé et un fond plat irrégulier, aménagés dans le substrat marno-calcaire de couleur beige (fig. 54, n° 1 et fig. 55).
Figure 54 : Plans et coupes des structures de stockage du premier âge du Fer. 1 : structure 237 ; 2 : structure 187.
Figure 54: Plans and sections of Early Iron Age storage structures. 1: structure 237; 2: structure 187.
Infographie B. Moutarde et C. Maitay, Inrap.
Figure 55 : Photographie du silo 237 en cours de fouille.
Figure 55: Photograph of storage structure 237 with excavation still in progress.
Cliché A.-S. Coupey, Inrap.
- 10 Datation Beta 350760 : âge radiocarbone = 2390 +- 30 BP ; âge radiocarbone conv (...)
128La partie inférieure du remplissage est constituée de niveaux d’altération et d’effondrement des parois du silo. Ces niveaux se mettent en place par accumulation le long des parois et correspondent à une phase d’abandon. Plusieurs couches charbonneuses, très meubles, litées et très fines, de couleur brun-gris sont ensuite déposées au centre de la structure. Ces rejets de foyers sont scellés par un apport progressif de matériaux issus du substrat marneux beige alternant avec de fines couches de limon fin, meuble et homogène de couleur brune, enrobant quelques graviers et cailloux. Une seconde phase d’abandon se caractérise par la poursuite de l’effondrement des parois et de l’embouchure du silo et par l’installation de niveaux limoneux très fins et très meubles, fortement organiques, de couleur noir à gris clair. La mise en place d’un apport massif de limon fin, très meuble et homogène, cendreux, de couleur gris-noir, contenant des nodules de terre cuite, des blocs décimétriques de calcaire brûlé, des charbons de bois et une importante quantité de mobilier céramique de la fin du premier âge du Fer, est précédée par une ultime phase d’effondrement de la voûte du silo. Enfin, la structure est définitivement condamnée par des couches de calcaire marneux de couleur beige, alternant avec de fins niveaux limoneux bruns et par un dernier apport, massif, de limon peu argileux, meuble et homogène brun, englobant des tessons de poterie, un couteau en fer (fig. 59), de nombreux graviers et des cailloux. L’abondant mobilier céramique (NR = 1 570 ; fig. 56) et les résultats d’une datation d’un fragment osseux par le radiocarbone10 assurent une datation de l’abandon de ce silo à la phase finale du premier âge du Fer.
Figure 56 : Mobilier céramique du premier âge du Fer. 1 à 59 : structure 237.
Figure 56: Early Iron Age pottery. 1 to 59: structure 237.
Dessin et infographie C. Maitay, Inrap.
129Le silo 187 mesure quant à lui 2,1 × 1,38 m de diamètre à l’ouverture, 2,5 × 2,35 m de diamètre à la base et 0,58 m de profondeur conservée. Son volume actuel est estimé à 1,9 m³. Les parois, très irrégulières, sont renflées à la base et confèrent à ce silo un profil ovoïde fortement surbaissé (fig. 54, n° 2). La partie inférieure du comblement est marquée par des niveaux correspondant à l’effondrement progressif des parois, à des rejets de foyers et à des apports détritiques. Une seconde phase d’effondrement, beaucoup plus massive, est scellée par plusieurs couches anthropiques (limon meuble et homogène gris-noir, blocs de calcaire brûlé, nombreux charbons de bois, nodules d’argile cuite, tessons de poterie). La phase ultime de comblement correspond à un apport massif de limon argileux meuble et hétérogène brun foncé, de graviers et de blocs calcaires ; 147 tessons de céramique de la fin du premier âge du Fer (fig. 57) et un petit assemblage de faune sont issus du remplissage de cette structure.
Figure 57 : Mobilier céramique du premier âge du Fer. 1 à 36 : structure 187.
Figure 57: Early Iron Age pottery. 1 to 36: structure 187.
Dessin et infographie C. Maitay, Inrap.
130Le mobilier céramique provenant de ces deux structures se caractérise tout d’abord par la présence d’un assez grand nombre de jattes. Certaines possèdent une panse rectiligne à col subvertical s’achevant par une lèvre arrondie, d’autres une panse hémisphérique à col subvertical ou légèrement rentrant et lèvre arrondie. Plusieurs vases à fond plat, panse tronconique à lèvre aplatie étirée vers l’extérieur ou arrondie proviennent du comblement du silo 237. On relève en revanche l’absence des formes plates et ouvertes de type assiettes et plats creux observées dans certaines structures de la fin de l’âge du Bronze. Deux formes basses et ouvertes provenant du silo 187 ne trouvent pour le moment pas d’équivalent dans la région. Il s’agit d’une probable jatte à panse subrectiligne et bord festonné à lèvre surépaissie ornée d’un registre de fines impressions circulaires réalisées avec l’extrémité d’une tige creuse (fig. 57, n° 11) et d’une seconde, cette fois-ci à panse hémisphérique, s’achevant par un épais bourrelet formant un rebord interne horizontal (fig. 57, n° 7). Si la forme du premier de ces vases se rencontre sur certains sites de la phase finale du premier âge du Fer, voire du début du second, le deuxième constitue assurément un unicum dans le centre-ouest.
131Plusieurs récipients possèdent une panse rectiligne ou hémisphérique, une carène haut placée plus ou moins vive et un col subvertical se terminant par une lèvre arrondie (fig. 56, nos 23, 24 et 26 ; fig. 57, nos 8, 9 et 10), voire digitée (fig. 56, nos 30). D’autres vases à panse biconique sont pourvus d’une carène anguleuse pouvant recevoir un décor. Les vases à panse biconique sont également représentés par des coupes à carène anguleuse, haut col subvertical et lèvre arrondie, typiques des productions du premier âge du Fer dans le centre-ouest (fig. 56, nos 25 et 29). D’autres formes sont pourvues d’une panse hémisphérique et d’un haut col cylindrique se terminant par une lèvre arrondie. Au moins deux vases à panse ovoïde en céramique à paroi fine disposent d’un court bord subvertical à lèvre arrondie (fig. 56, n° 31) et quatre autres, d’une panse ovoïde étirée, d’un épaulement discret et d’un court col subvertical (fig. 56, nos 32, 36 et 42 ; fig. 57, n° 28). Ces formes s’accordent également avec une datation à la phase finale du premier âge du Fer, soit au Hallstatt D2-D3.
132Les vases de grandes dimensions sont représentés par des récipients à haut col subrectiligne subvertical (fig. 56, nos 41, 44, 47 et 49 ; fig. 57, nos 22 et 23) ou évasé (fig. 56, nos 46 et 59 ; fig. 57, nos 17 à 20). Les lèvres sont majoritairement arrondies, mais peuvent aussi être aplaties, biseautées ou agrémentées de digitations. Quelques récipients disposent d’un col rentrant à lèvre arrondie (fig. 57, n° 27) ou digitée (fig. 57, n° 21). Des vases à panse ovoïde en céramique à paroi épaisse sont pourvus d’une paroi rentrante s’achevant par une lèvre digitée (fig. 56, nos 33, 34 et 55) ou d’un col subvertical lui aussi à lèvre digitée (fig. 56, nos 37 et 43).
133Les décors, relativement nombreux par rapport aux corpus régionaux contemporains, se retrouvent préférentiellement sur des formes fermées et d’assez grand volume (fig. 56 et 57). La partie supérieure d’un grand vase à probable panse biconique, paroi rentrante et lèvre arrondie en céramique fine, est ornée d’une série de cannelures larges horizontales (fig. 56, n° 38). Un fragment de vase à panse ovoïde en céramique à paroi fine est pour sa part décoré de fines cannelures horizontales (fig. 56, n° 57). Les digitations sont très bien représentées. Elles s’organisent en registres horizontaux peu profonds, parfois superposés, sur la partie la plus large de vases à panse ovoïde. Dans d’autres cas, elles soulignent la carène de vases à épaulement haut placé. Les lèvres ponctuées d’enfoncements digitaux ou d’incisions sont nombreuses et ornent des récipients de formes variées. On relève également la présence de plusieurs cordons plastiques lisses ou digités et de registres d’incisions verticales ou obliques ornant la carène de vases à panse biconique. Une ligne brisée incisée horizontale décore la paroi externe d’une petite jatte à panse hémisphérique (fig. 56, n° 3), une autre celle d’un vase à épaulement discret haut placé (fig. 56, n° 36). Plus originale est la ligne horizontale d’incisions obliques dessinant des chevrons et des croix sur l’épaulement d’un vase à haut col rentrant et lèvre digitée (fig. 56, n° 58).
134Une série de six fusaïoles en terre cuite provient du comblement des structures de stockage 187 et 237 (fig. 58). Elles possèdent des morphologies, des traitements de surface et des poids extrêmement variés, témoignant d’une faible standardisation de ces produits. Les phases de post-cuisson sont exclusivement réductrice et les surfaces généralement lissées, conférant à ces dernières une couleur noire mât et une texture très douce au toucher. Leurs profils sont tronconiques (fig. 58, n° 2), bitronconiques (fig. 58, n° 1), ovoïde (fig. 58, nos 3, 4 et 5) ou cylindrique (fig. 58, n° 6). Aucune n’est pourvue d’un décor.
Figure 58 : Fusaïoles en terre cuite du premier âge du Fer.
Figure 58: Earthenware spindles from the Early Iron Age.
Dessin C. Maitay, Inrap.
135Un couteau en fer a été découvert dans la partie supérieure du comblement du silo 237 (fig. 59). Il s’agit d’un couteau complet, dont seule l’extrémité de la pointe est manquante (longueur conservée : 133 mm ; poids : 19 g). Il possède un dos droit, une section triangulaire, une pointe non individualisée et un emmanchement à languette munie de deux rivets en fer. Il appartient au type A1a d’Anne Filippini (2007). Des traces de bois minéralisé sont conservées sur la languette. Ce type de couteau est assez bien connu dans le sud-ouest de la France, principalement dans des contextes funéraires (Mohen, 1980 ; Filippini, 2007). Le type à dos droit, languette et pointe non individualisée représente environ 11 % des couteaux à languette inventoriés, tandis que ceux à dos droit et pointe individualisée droite constituent environ 29 % du corpus et ceux à dos droit et pointe concave environ 16 % (Filippini, 2007). La distribution chronologique de ces couteaux à dos droit couvre l’intégralité du premier âge du Fer ; elle est donc parfaitement compatible avec la datation du mobilier céramique provenant du remplissage de cette structure.
Figure 59 : Mobilier métallique du premier âge du Fer. 1 et 2 : dessin et photographie du couteau en fer provenant de la structure 237.
Figure 59: Early Iron Age metal objects. 1 and 2: the iron knife from storage structure 237.
Dessin et cliché C. Maitay, Inrap.
136Les fragments de terre cuite du premier âge du Fer sont issus du comblement de deux silos. Le silo 187, utilisé comme dépotoir domestique lors de son abandon, contenait 2 023 g de terre cuite. Les fragments de terre possèdent une matrice associée à de nombreuses inclusions minérales millimétriques à centimétriques, réparties irrégulièrement (fig. 60). Leur surface est convexe ou plane, présentant parfois des fissures, et lissée grossièrement. L’épaisseur maximale observée est de 1,6 cm. Des empreintes d’armature sont visibles sur quelques éléments, indiquant l’utilisation d’un clayonnage (fig. 61). Deux éléments au moins correspondent à des fragments d’angle arrondi. Une couche de rechapage est en outre visible sur une des surfaces. Le caractère grossier du matériau et des surfaces, ainsi que les craquelures visibles sur certains éléments vont plutôt dans le sens de fragments issus d’une structure de combustion de type four, construit à l’aide d’une armature en clayonnage.
Figure 60 : Coupe polie de l’échantillon St 187-Us 1078.
Figure 60: Polished cut of sample St 187-Us 1078.
Cliché P. Maguer, Inrap.
Figure 61 : Face externe et dos avec empreintes de clayonnage (st. 187-Us 1078). Probable paroi de four.
Figure 61: External face and back with wattle imprints (St 187-Us 1078). Probable oven wall.
Cliché P. Maguer, Inrap.
137Le comblement du silo a également livré une boule de terre cuite d’aspect grossier qui a fait l’objet d’une observation au microscope sur tranche sciée. Elle se caractérise par une pâte hétérogène résultant d’un malaxage sommaire. Elle est riche en inclusions minérales de différentes dimensions allant du 10e de millimètre à plus de 5 mm. Les inclusions minérales possèdent des bords plus émoussés que pour les deux autres échantillons observés au microscope.
138Le silo 237 contenait plusieurs fragments non caractéristiques, dont deux à pâte grise témoignant d’une cuisson à haute température. Aucun des éléments recueillis ne présentait de trace d’armature et il est donc, eu égard à l’indigence des informations recueillies sur ces fragments, impossible d’en connaître l’origine.
139Les niveaux de comblement des silos 187 et 237 contenaient un petit assemblage de 110 restes osseux et dentaires pour une masse totale de 252 g. Ce sont les taxons domestiques qui dominent nettement l’ensemble avec un total de 44 restes. Les caprinés (mouton et chèvre) sont majoritaires, que ce soit en nombre ou bien en masse de restes, suivis des porcs puis des bœufs. La masse moyenne des restes attribués aux trois taxons domestiques est de 3,5 g, ce qui participe à la caractérisation de la fragmentation et du mauvais état de conservation de cet l’assemblage. Un métacarpe de cerf provenant de la structure 237 complète le corpus (fig. 62).
Figure 62 : Décomptes des restes attribués aux mammifères, premier âge du Fer (en nombre et masse de restes).
Figure 62: Mammal remains counts, Early Iron Age (in number and mass of remains).
|
|
187 |
237 |
Globalité |
| Noms vernaculaires |
Noms scientifiques |
NR |
MR (g) |
NR |
MR (g) |
NR |
MR (g) |
| Bœuf |
Bos taurus |
2 |
15,0 |
2 |
13,0 |
4 |
28,0 |
| Mouton-Chèvre |
Ovis aries-Capra hircus |
21 |
62,5 |
4 |
3,0 |
25 |
65,5 |
| Porc |
Sus domesticus |
6 |
13,0 |
9 |
51,0 |
15 |
64,0 |
| Cerf |
Cervus elaphus |
0 |
0,0 |
1 |
48,0 |
1 |
48,0 |
| Déterminés |
|
29 |
90,5 |
16 |
115,0 |
45 |
205,5 |
| Indéterminés |
|
38 |
21,0 |
27 |
25,5 |
65 |
46,5 |
| Total |
|
67 |
111,5 |
43 |
140,5 |
110 |
252,0 |
Figure 63 : Répartition anatomique des restes attribués aux mammifères, premier âge du Fer (en nombre et masse de restes).
Figure 63: Anatomical distribution of mammal remains, Early Iron Age (in number and mass of remains).
|
Bœuf |
Mouton-Chèvre |
Porc |
Cerf |
|
NR |
MR (g) |
NR |
MR (g) |
NR |
MR (g) |
NR |
MR (g) |
| Tête |
0 |
0,0 |
8 |
16,0 |
6 |
16,0 |
0 |
0,0 |
| Vertèbre |
2 |
15,0 |
0 |
0,0 |
0 |
0,0 |
0 |
0,0 |
| Côte |
1 |
6,0 |
6 |
5,5 |
2 |
5,0 |
0 |
0,0 |
| Scapula |
0 |
0,0 |
1 |
8,0 |
0 |
0,0 |
0 |
0,0 |
| Coxal |
0 |
0,0 |
0 |
0,0 |
0 |
0,0 |
0 |
0,0 |
| Membre |
0 |
0,0 |
9 |
33,0 |
7 |
43,0 |
0 |
0,0 |
| Bas de patte |
1 |
7,0 |
1 |
3,0 |
0 |
0,0 |
1 |
48,0 |
| Total |
4 |
28,0 |
25 |
65,5 |
15 |
64,0 |
1 |
48,0 |
140Au sein du silo 187 (fig. 54, n° 2), seule structure du premier âge du Fer prise en compte dans cette étude, deux couches constitutives du remplissage détritique de cette structure, ont été échantillonnées, les Us 1077 et 1078, au sein desquelles 8 litres et 7 litres de sédiment ont été respectivement prélevés. Ces échantillons ont été traités selon le même protocole que celui appliqué aux structures de l’âge du Bronze et les dénombrements présentés selon les mêmes modalités (fig. 64).
Figure 64 : Décomptes des restes carpologiques issus des structures du premier âge du Fer de la Viaube 2.
Figure 64: Macroremains from the features dating from the Early Iron Age at la Viaube 2.
| Jaunay-Marigny |
N° structure |
187 |
187 |
| La Viaube 2 |
N° US |
1077 |
1078 |
| |
N° PV |
5 |
7 |
| Céréales, grains |
|
|
|
|
Cerealia |
8 |
2 |
|
Hordeum sp. |
6 |
. |
|
Hordeum vulgare |
2 |
3 |
|
Hordeum cf. vulgare |
. |
2 |
|
Triticum aestivum/turgidum/durum |
1 |
. |
|
Panicum miliaceum |
13 |
3 |
|
cf. Panicum miliaceum |
. |
1 |
| Total grains (NMI) |
|
30 |
11 |
| Cerealia, vannes |
Cerealia, rachillets |
1 |
. |
|
Triticum aestivum/turgidum/durum, fgt rachis |
1 |
. |
|
Hordeum vulgare, fgts rachis |
2 |
. |
|
Triticum dicoccum, furcas |
6 |
. |
|
Triticum dicoccum, bases de glumes |
18 |
3 |
|
Triticum monococcum, furcas |
3 |
. |
|
Triticum monococcum, bases de glumes |
2 |
. |
|
Triticum spelta, furcas |
. |
. |
|
Triticum spelta, bases de glumes |
6 |
. |
| Total vannes (NR) |
|
39 |
3 |
| Légumineuses |
Lens culinaris |
. |
1 |
|
Vicia ervillia |
2 |
. |
| Total légumineuses (NR) |
|
2 |
1 |
| Oléagineuse/textile |
cf. Linum usitatissimum |
1 |
. |
| Oléagineuse |
Papaver somniferum |
. |
1 |
| Total autres plantes cultivées (NR) |
|
1 |
1 |
| Messicoles |
Adonis autumnalis |
. |
1 |
|
Agrostemma githago, calice, fgts |
1 |
1 |
|
Fallopia convolvulus |
1 |
. |
|
Valerianella dentata |
. |
1 |
| Cultures sarclées, rudérales milieux ouverts |
Chenopodium album |
7 |
4 |
| * de sols humides |
Polygonum lapathifolium |
. |
2 |
| Rudérales friches |
Sambucus ebulus |
. |
2 |
| Prairiale |
Plantago lanceolata |
. |
1 |
| Total herbacées sauvages (NMI) |
|
9 |
12 |
| Divers taxons |
Avena sp., barbe, fgts |
3 |
. |
|
Avena sp., grains |
1 |
. |
|
cf. Avena sp,, grains |
. |
1 |
|
Fabaceae |
1 |
3 |
|
Poaceae, petites |
1 |
5 |
|
Sambucus sp. |
. |
1 |
|
Indéterminés |
11 |
10 |
| Total divers taxons (NMI) |
|
17 |
20 |
| |
Nombre total de restes |
98 |
48 |
- 11 Un fragment de rachis issu de l’Us 1077 est toutefois attribuable à l’orge.
141Le corpus végétal attesté pour cette phase d’occupation gagne en diversité. Les 146 restes carbonisés recueillis permettent d’attester 22 taxons, dont une dizaine de plantes cultivées. Parmi les céréales figurent l’orge vêtue (Hordeum vulgare) et le millet commun (Panicum miliaceum), presque exclusivement représentés par leurs grains11, l’amidonnier (Triticum dicoccum), l’engrain (Triticum monococcum) et l’épeautre (Triticum spelta), dont seuls témoignent des sous-produits (furcas et bases de glumes) et un blé nu (Triticum aestivum/turgidum/durum), dont un caryopse et un fragment de rachis témoignent, sans que ce dernier permette malheureusement de dire s’il s’agit d’un blé hexaploïde ou tétraploïde. La palette des plantes cultivées compte également deux légumineuses, la lentille (Lens culinaris) et l’ers (Vicia ervilia) [fig. 65, n° 1], ainsi que le pavot œillette (Papaver somniferum) et le lin (Linum usitatissimum).
142La gamme des herbacées sauvages en compte une dizaine identifiées au rang de l’espèce, dont une majorité de messicoles : adonis d’automne (Adonis automnalis) [fig. 65, n° 2], nielle des blés (Agrostemma githago), renouée liseron (Fallopia convolvulus), gaillet bâtard (Galium spurium) et valérianelle dentée (Valerianella dentata) [fig. 65, n° 3]. Deux autres plantes possèdent une plus grande amplitude écologique, le chénopode blanc (Chenopodium album) et la renouée à feuilles de Patience (Polygonum lapathifolium) et trouvent dans les parcelles emblavées, mais aussi en contexte rudéral, des milieux favorables à leur croissance. La renouée se démarque par son caractère hygrophile. Des sols dénudés humides peuvent lui convenir. Le sureau yèble (Sambucus ebulus) peut coloniser les bordures des champs cultivés, mais aussi des terrains en friches. Quant au plantain lancéolé (Plantago lanceolata) [fig. 65, n° 4], sa présence renvoie à des zones enherbées (bords de chemins, prairies, etc.). Ce petit corpus évoque des zones exploitées diversifiées, à l’image des plantes cultivées, mélange de cultures printanières (millet, légumineuses, lin) et de céréales qui peuvent aussi bien être semées à l’automne. En revanche, les fruits sauvages font totalement défaut.
143L’échantillonnage d’une seule structure ne suffit pas à caractériser l’agriculture à une période donnée. Il a toutefois le mérite de fournir un premier éclairage sur une période très peu documentée en Poitou-Charentes et plus généralement dans le centre-ouest de la France. Seule la multiplication des études et des échantillons pris en compte permettrait de confirmer les premières données obtenues ici.
Figure 65 : Semences carbonisées associées à l’occupation du premier âge du Fer (silo 187) de la Viaube 2. 1 : Vicia ervilia (face et profil) ; 2 : Adonis autumnalis ; 3 : Valerianella dentata ; 4 : Plantago lanceolata. Chaque échelle représente 1 mm.
Figure 65: Carbonized seeds from the Early Iron Age occupation (storage pit 187) of la Viaube 2. Each scale represents 1 mm.
Clichés M.-F. Dietsch, Inrap.
144La fouille menée en 2013 sur le site de la Viaube 2 a permis d’étudier les vestiges d’un habitat ouvert à vocation agricole occupé de manière discontinue du début de l’âge du Bronze au Moyen Âge. L’opération a permis de fouiller intégralement un ensemble de 150 structures anthropiques réparties sur une superficie d’environ 7 000 m². Ces structures appartiennent majoritairement à une occupation du début de l’âge du Bronze (fig. 5) et, dans une moindre mesure, à deux occupations postérieures attribuées à la fin de l’âge du Bronze et à la phase finale du premier âge du Fer (fig. 41). Après un hiatus de plus d’un millénaire, le site est réoccupé à l’époque médiévale et semble toujours dévolu à des activités agricoles.
145Les structures découvertes sur le site de la Viaube 2 appartiennent à une occupation beaucoup plus vaste, couvrant vraisemblablement plusieurs hectares. Les résultats des travaux de Maurice Taillet sur le site éponyme de la Viaube (1957), les diagnostics archéologiques des Grands Champs 1 (Connet et al., 2009) et 2 (Pouponnot et al., 2010), et les opérations de fouille de la Viaube 1 (Lavoix et al., 2013 ; Maitay et al., 2017) et 2 attestent ainsi l’existence sur la moyenne terrasse de la rive gauche du Clain de plusieurs centaines de structures en creux du Bronze ancien, la plupart dévolues au stockage de produits agricoles. Une telle concentration de structures sur une surface aussi importante est totalement inédite dans le centre-ouest de la France. Dans le Poitou et les Charentes, les informations sur les sites à vocation domestique ou agricole du début de l’âge du Bronze reposent effectivement davantage sur des occupations de quelques milliers de mètres carrés regroupant généralement une à deux dizaines de structures en creux (Kerouanton et al., 2017 ; Kerouanton et al., 2025).
146L’occupation du début de l’âge du Bronze de la Viaube 2 se caractérise par plusieurs regroupements de silos, des fosses et des trous de poteau. Un petit bâtiment quadrangulaire sur poteaux de bois et une sépulture à inhumation ont également pu être étudiés. Ces structures se répartissent exclusivement dans la partie orientale de l’emprise, dans un secteur qui n’est pas ou peu impacté par les occupations postérieures. Au moins une dizaine de fosses peuvent être interprétées comme des structures de stockage excavées, utilisées pour la conservation des grains (orge vêtue, blé, amidonnier, engrain) et des fruits à coques, principalement des glands et des noisettes. Ces structures ne sont jamais isolées : elles jouxtent systématiquement une à deux fosses à fond plat et parois subverticales, dont le rôle pourrait être lié au traitement des denrées stockées à proximité. Une fois abandonnées, elles sont utilisées comme fosses-dépotoirs et reçoivent notamment d’abondants déchets céramiques et lithiques, ainsi que des restes de faune.
147L’importante quantité de vases en terre cuite provenant de ces structures, ainsi que la variété typologique (vases de stockage, céramique culinaire, etc.), s’accordent parfaitement avec les assemblages céramiques habituellement retrouvés sur les sites de consommation du Bronze ancien de la région. L’inhumation d’un défunt dans le comblement d’une fosse profonde constitue dans la région un fait exceptionnel (Maitay et Coupey, 2025). Les formes et les décors de la vaisselle en terre cuite permettent de dater cette première phase d’utilisation de l’âge du Bronze ancien. Une datation radiométrique réalisée sur os humain fournit une date calibrée comprise entre 1940 et 1740 av. J.-C. (cal BP 3890 à 3690). Plusieurs fosses et trous de poteau isolés correspondent également à cette époque.
148L’occupation de la fin de l’âge du Bronze rassemble deux bâtiments quadrangulaires sur poteaux plantés, trois silos, une grande fosse polylobée faisant office de fosse d’extraction, ainsi qu’une structure de combustion interprétée comme un four. Ces structures se concentrent dans la moitié occidentale de l’emprise et participent très probablement à l’occupation de l’étape moyenne du Bronze final fouillée sur les sites voisins de la Viaube et de la Viaube 1.
149L’occupation du premier âge du Fer n’est représentée que par deux structures en creux localisées dans la moitié occidentale de l’emprise, de part et d’autre d’une grande fosse polylobée du Bronze final. Il s’agit de deux structures de stockage excavées, dont l’une a livré les restes de 22 taxons végétaux différents (entre autres de l’orge vêtue, du millet commun, de l’amidonnier, de l’engrain, de l’épeautre, du blé nu, de la lentille, de l’ers, du pavot œillette et du lin). Les structures et le corpus céramique de la fin du premier âge du Fer de la Viaube 2 trouvent de nombreux parallèles sur les sites d’habitat de hauteur de Béruges (Chabanne et Pautreau, 1986) et du Camp Allaric (Pautreau, 1976 et 1986 ; Maitay, 2010), dans la Vienne, mais aussi sur des habitats ruraux installés dans les plaines et sur les plateaux, et également datés de la phase finale du premier âge du Fer, ou Hallstatt D2-D3, voire du tout début du second. Les occupations du premier âge du Fer étant très rares dans le Poitou et les Charentes, et plus généralement dans tout le centre-ouest de la France (Maitay, 2022), on ne peut que se réjouir de la découverte de ces deux silos qui nous fournissent deux ensembles clos et homogènes susceptibles de renseigner avantageusement la chronologie du premier âge du Fer régional.
150Plusieurs structures en creux dispersées sur l’ensemble de l’emprise témoignent finalement d’une occupation du site au cours du Moyen Âge. Il s’agit de deux fosses, d’un silo et d’une structure linéaire dont le tracé a pu être suivi sur plus de 100 m de longueur. Ces structures se rattachent très certainement à l’établissement agricole du xe siècle, fouillé sur le site de la Viaube 1 bis (Martins, 2017).