1Le site a été mis au jour à environ quinze kilomètres à l’ouest du Mans (fig. 1 et 2) à l’occasion de la prolongation de la ligne à grande vitesse LGV Atlantique entre Connerré et Rennes. Le diagnostic du secteur 16, englobant la commune de Coulans-sur-Gée, a été réalisé entre le 23 octobre 2010 et le 14 février 2011 sous la direction d’Éric Mare (Inrap). Cette opération a permis la mise au jour de vestiges liés à la métallurgie du fer, parmi lesquels un four et un remblai riche en scories, non datés, et surtout d’un petit ensemble funéraire à crémations d’époque romaine. La rareté de ce type de vestiges pour la région a conduit le service régional de l’archéologie des Pays de la Loire à prescrire une fouille archéologique préventive axée en priorité sur la compréhension de l’espace funéraire. Celle-ci s’est déroulée entre le 27 février et le 15 mars 2012, avec la présence permanente et dès le décapage d’une archéo-anthropologue spécialisée dans les crémations (Mayer, Sarreste, 2013).
Figure 1 : Carte du département de la Sarthe / Map location in France
Cartographie : E. Degorre ©Éveha ; sources GEOFLAT ®IGN/Nasa SRTM 90 Digital Elevation Data
Figure 2 : Localisation du site sur fond de carte au 1/25 000 et vue rapprochée / Location of the excavated area
Mise au net : A. Mayer ©Éveha ; source : carte IGN au 1/25 000, www.geoportail.fr
2L’emprise s’intègre dans une parcelle occupée par des prairies destinées au pâturage de bovins, aucune mise en culture n’étant intervenue récemment. À l’ouest de celle-ci coule un petit ruisseau orienté nord-sud, vers la direction duquel le terrain observe un pendage naturel. Une haie non déclassée, composée d’arbres divers et d’arbrisseaux vivaces, associés à des barbelés fixés sur des piquets en bois, séparait l’emprise de la fouille en deux, du nord au sud. La largeur de cette haie variait de trois à cinq mètres.
3La majeure partie des vestiges est inscrite dans un substrat dont le faciès est caractéristique des argiles cénomaniennes : argiles bariolées à très forte hydromorphie, de teinte jaunâtre à rouge, localement grise ou verte. Dans la partie amont du site, des niveaux gréseux à sableux affleurent à la surface de décapage en lentilles résiduelles, très altérées, ou en bancs interstratifiés dans les argiles (sondage semi-profond effectué en fin de fouille). Localement, des éléments gréseux à conglomératiques apparaissent inclus dans ces niveaux sableux (grès ferrugineux « roussards »).
4La nécropole a été mise en évidence à proximité de l’agglomération gallo-romaine du Mans-Vindunum, capitale des Aulerques Cénomans. La connaissance du contexte archéologique de ce secteur de la Sarthe ainsi que la structuration de la cité des Cénomans demeurent en grande partie lacunaires (Bouvet et al., 2001 : 213). En effet, la densité de sites archéologiques recensés y est relativement faible. Ce constat tient à deux facteurs : d’une part le très faible nombre de travaux de prospection récents et, d’autre part, un contexte peu favorable à la détection aérienne (Sarreste, 2013 : 19).
- 1 Les découvertes de crémations isolées effectuées au Mans sont anciennes et sujettes à cauti (...)
5La carte archéologique ne recense qu’une quinzaine de nécropoles ou sépultures isolées en dehors du Mans1. La rareté des informations disponibles touche aussi bien les agglomérations secondaires que l’habitat rural. Ces lacunes touchent par conséquent les nécropoles à crémations, dont le très faible nombre surprend pour la période antique.
- 2 À cette dernière est associé un abondant mobilier du Bas-Empire, Bouvet et al., 2001 : 99. (...)
6Les recherches anciennes d’érudits locaux mentionnent la présence d’urnes funéraires sur les communes de Oisseau-le-Petit et de Vaas2. Lors de fouilles préventives réalisées entre la fin des années 1980 et la fin des années 1990, plusieurs attestations de la pratique de la crémation ont été mises au jour dans la Sarthe :
-
un enclos funéraire incluant une urne en céramique, du mobilier daté du ier siècle ainsi qu’un ustrinum, à Chemiré-le-Gaudin « La Tétardière », lors des travaux de l’autoroute A11 en 1986-1987 (Bouvet et al., 2001 : 199 et 203) ;
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quatre sépultures à crémation le long d’une voie romaine datées du iie siècle à Trangé « La Petite Motte », dans le même contexte préventif (Bouvet et al., 2001 : 451-452) ;
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deux ossuaires imprécisément datés de l’époque romaine, à Neuville-sur-Sarthe, lieu-dit « La Folie », lors des travaux de l’A28 en 1997 (Bouvet et al., 2001 : 369-371) ;
-
trois enclos funéraires enserrant une soixantaine de crémations, contenant un abondant mobilier allant du ier siècle aux iie-iiie siècles, ainsi qu’un ustrinum, à Vivoin « La Petite Nemerie », lors des travaux de l’A28 en 1998 (Bouvet et al., 2001 : 458-462).
7À ces découvertes s’ajoutent celles faites récemment ou non mentionnées par la Carte archéologique de la Gaule, et recensées par M. Monteil (Monteil, 2004), dont nous nous bornerons ici à ne reprendre que les sépultures avérées :
-
une crémation isolée datée du Haut Empire, à Arçonnay « Parc Saint-Gilles », fouillée en 2002 ;
-
deux tombes à crémation isolées du iie siècle découvertes en prospection à Vivoin « La Gaudine », en 1997-1998.
8Malgré le faible nombre de structures mises au jour et l’indigence du mobilier recueilli, une organisation et une chronologie cohérentes des vestiges découverts se dessinent.
Figure 3 : Plan général au 1/300 / General map of remains
Topographie et DAO : X. Husson ; mise au net : A. Mayer ©Éveha.
9Un fossé (121), situé sous le tracé du chemin 114 (cf. infra) et vide de scories, indique probablement un axe parcellaire pérenne antérieur à la production sidérurgique installée sur le site aux iiie – ive siècles. Ce fossé pouvait être associé soit à une haie, soit à un chemin qui n’aurait pas laissé de trace archéologique. L’absence de tout artéfact datant ne permet pas de le situer dans le temps ; cependant, quelques hypothèses peuvent être évoquées.
10Entre la deuxième moitié du iie et le début du iiie siècle, une aire sépulcrale à crémations (cf. 2.2) s’implante à proximité de ce fossé. Factuellement, aucune donnée ne lie ces deux éléments. Cependant, si l’on prend en compte le fait que les ensembles funéraires antiques s’installent de manière préférentielle le long des voies et des limites parcellaires, en contexte rural comme urbain, on peut légitimement supposer que c’est le cas aux Brochardières. Ainsi, par son emplacement, la sépulture perpétue le souvenir du défunt aux yeux des vivants, de même que « le statut social des propriétaires du domaine traversé ou jouxtant la route » (Blaizot [dir.], 2009 : 275).
11À une période indéterminée, cet axe parcellaire est pérennisé par l’aménagement du chemin 114, constitué majoritairement de niveaux de scories.
12Deux fosses contenant des vases ossuaires ont été mises au jour lors de la fouille (SP 107 et 118), complétant celles reconnues lors du diagnostic (SP 110 = 161.9, et 161.5/6) et portant à quatre le nombre de dépôts clairement identifiés. Trois autres fosses ont été intégrées à ce corpus, de par leur proximité géographique et structurelle, et ce malgré l’absence de mobilier (FS 161.8, 161.10 et 161.11). En effet, leurs comblements comprenaient du charbon, voire des os humains brûlés, mais elles étaient très arasées. Quasiment toutes ces structures étaient recouvertes à l’origine d’un amas de scories (Us 1006) issu de l’activité sidérurgique postérieure (cet amas apparaît de façon réduite sur le plan de la fouille puisqu’il a été en partie évacué lors du diagnostic).
13Les sept fosses sont regroupées sans organisation spécifique dans une zone d’environ cent mètres carrés. Cependant, l’évaluation du nombre de structures originellement présentes est impossible. En effet, plusieurs interventions postérieures ont pu partiellement détruire l’espace dévolu aux dépôts.
- 3 Elle apparaît sur des plans cadastraux du milieu du xxe siècle, mais pas encore (...)
14En premier lieu, cette zone est située en bordure de la haie contemporaine3 qui l’a peut-être recouvert en partie, ce que pourrait indiquer la présence le long de cette haie de la sépulture 118. De plus, le remblai contemporain 108 a pu lui aussi entamer l’étendue de l’espace funéraire. Enfin, l’arasement très important des structures, du côté est, et encore plus du côté ouest de la haie, nous prive probablement d’une partie de la nécropole, dans une mesure qu’il est toutefois impossible d’estimer.
15Ces propos sont cependant à nuancer dans la mesure où l’existence de très petites nécropoles, de l’ordre de quelques crémations seulement, sont bien connues pour le Haut-Empire en contexte rural (Blaizot [dir.], 2009 : 254). On en trouve par exemple en Basse-Normandie, à Ouilly-le-Vicomte « RD 579 » (Hincker, 2005), Boitron « Le Sainfoin » (Dumont et al., 1997), et Manneville-la-Pipard (Marcigny, 1993 ; Coulthard, 1994), et dans la Sarthe à Neuville-sur-Sarthe « La Folie », Trangé « La petite motte » et Vivoin « La petite Némerie » (Monteil, 2013).
16En l’état actuel des recherches, l’organisation et la densité réelles de l’espace funéraire restent donc mal définis.
17Les fosses présentent toutes les mêmes caractéristiques : elles sont de forme circulaire à sub-rectangulaire, d’une longueur comprise entre 0,55 et 0,85 mètre pour une largeur variant de 0,30 à 0,80 mètre. L’épaisseur conservée n’excède jamais 0,20 mètre. Les parois sont obliques et les fonds relativement plans. Aucun aménagement de type banquette n’a pu être mis en évidence.
18Si l’on prend en compte uniquement les trois fosses les mieux conservées qui ont pu être fouillées, deux peuvent être assimilées à des dépôts mixtes de crémation (SP 107, fig. 4 et 5, et SP 110, fig. 6), puisqu’elles renferment à la fois les résidus du bûcher (charbon, mobilier ayant subi l’action du feu) et l’ossuaire ; la dernière fosse s’apparente à un dépôt de crémation en ossuaire (SP 118, fig. 7 et 8). La SP 161.5/6, mise au jour au diagnostic et en grande partie remaniée, ne contenait que quelques fragments osseux. Les autres fosses, trop arasées ou entamées au diagnostic, ne peuvent être attribuées à un type en particulier. Il pourrait s’agir de dépôts de résidus de crémation en fosse (Tranoy, 2007 : 153).
Figure 4 : SP 107, relevés en plan et en coupe / Grave 107, plan and section
Relevé : V. Brunet ; DAO : X. Husson ; Mise au net : A. Mayer ©Éveha.
Figure 5 : SP 107 détail du vase ossuaire retourné / Grave 107, detail
Cliché V. Brunet ; DAO X. Husson ; mise au net A. Mayer ©Éveha.
Figure 6 : SP 110 (=161.9), relevés en plan et en coupe / Grave 110, plan and section
Mare 2011 : 57, fig. 2.5b ©Inrap.
Figure 7 : SP 118, relevés en plan et en coupe / Grave 118, plan and section
Relevé : V. Brunet ; DAO : X. Husson ; mise au net : A. Mayer ©Éveha.
19Le comblement des différents creusements apparaît comme sensiblement identique d’une structure à l’autre. Dans les fosses les mieux conservées, il est possible de reconnaître un sédiment limono-sableux brun noir, pouvant contenir le matériel, céramique notamment4. Sans matériel, le comblement brun ne contient que quelques micro-charbons et éventuellement des esquilles d’os brûlés.
20Les trois fosses contenant des vases ont pu être fouillées finement, deux de ces contenants faisaient apparaître une inclinaison (SP 110 et 118). Ceci peut laisser supposer un basculement lors du comblement de la fosse, ou bien un blocage contre une paroi disparue (Blaizot [dir.], 2009 : 187). Dans le cas du dépôt en double récipient de la SP 110, la position des os brûlés n’a pas été affectée par le pendage du vase, contrairement à la SP 118. On suppose donc que le basculement est intervenu après un laps de temps indéterminé, peut-être lors de l’effondrement d’une couverture. Pour la SP 118 en revanche, des tessons et des os répandus hors du volume initial du vase suggèrent un espace vide autour de celui-ci, sans qu’il puisse être évalué avec davantage de précision (fig. 8).
Figure 8 : SP 118, détail du vase ossuaire / Grave 118, detail
Cliché : V. Brunet ; DAO : X. Husson ; mise au net : A. Mayer ©Éveha.
21La sépulture 107 présente une installation originale, puisque le vase ossuaire a été renversé et apparaît donc par le fond, sur une couche de résidus de crémation (fig. 5). La majorité des fragments osseux sont malgré tout apparus dans le volume du vase, contre la panse, et on peut donc supposer qu’il a été fermé par un bouchon en matériau périssable avant d’être placé à l’envers dans la fosse, et/ou déposé sur un support en matériau périssable. La présence de couvercles périssables, bien que difficile à déterminer, est attestée pour la période (Blaizot [dir.], 2009 : 203-204). En revanche, ce type de configuration est, à notre connaissance, inconnue, encore moins dans la région étant donné l’indigence des données disponibles.
22Aucune organisation spécifique des ossements, hors contenant solide, n’est apparue pour suggérer la présence d’un contenant en matière périssable disposé dans les fosses. La présence de clous dans les comblements, dont certains montrent des traces liées à l’action du feu, est préférentiellement à relier au ramassage des résidus de bûcher (cf. infra).
23Aucune aire de crémation n’a cependant été découverte dans l’emprise de la fouille. Toutefois, l’arasement important du site a pu faire disparaître les traces parfois fugaces de crémations ponctuelles (Tranoy, 2007 : 139), surtout s’il s’agit de bûchers hors sol.
24Un atelier de réduction a été installé vers le milieu du iiie siècle de notre ère le long de la limite parcellaire/chemin préexistant. Cette officine mettait en œuvre le minerai de fer des argiles à glauconie, extrait hors de l’emprise fouillée.
25Trois structures liées à l’activité sidérurgique sont apparues, globalement très mal conservées. Malgré des destructions successives, il est possible de restituer l’organisation interne de cette installation et son fonctionnement : préalablement à la réduction proprement dite, les roches tirées de la mine subissaient une calcination sur un foyer très arasé (ST 100), localisé à une vingtaine de mètres au sud-est de l’atelier. Le minerai ainsi préparé était traité dans un bas fourneau à écoulement de la scorie (ST 112), dont il ne subsiste que quelques centimètres des niveaux inférieurs. Les résidus issus des opérations successives ont ensuite été accumulés à une quinzaine de mètres au sud sous la forme d’un amas (Us 1006), recouvrant les structures funéraires. À une date indéterminée, une partie d’entre eux a servi à exhausser la bande de roulement du chemin 114, et l’amas a également été nivelé puis recoupé par des fossés parcellaires modernes.
26Suivi sur une longueur totale d’environ 55 mètres, le chemin 114 observe un tracé très légèrement sinueux. Il traverse l’ensemble de la zone fouillée, du nord au sud-ouest, mais sa trace se perd cependant à son extrémité sud, du fait de l’arasement important du terrain. Une partie de son emprise est située sous la haie qui coupe la zone de fouille en deux.
27Il présente localement des variations de construction, matérialisées par des différences d’épaisseur et de matériau. Ces modifications peuvent être significatives d’aménagements particuliers (prolongation de la voie vers le nord ?) ou de travaux d’entretien (recharge, réfection, renforcement). Aucun élément de datation n’a été mis au jour.
- 5 Selon le protocole de rigueur, Duday et al., 2000.
28Trois ossuaires ont pu être fouillés finement en laboratoire5. Cependant, il faut noter que le récipient de la SP 118 a été entamée lors du décapage et ne présente pas un profil complet.
29Avec un poids compris entre 200 et 290 g, la quantité de restes osseux crématisés déposés dans les tombes antiques des Brochardières se situe bien en-deçà des valeurs théoriques de référence qui prônent, pour un sujet adulte « complet », un minimum de 1 627,2 g d’os (en excluant les fragments inférieurs à 2 mm, McKinley, 1993). La mauvaise conservation générale de la matière osseuse, et notamment des parties spongieuses, n’intervient que faiblement dans cette constatation. En effet, le poids d’os collecté sur le bûcher et déposé dans le lieu définitif de repos (la sépulture) à la période romaine est extrêmement variable, d’un site à l’autre, mais également pour un même site. Le ramassage des os brûlés réalisé ici est donc clairement très restreint et ne tend pas à l’exhaustivité. La représentation osseuse des différentes régions anatomiques est variable : plus de 80 % des os identifiés de la SP 107 appartiennent au crâne ou aux membres inférieurs ; toutes les parties sont représentées dans la SP 110 avec une sur-représentation du crâne et une sous-représentation des membres inférieurs (Mare et al., 2011 : 57) ; toutes les régions anatomiques sont également présentes dans la SP 118 mais le tronc et les membres inférieurs sont largement déficitaires.
30La réalisation de la fouille fine des vases ossuaires n’a mis en évidence aucune organisation spécifique des restes humains crématisés au sein des contenants. Tout juste peut-on souligner la présence de restes de squelette crânien majoritairement présents sur le dessus du remplissage du vase ossuaire de la SP 118.
31Les trois dépôts découverts à la fouille contiennent chacun au moins un sujet adulte. Aucune précision n’a pu être apportée quant à l’âge ou au sexe de ces individus. Seul le sujet crématisé de la SP 118 est considéré comme gracile.
32Concernant les autres structures découvertes lors du diagnostic et qui ont livré des os humains brûlés, les quantités sont infimes et n’ont donc fait l’objet que d’une pesée. Six grammes d’os ont été extraits de la SP 161.5/6, 0,4 g de la FS 161.11, et une quantité non mesurable car trop faible pour FS 161.10.
33La couleur blanche crayeuse des restes humains brûlés ainsi que leur importante fragmentation sont autant d’indices qui prouvent que les corps des défunts ont subi une crémation poussée, aboutie et nettement déstructurante.
34Les quelques esquilles de faune attribuées à un petit phasianiné de type coq ou faisan et retrouvées au sein du dépôt de la SP 118 présentent le même état de conservation et la même coloration que les restes humains brûlés. Il s’agit donc de dépôts carnés primaires qui ont été placés avec le (ou les) défunt(s) sur le bûcher.
35Plusieurs contenants, de nature diverse, renfermaient les os brûlés dans les SP 107, 110 et 118. On peut supposer que la SP 161.5/6 mise au jour lors du diagnostic, mais bouleversée, répondait à une configuration semblable.
- 6 Attribution supposée pour la SP 161.5/6, avérée pour les SP 107 et 118.
36Il s’agit dans trois cas6 de pots en céramique de production locale, de datation parfois malaisée. Le pot globulaire en commune sombre de la SP 161.5/6 (fig. 9) ne trouve pas d’équivalent dans la région. Le pot en rugueuse sombre de la SP 107 (fig. 10) se rapproche du pot à lèvre moulurée de type 606 de la Bosse (Guillier, 1997), en activité entre la seconde moitié du iie siècle et la fin du iiie siècle. Enfin, celui en commune claire de la SP 118 (fig. 11) est une production courante de la région du Mans aux iie-iiie siècles (Guillier, 1997 : 244).
Figure 9 : Céramiques communes et sigillées issues de la SP 161.5/6 (dianostic) / Grave 161.5/6, ceramic
Cliché, dessin, DAO et mise au net : G. Bron ©Éveha.
Figure 10 : Céramique commune issue de la SP 107 / Grave 107, ceramic
Cliché, dessin, DAO et mise au net : G. Bron ©Éveha.
Figure 11 : Céramique commune issue de la SP 118 / Grave 118, ceramic
Cliché, dessin, DAO et mise au net : G. Bron ©Éveha.
37Les os brûlés de la SP 110 étaient quant à eux réunis dans un pot globulaire en verre se rapprochant du type Isings 94, très fréquent dans la région normande au iie – début du iiie siècle (cf. infra). Cette urne était elle-même placée dans un pot en céramique à pâte beige de facture locale et de datation imprécise (fig. 12).
Figure 12 : Céramique commune issue de la SP 110 (=161.9) / Grave 110, ceramic
Cliché, dessin, DAO et mise au net : G. Bron ©Éveha.
38Les vases en céramique sont de loin les contenants les plus fréquemment utilisés comme vases ossuaires dans l’Antiquité (Blaizot [dir.], 2009 : 196), ce qui semble s’appliquer à Coulans-sur-Gée, malgré la faiblesse de l’effectif.
39La répartition des contenants montre une configuration simple avec au maximum deux vases par fosse, provenant majoritairement d’une production locale de formes destinées à la préparation et à la cuisson. Seule la SP 161.5/6 contenait une céramique accompagnant l’urne (si l’on excepte la céramique de la structure 110 utilisée comme protection de l’urne en verre), une sigillée de type Bet 31 de Lezoux (phases 6/7) qui témoigne de l’utilisation de vaisselle importée (fig. 9).
40Il faut noter la présence parmi ces céramiques usuelles d’un pot comportant des défauts probablement liés à la cuisson (SP 107), pratique bien attestée en Gaule romaine (Blaizot [dir.], 2009 : 130).
41Les sépultures sont quasiment les seules structure à avoir livré du mobilier métallique. Huit clous sont associés à la fosse à crémation 110, deux autres ont été découverts dans le vase ossuaire de la fosse 118 et une petite dizaine provient des résidus de crémation de la fosse 107. La répartition spatiale n’apporte donc pas d’informations sur leur usage.
42Ces objets sont de facture simple et homogène, et certains portent des traces de passage au feu. Ils se divisent en deux familles selon leur taille. Les plus grands mesurent entre 5 et 10 cm, pour une section moyenne de la tige de 1 cm et présentent une tête plate à tendance carrée. Les plus petits mesurent entre 3 et 5 cm pour une section moyenne de la tige de 0,35 cm et leur tête plate est à tendance circulaire (diamètre moyen 1,5 cm).
43Il s’agit de clous de menuiserie utilisés pour les assemblages de pièces de bois ne nécessitant pas une résistance mécanique trop élevée. Leur présence parmi les résidus de crémation et les traces de passage au feu indiquent une provenance du bûcher sans que l’on puisse déterminer s’ils venaient en renforcer la structure, s’ils sont à associer à un cercueil, un brancard ou feretrum (une civière destinée au transport du défunt puis brûlée), ou pour les plus petits s’ils appartenaient à un élément mobilier (du type coffret).
44Le mobilier en verre est uniquement représenté par deux occurrences qui proviennent de la SP 110 fouillée lors du diagnostic.
45Un pot à panse pomiforme et à pied annulaire (fig. 13) a été utilisé comme contenant pour les os crématisés. Le col est évasé et la lèvre a été adoucie par chauffage. La pièce a été chauffée et le verre de teinte bleu-vert translucide présente de nombreuses bulles parfois d’ordre centimétrique. Le revers du pied porte une belle trace de pontil.
Figure 13 : Vase en verre de type Isings issu de la SP 110 (=161.9) / Grave 110, glass pot
Cliché et mise au net : A. Mayer ; dessin et DAO : M. Demarest ©Éveha.
46Cette forme n’apparaît pas dans l’ouvrage de Morin-Jean (Morin-Jean, 1977) sur la verrerie en Gaule romaine et ne semble pas trouver de parallèles au sein des collections de Augst et Kaiseraugst (Rütti 1991). Elle peut se rapprocher du type Isings 94 qui semble particulièrement bien représenté en Normandie (Sennequier, 1985). Notons toutefois que l’exemplaire de Coulans-sur-Gée montre un léger bombement de son fond qui ne semble pas marqué sur les exemplaires normands.
47Cette forme se retrouve en grand nombre dans les nécropoles à crémations normandes où elle est utilisée comme ossuaire. G. Sennequier cite notamment la nécropole de Pîtres (Eure). Les parallèles semblent assez rares hors de cette région, avec toutefois une plus forte concentration en Bourgogne. Ce modèle est principalement diffusé au iie et au début du iiie siècle apr. J.-C.
48Une extrémité de goulot à lèvre peu développée et en verre blanc translucide, ayant probablement subi un passage au feu sur le bûcher, a également été retrouvée.
49De rares restes7 d’os non humains ont été identifiés au sein de la crémation 118. Ils ont, comme les restes humains, été exposés à de fortes températures, entre 600 et 800 degrés, ce qui correspond au stade 5 de combustion du référentiel établi par E. Cossette (calcination, Cossette 2000 : 90). Ce traitement a entraîné une déformation des ossements, rendant malaisée la détermination taxonomique, mais autorisant une identification anatomique.
50Ainsi, il a pu être déterminé que tous les ossements (un proximal de tarsométatarse, deux diaphyses d’humérus – une droite et une gauche – et un fragment de fémur) proviennent très probablement d’un seul et même individu de phasianiné de sexe indéterminé.
- 8 Toutes les références au coq renvoient à l’espèce dans son entier, sans lien avec le sexe (...)
51Il pourrait s’agir d’un coq8 de petite taille ou bien un individu d’une espèce sauvage de phasianiné (faisan ou gélinotte des bois par exemple). Cependant, l’observation des critères macroscopiques de l’os semble montrer que nous sommes plutôt en face d’un coq de petite taille.
52Enfin, cette détermination paraît être confirmée par les tendances des dépôts funéraires en Gaule, au iie siècle de notre ère, où les restes de coq commencent à être majoritaires, bien que le porc garde la prédominance au sein des restes alimentaires (Méniel, 2008 : 48).
53Malgré le faible nombre de structures mises au jour sur le site de Coulans-sur-Gée « Les Brochardières », l’organisation interne et le mobilier présent dans les fosses présentent une grande diversité. Les dépôts sont de type mixte et/ou en ossuaire, dans des fosses probablement couvertes, ayant ainsi ménagé un espace vide. Les céramiques sont d’origine locale, seule une forme témoigne de l’existence de vaisselle importée. Elles peuvent, dans le cas de la SP 107, être disposées de manière atypique.
54Les faibles quantités d’os contenus dans ces vases suggèrent une collecte très partielle des os après la crémation. Il semble qu’un seul individu soit présent par urne, accompagné dans un cas par des restes de gallinacé.
55Enfin, aucun bûcher n’a été découvert dans l’emprise de la fouille. Cependant, l’arasement important du site a pu faire disparaître les traces parfois fugaces de crémations ponctuelles.
56Ces fosses ont toutes été datées du courant du iie siècle de notre ère jusqu’au début du iiie siècle par le mobilier céramique.
57Très peu de données de comparaison sont disponibles concernant les contextes ruraux dans la Sarthe, et dans ce contexte, la fouille des « Brochardières » livre un aperçu de la variabilité des pratiques funéraires au Haut-Empire et complète leur compréhension.