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Le dolmen de la Roche-aux-Fées à Essé (Ille-et-Vilaine) et son environnement géomorphologique : approche géoarchéologique

The dolmen of the Roche-aux-Fées in Essé (Ille-et-Vilaine) and its geomorphological environment: a geoarchaeological approach
Der Dolmen von La Roche-aux-Fées bei Essé (Ille-et-Vilaine) und sein geomorphologisches Umfeld: Ein geoarchäologischer Forschungsansatz
Dominique Sellier
p. 23-47

Résumés

Le dolmen de la Roche-aux-Fées est spécialement connu pour le type architectural auquel il se rapporte, ses dimensions hors du commun, sa construction en blocs de schiste et l’origine allochtone de ses matériaux. Son étude, menée ici à partir de méthodes géomorphologiques et à plusieurs niveaux d’échelle, s’applique à deux objets de recherche principaux. Le premier concerne la situation et le cadre régional du monument, puis son site et son environnement local, en regard de l’étagement des versants et du tracé de la vallée de la Seiche. Il conduit à proposer une interprétation de l’implantation du dolmen en fonction du relief. Le second concerne la morphologie des blocs rocheux employés pour la construction du monument et les effets de l’érosion sur leur évolution. Il conduit à l’établissement d’un corpus de marques d’érosion prémégalithiques et postmégalithiques dans les schistes et renseigne sur la provenance des pierres et sur les modalités de la dégradation du mégalithe depuis sa construction. L’article applique à un dolmen de schiste un protocole d’analyse précédemment élaboré à partir de mégalithes de granite. Il implique une double approche, archéologique et géomorphologique, qui relève de la géoarchéologie.

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Texte intégral

1. Introduction

1Le dolmen de la Roche-aux-Fées à Essé, au sud de l’Ille-et-Vilaine, est édifié dans un relief de surfaces étagées et ravinées par des vallons, dont la simplicité apparente ne facilite pas pour autant l’analyse. Il est établi sur le versant sud de la vallée de la Seiche, affluent de rive gauche de la Vilaine, près du contact entre deux des principaux ensembles morphostructuraux du domaine central du Massif armoricain : le bassin de Rennes, au nord, et les reliefs appalachiens associés aux synclinaux paléozoïques du Sud de Rennes, au sud. Signalé par de Robien dès 1756, avant de figurer dans le dictionnaire d’Ogée en 1778 (Robien, 1756 ; Ogée, 1843-1853), il est présenté dans la notice de la carte géologique de La Guerche-de-Bretagne comme « l’un des plus imposants mégalithes de l’Ouest de la France » (Trautmann et Carn, 1997). Il est également considéré par Giot et al. (1998) comme « le plus grand monument mégalithique de Bretagne ». Il mesure en effet 19,5 m de longueur, 6 m de largeur, 4 m de hauteur, à l’extérieur, et se compose de 41 blocs rocheux, dont les plus volumineux atteindraient une quarantaine de tonnes. Le monument est mentionné dans plusieurs publications qui en fournissent des descriptions architecturales complémentaires et qui signalent l’origine allochtone des blocs (Bézier, 1883 ; Giot et al., 1962 ; L’Helgouac’h, 1965 ; Giot, 1976 ; Briard, 1990 ; Meuret, 1993 ; Trautmann et Carn, 1997 ; Le Roux, 1998). Cet article vise à exposer les relations entre le monument et la géomorphologie à plusieurs niveaux d’échelle.

2. La situation et le site du dolmen de la Roche-aux-Fées

Le monument de la Roche-aux-Fées

Un dolmen de type angevin

2Le monument de la Roche-aux-Fées est un dolmen angevin à portique, du type défini en Anjou par Gruet (1956), ou dolmen de type Loire, défini par L’Helgouac’h (1956, 1965). Les débris rocheux conservés à sa périphérie suggèrent que le monument a été initialement compris dans une structure architecturale du genre cairn, ce qui impliquerait que les faces externes des orthostates et les faces supérieures des dalles de couverture aient été temporairement soustraites aux effets directs de l’érosion d’origine météorique.

3Le monument est orienté nord ouest-sud est. Son entrée est ouverte vers le lever du soleil au solstice d’hiver (Meuret, 1993 ; Giot et al., 1998). Il comprend donc deux grands côtés. Le premier regarde vers le sud-ouest et se compose d’orthostates inclinés vers l’intérieur du monument, dans leur état actuel. Le second, situé en léger contrebas du précédent, conformément au relief environnant, regarde vers le nord-est et se compose d’orthostates verticaux. À défaut de pouvoir être rapporté à un groupe culturel reconnu, l’âge de ce monument demeure imprécis à l’intérieur du Néolithique.

4Le dolmen de la Roche-aux-Fées comprend un portique trilithe, orienté vers le sud-est, formé de deux montants et d’un linteau (qui pourrait éventuellement provenir d’un ajout tardif selon Le Roux, 1998), une antichambre courte, couverte d’une seule dalle (de 1,5 m de hauteur sous plafond), et une grande chambre de 14 m de longueur, 4 m de largeur moyenne (et plus de 2 m de hauteur sous plafond), cloisonnée en quatre parties successives par trois piliers septaux, perpendiculaires à la paroi occidentale (L’Helgouac’h, 1965, p. 217-219). Le fond de la chambre est fermé par une grande dalle de chevet de plus de 6 m de longueur ; son toit se compose de six grandes dalles. L’ensemble comprend, au total, 27 orthostates (fig. 1).

Figure 1 : Le dolmen de la Roche-aux-Fées à Essé et son portique trilithe vus du sud-ouest. / Figure 1: Roche-aux-Fées dolmen in Essé and its trilith porch from the south-west.

Figure 1 : Le dolmen de la Roche-aux-Fées à             Essé et son portique trilithe vus du sud-ouest. / Figure 1: Roche-aux-Fées dolmen in Essé and its             trilith porch from the south-west.

La lithologie locale et les matériaux employés pour l’édification du monument

5Le dolmen de la Roche-aux-Fées est connu pour appartenir à un type architectural qui touche ici à l’une de ses limites occidentales à l’intérieur du Massif armoricain. Il est également connu pour appartenir aux mégalithes composés d’éléments rocheux allochtones. Il est intégralement construit en blocs de schistes pourprés, paléozoïques (initialement rapportés au Cambrien, puis placés à la base de l’Ordovicien), alors qu’il est édifié sur des affleurements de terrains briovériens (considérés comme essentiellement antécambriens).

6La stratigraphie locale comprend, en effet, deux grands ensembles : le socle briovérien et une couverture rapportée au Primaire inférieur, en l’occurrence à l’Ordovicien, sur la carte géologique de La Guerche-de-Bretagne (Trautmann et Carn, 1997). Le substratum briovérien (b), hétérogène, se compose de grauwackes, siltites, argilites, schistes, grès et quartzites. La couverture primaire appartient à la série paléozoïque du synclinorium de Martigné-Ferchaud ; elle comprend la formation de Pont-Réan, rapportée à l’Arénigien inférieur et la formation du Grès armoricain, rapportée à l’Arénigien moyen.

7La formation de Pont-Réan, à la base de cette série, repose en discordance sur le socle briovérien. Elle comprend trois faciès (Trautmann et Carn, 1997). Le plus important est représenté par les silstones micacés pourpres, encore appelés schistes pourprés ou schistes rouges de Montfort (o2B). Ces schistes sont ceux qui ont servi à édifier le monument de la Roche-aux-Fées. Ils proviennent des premiers sédiments postbriovériens de Bretagne centrale (membre de Montfort), présentent une épaisseur d’environ 120 m et s’apparentent à des silstones grossiers, dont la stratification est peu marquée et dont la schistosité détermine le plan de débit principal. Ils sont ponctuellement associés, vers leur base, à des conglomérats à éléments gréseux (o2P). Ils sont, par endroits, remplacés par des grès massifs généralement gris (o2C), d’une puissance identique (120 m), équivalents latéraux des deux faciès précédents (membre de Courouët).

8La formation du Grès armoricain (o2a à o2c), dont la puissance globale dépasse 300 m, surmonte la formation de Pont-Réan et affleure au sud de cette dernière dans la région considérée. Elle est principalement composée de quartzites gris (membre du Grès armoricain inférieur et membre du Grès armoricain supérieur), séparés par des siltites (membre du Congrier).

9Sur une échelle de résistance simplifiée, les terrains briovériens sont les moins résistants. Les schistes pourprés en sont, sur ce plan, peu différents, alors que les grès armoricains, présents au sud du site de la Roche-aux-Fées, correspondent aux roches les plus résistantes, comme partout dans le Massif armoricain.

Les relations entre le monument et la géomorphologie

10Le monument de la Roche-aux-Fées soulève au moins quatre questions d’ordre géomorphologique.

11La première correspond à sa situation par rapport à son environnement, proche (versant sud de la vallée de la Seiche), ou lointain (vallée de la Seiche et plateaux environnants). Elle concerne, par conséquent, les raisons, naturelles ou non, du choix de son implantation.

12La deuxième intéresse l’origine des blocs utilisés pour édifier le monument, effectivement construit sur le socle briovérien avec des blocs de schistes rouges allochtones, dont les affleurements les plus proches se trouvent au sud du site de la Roche-aux-Fées, à une distance de quatre kilomètres environ. Plusieurs sites ont été proposés à ce sujet : la butte du Piqueliers en forêt du Theil et les carrières de Sainte-Croix, situées au sud de Retiers à 4,5 km du dolmen (Meuret, 1993). La notice de la carte géologique mentionne les analogies de faciès entre des schistes à terriers (bioturbations) et à fentes de tension quartzeuses en échelons (quartz d’exsudation), présents à la fois à Sainte-Croix et sur les blocs de la Roche-aux-Fées. Le Roux (1998) constate que la distance entre le site choisi pour l’édification du monument et les affleurements de schistes pourprés les plus proches montre que le lieu en cause « devait s’imposer avec force aux bâtisseurs ; il note, à juste titre, que « la morphologie /des blocs/ indique qu’ils ont été prélevés sur un affleurement naturel plutôt qu’extraits d’une carrière », puisque, comme il le précise et comme on continue de le constater sur le terrain, de tels rochers demeurent à l’affleurement en de nombreux points de la forêt du Theil.

13La troisième question concerne les trajets concevables pour le transport des blocs de schiste rouge en question dans des conditions optimales, en tenant compte du relief local, des pentes et contre-pentes, sachant qu’à ce sujet, La Roche-aux-Fées concerne l’un des cas de transports avérés les plus importants de Bretagne.

14À une autre échelle, la dernière question porte sur l’inventaire et l’interprétation des formes d’érosion prémégalithiques et postmégalithiques développées à la surface des blocs utilisés comme orthostates et comme dalles de couverture, qui renseignent sur les origines de ces blocs et sur l’évolution du monument depuis son édification.

La situation et le cadre géomorphologique régional du monument

Les propriétés générales du relief

15L’observation des cartes à 1/100 000 montre que le relief qui environne La Roche-aux-Fées s’apparente en premier lieu à un pays de surfaces, qui s’étendent à perte de vue, sans grand contraste topographique, puisque les altitudes de cette partie de l’Ille-et-Vilaine demeurent partout inférieures à 120 m. Le relief est donc caractéristique de ce secteur du Massif armoricain (rapporté au Domaine Centre Armoricain défini par Cogné, 1974).

16Le dolmen se situe vers 73 m d’altitude et s’inscrit effectivement dans un ensemble de bas plateaux d’une centaine de mètres, à l’intérieur desquels s’encaissent des vallées sur une vingtaine à une cinquantaine de mètres. Le relief s’organise donc à partir de trois éléments complémentaires : des interfluves plans (dérivés de la surface des plateaux, ravinés et festonnés dans le détail par des têtes de vallons évasées), des versants symétriques (de profil convexo-concave et d’inclinaison ordinairement inférieure à 10°), des réseaux de vallées et de vallons ramifiés, relativement denses, caractéristiques d’un sous-sol imperméable, inégalement calibrés (à fond en berceau en amont, colmaté par des colluvions, et à fond plat en aval, remblayé par des alluvions). Par ailleurs, les interfluves sont étagés et forment plusieurs paliers identifiables, en dépit de contrastes topographiques réduits. Ces paliers sont séparés par des talus ou par de simples ruptures de pentes.

17À l’intérieur d’un rectangle d’une quarantaine de kilomètres d’ouest en est et d’une trentaine de kilomètres du nord au sud, dont les limites s’étendent jusqu’aux environs de Rennes et de Vitré au nord, de Bain-de-Bretagne, Martigné-Ferchaud et la Guerche-de-Bretagne au sud, le relief se rapporte d’abord à deux grands ensembles dont les différences, imperceptibles pour qui ne fait que traverser la région, n’échappent pas aux agriculteurs et n’ont vraisemblablement pas échappé non plus aux constructeurs de mégalithes (fig. 2). Ces deux ensembles, dont le contact passe au sud de Retiers, par Saulnières et Saint-Aignan, selon une direction ouest nord ouest-est sud est (N 110°), s’expriment sur le terrain, sur les cartes topographiques, sur les cartes géologiques et sur les photographies aériennes. Ils sont présentés ici du nord au sud, pour des raisons géologiques, en débutant par les terrains les plus anciens.

Figure 2 : La situation et le cadre géomorphologique régional du dolmen de la Roche-aux Fées. Figure 2: Situation and regional geomorphological environment of Roche-aux-Fées dolmen.

Figure 2 : La situation et le cadre             géomorphologique régional du dolmen de la Roche-aux Fées. Figure 2: Situation and regional geomorphological             environment of Roche-aux-Fées dolmen.

Au nord, le premier ensemble appartient au socle précambrien et borde le bassin de Rennes

18Il s’étend sur des schistes briovériens, dont les affleurements sont estompés par des altérites. Ses altitudes sont généralement inférieures à 100 m et s’inclinent d’est (107 m) en ouest (moins de 60 m), où elles se raccordent à celles du bassin de Rennes. Le réseau hydrographique est de type dendritique, sinueux dans le détail, et appartient dans son ensemble au bassin versant de la Seiche, qui conflue avec la Vilaine à Bruz, au sud de Rennes.

Au sud, le second ensemble appartient à la couverture paléozoïque des synclinaux du Sud de Rennes

19Il correspond à la série sédimentaire et métamorphique formée au Primaire inférieur (Ordovicien et Silurien) en discordance sur le socle précambrien. Les terrains ordoviciens affleurent au contact du Briovérien et débutent par la formation de Pont-Réan (Arénigien), composée de grès, de conglomérats et surtout des « siltstones » pourpres. Ces derniers sont recouverts par les « grès armoricains », qui affleurent plus au sud. Ces deux formations sont recouvertes à leur tour par des schistes et grès de l’Ordovicien supérieur et du Silurien inférieur, qui affleurent encore plus au sud et plus à l’ouest.

20Les affleurements de roches primaires alternent en bandes étroites et symétriques, significatives des structures plissées. L’ensemble de ces terrains, déposés au Primaire inférieur, s’est effectivement trouvé plissé (suivant une direction N 110°) et haché par des failles diagonales (de direction N 160°) lors de la crise orogénique hercynienne, au Primaire supérieur.

21Cet ensemble appartient aux synclinaux paléozoïques du Sud de Rennes (et plus particulièrement, à l’intérieur de ces derniers, au synclinorium de Martigné-Ferchaud). À la suite des plissements hercyniens, la région a été aplanie (surface d’aplanissement posthercynienne), ce qui explique la juxtaposition, à des altitudes voisines, de la couverture primaire (structuralement déprimée) et du socle précambrien : l’ensemble sud conserve une partie de sa couverture primaire, alors que celle-ci a disparu à l’emplacement de l’ensemble nord, où affleure le socle briovérien.

22Il apparaît toutefois que les altitudes de cet ensemble primaire dépassent généralement 100 m et culminent à 119 m au sud-est de Retiers, ce qui résulte de la résistance des terrains impliqués, notamment des Grès armoricains. Cette surélévation procède, en effet, de l’érosion des schistes briovériens et de la mise en relief corrélative des terrains primaires par l’érosion différentielle. Elle représente en même temps une forme d’inversion de relief, puisque les terrains primaires, structuralement les plus déprimés, sont devenus, ainsi, topographiquement les plus élevés.

23Le réseau hydrographique, moins dense qu’au nord, est de type géométrique, en baïonnettes. Il appartient dans son ensemble au bassin-versant du Semnon, qui conflue avec la Vilaine à Pléchâtel. Son encaissement a réduit les interfluves à des lanières longues et étroites, correspondant aux roches les plus résistantes (Grès armoricains). Les talwegs occupent les terrains les moins résistants, en formant des combes, et recoupent les interfluves par des cluses. L’ensemble se rapporte à un relief appalachien qui prolonge vers l’est celui, exemplaire et bien connu, du secteur de Pléchâtel-Poligné-Pancé.

24Le contact qui sépare les deux ensembles, briovérien au nord et primaire au sud (schistes rouges de Montfort), en passant au sud de Retiers, coïncide à très peu près avec la ligne de partage des eaux des bassins de la Seiche et du Semnon. Il correspond, par nature, à un alignement de points culminants, soulignés par une série de bois, dont la forêt de La Guerche-de-Bretagne et la forêt du Theil. Le dolmen de la Roche-aux-Fées se trouve ainsi établi près d’une discontinuité géologique, hydrographique et topographique majeure en Bretagne intérieure.

Le site et l’environnement géomorphologique local du monument

25Une analyse plus détaillée du relief mérite d’être menée à l’intérieur d’un espace limité par la vallée de la Seiche (située à 2,4 km au nord de la Roche-aux-Fées), le parallèle de Coësmes (à 6 km au sud), le méridien du Plessis-Beaume près du Theil-de-Bretagne (à 3 km vers l’ouest) et le bassin de l’Ardenne, tributaire de la Seiche (à 6 km vers l’est), à partir de la carte à 1/25 000 de Retiers et de la carte géologique à 1/50 000 de La Guerche-de-Bretagne (fig. 3). À ces échelles, les deux ensembles morphostructuraux distingués précédemment sont représentés par deux plateaux étagés qui seront présentés cette fois du sud vers le nord, pour des raisons topographiques, en commençant par les reliefs culminants. Ces deux ensembles seront qualifiés de plateau de la forêt du Theil, où se trouvent les affleurements de schistes pourprés ordoviciens o2B les plus proches du dolmen de la Roche-aux-Fées, et de plateau d’Essé, sur lequel se trouve construit ce dernier. Les deux plateaux sont séparés par un talus à regard nord, désigné, pour sa part, sous le terme de talus du Theil (fig. 4).

Figure 3 : Le site et l’environnement géomorphologique du dolmen de la Roche-aux Fées. / Figure 3: Site and geomorphological environment of Roche-aux-Fées dolmen.

Figure 3 : Le site et l’environnement           géomorphologique du dolmen de la Roche-aux Fées. / Figure 3: Site and geomorphological environment of           Roche-aux-Fées dolmen.

Figure 4 : Profil topographique du site de la Roche-aux-Fées (h x 5). / Figure 4: Topographic section of Roche-aux-Fées dolmen site (hx5).

Figure 4 : Profil topographique du site de la           Roche-aux-Fées (h x 5). / Figure 4: Topographic           section of Roche-aux-Fées dolmen site (hx5).

Le plateau de la forêt du Theil

26Il culmine à près de 120 m au lieu-dit les Douves-des-Epinettes, au sud-est de Retiers. Il domine ainsi le plateau d’Essé de 25 à 35 m, par l’intermédiaire du talus du Theil, de tracé rectiligne ouest nord ouest-est sud est, suivant le contact entre le socle briovérien, au nord, et les séries sédimentaires paléozoïques des synclinaux du Sud de Rennes, au sud.

27Le plateau se rapporte à une haute surface d’altitudes régulières, parcourue par la ligne de partage des eaux entre les bassins versants de la Seiche et du Semnon. Son profil recoupe des terrains ordoviciens d’âge et de nature variés, ce qui montre qu’il correspond au reste d’une surface d’aplanissement, dérivée de la surface posthercynienne. Du point de vue humain, il représente le terroir le moins attractif, en raison des contraintes climatiques qu’il enregistre, comme toutes les terres relativement « hautes » du Massif armoricain. Occupé par la forêt du Theil à l’ouest, il demeure peu habité à l’est. Les photos aériennes, où figurent les paysages agraires, confirment les singularités de ce plateau, où les bois sont effectivement plus présents et les labours corrélativement moins étendus que sur le plateau d’Essé.

28Le talus du Theil, situé sur le bord nord du plateau, qualifié sur la notice de la carte géologique de La Guerche-de-Bretagne de « barre rectiligne de schistes pourprés de la formation de Pont-Réan », représente une entité complexe en raison de la coïncidence ou de la juxtaposition, sur un espace étroit, de plusieurs éléments linéaires, orientés ouest nord ouest-est sud est : la base du talus (située vers 75-80 m d’altitude) et son sommet (situé vers 100 m d’altitude et échancré par des têtes de vallons), la ligne de partage des eaux entre les bassins de la Seiche et du Semnon (qui s’élève de 102 m à l’ouest à 120 m à l’est), le contact entre le socle briovérien et la base des séries paléozoïques (formation de Pont-Réan), le contact entre les grès de base (o2C), là où ils existent, et les schistes pourprés (o2B) et le contact entre ces derniers et les grès armoricains (o2a et o2c) ou formations associées (o2b), situés plus au sud.

29Ce talus peut provenir de l’érosion différentielle, en raison de la résistance supérieure de la couverture paléozoïque par rapport au socle briovérien. Souligné à sa base par des sables et des argiles pliocènes, entre les lieux-dits la Forêt et la Cité, il peut enregistrer, aussi, des rejeux tectoniques postpliocènes. On remarque, au passage, la répétition de toponymes tels que le Rocher ou le Gros Caillou, qui désignent les pointements de schistes au sommet du talus, alors que d’autres, comme la Noë, significatifs de l’humidité d’un lieu, s’appliquent à sa base.

30Les schistes pourprés peuvent se réduire au talus (comme entre la Noë et la Cité, à l’ouest, ou comme entre le Gros Caillou et la Flourie, à l’est), sous-tendre la ligne de partage des eaux (comme à Sainte-Croix) ou disparaît­re à l’affleurement, en même temps que le talus (comme aux Ogondières). Ces schistes ont été exploités en carrières dans la forêt du Theil (au sud de la Noë), ainsi qu’au Reuf. Ils dépassent parfois encore du sol, en formant des crêtes rocheuses de plusieurs mètres d’élévation, alignées N 110°.

31Vers le sud, les affleurements de grès armoricains déterminent des plateaux larges, spécialement plats et élevés (notamment à l’est du Reuf), comme dans l’ensemble des reliefs appalachiens du Sud de Rennes ou du pays de Châteaubriant, en fait, comme dans tous les reliefs de socle, où les restes de surfaces d’aplanissement se conservent mieux dans les quartzites que dans toute autre roche.

Le plateau d’Essé

32Il culmine, dans le secteur considéré, à 91 m à Mérillé, au sud d’Essé, et à 87 m au bourg du Theil. Il est drainé vers le nord par des ruisseaux affluents de rive gauche de la Seiche. Il correspond, en entier, au substratum de « schistes briovériens », essentiellement formés de siltites, proches des schistes, et de grauwackes, proches des grès, associés à des argilites et à des quartzites. Il comprend deux secteurs distincts par leurs altitudes et par leur drainage.

33Le secteur sud, à l’amont, comporte des interfluves, larges et plats, compris entre 75 et 80 m d’altitude. Les principaux bourgs (Le Theil, Retiers) s’y trouvent établis, dans une situation optimale (et banale) en regard de l’environnement : à un niveau moins froid et moins exposé au vent que le plateau de la forêt de Theil, mais en même temps mieux préservé de l’humidité et du brouillard que les abords de la vallée de la Seiche. Il correspond, ainsi, aux meilleurs terroirs. Il est parcouru par des vallons secs, sinon drainés par des ruisseaux à écoulement temporaire. Ces vallons se rapportent au réseau du ruisseau de la Gravelle à l’ouest et à celui de l’Ardenne à l’est. Ils sont peu encaissés (une vingtaine de mètres au maximum) et bordés de versants convexes ou convexo-concaves. Ils sont parfois coudés, marqués par des successions d’ombilics et de goulets, donc mal calibrés. Ils sont colmatés par des colluvions.

34Le secteur nord, à l’aval, présente des interfluves réduits en lanières et en buttes, dont les altitudes culminent encore à 86 m au sud d’Essé, mais demeurent ordinairement comprises entre 75 et 50 m. L’habitat actuel y est moins dense que dans le secteur précédent. Ce secteur est parcouru par des vallons à écoulement permanent, à fond plat et large, remblayé par des alluvions, qui s’évasent au contact de la vallée de la Seiche, mais qui ne s’encaissent jamais en dessous de 35 m d’altitude.

35Une rupture de pente discontinue sépare les deux secteurs. Elle s’aligne sur des terminaisons d’interfluves en forme d’éperons, entre la Bichère au sud d’Essé et la Borderie au nord de Retiers, suivant une direction ouest nord ouest-est sud est. Les altitudes déclinent rapidement de 80 m à 60 m le long de cette rupture de pente d’origine indéfinissable en l’état. Le site du dolmen de la Roche-aux-Fées se trouve précisément sur le rebord du secteur sud du plateau d’Essé, en contrebas d’un interfluve tabulaire culminant à 81 m, à proximité de la courbe 75 m qui sépare les deux secteurs précités, sur un site qui offre ainsi une vue vers le nord, jusqu’à la vallée de la Seiche.

36En contrebas de l’ensemble, la vallée de la Seiche s’abaisse de 48 m, au sud de Carcraon, à 32 m, au nord-ouest d’Essé. Elle comprend deux secteurs de part et d’autre du goulet de Marcillé-Robert (40 m), souligné par un barrage (étang de Marcillé) : un secteur amont étroit et ramifié à partir des tributaires de la Seiche et de l’Ardenne, un secteur aval, à fond plat, plus rectiligne et plus large.

37Il apparaît, dans ces conditions, que les affleurements de schistes pourprés les plus accessibles depuis la Roche-aux-Fées se trouvent effectivement entre les lieux-dits la Forêt et la Cité (incluant donc le secteur de la Noë), soit à environ quatre kilomètres du site d’implantation du mégalithe. Un trajet tracé entre le secteur de la Noë à la Roche-aux-Fées, par la Piverdière et la Brahurie, s’inscrirait dans une tranche d’altitude d’une douzaine de mètres, entre 85 et 73 m (fig. 3). En descente vers la Roche-aux-Fées, il comprendrait néanmoins deux contre-pentes de 8 m et de 6 m, respectivement situées au sud de la Piverdière (de 77 à 85 m) et au sud de Brahurie (de 75 à 81 m). Reste le problème de l’implantation du site de la Roche-aux-Fées.

Hypothèse au sujet de l’implantation du monument

38L’implantation du dolmen de la Roche-aux-Fées peut être considérée dans le sens transversal, à partir du versant sud de la vallée de la Seiche, entre le plateau de la forêt du Theil et le talweg de la Seiche, et dans le sens longitudinal, de l’amont de la vallée de la Seiche (Moutiers) vers l’aval (Amanlis-Châteaugiron) (fig. 3 et 5).

Figure 5 : Le champ de vision théorique (hors écrans végétaux éventuels) sur la vallée de la Seiche depuis le site de La Roche-aux-Fées. / Figure 5: View towards the Seiche river valley from Roche-aux-Fées site (excluding possible screens of trees).

Figure 5 : Le champ de vision théorique             (hors écrans végétaux éventuels) sur la vallée de la Seiche depuis             le site de La Roche-aux-Fées. / Figure 5: View             towards the Seiche river valley from Roche-aux-Fées site             (excluding possible screens of trees).

39L’étagement des surfaces le long du versant du sud de la vallée de la Seiche. L’analyse géomorphologique a conduit à reconnaître trois marches et deux contremarches dans le proche environnement géomorphologique du monument de la Roche-aux-Fées. Le plateau de la forêt du Theil, formé de terrains paléozoïques, compris entre 100 et 120 m, situé entre les bassins-versants du Semnon et de la Seiche, correspond à un domaine de « hautes terres » qui n’est pas sans évoquer les « terres froides » définies par les historiens. Il a été en tout cas durablement considéré comme répulsif et a été utilisé comme « route des crêtes », pour éviter les têtes de vallons, comme la plupart des voies anciennes du Massif armoricain. Cette voie demeure jalonnée de menhirs, constitués de schistes rouges ou de grès armoricains, ainsi que l’a souligné Meuret (1993). Le talus du Theil, de tracé ouest nord ouest-est sud est et de regard nord, jalonné par les schistes pourprés ordoviciens, marque le contact entre la couverture paléozoïque, relativement résistante, et le socle briovérien situé en contrebas ; il détermine en même temps une séparation apparente dans le paysage. Le secteur sud du plateau d’Essé, situé entre 80 et 75 m, a pu, dès l’origine, constituer un terroir attractif en raison des avantages de sa situation et accueillir les premiers habitats. Il se trouve actuellement ponctué de bourgs. Une rupture de pente discontinue, recoupée par des vallons, sépare ces deux paliers entre 75 et 55 m. Le secteur nord du plateau d’Essé, situé entre 60 et 50 m, conduit à la vallée de la Seiche vers 40-35 m, dont le fond, occupé par des prairies et en partie inondable, comprend peu d’établissements en dehors des sites de moulins à eau.

40Les paysages agraires évoquent, ainsi, une organisation en terroirs complémentaires, répartis sur trois niveaux successifs, telle qu’elle s’exprime communément dans ce type de relief, certes peu contrasté, mais clairement étagé, où les moindres différences d’altitudes influencent l’occupation et l’exploitation des sols. Le dolmen de la Roche-aux-Fées situé au sommet de la rupture de pente précitée serait ainsi établi en bordure du terroir médian, supposé le plus attractif.

41La vue sur la vallée de la Seiche et la visibilité depuis la vallée. Le monument est construit vers 73 m d’altitude, à l’extrémité d’un éperon qui culmine lui-même à 81 m plus au sud. Un repérage des espaces qui jalonnent, vers 73 m, la ligne d’horizon depuis la Roche-aux-Fées, indique que la vue, limitée vers le sud du plateau d’Essé et bloquée au delà (talus du Theil), s’étend largement vers le nord, en direction de la vallée de la Seiche et sur son flanc de rive droite, jusqu’à une distance de deux kilomètres du talweg. La vue s’étend aussi vers l’amont de la vallée, au moins jusqu’à Carcraon et Moutiers, en direction des sources de la Seiche (suivant une perspective déterminée par les directions N 110°, héritées des structures cadomiennes). Elle s’étend pareillement vers l’aval, au-delà du coude d’Essé, en direction d’Amanlis, de Chateaugiron et du bassin de Rennes (suivant une perspective déterminée, cette fois, par le tracé de la faille diagonale du Theil, de direction N 160°). La vallée de l’Ardenne, à l’est, et les vallons affluents de rive droite de la Seiche, au nord, étendent encore le champ de vision depuis le site de la Roche-aux-Fées, en fonction d’une disposition de type radial, dont le monument constitue le foyer. Le site domine ainsi la confluence entre Ardenne et Seiche, qui correspond en même temps au relai de la vallée supérieure de la Seiche, étroite et encaissée, par sa vallée inférieure, à fond large et plat, en aval de Marcillé-Robert.

42De ce fait, le site du dolmen de la Roche-aux-Fées, proche d’un coude, est visible d’une grande partie de la vallée de la Seiche et de ses abords, au moins théoriquement, c’est-à-dire sans obstacles végétaux excessifs. Le dolmen occupe, en tout état de cause, un emplacement singulier par rapport au réseau hydrographique et à l’environnement géomorphologique, dont le choix dénote une connaissance approfondie des reliefs environnants.

3. Analyse géomorphologique des blocs rocheux constitutifs du monument

43Il s’agit désormais d’analyser les formes des blocs constitutifs du monument, orthostates, piliers septaux et dalles de couverture, comme des volumes rocheux élémentaires, en suivant un protocole déjà appliqué aux menhirs granitiques des alignements de Carnac et en sachant que ces volumes ont pu connaître deux positions successives s’ils se trouvaient initialement à l’affleurement ou en état de dépassement du sol, comme dans le cas d’un grand nombre de ceux qui ont servi de mégalithes : l’une antérieure à leur utilisation pour édifier le monument, donc prémégalithique, l’autre ultérieure, donc postmégalithique (Sellier, 1991, 1997, 2013). La méthode impose d’analyser les contours de chaque bloc dans leur ensemble, les formes d’érosion développées à sa surface, puis son état de surface. Elle implique de distinguer les formes d’érosion prémégalithiques, héritées du passé des blocs à l’affleurement, et les formes postmégalithiques, ponctuelles, linéaires ou aréolaires, développées sur ces blocs depuis leur emploi comme orthostates ou comme dalles de couverture.

44L’analyse change donc de niveau d’échelle spatiale. Elle ne s’applique plus à la situation ni au site du monument, mais au monument lui-même, aux blocs rocheux utilisés pour l’édifier et aux témoignages d’érosion associés à ces derniers. Elle continue, néanmoins, de concerner l’environnement du monument, en l’occurrence son environnement morphoclimatique, et prend, désormais, une dimension temporelle. Elle concerne, en effet, les actions des agents d’érosion, actuels ou passés, donc les cadres paléoclimatiques et climatiques du monument, ainsi que ses conditions d’évolution, de conservation ou de dégradation depuis sa construction. Réciproquement, elle renseigne sur la vitesse de l’érosion en domaine tempéré océanisé au cours des derniers millénaires. Le dolmen fournit un marqueur de cette vitesse et sa construction sert de référence chronologique.

45La méthode mise en oeuvre à Carnac nécessite évidemment des adaptations selon les types de roches et les catégories de monuments. La météorisation, c’est-à-dire l’action des agents météoriques (pluie, vent, variations de températures) s’exerce principalement par désagrégation sur les granites, en raison de leur composition minéralogique et de leur texture grenue, normalement isotrope. À l’inverse, elle s’exerce essentiellement par décollement (écaillage, desquamation) sur les schistes, en raison de leur débit, en lames ou en feuillets, dû à leur schistosité (Voisin, 1981) Les schistes sont parcourus par plusieurs sortes de discontinuités, toutes représentées à la Roche-aux-Fées : les plans de stratification, hérités du passé sédimentaire de la roche, les plans de schistosité, qui composent les plans de débit principaux dans les schistes arénigiens de la formation de Pont-Réan (Trautman & Carn, 1997), les plans de diaclases, remarquables sur les côtés des blocs, parfois des plans de failles, reconnaissables à leurs stries. En plus de leur anisotropie, déterminante quant à leur érosion, les schistes se caractérisent encore par une dureté moins élevée et une composition minéralogique plus homogène que les granites. L’ensemble de ces propriétés pétrographiques détermine les conditions de fracturation des blocs (donc leurs contours et leur forme générale) et les conditions de leur météorisation (donc leurs formes d’érosion et leurs états de surface).

La forme générale des blocs rocheux et les héritages prémégalithiques

46L’analyse des blocs utilisés pour construire le monument de la Roche-aux-Fées renseigne, comme ailleurs, sur leur origine et sur leur passé prémégalithique (types de blocs rocheux employés, opposition entre une face d’arrachement et une face d’affleurement, marques ponctuelles ou linéaires d’érosion prémégalithiques). L’inventaire des formes se rapporte aux nomenclatures établies à partir des alignements de Carnac (Sellier, 2013). La référence aux blocs cités en exemples suit une numérotation de 1 à 32 pour les orthostates et piliers septaux, puis de 33 à 41 pour les dalles de couverture, en utilisant le plan du monument publié par L’Helgouac’h (1965) (fig. 6).

Figure 6 : Plan du dolmen de la Roche-aux-Fées d’après J. L’Helgouac’h, 1965, modifié (S. Charrier). / Figure 6: Plan of Roche-aux-Fées dolmen from J. L’Helgouac’h, 1965 (redrawn by S. Charrier).

Figure 6 : Plan du dolmen de la           Roche-aux-Fées d’après J. L’Helgouac’h, 1965, modifié (S. Charrier).           / Figure 6: Plan of Roche-aux-Fées dolmen from J.           L’Helgouac’h, 1965 (redrawn by S. Charrier).

Les formes des orthostates

47Les orthostates et les piliers septaux sont souvent d’une forme rectangulaire, qui suggère qu’ils ont été équarris, en tout ou en partie, sans que les traces d’un débitage s’imposent pour autant à l’évidence le long de leurs arêtes (fig. 7). Les deux supports du portique trilithe, de section quadrangulaire, presque carrée, semblent avoir été cisaillés au sommet. Quoi qu’il en soit, chacun de ces blocs présente six « pans », deux « grands pans », correspondant aux « faces », déterminées ici par les plans de schistosité, deux « pans moyens », ou « champs », formant côtés (souvent guidés par des plans de diaclases ou par les plans de stratification) et deux « petits pans », ou « bouts » (perpendiculaires aux plans de schistosité) (Pérouse de Montclos et al., 1972). Les « faces externes » des orthostates s’opposent aux « faces internes ». Les « côtés » sont généralement rapprochés les uns des autres, parfois jointifs ; certains font preuve d’un ajustement qui étaie l’hypothèse d’un équarrissage, comme entre les orthostates 23 et 24. Les « bouts » correspondent à la base et au sommet des orthostates. La schistosité se retrouve ainsi à la verticale.

Figure 7 : Les orthostates de forme rectangulaire du côté nord-est (orthostates no 18 à droite de l’image à no 22 à gauche). / Figure 7: Rectangular orthostates on dolmen north-eastern side (no 18 on right to no 22 on left).

Figure 7 : Les orthostates de forme             rectangulaire du côté nord-est (orthostates no 18 à droite de l’image à no             22 à gauche). / Figure 7: Rectangular             orthostates on dolmen north-eastern side (no 18 on right to             no 22 on             left).

48Les menhirs et orthostates de granite permettent ordinairement de distinguer une « face d’affleurement », qui dépassait éventuellement du sol avant l’utilisation du bloc, et une « face d’arrachement », qui provient du cisaillement du bloc en question du côté de son enracinement. Un même dispositif peut être envisagé dans le cas des blocs employés à la Roche-aux-Fées, dans la mesure où des affleurements et blocs rocheux enracinés de schiste rouge dépassent encore du sol en forêt du Theil. Néanmoins, ce genre de dispositif est moins notoire dans les schistes, en raison de leurs conditions de débit. Les orthostates, peu épais (0,50 à 1 m), présentent des faces plates et parallèles, sans encoches, piédestaux ou coupoles prémégalithiques, élaborés par l’érosion sur les faces d’affleurement des blocs rocheux avant leur utilisation, comme il s’en observe sur les menhirs de granite (Sellier, 1995). L’orthostate 7 offre toutefois l’exemple d’une face d’affleurement, soulignée par de grosses écailles bombées, et d’une face d’arrachement, soulignée par des épontes. La première est une face externe. La seconde est orientée vers l’intérieur du monument, comme c’est souvent le cas dans les dolmens.

Les formes des dalles de couverture

49Les pierres de couverture sont au nombre de neuf, en incluant le linteau du portique (33) et un bloc intercalaire placé entre les dalles 37 et 39. Elles sont de formes géométriques, mais leurs contours, leurs bords, souvent aussi leurs faces, sont plus irréguliers que ceux des orthostates. Elles sont légèrement inclinées vers l’extrémité nord-ouest du monument pour six d’entre elles. Elles reposent sur le sommet des orthostates, souvent en trois points seulement, plus précisément sur trois pointes, tant les appuis sont réduits. Les dalles de couverture sont généralement plus espacées que les orthostates et laissent l’intérieur du dolmen exposé aux intempéries dans son état actuel. Les faces, externes ou internes, sont déterminées ici aussi par des plans de schistosité, disposés à l’horizontale. Elles opposent ainsi une résistance spéciale à l’érosion. Les côtés demeurent guidés par des plans de diaclases, souvent obliques par rapport aux plans de schistosité, ou éventuellement par des plans de stratification. Les bouts recoupent les plans de schistosité, vers l’extérieur du dolmen.

50Le linteau du portique (33) fait exception à la règle (fig. 8). Cette pierre, de forme parallélépipédique, est de grandes dimensions : 4,80 m de longueur et 1,30 m de largeur. Elle repose sur les orthostates 1 et 32. La notice de la carte géologique de La Guerche-de-Bretagne signale que ce linteau utilise le débit naturel de la roche, déterminé par le recoupement entre les plans de stratification, les plans de schistosité et des plans de diaclases, tels qu’ils s’observent in situ, dans les carrières et sur les affleurements situés en forêt de Retiers (Trautmann et Carn, 1997). La base du linteau correspond à un plan de stratification, de même que son plan sommital, qui tranche ainsi les plans de schistosité, ce qui explique, ensuite, les conditions particulières de sa météorisation. Les côtés du linteau suivent des plans de schistosité. Les « bouts » correspondent à des plans de diaclases, recoupent les plans de schistosité et enregistrent les effets de l’érosion différentielle.

Figure 8 : Le linteau du portique trilithe (dalle no 33) et ses vasques vus de l’est. / Figure 8: Lintel of trilith porch (flagstone no 33) and weathering pits viewed from the East.

Figure 8 : Le linteau du portique trilithe             (dalle no 33) et ses vasques vus de l’est. /             Figure 8: Lintel of trilith porch (flagstone             no 33) and             weathering pits viewed from the East.

51Plusieurs dalles (en particulier les dalles 36 et 39) semblent significatives d’une opposition entre faces d’affleurement et faces d’arrachement, les premières orientées vers l’extérieur, comme de règle dans la plupart des dolmens. La dalle 37, la plus volumineuse et la plus épaisse (près de 2 m), présente, sur sa face externe, un profil qui évoque les coupoles et piédestaux observables sur certains rochers enracinés et sur certains menhirs constitués de granite (Sellier, 1995) (fig. 9) ; elle présente sur sa face interne un plan lisse à épontes quartzeuses, qui s’apparente à une face d’arrachement.

Figure 9 : La dalle de couverture no 37 à coupole et piédestal sur sa face supérieure. / Figure 9: Flagstone no 37 with dome and pedestal on the upper side.

Figure 9 : La dalle de couverture no 37 à coupole et piédestal sur sa face             supérieure. / Figure 9: Flagstone no 37 with dome and             pedestal on the upper side.

52Plusieurs autres dalles de couverture (en particulier les dalles 35 et 41) présentent, sur l’un de leurs deux côtés, une succession de moulures creuses et de moulures pleines, longues de plusieurs mètres et profondes d’une quinzaine de centimètres (fig. 10). Ces formes, colonisées par la mousse dans leur état actuel, résultent à l’évidence des actions de l’érosion différentielle à partir de plans de schistosité. Leur profondeur et leur répartition, d’un seul côté, suggèrent de les rapporter à d’anciens rochers à plans de schistosité redressés, obliques ou subverticaux, enracinés à la base et profondément érodés au sommet, comme il en demeure en forêt du Theil. Ces moulures proviendraient ainsi d’héritages prémégalithiques.

Figure 10 : Moulures sur le côté d’une dalle de couverture. / Figure 10: Moulds on flagstone side.

Figure 10 : Moulures sur le côté d’une             dalle de couverture. / Figure 10: Moulds on             flagstone side.

Les formes d’ablation développées à partir du sommet des blocs et les héritages postmégalithiques

53Ces formes sont plus limitées en nombre, en types et en dimensions que dans les granites. Elles comprennent des formes linéaires (sillons et rainures), assez peu représentées en raison de la schistosité, et des formes ponctuelles (vasques), qui constituent, l’un des principaux sujets d’intérêt géomorphologique du dolmen de la Roche-aux-Fées.

Les formes d’évidement linéaires : les sillons

54Des formes en creux, étroites et allongées, s’observent sur les faces externes de plusieurs pierres de couverture (comme sur la dalle 35), où elles se trouvent guidées par des diaclases et par des rebords de plans de schistosité. Ces sillons mesurent 10 à 40 cm de longueur, pour quelques centimètres de largeur et de profondeur (fig. 11). Il en existe aussi quelques-uns au sommet d’orthostates (comme sur l’orthostate 23, distinct par son élévation réduite et son exposition directe aux intempéries). Certains conservent l’eau de pluie, ce qui atteste leur activité. Il existe aussi, accessoirement, des rainures verticales, parfois situées dans la continuité d’un sillon (comme sur le linteau 33) qui proviennent d’un simple élargissement de plans de schistosité. En revanche, il n’existe pas de cannelures dans les schistes, comme on en observe couramment sur les rochers et sur les menhirs de granite (Sellier, 2013).

Figure 11 : Sillon guidé par un plan de schistosité sur une dalle de couverture. Figure 11: Gutter controlled by foliation plane on flagstone.

Figure 11 : Sillon guidé par un plan de             schistosité sur une dalle de couverture. Figure 11: Gutter controlled by foliation plane on             flagstone.

Les formes d’évidement ponctuelles : les vasques

55Les vasques sont des dépressions, initialement fermées, de dimensions décimétriques à pluridécimétriques, qui proviennent de processus associés à la rétention et à la stagnation ponctuelles de l’eau de pluie. Elles peuvent s’élargir et devenir coalescentes. Des vasques existent dans la nature sur tous les types de roches, en particulier sur les plus aptes à la désagrégation, comme les granites, ou à la dissolution, comme les calcaires. Elles sont ordinairement peu communes dans les schistes et ainsi d’autant plus remarquables à la Roche-aux-Fées. Elles s’observent en effet sur une dizaine de blocs où elles représentent les témoignages les plus évolués de la météorisation. Leur disposition par rapport à la schistosité détermine leurs formes, leurs dimensions et leur fréquence. Trois types de vasques se distinguent ainsi à la Roche-aux-Fées : les premières sur des « faces externes » de dalles de couverture, parallèles à la schistosité, les suivantes sur les « bouts », donc perpendiculaires à la schistosité, les dernières sur « champ », également perpendiculaires aux plans de schistosité.

56Les vasques formées sur les faces externes des dalles de couverture. Elles existent sur presque chacune des dalles (34, 35, 37, 39, 40), souvent près de leur point culminant, mais demeurent au total peu nombreuses (un à trois exemplaires par dalle) (fig. 12). Elles se sont encaissées à la perpendiculaire des plans de schistosité, en rencontrant, par conséquent, les conditions structurales les plus défavorables. Elles présentent un profil dissymétrique, qui oppose un bord anguleux et un bord en pente faible, lorsque la surface des dalles concernées recoupe, de quelques degrés, les plans de schistosité. Elles présentent des contours irréguliers et des bords concaves, sans surplomb, à la différence des vasques de granite. Elles sont de petites dimensions (la plus grande, sur la dalle 40, mesure 20 cm sur 15 cm), mais sont clairement identifiables, à la suite des averses, en retenant de l’eau. Leur profondeur demeure réduite (inférieure à 3 cm, souvent à 2 cm), ce qui tient à leur disposition par rapport aux plans de schistosité. Elle n’est cependant pas exclusivement révélatrice de l’érosion postmégalithique sur les faces d’affleurement.

Figure 12 : Vasque sur face externe de dalle (dalle no 36). Figure 12: Weathering pit on outside of flagstone (no 36).

Figure 12 : Vasque sur face externe de             dalle (dalle no 36). Figure 12: Weathering pit on outside of flagstone             (no 36).

57Les vasques formées au sommet des orthostates. Elles exploitent les plans de schistosité, comme le confirment leur forme allongée et leur orientation (fig. 13). Elles proviennent parfois du recoupement des plans de schistosité par des plans de diaclases obliques, qui favorise le débit de la roche, ainsi que la rétention des eaux de pluie. Elles sont, dans ce cas, étroites et encaissées et présentent des contours géométriques, voire une forme de dièdre. Ces vasques se sont développées à des endroits directement exposés aux intempéries, sans la protection de dalles de couverture, et demeurent, par conséquent, peu nombreuses (au sommet des orthostates 10 et 17, sur une arête de l’orthostate 4). L’une des plus remarquables (37 cm de long, 18 cm de large, 4 cm de profondeur) s’observe au sommet de l’orthostate 13, qui déborde des limites de la dalle 39.

Figure 13 : Vasque allongée au sommet d’un orthostate. Figure 13: Elongated weathering pit on the top of an orthostate.

Figure 13 : Vasque allongée au sommet d’un             orthostate. Figure 13: Elongated weathering pit             on the top of an orthostate.

58Les vasques formées sur champ, en surface du linteau 33. L’une des propriétés du linteau 33, placé au sommet du portique d’entrée, est de comporter 18 vasques à sa surface supérieure et quelques formes embryonnaires (fig. 14).

Figure 14 : La surface supérieure du linteau du portique trilithe (dalle no 33) creusée par des vasques postmégalithiques. / Figure 14: Upper side of trilith porch lintel (flagstone no 33) growed by postmegalithic weathering pits.

Figure 14 : La surface supérieure du             linteau du portique trilithe (dalle no 33)             creusée par des vasques postmégalithiques. / Figure 14: Upper side of trilith porch lintel             (flagstone no 33) growed by postmegalithic weathering             pits.

59Ces vasques mesurent 22 à 112 cm de longueur (43,44 cm en moyenne) et 10 à 65 cm de largeur (21,83 cm en moyenne). Leur longueur est comprise entre 20 et 60 cm dans 16 cas sur 18 et leur largeur demeure comprise entre 10 et 30 cm dans 15 cas sur 18 (fig. 15). Ces vasques sont de forme allongée, dans le sens de la schistosité, qui est celui des grands côtés du linteau. Le rapport L/l varie de 1,57 à 4,8 ; il est de 2,16 en moyenne, mais reste compris entre 1,81 et 2,36 dans 11 cas sur 18, ce qui signifie que la plupart des vasques présentent une longueur deux fois supérieure à leur largeur. Certaines sont coalescentes ou présentent un plan coudé. Les vasques demeurent peu encaissées : 2 à 17 cm (4,97 cm en moyenne) ; leur profondeur demeure inférieure à 7 cm dans 17 cas sur 18. La plupart de ces vasques présentent des contours arrondis et des profils émoussés, à bords concaves (fig. 16 a et b). Le fond de certaines d’entre elles est accidenté dans le détail par des crêtes de quelques millimètres de largeur, déterminées par les plans de schistosité.

Figure 15 : Dimensions des vasques fonctionnelles creusées à la surface du linteau du portique trilithe (dalle no 33). / Figure 15: Size of active weathering pits growed on upper side of trilith porch lintel (flagstone no 33).

Figure 15 : Dimensions des vasques             fonctionnelles creusées à la surface du linteau du portique             trilithe (dalle no 33). / Figure 15: Size of active weathering pits growed on             upper side of trilith porch lintel (flagstone no 33).

Figure 16 : Vasques postmégalithiques creusées à la surface du linteau du portique trilithe (dalle no 33) a. Au centre du linteau, b. Dans la partie sud-ouest du linteau à la suite d’une averse. / Figure 16: Postmegalithic weathering pits dug on the upper side of trilith porch lintel (flagstone no 33) a. In the middle part of the lintel, b. In the south-western part of the lintel.

Figure 16 : Vasques postmégalithiques             creusées à la surface du linteau du portique trilithe (dalle no 33) a. Au centre du linteau, b. Dans la partie             sud-ouest du linteau à la suite d’une averse. / Figure 16: Postmegalithic weathering pits dug on the             upper side of trilith porch lintel (flagstone no 33) a. In the middle             part of the lintel, b. In the south-western part of the             lintel.

60Ces vasques, exceptionnelles par leur nombre et par leurs propriétés morphologiques, bénéficient du recoupement, à la verticale, des plans de schistosité par la surface supérieure du linteau. Cette disposition, unique à la Roche-aux-Fées, offre les conditions les plus propices à la stagnation de l’eau en surface, à l’élargissement des feuillets et des lames de schiste par l’érosion différentielle et, par conséquent, à l’approfondissement et à l’élargissement de vasques.

61Ces vasques, visiblement fonctionnelles, demeurent généralement fermées et conservent l’eau de pluie après les averses. Leur fond apparaît en rouge, couleur de la roche, alors que la surface du linteau est colonisée par les mousses et par les lichens crustacés à leur périphérie. Les plus profondes sont naturellement les plus fonctionnelles, puisqu’elles conservent l’eau plus longtemps, en entretenant des processus d’érosion cumulatifs sous l’effet des actions chimiques de l’eau par dissolution, hydrolyse ou oxydation sur les composants des schistes rouges (quartz, muscovite, hématite contenus dans une matrice silteuse). Leur fond peut être surcreusé par une cuvette de dimension pluricentimétrique, qui signale une stagnation ponctuelle de l’eau de pluie. La déflation éolienne évacue périodiquement les dépôts minéraux et organiques concentrés au fond des vasques et contribue ainsi au renouvellement des surfaces d’attaque.

62Les vasques considérées témoignent donc des effets d’une érosion postmégalithique, du fait de leur situation par rapport au monument. Elles ne fournissent, néanmoins, qu’un indicateur de la vitesse de l’érosion dans les schistes (plusieurs centimètres de profondeur en quelques millénaires…), en raison des inconnues qui subsistent au sujet de l’âge du monument.

63Par ailleurs, la vasque 1, qui échancre le rebord nord du linteau, se distingue de toutes les autres par ses dimensions (112 cm de long), sa profondeur (17 cm), son fond plat et ses rebords droits. Elle s’en distingue aussi par son ouverture, qui peut constituer l’indice d’un réemploi du linteau et qui implique qu’elle conserve peu d’eau à la suite des averses dans son état actuel (fig. 17).

Figure 17 : La vasque no 1 à bords droits et à fond plat et la vasque no 2 à bords concaves et à fond évasé (linteau du portique trilithe). / Figure 17: Weathering pit no 1 (vertical sides and flat bottom) and weathering pit no 2 (concave sides and wide-mouthed bottom).

Figure 17 : La vasque no 1 à bords droits et à fond plat et la vasque             no 2 à bords concaves et à fond évasé (linteau             du portique trilithe). / Figure 17: Weathering             pit no 1             (vertical sides and flat bottom) and weathering pit no 2 (concave sides and             wide-mouthed bottom).

Les marques de météorisation superficielles fonctionnelles

Les marques de désagrégation superficielle

64Elles sont peu développées, sinon peu apparentes, en raison du débit de la roche selon les plans de schistosité, qui conditionne en premier lieu la météorisation des surfaces. Elles ne peuvent être évaluées qu’à partir de deux marqueurs. Les premiers sont des filons de quartz, parallèles ou en échelons, qui apparaissent sur certains blocs, parfois sur chaque face (orthostates 7, 16, 17, 19) et qui témoignent de déchaussements mineurs (1 à 3 mm, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du monument, là où s’exprime un déchaussement), donc d’abaissement de surface du même ordre, sachant que le sommet des filons ne représente pas, lui-même, un repère fixe. Les seconds sont des figures de bioturbation fossiles présentes sur plusieurs orthostates (11, 13), qui ne sont elles-mêmes déchaussées que sur 1 à 3 mm. La colonisation actuelle des surfaces rocheuses par les lichens crustacés et par les mousses, qui n’est pas sans effets érosifs mineurs, témoigne surtout de leur stabilité.

Les marques de décollement : les écailles et les plaques de desquamation

65Elles sont, au contraire, spécialement développées, en raison du débit schisteux de la roche : écailles pluricentimétriques (fig. 18 a et b) et plaques de desquamation pluridécimétriques, dont la plus grande mesure 69 cm de hauteur et 62 cm de largeur (fig. 19 a et b). Ces formes de décollement sont fonctionnelles comme l’indiquent l’angulosité de leurs rebords et les traces d’écailles ou de plaques détachées encore exemptes de colonisation végétale. Elles sont omniprésentes, mais plus nombreuses, plus étendues et plus fonctionnelles à l’intérieur du dolmen, sur les faces internes des orthostates et des dalles. Cette répartition, commune à tous les monuments, dont les dolmens édifiés en granite, tient au confinement qui maintient l’humidité, à la condensation sur les surfaces rocheuses et à une humectation durable. Elle tient aussi à des conditions de conservation des formes de décollement moins favorables sur les surfaces extérieures des monuments, en raison de leur exposition à la pluie, au ruissellement, à la thermoclastie et à la déflation. Les marques de décollement représentent, au total, les formes d’érosion aréolaire les plus communes à la Roche-aux-Fées.

Figure 18 : Écaillage extérieur sur le côté d’une dalle de couverture suivant les plans de stratification (a) et écaillage intérieur à la surface inférieure d’une dalle de couverture (b). Figure 18: Outside delamination on flagstone side controlled by bedding plane (a) and inside delamination on flagstone lower side (b).

Figure 18 : Écaillage extérieur sur le côté             d’une dalle de couverture suivant les plans de stratification (a)             et écaillage intérieur à la surface inférieure d’une dalle de             couverture (b). Figure 18: Outside delamination             on flagstone side controlled by bedding plane (a) and inside             delamination on flagstone lower side (b).

Figure 19 : Plaques de desquamation sur face externe (a) et sur face interne (b) d’orthostates. Figure 19: Scaling on outside (a) and inside (b) of a flagstone.

Figure 19 : Plaques de desquamation sur             face externe (a) et sur face interne (b) d’orthostates. Figure 19: Scaling on outside (a) and inside (b) of             a flagstone.

66Par ailleurs, le sommet des orthostates et des piliers est soumis à un débitage réalisé à partir du « bout » des blocs, donc à partir des plans de schistosité. Ce processus, actif, s’exprime par un effritement qui succède, vers le haut, aux formes d’écaillage développées sur les faces des blocs (fig. 20). Les plans de schistosité sont élargis par l’érosion différentielle. Les feuillets et lames de schiste ainsi individualisés sont séparés par des rainures verticales (fig. 21). La plupart des sommets d’orthostates et de piliers septaux sont affectés par ce processus (notamment les blocs 1, 2, 18, 21, 22, 25, 26).

Figure 20 : Effritement sommital d’un orthostate. / Figure 20: Crumbling on the top of an orthostate.

Figure 20 : Effritement sommital d’un             orthostate. / Figure 20: Crumbling on the top of             an orthostate.

Figure 21 : Rainures parallèles produites à partir du sommet d’un orthostate du côté sud-ouest du dolmen, vues de profil. Figure 21: Parallel furrows on the top of an orthostate on the south-western side of the dolmen.

Figure 21 : Rainures parallèles produites à             partir du sommet d’un orthostate du côté sud-ouest du dolmen, vues             de profil. Figure 21: Parallel furrows on the             top of an orthostate on the south-western side of the             dolmen.

Les actions actuelles du ruissellement

67Elles participent activement aux processus précités et constituent la cause majeure de la météorisation fonctionnelle sur les blocs, en raison de l’abondance et de la fréquence des précipitations dans la région. Elles s’expriment jusqu’au niveau du sol, puis à la surface de ce dernier, en concernant alors l’ensemble du monument.

68Le ruissellement des eaux de pluie, particulièrement édifiant au cours des fortes averses, se manifeste en effet de plusieurs façons. La première concerne l’humectation de la roche et influence les états de surface des blocs dans leur ensemble (désagrégation, décollement). La deuxième concerne les formes de creusement linéaires (sillons, rainures), liées au trajet des eaux, ou les formes de creusement ponctuelles (vasques), liées à leur stagnation. La dernière concerne le ravinement élémentaire à la surface du sol, à l’intérieur et aux abords immédiats du dolmen.

69Ce ruissellement emprunte plusieurs trajets. Le premier suit la surface et le rebord des dalles de couverture, avant de parvenir directement au sol, par goutte à goutte ou filets d’eau à l’intérieur du monument, en entraînant une érosion pluviale sur le sol, due aux impacts des gouttes de pluie (le splash). Le deuxième suit, cette fois sans interruption, la surface supérieure et les bords des dalles de couverture, puis les faces ou les côtés des orthostates, avant d’atteindre lui aussi le sol. Le dernier se concentre à la base des orthostates du côté sud-ouest du dolmen, en position surélevée, pénètre à l’intérieur du monument, le traverse en suivant la surface du sol et ressort en aval, entre les bases des orthostates du côté nord-est. Les effets cumulés de ces trois formes de ruissellement conduisent au ravinement du sol du côté sud-ouest, c’est-à-dire en amont, à un écoulement en tresses à l’intérieur du dolmen, puis à de nouvelles marques de ravinement du côté nord-est (où l’efficacité du ruissellement est renforcée par l’étroitesse des espaces de séparation entre les orthostates). Ils provoquent l’accumulation de sédiments en aval, à l’extérieur du dolmen. L’impact du processus se mesure, notamment, au déchaussement des pierres de calage (fig. 22).

Figure 22 : Ruissellement à l’intérieur du monument au cours d’averses. / Figure 22: Rill erosion on the dolmen floor resulting from rain showers.

Figure 22 : Ruissellement à l’intérieur du             monument au cours d’averses. / Figure 22: Rill             erosion on the dolmen floor resulting from rain showers.

Les lésions et dégradations postmégalithiques

70Certaines des lésions identifiables sur le dolmen tiennent à la construction du monument et aux contraintes inhérentes à ses déformations. Elles tiennent en même temps aux propriétés mécaniques des schistes, en particulier à leur faible résistance à la traction et à la compression (Talobre, 1967). Elles s’expriment par des fissures ouvertes de part en part d’orthostates ou de dalles de couverture, qui guident les trajets de l’eau et favorisent les décollements. Ces fissures sont dues à des flexions de dalles d’une longueur de 5 à 6 m entre deux orthostates éloignés, ou à des tractions, sous l’effet de la pesanteur, sur des extrémités de dalles en surplomb (comme sur le linteau 33 ou la dalle 37, pourtant la plus épaisse de l’ensemble). D’autres sont dues aux pressions imposées par des dalles de plusieurs tonnes ou dizaines de tonnes sur des appuis ponctuels au sommet des orthostates. Ces pressions se traduisent par des fissures (comme sur l’orthostate 1, parcouru par une fissure fermée sur toute sa hauteur), voire par la chute de fragments du plafond, comme sous la dalle 37. Elles se manifestent surtout par de nombreux éclats formés à partir du sommet des orthostates (ICOMOS, 2008). Les plus fréquents de ces éclats s’observent sur les faces des orthostates et présentent des contours arqués qui témoignent de puissantes contraintes mécaniques (orthostates 15, 16, 24) (fig. 23). Quelques-uns, plus étroits, s’observent sur les côtés (orthostate 1). Ces éclats s’accompagnent, par endroits, du détachement et de la chute de blocs décimétriques ou pluridécimétriques (orthostate 26). Plusieurs pierres allongées à la périphérie du dolmen évoquent, par ailleurs, des interventions anthropiques ou des mutilations.

Figure 23 : Eclats produits par la pression des dalles de couverture au sommet de faces internes d’orthostates. / Figure 23: Blistering resulting from flagstone stress on the top of the inside support.

Figure 23 : Eclats produits par la pression           des dalles de couverture au sommet de faces internes d’orthostates.           / Figure 23: Blistering resulting from flagstone           stress on the top of the inside support.

71Des dégradations résultent également de la fréquentation touristique du monument. Il s’agit de patines superficielles, dues au passage répété de visiteurs sur certains blocs (1, 23, 27, 37) et de graffitis gravés sur les faces des orthostates ou au fond des vasques, plus nombreux que sur les monuments de granite, en réponse à une moindre dureté des schistes. Enfin, le surpiétinement provoque l’imperméabilisation du sol par tassement à l’intérieur du monument et à sa périphérie. Il favorise la concentration des eaux pluviales en surface, le ravinement du sol et le déchaussement des pierres de calage à la base des orthostates, qui, à terme, menacent la stabilité du monument.

4. Conclusion

72Le dolmen de la Roche-aux-Fées présente un intérêt archéologique reconnu en raison du type architectural auquel il appartient, de ses dimensions, de sa localisation, ainsi que du déplacement des blocs utilisés pour l’édifier. Il présente un intérêt géomorphologique équivalent. Le site choisi pour l’édifier, sur le rebord d’un palier, apparaît subordonné à sa situation, par rapport à un relief étagé en bordure de la vallée de la Seiche, à un endroit où il peut être spécialement visible et d’où l’on bénéficie d’une vue optimale sur des axes privilégiés.

73Sa composition pétrographique offre la possibilité d’observer les effets morphogéniques de l’érosion dans les schistes depuis sa construction. Le fait, exceptionnel, est instructif puisqu’il permet d’établir un inventaire des types de formes prémégalithiques et postmégalithiques dans les schistes, même si leur corpus est plus restreint que dans les granites. À défaut de pouvoir fournir un marqueur précis de la vitesse de la météorisation dans les schistes, par manque de datation précise du monument, les vasques postmégalithiques donnent au moins une indication sur l’ancienneté de sa mise au jour, s’il s’est effectivement trouvé incorporé à un cairn.

74L’étude du dolmen de la Roche-aux-Fées tient ici, en partie, du commentaire de carte, exercice naguère emblématique en géomorphologie, qui peut continuer à fournir des informations en archéologie. Elle tient en même temps de la prospection de terrain, appliquée à plusieurs niveaux d’échelle, depuis l’environnement local du monument jusqu’aux effets de la météorisation sur les blocs qui le composent, suivant des méthodes qui s’appliquent, par ailleurs, aux reliefs rocheux enracinés dans la nature. Les méthodes d’analyses multiscalaires des reliefs s’intègrent ainsi à celles de la géoarchéologie.

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Bibliographie

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Table des illustrations

Titre Figure 1 : Le dolmen de la Roche-aux-Fées à Essé et son portique trilithe vus du sud-ouest. / Figure 1: Roche-aux-Fées dolmen in Essé and its trilith porch from the south-west.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 2,9M
Titre Figure 2 : La situation et le cadre géomorphologique régional du dolmen de la Roche-aux Fées. Figure 2: Situation and regional geomorphological environment of Roche-aux-Fées dolmen.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 3,0M
Titre Figure 3 : Le site et l’environnement géomorphologique du dolmen de la Roche-aux Fées. / Figure 3: Site and geomorphological environment of Roche-aux-Fées dolmen.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 2,9M
Titre Figure 4 : Profil topographique du site de la Roche-aux-Fées (h x 5). / Figure 4: Topographic section of Roche-aux-Fées dolmen site (hx5).
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 79k
Titre Figure 5 : Le champ de vision théorique (hors écrans végétaux éventuels) sur la vallée de la Seiche depuis le site de La Roche-aux-Fées. / Figure 5: View towards the Seiche river valley from Roche-aux-Fées site (excluding possible screens of trees).
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 2,2M
Titre Figure 6 : Plan du dolmen de la Roche-aux-Fées d’après J. L’Helgouac’h, 1965, modifié (S. Charrier). / Figure 6: Plan of Roche-aux-Fées dolmen from J. L’Helgouac’h, 1965 (redrawn by S. Charrier).
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 361k
Titre Figure 7 : Les orthostates de forme rectangulaire du côté nord-est (orthostates no 18 à droite de l’image à no 22 à gauche). / Figure 7: Rectangular orthostates on dolmen north-eastern side (no 18 on right to no 22 on left).
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 1,9M
Titre Figure 8 : Le linteau du portique trilithe (dalle no 33) et ses vasques vus de l’est. / Figure 8: Lintel of trilith porch (flagstone no 33) and weathering pits viewed from the East.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 2,2M
Titre Figure 9 : La dalle de couverture no 37 à coupole et piédestal sur sa face supérieure. / Figure 9: Flagstone no 37 with dome and pedestal on the upper side.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 2,0M
Titre Figure 10 : Moulures sur le côté d’une dalle de couverture. / Figure 10: Moulds on flagstone side.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 1,7M
Titre Figure 11 : Sillon guidé par un plan de schistosité sur une dalle de couverture. Figure 11: Gutter controlled by foliation plane on flagstone.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 1,6M
Titre Figure 12 : Vasque sur face externe de dalle (dalle no 36). Figure 12: Weathering pit on outside of flagstone (no 36).
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 1,6M
Titre Figure 13 : Vasque allongée au sommet d’un orthostate. Figure 13: Elongated weathering pit on the top of an orthostate.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 1,7M
Titre Figure 14 : La surface supérieure du linteau du portique trilithe (dalle no 33) creusée par des vasques postmégalithiques. / Figure 14: Upper side of trilith porch lintel (flagstone no 33) growed by postmegalithic weathering pits.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 1,5M
Titre Figure 15 : Dimensions des vasques fonctionnelles creusées à la surface du linteau du portique trilithe (dalle no 33). / Figure 15: Size of active weathering pits growed on upper side of trilith porch lintel (flagstone no 33).
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-15.png
Fichier image/png, 341k
Titre Figure 16 : Vasques postmégalithiques creusées à la surface du linteau du portique trilithe (dalle no 33) a. Au centre du linteau, b. Dans la partie sud-ouest du linteau à la suite d’une averse. / Figure 16: Postmegalithic weathering pits dug on the upper side of trilith porch lintel (flagstone no 33) a. In the middle part of the lintel, b. In the south-western part of the lintel.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 3,9M
Titre Figure 17 : La vasque no 1 à bords droits et à fond plat et la vasque no 2 à bords concaves et à fond évasé (linteau du portique trilithe). / Figure 17: Weathering pit no 1 (vertical sides and flat bottom) and weathering pit no 2 (concave sides and wide-mouthed bottom).
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 2,3M
Titre Figure 18 : Écaillage extérieur sur le côté d’une dalle de couverture suivant les plans de stratification (a) et écaillage intérieur à la surface inférieure d’une dalle de couverture (b). Figure 18: Outside delamination on flagstone side controlled by bedding plane (a) and inside delamination on flagstone lower side (b).
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 3,3M
Titre Figure 19 : Plaques de desquamation sur face externe (a) et sur face interne (b) d’orthostates. Figure 19: Scaling on outside (a) and inside (b) of a flagstone.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-19.jpg
Fichier image/jpeg, 3,8M
Titre Figure 20 : Effritement sommital d’un orthostate. / Figure 20: Crumbling on the top of an orthostate.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-20.jpg
Fichier image/jpeg, 1,2M
Titre Figure 21 : Rainures parallèles produites à partir du sommet d’un orthostate du côté sud-ouest du dolmen, vues de profil. Figure 21: Parallel furrows on the top of an orthostate on the south-western side of the dolmen.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-21.jpg
Fichier image/jpeg, 1,7M
Titre Figure 22 : Ruissellement à l’intérieur du monument au cours d’averses. / Figure 22: Rill erosion on the dolmen floor resulting from rain showers.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-22.jpg
Fichier image/jpeg, 1,9M
Titre Figure 23 : Eclats produits par la pression des dalles de couverture au sommet de faces internes d’orthostates. / Figure 23: Blistering resulting from flagstone stress on the top of the inside support.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/3663/img-23.jpg
Fichier image/jpeg, 1,4M
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Pour citer cet article

Référence papier

Dominique Sellier, « Le dolmen de la Roche-aux-Fées à Essé (Ille-et-Vilaine) et son environnement géomorphologique : approche géoarchéologique », Revue archéologique de l'Ouest, 34 | 2017, 23-47.

Référence électronique

Dominique Sellier, « Le dolmen de la Roche-aux-Fées à Essé (Ille-et-Vilaine) et son environnement géomorphologique : approche géoarchéologique », Revue archéologique de l'Ouest [En ligne], 34 | 2017, mis en ligne le 13 juin 2020, consulté le 10 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rao/3663 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rao.3663

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Auteur

Dominique Sellier

Professeur émérite de géomorphologie, Institut de Géographie et d’Aménagement régional de l’Université de Nantes, UMR 6554 CNRS Laboratoire Géolittomer et UMR 6566-CNRS Civilisations atlantiques et archéosciences. (mailto:dominique.sellier@univ-nantes)

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Droits d’auteur

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