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La tuilerie romaine de la Grosse Pierre à Aubigny-Les Clouzeaux (Vendée) et son four : fouille, restitution et expérimentation

The Grosse Pierre Roman tile factory in Aubigny-Les Clouzeaux (Vendée) and its kiln: excavation, restitution and experimentation
Jean-François Nauleau, Fabien Sanz-Pascual, Damien Séris, Maxime Mortreau, Sophie Corson, Laure Orefici et Xavier Dubillot

Résumés

Pour l’époque romaine comme pour le Moyen Âge, peu d’ateliers de tuiliers ont été découverts dans la région des Pays de la Loire. La découverte en Vendée en 2006 d’un site remarquablement conservé produisant matériaux en terre cuite et céramique fait figure d’exception.
Un travail de réexamen des vestiges des trois fours qui se sont succédé, s’appuyant sur des découvertes récentes et des travaux académiques d’envergure, a permis de mieux comprendre la structure de la « halle-galerie » du site de la Grosse Pierre. Si les fours rencontrés appartiennent au modèle canonique de la Gaule du Nord, en revanche l’association avec un édifice en bois protégeant le four et le dotant d’une galerie périphérique est inhabituelle. L’étude de la répartition de ces édifices montre qu’ils appartiennent à un modèle présent quasi exclusivement en Gaule Belgique et en Germanie. Cet exemplaire picton témoigne d’une diffusion éloignée dont les vecteurs et les modalités restent à comprendre.
Afin de mieux saisir les interactions entre forme, fonction et usage, une expérimentation visant à construire une réplique d’un des fours à l’échelle ½ puis à y mener une cuisson expérimentale a été entreprise. Elle a été une source très importante de compréhension, permettant de revenir sur l’étude des vestiges et leur interprétation à la lumière de l’expérience menée.
Le travail avec des artisans tuiliers, porteurs d’un patrimoine culturel immatériel fort s’est avéré très riche. Sur bien des points, leur culture technique est encore proche de celle des tuiliers romains, malgré les deux millénaires séparant leurs activités respectives. La similitude entre les halles-galeries d’époque romaine et des exemplaires du xixe-xxe s. est d’ailleurs frappante. Dans le domaine de l’artisanat tuilier et potier, la terre impose ses techniques à la production et ses formes architecturales à l’atelier.

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Texte intégral

1. L’origine du projet et ses motivations

La découverte de la tuilerie et son étude

  • 1 Commune nouvelle créée le 1er janvier 2016 et issue de la fusion des communes d’Aubigny et des Clo (...)
  • 2 Ceci explique le manque de documentation photographique concernant certains vestiges, tel le four  (...)

1Le site de la tuilerie de la Grosse Pierre a été découvert en 2006 lors de la phase de prospection archéologique liée aux travaux de l’autoroute A87 reliant Angers (Maine-et-Loire) à La Roche-sur-Yon (Vendée). Le prolongement de cet axe vers Les Sables-d’Olonne en 2 × 2 voies a donné lieu à des travaux de contournement de La Roche-sur-Yon : c’est sur ce dernier tronçon que les vestiges d’une tuilerie d’époque romaine furent mis au jour sur le territoire de la commune d’Aubigny-Les Clouzeaux1, au lieu-dit la Grosse Pierre (fig. 1). Le site a été diagnostiqué début 2006 (Vialet et al., 2006), puis fouillé intégralement durant l’automne et l’hiver dans des conditions climatiques délicates2 (Séris et al., 2008).

2À la suite du rapport d’étude réalisé en 2007-2008, le site a fait l’objet d’une courte publication en 2012, axée principalement sur la production potière de l’atelier (Mortreau et al., 2012). Depuis la parution initiale du rapport d’opération, la thématique de l’étude des matériaux en terre cuite et de leurs ateliers de production a considérablement évolué. La création, en 2014, à l’initiative d’A. Ferdière, d’un « Réseau TCA », communauté interinstitutionnelle de chercheurs travaillant sur ce thème, en a été le premier jalon. Concernant les ateliers de production d’époque romaine, des travaux d’ampleur ont renouvelé la discipline fondée par les recherches des années 1980 (Le Ny, 1988 par exemple). Certaines ont porté sur les aspects techniques et font désormais figure de référence (Charlier, 2011), d’autres se sont tournées vers la question du statut de ces officines et de leur place dans l’économie domaniale de la Gaule Lyonnaise et du nord de la Gaule Aquitaine (Ferdière, 2012).

  • 3 Un recensement des ateliers à l’échelle du quart nord-ouest de la Gaule est difficile à établir, d (...)

3Régionalement, un même élan a permis de réaliser des bilans concernant les matériaux eux-mêmes, d’époque romaine (Nauleau, 2013), puis médiévaux et moderne (Nauleau, 2016). Des travaux d’inventaires, inexistants jusqu’alors, ont été menés sur les ateliers de tuiliers montrant la faiblesse des interventions archéologiques, mais aussi le fort potentiel de recherches (notamment concernant l’époque moderne : Champagne, 2021 ; Chamarre, 2019 ; 2021). Pour l’époque romaine, un récent recensement (Nauleau, 2018) a montré que seuls cinq ateliers sont avérés tandis qu’uniquement trois d’entre eux ont été fouillés. L’atelier du Taillis à Cherisay (Sarthe), fouillé en 1993, reste méconnu, car non documenté par un rapport d’opération, tandis que celui découvert à Rezé (Loire-Atlantique) en 2012 dans le quartier Saint-Lupien est très arasé et perturbé par les aménagements ultérieurs (Guitton et al., 2009). Dans ce contexte, la découverte d’un atelier remarquablement conservé en territoire picton fait figure d’exception3.

Figure 1 : Localisation du site de la tuilerie de la Grosse Pierre dans son cadre actuel.
Figure 1: Location of the Grosse Pierre tile factory site in its current setting.

Figure 1 : Localisation du site de la tuilerie de la Grosse Pierre dans son cadre actuel. Figure 1: Location of the Grosse Pierre tile factory site in its current setting.

J.-F. Nauleau, Inrap.

La démarche de travail : dialogue entre recherche académique et savoir artisanal

4Compte tenu de la qualité de conservation des vestiges et de leur rareté dans le paysage archéologique, la nécessité de réexaminer les données issues de la fouille s’est imposée. Un élément a particulièrement retenu l’attention, le four et l’édifice en bois qui y était associé. Dans le cas de la Grosse Pierre, la fouille a montré qu’il a fonctionné sous trois formes correspondant à autant de phases successives d’activité. L’objectif était de mieux comprendre la morphologie des fours en usage sur le site et la dynamique de leur évolution. Il était également intéressant d’étendre les recherches à la diffusion de ces modèles de four en Gaule romaine durant le Haut-Empire.

5Un premier volet de recherche a été engagé, réexaminant les caractéristiques des trois fours qui se sont succédé en s’appuyant sur des découvertes récentes, mais également sur des travaux académiques permettant une approche large de toutes les questions relatives à l’artisanat tuilier.

  • 4 Le travail de restitution a été réalisé principalement dans le cadre de l’exposition présentée au (...)

6Le deuxième temps a été consacré au travail de restitution graphique des élévations du four et de l’édifice en bois4. Différentes hypothèses ont été examinées permettant de proposer des représentations fiables, néanmoins divers points restaient à approfondir.

  • 5 Le four a été construit à l’Historial des Lucs-sur-Boulogne (conseil départemental de Vendée).

7En partant de l’idée que dans le domaine artisanal, les formes sont très fortement conditionnées par la fonction, une expérimentation visant à construire une réplique de la structure à l’échelle ½ puis à y mener une cuisson expérimentale de matériaux de construction a été entreprise en collaboration avec des artisans tuiliers professionnels5. L’objectif étant, grâce à cette expérimentation, de mieux saisir les interactions entre forme, contraintes architecturales et fonction.

8L’ensemble de la démarche et les résultats de ces travaux sont présentés ici.

2. La tuilerie d’époque romaine de la Grosse Pierre et son contexte

Le site dans son contexte archéologique

9Le site de la Grosse Pierre est situé à l’extrême nord-ouest de la Gaule Aquitaine, sur le vaste territoire picton. Le chef-lieu de cité (Limonum, Poitiers) est en position éloignée, mais lié à un réseau d’agglomérations secondaires concernant cette partie occidentale de la cité, six étant connues sur l’actuel territoire de la Vendée (fig. 2) (Hervé-Monteil et al., 2021 ; Monteil, 2022). Quant au maillage de routes établi durant le Haut-Empire entre ces pôles, seuls certains axes proposés par les érudits ont été véritablement étudiés (Vialet et Watteaux, 2021, p. 145).

10La Carte archéologique de la Gaule est muette quant à la présence de vestiges d’époque romaine sur le territoire des Clouzeaux (Bernard et al., 1996, p. 107). À Aubigny, des « ruines » auraient été observées à la Routière, à 7 km à l’est de la tuilerie de la Grosse Pierre (ibid., p. 64). Quant aux communes voisines, les indices sont minces : à Sainte-Flaive-des-Loups, des tegulae ont été découvertes à l’Aumondière, à 5 km à l’ouest (ibid., p. 182). B. Fillon signale « les restes d’une poterie antique dans la commune de Venansault », mais sans fournir davantage de détails ni même de localisation (Fillon, 1864, p. 27). Des vestiges plus conséquents sont en revanche avérés sur la commune de Landeronde où un petit balnéaire a été dégagé en 1904 dans le hameau de la Rochette, suggérant l’existence d’une occupation majeure ; elle est située à 5 km à l’ouest du site de la tuilerie d’Aubigny-Les-Clouzeaux (Bernard et al., 1996, p. 107).

  • 6 Les briques pour colonne sont d’excellents marqueurs d’architecture de type villa, où elles sont e (...)

11L’archéologie préventive a apporté quelques informations complémentaires dans l’environnement proche du site : le site de la Landette situé à environ 1 km (Séris et al., 2013), a livré les vestiges d’un établissement agricole modeste, les quelques restes de tuiles proviennent très certainement de l’atelier (Lefils et al., 2015). La fouille réalisée à une dizaine de kilomètres au sud-ouest, sur la commune de La Mothe-Achard, a livré les restes d’une voie secondaire du Haut-Empire le long de laquelle se sont développés habitats et parcellaires, mais aussi des espaces funéraires et une petite activité métallurgique de bord de route (Vialet et al., 2017, p. 287). L’étude des dépôts abondants de matériaux en terre cuite a permis de révéler l’existence de briques pour colonne, de fragments de tubulure, soit autant de matériaux spécifiques clairement associés aux établissements ruraux majeurs ou aux agglomérations : dans le cas présent, c’est la seconde hypothèse qui est retenue (Hervé-Monteil et al., 2021 ; Monteil, 2022)6.

12Cependant, en dehors de cet indice indirect et quelque peu éloigné, aucun site majeur contemporain de l’atelier n’est connu à proximité immédiate. Ce manque de données ne permet pas pour l’heure de proposer des hypothèses quant au statut de l’atelier et sa relation éventuelle avec un établissement domanial proche.

13En Gaule, de nombreux ateliers semblent implantés en lien avec les chantiers de création de domaines à partir du milieu du ier s. apr. J.-C. et auraient participé ensuite de l’exploitation du terroir au même titre que les activités agro-pastorales dans le cadre d’un marché (Ferdière, 2012). Concernant l’usage de la terre cuite dans la construction durant le Haut-Empire, les couvertures en terre cuite apparaissent dans les premières décennies du ier s. apr. J.-C. dans l’ouest de la Gaule (Nauleau, 2013, p. 247‑257) Un usage plus étendu n’interviendra qu’après le milieu du siècle et surtout à partir de la période flavienne. Cette période est aussi celle d’une dynamique constructive généralisée pour les chefs-lieux de cité et leur territoire (Maligorne, 2006, p. 162‑166). La période sévérienne sera déjà celle d’un certain déclin qui ne fera que s’accroître jusqu’au milieu du iiie s., période de très nombreux abandons d’édifices d’importance, en ville ou à la campagne.

Figure 2 : État des connaissances concernant la partie occidentale du territoire picton durant le Haut-Empire.
Figure 2: Current knowledge of the western part of the Picton territory during the Early Roman Empire.

Figure 2 : État des connaissances concernant la partie occidentale du territoire picton durant le Haut-Empire. Figure 2: Current knowledge of the western part of the Picton territory during the Early Roman Empire.

J.-F. Nauleau, Inrap, d’après Hervé-Monteil et al., 2021 ; Monteil, 2022.

Des conditions propices aux activités de production de terre cuite

14Ce secteur bocager du cœur du département vendéen est constitué de plateaux peu élevés (70 m NGF environ), faiblement incisés par les vallées et thalwegs du réseau hydrographique holocène.

15Géologiquement, le secteur d’étude est situé sur le vaste batholite granitique qui s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres au sud-ouest de La Roche-sur-Yon. Localement, le granite est quasiment invisible, n’apparaissant que sous sa forme altéritique argileuse, recouvrant la presque totalité du massif. L’imperméabilité des sols est décelable par la multitude des pièces d’eau présentes et est confirmée par la toponymie environnante : les Gâts, pièces stériles de modeste valeur ; les Noues, les Nouettes, la Naulière, la Nouletière, pièces d’eau ou prés humides ; la Jarrie, étendue inculte couverte d’ajoncs et de brandes ; les Vergnes, nom local de l’aulne, arbre poussant sur sols humides ; la Jonchère, terre couverte de joncs, pour les plus évocateurs d’entre eux (fig. 3).

  • 7 Pour d’autres développements concernant les tuileries d’époque moderne en Loire-Atlantique et Vend (...)
  • 8 La commune de Nesmy accueille encore un potier en activité.

16Ces gisements argileux ont donné lieu à un artisanat potier et tuilier assez important durant les époques moderne et contemporaine7. Les sources écrites nous en fournissent des preuves multiples et les communes proches de Nesmy et de Chaillé-sous-les-Ormeaux gardent encore les vestiges d’ateliers de potier et de tuilier8.

  • 9 Les données concernant l’année 1836 proviennent du recensement et sont issues du travail d’Alain C (...)
  • 10 Devenu le toponyme Bois Clos, situé à une quinzaine de kilomètres au sud-est de la tuilerie de la (...)

17La commune limitrophe de Landeronde compte à elle seule 15 potiers actifs en 1836 (dont un déjà mentionné en 1800)9. Celle de La Roche-sur-Yon en compte 7, tandis que 4 tuiliers sont recensés. Nesmy est un important centre potier et tuilier : une tuilerie est mentionnée à la Vergne-Greffaud en 1719 (Gadé, 1994, p. 141) et un potier en 1711. La commune de Chaillé-sous-les-Ormeaux compte 5 ateliers de potier en 1836, mais une mention de 1468, l’une des plus anciennes de la région, concerne une vente de terres par la veuve de Grégoire Cousseau, potier en son vivant, demeurant à Boiscloux10, paroisse de Chaillé-sous-les-Ormeaux (Champagne, 2021, p. 178).

  • 11 Olla est emprunté du latin aula « marmite », aussi écrit aulla (Chapelot et Chapelot, 2001, p. 124 (...)

18Quant au territoire de la commune d’Aubigny-Les Clouzeaux lui-même, il est concerné par la mention d’un tuilier actif en 1836. Plus intéressant, un indice toponymique dérivé de olla, les Houillères est déjà mentionné en 1703 (ibid.) à proximité immédiate du site : il témoigne d’une activité artisanale autour de la terre cuite11.

  • 12 Ajoutons également les terres cuites employées dans les édifices religieux carolingiens (Guibert e (...)
  • 13 Quelques sites de production sont actifs comme celui de l’atelier de Saran dans le Loiret (Jesset, (...)
  • 14 Base Patriarche du ministère de la Culture, état des connaissances en 2010.
  • 15 Par exemple pour l’Italie : Gelichi et Novara, 2000 ; De Minicis, 2001 et pour l’Espagne : Araguas (...)

19On ne doit pas déduire de ces mentions anciennes une quelconque continuité entre les activités artisanales tuilières romaines et celles de la fin du Moyen Âge. Régionalement, toutes les études montrent à l’évidence une rupture nette dès la fin de l’Antiquité et une reprise qui ne se fait qu’à partir du xiie s. au mieux, même si des productions exceptionnelles par leur qualité sont encore attestées aux vie et viie s. (Costa, 1964)12. À l’échelle du territoire français, une solution de continuité est presque partout constatée13 entre les viie-viiie et xie-xiie s. Le recensement des ateliers de tuilier dans la base Patriarche est éloquent : il montre que sur les 1 445 sites enregistrés, seuls 19 sont actifs pendant la période du haut Moyen Âge14. Plus largement, même dans des territoires comme l’Italie ou l’Espagne où la culture constructive antique a été plus durable, l’usage des matériaux en terre cuite est très rare pour cette période15.

  • 16 Un gisement de kaolin assez vaste s’étend sur les communes de Nesmy et Chaillé-sous-les-Ormeaux (G (...)
  • 17 Le rôle de la ressource en eau dans le choix d’implantation d’un atelier est souvent surévalué : e (...)

20En revanche, souligner l’importance des activités potières et tuilières depuis la fin du Moyen Âge dans ce secteur du bocage vendéen permet de montrer le potentiel géologique et géomorphologique ayant permis à cet artisanat de se développer largement. Les argiles provenant de l’altération des roches acides du socle, mêlées à des placages résiduels tertiaires et à une fraction éolienne donnent des gisements abondants, certes de qualités inégales, mais donnant satisfaction pour les différents usages (argile fine pour les poteries et plus grossières pour les briques, les tuiles nécessitant des argiles intermédiaires)16. L’eau est abondante sur ces plateaux imperméables, tandis que l’entretien régulier des haies bocagères et l’exploitation des brandes (ajoncs, genêts) poussant sur les landes fournissent les fagots de fournille, excellent combustible à flamme vive, idéal pour la phase de grand feu17.

Figure 3 : Contexte géomorphologique du site de la Grosse Pierre et toponymie associée.
Figure 3: Geomorphological context of the Grosse Pierre site and associated toponymy.

Figure 3 : Contexte géomorphologique du site de la Grosse Pierre et toponymie associée. Figure 3: Geomorphological context of the Grosse Pierre site and associated toponymy.

J.-F. Nauleau, Inrap.

La tuilerie de la Grosse Pierre : présentation du site et des données chronologiques

21Le site de la Grosse Pierre est archéologiquement très lisible, l’emprise de décapage ayant permis, a priori, de le fouiller en intégralité (fig. 4). Il est composé d’une trame parcellaire orthonormée (nord-est/sud-ouest et nord-ouest/sud-est) conservée sur une partie du site, se greffant sur deux fossés bordiers d’une voirie d’orientation concordante. À l’intérieur de cette trame est installé un four (F.1) accompagné des vestiges d’une halle périphérique. Deux structures majeures sont déconnectées de cette trame géométrique structurante : un second four (F.2) oblitérant les vestiges du premier (voir infra concernant le phasage), ainsi qu’une halle à poteaux en bois située au nord-ouest du secteur des fours.

22L’atelier a été mixte, pendant un temps au moins, associant production tuilière et potière : cette dernière est attestée par la présence de six fours circulaires « à languette ». Trois sont regroupés dans une même fosse de travail au sud-ouest du site, deux autres associés également en périphérie d’une seule fosse à l’est du secteur des fours et enfin, un dernier four (F.15) desservi par une fosse de travail commune à celle du four F.1 de la tuilerie. Ceci permet de penser que le four de potier F.15 est très probablement contemporain du premier four de tuilier F.1A. D’un point de vue stratigraphique, on doit aussi constater globalement le peu de recoupement entre structures, hormis la rupture majeure que représente l’implantation désaxée du four F.2.

Figure 4 : Plan général des vestiges de la tuilerie de la Grosse Pierre à Aubigny-Les Clouzeaux (Vendée).
Figure 4: General plan of the remains of the Grosse Pierre tile kiln in Aubigny-Les Clouzeaux (Vendée).

Figure 4 : Plan général des vestiges de la tuilerie de la Grosse Pierre à Aubigny-Les Clouzeaux (Vendée). Figure 4: General plan of the remains of the Grosse Pierre tile kiln in Aubigny-Les Clouzeaux (Vendée).

F. Sanz Pascual, J.-F. Nauleau, Inrap.

L’apport de l’étude du mobilier céramique et des matériaux de construction

Le mobilier céramique18

  • 18 Pour davantage de détails, se reporter à l’article consacré à ce seul sujet (Mortreau et al., 2012 (...)

23Concernant la production, la chronologie de fonctionnement, bien centrée autour de la seconde moitié du ier s. (40 à 70/80 apr. J.-C.), repose essentiellement sur la typologie des formes en terra nigra (Menez 1, 60, 65, 66, 96, 118, 119 et 137) et dans une moindre mesure sur celle des autres catégories céramiques (fig. 5). Cette courte durée d’activité d’une trentaine d’années a déjà été constatée pour d’autres ateliers régionaux fouillés ces dernières années.

24Seuls deux fossés ont livré des restes céramiques clairement attribuables à une activité de consommation : il s’agit d’un tronçon de fossé bordier de la voirie (F.102) et d’un autre fossé (F.10) situé à proximité des fours de potier F.138 et F.15. Tous deux ont fourni des restes assez abondants (32 NMI pour F.102). Une datation couvrant tout le iie s. est proposée pour F.102 et plutôt dans la première moitié de ce même siècle pour F.10.

Figure 5 : Planche synthétique de la production potière de l’atelier de la Grosse Pierre.
Figure 5: Overview of pottery production from the Grosse Pierre workshop.

Figure 5 : Planche synthétique de la production potière de l’atelier de la Grosse Pierre. Figure 5: Overview of pottery production from the Grosse Pierre workshop.

M. Mortreau, Inrap.

Les matériaux de construction en terre cuite

  • 19 Voir Nauleau, 2013 pour de plus amples développements.

25Les matériaux de construction en terre cuite produits au sein de l’atelier sont assez variés19 (fig. 6). Les matériaux classiques de couverture (tegulae et imbrices) sont très majoritaires. D’autres, plus rares, appartiennent à la catégorie des matériaux associés aux pièces chaudes de villa et domus et aux édifices thermaux : on rencontre ainsi des briques de type bessales employées pour les pilettes d’hypocauste, ainsi que des matériaux plus atypiques, des briques à échancrures semi-hexagonales. Celles-ci, dont un recensement et une étude ont été réalisés récemment (Jaffrot et Nauleau, à paraître), sont liées à une variante de mise en œuvre de cloisons creuses.

  • 20 Le rapport de fouille de 2006 ne donne pas d’indications précises pour l’ensemble des structures c (...)

26Le recensement plus précis des formats de tegulae présentes dans les différents fours de potier et de tuilier nous fournit de précieux renseignements20. Le travail mené depuis une décennie dans la région des Pays de la Loire a permis de proposer un référentiel chrono-typologique reflétant l’évolution de la taille des tegulae depuis les premières décennies du ier s. jusqu’au iiie s. (Nauleau, 2013, p. 247‑257).

27Ainsi, les mêmes tegulae ont été rencontrées dans l’ensemble des maçonneries des fours de potier (F.3, F.4, F.115 pour l’atelier 1, F.9, F.138 pour l’atelier 3 et F.15). Il s’agit de tuiles de 45 × 35 cm employées dans les divers aménagements de l’alandier de ces fours (sol, parois latérales, voire couvrement). La courbe de référence régionale permet de situer la production de ces matériaux vers le milieu du ier s. Les longues imbrices de 44,5 cm utilisées verticalement dans la languette de support de la sole du four F.4 confirment ces données.

28En ce qui concerne les fours de tuilier, le premier four F.1A, dont seule la base des piliers est conservée, est édifié avec des tuiles de format 45 × 32 cm. Le second four F.1B, reconstruit sur le précédent, emploie des tuiles plus réduites, de 39 × 32 cm. Le dernier four, F.2, discordant par rapport aux deux premiers, utilise des tuiles de taille légèrement supérieure de 41 × 32 cm. Ces données permettent de situer le four F.1A vers le milieu du ier s., tandis que les deux autres seraient plutôt situés vers la fin du ier ou le début du iie s. (ibid.).

Figure 6 : Inventaire typologique des matériaux produits au sein de l’atelier de la Grosse Pierre.
Figure 6: Typological inventory of materials produced in the Grosse Pierre workshop.

Figure 6 : Inventaire typologique des matériaux produits au sein de l’atelier de la Grosse Pierre. Figure 6: Typological inventory of materials produced in the Grosse Pierre workshop.

J.-F. Nauleau, Inrap.

Les datations archéométriques

Les datations par radiocarbone

  • 21 Centre de datation par le radiocarbone, université Claude-Bernard Lyon 1, Ly-14503 (Séris et al., (...)

29Deux datations ont été effectuées sur des charbons de bois. L’une concerne le four de tuilier F.1A, l’autre le four de potier F.9. Le premier prélèvement a été réalisé dans l’US 134, correspondant au comblement situé à la base de l’alandier du four F.1A qui serait lié à la dernière utilisation du four (Séris et al., 2008, p. 54). La datation obtenue en âge 14 C BP donne un âge de -1825 +-30, soit de 93 à 254 apr. J.-C. en âge calibré avec un intervalle de confiance à 95 %, la date la plus probable étant 21821.

  • 22 Ly-14502 (ibid., p. 177-178).

30Les charbons de bois de la seconde datation proviennent de l’US 926 : elle est considérée comme matérialisant les dépôts de la dernière utilisation du four. La datation obtenue en âge 14 C BP est -1720 +-40, soit de 235 à 412 apr. J.-C. en âge calibré avec un intervalle de confiance à 95 %, les dates les plus probables (en probabilités décroissantes) étant 275, 333 et 26422.

Les datations archéomagnétiques23

  • 23 Elles ont été réalisées par Nicolas Warmé (Inrap), en collaboration avec le laboratoire de paléoma (...)

31Trois datations archéomagnétiques ont été effectuées durant l’opération de fouille (Séris et al., 2008, p. 148‑162).

32Des prélèvements ont été réalisés au niveau de l’entrée de l’alandier sur des sédiments naturels rubéfiés du four F.1A. Les mauvaises caractéristiques archéomagnétiques des prélèvements n’ont pas permis de proposer un résultat fiable.

33Une autre mesure a concerné les limons rapportés rubéfiés de la zone centrale de l’alandier du four F.1B. La datation archéomagnétique avec un intervalle de confiance à 95 % donne l’intervalle [115-355] AD. À l’intérieur de cette plage, les périodes les plus probables sont respectivement [135-165] AD, [235-275] AD et [295-355] AD, les pics étant centrés sur 150, 255 et 325.

34La troisième mesure a été effectuée sur des sédiments rubéfiés en place de la zone centrale de l’alandier du four F.2. La datation archéomagnétique avec un intervalle de confiance à 95 % donne l’intervalle [150-255] AD, sans précision quant à un intervalle plus probable.

Synthèse des données (fig. 7)

35Si les datations relatives obtenues par l’étude du mobilier céramique et des matériaux de construction en terre cuite sont largement concordantes, en revanche, il s’avère que celles obtenues par radiocarbone et archéomagnétisme s’intègrent très mal à ce cadre chronologique.

  • 24 Elle montre que tout le grand quart nord-ouest de la Gaule partage une culture technique commune e (...)

36Doit-on pour autant privilégier les secondes, en accordant plus de crédit aux datations archéométriques ? À l’évidence, non, dans la mesure où l’étude du mobilier céramique repose sur un grand nombre de NMI, que les fossiles directeurs sont de bonne qualité et que le cadre chronotypologique régional est lui aussi très fiable. En ce qui concerne la courbe d’évolution du format des tegulae durant le Haut-Empire, elle s’est étoffée depuis la publication de 2013 (Nauleau, 2013) et a été confortée24.

37D’autres données plus générales sont à prendre en compte concernant la vie d’une tuilerie et des vestiges en résultant.

38Les études sur des tuileries modernes et contemporaines montrent avec certitude qu’un four à tirage vertical est une structure fragile, nécessitant un entretien permanent : les cuissons et l’amplitude thermique qui en découle entraînent des cycles répétés de dilatation-rétraction provoquant des désordres mineurs qui se cumulent. Lorsqu’ils sont trop importants et qu’on ne peut plus y remédier, la structure est intégralement rebâtie. Il faut également considérer qu’un four est utilisé de façon saisonnière entre le milieu du printemps et le début de l’automne. Durant l’hiver, le four subit les intempéries et se dégrade, quand bien même il est couvert sommairement. Par ailleurs, concernant la vie d’une tuilerie à l’époque romaine, les nombreux exemples archéologiques montrent que celle-ci est rarement de longue durée. Même si l’activité est mise en sommeil pendant un long laps de temps, il est peu probable que la reprise d’activité puisse se faire dans les mêmes locaux et avec les mêmes fours : les zones d’extraction doivent pouvoir être toujours accessibles et le four demeurer en bon état. Dans le cas contraire, il est plus facile de rebâtir un atelier avec des installations neuves.

39Compte tenu de l’étude de la céramique et des matériaux en terre cuite ainsi que des données stratigraphiques, il apparaît nécessaire de mettre entre parenthèses certaines des datations obtenues par le radiocarbone ou l’archéomagnétisme : les pics de probabilité situés dans les iiie et ive s. sont incompatibles avec toutes les données, provenant du site ou du contexte général, exposées ci-dessus.

Figure 7 : Schéma synthétique relatif à la datation des fours de tuilier et de potier.
Figure 7: Diagram relating to the dating of tile and potter’s kilns.

Figure 7 : Schéma synthétique relatif à la datation des fours de tuilier et de potier. Figure 7: Diagram relating to the dating of tile and potter’s kilns.

J.-F. Nauleau, Inrap.

40Les datations retenues pour chacun des fours de tuilier sont donc les suivantes : le four F.1A, premier construit sur le site est contemporain des fours de potier, soit entre le milieu et le troisième quart du ier s. environ. Vers la fin du ier s., le four F.1B est édifié après démantèlement du four précédent, le nouveau four étant légèrement décalé. Une halle en bois édifiée en périphérie accompagne alors le four. Une rupture assez majeure est ensuite décelable entre cette première phase et la suivante : l’ensemble four/halle-galerie est détruit et un nouveau four plus grand, mais sans halle associée, est alors construit avec une orientation discordante par rapport à la trame originelle du site de la seconde moitié du ier s. Cette seconde phase est plus difficile à dater, mais on peut proposer le courant de la première moitié du iie s., si on considère la taille des tuiles employées. L’atelier aurait fonctionné sur une assez grande partie du iie s. si on se fie à la céramique de consommation rejetée sur le site : en définitive, une durée de production d’environ un siècle semble vraisemblable.

3. L’étude des fours et des édifices en bois associés

Le premier four de la tuilerie : le four F.1A

41Ce four n’a pas été fouillé en totalité, il n’a été dégagé qu’en fin d’opération, au moment de la fouille du four F.1B, installé sur ses vestiges en grande partie arasés (fig. 8 et 9).

42Il s’agit d’un four de plan rectangulaire à tirage vertical, dont seule la partie souterraine, la chambre de chauffe, a été préservée. Elle mesure en interne 2,70 × 2,20 m, soit une surface de 5,90 m² et est excavée dans le substrat argileux, sans aménagement particulier du creusement, excepté le fond du couloir de chauffe, équipé de quatre moitiés de tegulae posées de chant. Le profil transversal de la fosse est nettement concave, seule la partie centrale du creusement est strictement horizontale. Ce profil de creusement est une source d’instabilité structurelle pour le four dans son ensemble : les murets posés sur des surfaces fortement inclinées ayant tendance à glisser vers le couloir central.

  • 25 Seuls trois ont été réellement dégagés, le dernier a été restitué.

43Les vestiges de massifs maçonnés découverts correspondent aux quatre murets de soutènement25 sur lesquels la sole ajourée reposait initialement. La structure a été tronquée et les arcs permettant de franchir le couloir central ont disparu. Les murets sont constitués de fragments de tegulae placés longitudinalement et liés à l’argile : la largeur des tuiles a déterminé celle des maçonneries, soit 0,32 m. L’espacement entre les murets oscille entre 0,15 et 0,20 m, tandis que le couloir central est large de 0,80 m.

44L’alandier, long de 2 m, était initialement plus large que le couloir de chauffe (1 m), il a été ensuite réduit à la même taille par l’ajout de parements de 0,10 m d’épaisseur de part et d’autre du couloir.

45Toute trace de murs périphériques a disparu, mais rien ne permet d’affirmer que le four en était dépourvu : l’installation du four F.1B a totalement tronqué ce premier four. Néanmoins, l’auteur du rapport le classe dans la catégorie des fours sans mur apparent, le type II E’ de la classification de Françoise Le Ny (Le Ny, 1988, p. 43).

46Le four F.1A, premier construit sur le site, est contemporain de l’activité des fours de potier, soit entre le milieu et le troisième quart du ier s. environ (voir supra).

Figure 8 : Plan et coupe des vestiges du premier four implanté dans l’atelier, F.1A.
Figure 8: Plan and section of the remains of the first kiln set up in the workshop, F.1A.

Figure 8 : Plan et coupe des vestiges du premier four implanté dans l’atelier, F.1A. Figure 8: Plan and section of the remains of the first kiln set up in the workshop, F.1A.

F. Sanz Pascual, J.-F. Nauleau, Inrap.

Figure 9 : Vestiges du four F.1A, apparaissant sous ceux du four F.1B.
Figure 9: Photo of the remains of kiln F.1A, appearing under those of kiln F.1B.

Figure 9 : Vestiges du four F.1A, apparaissant sous ceux du four F.1B. Figure 9: Photo of the remains of kiln F.1A, appearing under those of kiln F.1B.

Cliché D. Séris, Inrap.

Le four F.1B

47Succédant au four F.1A, le deuxième four est légèrement décalé vers l’est de quelques décimètres et réorienté de 5 degrés vers l’ouest (fig. 11, 12). Il est installé sur les déblais de démolition du four précédent, à une cote supérieure de 0,70 m, y compris concernant la fosse de travail elle-même rehaussée. Il s’agit d’un four très proche du précédent (fig. 9), la surface de sa chambre de chauffe étant presque inchangée (sa largeur est diminuée de 0,30 m tandis que sa longueur augmentée de 0,20 m) : 2,40 × 2,15 m, soit 5,20 m². Cependant, ses principes constructifs sont sensiblement différents. La fosse de travail, cette fois-ci à fond plat, est équipée d’un dallage de tegulae (posées à l’envers) et une maçonnerie de 0,70 à 0,90 m d’épaisseur, adossée contre le substrat, la ceinture entièrement. Elle est composée quasi exclusivement de fragments de tegulae, alors que des blocs de granite sont également employés pour les maçonneries de l’alandier.

48Comme dans le cas du four précédent, quatre murets de soutènement de la sole sont édifiés sur le sol de la chambre. Contrairement au four F.1A, les tegulae sont posées transversalement, leur longueur donnant l’épaisseur des murets (0,39 m). Les six massifs les plus proches de la gueule du four sont appuyés contre les murs latéraux, les deux derniers sont plus courts et ménagent un espace d’une dizaine de centimètres avec les murs latéraux ; en revanche, ils sont appuyés sur le mur du fond de l’édifice. Le couloir central est large de 0,75 m environ, soit également la largeur de l’alandier (avec néanmoins des irrégularités manifestes) qui est long de 2,10 m. À partir d’une certaine hauteur (environ 0,50 m depuis le sol de la chambre), les massifs de soutènement de la sole sont chaînés avec les maçonneries périphériques, assurant à l’ensemble une meilleure stabilité structurelle.

49Dans les élévations, plusieurs vides ménagés dans les maçonneries permettent de restituer un système complémentaire de circulation de l’air chaud et des flammes : dans les trois premiers murets, une imbrex est posée transversalement à 0,30 m de hauteur assurant la circulation le long des murs périphériques. Un autre système est fortement pressenti : à 0,10 m au-dessus, c’est un vide de 0,08 m de large qui a été observé en plusieurs endroits, à la base du mur externe de la chambre, suggérant l’existence d’un canal dont la géométrie et le fonctionnement demeurent flous.

50Tous ces systèmes avaient pour but de diffuser au mieux la chaleur et de façon la plus homogène dans la chambre de chauffe, facilitant la conduite de la cuisson.

Figure 10 : Plan et coupe des vestiges du four F.1B.
Figure 10: Plan and section of the remains of the F.1B kiln.

Figure 10 : Plan et coupe des vestiges du four F.1B. Figure 10: Plan and section of the remains of the F.1B kiln.

F. Sanz Pascual, J.-F. Nauleau, Inrap.

Figure 11 : Cliché pris depuis le sud du four F.1B.
Figure 11: Photo taken from the south of kiln F.1B.

Figure 11 : Cliché pris depuis le sud du four F.1B. Figure 11: Photo taken from the south of kiln F.1B.

D. Séris, Inrap.

L’édifice en bois associé au(x) four(s) F.1

51Un ensemble de vestiges localisés autour des deux fours superposés F.1A et F.1B témoignent de l’implantation d’un vaste bâtiment de plan centré couvrant à la fois les fours et un espace périphérique associé.

Les poteaux proches du four

52Cinq traces d’ancrage de poteaux ont été identifiées autour des deux fours superposés F.1A et F.1B (fig. 12). Il s’agit de creusements de 0,40 à 0,60 m de diamètre et de 0,25 à 0,50 m de profondeur, dans lesquels de nombreux blocs de granite décimétriques, accompagnés de quelques fragments de tuiles placés en corolle, attestent l’emplacement d’un poteau. Lorsque les blocs sont encore en place, on peut restituer une pièce de bois d’une vingtaine de centimètres de diamètre. À l’est, les trois poteaux (F.121, 122 et 125) sont bien conservés, alors qu’à l’ouest, F.132 a été en partie tronqué par l’installation ultérieure du four F.2 et le poteau intermédiaire a été oblitéré par une perturbation récente. Seul le poteau septentrional F.124 est bien conservé.

53L’ensemble dessine une structure de 6,20 × 5,80 m à six poteaux porteurs localisés sur les petits côtés. Ainsi, les deux alignements de trois poteaux sont distants de 5,80 m, alors que seulement 2,90 m séparent chacun des creusements dans la file.

54Tous ces supports matérialisent clairement l’existence d’un édifice couvrant l’ensemble du four. L’absence de poteaux intermédiaires sur les grands côtés ne doit pas surprendre : si, du côté de la gueule du four, son absence se comprend aisément, à l’opposé, il ne faut pas oublier la présence de la porte d’enfournement permettant d’accéder au laboratoire, lieu de cuisson de la charge proprement dite.

Figure 12 : Plan et coupes des trous de poteau et des tranchées d’installation de sablières basses de la halle-galerie.
Figure 12: Plan and sections of the post holes and installation trenches for the low beam of the gallery.

Figure 12 : Plan et coupes des trous de poteau et des tranchées d’installation de sablières basses de la halle-galerie. Figure 12: Plan and sections of the post holes and installation trenches for the low beam of the gallery.

F. Sanz Pascual, J.-F. Nauleau, Inrap.

Les poteaux et les empreintes linéaires de la halle périphérique

55La structure protégeant le four, décrite précédemment, ne constitue en réalité que la partie centrale de l’édifice, d’autres vestiges prouvent l’existence d’une structure périphérique. Elle est matérialisée par des creusements linéaires ponctués de structures circulaires (fig. 12, 13) formant un ensemble cohérent et symétrique autour du four. Quatre poteaux approximativement équidistants soutiennent la structure sur chacun des côtés.

56Le tronçon oriental du bâtiment est le mieux préservé : côté interne, un creusement rectiligne de 0,20 m de large, peu profond et contenant des fragments de tuiles posés sur chant est bien visible (fig. 14). Un autre creusement peu profond de 0,20 à 0,25 m de large, contenant des matériaux en moindre quantité, est visible symétriquement côté externe. Entre ces deux comblements, un espace axial de 0,25 à 0,30 m de large, souvent dépourvu de matériaux, est visible. Sur les trois autres côtés, les vestiges sont moins bien conservés, mais on retrouve en général la même disposition, y compris au niveau de la gueule du four. La zone axiale « vierge » évoque la présence d’une pièce longitudinale disparue, correspondant probablement à une sablière basse en bois sur laquelle devaient être assemblés les éléments porteurs d’une cloison en bois.

57Il est difficile de déterminer avec lequel des deux fours l’édifice en bois a pu être édifié. Il semble néanmoins, si l’on s’en tient à la position respective des deux fours, que le premier F.1A occupe une place centrale parfaite, tandis que F.1B est décentré vers l’est. On peut donc considérer comme sérieuse l’hypothèse de l’édification de la halle dès l’implantation du premier four vers le milieu du ier s. apr. J.-C.

58Le choix de reconstruire le four F.1B sur les remblais du premier four dérasé entraînait des risques importants de tassement différentiel pouvant entraîner des désordres majeurs. Ce choix devait donc être dicté par des contraintes fortes : la volonté de conserver la halle pouvait en être la raison principale ; elle impliquait de rebâtir le nouveau four au même emplacement que le précédent, en position centrale sous l’édifice.

Figure 13 : Vestiges du négatif de la sablière basse (à gauche) et des trous de poteau de la halle-galerie, vue vers le sud.
Figure 13: Remains of the negative of the lower beam (left) and the post holes of the gallery, seen towards the south.

Figure 13 : Vestiges du négatif de la sablière basse (à gauche) et des trous de poteau de la halle-galerie, vue vers le sud. Figure 13: Remains of the negative of the lower beam (left) and the post holes of the gallery, seen towards the south.

D. Séris, Inrap.

Figure 14 : Vue zénithale des vestiges de la paroi est courant entre les poteaux périphériques.
Figure 14: Zenith view of the remains of the eastern wall between the peripheral posts.

Figure 14 : Vue zénithale des vestiges de la paroi est courant entre les poteaux périphériques. Figure 14: Zenith view of the remains of the eastern wall between the peripheral posts.

D. Séris, Inrap.

Le four F.2

59Le four F.2, la dernière structure de cuisson édifiée au sein de l’atelier, est installé à l’ouest des précédents, selon une orientation assez différente, presque nord-sud (N.351°). Toujours attribuable au type II E, il est néanmoins beaucoup plus vaste : sa chambre de chauffe de forme carrée, de 3,52 m de côté, dessine une aire de 12,40 m², soit le double de celles des deux premiers fours (fig. 15). L’alandier, curieusement légèrement désaxé par rapport à la chambre de chauffe (4°), est long de 2,30 m pour une largeur utile de 0,90 m.

  • 26 Seules les premières assises sont conservées dans le meilleur des cas. Le four a été l’objet d’une (...)

60Seul le couloir de l’alandier est dallé à l’aide de tegulae, le sol de la chambre de chauffe est laissé brut de creusement. Sept murets, larges de 0,41 m et espacés de 0,15 m, soutiennent la sole en ménageant un couloir central de 0,90 m. Du côté de la gueule du four, le premier muret est appuyé contre le mur antérieur du four, tout en laissant un vide de 0,10 m avec les murs latéraux. Tous les autres murets, adossés aux murs latéraux, sont édifiés26 avec quatre tegulae posées en boutisse (la longueur des tuiles déterminant la largeur des murets). Le dernier muret est accolé au mur postérieur du four.

61Les murs périphériques ainsi que celui de l’alandier sont tous édifiés selon le même principe : des tegulae complètes, posées en panneresse (dans le sens de leur longueur) constituent un chemisage interne, adossé aux maçonneries constituées de blocs de granite et de fragments de tuiles alternant en pseudo-arases ; l’ensemble représente une maçonnerie de 0,70 m d’épaisseur en général et près d’1 m au niveau de l’alandier. Près de celui-ci, une zone mieux préservée laisse penser que dans les parties plus hautes (à partir de 0,45 m), les tegulae étaient ensuite posées en boutisse, pénétrant davantage la maçonnerie et améliorant ainsi la stabilité de l’ouvrage.

Figure 15 : Plan des vestiges du four F.2.
Figure 15: Plan of the remains of kiln F.2.

Figure 15 : Plan des vestiges du four F.2. Figure 15: Plan of the remains of kiln F.2.

F. Sanz Pascual, J.-F. Nauleau, Inrap.

La halle de séchage

62Un édifice en bois long de 20 m et large de 6,50 m a été dégagé au nord-ouest du secteur des fours. Cet édifice de 130 m² se matérialise par une série de 32 ancrages de poteaux, de 0,20 à 0,60 m de diamètre, espacés de 1,65 m en moyenne (fig. 16).

63De rares restes céramiques contemporains de la période de production de l’atelier (40-70 apr. J.-C.) ont été mis au jour dans les comblements des négatifs de poteaux. Par ailleurs, la présence, dans l’emprise du bâtiment, de l’extrémité du fossé F.120, fossé de drainage de la fosse de travail du four F.2, incite à placer la période d’usage de la halle de séchage avant l’installation de ce troisième et dernier four. Il serait alors à rapprocher des fours F.1A et F.1B et de leur usage dans la seconde moitié du ier s. De plus, associer cette halle linéaire et l’ensemble four/halle-galerie paraît cohérent : il s’agit d’aménagements majeurs qui pourraient relever d’une même campagne de construction. Cependant, on peut aussi considérer que la présence de cet édifice trouve plus de justification au cours de la seconde phase de production : lorsque le four F.2 est construit et que la halle-galerie est démolie, la présence d’une halle de séchage est indispensable pour la remplacer.

  • 27 Concernant l’époque romaine, ce type d’installation est absent des ateliers strictement potiers, a (...)

64Les archives modernes et contemporaines permettent de préciser l’usage de tels bâtiments27. Lorsque les matériaux moulés à même le sol sont suffisamment secs pour pouvoir être transportés, ils sont soit rassemblés en tas sur tranche et couverts en cas d’intempérie, soit déplacés sous les halles, vastes bâtiments très aérés, mais couverts, pour achever leur séchage et être stockés à l’abri jusqu’à l’enfournement.

Figure 16 : Les ancrages des poteaux formant la halle de séchage de plan allongé.
Figure 16: The bases of the posts forming the elongated drying hall.

Figure 16 : Les ancrages des poteaux formant la halle de séchage de plan allongé. Figure 16: The bases of the posts forming the elongated drying hall.

D. Séris, Inrap.

Étude comparée des trois fours de la tuilerie de la Grosse Pierre

Évolution de la morphologie des fours et des organes porteurs

65Les trois fours de tuilier édifiés successivement appartiennent tous au même modèle, celui des fours quadrangulaires à tirage vertical et murets de soutènement transversaux à couloir axial (fig. 17). Ce type, défini par F. Le Ny comme le type II E, est de loin le four le plus fréquemment rencontré en Gaule du Nord. L’étude détaillée de ces trois fours successifs montre qu’ils ont assez largement évolué, des modifications majeures ayant été apportées au cours de la période d’activité de l’atelier.

Figure 17 : Évocation d’un modèle de four quadrangulaire à sole perforée d’époque romaine, de type « IIE ».
Figure 17: Model of a quadrangular kiln with a perforated floor from the Roman period, type “IIE”.

Figure 17 : Évocation d’un modèle de four quadrangulaire à sole perforée d’époque romaine, de type « IIE ». Figure 17: Model of a quadrangular kiln with a perforated floor from the Roman period, type “IIE”.

J.-F. Nauleau, Inrap.

Considérations générales

  • 28 Certains fours sont démunis de soles, les matériaux étant appuyés directement sur les murets trans (...)
  • 29 Ce principe des soles « suspendues » de four est identique à celui des hypocaustes des pièces ou d (...)

66Les fours à tirage vertical utilisent un procédé qui consiste à disposer les matériaux à cuire sur une sole ajourée reposant sur des murets28. Le feu alimenté au niveau de l’alandier, situé à l’avant du four, est conduit grâce à un ou plusieurs couloirs de chauffe sous la charge à cuire puis dans la chambre de cuisson grâce aux effets du tirage. Si le procédé est simple dans son ensemble, la mise en œuvre de la structure porteuse est assez délicate, un équilibre devant être trouvé entre la nécessité de supporter le poids considérable de la charge à cuire (voir infra), tout en ménageant suffisamment d’espaces vides dans les parties basses pour permettre une bonne circulation de la chaleur (fig. 18)29.

Figure 18 : Plan des massifs de soutènement de la chambre de chauffe des différents fours rapporté à celui d’un hypocauste.
Figure 18: Plan of the heating chamber of the different kilns compared to that of a hypocaust.

Figure 18 : Plan des massifs de soutènement de la chambre de chauffe des différents fours rapporté à celui d’un hypocauste. Figure 18: Plan of the heating chamber of the different kilns compared to that of a hypocaust.

J.-F. Nauleau, Inrap.

Le sol de la chambre de chauffe

67Première évolution, le sol de la chambre de chauffe est devenu plan : dans le four F.1A, le profil du sol impliquait des murets de soutènement corrigeant l’irrégularité du terrain et implantés sur un sol argileux au fort pendage. Autant de conditions favorisant un glissement des murets vers le couloir de chauffe axial, pouvant générer de graves désordres. Ce choix technique, dont le but était peut-être de favoriser, entre les murets, la montée des gaz chauds vers la sole a été abandonné au profit d’un sol plan, dallé pour F.1B et brut dans le cas de F.2.

L’évolution du plan

68Le premier four, F.1A, adopte une forme assez originale, avec une largeur supérieure à sa longueur, format peu courant dans la famille des fours de type II E. Il est possible que ce plan ait occasionné des difficultés à diffuser latéralement la chaleur. Quoi qu’il en soit, lorsque le four est reconstruit, son plan est nettement modifié : il est allongé de 0,20 m et réduit de 0,55 m en largeur, ce qui apparaît comme une réponse aux problèmes rencontrés.

69Le dernier four édifié revient à une solution intermédiaire entre les deux premiers, soit un plan parfaitement carré.

Les organes de soutien : un difficile équilibre entre solidité structurelle et efficacité fonctionnelle

  • 30 Comme pour la plupart des techniques romaines, ces tâtonnements et évolutions se sont déroulés sur (...)

70L’importance relative des massifs de soutien évolue assez nettement entre les trois fours : de 63 % pour le premier, elle passe à 71 % pour F.1B, jusqu’à 77,5 % pour le dernier, F.2 (fig. 18). Cette évolution peut répondre à deux impératifs : soit répondre à une faiblesse structurelle, mal évaluée au départ et qui tend à être corrigée au fil des évolutions du four, soit s’adapter à une hauteur croissante de l’édifice. Or, si on suppose que la hauteur du four est toujours proportionnée à sa longueur, il en découle que la sole du four F.2 doit supporter un poids nettement supérieur à celle des deux premiers fours. Le calcul du rapport entre le poids à supporter par m² et le taux « plein/vide » dans la chambre de chauffe montre qu’il est en réalité très stable et situé aux alentours de 30 : autrement formulé, on peut considérer que pour une charge de 30 kg/m² sur la sole, les organes de soutien « répondent » par un taux de plein/vide de 1 % dans la chambre de chauffe (tabl. I). Cette valeur s’appliquant d’ailleurs aussi aux hypocaustes. On voit donc comment, par une suite de tâtonnements, cette valeur d’équilibre a été atteinte pour tous les sols suspendus30.

71Les fours quadrangulaires possèdent un défaut majeur comparé aux structures de plan circulaire : l’homogénéité de la cuisson est difficile à assurer et les matériaux localisés dans les angles tendent à être sous-cuits. Ce problème devait vraisemblablement être rencontré ici.

  • 31 La sole elle-même était peut-être adaptée avec des perforations de plus grand diamètre dans les an (...)

72Des réponses ont d’ailleurs été apportées : dans le four F.1B, le dernier massif, plaqué contre la maçonnerie postérieure, est décollé des murs latéraux, forçant le flux d’air à pénétrer dans les angles de la chambre31. Le four F.2 montre un aménagement identique, mais concernant le premier muret et donc les deux angles antérieurs de la structure. Les conduits ménagés dans les murets de soutènement du four F.1B (fig. 10) et destinés à améliorer la circulation latérale de la chaleur figurent dans le même registre.

L’alandier

73Certaines caractéristiques du four n’ont pas ou peu évolué. Ainsi, l’alandier a gardé une même forme et sa longueur est liée à celle du four, à défaut d’être proportionnée : des longueurs de 2 m, 2,10 m et 2,30 m pour des fours longs respectivement de 2,20, 2,40 et 3,50 m. En revanche, dans le cas du four F.1A, un premier état révèle que l’alandier était plus large que le couloir de chauffe (1 m contre 0,80 m), avant d’être réduit et adapté à ce dernier par l’ajout de parements latéraux. Dans les deux autres cas, F.1B et F.2, alandier et couloir de chauffe ont, dès leur construction, la même largeur.

Évolution de la capacité des fours

Le calcul de la capacité des fours (tabl. I)

  • 32 Le calcul a été réalisé de manière à obtenir le même nombre de tegulae et d’imbrices malgré des vo (...)

74Les valeurs des surfaces des laboratoires et de leurs hauteurs estimées (voir infra) permettent de calculer les volumes utiles de chacun des fours : soit, respectivement, 13,7, 12,4 et 43,4 m³ pour F.1A, F.1B et F.2. Il est possible également de déterminer les capacités de cuisson des différents fours en tenant compte des volumes unitaires des matériaux et d’estimer le taux de remplissage (permettant la circulation d’air chaud et le tirage au travers de la charge) à partir d’exemples contemporains. Pour le four F.1A, le nombre obtenu est de 2 672 unités, soit 1 336 tegulae et autant d’imbrices, la charge représentant une masse totale de 10 tonnes32. Pour F.1B, les valeurs sont presque identiques : 2 432 et 9,1 tonnes. En revanche, F.2 appartient à une autre catégorie capacitaire : 8 480 tegulae et imbrices sont produits à chaque fournée, pour une masse totale de près de 32 tonnes de matériaux.

75Si les valeurs exprimées par ces calculs suffisent à se représenter la masse de la charge, il est malgré tout difficile de se figurer l’importance de la production unitaire des différents fours. De ce fait, il est possible de calculer à partir de ces chiffres un « équivalent-toiture ». Pour les gabarits de matériaux choisis, un calcul simple permet de déterminer le nombre de tuiles à mettre en œuvre par mètre carré : il est de 10,5, soit le nombre de tegulae et donc autant d’imbrices. Ainsi, on peut estimer que pour chaque cuisson, les trois fours produisent l’équivalent de 127, 116 et 404 m² de toiture. Pour encore mieux se figurer l’importance de cette production, on peut la rapporter à la surface de toiture d’une villa contemporaine de l’atelier de la Grosse Pierre. La fouille récente, en territoire picton, du site de la Treille de la Charlière à Chantonnay (Vendée), a livré les restes d’un domaine construit vers la fin du ier s. apr. J.-C., dont la surface des bâtiments (pars urbana et rustica) totalise environ 1 980 m², soit 2 150 m² de surface couverte (Pascal et al., 2020 ; Bonnin et al., 2021).

Tableau I : Tableau récapitulatif des caractéristiques des trois fours de la tuilerie de la Grosse Pierre.
Table I: Summary of the characteristics of the 3 kilns at the Grosse Pierre tile workshop.

Tableau I : Tableau récapitulatif des caractéristiques des trois fours de la tuilerie de la Grosse Pierre.Table I: Summary of the characteristics of the 3 kilns at the Grosse Pierre tile workshop.

J.-F. Nauleau, Inrap.

La production au cours d’une saison

  • 33 Jusqu’à l’arrivée des séchoirs à air forcé dans les premières tuileries modernes à la fin du xixe  (...)

76Comme déjà évoqué, la production des tuileries est saisonnière et ne se déroule qu’entre le début du printemps et le milieu de l’automne33. Durant l’hiver, le séchage de la production est impossible et le gel peut faire perdre la totalité des produits en cours de séchage.

  • 34 La paraison consiste à rectifier les produits après un premier séchage au moment de leur mise sur (...)

77Concernant le nombre de cuissons par saison, le facteur limitant est celui du temps nécessaire à la production des matériaux utiles au remplissage du four. Elle nécessite de vastes espaces de production permettant le moulage au sol des produits et une main-d’œuvre importante pour la difficile préparation de l’argile, le façonnage des produits, la paraison34 après quelques jours, puis les différentes manutentions (retournement, mise de chant, puis transport sous la halle et enfin enfournement).

  • 35 Voir NBP no 7.

78Pour les époques moderne et contemporaine, on dispose de nombreuses sources écrites nous renseignant sur le nombre de cuissons effectuées par saison, concernant des fours « debout » de dimension proche. Les chiffres obtenus sont situés entre 4 et 12 cuissons au maximum, mais les valeurs situées autour de 5 à 8 cuissons sont les plus fréquentes35. Les tuileries romaines, contrairement à celles de l’époque contemporaine, étaient dénuées de toute aide mécanique. En conséquence, le nombre de 5 cuissons par saison a été retenu. Ceci représente donc un équivalent-toiture de 635, 580 et 2 020 m² de matériaux produits par an respectivement pour les trois fours successifs.

79Au-delà de ce chiffre de capacité maximale, il est difficile de se figurer l’importance de la production réelle. Quelle était la nature de la tuilerie ? Un atelier permettant d’assurer les seuls besoins du domaine, à savoir les différents bâtiments de la villa et ceux des fermes dépendantes ? Une tuilerie inscrite dans un marché local et produisant alors plus largement ? Lorsque l’atelier produisait également de la céramique, il se situait évidemment dans le second cas de figure. Comme il est probable que les deux types de production aient été conjoints pendant un laps de temps, il est aussi probable que la production de matériaux allât au-delà des seuls besoins du domaine. Mais il est impossible d’affirmer que cette situation fut celle de l’atelier jusqu’à son terme.

  • 36 C’est le cas par exemple pour l’atelier de tuilier médiéval fouillé récemment à Beaupréau dans le (...)

80Pour mieux cerner la question des volumes de matériaux produits durant l’activité de l’atelier, un type de vestiges fait défaut ici : il s’agit des fosses d’extraction. Malgré l’ampleur du décapage, aucune fosse de ce type n’a été découverte. Tout au plus peut-on supposer que certaines des fosses de travail ont pu, dans un premier état, constituer de telles structures d’extraction (mais surtout, pour la construction des fours eux-mêmes, voir supra). Lorsque la fouille est exhaustive et que les fosses ont été repérées et étudiées, il est alors possible de quantifier la production totale de l’atelier, ce qui renseigne très utilement sur sa durée de vie36.

81Malgré tout, ce qui apparaît incidemment, c’est la faible diffusion des matériaux et des productions céramiques de l’atelier. Si l’étude de plusieurs lots de matériaux en terre cuite découverts sur des sites proches a permis de faire des rapprochements avec les productions de la Grosse Pierre, la diffusion des produits de l’atelier semble modeste. Dans le domaine céramique, où les données locales et régionales sont abondantes, le constat est le même.

82Ainsi, se dessine l’histoire d’un atelier ayant eu une production modeste, peut-être discontinue, sur une durée estimée à un siècle.

Des fours avec halle-galerie analogues ou proches : l’apport de l’archéologie des dernières décennies

83Depuis une dizaine d’années, des fours couverts par des édifices en bois plus ou moins élaborés ont été mis au jour, pour la plupart en Gaule Belgique et en Germanie (fig. 19, 20 et tabl. II). Un recensement — probablement non exhaustif — a permis d’identifier 16 sites, dont 5 ont livré des fours-halle présentant de nombreux points communs avec l’exemplaire de la Grosse Pierre.

84L’édifice montrant le plus de similarité a été découvert récemment en Côte-d’Or à Broin (Card et al., 2018). Le four est couvert par un édifice à quatre poteaux contre six à la Grosse Pierre et la halle possède sur chacun de ses côtés un poteau supplémentaire, portant sa surface à 157 m², contre 110 à Aubigny-Les Clouzeaux. Mais les deux édifices demeurent proches en taille. À Offemont (Territoire de Belfort), sur le site de la Cornée (Rilliot, 1976 ; Rilliot et Faudot, 1990), la disposition des poteaux est la même qu’à Broin, mais la surface totale de l’édifice est portée à 315 m². À Dambach-la-Ville, dans le Bas-Rhin (Kuhnle et al., 2005), seuls quatre poteaux portent la couverture du four, mais la galerie est constituée de six poteaux sur chacun de ses côtés, la surface de l’ensemble est de 236 m². Autre exemple très proche de celui de la Grosse Pierre, celui de Hombourg-Budange en Moselle : le site du Clos des Tourelles (Jeandemange et al., 2009) est le plus vaste de tous, avec une surface totale de 367 m², soit plus de trois fois celle de la halle de la Grosse Pierre. De forme carrée, elle est portée par sept appuis sur chacun des côtés, tandis que la structure centrale reste à quatre poteaux porteurs. L’édifice de Capellen découvert au Luxembourg est probablement du même type, mais les remaniements successifs compliquent son interprétation (Stoffel, 2009). Il s’agirait alors d’une halle de près de 400 m² avec une structure centrale portée par quatre poteaux majeurs et éventuellement des appuis intermédiaires (fig. 21). Dans le sud de la Gaule, trois sites ont livré des édifices de plan centré assez proches. Les poteaux de la halle périphérique rencontrés dans l’aire septentrionale et orientale de la Gaule sont, dans ce cas, remplacés par une maçonnerie. À Saint-Martin-Laguépie, dans le Tarn, la partie centrale couvrant le four est portée par quatre poteaux. En revanche, tous les autres supports sont maçonnés, délimitant une halle de 300 m² environ (Blanc et Blanc, 1980). Dans les deux autres cas, à Saint-Julien-de-Peyrolas dans le Gard (Goury, 1984) et dans l’Aude sur l’atelier de Sallèles-d’Aude (Laubenheimer, 1990), les quatre poteaux centraux sont abandonnés, suggérant que le four sert lui-même de support à la toiture surélevée, comme dans les exemples connus au xixe s.

85Les fours peuvent aussi être dotés d’édifices plus complexes et encore plus vastes comme à Ungersheim dans le Haut-Rhin (Lefranc et al., 2008) ou à Neupotz en Allemagne (Schulz, 2003), où la superficie de la halle est portée à 875 m². Dans les ateliers les plus vastes, les fours sont associés par deux et couverts par un bâtiment unique comme sur le remarquable site d’Hermalle-sous-Huy en Belgique (Frébutte et Gustin, 2006a ; 2006b) ou sur le site de production mixte de Sallèles-d’Aude (voir supra).

  • 37 Les exemples allemands sont essentiellement tirés de la thèse de F. Charlier (Charlier, 2011).

86En dehors des fours dotés de halles-galerie, des édifices en bois d’ampleur variée peuvent être rencontrés. Il peut s’agir de petits édifices rectangulaires couvrant le four et sa fosse de travail comme à Jockgrim ou Rheinzabern en Allemagne, Hegeney dans le Bas-Rhin, ou encore au Val-d’Esnoms en Haute-Marne (respectivement Bernhard, 1979 ; Trimpert, 2003 ; M’Barek-Demougin et al., 2016 ; Morel Lecornué et al., 2019)37.

Figure 19 : Répartition des tuileries d’époque romaine avec édifices associés au four.
Figure 19: Distribution of tile workshops from the Roman period with buildings associated with the kiln.

Figure 19 : Répartition des tuileries d’époque romaine avec édifices associés au four. Figure 19: Distribution of tile workshops from the Roman period with buildings associated with the kiln.

J.-F. Nauleau, Inrap.

87Plusieurs auteurs ont tenté de produire des restitutions graphiques, qui sont dans l’ensemble concordantes (fig. 20). F. Charlier a proposé des profils concernant les halles-galerie de Rheinzabern et Neupotz en Allemagne, ainsi que pour celles de Dambach-la-Ville et Hombourg-Budange (respectivement Charlier, 2011, p. 236 ; Charlier 2011, p. 257 ; Jeandemange et al., 2016, p. 405 ; Kuhnle et al., 2005, vol. 1, p. 79). Citons encore les travaux de J.-C. Golvin pour le site de Sallèles-d’Aude (Laubenheimer, 1995, p. 27) et ceux menés à Capellen (Stoffel, 2009, p. 242).

  • 38 Voir Charlier, 2011, p. 300-304, pour un développement important concernant ces questions. Des str (...)

88L’étude du rapport entre la surface de la chambre de cuisson du four et celle de la halle l’entourant montre que les valeurs sont dispersées (entre 10 et 60) et que les deux dimensions ne sont pas directement corrélées (tabl. II). Ceci traduit l’existence de pratiques opératoires variées selon les régions et les ateliers : pendant la phase de séchage, les matériaux ne transitent pas nécessairement tous par la halle-galerie. De plus, la présence d’une halle de séchage supplémentaire peut modifier également le trajet des matériaux depuis leur lieu de façonnage jusqu’au four. L’impact des conditions climatiques influe aussi nécessairement sur le mode de fabrication des matériaux et plus particulièrement sur la phase de séchage. Les situations sont très variées entre les territoires méridionaux et septentrionaux de la Gaule par exemple38.

Tableau II : Inventaire et caractéristiques principales des fours à halle-galerie d’époque romaine proches de celui de la Grosse Pierre.
Table II: Inventory and main characteristics of hall-gallery kilns similar to that of Grosse Pierre.

Tableau II : Inventaire et caractéristiques principales des fours à halle-galerie d’époque romaine proches de celui de la Grosse Pierre. Table II: Inventory and main characteristics of hall-gallery kilns similar to that of Grosse Pierre.

J.-F. Nauleau, Inrap.

Figure 20 : Plans simplifiés des fours à halle-galerie d’époque romaine proches de celui de la Grosse Pierre, d’après les rapports d’opérations et publications respectives.
Figure 20: Simplified plans of the hall-gallery kilns from the Roman period close to that of the Grosse Pierre, according to the respective operation reports and publications.

Figure 20 : Plans simplifiés des fours à halle-galerie d’époque romaine proches de celui de la Grosse Pierre, d’après les rapports d’opérations et publications respectives. Figure 20: Simplified plans of the hall-gallery kilns from the Roman period close to that of the Grosse Pierre, according to the respective operation reports and publications.

J.-F. Nauleau, Inrap.

Figure 21 : En haut : Restitution de la halle 1 du site de Hiereboesch à Capellen (Luxembourg). (D’après Stoffel, 2009, p. 242). En bas : Plan et restitution axonométrique de la halle-galerie de Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) par F. Charlier (Kuhnle et al., 2005, vol. 1, p. 79).
Figure 21: Top: Restitution of hall 1 of the Hiereboesch site in Capellen (Luxembourg) (After Stoffel, 2009, p. 242). Bottom: Plan and axonometric restitution of the hall-gallery of Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) by F. Charlier (Kuhnle et al., 2005, vol.1, p. 79).

Figure 21 : En haut : Restitution de la halle 1 du site de Hiereboesch à Capellen (Luxembourg). (D’après Stoffel, 2009, p. 242). En bas : Plan et restitution axonométrique de la halle-galerie de Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) par F. Charlier (Kuhnle et al., 2005, vol. 1, p. 79). Figure 21: Top: Restitution of hall 1 of the Hiereboesch site in Capellen (Luxembourg) (After Stoffel, 2009, p. 242). Bottom: Plan and axonometric restitution of the hall-gallery of Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) by F. Charlier (Kuhnle et al., 2005, vol.1, p. 79).

4. La restitution du four F.1B : un four doté d’une halle-galerie

89Dans l’optique de mieux comprendre l’architecture du four et de son bâtiment en bois associé, un travail de représentation graphique a été mené à partir des données réunies durant la fouille et d’une recherche documentaire concernant les halles-galeries du monde romain.

  • 39 Contenu multimédia développé avec la société Mazédia.

90Ce travail a été réalisé en 2016 et 2017 dans le cadre de l’élaboration de l’exposition « Terra Incognita » au centre d’interprétation archéologique de la métropole nantaise, le Chronographe, à Rezé. La restitution figurait dans l’exposition, sur une borne interactive animée39 et dans le catalogue d’exposition (Nauleau, Orefici, 2017, p. 14 et 17). Les différentes restitutions ont été approfondies grâce au travail présenté ici.

La restitution des élévations des fours

Les murets de soutènement et leurs arcs

91La mise en œuvre des murets de soutènement destinés à supporter la sole ne pose a priori aucun problème dans la conception d’un tel four. La difficulté vient du fait qu’il faut ménager un couloir central dans l’axe de l’alandier, nécessitant la construction d’arcs en partie haute de façon à assurer la continuité transversale des supports (fig. 17). Les exemples archéologiques nous montrent des arcs à profil en plein cintre à claveaux de briques ou tuiles. Soumis à de très fortes poussées verticales depuis le laboratoire (plusieurs tonnes voire dizaines de tonnes, voir supra), les arcs vont transmettre ces efforts latéralement vers les reins de voûte et les parties pleines des murets. Ceux-ci sont contrebutés par le terrain naturel contre lequel ils viennent s’adosser soit directement (F.1A), soit par l’intermédiaire d’un mur périphérique (F.1B, F.2). C’est probablement la raison principale de l’enfouissement de la chambre de chauffe, en plus de mettre à niveau la chambre de cuisson, facilitant les pénibles opérations d’enfournement et de défournement.

La sole : ajourée en argile ou en briques spécifiques ?

  • 40 Les témoignages archéologiques semblent montrer que la sole est coulée en plusieurs étapes avec sé (...)

92Dans le cas de fours de tuilier, les exemples archéologiques de sole conservée sont rares (ils sont plus nombreux dans le cas de fours de potier). Lorsque les conditions ont permis sa conservation, dans la grande majorité des cas, la sole est constituée d’une chape d’argile posée sur les murets (four de tuilier) ou piliers centraux (potier) et dotée de perforations au droit des vides entre organes de soutien. Cette argile maigre est coulée à l’aide de coffrages disposés dans les vides entre murets. Après un temps de séchage, la sole est cuite au cours de la première chauffe40. Cette version, techniquement la plus simple parmi celles qui sont connues, a été retenue dans le cas des fours F.1B et F.2 de la Grosse Pierre.

  • 41 Un parallèle a été fait dans l’article de 2012 (Mortreau et al., 2012) avec des briques claveau ét (...)
  • 42 Une recherche documentaire n’a pas permis de trouver d’équivalents directs à ces matériaux, mais d (...)

93Concernant le four F.1A, les niveaux fouillés dans l’alandier (US 118) et correspondant aux restes liés à sa destruction avant l’installation du four F.1B, ont livré des restes de briques singulières (fig. 22). Il s’agit de trois fragments de briques à mortaises déformées par des cuissons successives. L’intensité de leur déformation et la présence de perforations incitent à penser que ces matériaux étaient mis en œuvre dans la sole elle-même. On peut tenter d’en proposer une restitution : ce sont des briques carrées (environ 42 cm de côté) munies d’une perforation oblongue centrale et latéralement d’encoches de même hauteur, mais d’une demi-largeur41. Placées côte à côte, elles ménagent des perforations longitudinales de 0,18 par 0,06 m régulièrement espacées42. Placées sur les murets de soutènement des fours F.1A et F.1B, elles semblent remplir parfaitement leur usage, en réservant 13 perforations entre chaque muret, soit 65 perforations pour l’ensemble du four. Pour le premier et dernier muret, les briques doivent reposer sur les murs antérieurs et postérieurs : soit une réserve est prévue dans les maçonneries, soit l’élévation est construite après la pose de la sole. Compte tenu de la position archéologique de ces restes, seul le four F.1A aurait été doté d’une sole employant ces matériaux.

Figure 22 : Restitution des briques de la sole du four F.1A et proposition de mise en œuvre.
Figure 22: Restitution of the bricks of the floor of the F.1A kiln and implementation proposal.

Figure 22 : Restitution des briques de la sole du four F.1A et proposition de mise en œuvre. Figure 22: Restitution of the bricks of the floor of the F.1A kiln and implementation proposal.

J.-F. Nauleau, Inrap.

La voûte de l’alandier et la façade du four

94La voûte de l’alandier est réalisée dans le prolongement des arcs des murets en conservant son plein cintre. Contrairement à la partie centrale du four, les maçonneries de l’alandier ne sont pas contrebutées par le terrain naturel en raison de leur largeur moindre. C’est ce qui pourrait expliquer l’épaississement souvent constaté des murs de l’alandier par rapport aux autres : il permet de supporter les poussées de la voûte de l’alandier.

Les murs périphériques

95Dans la chambre de chauffe, les murs périphériques ne sont conservés que dans leur partie basse. Il est probable que les élévations disparues aient été de même nature. C’est ce que suggèrent les exemples modernes et contemporains régionaux : le chemisage de tuiles observé par exemple pour le four F.2 est proche du parement interne en brique relevé dans les fours du secteur d’Arthon (Chaumes-en-Retz, Loire-Atlantique) ou ceux du village de Bourseguin en Vendée (commune de Bourneau).

96La question de l’estimation de la hauteur des murs périphériques ne peut être abordée que par un rapprochement avec les fours modernes et contemporains régionaux de même type, au travers de l’étude des exemplaires encore en élévation, ou par l’intermédiaire des sources écrites. On constate alors que le rapport entre la hauteur et les dimensions en plan du four est assez variable.

  • 43 Son volume interne est donc de 20,70 m³ (Orefici et Nauleau, 2019, p. 317).
  • 44 Archives départementales de la Vendée, 5M154.
  • 45 Archives départementales de la Vendée, 5MM327/1.
  • 46 Archives départementales de la Vendée, 5MM116/2.
  • 47 Archives départementales de la Loire-Atlantique, 5M480.

97De nombreux exemples de fours « debout » nous montrent que la hauteur du four peut être proche de celle de sa longueur ou de sa largeur. À Arthon, un four étudié récemment et localisé à la Feuillardais possède une chambre de cuisson de 3,55 × 2,25 m, tandis que sa hauteur est de 2,60 m (fig. 23)43. Les abondants documents d’archives du xixe s. nous fournissent d’autres précieuses données. En Vendée, en 1854, au lieu-dit Grissay, commune de Fontenay-le-Comte, le laboratoire d’un four à 3 couloirs de chauffe mesure 4 × 4,30 m en interne, alors que sa hauteur totale est de 4,06 m, dont 1,40 m au-dessous du sol, soit seulement 2,66 m au-dessus du sol44. À Chassenon-le-Bourg (commune de Xanton-Chassenon) en 1860, est décrit un four carré de 2 m en interne, alors que sa hauteur est de 2,50 m au-dessus du sol45. Enfin, sur le territoire de Chaillé-les-Marais, en 1863, un grand four de plan carré mesure 6 m hors-tout ; sa hauteur totale est de 6,50 m avec la partie en sous-sol, soit environ un volume utile cubique de 4,70 m de côté46. À Bouvron en Loire-Atlantique, un four de 1863 est décrit comme carré et mesurant : 2,33 m de côté pour 2 m de haut47.

Figure 23 : Plan et coupe du four de la Feuillardais à Arthon (commune de Chaumes-en-Retz).
Figure 23: Plan and section of the Feuillardais kiln in Arthon (commune of Chaumes-en-Retz).

Figure 23 : Plan et coupe du four de la Feuillardais à Arthon (commune de Chaumes-en-Retz). Figure 23: Plan and section of the Feuillardais kiln in Arthon (commune of Chaumes-en-Retz).

J.-F. Nauleau, Inrap.

  • 48 Archives départementales de la Loire-Atlantique, 5M481.
  • 49 Four édifié vers la fin du xixe s., probablement sur un four plus ancien (Orain, 1994, p. 17‑19 ; (...)

98Toutefois, cette corrélation approximative entre la hauteur et les dimensions en plan n’est pas systématique. Toujours à Arthon, un autre four est décrit comme possédant une chambre de cuisson carrée de 3 m de côté et haute de 5 m (Ortais, 1984). À Saint-Nazaire en 1865, une demande d’ouverture de four montre un four de plan carré de 5 m de côté pour une hauteur de 8 m48. Cependant, le four est voûté et, d’après un autre exemple de la même commune (dossier Bregeot, 1862), ces fours pouvaient être renforcés par un cerclage métallique (fig. 24). Au Fuilet (commune de Montrevault-sur-Èvre, Maine-et-Loire), dans le village de la Rimonerie, le four « Foulonneau », encore en élévation et couvert d’une charpente, mesure 2,60 m de longueur pour une hauteur de 4,20 m de charge utile (fig. 25)49.

  • 50 Un recensement des mentions de tuileries, briqueteries, fours à chaux pour le département de la Sa (...)

99En Sarthe, les documents d’archives concernant les tuileries contemporaines sont très abondants50. Une exploitation des données concernant la taille des fours donne les résultats suivants : les 22 structures intégralement décrites révèlent des valeurs moyennes de 2,93 m en longueur, 2,31 m en largeur et 4,60 m en hauteur, soit une hauteur double de celle de la largeur.

100Ces proportions prouvent que la hauteur d’un four n’est pas strictement limitée à sa largeur ou à sa longueur en raison d’impératifs techniques contraignants : un travail plus spécifique mériterait d’être consacré à cette question. Le travail de restitution a été basé sur une option « basse », c’est-à-dire une hauteur limitée à celle de la largeur du four.

Figure 24 : Plan et élévation d’un four projeté à Saint-Nazaire en 1865 (archives départementales de la Loire-Atlantique, 5M481, dossier Renaud).
Figure 24: Plan and elevation of an kiln planned for Saint-Nazaire in 1865 (ADLA 5M481, Renaud file).

Figure 24 : Plan et élévation d’un four projeté à Saint-Nazaire en 1865 (archives départementales de la Loire-Atlantique, 5M481, dossier Renaud). Figure 24: Plan and elevation of an kiln planned for Saint-Nazaire in 1865 (ADLA 5M481, Renaud file).

L. Orefici.

Figure 25 : Élévations et profil longitudinal du four Foulonneau à la Rimonerie, au Fuilet (commune de Montrevault-sur-Èvre, Maine-et-Loire).
Figure 25: Elevations and longitudinal profile of the Foulonneau kiln at Rimonerie, in Le Fuilet (Commune of Montrevault-sur-Èvre , Maine-et-Loire).

Figure 25 : Élévations et profil longitudinal du four Foulonneau à la Rimonerie, au Fuilet (commune de Montrevault-sur-Èvre, Maine-et-Loire). Figure 25: Elevations and longitudinal profile of the Foulonneau kiln at Rimonerie, in Le Fuilet (Commune of Montrevault-sur-Èvre , Maine-et-Loire).

D’après Orain, 1994.

La fosse de travail, la porte du laboratoire

101La porte du laboratoire est aménagée sous forme d’une étroite ouverture dans le mur périphérique, au niveau de la sole, à l’opposé de la gueule du four. Cette ouverture devait être suffisamment large pour permettre une circulation aisée, mais devait être bouchée à chaque cuisson, probablement en conservant le principe constructif des murs périphériques, avec des matériaux en terre cuite montés à l’argile (techniques en usage dans certaines tuileries vendéennes jusqu’à la fin du xxe s.).

  • 51 Le cendrier est un espace souterrain aménagé sous l’alandier et qui en est séparé par une grille ( (...)

102Les fosses de travail associées à chacun des fours sont assez importantes, notamment, la fosse des fours F.1A et F.1B. Elles sont le lieu d’activité du chauffeur qui doit alimenter en combustible le foyer pendant toute la durée de la cuisson. Plusieurs trous de poteau — difficiles à interpréter — témoignent des aménagements divers portés à la gueule du four : abris sommaires protégeant le chauffeur pendant les quelques jours de cuisson. La fosse est aussi le lieu de stockage d’une partie du bois et des fagots, ainsi que l’endroit où sont entreposées les braises encombrant l’alandier, lorsque cette pratique du « débraisage » est nécessaire : la cuisson nécessite une flamme vive, d’où le choix d’essences de bois adaptées, mais en l’absence de cendrier, la purge des braises à intervalles réguliers est parfois indispensable (Charlier, 2011, p. 695)51.

103La vaste fosse de travail des fours F.1A et F.1B, dont les dimensions semblent surdimensionnées a sans doute servi à l’origine de fosse d’extraction d’argile. Peut-être dans le but d’alimenter l’atelier de potier, mais plus vraisemblablement pour la construction du four de tuilier lui-même. Le calcul du volume des maçonneries du four donne un chiffre de 35 m³ environ pour les fours F.1A et F.1B, dont approximativement la moitié devait être assurée par de l’argile. De médiocre qualité lorsqu’elle est extraite en surface, l’argile peut difficilement être utilisée sans traitement préalable lorsqu’elle est destinée à la tuilerie et encore moins pour l’activité potière de l’atelier.

La restitution graphique du four dans son ensemble

104Pour la restitution graphique, le choix s’est porté sur le four dans son état 2, c’est-à-dire le four F.1B, accompagné de sa halle-galerie en bois. À partir de tous les éléments de réflexion développés dans la première partie de cette étude, la restitution du four dans son ensemble a pu être entreprise (fig. 26).

105Dans une fosse de 5 × 3,60 m, des murs périphériques sont édifiés jusqu’au niveau du sol et un dallage y est posé. Les murets transversaux munis d’un arc en plein cintre ménagent un couloir central de 0,75 m de large, pour une hauteur à l’intrados de 0,80 m. La sole, épaisse d’une vingtaine de centimètres est posée sur les murets à une hauteur de 1,10 m. Des carneaux verticaux sont ménagés, orifices d’environ 10 cm de diamètre, dont une dizaine est alignée dans chaque intervalle entre murets, soit environ 40 pour la totalité du four. À l’avant du four, l’alandier, long de 2 m, est voûté en plein cintre dans le prolongement du couloir de chauffe. Les murs périphériques sont élevés jusqu’à une hauteur de 2,20 m, soit la largeur approximative du four. Une porte d’enfournement de 0,60 m de large est réservée à l’opposé de la gueule du four.

La restitution de la halle (fig. 27)

106Les questions étaient plus nombreuses concernant l’architecture de la halle, la documentation susceptible d’apporter des réponses, étant moins abondante. Néanmoins, quelques fouilles ont mis au jour des aménagements de même nature et des restitutions ont été proposées (voir § 3.6). Des exemples modernes et contemporains étonnamment similaires (fig. 28), accompagnés d’une documentation iconographique, ont permis d’affiner les restitutions. C’est le cas par exemple de la tuilerie de Saint-Cyr-sur-Menthon dans l’Ain, dont la halle-galerie est très proche de celle de la Grosse Pierre (néanmoins, la couverture du four est portée par des piliers maçonnés posés sur les murs périphériques du four). D’autres exemples du sud de la Gaule sont fondés sur des plans identiques, mais les éléments porteurs de la galerie sont maçonnés, perpétuant de façon étonnante un parti pris constructif méridional en cours durant l’époque romaine (fig. 29).

Figure 26 : Profils longitudinal (haut) et transversal (bas) de la halle-galerie et du four de la Grosse Pierre.
Figure26: Longitudinal and transverse profiles of the hall-gallery and the Grosse Pierre kiln.

Figure 26 : Profils longitudinal (haut) et transversal (bas) de la halle-galerie et du four de la Grosse Pierre. Figure26: Longitudinal and transverse profiles of the hall-gallery and the Grosse Pierre kiln.

F. Sanz Pascual, Inrap.

Figure 27 : Évocation de la halle-galerie et du four de la Grosse Pierre.
Figure 27: The hall-gallery and the Grosse Pierre kiln.

Figure 27 : Évocation de la halle-galerie et du four de la Grosse Pierre. Figure 27: The hall-gallery and the Grosse Pierre kiln.

F. Sanz Pascual, J.-F. Nauleau, Inrap.

Figure 28 : Tuilerie de Bresse à Saint-Cyr-sur-Menthon (Ain).
Figure 28: Bresse tile workshop in Saint-Cyr-sur-Menthon (Ain).

Figure 28 : Tuilerie de Bresse à Saint-Cyr-sur-Menthon (Ain). Figure 28: Bresse tile workshop in Saint-Cyr-sur-Menthon (Ain).

Collection particulière.

Figure 29 : Plan d’une tuilerie projetée sur la commune de Buzet (AD31 5M5 ; d’après Nègre, 2001, p. 22).
Figure 29: Plan of a tile workshop planned for the town of Buzet (AD31 5M5; after Nègre, 2001, p. 22).

Figure 29 : Plan d’une tuilerie projetée sur la commune de Buzet (AD31 5M5 ; d’après Nègre, 2001, p. 22). Figure 29: Plan of a tile workshop planned for the town of Buzet (AD31 5M5; after Nègre, 2001, p. 22).

La couverture du four

107La présence d’une charpente en bois au-dessus d’un four de tuilier est contre-intuitive : les températures atteintes étant considérables (autour de 1 000 °C), les escarbilles sont nombreuses au-dessus du four et les risques d’incendie sont élevés.

  • 52 Des matériaux recouvrent la charge à cuire pendant toute la durée de la cuisson, la chaleur ressen (...)

108Pourtant, la présence de six ancrages de poteaux de fort gabarit autour du four F.1 ne laisse que peu de doute. En outre, il s’avère que les exemples de fours couverts d’une charpente en bois abondent. Placée haut au-dessus du four et ouverte sur ses pignons, elle n’est finalement que peu touchée par l’impact thermique du four52.

109Techniquement, la solution retenue est simple. Elle est celle de six poteaux soutenant trois fermes raidies par des contrefiches et portant des pannes et chevrons. Les poteaux porteurs sont dotés d’aisseliers assurant le contreventement, de même que la panne faîtière. La restitution a permis de retenir une hauteur de faîtage minimum de 5,90 m.

110Pour renforcer la ventilation et le tirage, il est possible que seules des imbrices aient été posées en couverture : un tel choix technique n’est évidemment pas documenté archéologiquement, il reprendrait en revanche le mode de pose des bâtiments-halles des tuileries modernes et contemporaines, comme aux Rairies (Maine-et-Loire).

La halle périphérique

111Les 12 poteaux périphériques ont été interprétés comme ceux d’une halle à toiture en appentis, appuyée contre les 6 poteaux centraux. Les caractéristiques retenues sont les mêmes que pour le bâtiment central : demi-fermes soutenant pannes et chevrons, contreventement par liens et contrefiches et couverture en tuiles.

112La hauteur des halles de séchage est en général faible, permettant une bonne protection face aux intempéries. Ici, à l’égout, la hauteur utile retenue est de 1,80 m (toiture à 2,05 m), ce qui permet d’obtenir, avec une pente fixée à 25°, une hauteur amont de 2,80 m (toiture à 3,35 m).

5. L’expérimentation : construction d’une réplique et conduite d’une cuisson

113Après la réalisation du travail de restitution, des questions concernant l’architecture du four et son mode de fonctionnement étaient demeurées en suspens. Le recours à une expérimentation menée sur un four reconstruit avec des techniques et des matériaux aussi proches que possible du sujet d’étude est apparu rapidement comme un possible complément du travail académique mené sur le four. On sait, en effet qu’une activité artisanale est le fruit d’interactions nombreuses entre un territoire (ses matériaux, ses conditions climatiques, etc.) et des artisans possesseurs d’un savoir-faire propre à ce territoire. L’objectif étant d’approcher au plus près ces conditions pour tenter de percevoir ces interactions, comme dans le cas des expérimentations menées en paléométallurgie (Leroy et al., 2000) ou sur la fabrication de la chaux (Méloche, 2018 ; Carrive et al., 2022).

  • 53 Exposition intitulée « Les magiciens de la terre. Une histoire de la terre cuite architecturale en (...)

114En 2018, l’Historial de la Vendée des Lucs-sur-Boulogne a souhaité valoriser la riche histoire des tuileries vendéennes. Un travail de recherche et de médiation a donc été réalisé en partenariat avec l’Inrap et le conseil départemental de la Vendée. En plus de l’exposition consacrée à l’histoire de ces tuileries sur la longue durée, les partenaires ont souhaité créer un temps fort de médiation accompagnant une expérimentation scientifique, en construisant une réplique du four de la Grosse Pierre et en y menant une cuisson expérimentale53.

Le chantier de construction du four

La préparation

  • 54 Un grand merci à Jean-Paul et Pascal Gauvrit, tuiliers à Aizenay (Vendée) pour leur soutien passio (...)
  • 55 Pour tous les calculs permettant de quantifier le four originel, les dimensions devront être doubl (...)

115La réflexion préalable à la réalisation du chantier a réuni archéologues, historiens, responsables du site de l’Historial et tuiliers professionnels vendéens54. Il a été décidé de construire la réplique du four à l’échelle ½, valeur permettant de concilier à la fois un temps de chantier raisonnable et une restitution de suffisamment grande taille pour conserver les caractéristiques intrinsèques du modèle initial. Ainsi, avec une telle échelle, le four est long de 2 m, large de 1,85 m, sa hauteur de 1,25 m et le volume de la chambre de cuisson est de 1,6 m³ (fig. 30)55.

  • 56 Tuilerie Lutton, La Merlatière (Vendée).

116Les matériaux employés sont identiques à ceux utilisés sur le modèle originel, des tuiles et briques de différentes natures, des ratés de cuisson essentiellement, fournis par les tuiliers associés au projet. Pour les murets de soutènement et les maçonneries de l’alandier, de petites briques chantignolles ont été utilisées : longues de 0,21 m, épaisses de 2,5 cm (et larges de 0,11 m), elles ont l’avantage d’avoir, à l’échelle choisie, les dimensions des matériaux romains d’origine (à l’exception de la largeur). Quant à l’argile employée, elle provient d’un autre atelier artisanal partenaire du projet56. Afin d’éviter un retrait trop fort, et pour garantir une meilleure stabilité, un faible pourcentage de chaux a été ajouté à la préparation argileuse. Les quantités nécessaires demeurent importantes malgré l’échelle choisie : environ 5 m³ de matériaux sont nécessaires pour l’ensemble des maçonneries, dont la moitié en argile et l’autre en matériaux en terre cuite.

  • 57 Merci à Camille Joly, Yohan Mantey, Valentin Biguereau et Guillaume Chamarre pour leur contributio (...)

117Une équipe d’une dizaine de personnes a été constituée, dont deux tuiliers professionnels et quatre étudiants en master d’archéologie à l’université de Nantes, pour une durée de chantier de trois jours57. Des moyens mécaniques facilitant le travail de préparation des argiles ont été engagés, sous la forme d’une malaxeuse à moteur électrique.

Figure 30 : Plan et coupes de la réplique du four à l’échelle ½.
Figure 30: Plan and sections of the 1/2 scale replica of the kiln.

Figure 30 : Plan et coupes de la réplique du four à l’échelle ½. Figure 30: Plan and sections of the 1/2 scale replica of the kiln.

J.-F. Nauleau, Inrap.

Le chantier

Le terrassement et les maçonneries basses (fig. 31)

118Le terrassement a été effectué à l’aide d’une pelle mécanique : une fosse de 2 × 1,90 m a été creusée sur une profondeur de 0,60 m. Dans le prolongement de cette fosse, une rampe a été aménagée permettant l’accès à la gueule du four.

119Un dallage de carreaux a été posé au sol sur l’ensemble de l’emprise du four. Un parement de briques adossé contre le substrat argileux a été aménagé sur toute la périphérie de la fosse. L’élévation des murets a alors pu débuter : jusqu’à une hauteur de 0,20 m, les parties latérales ont été édifiées en réservant le couloir central, large de 0,35 m. À partir de 0,20 m, un cintre a été placé à hauteur pour édifier les arcs. Les briques utilisées en claveau sont les mêmes que pour le reste des murets, mais à l’extrados, les joints sont garnis de façon plus importante. Les reins sont chargés au fur et à mesure de l’élévation des maçonneries, jusqu’à affleurer l’extrados des arcs. Pour la partie alandier, la méthode de construction a été la même, seul le cintre long d’1 m était différent. Il faut préciser que pour des questions de temps, des briques claveaux perforées ont été utilisées pour les murets postérieurs : 11 d’entre elles étaient nécessaires pour la totalité d’un arc. La pose des premières assises des murs périphériques a débuté dans le même temps.

Les maçonneries hautes et la sole perforée (fig. 31 et 32)

  • 58 Notamment des tuiles à rebord, tegulae modernes, fabriquées spécifiquement pour le chantier de res (...)

120Le lendemain, deuxième jour du chantier, les murets ont été achevés, pendant que les murs périphériques étaient élevés. Pour faciliter le travail, des briques creuses ont été employées pour le parement interne de la chambre de cuisson : larges de 0,12 m, elles permettaient la pose en complément de matériaux de 0,30 m de large en parement externe, qui ont été chaînés à intervalles réguliers avec ce parement interne58. La porte de chargement, large de 0,50 m, a été aménagée.

121Afin de faciliter le coulage de la sole, des briques chantignolles ont été posées transversalement sur les murets, à intervalles réguliers entre les futures perforations. Une chape d’argile a été confectionnée avec des terres cuites pilées mêlées à des fibres végétales (fauche de prairie récoltée sur place et hachée) permettant de donner de la consistance à la préparation : coulée sur les têtes de murets et sur les briques coiffant les espaces entre murets, la sole a été facilement mise en œuvre. Des bois de section moyenne fichés entre les briques ont permis de réserver les perforations. Retirés après quelques heures, les bois ont rempli parfaitement leur rôle.

Figure 31 : Chantier de construction de la réplique du four à l’échelle ½ ; édification de l’alandier, des murets de soutènement et des murs périphériques.
Figure 31: Construction site for the 1/2 scale kiln replica; construction of the front and low parts of the kiln and peripheral walls.

Figure 31 : Chantier de construction de la réplique du four à l’échelle ½ ; édification de l’alandier, des murets de soutènement et des murs périphériques. Figure 31: Construction site for the 1/2 scale kiln replica; construction of the front and low parts of the kiln and peripheral walls.

J.-F. Nauleau, Inrap.

Les finitions diverses

122Le dernier jour du chantier a été consacré à l’achèvement des parties hautes, à l’enduisage des parements externes, au jointoiement des maçonneries de briques, au lissage de la sole et au nettoyage de la chambre de chauffe. Une perforation a été pratiquée au-dessus de l’alandier de façon à pouvoir introduire la canne pyrométrique dans le four durant la cuisson. Le soir même, un premier feu a été réalisé de façon à vérifier le bon tirage de la structure et à favoriser son séchage : les premiers essais ont été satisfaisants.

Le chantier de construction et ses enseignements

123D’un point de vue technique, aucune difficulté majeure n’a été rencontrée : la réalisation des arcs et de la voûte ainsi que le coulage de la sole ont été aisés. En revanche, la préparation de l’argile s’est révélée être le poste du chantier le plus exigeant en main-d’œuvre. Malgré l’emploi du malaxeur, la manutention de cette argile grasse s’avère très pénible. En définitive, c’est ce poste qui impose le rythme d’avancement du travail. La marche du chantier a été insuffisante au regard du temps disponible, c’est pourquoi des concessions à la feuille de route ont été faites comme l’utilisation de briques claveaux pour les arcs des murets et de briques creuses en parement interne. Néanmoins, le chantier a été mené à bien sans difficulté technique particulière avec, pour l’échelle retenue, 30 jours-hommes de travail requis.

Figure 32 : Le four à l’issue du chantier de construction et enfournement des matériaux dans la chambre de cuisson ; vue de la sole perforée et de la porte d’accès.
Figure 32: The kiln at the end of the construction site and loading of materials into the firing chamber; view of the perforated base and the access door.

Figure 32 : Le four à l’issue du chantier de construction et enfournement des matériaux dans la chambre de cuisson ; vue de la sole perforée et de la porte d’accès. Figure 32: The kiln at the end of the construction site and loading of materials into the firing chamber; view of the perforated base and the access door.

J.-F. Nauleau, Inrap.

La quantification du chantier d’origine

124À partir des données récoltées durant l’expérimentation, on peut tenter de quantifier le volume de travail nécessaire à la réalisation du chantier d’origine. Les 30 jours requis sont à multiplier par un facteur 8 pour s’approcher de la réalité de l’échelle 1 du chantier romain, soit 240 jours. Cependant, ce chiffre est basé sur un certain nombre d’estimations susceptibles de faire varier sensiblement le résultat final. Il faut considérer par exemple que seuls les deux tuiliers partenaires du projet possédaient de réelles compétences en matière de construction de four et qu’une grande part de l’équipe ne connaissait en matière de truelle que celle de l’archéologue… Cependant, on doit considérer aussi que les terrassements ont été effectués mécaniquement ; le malaxage des terres, poste le plus gourmand en main-d’œuvre, a été lui aussi partiellement mécanisé.

  • 59 Comme évoqué précédemment, on peut supposer que les argiles extraites durant le creusement de la f (...)

125Un examen plus détaillé des différentes phases du chantier permet d’affiner le chiffre global proposé de 240 jours. En ce qui concerne les terrassements de départ, le volume de la fosse excavée est estimé à 30 m³, soit un travail cumulé de 15 à 25 jours. Concernant le malaxage, 4 jours ont été utilisés pour préparer les 2 m³ de mortier d’argile ; sans l’aide mécanique et en y ajoutant le travail d’extraction, on peut estimer que le temps de travail est à multiplier approximativement par 2 : pour préparer les 20 m³ du chantier romain, le chiffre obtenu est situé dans une fourchette de 60 à 100 jours pour la seule préparation du mortier de terre59. En ce qui concerne le travail de maçonnerie proprement dit, le volume des murs à édifier est de 35 m³ environ (avec une proportion sensiblement égale entre les fragments de terre cuite et le mortier de terre). Compte tenu des rendements connus dans le travail journalier d’un maçon et de l’existence de parties plus délicates à mettre en œuvre (usage de cintres pour les arcs et la sole), le chiffre retenu se situe entre 40 et 80 jours. Au final, le chiffre obtenu est contenu dans un intervalle de 115 à 205 jours/homme de travail, soit une valeur médiane de 160 jours assez nettement inférieure à celle proposée initialement.

126Quelles que soient les incertitudes demeurant à l’issue de l’estimation, ce chiffre permet de se représenter l’importance du chantier : 160 jours représentent un travail en continu d’environ 1,5 mois avec 4 individus. Il faudrait évidemment ajouter tous les travaux de charpenterie indispensables à la construction des bâtiments en bois, couverture du four, halle périphérique autour du four. Cela permet de se figurer néanmoins l’investissement nécessaire à l’édification d’un tel four.

La cuisson expérimentale

Les préparatifs

Le séchage du four

127Seulement deux semaines se sont écoulées entre la fin du chantier de construction et la cuisson, ce qui est notoirement insuffisant. Plusieurs feux ont été menés dans les jours précédant la cuisson. Concernant les parties basses, si la sole a semblé suffisamment sèche, les massifs de l’alandier ne l’étaient pas. Quant aux murs périphériques, l’emploi de briques creuses en interne a facilité le séchage des parements de la chambre de cuisson. En revanche, en externe, ces murs périphériques étaient incomplètement secs.

L’enfournement (fig. 32)

128C’est une phase primordiale dans le processus de cuisson : la densité des matériaux doit être forte, mais des vides communiquant doivent être ménagés afin d’assurer un tirage suffisant permettant de mener une cuisson satisfaisante. Les professionnels accompagnant le projet ont partagé leur expérience dans ce domaine, même si celle-ci s’est construite sur des fours à tirage horizontal.

129La charge à cuire a été constituée de matériaux de provenances diverses : des répliques de matériaux anciens (tegulae, imbrices, carreaux à décor incrusté médiévaux), des productions potières et des productions variées des tuiliers partenaires (tuiles creuses, tuiles à rebords contemporaines). La variété de ces matériaux a compliqué l’enfournement et a induit également une difficulté supplémentaire pour la cuisson. De façon contre-intuitive, les tuiles, pourtant les plus fragiles, sont toujours placées à la base du chargement, briques et carreaux de sol, plus lourds, sont empilés sur les rangs de tuiles. Cette disposition est destinée à obtenir un degré de cuisson supérieur pour les tuiles, placées au plus près de la sole. Le recouvrement de la charge à cuire s’est fait avec des matériaux cuits et fracturés.

Le combustible

130Le combustible utilisé a été principalement du bois résineux ainsi que des essences diverses, mais toujours de petite section.

La cuisson proprement dite

La chauffe (fig. 33)

  • 60 La canne pyrométrique installée en partie haute par l’orifice aménagé en façade a été déplacée rég (...)

131La cuisson s’est étalée sur une vingtaine d’heures au total et a été documentée par des mesures régulières de température. Elles ont essentiellement été pratiquées en partie haute de la chambre, mais d’autres ont été réalisées en partie basse ainsi qu’à l’arrière du four au niveau de la porte60. Toutes les observations signifiantes ont été consignées dans un cahier.

132La cuisson a débuté par une montée lente en température afin de favoriser l’expulsion de l’humidité résiduelle, le feu n’a été accentué qu’après 5 à 6 heures. Cependant, la courbe de température montre une progression linéaire de la température et ne retranscrit que très peu les paliers ressentis durant la chauffe (fig. 34). Des explosions ont été entendues assez rapidement à l’arrière de la charge et le tirage a été altéré dans cette portion du four : la mesure des températures au travers de la porte a traduit ces difficultés pendant le reste de la cuisson, celles-ci étant inférieures d’environ 200 °C à celles du reste du four.

133Le rougeoiement de la charge et du parement interne de la chambre de cuisson a été obtenu après environ 15 heures de chauffe : la température atteinte était de l’ordre de 875 °C en partie haute, mais plus de 960 °C en partie basse, soit 20 cm au-dessus de la sole. Un palier de 4 heures a été maintenu à cette température. Après 19 heures de chauffe, le four a été fermé hermétiquement (gueule, couvrement). Les prises de température effectuées pendant ce refroidissement montrent une baisse linéaire, parfaitement symétrique à celle de la chauffe. Après 32 heures de mesure, la chambre était descendue à 60 °C, permettant son défournement.

Figure 33 : Cuisson expérimentale dans la réplique du four ; l’étape du grand feu.
Figure 33: Experimental firing in the replica of the kiln; the big fire stage.

Figure 33 : Cuisson expérimentale dans la réplique du four ; l’étape du grand feu. Figure 33: Experimental firing in the replica of the kiln; the big fire stage.

J.-F. Nauleau, Inrap.

Figure 34 : Courbes des températures relevées au cours de l’expérimentation.
Figure 34: Temperature curves recorded during the experiment.

Figure 34 : Courbes des températures relevées au cours de l’expérimentation. Figure 34: Temperature curves recorded during the experiment.

J.-F. Nauleau, Inrap.

Le défournement

  • 61 Briques insuffisamment sèches, placées en partie basse au-dessus des carneaux, qui n’ont pas résis (...)

134Le défournement, long de plusieurs heures, a permis de constater que, dans l’ensemble, la cuisson a été de très bonne qualité (fig. 35). Seule la désagrégation de matériaux en début de cuisson ayant provoqué l’obturation de plusieurs carneaux de sole a entraîné une cuisson insuffisante au niveau de la porte d’enfournement : une cinquantaine de tuiles creuses se sont avérées très insuffisamment cuites61.

La cuisson et ses enseignements

  • 62 La tuilerie Gauvrit utilise des fours dits « couchés », à tirage horizontal : le feu est placé à l (...)

135Malgré le bénéfice de l’expérience des professionnels, aucun membre de l’équipe n’avait encore mené une cuisson dans un four à tirage vertical de cette taille62. Pourtant, la chauffe s’est avérée facile à mener et à contrôler : hausse et baisse ont été régulières et linéaires. Le défournement a montré que la cuisson s’est avérée très homogène, y compris dans les angles de la chambre de cuisson.

  • 63 Archives départementales de la Loire-Atlantique, 5M480.

136Il est possible que la durée de la cuisson du four originel soit sensiblement supérieure à celle de la réplique : même si les proportions entre toutes les parties du four sont identiques au modèle, l’inertie des maçonneries doit jouer un rôle non négligeable à l’échelle 1. Cependant, une durée de cuisson de 32 heures est assez proche de celles de fours contemporains de même type décrits dans les archives d’époque contemporaine. À Blain (Loire-Atlantique), par exemple, Victor Rialland dépose en 1863 une demande d’autorisation pour construire un four63. Des nuisances pour le voisinage sont mentionnées, car la hauteur du four (debout) est de 3 à 4 m. Le voisinage « sera exposé à un véritable supplice pendant la durée de chauffe de 30 à 40 heures cela tous les 15 jours pendant 6 mois, pour peu que cet établissement ait un débouché pour ses produits ». À Arthon, pour le grand feu, on parle d’une durée de 48 heures pendant lesquelles sont consommés 1 000 fagots (Orefici et Nauleau, 2019, p. 316).

137Le four lui-même a subi très peu de déformations, malgré un séchage insuffisant : quelques fissures sont à noter dans les murs périphériques, mais tiennent surtout à la différence de comportements entre les deux parements édifiés (briques perforées en interne et briques pleines/argile en externe). La sole a remarquablement résisté et ne montre aucune détérioration majeure (fig. 35). L’examen des parties souterraines a révélé que quelques claveaux des arcs de murets sont descellés et sont descendus de quelques centimètres.

Figure 35 : La réplique du four après le défournement avec un échantillon des matériaux produits.
Figure 35: The replica of the kiln after unloading with a sample of the materials produced.

Figure 35 : La réplique du four après le défournement avec un échantillon des matériaux produits. Figure 35: The replica of the kiln after unloading with a sample of the materials produced.

J.-F. Nauleau, Inrap.

Bilan critique de l’expérimentation

138Au regard des ambitions initiales, un regard critique sur les résultats de ce travail montre que les objectifs principaux du projet ont été atteints.

139En matière d’étude des matériaux en terre cuite et de leurs structures de production, le recours au temps long est une précieuse source d’éléments de compréhension. S’il est à l’évidence marqué par la culture technique de son temps, il est aussi soumis aux exigences de sa matière première : cela a fortement conditionné les formes architecturales associées.

140Le chantier d’édification de la réplique et l’expérimentation qui s’en est suivie ont été riches d’enseignements. Malgré les quelques concessions accordées au projet d’origine, le recours à la pratique a été une source très importante de compréhension technique, permettant de revenir sur l’étude des vestiges et leur interprétation à la lumière de l’expérience vécue.

141Au-delà de ces aspects techniques, pour toute l’équipe scientifique associée au projet, la construction du four, le façonnage de matériaux et enfin la cuisson, ont été l’occasion d’une compréhension technique et « sensible » de la matière argileuse. Le séchage et la cuisson des argiles sont des processus complexes conduisant à des transformations spectaculaires de la matière, dans lesquelles le facteur temps intervient d’une façon essentielle. Tenter de l’appréhender intellectuellement sans mettre « la main à la pâte », prive nécessairement les chercheurs d’une part importante de la compréhension de ces processus lents.

142Le travail avec des tuiliers contemporains au profil artisanal fort s’est avéré très riche : le patrimoine culturel immatériel dont ils sont porteurs a pu être mis à profit pour tenter d’approcher au plus près la culture technique des tuiliers romains, dont bien des points les rapprochent malgré les deux millénaires séparant leurs activités respectives. C’est peut-être l’un des enseignements principaux de ce projet.

6. Le four de la Grosse Pierre, un modèle abouti et diffusé dans l’Empire

143Le four du site de la Grosse Pierre apparaît comme une structure de production aboutie et tirée d’un modèle (type II E de F. Le Ny) très largement répandu en Gaule et au-delà. La conception de ce type de four favorise sa stabilité : l’enfouissement de la chambre de chauffe permet le contrebutement des arcs des murets de soutènement par le terrain naturel. Il occasionne par ailleurs la mise au niveau du sol de la chambre de cuisson engendrant une pénibilité moindre dans la manutention des matériaux.

144L’ensemble associant le four et sa halle-galerie constitue un ensemble architectural assez largement diffusé. Plusieurs exemples proches de celui de la Grosse Pierre ont été découverts en Gaule Belgique et en Germanie. À ces occurrences, on peut ajouter trois exemples situés en Narbonnaise, présentant une variante maçonnée des halles en bois septentrionales. Cette forme architecturale spécifique apparaît dès le ier s. apr. J.-C. et perdure jusqu’au iiie voire ive s. apr. J.-C. L’existence de modèles de tuileries diffusés pendant plusieurs siècles en Gaule sous une forme stable est donc avérée.

145L’éloignement de la tuilerie de la Grosse Pierre par rapport aux ateliers de Gaule Belgique de même nature amène à s’interroger sur les vecteurs de diffusion du modèle. On peut évoquer le savoir-faire détenu par des maîtres d’œuvre recrutés par des commanditaires propriétaires de domaines. Leur savoir spécifique devait leur permettre d’être aisément employés par les élites, dont l’appartenance à des réseaux mobiles a permis la large diffusion de modèles types. L’hypothèse la plus probable est celle d’un maître d’œuvre (maître maçon) ayant exercé dans les territoires de la Gaule Belgique et qui aurait eu l’occasion de construire lui-même ou de voir bâtis sur ces territoires des édifices de ce type.

146En matière architecturale, existait-il des plans types circulant dans l’Empire ? Pour les formes d’habitat les plus prestigieuses, domus ou villae, ainsi que pour les aménagements « publics », il est certain que des carnets de modèles circulaient entre notables au cours de leurs rencontres (Maligorne, 2006, p. 198). L’existence de parchemins (membranulae) présentant des catalogues d’édifices permettant au commanditaire de faire son choix est même attestée (Gros, 2006, p. 514‑516). Mais ce qui est vrai pour des édifices majeurs ne l’est pas nécessairement pour les structures artisanales d’un domaine.

147La similitude des exemplaires de fours avec halle-galerie du xixe s., étonnamment proches des formes romaines, montre que les contraintes des matériaux, les exigences et spécificités de l’activité artisanale sont fortes : in fine, elles produisent des formes architecturales similaires, y compris à près de deux millénaires de distance. Dans une certaine mesure, dans le domaine des ateliers de fabrication de matériaux en terre cuite, la terre impose son rythme à la production et ses formes à l’architecture.

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Bibliographie

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Notes

1 Commune nouvelle créée le 1er janvier 2016 et issue de la fusion des communes d’Aubigny et des Clouzeaux.

2 Ceci explique le manque de documentation photographique concernant certains vestiges, tel le four F.2.

3 Un recensement des ateliers à l’échelle du quart nord-ouest de la Gaule est difficile à établir, dans la mesure où l’état actuel des connaissances (base Patriarche) est largement biaisé par l’hétérogénéité des recherches menées sur les territoires concernés (impact des prospections pédestres en Bretagne par exemple, voir Ferdière, 2012).

4 Le travail de restitution a été réalisé principalement dans le cadre de l’exposition présentée au Chronographe à Rezé et de l’édition de son catalogue (Nauleau et Orefici, 2017).

5 Le four a été construit à l’Historial des Lucs-sur-Boulogne (conseil départemental de Vendée).

6 Les briques pour colonne sont d’excellents marqueurs d’architecture de type villa, où elles sont employées dans les galeries à portique fréquemment édifiées en façade (Nauleau, 2013, p. 235-236). Les tubulures, quant à elles, sont employées en tant que boisseau de cheminée dans les pièces chauffées des villae ou domus ou pour constituer des cloisons chauffantes plus complexes dans des édifices thermaux.

7 Pour d’autres développements concernant les tuileries d’époque moderne en Loire-Atlantique et Vendée, voir le travail sur les ateliers d’Arthon, commune de Chaumes-en-Retz (Orefici et Nauleau, 2019).

8 La commune de Nesmy accueille encore un potier en activité.

9 Les données concernant l’année 1836 proviennent du recensement et sont issues du travail d’Alain Champagne (2021).

10 Devenu le toponyme Bois Clos, situé à une quinzaine de kilomètres au sud-est de la tuilerie de la Grosse Pierre.

11 Olla est emprunté du latin aula « marmite », aussi écrit aulla (Chapelot et Chapelot, 2001, p. 124).

12 Ajoutons également les terres cuites employées dans les édifices religieux carolingiens (Guibert et al., 2008 ; Blain, 2011), mais qui restent elles aussi exceptionnelles, pour la région l’abbatiale de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu (Héber-Suffrin et al., 2015) et la collégiale de Saint-Martin d’Angers (Prigent, 2016) par exemple. Les matériaux qui se développent à partir du xiie s. sont radicalement différents de leurs homologues romains : types, tailles et même pâtes utilisées permettent de distinguer aisément les deux « cultures techniques » (Nauleau, 2016). Le terme de « réinvention » est utilisé pour la brique du xiie s. par certains auteurs (Debonne, 2010).

13 Quelques sites de production sont actifs comme celui de l’atelier de Saran dans le Loiret (Jesset, 2014), mais ils semblent exceptionnels.

14 Base Patriarche du ministère de la Culture, état des connaissances en 2010.

15 Par exemple pour l’Italie : Gelichi et Novara, 2000 ; De Minicis, 2001 et pour l’Espagne : Araguas, 2018.

16 Un gisement de kaolin assez vaste s’étend sur les communes de Nesmy et Chaillé-sous-les-Ormeaux (Gadé, 1994, p. 10‑11).

17 Le rôle de la ressource en eau dans le choix d’implantation d’un atelier est souvent surévalué : en réalité, les besoins sont limités, l’argile ayant au printemps une teneur en eau assez élevée ne nécessitant que des ajustements mineurs dans la fosse de marchage durant la phase de corroyage. Dans la plupart des ateliers modernes et contemporains, seul un puits satisfaisait aux besoins en eau (témoignage d’un ancien artisan tuilier).

18 Pour davantage de détails, se reporter à l’article consacré à ce seul sujet (Mortreau et al., 2012).

19 Voir Nauleau, 2013 pour de plus amples développements.

20 Le rapport de fouille de 2006 ne donne pas d’indications précises pour l’ensemble des structures comportant des tegulae archéologiquement complètes, mais lorsque l’information manque, la qualité des relevés a permis de compléter les données de façon satisfaisante. Sont concernés les fours F.1A (planche 12), F.1B (planche 20), F.2 (planche 24), F.9 (planche 30) et F.115 (planche 28).

21 Centre de datation par le radiocarbone, université Claude-Bernard Lyon 1, Ly-14503 (Séris et al., 2008, p. 175‑176).

22 Ly-14502 (ibid., p. 177-178).

23 Elles ont été réalisées par Nicolas Warmé (Inrap), en collaboration avec le laboratoire de paléomagnétisme du parc Saint-Maur de l’Institut de physique du globe de Paris (Warmé, 2008).

24 Elle montre que tout le grand quart nord-ouest de la Gaule partage une culture technique commune en matière de matériaux en terre cuite. L’appartenance de la zone d’étude à des civitates différentes et à deux provinces ne semble pas jouer un rôle prééminent. L’existence de gabarits imposés par la puissance publique (tels ceux avérés pendant la période médiévale en contexte urbain) n’étant pas connue en Gaule, c’est plutôt la circulation de « cartons » au sein d’une corporation de tuiliers qui est envisagée (Bouet, 1999 ; Clément, 2013, p. 118‑119). On peut aussi imaginer l’existence d’équipes spécialisées itinérantes associées au maître d’œuvre et se déplaçant au gré des marchés passés avec des commanditaires, jouant le rôle de vecteur de diffusion de la culture technique (Maligorne, 2006). Une grande part de ce savoir-faire se transmet de façon tacite, ne laissant que peu de traces à l’historien ou à l’archéologue (Pérez et Verna, 2009).

25 Seuls trois ont été réellement dégagés, le dernier a été restitué.

26 Seules les premières assises sont conservées dans le meilleur des cas. Le four a été l’objet d’une intense campagne de récupération et les vestiges altérés par le réseau racinaire d’un arbre de fort gabarit.

27 Concernant l’époque romaine, ce type d’installation est absent des ateliers strictement potiers, alors qu’il est très fréquent au sein des tuileries, lorsque les vestiges sont bien conservés.

28 Certains fours sont démunis de soles, les matériaux étant appuyés directement sur les murets transversaux (voir fig. 23), mais cette disposition, fréquente à l’époque contemporaine, est excessivement rare durant l’époque romaine (Charlier, 2011, p. 485‑491).

29 Ce principe des soles « suspendues » de four est identique à celui des hypocaustes des pièces ou des bains chauffés, employant une suspensura posée sur des pilettes régulièrement espacées. Cependant une suspensura d’hypocauste ne doit répondre qu’à des contraintes faibles : son propre poids, éventuellement des aménagements secondaires et le poids — négligeable — des usagers, soit pour une épaisseur de 0,15 m, un poids d’environ 300 kg/m² (la densité des matériaux de construction, briques bipedales, béton de tuileau, placage de roche, mortier, etc. est évaluée à 2, soit 2 tonnes/m³). Pour les trois fours étudiés ici, les valeurs sont sans commune mesure et situées entre 1 900 et 2 600 kg/m². Par conséquent, les réponses techniques apportées sont très différentes : dans le cas d’un hypocauste, les organes de support sont matérialisés par des pilettes discontinues, tandis que dans le cas des fours, des murets continus parallèles sont utilisés. Les « pleins », n’occupant alors que 11 % de l’espace dans le premier cas, contre 63 à 77 % dans le second.

30 Comme pour la plupart des techniques romaines, ces tâtonnements et évolutions se sont déroulés sur le territoire italien ou dans les parties les plus dynamiques de l’Empire durant le ier s. av. J.-C. Lorsque ces procédés de construction arrivent en Gaule du Nord dans le courant du ier s. apr. J.-C., ils sont matures et n’évolueront qu’à la marge.

31 La sole elle-même était peut-être adaptée avec des perforations de plus grand diamètre dans les angles.

32 Le calcul a été réalisé de manière à obtenir le même nombre de tegulae et d’imbrices malgré des volumes unitaires différents, dans le but de manier des chiffres en « équivalent-toiture ».

33 Jusqu’à l’arrivée des séchoirs à air forcé dans les premières tuileries modernes à la fin du xixe s., cette contrainte perdurera. Dans bien des ateliers vendéens, il faut même attendre la seconde moitié du xxe s. pour voir les premiers séchoirs équiper les ateliers et les productions devenir permanentes.

34 La paraison consiste à rectifier les produits après un premier séchage au moment de leur mise sur chant et de leur empilement : les bourrelets de débordement du moule sont retirés, le sable anti-adhésif raclé et les encoches réalisées.

35 Voir NBP no 7.

36 C’est le cas par exemple pour l’atelier de tuilier médiéval fouillé récemment à Beaupréau dans le Maine-et-Loire (Nauleau et al., 2020).

37 Les exemples allemands sont essentiellement tirés de la thèse de F. Charlier (Charlier, 2011).

38 Voir Charlier, 2011, p. 300-304, pour un développement important concernant ces questions. Des structures en appentis aménagées autour du four vont continuer à exister pendant le Moyen Âge : elles sont attestées vers le début du xive s. au château de Gosnay près de Béthune (Pas-de-Calais) : un texte mentionne sans équivoque que le four est accosté d’appentis « pour faire les appentis qui sont al un leys et al autre dou four des briques » (Carette, Derœux, 1985, p. 40). Ces appentis sont également avérés à Arthon pour la période contemporaine, avec de part et d’autre deux structures légères adossées au four et dénommées « issues » (Orefici, Nauleau, 2019, p. 317‑320).

39 Contenu multimédia développé avec la société Mazédia.

40 Les témoignages archéologiques semblent montrer que la sole est coulée en plusieurs étapes avec séchage entre chacune. D’après la documentation rassemblée (photos, coupes) concernant le four des Rivières à Varrains (Maine-et-Loire), évalué en une demi-journée en 1983, la sole appartient très vraisemblablement à ce type (dossier communal, Service régional de l’archéologie, site no 49 362 0001).

41 Un parallèle a été fait dans l’article de 2012 (Mortreau et al., 2012) avec des briques claveau étudiées par M. Fincker (Fincker, 1986) et A. Bouet (Bouet, 1999), mais le réexamen plus attentif de ces éléments nous incite à revenir sur cette interprétation.

42 Une recherche documentaire n’a pas permis de trouver d’équivalents directs à ces matériaux, mais des briques à échancrures latérales seules sont en revanche connues dans le monde romain en Gaule, à La Charce (Drome), à Vignols (Corrèze), à Annecy-le-Vieux (Haute-Savoie), à Fréjus (Var) ou sur le territoire germanique (Charlier, 2011, p. 507-512). En revanche, sur le site de production du haut Moyen Âge de Saran (Loiret), S. Jesset a rencontré des matériaux de même catégorie ; il en propose une restitution identique (Jesset, 2014, p. 192-193).

43 Son volume interne est donc de 20,70 m³ (Orefici et Nauleau, 2019, p. 317).

44 Archives départementales de la Vendée, 5M154.

45 Archives départementales de la Vendée, 5MM327/1.

46 Archives départementales de la Vendée, 5MM116/2.

47 Archives départementales de la Loire-Atlantique, 5M480.

48 Archives départementales de la Loire-Atlantique, 5M481.

49 Four édifié vers la fin du xixe s., probablement sur un four plus ancien (Orain, 1994, p. 17‑19 ; Bouyer, 2016).

50 Un recensement des mentions de tuileries, briqueteries, fours à chaux pour le département de la Sarthe a été réalisé par le service de l’inventaire des Pays de la Loire en 2009, à partir de la série 5M119 (autorisations d’ouverture 1819-1875) et des patentes (2P1581 à 2P1585). Le travail a été repris dans le cadre du projet collectif de recherche consacré à l’enceinte romaine du Mans, dans le but de localiser ces ateliers et les gisements argileux exploités (Nauleau, 2020).

51 Le cendrier est un espace souterrain aménagé sous l’alandier et qui en est séparé par une grille (métallique ou de briques ajourées) favorisant la chute des braises et des cendres, ainsi que le maintien d’un feu oxygéné et donc vif. La documentation archéologique ne mentionne pas de tels aménagements ; il faut attendre la période contemporaine pour les rencontrer. En Vendée, des témoignages attestent la valorisation du charbon de bois éteint à la sortie de l’alandier et conditionné en sacs pour la vente (tuilerie Guibert-Nauleau, Saint-Martin-des-Noyers).

52 Des matériaux recouvrent la charge à cuire pendant toute la durée de la cuisson, la chaleur ressentie à l’aplomb du four est forte, mais sans danger pour une charpente (voir expérimentation).

53 Exposition intitulée « Les magiciens de la terre. Une histoire de la terre cuite architecturale en Vendée depuis 2 000 ans ». Commissariat d’exposition : S. Corson, L. Orefici, J.-F. Nauleau, 2018.

54 Un grand merci à Jean-Paul et Pascal Gauvrit, tuiliers à Aizenay (Vendée) pour leur soutien passionné au projet. Leur entreprise produit essentiellement des matériaux pour les chantiers de restauration avec des méthodes encore largement manuelles. Ils sont les derniers artisans tuiliers à exercer en Vendée, ils étaient 153 en 1848.

55 Pour tous les calculs permettant de quantifier le four originel, les dimensions devront être doublées, les surfaces quadruplées et les volumes multipliés par un facteur 8.

56 Tuilerie Lutton, La Merlatière (Vendée).

57 Merci à Camille Joly, Yohan Mantey, Valentin Biguereau et Guillaume Chamarre pour leur contribution au projet.

58 Notamment des tuiles à rebord, tegulae modernes, fabriquées spécifiquement pour le chantier de restauration de la villa néo-classique de la Garenne-Lemot à Gétigné - Clisson (Loire-Atlantique).

59 Comme évoqué précédemment, on peut supposer que les argiles extraites durant le creusement de la fosse du four et de la fosse de travail ont été au moins en partie utilisées pour l’édification du four.

60 La canne pyrométrique installée en partie haute par l’orifice aménagé en façade a été déplacée régulièrement : au travers de la charge, les zones basses de la chambre ont été atteintes et, à l’arrière, des perforations avaient été ménagées également dans la porte condamnée.

61 Briques insuffisamment sèches, placées en partie basse au-dessus des carneaux, qui n’ont pas résisté à la hausse de la température.

62 La tuilerie Gauvrit utilise des fours dits « couchés », à tirage horizontal : le feu est placé à l’avant de la charge et les cheminées situées à l’arrière assurent le déplacement de la flamme dans la charge à cuire.

63 Archives départementales de la Loire-Atlantique, 5M480.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 : Localisation du site de la tuilerie de la Grosse Pierre dans son cadre actuel. Figure 1: Location of the Grosse Pierre tile factory site in its current setting.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-1.png
Fichier image/png, 547k
Titre Figure 2 : État des connaissances concernant la partie occidentale du territoire picton durant le Haut-Empire. Figure 2: Current knowledge of the western part of the Picton territory during the Early Roman Empire.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap, d’après Hervé-Monteil et al., 2021 ; Monteil, 2022.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-2.png
Fichier image/png, 581k
Titre Figure 3 : Contexte géomorphologique du site de la Grosse Pierre et toponymie associée. Figure 3: Geomorphological context of the Grosse Pierre site and associated toponymy.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-3.png
Fichier image/png, 2,9M
Titre Figure 4 : Plan général des vestiges de la tuilerie de la Grosse Pierre à Aubigny-Les Clouzeaux (Vendée). Figure 4: General plan of the remains of the Grosse Pierre tile kiln in Aubigny-Les Clouzeaux (Vendée).
Crédits F. Sanz Pascual, J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-4.png
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Titre Figure 5 : Planche synthétique de la production potière de l’atelier de la Grosse Pierre. Figure 5: Overview of pottery production from the Grosse Pierre workshop.
Crédits M. Mortreau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-5.png
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Titre Figure 6 : Inventaire typologique des matériaux produits au sein de l’atelier de la Grosse Pierre. Figure 6: Typological inventory of materials produced in the Grosse Pierre workshop.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-6.png
Fichier image/png, 96k
Titre Figure 7 : Schéma synthétique relatif à la datation des fours de tuilier et de potier. Figure 7: Diagram relating to the dating of tile and potter’s kilns.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-7.png
Fichier image/png, 126k
Titre Figure 8 : Plan et coupe des vestiges du premier four implanté dans l’atelier, F.1A. Figure 8: Plan and section of the remains of the first kiln set up in the workshop, F.1A.
Crédits F. Sanz Pascual, J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-8.png
Fichier image/png, 217k
Titre Figure 9 : Vestiges du four F.1A, apparaissant sous ceux du four F.1B. Figure 9: Photo of the remains of kiln F.1A, appearing under those of kiln F.1B.
Crédits Cliché D. Séris, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 5,7M
Titre Figure 10 : Plan et coupe des vestiges du four F.1B. Figure 10: Plan and section of the remains of the F.1B kiln.
Crédits F. Sanz Pascual, J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-10.jpg
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Titre Figure 11 : Cliché pris depuis le sud du four F.1B. Figure 11: Photo taken from the south of kiln F.1B.
Crédits D. Séris, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 2,3M
Titre Figure 12 : Plan et coupes des trous de poteau et des tranchées d’installation de sablières basses de la halle-galerie. Figure 12: Plan and sections of the post holes and installation trenches for the low beam of the gallery.
Crédits F. Sanz Pascual, J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 490k
Titre Figure 13 : Vestiges du négatif de la sablière basse (à gauche) et des trous de poteau de la halle-galerie, vue vers le sud. Figure 13: Remains of the negative of the lower beam (left) and the post holes of the gallery, seen towards the south.
Crédits D. Séris, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 2,3M
Titre Figure 14 : Vue zénithale des vestiges de la paroi est courant entre les poteaux périphériques. Figure 14: Zenith view of the remains of the eastern wall between the peripheral posts.
Crédits D. Séris, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 1,0M
Titre Figure 15 : Plan des vestiges du four F.2. Figure 15: Plan of the remains of kiln F.2.
Crédits F. Sanz Pascual, J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-15.png
Fichier image/png, 552k
Titre Figure 16 : Les ancrages des poteaux formant la halle de séchage de plan allongé. Figure 16: The bases of the posts forming the elongated drying hall.
Crédits D. Séris, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 4,0M
Titre Figure 17 : Évocation d’un modèle de four quadrangulaire à sole perforée d’époque romaine, de type « IIE ». Figure 17: Model of a quadrangular kiln with a perforated floor from the Roman period, type “IIE”.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-17.png
Fichier image/png, 1,4M
Titre Figure 18 : Plan des massifs de soutènement de la chambre de chauffe des différents fours rapporté à celui d’un hypocauste. Figure 18: Plan of the heating chamber of the different kilns compared to that of a hypocaust.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-18.png
Fichier image/png, 745k
Titre Tableau I : Tableau récapitulatif des caractéristiques des trois fours de la tuilerie de la Grosse Pierre.Table I: Summary of the characteristics of the 3 kilns at the Grosse Pierre tile workshop.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-19.jpg
Fichier image/jpeg, 146k
Titre Figure 19 : Répartition des tuileries d’époque romaine avec édifices associés au four. Figure 19: Distribution of tile workshops from the Roman period with buildings associated with the kiln.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-20.png
Fichier image/png, 318k
Titre Tableau II : Inventaire et caractéristiques principales des fours à halle-galerie d’époque romaine proches de celui de la Grosse Pierre. Table II: Inventory and main characteristics of hall-gallery kilns similar to that of Grosse Pierre.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-21.jpg
Fichier image/jpeg, 412k
Titre Figure 20 : Plans simplifiés des fours à halle-galerie d’époque romaine proches de celui de la Grosse Pierre, d’après les rapports d’opérations et publications respectives. Figure 20: Simplified plans of the hall-gallery kilns from the Roman period close to that of the Grosse Pierre, according to the respective operation reports and publications.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-22.png
Fichier image/png, 453k
Titre Figure 21 : En haut : Restitution de la halle 1 du site de Hiereboesch à Capellen (Luxembourg). (D’après Stoffel, 2009, p. 242). En bas : Plan et restitution axonométrique de la halle-galerie de Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) par F. Charlier (Kuhnle et al., 2005, vol. 1, p. 79). Figure 21: Top: Restitution of hall 1 of the Hiereboesch site in Capellen (Luxembourg) (After Stoffel, 2009, p. 242). Bottom: Plan and axonometric restitution of the hall-gallery of Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) by F. Charlier (Kuhnle et al., 2005, vol.1, p. 79).
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-23.png
Fichier image/png, 354k
Titre Figure 22 : Restitution des briques de la sole du four F.1A et proposition de mise en œuvre. Figure 22: Restitution of the bricks of the floor of the F.1A kiln and implementation proposal.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-24.png
Fichier image/png, 81k
Titre Figure 23 : Plan et coupe du four de la Feuillardais à Arthon (commune de Chaumes-en-Retz). Figure 23: Plan and section of the Feuillardais kiln in Arthon (commune of Chaumes-en-Retz).
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-25.png
Fichier image/png, 656k
Titre Figure 24 : Plan et élévation d’un four projeté à Saint-Nazaire en 1865 (archives départementales de la Loire-Atlantique, 5M481, dossier Renaud). Figure 24: Plan and elevation of an kiln planned for Saint-Nazaire in 1865 (ADLA 5M481, Renaud file).
Crédits L. Orefici.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-26.jpg
Fichier image/jpeg, 2,0M
Titre Figure 25 : Élévations et profil longitudinal du four Foulonneau à la Rimonerie, au Fuilet (commune de Montrevault-sur-Èvre, Maine-et-Loire). Figure 25: Elevations and longitudinal profile of the Foulonneau kiln at Rimonerie, in Le Fuilet (Commune of Montrevault-sur-Èvre , Maine-et-Loire).
Crédits D’après Orain, 1994.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-27.png
Fichier image/png, 1006k
Titre Figure 26 : Profils longitudinal (haut) et transversal (bas) de la halle-galerie et du four de la Grosse Pierre. Figure26: Longitudinal and transverse profiles of the hall-gallery and the Grosse Pierre kiln.
Crédits F. Sanz Pascual, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-28.jpg
Fichier image/jpeg, 2,4M
Titre Figure 27 : Évocation de la halle-galerie et du four de la Grosse Pierre. Figure 27: The hall-gallery and the Grosse Pierre kiln.
Crédits F. Sanz Pascual, J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-29.jpg
Fichier image/jpeg, 5,5M
Titre Figure 28 : Tuilerie de Bresse à Saint-Cyr-sur-Menthon (Ain). Figure 28: Bresse tile workshop in Saint-Cyr-sur-Menthon (Ain).
Crédits Collection particulière.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-30.jpg
Fichier image/jpeg, 4,9M
Titre Figure 29 : Plan d’une tuilerie projetée sur la commune de Buzet (AD31 5M5 ; d’après Nègre, 2001, p. 22). Figure 29: Plan of a tile workshop planned for the town of Buzet (AD31 5M5; after Nègre, 2001, p. 22).
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-31.jpg
Fichier image/jpeg, 304k
Titre Figure 30 : Plan et coupes de la réplique du four à l’échelle ½. Figure 30: Plan and sections of the 1/2 scale replica of the kiln.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-32.png
Fichier image/png, 625k
Titre Figure 31 : Chantier de construction de la réplique du four à l’échelle ½ ; édification de l’alandier, des murets de soutènement et des murs périphériques. Figure 31: Construction site for the 1/2 scale kiln replica; construction of the front and low parts of the kiln and peripheral walls.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-33.jpg
Fichier image/jpeg, 7,6M
Titre Figure 32 : Le four à l’issue du chantier de construction et enfournement des matériaux dans la chambre de cuisson ; vue de la sole perforée et de la porte d’accès. Figure 32: The kiln at the end of the construction site and loading of materials into the firing chamber; view of the perforated base and the access door.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-34.jpg
Fichier image/jpeg, 7,2M
Titre Figure 33 : Cuisson expérimentale dans la réplique du four ; l’étape du grand feu. Figure 33: Experimental firing in the replica of the kiln; the big fire stage.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-35.jpg
Fichier image/jpeg, 193k
Titre Figure 34 : Courbes des températures relevées au cours de l’expérimentation. Figure 34: Temperature curves recorded during the experiment.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-36.png
Fichier image/png, 178k
Titre Figure 35 : La réplique du four après le défournement avec un échantillon des matériaux produits. Figure 35: The replica of the kiln after unloading with a sample of the materials produced.
Crédits J.-F. Nauleau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/rao/docannexe/image/9246/img-37.jpg
Fichier image/jpeg, 3,7M
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Pour citer cet article

Référence électronique

Jean-François Nauleau, Fabien Sanz-Pascual, Damien Séris, Maxime Mortreau, Sophie Corson, Laure Orefici et Xavier Dubillot, « La tuilerie romaine de la Grosse Pierre à Aubigny-Les Clouzeaux (Vendée) et son four : fouille, restitution et expérimentation »Revue archéologique de l'Ouest [En ligne], 39 | 2023, mis en ligne le 23 janvier 2024, consulté le 09 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/rao/9246 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rao.9246

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Auteurs

Jean-François Nauleau

Archéologue Inrap, Centre archéologique de Carquefou, 4 rue du Tertre, 44470 Carquefou

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Fabien Sanz-Pascual

Archéologue Inrap, Centre archéologique de Carquefou, 4 rue du Tertre, 44470 Carquefou

Damien Séris

Archéologue Inrap, Centre archéologique de Carquefou, 4 rue du Tertre, 44470 Carquefou

Maxime Mortreau

Archéologue Inrap, Centre archéologique d’Angers, 12-16 rue de la Treillerie, 49070 Beaucouzé

Articles du même auteur

Sophie Corson

Responsable des collections archéologiques, Historial de la Vendée, Allée Paul Bazin, 85170 Les Lucs-sur-Boulogne

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Laure Orefici

Responsable de la valorisation culturelle de la commune de Couëron, 8 place Charles-de-Gaulle 44220 Couëron

Xavier Dubillot

Archéologue Inrap, Centre archéologique de Carquefou, 4 rue du Tertre, 44470 Carquefou

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

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