Éditorial
Texte intégral
1« Voyage au pays des bibliothèques », tel aurait pu être le titre général du dossier qui forme l’ossature de ce numéro de La Revue ; c’est d’abord, comme on sait, celui du rapport qu’ont remis Erik Orsenna et Noël Corbin à la ministre de la Culture, rapport global sur les bibliothèques aujourd’hui dont on a surtout parlé de la mesure phare : l’ouverture du dimanche, notamment pour les bibliothèques universitaires. Ce thème trouve une actualité toute particulière à la BNU, plébiscitée comme jamais par le public étudiant, le dimanche et durant les vacances scolaires en particulier – plébiscite certes flatteur, mais générateur aussi de tensions (travaille-t-on idéalement dans un lieu occupé toute la journée à 100 % ?) qui nécessitent plus que jamais une concertation avec les autres acteurs et partenaires documentaires du site afin que l’ouverture dominicale puisse être partagée, afin d’« ouvrir mieux, et donc plus, les bibliothèques », pour reprendre les termes de l’engagement du président de la République dans le plan national pour les bibliothèques qu’il souhaite voir mis en œuvre.
2Consacrer un dossier à l’usage des bibliothèques, c’est attester de leur succès persistant. Mais de quel usage parle-t-on ? De quels usagers, de quelles « stratégies d’utilisation » ? Comme le rappelle le rapport Orsenna-Corbin, « les bibliothèques d’aujourd’hui ne sont pas, ne sont plus celles que vous croyez ». Nous le vérifions tous les jours à la BNU, qui depuis sa récente rénovation nous apparaît parfois comme un laboratoire permanent des usages contemporains. Et le projet d’établissement qui va structurer l’action de la bibliothèque pour les quatre ans à venir entend bien acter cette diversification des usages et des usagers, en continuant à offrir les services que nous imposent notre cœur de métier : servir l’érudition, la recherche, permettre l’étude et l’apprentissage, tout en restant ouverts « pour développer, partout, tous les outils qui permettent au livre, au texte, de se projeter hors de leurs murs » – pour citer encore une fois le rapport, qui n’est pas sans rappeler, d’ailleurs, les ambitions de notre revue.
3En cette année 2018, la BNU commémorera par une grande exposition les événements qui eurent lieu, à Strasbourg et en Alsace aussi, il y a cinquante ans. Par le traitement historique (et, nous l’espérons, dépassionné) que permet la distance temporelle, la réflexion qui s’ouvre tout au long de cette année nous fera prendre conscience, sans doute, de la distance qui sépare l’usage des bibliothèques au cœur d’une société secouée par une vague d’émancipation sans précédent de notre époque dite « post-moderne », où il ne s’agit plus d’opposer tradition et modernité, mais bien plutôt de répondre aux défis de l’accélération permanente de la circulation de l’information et du nomadisme à la fois des usagers et des usages. S’ils ne semblent pas remettre en cause les bibliothèques, établissements culturels régulièrement plébiscités par la population, ils en questionnent le fonctionnement et l’usage de façon parfois peu confortable. La rançon du succès et un beau défi à relever !
Pour citer cet article
Référence papier
Alain Colas et Christophe Didier, « Éditorial », La Revue de la BNU, 17 | 2018, 5.
Référence électronique
Alain Colas et Christophe Didier, « Éditorial », La Revue de la BNU [En ligne], 17 | 2018, mis en ligne le 05 septembre 2018, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rbnu/278 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rbnu.278
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
Haut de page


