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Le Dossier
Bibliothèques de musées

La bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle : mieux faire connaître des collections exceptionnelles

Julien Brault, Joëlle Garcia et Clément Oury
p. 18-27

Texte intégral

  • 2 Allocution de Christian Fouchet, ministre de l’Éducation nationale, « Inauguration de la nouvelle B (...)

La Bibliothèque centrale dans vos activités n’est plus comme dans un laboratoire, comme dans une usine, un élément de la logistique de base. Elle est une collection au même titre que toutes celles que vous avez su développer par ailleurs2.

1La bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle, fondée par un décret de la Convention le 10 juin 1793, conserve aujourd’hui deux millions de documents ; elle est ainsi la deuxième au monde dans les champs disciplinaires de l’histoire des sciences naturelles et des sciences de l’homme. Au service de l’ensemble des missions du Muséum, de la recherche à la diffusion des connaissances, forte d’un réseau de bibliothèques spécialisées sur différents sites, elle tâche depuis peu de mieux faire connaître ses trésors, ses espaces et ses métiers.

Des collections documentaires, archivistiques et artistiques

2Les fonds de la bibliothèque du Muséum reflètent l’histoire de l’institution aussi bien que son ambition scientifique. Elle est riche de plus de 20 000 titres de périodiques et de près de 400 000 monographies ; un quart d’entre elles appartiennent au fonds ancien, c’est-à-dire antérieur à 1900. Celui-ci est issu des collections déjà présentes au Jardin du roi lors de la publication du décret fondateur de 1793, augmentées par des doubles des livres d’histoire naturelle de la Bibliothèque royale, et des ouvrages confisqués dans les bibliothèques des particuliers émigrés ou condamnés ainsi que dans des congrégations religieuses (abbaye Saint-Victor, couvent des Minimes, des Blancs-Manteaux, etc.). Le premier catalogue, établi en 1823 par le bibliothécaire Toscan, évaluait déjà le fonds à près de 15 000 ouvrages.

3Son enrichissement constant, tout au long des 19e et 20e siècles, doit beaucoup aux professeurs de l’institution. La bibliothèque a ainsi acquis une grande partie de la collection personnelle de la famille des Jussieu ; elle y rejoignit les 8 000 volumes de celle de Georges Cuvier, le fondateur de la paléontologie. Citons également l’apport considérable des ouvrages de Michel-Eugène Chevreul, professeur au Muséum durant 60 ans, chimiste de renommée internationale et bibliophile averti. À sa mort, ses petits-enfants firent don à la bibliothèque de plus de trois mille ouvrages couvrant l’ensemble des sciences naturelles, mais aussi les sciences occultes.

Pierre-Joseph Redouté, Phaius tankervilleae (Banks) Blume

Pierre-Joseph Redouté, Phaius tankervilleae (Banks) Blume

19e siècle, aquarelle sur vélin, collection des vélins du Muséum, portefeuille 14, fol. 20

Coll. et cliché : Muséum national d’histoire naturelle, Tony Querrec

  • 3 Monique Ducreux, Françoise Serre, « Bibliothèque centrale du Muséum national d’histoire naturelle » (...)

4Ces chercheurs ont aussi souvent légué leurs archives, faisant de la bibliothèque du Muséum l’un des plus importants détenteurs d’archives scientifiques des trois derniers siècles. Les archives de Jussieu représentent un « ensemble capital pour l’histoire des systèmes de classification des plantes »3, tandis que celles d’Henri Becquerel permettent de documenter la découverte de la radioactivité. Plus récemment, on peut évoquer le don de la bibliothèque et des archives de Théodore Monod ou de Paul-Émile Victor, ou encore la dation de la collection de volcanologie de Maurice et Katia Kraft. Cette activité de collecte reste toujours aussi active aujourd’hui, et le signalement de ces fonds scientifiques est considéré comme une priorité de l’établissement. La bibliothèque est aussi en charge du traitement des archives administratives du Muséum. Les archives du Musée de l’Homme, institution qui dépend du Muséum, sont ainsi sollicitées aujourd’hui pour étudier les débats qui ont accompagné l’évolution de sciences comme l’anthropologie et l’ethnologie. Les archives de certaines associations, comme la société des Amis du Muséum, y sont également conservées.

5On peut enfin considérer comme des archives scientifiques les croquis et descriptions issus des expéditions. Le père Plumier, botaniste et explorateur, réalisa ainsi à la fin du 17e siècle une étude remarquable de la faune et de la flore des Antilles ; la bibliothèque du Muséum en conserve trente-sept volumes d’observations et de dessins, encore largement inédits. De nombreux naturalistes suivirent son exemple, à l’instar de Commerson, un compagnon de Bougainville, ou d’Alcide d’Orbigny, élève de Cuvier : son voyage en Amérique du Sud permit d’abonder aussi bien l’herbier du Muséum que sa collection de paléontologie, ou encore les fonds iconographiques de la bibliothèque. Ces quelques exemples soulignent la complémentarité essentielle des collections du Muséum et de la bibliothèque qui en dépend, la seconde permettant de comprendre, de contextualiser et d’interpréter les premières.

6C’est aussi le cas pour l’un des ensembles les plus célèbres de la bibliothèque, celui des « vélins du Muséum ». Cette collection de près de 7 000 pièces fut entamée à l’instigation de Gaston d’Orléans, le frère de Louis XIII, en 1630. Reprise par Colbert, elle fut enrichie de façon continue jusqu’à une période récente. Les plus grands noms de l’illustration botanique et animalière y ont laissé leur trace : Nicolas Robert, Gérard Van Spaendonck, les frères Pierre-Joseph et Henri-Joseph Redouté, ou encore Nicolas Huet (voir ill. ci-dessus). Si aujourd’hui l’on apprécie essentiellement ces œuvres pour leur qualité artistique, elles étaient utilisées au 19e siècle pour illustrer les cours des professeurs du Muséum ; les traces des épingles employées pour les exposer aux étudiants en font foi. Demain, cependant, elles pourront aussi permettre d’étudier l’évolution de la biodiversité, retrouvant ainsi leur vocation scientifique initiale : c’est le cas par exemple de celles qui représentent des espèces disparues.

7Enfin, l’examen du riche patrimoine de la bibliothèque ne serait pas complet si l’on omettait sa collection d’objets et d’œuvres d’art. La bibliothèque est en effet chargée de conserver toutes les œuvres du Muséum qui n’appartiennent pas aux « collections naturalistes » à proprement parler. C’est ainsi qu’elle abrite les plâtres originaux du sculpteur Pompon ou des bronzes de Frémiet (voir ill. ci-dessous). C’est également d’elle que dépend l’entretien des statues du Jardin des plantes. Une étonnante collection de cires anatomiques, botaniques ou malacologiques, un ensemble de tableaux ou encore un grand nombre d’instruments scientifiques se trouvent également sous sa responsabilité.

  • 4 Sur les CADIST et CollEx, infrastructures visant à développer des domaines d’excellence scientifiqu (...)

8Ce bref exposé du patrimoine de la bibliothèque du Muséum ne doit pas faire oublier qu’elle se doit aussi d’être une bibliothèque de référence dans les domaines d’expertise de l’établissement. Ses fonds, dans les champs des sciences et de l’histoire de la nature et de l’homme, ont ainsi été reconnus « collections d’excellence » par le Groupement d’intérêt scientifique Collex-Persée – dans le cadre du dispositif destiné à remplacer les Centres d’acquisition et de diffusion de l’information scientifique et technique (CADIST)4. La bibliothèque du Muséum assume ainsi les missions d’une bibliothèque publique, d’une bibliothèque patrimoniale et d’une bibliothèque de recherche. Cette triple vocation nécessite de disposer d’un éventail de compétences professionnelles variées. L’établissement compte ainsi une équipe de régie d’œuvres et un atelier de restauration pour le traitement préventif ou curatif de son patrimoine écrit et graphique. Cependant, il est nécessaire de faire appel à des prestations extérieures pour la conservation d’autres types d’œuvres : peintures, sculptures, costumes… On peut aussi s’appuyer, pour certains objets s’apparentant à des collections naturalistes, sur des experts dépendant d’autres entités du Muséum.

François Pompon, Pélican, 1924, bronze

François Pompon, Pélican, 1924, bronze

Cote OA Pompon 253

Coll. et cliché : Muséum national d’histoire naturelle

  • 5 La cyanotypie est l’un des plus anciens procédés de tirage photographique utilisant la sensibilité (...)

9La bibliothèque a enfin développé des compétences dans le domaine de la production et de la diffusion de collections numériques. Sa politique de numérisation s’articule en trois axes, qui reflètent les différents objectifs de l’établissement. Elle s’est, en premier lieu, attachée à mettre en ligne les publications scientifiques du Muséum, des laboratoires qui en dépendent et des sociétés savantes qui lui sont attachées. Plus récemment, elle a mis l’accent sur la numérisation d’un corpus de littérature taxonomique, c’est-à-dire des ressources – publications ou archives – destinées à décrire et à classifier le vivant, à destination des chercheurs. C’est ainsi que l’on a numérisé les carnets de terrain d’Édouard Fischer-Piette, qui représentent une source exceptionnelle pour l’étude de la biodiversité des zones côtières, avec le soutien de la BnF, dont la bibliothèque du Muséum est pôle associé. En parallèle, elle a numérisé des ensembles iconographiques remarquables, destinés aux scientifiques comme au grand public : les vélins du Muséum bien sûr (une édition sur vidéodisque existait dès 1986 !), les cartes de grand format ou encore récemment des cyanotypes5 d’Anna Atkins.

Bibliothèque de musée ou bibliothèque-musée ?

10En lien avec ce constant mouvement d’enrichissement de ses collections, l’histoire des différentes translations de la bibliothèque dans l’établissement et des programmes architecturaux qui lui ont permis de fonctionner dit beaucoup de choses sur son inscription dans le Muséum et sur sa propre mission muséale. La bibliothèque naît avec le Muséum et grandit avec l’institution. Quelle place a-t-elle successivement occupé au sein d’un Muséum qui fut longtemps appelé « le Louvre des sciences naturelles » ?

  • 6 Joseph-Philippe-François Deleuze, Histoire et description du Museum d’histoire naturelle : ouvrage (...)

11De la fin du 18e au début du 19e siècle, elle occupe d’abord une pièce de l’ancien Cabinet du roi, à proximité des spécimens de poissons et de reptiles qui finissent par l’envahir. Sans possibilité d’extension à cet endroit, elle doit de toute façon trouver un nouveau local. Alors que Joseph Deleuze, à qui allait incomber la charge de bibliothécaire du Muséum de 1826 à 1834, songe à l’installer dans la grande rotonde de la Ménagerie, à proximité du grand amphithéâtre6, la bibliothèque est transférée en 1822 au premier étage de la maison dite « de Buffon », profitant du décès du professeur de dessin naturaliste Van Spaendonck qui l’occupa à la suite du célèbre intendant du Jardin des plantes. Elle y demeure jusqu’en 1841, date à laquelle elle emménage, à côté des herbiers et des collections de minéraux, dans des locaux agencés à son intention, à l’extrémité ouest de la galerie Louis-Philippe (actuelle galerie de minéralogie) édifiée par l’architecte Charles Rohault de Fleury entre 1833 et 1840.

12Dans ce bâtiment, l’un des tous premiers conçus en France pour remplir une fonction muséale, la bibliothèque est accessible depuis un vestibule situé dans le prolongement de la nef principale où sont exposés les trésors de la terre. Grâce à la continuité du décor, qui repose sur un ambitieux programme de peintures murales, elle forme ainsi une sorte de prolongement naturel du musée – et ce d’autant plus que l’architecte a placé la salle de lecture au premier étage, la salle du rez-de-chaussée étant conçue comme un entre-deux entre musée et bibliothèque, combinant magasin et salle d’exposition, avec ses meubles de présentation et quelques objets remarquables dont elle a déjà la charge (voir ill. ci-dessous). Bien avant la fameuse bibliothèque-musée de Grenoble construite par l’architecte Charles-Auguste Questel, modèle du genre au 19e siècle, la galerie Louis-Philippe associe les deux programmes qui ont tant fait couler l’encre des architectes de la période révolutionnaire, au premier rang desquels Étienne-Louis Boullée et Jean-Nicolas-Louis Durand.

Pierre Petit, salle en rez-de-chaussée de l’ancienne bibliothèque du Muséum

Pierre Petit, salle en rez-de-chaussée de l’ancienne bibliothèque du Muséum

Vers 1885, photographie, Cote IC 974

Coll. et cliché : Muséum national d’histoire naturelle

  • 7 Léon de Laborde (comte), De l'organisation des bibliothèques dans Paris. Huitième lettre : Étude su (...)

13Mais le bâtiment, réalisé avant tout pour abriter et exposer les collections minéralogiques et géologiques, laisse trop peu de place à la bibliothèque qui sera vite à l’étroit dans l’aile qui lui est consacrée. Les locaux sont sévèrement critiqués par le comte de Laborde dans ses fameuses Lettres sur les bibliothèques7. Objectivement impropre à faire face à la croissance éditoriale moderne ainsi qu’aux nombreux dons qui l’enrichissent, ce local n’en constitue pas moins un indéniable progrès. C’est finalement un siècle plus tard, au milieu du 20e siècle, que la construction d’un édifice indépendant s’imposera. Les collections ont alors décuplé. Leur accroissement ne repose plus seulement sur les dons des savants, mais sur des acquisitions et un réseau international d’échanges performant. Les métiers des bibliothèques se sont aussi considérablement professionnalisés.

14Dès les premiers programmes pour une nouvelle bibliothèque, élaborés à la fin des années 1930, la fonction muséale est au cœur du projet. Le premier plan conçu par l’architecte Henri-Marie Delaage en 1951 prévoit ainsi un grand hall pour les expositions et deux pièces spacieuses pour les collections d’estampes et la collection des vélins. À l’ouverture de la nouvelle bibliothèque centrale du Muséum, en juin 1963, les fonctions de valorisation des collections sont bien présentes. D’une manière très moderne eu égard aux programmes architecturaux actuels des grandes bibliothèques patrimoniales, le hall du rez-de-chaussée est conçu comme un vaste espace modulable permettant des expositions temporaires mêlant documents conservés à la bibliothèque et spécimens naturalistes. Le dispositif est complété par une salle de conférence de 80 places et quelques vitrines de présentations d’ouvrages. De chaque côté du hall, deux grands triptyques de Raoul Dufy, Les savants et Les naturalistes, conçus initialement pour la Singerie du Muséum, ornent les murs. Au premier étage, à côté de la salle de consultation des périodiques, la Grande réserve, dans un style boisé luxueux inspiré du travail de Michel Roux-Spitz pour la Réserve des estampes de la Bibliothèque nationale, avec ses meubles de présentation et ses vitrines implantées en pourtour de la salle, concentre alors l’essentiel des collections précieuses. La collection des vélins trouve là enfin un écrin à sa hauteur, à côté des globes de Coronelli et d’objets témoignant de la « girafomanie » de la fin des années 1820.

  • 8 Un musée situé rue Buffon abrita de 1928 à 1959 les collections de chasse léguées à la France par P (...)
  • 9 C’est ainsi que la directrice de la bibliothèque désigne alors deux salles situées en son rez-de-ch (...)

15Dans les années 1970, la bibliothèque centrale hérite les précieuses boiseries du cabinet Bonnier de la Mosson (voir ill. ci-dessous), acheté en 1745 par Buffon et qui dormait dans une cave depuis la démolition du Cabinet du roi en 1930 ; elle l’installe dans la petite salle de conférence du rez-de-chaussée. Elle récupère aussi des objets de l’ancien Musée du duc d’Orléans8, qui, avec d’autres, forment alors dans ses réserves un étrange « musée des souvenirs »9. La vocation de la bibliothèque à conserver le patrimoine artistique et scientifique du Muséum s’affirme, au-delà des trésors que constituent ses collections imprimées et graphiques. Dans les années 1990, ce tropisme muséal peine pourtant à se confirmer. La rénovation de la galerie de zoologie, le chef-d’œuvre de Jules André, concentre toute l’attention des pouvoirs publics. Il faut alors cacher la vilaine bibliothèque centrale des années 60, vieillie avant l’heure et curieusement nichée contre son auguste voisine. La bibliothèque n’est pas associée à l’ambitieuse programmation scientifique de la future Grande galerie de l’évolution et n’est conçue que comme un prolongement optionnel au parcours des visiteurs. La direction des bibliothèques en profite certes pour réaménager le rez-de-chaussée en médiathèque, un concept alors en plein essor, avec l’arrivée des supports audiovisuels et informatiques : la fonction de lecture et d’accueil de tous les publics est affirmée. Mais la bibliothèque ne dispose plus d’espace d’exposition. En outre, les finitions architecturales témoignent des limites économiques de cette réhabilitation : le bâtiment revêt une apparence utilitaire qui ne constitue pas un écrin propice à montrer ses trésors. La Grande réserve, située à un étage désormais reconverti en étage de bureaux, est isolée et inaccessible au public. Vingt ans plus tard, à l’heure d’une tendance de fond des grandes bibliothèques patrimoniales à exhiber leurs trésors, la bibliothèque du Muséum doit donc faire avec ces atouts et contraintes pour partager avec le plus grand nombre ses exceptionnelles collections.

Cabinet de curiosités Joseph Bonnier de la Mosson, 18e siècle

Cabinet de curiosités Joseph Bonnier de la Mosson, 18e siècle

Coll. et cliché : Muséum national d’histoire naturelle, Jean-Christophe Domenech

Quelles médiations dans une bibliothèque-musée ?

16Si la bibliothèque centrale jouxte la Grande galerie de l’évolution, si la bibliothèque de botanique surplombe la Galerie de botanique, si la Bibliothèque Yvonne-Oddon se trouve dans les étages du Musée de l’Homme, le parcours des visiteurs ne les mène pas toujours naturellement en bibliothèque. Peu visibles, celles du réseau proposent pourtant la consultation de leurs collections archivistiques, documentaires et artistiques comme de leurs ressources documentaires à un public varié, du chercheur à l’amateur, de l’artiste au journaliste. Comment faire découvrir à un plus large public ces vastes collections cachées ?

17Aux professionnels de la diffusion et de la médiation, la bibliothèque propose un service d’accompagnement de projets valorisant ses collections. Les bibliothécaires effectuent des recherches dans les fonds, mettent en œuvre des prêts pour expositions, fournissent des reproductions pour présentation en fac-similé dans des lieux non conformes aux conditions muséales, pour illustration de publications, de livrets pédagogiques, de produits dérivés… Des expositions organisées par les musées français ou étrangers aux panneaux historiques dans le Jardin des plantes, de la carte interactive en ligne retraçant le parcours et les récoltes des botanistes Humboldt et Bonpland10 à la création d’un livre pop-up pour présenter les galeries du Muséum11, les actions permettant de découvrir les collections des bibliothèques sont aussi variées que les lieux pour lesquels elles sont conçues, les métiers qui les réalisent ou les publics auxquels elles s’adressent.

18Librement accessible depuis le Jardin des plantes comme depuis la rue, la médiathèque, située au rez-de-chaussée de la bibliothèque centrale, propose aux visiteurs une collection documentaire, une sélection de livres jeunesse en libre-accès, ainsi qu’un dispositif muséal autour des boiseries du cabinet de curiosités Bonnier de la Mosson. Un livret permet au bibliothécaire présent en salle d’évoquer les cabinets de curiosités du siècle des Lumières, précurseurs de nos musées scientifiques. La médiathèque accueille également des visites réalisées par les services pédagogiques du Muséum ou par des associations locales.

19À la bibliothèque centrale, des espaces de médiation ont également été aménagés dans les locaux professionnels. Ainsi, dans la salle des vélins, où se trouvent conservées les œuvres les plus précieuses, sont exposées en permanence des pièces exceptionnelles : quartz de Napoléon, globes de Coronelli, collections de cires artistiques ou pédagogiques (voir ill. ci-dessous)… Dans un espace de bureaux, une grande vitrine, conçue à partir des rayonnages d’une ancienne bibliothèque présente des manuscrits, archives, dessins, estampes, photographies, œuvres d’art, instruments scientifiques et objets divers illustrant la variété des disciplines et des collections.

Présentation de collections en salle des vélins

Présentation de collections en salle des vélins

Coll. et cliché : Muséum national d’histoire naturelle, Patrick Lafaite

20Dans le cadre de la politique de développement des publics élaborée par le Muséum, à l’occasion de rendez-vous événementiels, les bibliothécaires conçoivent et animent des ateliers et des rencontres. À la différence des galeries muséales, les salles de lecture comme les espaces internes des bibliothèques permettent de proposer au public des expériences originales dans les lieux où sont conservées les collections. Ateliers et rencontres autour de ces dernières offrent en effet la possibilité de voir des collections archivistiques, documentaires, artistiques, mais aussi naturalistes et qui ne peuvent être exposées de façon permanente, présentées sans la barrière de la vitrine ou du cadre. Élaborées par des bibliothécaires, en collaboration, selon les cas, avec un chargé de collections naturalistes ou un chercheur, ces propositions offrent au public un contact direct avec les œuvres, mais aussi avec les hommes et les femmes qui en assurent la gestion.

21Ainsi, lors des Journées européennes du patrimoine ou de la Fête de la science, sont présentées des collections conservées par les bibliothèques et par les unités de gestion des collections naturalistes, ainsi que les activités de recherche menées sur celles-ci, telle cette présentation croisée par une bibliothécaire et un chercheur du cabinet Bonnier de la Mosson et du site « Cabinet de curiosités 3D »12 du Muséum. Une visite thématique sur l’histoire architecturale de la bibliothèque centrale, ses missions et ses collections, invite à découvrir son histoire, mais aussi ses missions actuelles. Un « escape game », entièrement conçu et mis en œuvre par une équipe de bibliothécaires, a permis de faire découvrir les espaces, les collections, les services et les coulisses de la bibliothèque centrale de façon ludique, tout en sensibilisant les joueurs à la protection de la biodiversité. Hors les murs des bibliothèques, des parcours-découvertes à travers le Jardin des plantes sont régulièrement proposés pour découvrir la statuaire du jardin, son histoire comme les enjeux de sa conservation, ou pour faire le lien entre des collections végétales vivantes dans les serres ou les parterres, des livres anciens conservés en bibliothèque de botanique et des planches de l’Herbier national.

  • 13 Bérengère Cournut, De pierre et d’os, Paris, Le Tripode, 2019

22Poursuivant une longue tradition ancrée dans l’histoire du Jardin des plantes, les bibliothèques accueillent volontiers les artistes. Écrivaine en résidence en 2017-2018, Bérengère Cournut y a mené les recherches nécessaires à l’écriture d’un roman ancré dans l’aire géographique et culturelle des Inuit13. Réalisée en partenariat avec un lycée, cette résidence a permis à des adolescents de découvrir les différentes collections conservées dans les bibliothèques, les galeries du Musée de l’Homme et les réserves naturalistes, mais aussi les métiers de la recherche et de la gestion des collections. Lors d’une Nuit de la lecture, une rencontre avec Bérengère Cournut a été l’occasion d’exposer des archives scientifiques, des photographies documentaires et des objets issus des fonds polaires des bibliothèques, au fil d’une déambulation poétique en salle des vélins. Le temps d’une soirée, la bibliothèque centrale est devenue un cabinet de curiosités polaires, un éphémère musée dans le musée.

23À la fois bibliothèque d’étude, bibliothèque de recherche et bibliothèque-musée dans le musée, la bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle continuera à renforcer sa mission de diffusion des connaissances dans les années à venir. Souhaitant valoriser l’histoire de l’établissement comme sa production scientifique la plus récente, elle ambitionne notamment de transformer sa médiathèque en un cabinet de curiosités du 21e siècle, mêlant collections documentaires et naturalistes. Elle se veut un espace à la hauteur du grand défi qui est le nôtre aujourd’hui : faire connaître l’homme et la nature et lutter pour leur préservation commune.

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Notes

2 Allocution de Christian Fouchet, ministre de l’Éducation nationale, « Inauguration de la nouvelle Bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle », in Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 1963, n° 9-10, p. 361-373. Disponible en ligne : http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1963-09-0361-001

3 Monique Ducreux, Françoise Serre, « Bibliothèque centrale du Muséum national d’histoire naturelle », in Patrimoine des bibliothèques de France, Paris, Payot, 1995, p. 83

4 Sur les CADIST et CollEx, infrastructures visant à développer des domaines d’excellence scientifique dans les bibliothèques relevant de l’Enseignement supérieur, voir le site www.collex.eu.

5 La cyanotypie est l’un des plus anciens procédés de tirage photographique utilisant la sensibilité de composés autres que l'argent. Conçu par John Herschel en 1842, le cyanotype se fonde sur la réduction par la lumière de sels ferriques en sels ferreux, ce qui conduit à la formation d'une matière colorante bleue insoluble.

6 Joseph-Philippe-François Deleuze, Histoire et description du Museum d’histoire naturelle : ouvrage rédigé d’après les ordres de l’administration du Museum, Paris, M. A. Royer, 1823, p. 121

7 Léon de Laborde (comte), De l'organisation des bibliothèques dans Paris. Huitième lettre : Étude sur la construction des bibliothèques, Paris, A. Franck, février 1845, p. 29

8 Un musée situé rue Buffon abrita de 1928 à 1959 les collections de chasse léguées à la France par Philippe d’Orléans (1869-1926). Voir Éric Buffetaut, « Un musée princier disparu », in Espèces. Revue d'histoire naturelle, no 27, mars-mai 2018, p. 76-80.

9 C’est ainsi que la directrice de la bibliothèque désigne alors deux salles situées en son rez-de-chaussée, conservant un ensemble de tableaux, de bustes et d’objets qui n’avaient plus trouvé place dans les galeries du Muséum. Voir Julien Brault, Histoire architecturale de la bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle, mémoire de master 2 d’histoire de l’art dirigé par Simon Texier, Université de Picardie Jules Verne, Amiens, 2018.

10 http://orchideesdecolombie.mnhn.fr/

11 Dominique Ehrhard, Anne Florence Lemasson, Muséum pop-up, Paris, Les Grandes personnes, 2019

12 http://cabinetdecuriosites3d.mnhn.fr

13 Bérengère Cournut, De pierre et d’os, Paris, Le Tripode, 2019

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Table des illustrations

Titre Pierre-Joseph Redouté, Phaius tankervilleae (Banks) Blume
Légende 19e siècle, aquarelle sur vélin, collection des vélins du Muséum, portefeuille 14, fol. 20
Crédits Coll. et cliché : Muséum national d’histoire naturelle, Tony Querrec
URL http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/3624/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,4M
Titre François Pompon, Pélican, 1924, bronze
Légende Cote OA Pompon 253
Crédits Coll. et cliché : Muséum national d’histoire naturelle
URL http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/3624/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 3,3M
Titre Pierre Petit, salle en rez-de-chaussée de l’ancienne bibliothèque du Muséum
Légende Vers 1885, photographie, Cote IC 974
Crédits Coll. et cliché : Muséum national d’histoire naturelle
URL http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/3624/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 3,0M
Titre Cabinet de curiosités Joseph Bonnier de la Mosson, 18e siècle
Crédits Coll. et cliché : Muséum national d’histoire naturelle, Jean-Christophe Domenech
URL http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/3624/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 427k
Titre Présentation de collections en salle des vélins
Crédits Coll. et cliché : Muséum national d’histoire naturelle, Patrick Lafaite
URL http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/3624/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 3,9M
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Pour citer cet article

Référence papier

Julien Brault, Joëlle Garcia et Clément Oury, « La bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle : mieux faire connaître des collections exceptionnelles »La Revue de la BNU, 20 | 2019, 18-27.

Référence électronique

Julien Brault, Joëlle Garcia et Clément Oury, « La bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle : mieux faire connaître des collections exceptionnelles »La Revue de la BNU [En ligne], 20 | 2019, mis en ligne le 01 novembre 2019, consulté le 15 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/rbnu/3624 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rbnu.3624

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Auteurs

Julien Brault

Adjoint au directeur, direction des bibliothèques et de la documentation, Muséum national d’histoire naturelle

Joëlle Garcia

Chef du service Diffusion et médiation des savoirs, bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle

Clément Oury

Adjoint au chef du service Conservation, restauration, numérisation, bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

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