Un « breverl » (amulette en papier plié)
Texte intégral
Cote Bnu : R.105.079,2
1Le « breverl » est une amulette en papier plié comportant des images saintes, des prières et de petits objets destinés à protéger de maladies, de catastrophes naturelles ou du démon. Porté au cou, placé dans le berceau du nouveau-né ou derrière une poutre de la maison dans un étui précieux, il tire son nom du latin « breve » (lettre en latin tardif, qui a donné Brief en allemand), que l’on peut traduire par « billet de protection », avec un diminutif pour désigner sa petite taille. A mi-chemin entre croyance religieuse et magie, le breverl est répandu du 18e au début du 20e siècle dans le sud de l’aire germanique.
2La Bnu vient d’acquérir un tel objet, unique dans ses collections, sans doute du début du 19e siècle en Alsace (la date et la provenance ne sont pas indiquées). Replié, il ne mesure que 7x4,5 cm, mais il se déplie sur 17,8x18,3 cm. A l’intérieur de la feuille principale à neuf plis sont disposées huit gravures sur bois représentant des saints bien connus (Benoît, Scolastique, François d’Assise, Antoine de Padoue, Ignace de Loyola, François-Xavier, etc.). En dépliant ces images ou des feuilles collées dans le breverl, on découvre d’autres personnages ou symboles catholiques ainsi que le début de l’Évangile de Jean ou une prière de protection pour une bonne mort accompagnant la représentation des rois mages. Au centre de la feuille sont collés de petits objets bénits, sorte de croix-reliquaire domestique en miniature : des éléments végétaux, une minuscule croix faite de deux morceaux de bois et un fragment d’étoffe rouge. Les textes, en allemand et en latin – prières, versets bibliques, proverbes spirituels et formules incantatoires – sont destinés ici à libérer d’une épidémie mortelle (« a morbe epidemice libera nos »).
3Placé dans un étui précieux (d’où son autre nom de « Heiltumstäschchen », « petit sachet de guérison »), le breverl ne devait jamais être ouvert afin de garder sa puissance magique, à laquelle contribuait aussi la complexité de l’objet. Encouragé par l’Église catholique à partir du 17e siècle (il était fabriqué dans des monastères), puis rejeté car relevant de la magie, cet objet par ailleurs fragile n’a donc pas toujours été bien conservé. Plus étudié dans les pays germanophones, il est encore peu connu des historiens de l’Alsace, ce qui rend l’exemplaire de la Bnu d’autant plus précieux. Des breverl ont néanmoins été présentés par les Ateliers de la Seigneurie à Andlau dans une exposition consacrée aux rites et croyances en Alsace en 2017. Espérons que cette acquisition récente apportera elle aussi un éclairage nouveau dans un domaine oublié du patrimoine alsacien.
Table des illustrations
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|---|---|
| Titre | Le « breverl » partiellement déplié |
| URL | http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/6443/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,0M |
Pour citer cet article
Référence papier
Madeleine Zeller, « Un « breverl » (amulette en papier plié) », La Revue de la BNU, 26 | 2022, 109.
Référence électronique
Madeleine Zeller, « Un « breverl » (amulette en papier plié) », La Revue de la BNU [En ligne], 26 | 2022, mis en ligne le 10 janvier 2023, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rbnu/6443 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rbnu.6443
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