Éditorial
Texte intégral
1Si la bibliothèque évoque plutôt un univers minéral (encore qu’elle puisse abriter des collections végétales comme des herbiers), elle n’est pas pour autant insensible à son environnement, voire à l’environnement tout court. Nous nous rappelons les inquiétudes des riverains lors du chantier de rénovation du bâtiment principal de la Bnu, entre 2010 et 2014, à propos du destin des deux arbres qui bordaient le bâtiment sur son arrière, dont ils craignaient qu’ils ne soient des victimes collatérales du chantier. Finalement, à l’exception d’une ou deux branches, ils sont toujours là et prodiguent leur verdure au milieu des grès, briques et granits d’un quartier sinon très minéral. Si l’on regarde un peu plus loin, l’un des marqueurs forts des nouveaux bâtiments de la Bibliothèque nationale de France, dans le quartier lui aussi peu végétalisé de Tolbiac, n’est-il pas le jardin intérieur, oasis de verdure et de calme où tout lecteur a rêvé un jour de pénétrer ? Avec ce jardin créé de toute pièces et donc, dans un sens, totalement anti-naturel, l’attention des bibliothèques à l’environnement peut prendre les formes les plus inattendues.
2En considérant notre environnement dans un sens plus large, nous vivons avec ce printemps le lancement de l’« année capitale de Strasbourg », désignée pour un an capitale mondiale du livre par l’UNESCO. C’est la première ville française à se voir décerner ce label mis en place en 2001. Sous la devise générale « Lire notre monde », la ville développe un programme qui part du livre pour embrasser des considérations plus larges, rappelant qu’« en accord avec les engagements de l’UNESCO pour lutter contre le changement climatique, la hausse des inégalités sociales et l’essoufflement démocratique, Strasbourg souhaite contribuer aux réflexions et aux débats de notre temps et rassembler le plus grand nombre autour de ces questions essentielles. À travers cette démarche, Strasbourg ambitionne de redonner toute sa place au livre, à la fois vecteur de savoir, outil de connaissance de soi, de l’autre et de construction du monde ». Cette attention à l’environnement au sens plus large est aussi ce qui guide un des événements finaux de l’année capitale, les rencontres internationales de l’écologie pour le livre, qui clôtureront « Lire notre monde » en avril 2025. On retrouve là un des thèmes traités dans notre numéro, et si l’on se souvient que l’idée de candidater à la nomination de capitale mondiale du livre a été lancée par la Bnu dès 2017, on se dit que l’attention des bibliothèques à l’environnement peut prendre les formes les plus larges – le livre n’est-il pas l’outil de diffusion des savoirs par excellence ?
3Ce numéro rappelle aussi qu’une des ambitions de La Revue de la Bnu a toujours été de faire dialoguer le monde du livre et des bibliothèques avec des univers culturels plus larges, de « parler de nos collections, oui, mais en ce qu’elles nous obligent à voir au-delà de nos murs ». Ces mots de l’éditorial du numéro un de La Revue semblent s’appliquer particulièrement à l’effervescence suscitée par Strasbourg, capitale mondiale du livre, où ce dernier sera l’ambassadeur des préoccupations de l’époque, du débat d’idées aux préoccupations environnementales, en passant par la création littéraire ou la transmission aux générations futures. La Bnu et sa revue, lieux par excellence d’apprentissage et d’échange des savoirs, entendent ainsi apporter leur pierre à l’édifice de l’année capitale.
Pour citer cet article
Référence électronique
Alain Colas et Christophe Didier, « Éditorial », La Revue de la BNU [En ligne], 29 | 2024, mis en ligne le , consulté le 05 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rbnu/6900 ; DOI : https://doi.org/10.4000/11v7q
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