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Le Dossier
Supports et matières

Des collections en partage : un enjeu de numérisation

Clément Oury

Texte intégral

  • 1 L’holotype est le spécimen à partir duquel une espèce végétale (ou animale) a été décrite pour la p (...)

1Les naturalistes qui ont constitué, au fil du temps, l’extraordinaire collection que l’on appelle aujourd’hui l’Herbier national, se sont toujours appliqués à figer la forme des végétaux qu’ils voulaient conserver, que ce soit par le dessin, l’aquarelle, la gravure ou encore la photographie. La représentation est parfois si fidèle que c’est la copie, et non l’original – qui a pu disparaître entretemps – qui a le statut d’« holotype » ou de « lectotype »1. On comprend dès lors le fort intérêt des botanistes pour les illustrations qui accompagnent les planches d’herbier, mais aussi la porosité entre les collections de l’Herbier national, qui abritent encore un grand nombre de ces documents, et celles des bibliothèques du Muséum, et singulièrement de la bibliothèque de botanique.

  • 2 Calames est l’acronyme désignant le Catalogue en ligne des archives et des manuscrits de l’enseigne (...)

2Ce positionnement ambigu de l’iconographie botanique illustre la complémentarité entre ces deux entités du Muséum, mais il présente aussi des difficultés en termes de traitement documentaire. En effet, l’Herbier et les bibliothèques n’utilisent pas les mêmes outils de signalement et de numérisation. Ainsi la collection de vingt mille documents iconographiques réunis par la bibliothèque de botanique sous la cote IC BOT provient en grande partie (mais pas exclusivement) de l’Herbier. Tout naturellement, elle a été cataloguée dans Calames, l’application utilisée par les bibliothèques pour l’ensemble de leurs archives et manuscrits2. Numérisé, cet ensemble sera bientôt mis à disposition dans la bibliothèque numérique du Muséum, mais aussi dans Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF et de ses partenaires.

3Les représentations de plantes qui sont encore dans les fonds de l’Herbier ont elles aussi pu être signalées, mais dans sa base de données propre, Sonnerat. De même, elles ont parfois fait l’objet de prises de vues dans le cadre de la vaste campagne de numérisation des collections naturalistes du Muséum, et se trouvent là encore accessibles sur une plateforme spécifique3. C’est par exemple le cas de l’herbier Bonpland, dont les dessins, réalisés par Pierre-Jean-François Turpin, ont été numérisés dans le cadre d’une opération financée par la fondation Mellon.

Cyathodium cavernarum, Camille Montagne (1784-1866), [19e siècle].

Cyathodium cavernarum, Camille Montagne (1784-1866), [19e siècle].

Dessin au crayon graphite

Coll. et cliché Muséum national d’histoire naturelle, Ms Cry 413/71

4Chaque solution comporte ses avantages : si le document est resté au sein de l’Herbier, on peut l’observer dans son positionnement originel (ou supposé tel), monté sur la planche d’herbier ou joint au spécimen qu’il représente. Catalogué ou numérisé par les bibliothèques, en revanche, le document rejoint un ensemble vaste et cohérent de représentations du vivant. Mais ces chemins divergents compliquent la recherche, dans la mesure où les outils des bibliothèques et ceux de l’Herbier ne sont pas connectés ; d’autre part, ils ne permettent guère au public curieux ou savant de comprendre l’origine des collections. Cette situation héritée du passé s’améliore progressivement. Les principes, tout d’abord, ont été clarifiés : les documents iconographiques ont vocation à être conservés à la bibliothèque de botanique, à la fois pour des raisons de conservation, mais aussi pour permettre leur signalement auprès d’un public non-botaniste. En contrepartie, il faut conserver le lien entre le spécimen et sa représentation : physiquement, par l’insertion d’un signet explicatif à l’endroit d’où le document a été retiré, voire d’un fac-similé ; et informatiquement, en liant les deux catalogues. Ce processus de regroupement sera progressif, réalisé au fil de l’eau ou, pour les herbiers historiques, à l’occasion de campagnes pluriannuelles de traitement.

  • 4 MNHN, Ms Cry 413-418

5Des progrès ont déjà été réalisés. C’est ainsi le cas pour les cinq mille illustrations tirées de l’herbier de Camille Montagne (voir ill. ci-dessus). Conservées à la bibliothèque de botanique4, elles ont été intégralement numérisées : à cette occasion, leur signalement s’est enrichi d’une identification du taxon de chaque plante représentée. Des liens ont également été ajoutés entre les bases Calames et Sonnerat.

  • 5 L’International Image Interoperability Framework (ou IIIF) est un protocole d’échange qui permet de (...)

6Ce dialogue entre bases hétérogènes est justement l’objet d’un programme ambitieux récemment lancé par le Muséum, la refonte complète du système d’information de ses collections. Il s’agit d’un ensemble de projets visant à rénover les différents outils qui les mettent à disposition, non pas en une base unique – ce qui serait difficilement réalisable et priverait chaque collection de ses spécificités –, mais en un nombre limité de plateformes interopérables. C’est ainsi que l’on pourrait avoir accès, en une seule requête, à des informations tirées de sources différentes. Par l’implémentation du protocole IIIF5, il sera aussi possible de consulter d’un seul regard la numérisation d’un herbier et de l’iconographie qui le représente. C’est ainsi que l’on pourra résoudre le dilemme posé par ces collections en partage.

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Notes

1 L’holotype est le spécimen à partir duquel une espèce végétale (ou animale) a été décrite pour la première fois ; le lectotype est le spécimen qui a été choisi comme type a posteriori. Si la représentation est considérée comme un double de l’original, on parle d’« isotype ».

2 Calames est l’acronyme désignant le Catalogue en ligne des archives et des manuscrits de l’enseignement supérieur (https://calames.abes.fr/pub/).

3 https://science.mnhn.fr

4 MNHN, Ms Cry 413-418

5 L’International Image Interoperability Framework (ou IIIF) est un protocole d’échange qui permet de consulter, de manipuler et d’annoter les documents de bases de données ou de bibliothèques numériques tierces, depuis toute application ou tout logiciel compatibles.

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Table des illustrations

Titre Cyathodium cavernarum, Camille Montagne (1784-1866), [19e siècle].
Légende Dessin au crayon graphite
Crédits Coll. et cliché Muséum national d’histoire naturelle, Ms Cry 413/71
URL http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/6965/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,3M
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Pour citer cet article

Référence électronique

Clément Oury, « Des collections en partage : un enjeu de numérisation », La Revue de la BNU [En ligne], 29 | 2024, mis en ligne le , consulté le 05 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rbnu/6965 ; DOI : https://doi.org/10.4000/11v7v

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Auteur

Clément Oury

Directeur adjoint des bibliothèques et de la documentation, Muséum national d’histoire naturelle

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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