Navigation – Plan du site

AccueilNuméros29Le DossierReprésentationsRinceaux et protofiligranes : la ...

Le Dossier
Représentations

Rinceaux et protofiligranes : la tige végétale dans l’enluminure de l’an mil dans les scriptoria d’Europe du Nord

Rémy Cordonnier

Texte intégral

  • 1 Motifs ornementaux constitués d'une tige se développant en volutes et en contre-volutes, ornée le p (...)
  • 2 On parle aussi de « figure repoussoir », pour désigner une figure placée sur le bord d’un espace pi (...)
  • 3 Patricia Stirnemann, « La flore enluminée avant la fleur naturaliste », in Art de l’enluminure, 80 (...)

1Le végétal semble omniprésent dans l’enluminure médiévale que l’on associe couramment aux rinceaux1 feuillus et aux feuilles d’acanthe multicolores. Cependant, cette impression n’est vraie qu’en partie. En effet, les motifs végétaux ne deviennent réellement abondants dans le décor des livres qu’à partir de la fin du haut Moyen-Âge (seconde moitié du 9e siècle). Ils sont plutôt rares dans les arts paléochrétiens, barbares et de la première époque carolingienne. Quand une plante ou un arbre sont figurés dans la peinture à ces hautes époques, c’est le plus souvent de manière extrêmement stylisée et essentiellement pour servir d’accessoire scénique (objet repoussoir2, scansion d’une scène narrative, indicateur d’une scène d’extérieur sur un fonds monochrome), ou encore pour rythmer la composition, notamment dans les cas de frises paratactiques (c’est-à-dire où les personnages sont placés les uns à côté des autres, sur un même plan). D’autre part, Patricia Stirnemann a démontré avec brio dans un récent numéro de la revue Art de l’enluminure3 qu’il s’agit précisément de « motifs », c’est-à-dire que la plante ne fournit au peintre qu’une source d’inspiration pour la création de formes par ailleurs très éloignées du sujet dans la nature. Nous nous proposons ici de nous concentrer sur un motif végétal en particulier, celui du rinceau, qui constitue l’armature structurante du décor de la lettre.

Les premiers développements du rinceau dans l’enluminure au 9e siècle

  • 4 Paris, BnF, ms. lat. 9428, Metz, v. 842. Voir Marie-Pierre Lafitte et Charlotte Denoël, Trésors car (...)
  • 5 Paris, BnF, ms. lat. 9388, Metz, v. 845-855. Lafitte et Denoël, op. cit., p. 200-203. https://galli (...)

2C’est à l’époque carolingienne, au sein de la première école de Metz (vers 845-850), sous le mécénat de l’archevêque Drogon (801-855), que la tige végétale prend une place majeure dans l’ornement de la lettre. L’exemple le plus spectaculaire se trouve dans le Sacramentaire4 et dans les Évangiles5 de Drogon. Dans ces luxueux volumes, les rinceaux participent directement à la structure des lettres. Ils en constituent le cadre vivant et leur donnent de l’épaisseur grâce à des enroulements qui passent tantôt devant, tantôt derrière le tracé de la lettre (voir ill. ci-dessous). Ces rinceaux tirent leur forme du végétal, bien qu’ils soient encore peints en or et évoquent davantage des bijoux d’orfèvrerie que des éléments naturels. On les retrouve aussi, purement décoratifs et s’enroulant comme du lierre, autour des colonnes des éléments architecturés tels que les tables des canons des Évangiles (f. 6v-13), ou encore dans le frontispice du Sacramentaire (f. 14). Dans certaines initiales (Sacramentaire, f. 58), ils envahissent l’espace intérieur de la lettre pour constituer un treillis agrémenté de fleurettes et de feuilles vertes et vermillon, qui rompt la monotonie chromatique de l’or bruni.

Évangiles de Drogon

Évangiles de Drogon

Paris, BnF, ms. lat. 9388, Metz, v. 845-855, f. 41 : initiale V ornée, incipit de Matthieu, 16, 1

  • 6 Paris, BnF, ms. lat. 1, Saint-Martin de Tours, 845, f. 9-9v. Lafitte et Denoël, op. cit., p. 103-10 (...)
  • 7 Technique de décoration qui consiste à enchâsser un fil de cuivre, d'or ou d'argent sur une surface (...)
  • 8 Technique de décoration qui consiste à incruster de l’émail noir dans une plaque de métal.

3À la même époque, l’école de Reims fait également usage du rinceau, mais de manière plus discrète. Ainsi, le « Maître C » de la Bible de Vivien, d’origine rémoise, insère des frises de fines tiges feuillues d’or et d’argent dans l’espace intérieur des lettres et des cadres, et dans les écoinçons et les angles des arcatures de ses éléments architecturés (voir ill. ci-dessous)6. Le caractère très découpé et géométrique de ces frises suggère une influence directe des arts de l’orfèvrerie, en particulier la damasquinure7 et le nielle8.

  • 9 Carl Nordenfalk, L’enluminure au Moyen Âge, Paris, Skira, 1988 (1957), p. 69
  • 10 Sacramentaire de Charles le Chauve, Paris, BnF, ms. lat. 1141, école du Palais de Charles le Chauve (...)
  • 11 Bandes d’étoffe tissées d’or servant de parement sur un habit.
  • 12 Tissus décoratifs tissés avec un motif en relief, ressemblant à une broderie.
  • 13 Paris, BnF, ms. lat. 1141, f. 9v. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53019391x/f28.item

4Dans le dernier tiers du 9e siècle, l’école palatine de Charles le Chauve9 fait aussi usage du rinceau d’une manière différente. Les artistes qui travaillent pour cet empereur semblent s’inspirer de l’art du tissu. Les rinceaux, toujours dorés, y sont beaucoup plus découpés et plus larges, comme aplatis, et disposés sur les fonds monochromes10 à la manière d’orfrois11 ou de brocards12. Dans les espaces secondaires (bouts de lignes, cadres des lettres) sont tracés des rincelets blancs13 proches des rinceaux messins et rémois.

Bible de Vivien

Bible de Vivien

Paris, BnF, ms. lat. 1, f. 9v : table des chapitres de la Genèse, détail

  • 14 Paris, BnF, ms. lat. 9383 et 9390, Metz, v. 860-870, f. 2v-3, 5v-6. Lafitte et Denoël, op. cit., p. (...)

5La seconde école de Metz, qui s’épanouit à la même époque, s’inscrit dans la continuité de la première, faisant des rinceaux feuillus un élément majeur de son vocabulaire ornemental. Mais les lianes qui s’enroulent autours des colonnes des tables des canons des Évangiles de Metz14 sont plus rustiques. Elles prennent de l’épaisseur et du relief, un début de modelé annonce déjà les développements de l’art ottonien.

La végétalisation de la lettre durant le siècle de l’an mil

Le rinceau d’or ottonien

  • 15 Bamberg, Staatsbibliothek, Msc. Lit. 143, Abbaye de Seeon, 1er quart du 11e s. ; Londres, British L (...)
  • 16 Trèves, Stadtbibliothek, Hs. 171/1626, Trèves, v. 984. Voir Florence Mütherich, « Le Maître du Regi (...)
  • 17 Paris, BnF, ms. NAL 1541, Saint-Maximin de Trèves, fin du 10e s. ; Trèves, Stadtbibliothek, Hs. 220 (...)

6Entre la fin du 10e et la première moitié du 11e siècle, l’art carolingien se diffuse dans tout l’Empire. À l’est, l’art ottonien s’approprie magistralement le rinceau d’or messin, qui devient un élément majeur du vocabulaire ornemental des scriptoria rhéno-mosans. L’extraordinaire développement que connaissent les arts de l’orfèvrerie et de l’émail dans cette région à cette époque suggère une influence réciproque entre les disciplines, voire des artistes polymathes, travaillant aussi bien le feu que la plume. Ce motif se répand rapidement dans tout l’Empire, où il est adopté et adapté par des enlumineurs de différents scriptoria15. Mais c’est à Trèves et dans l’île de Reichenau qu’il connaît les développements les plus spectaculaires. À Trèves, le maître du Registrum Gregorii16, actif dans les dernières décennies du 10e siècle, s’inspire des œuvres de l’école carolingienne de Reims et reprend à son compte les délicates frises de rincelets d’or et d’argent, qu’il intègre dans les bordures de ses encadrements. L’artiste qui enlumine l’Évangéliaire et les Morales sur Job17 de Saint-Maximin de Trèves opère un changement majeur dans les lettres ornées, qui ne sont plus simplement enlacées, mais composées de rinceaux.

Codex Gero

Codex Gero

Darmstadt, Hessische Landes-und Hochschulbibliothek, cod. 1948, Reichenau, av. 965-976, f. 17v

  • 18 Florence Mütherich, « L’apogée, Reichenau », in Grodecki et al., op. cit., p. 135-145
  • 19 Darmstadt, Hessische Landes- und Hochschulbibliothek, cod. 1948, Reichenau, av. 965-976
  • 20 Franz J. Ronig (dir.), Egbert, Erzbischof von Trier 977-993. Gedenkschrift der Diözese Trier zum 10 (...)
  • 21 Heidelberg, UB, ms. Sal. IX b, Reichenau, v. 960-980 ; Leipzig, Universitätsbibliothek, ms. Rep. I (...)
  • 22 Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Clm. 4453, Reichenau, v. 1000 ; Bamberg, Staatsbibliothek, Msc (...)

7Presqu’au même moment, un parti-pris graphique similaire s’observe dans la production du scriptorium de la Reichenau18. Dans le Codex Gero19 (voir ill. ci-dessus), dans les lettres secondaires du Registrum Gregorii20, dans le Sacramentaire de Petershausen et dans l’Évangéliaire de Reichenau de Leipzig21, enluminés dans le dernier tiers du 10e siècle, l’usage de la tige feuillue devient systématique pour le dessin des initiales principales et secondaires. Dans les décennies qui suivent, ces lettres en rinceaux d’or deviennent une véritable marque de fabrique de l’abbaye impériale : ainsi les Évangiles d’Otton III où l’on trouve également des rinceaux habités, le Commentaire du livre d’Isaïe, les Péricopes d’Henri II, ou encore l’Apocalypse de Bamberg et, plus à la fin du siècle, l’Évangéliaire de Reichenau de Berlin22.

Développement du rinceau habité en Angleterre

  • 23 Saint-Gall, Stiftsbibliothek, Cod. Sang. 359, p. 25, Saint-Gall, v. 922-926
  • 24 Oxford, Bodleian Library, ms. Hatton 20, v. 890-897 ; Oxford, Bodleian Library, ms. Auct. F, 4. 32, (...)
  • 25 Londres, British Library, ms. Royal 5 E XI, Canterbury, 1er quart du 11e s., f. 9. Le I associe ent (...)

8Ailleurs en Europe, la lettre se végétalise, tantôt sobrement en un décor encore très géométrique, presque métallique, comme dans la grande initiale qui ouvre le Cantatorium de Saint-Gall23, mais aussi de manière déjà plus organique, notamment dans les scriptoria anglais où, à la fin du 9e siècle, apparaît un nouveau type d’initiales. Elles sont caractérisées par des animaux plus ou moins hybrides qui se mordent les uns les autres, et se terminent par des entrelacs combinés d’inspiration végétale24. Ce motif, qui se développe pendant le 10e siècle, semble être à l’origine des initiales habitées et figurées des manuscrits romans. On en trouve les exemples les plus parlants dans les manuscrits produits à Canterbury à la fin du 10e siècle et au début du suivant25.

Bosworth Psalter

Bosworth Psalter

Londres, British Library, ms. Add. 37517, Canterbury ou Westminster, v. 950-975, f. 4, initiale B ornée, incipit du Psaume 1

  • 26 Londres, British Library, ms. Add. 37517, Canterbury ou Westminster, v. 950-975
  • 27 Éric Palazzo, « Aux sources de l’enluminure ottonienne et anglaise (950-1030) », in Pierre Riché (d (...)
  • 28 Londres, British Library, ms. Harley 2904, f. 4, Winchester, v. 980-1000 ; Cambridge, University Li (...)

9Dans un premier temps, les réseaux qui dessinent les corps des lettres sont encore largement tributaires des entrelacs géométriques de l’art insulaire. Ces entrelacs vont progressivement s’épaissir et se parer d’éléments de plus en plus organiques : écots, feuilles, palmettes et boutons floraux. Ainsi, les grandes initiales du Psautier Bosworth26, avec leurs entrelacs terminés par des palmettes qui s’enroulent autour des tiges, témoignent de cette végétalisation progressive du tracé de la lettre (voir ill. ci-dessus). En avançant dans le siècle, la tige se végétalise franchement et le rinceau entame son hégémonie, d’abord comme motif d’encadrement, avant d’envahir les lettres ornées. Cette végétalisation de l’entrelacs en Angleterre semble aussi dériver d’un allongement progressif des feuilles d’acanthe, des palmettes et des rosaces de feuilles, caractéristiques du style de Winchester27. Ainsi, dans le Psautier d’Oswald, le protomé léonin qui marque la jonction des deux panses du B de l’incipit du Psaume 1 crache deux tiges feuillues qui s’enroulent dans l’arrondi des panses (voir ill. ci-dessus). Dans le Psautier de Winchcombe, la liaison entre les feuilles et la tige elle-même gagne encore en fluidité et en élongation. À la fin du siècle, les rinceaux pleinement formés finissent même par s’affranchir du cadre, comme dans un psautier réalisé à Winchester28.

Fusion et diffusion des apports anglo-germaniques dans les scriptoria septentrionaux

10À la fin du 11e siècle, les confraternités et autres formes d’échanges entre abbayes rhéno-mosanes, anglaises et de la France septentrionale contribuent à la fusion des influences anglaises et ottoniennes dans les grands scriptoria de la France du Nord (Saint-Bertin, Saint-Vaast et Saint-Amand).

  • 29 André Boutemy, « Odbert de Saint-Bertin et la seconde Bible de Charles le Chauve », in Scriptorium, (...)
  • 30 Richard Gameson, « L’Angleterre et la Flandre aux Xe et XIe siècles, le témoignage des manuscrits » (...)
  • 31 Saint-Omer, Bibliothèque d’agglomération, ms. 154, f. 1, abbaye de Saint-Bertin, 1ère moitié du 11e(...)

11On observe particulièrement bien cela au sein du scriptorium de Saint-Bertin, sous l’abbatiat d’Odbert (966-1007)29. Le style qui s’y développe témoigne de l’influence conjointe de l’enluminure rhéno-mosane et de celle de l’Angleterre méridionale (Saint-Alban, Canterbury, Winchester), avec lesquelles la grande abbaye audomaroise est en étroites relations30. Les manuscrits bertiniens produits dans la première moitié du 11e siècle sont ornés de lettres dont le tracé associe des entrelacs insulaires à des rinceaux feuillus que l’on retrouve aussi de plus en plus souvent dans les encadrements de pages31.

Oswald Psalter

Oswald Psalter

Londres, British Library, ms. Harley 2904, f. 4, Winchester, v. 980-1000, f. 4, initiale B ornée, incipit du Psaume 1

  • 32 Max Schott, Zwei Lütticher Sakramentare in Bamberg und Paris und ihre Verwandten (zur Geschichte de (...)
  • 33 L’histoire même de Judith de Flandre illustre les liens étroits entre les territoires anglais, germ (...)
  • 34 Saint-Bertin maintient cette tradition jusqu’au début du 13e siècle. On conserve en effet un groupe (...)
  • 35 Que l’on pense au sacramentaire ottonien, probablement réalisé à Fulda vers 1025-1040 (Los Angeles, (...)
  • 36 Marie-Rose Lapière, La lettre ornée dans les manuscrits mosans d’origine bénédictine (XIe-XIIe sièc (...)
  • 37 Florence Mütherich, « La France », in Grodecki et al., op. cit., p. 200. Boulogne-sur-Mer, Biblioth (...)

12Parallèlement, l’un des ateliers qui a probablement contribué à transmettre le motif du rinceau d’or ottonien dans les scriptoria septentrionaux est celui dit du « groupe Schott », dont les œuvres sont réunies autour du recueil hagiographique de Saint-Omer32. Les trois enlumineurs qui constituent ce groupe ont été formés au sein du diocèse de Liège, dans la tradition ottonienne, avant de suivre la cour de Judith de Flandre, réfugiée à Saint-Bertin après l’assassinat de son premier mari, le comte de Northumberland, en 1066, et qui se remarie en 1071 avec le duc de Bavière33. Les lettres à rinceaux d’or34 des manuscrits de ce groupe suivent un modèle qui se diffuse en Meuse, en particulier dans les diocèses de Liège et de Namur35, dans le milieu du siècle, comme à Gembloux36. L’exemple donné par Saint-Bertin est rapidement suivi par Saint-Vaast d’Arras, qui développe un style proche de celui de l’abbaye audomaroise, fait d’une « bizarre mosaïque de formes anglo-saxonnes, carolingiennes et franco-saxonnes », où le rinceau prend également de plus en plus d’importance37.

  • 38 Avranches, Bibliothèque municipale, ms. 97, Mont-Saint-Michel, v. 991-1009 ; Avranches, Bibliothèqu (...)

13Notons que la diffusion et le développement du rinceau feuillu s’observe également dans la plupart des scriptoria en contact, d’une manière ou d’une autre, avec l’art et la culture anglo-saxonnes, en Normandie notamment, où les enlumineurs qui travaillent au Mont-Saint-Michel produisent des initiales à rinceaux dès le début du 11e siècle. Dans un commentaire d’Ambroise de Milan sur l’évangile selon Luc copié au milieu du 11e siècle dans cette abbaye, on observe, sur la double pleine page d’incipit, la cohabitation d’un encadrement très inspiré du style anglo-saxon de Winchester avec une lettre à rinceaux déjà continentale. Ce style de lettre ornée connaît ensuite une grande fortune au sein du scriptorium montois jusqu’à la fin du 12e siècle38.

Apparition du filament végétal, ou protofiligrane, dans le décor des lettres secondaires

Un motif endogène à la lettre

14Initialement, le rinceau est un motif accessoire de la lettre autour de laquelle il s’étale, puis s’enroule avant d’en combler les interstices, d’en prolonger le tracé, pour enfin fusionner complètement avec elle. Mais comme nous avons essayé de le montrer plus haut, ce processus de fusion plastique ne se fait que de manière très progressive.

  • 39 Denis Muzerelle, dans son vocabulaire codicologique (en ligne), définit l’initiale filigranée : « i (...)

15Parallèlement, vers la fin du 10e siècle, on voit apparaître, dans certains manuscrits germaniques, anglo-saxons et francs, un traitement décoratif spécifique des initiales secondaires qui témoigne cette fois d’une recherche plastique sur le corps, le tracé même de la lettre. Souvent monochromes, les déliés du tracé de ces lettres sont de plus en plus régulièrement prolongés de crochets, d’enroulements, de petits pétales ou de demi-palmettes, et les pleins sont scandés par des renflements en forme de perles et de toupies. Ces éléments sont attachés à la lettre, comme des excroissances naissant à ses extrémités. Bien que d’aspect végétalisant, ils sont toutefois trop abstraits pour être qualifiés de rinceaux, et ils sont encore trop épais et trop peu développés pour qu’on puisse parler de filigranes39. Nous proposons donc d’y voir plutôt des « protofiligranes », car ils contiennent en gestation le vocabulaire ornemental de la lettre filigranée, mais semblent influencés par la recherche plastique autour du rinceau que nous venons de décrire.

Une probable origine anglaise

  • 40 Londres, British Library, ms. Add. 37517, Canterbury ou Westminster, v. 950-975
  • 41 Boulogne-sur-Mer, Bibliothèque municipale, ms. 20, Saint-Bertin, v. 999. Cette portion du manuscrit (...)

16Les plus anciens témoins que nous avons repérés à ce jour viennent du sud de l’Angleterre, et sont datés de la fin du 10e siècle. On les trouve par exemple dans le Psautier Bosworth40 que nous avons déjà mentionné plus haut. Il est probable que, de même que les lettres figurées et habitées, les protofiligranes soient une invention anglaise qui s’est ensuite rapidement diffusée sur le continent, en commençant par les monastères de Flandre et d’Artois, et en premier lieu l’abbaye de Saint-Bertin, très liée avec les monastères du Kent. Par exemple, dans le Psautier d’Odbert, certaines initiales de la fin du manuscrit (f. 184v-231v)41 reçoivent ce type de décor. On y observe une certaine parenté avec le rinceau. Ainsi, dans le C du f. 218v, il s’agit encore d’un rincelet qui vient combler l’intérieur de la lettre. Dans le B du f. 212v, les protofiligranes naissent des extrémités de la hampe de la lettre dont ils redoublent le tracé à l’extérieur.

Bosworth Psalter

Bosworth Psalter

Londres, British Library, ms. Add. 37517, Canterbury ou Westminster, v. 950-975, f. 201, initiale B ornée, incipit du cantique des trois enfants

17Dans les siècles suivants, ce type de décor va se développer et s’enrichir de nouveaux motifs et de variantes. Ces prolongements décoratifs vont peu à peu se détacher du tracé de la lettre et se développer en parallèle de celui-ci, tout en s’affinant jusqu’à devenir une véritable dentelle graphique. Cette évolution se produit, selon toute vraisemblance, dans les ateliers parisiens des années 1140-1160, et de là rayonnera dans toute l’Europe, pour donner les fameuses lettres filigranées caractéristiques du décor secondaire des manuscrits de la fin du Moyen-Âge.

Conclusion

  • 42 Arturo Carlo Quintavalle « Gli antichi come modello », in idem (éd.), Medioevo : il tempo degli ant (...)

18Le rinceau est un motif que l’art de la Grèce antique a transmis à la culture romaine42. Il faut attendre la renaissance carolingienne pour qu’il soit redécouvert par les artistes médiévaux. Dans l’enluminure, il est d’abord employé comme ornement extérieur à la lettre. Peu à peu, il va en habiter le dessin jusqu’à fusionner avec elle, lui conférant une dimension organique qui rompt avec le caractère purement graphique de l’entrelacs insulaire. Parallèlement, probablement sous l’influence de la recherche plastique autour du rinceau, les lettres secondaires se parent progressivement d’appendices végétalisants, qui vont se développer, « fleurir » et s’épanouir en un type de décor qui connaît une évolution formelle propre. Cependant, contrairement au rinceau qui garde son caractère végétal aux 13e et 14e siècles, quittant simplement la lettre pour venir s’épanouir dans les marges en antennes et en vignetures, le protofiligrane connaît un développement plastique qui tend plus vers l’abstraction et renoue, en quelque sorte, avec les entrelacs du haut Moyen-Âge.

Haut de page

Notes

1 Motifs ornementaux constitués d'une tige se développant en volutes et en contre-volutes, ornée le plus souvent d’éléments végétaux.

2 On parle aussi de « figure repoussoir », pour désigner une figure placée sur le bord d’un espace pictural afin d’en matérialiser les limites et de « repousser » le regard du spectateur vers le centre de la composition.

3 Patricia Stirnemann, « La flore enluminée avant la fleur naturaliste », in Art de l’enluminure, 80 (mars-mai 2022), p. 6-61.

4 Paris, BnF, ms. lat. 9428, Metz, v. 842. Voir Marie-Pierre Lafitte et Charlotte Denoël, Trésors carolingiens. Livres manuscrits de Charlemagne à Charles le Chauve, Paris, BnF, 2007, p. 194-199. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b525084620

5 Paris, BnF, ms. lat. 9388, Metz, v. 845-855. Lafitte et Denoël, op. cit., p. 200-203. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55001425m

6 Paris, BnF, ms. lat. 1, Saint-Martin de Tours, 845, f. 9-9v. Lafitte et Denoël, op. cit., p. 103-105. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53019391x/f17.item

7 Technique de décoration qui consiste à enchâsser un fil de cuivre, d'or ou d'argent sur une surface métallique, afin de créer différents motifs décoratifs et ornementaux.

8 Technique de décoration qui consiste à incruster de l’émail noir dans une plaque de métal.

9 Carl Nordenfalk, L’enluminure au Moyen Âge, Paris, Skira, 1988 (1957), p. 69

10 Sacramentaire de Charles le Chauve, Paris, BnF, ms. lat. 1141, école du Palais de Charles le Chauve, v. 869-870, f. 4 & 6v. Lafitte et Denoël, op. cit., p. 117-119. F.4r : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53019391x/f17.item ; f.6v : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53019391x/f22.item

11 Bandes d’étoffe tissées d’or servant de parement sur un habit.

12 Tissus décoratifs tissés avec un motif en relief, ressemblant à une broderie.

13 Paris, BnF, ms. lat. 1141, f. 9v. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53019391x/f28.item

14 Paris, BnF, ms. lat. 9383 et 9390, Metz, v. 860-870, f. 2v-3, 5v-6. Lafitte et Denoël, op. cit., p. 204-205. F2v-3r : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550056550/f8.double
f5v-6r : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550056550/f14.double

15 Bamberg, Staatsbibliothek, Msc. Lit. 143, Abbaye de Seeon, 1er quart du 11e s. ; Londres, British Library, ms. Harley 2970, Lorsch ( ?), 1er tiers du 11e s. ; Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Clm. 23630, Saint-Michel d’Heiligenberg, fin du 11e s. ; Vatican, BAV, ms. Vat. Lat. 3806, Fulda ou Ratisbonne, v. 999-1003.

16 Trèves, Stadtbibliothek, Hs. 171/1626, Trèves, v. 984. Voir Florence Mütherich, « Le Maître du Registrum Gregorii », in Louis Grodecki et al., Le siècle de l’an mil, Paris, Gallimard (L’univers des formes), 1973, p. 127-134.

17 Paris, BnF, ms. NAL 1541, Saint-Maximin de Trèves, fin du 10e s. ; Trèves, Stadtbibliothek, Hs. 2209/2328 2°, Saint-Maximin de Trèves, v. 960. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10025547p

18 Florence Mütherich, « L’apogée, Reichenau », in Grodecki et al., op. cit., p. 135-145

19 Darmstadt, Hessische Landes- und Hochschulbibliothek, cod. 1948, Reichenau, av. 965-976

20 Franz J. Ronig (dir.), Egbert, Erzbischof von Trier 977-993. Gedenkschrift der Diözese Trier zum 1000. Todestag, Trèves, RLM Trier, 1993, cat. n° 9

21 Heidelberg, UB, ms. Sal. IX b, Reichenau, v. 960-980 ; Leipzig, Universitätsbibliothek, ms. Rep. I 57 (olim CXC), Reichenau, v. 970.

22 Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Clm. 4453, Reichenau, v. 1000 ; Bamberg, Staatsbibliothek, Msc. Bibl. 76, Reichenau, v. 1000 ; Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Clm. 4452, Reichenau, v. 1007-1012 ; Bamberg, Staatsbibliothek, Msc. Bibl. 140, Reichenau, v. 1010 ; Berlin, SBPK, Cod. 78 1 2, Reichenau, v. 1050-1070.

23 Saint-Gall, Stiftsbibliothek, Cod. Sang. 359, p. 25, Saint-Gall, v. 922-926

24 Oxford, Bodleian Library, ms. Hatton 20, v. 890-897 ; Oxford, Bodleian Library, ms. Auct. F, 4. 32, f. 37-47, v. 890. Voir Grodecki et al., op. cit., 1973, p. 229.

25 Londres, British Library, ms. Royal 5 E XI, Canterbury, 1er quart du 11e s., f. 9. Le I associe entrelacs insulaires et protomés zoomorphes à des palmettes encore hésitantes dans leur recherche formelle.

26 Londres, British Library, ms. Add. 37517, Canterbury ou Westminster, v. 950-975

27 Éric Palazzo, « Aux sources de l’enluminure ottonienne et anglaise (950-1030) », in Pierre Riché (dir.), L’Europe de l’an mil, La Pierre-qui-Vire, Zodiaque, 2001, p. 270-274 ; Stirnemann, op. cit., p. 28.

28 Londres, British Library, ms. Harley 2904, f. 4, Winchester, v. 980-1000 ; Cambridge, University Library, ms. Ff.1.23, f. 5, Winchcombe ou Canterbury, v. 1025-1050 ; Londres, British Library, ms. Arundel 60, Winchester, v. 1075-1099.

29 André Boutemy, « Odbert de Saint-Bertin et la seconde Bible de Charles le Chauve », in Scriptorium, 4, 1950, p. 101-102 ; André Boutemy, « Influences carolingiennes dans l’œuvre de l’abbé Odbert de Saint-Bertin (circ. ann. 1000) », in F. Gerke, Hermann Schintzler et al. (éd.), Karolingische und ottonische Kunst. Werden, Wesen, Wirkung, Wiesbaden, Franz Steiner, 1957 (Forschungen zur Kunstgeschichte und christlichen Archäologie, 3), p. 427-433.

30 Richard Gameson, « L’Angleterre et la Flandre aux Xe et XIe siècles, le témoignage des manuscrits », in Les échanges culturels au Moyen Âge, xxxiie congrès de la SHMES (Université du Littoral, Côte d’Opale, juin 2001), Paris, Éd. de la Sorbonne, 2022, p. 165-206

31 Saint-Omer, Bibliothèque d’agglomération, ms. 154, f. 1, abbaye de Saint-Bertin, 1ère moitié du 11e s. ; New York, Morgan Library, ms. M.333, f. 51, Saint-Bertin, première moitié du 11e s.

32 Max Schott, Zwei Lütticher Sakramentare in Bamberg und Paris und ihre Verwandten (zur Geschichte der Lütticher Buchmalerei im XI. Jahrhundert), Strasbourg, Éd. Heitz, 1931. Les manuscrits de ce groupe sont : deux recueils hagiographiques : Saint-Omer, Bibliothèque d’agglomération, ms. 698, et Bergues, Bibliothèque municipale, ms. 19 ; cinq évangéliaires : Paris, BnF, lat. 278, Bruxelles, KBR, II 175, Fulda, Hessische Landesbiblliothek, Hs. Aa 21, Oxford, Bodleian Library, Auct. D. 2. XVI, Stuttgart, Württembergische Landesbibliothek, H.B. II 46 ; et deux sacramentaires : Bamberg, Staatsbibliothek, Ed. V. 4. Lit. 3 et Paris, BnF, lat. 891. Voir Rosemary Argent Svoboda, The illustrations of the life of St. Omer (Saint-Omer, Bibliothèque municipale, ms. 698), Ann Arbor, UMI Dissertation Services, 1995 ; Marc Gil, « Le sacramentaire dit de l’abbé Manassès de Saint-Winoc (1078-1081) et l’enluminure entre Saint-Omer et Liège, dans la deuxième moitié du XIe siècle », in Annales du Comité flamand de France, 70 (2019), p. 127-152 ; Rémy Cordonnier, « Quelques notes sur le ms. 19 de Bergues et l’iconographie médiévale de saint Winnoc », in Annales du Comité flamand de France, 70 (2019), p. 101-125.

33 L’histoire même de Judith de Flandre illustre les liens étroits entre les territoires anglais, germaniques et flamands au 11e siècle. Il est évident que le mécénat princier a joué un rôle aussi important que les échanges monastiques dans la diffusion des styles à cette époque.

34 Saint-Bertin maintient cette tradition jusqu’au début du 13e siècle. On conserve en effet un groupe de manuscrits liturgiques, produits vers 1200-1230 (Saint-Omer, Bibliothèque d’agglomération, ms. 93, 243, 232), où l’on trouve encore des initiales à rinceaux d’or.

35 Que l’on pense au sacramentaire ottonien, probablement réalisé à Fulda vers 1025-1040 (Los Angeles, Getty Museum, ms. Ludwig V 2), offert par l’évêque de Mayence Bardo à l’abbaye Saint-Aubin de Namur à sa fondation en 1046, et qui a pu fournir des modèles au scriptorium naissant.

36 Marie-Rose Lapière, La lettre ornée dans les manuscrits mosans d’origine bénédictine (XIe-XIIe siècles), Paris, Belles lettres, 1981, p. 120-123

37 Florence Mütherich, « La France », in Grodecki et al., op. cit., p. 200. Boulogne-sur-Mer, Bibliothèque municipale, ms. 9, abbaye de Saint-Vaast d’Arras, v. 1000-1009.

38 Avranches, Bibliothèque municipale, ms. 97, Mont-Saint-Michel, v. 991-1009 ; Avranches, Bibliothèque municipale, ms. 115, Mont-Saint-Michel, v. 991-1009 ; Avranches, Bibliothèque municipale, ms. 59, Mont-Saint-Michel, v. 1030-1045, f. 1v-2. Voir Monique Dosdat, L’enluminure romane au Mont-Saint-Michel, Rennes, Ouest-France, 2006, p. 45-68.

39 Denis Muzerelle, dans son vocabulaire codicologique (en ligne), définit l’initiale filigranée : « initiale décorée d’un réseau plus ou moins dense et régulier de fioritures exécutées à la plume, à l’encre noire ou de couleur, sans fond peint ». Voir Patricia Stirnemann, « Fils de la vierge. L’initiale à filigranes parisienne : 1140-1314 », in Revue de l’Art, 90 (1990), p. 58-73, ici p. 59 : « L’initiale filigranée consiste en une lettre entourée d’un décor filiforme, exécuté avec une plume finement taillée dont le tracé ne relève ni pleins ni déliés. Les deux éléments, la lettre et les filigranes, sont presque toujours de deux couleurs différentes, chacun maintenant son indépendance : la lettre, même si elle est découpée en « puzzle » ou ponctuée de motifs réservés, reste lisible dans son intégralité et indépendante du décor qui l’entoure. Pour leur part, les filigranes articulent, entourent, encadrent et remplissent les espaces autour et à l’intérieur de la lettre ; sauf à de rares exceptions, ils renoncent à tout effet spatial ».

40 Londres, British Library, ms. Add. 37517, Canterbury ou Westminster, v. 950-975

41 Boulogne-sur-Mer, Bibliothèque municipale, ms. 20, Saint-Bertin, v. 999. Cette portion du manuscrit semble d’ailleurs avoir été décorée par une autre main que le reste du volume, attribué au Maître de Ramsay et à Odbert lui-même.

42 Arturo Carlo Quintavalle « Gli antichi come modello », in idem (éd.), Medioevo : il tempo degli antichi, atti del Convegno internazionale di studi (Parma, 24-28 settembre 2003), Parme/Milan, Mondadori Electa, 2006, p. 11-13

Haut de page

Table des illustrations

Titre Évangiles de Drogon
Crédits Paris, BnF, ms. lat. 9388, Metz, v. 845-855, f. 41 : initiale V ornée, incipit de Matthieu, 16, 1
URL http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/6995/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,8M
Titre Bible de Vivien
Crédits Paris, BnF, ms. lat. 1, f. 9v : table des chapitres de la Genèse, détail
URL http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/6995/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 821k
Titre Codex Gero
Crédits Darmstadt, Hessische Landes-und Hochschulbibliothek, cod. 1948, Reichenau, av. 965-976, f. 17v
URL http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/6995/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 445k
Titre Bosworth Psalter
Crédits Londres, British Library, ms. Add. 37517, Canterbury ou Westminster, v. 950-975, f. 4, initiale B ornée, incipit du Psaume 1
URL http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/6995/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 705k
Titre Oswald Psalter
Crédits Londres, British Library, ms. Harley 2904, f. 4, Winchester, v. 980-1000, f. 4, initiale B ornée, incipit du Psaume 1
URL http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/6995/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 746k
Titre Bosworth Psalter
Crédits Londres, British Library, ms. Add. 37517, Canterbury ou Westminster, v. 950-975, f. 201, initiale B ornée, incipit du cantique des trois enfants
URL http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/6995/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 354k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Rémy Cordonnier, « Rinceaux et protofiligranes : la tige végétale dans l’enluminure de l’an mil dans les scriptoria d’Europe du Nord », La Revue de la BNU [En ligne], 29 | 2024, mis en ligne le , consulté le 05 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rbnu/6995 ; DOI : https://doi.org/10.4000/11v7y

Haut de page

Auteur

Rémy Cordonnier

Responsable du fonds ancien de la Bibliothèque d’agglomération du Pays de Saint-Omer

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search