Les ancêtres des réseaux sociaux : cinq livres d’amitié alsaciens
Texte intégral
Livre d’amitié de Joh. Mich. Remond, Strasbourg et Nancy, 1797-1803. 31 contributions en allemand et français. Reliure en maroquin vert avec dorures, tranches dorées, étui couvert de papier marbré.
• Cote Bnu : MS.7.251
Livre d’amitié « Souvenir, an meine Freunde », Strasbourg et Tübingen, 1820-1857. 40 contributions en allemand et en français, grec ancien, latin et hébreu pour les citations, 19 illustrations (gravures colorées et dessins originaux). Reliure plein cuir avec dorures, tranches dorées, étui couvert de papier marbré.
• Cote Bnu : MS.7.252
Livre d’amitié de Katharina Rothhan, Wasselonne, 1808-1818. 80 contributions en allemand et en français (peu), 19 illustrations (gravures colorées et dessins originaux). Reliure plein cuir avec dorures, tranches dorées.
• Cote Bnu : MS.7.253
Livre d’amitié réalisé à Wasselonne, 1881-1888. 19 contributions en allemand et en français. Chromolithographies animées montées sur papier épais en feuillets séparés.
• Cote Bnu : MS.7.254
Livre d’amitié de J. F. Saltzmann réalisé à Strasbourg, Colmar, Mulhouse, Sarrebruck, Montbéliard et Nantes, 1788-1796. 37 contributions en allemand et en français et 6 illustrations (dessins originaux). Reliure en maroquin rouge avec dorures, tranches dorées.
• Cote Bnu : MS.7.261
1Le livre d’amitié (liber amicorum, Stammbuch), carnet personnel où l’on recueille dessins, poésies et dédicaces, apparaît dans les universités allemandes à partir du 16e siècle. Il est emporté par les étudiants pour y recueillir le souvenir des amitiés loin de chez eux, selon des règles fixées au départ qui n’empêcheront pas les éléments de décor et la diffusion d’évoluer au fil des siècles, jusqu’au « livre de poésies » qu’ont peut-être encore connu des lectrices de ces lignes.
2Reflet du milieu culturel qui l’a vu naître, il est une source privilégiée pour l’histoire sociale. La Bnu possède une importante collection de livres d’amitié centrée sur l’Alsace. Elle vient de s’enrichir de cinq nouvelles pièces, alsaciennes également, écrites en allemand et, dans une moindre mesure, en français. Elles ont toutes le format traditionnel à l’italienne. Un premier ensemble de quatre albums, datant de la fin du 18e à la fin du 19e siècle, provient d’un antiquaire allemand. Réalisés à Strasbourg et à Nancy pour le premier, à Strasbourg et à Tübingen pour le second, ils relèvent de la tradition masculine et étudiante à l’origine des Stammbücher, se distinguant par une présentation précieuse (reliure en cuir voire en maroquin, décor à fines dorures, tranches dorées) et un niveau d’instruction élevé. Les deux autres proviennent de Wasselonne, lieu qui manquait dans la collection, et témoignent de la féminisation et de la démocratisation du livre d’amitié que l’on observe aux 18e et 19e siècles dans tout l’espace germanique, avec des chromolithographies animées pour le dernier – les pop-up du 19e siècle, devenus une rareté (voir ill. ci-dessous). Le cinquième, réalisé à la fin du 18e siècle en Alsace, dans des villes voisines (Montbéliard, Sarrebruck), et même à Nantes, présente, sous une reliure en maroquin, des aquarelles très raffinées dont deux dessins maritimes.
Chromolithographies animées du livre d’amitié de Wasselonne MS.7.254
Cliché Bnu-Alexandra Montana-Lampo, CC BY-NC-SA
3Les poèmes et les dédicaces parfois touchantes célébrant l’amitié, ainsi que les images allégoriques, peuvent paraître un peu conventionnels, même si le second album se distingue par ses citations en grec, tirées du Nouveau Testament. Ces albums n’en constituent pas moins des sources d’informations uniques, qui reflètent non seulement la culture de leur temps, mais aussi les relations sociales entre les personnes – les livres d’amitié sont les premiers réseaux sociaux !
4Avec cet apport substantiel, la collection de livres d’amitié de la Bnu compte désormais plus de soixante pièces, miroirs aussi bien de la cuture savante de leurs origines que de la diffusion féminine et hors des grands centres urbains et universitaires. On rappellera que la collection fait l’objet de multiples partenariats scientifiques et de valorisations culturelles, de l’échelon régional à l’international. Pour en savoir plus, on consultera notamment le catalogue de l’exposition Alter ego : amitiés et réseaux du XVIe au XXIe siècle (2016-2017, en partenariat avec la WLB de Stuttgart), la collection « Alba amicorum » sur Numistral (https://www.numistral.fr/fr/alba-amicorum) et le répertoire international RAA (Repertorium Alborum Amicorum), où la collection de la Bnu est recensée.
Table des illustrations
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| Titre | Chromolithographies animées du livre d’amitié de Wasselonne MS.7.254 |
| Crédits | Cliché Bnu-Alexandra Montana-Lampo, CC BY-NC-SA |
| URL | http://journals.openedition.org/rbnu/docannexe/image/8164/img-1.png |
| Fichier | image/png, 3,5M |
Pour citer cet article
Référence papier
Madeleine Zeller, « Les ancêtres des réseaux sociaux : cinq livres d’amitié alsaciens », La Revue de la BNU, 32 | 2025, 107-.
Référence électronique
Madeleine Zeller, « Les ancêtres des réseaux sociaux : cinq livres d’amitié alsaciens », La Revue de la BNU [En ligne], 32 | 2025, mis en ligne le 14 novembre 2025, consulté le 05 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rbnu/8164 ; DOI : https://doi.org/10.4000/156pe
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