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Haut de pageRésidences de chercheurs
Cette année 2026 voit la Bnu accueillir ses premiers chercheurs en résidence, l’un dans le cadre d’une bourse accordée par la bibliothèque sur ses crédits propres et qui avait vocation à valoriser un de ses fonds, à choisir par le chercheur, l’autre plus spécifique, avec une bourse rendue possible par une opération de mécénat et qui visait à valoriser le fonds Abraham Moles, donné à la Bnu par la veuve du professeur, Elisabeth Rohmer, en 2013 (voir La Revue de la BNU, n° 10, 2014). Les deux chercheurs, Philippe Woloszyn pour le fonds Moles, Céline Bohnert pour le travail sur Ovide, sont arrivés à la bibliothèque en cette fin d’hiver et donnent ici les premières pistes qui vont guider leurs travaux pendant les six mois de leurs résidences.
Philippe Woloszyn
Philippe Woloszyn, présentez-vous en quelques mots.
Architecte, acousticien, spécialiste des ambiances, recruté au CNRS en 1999, médaillé de bronze de la section Espaces, Territoires, Sociétés du CNRS en 2003, je suis chargé de recherches CNRS à l’Université de Bordeaux/Bordeaux Montaigne. Je mène mes recherches au sein de l’UMR PASSAGES, en me positionnant au croisement de l’architecture, de l’intelligence territoriale, de l’éco-acoustique et de la perception sonore des espaces de ressourcement. Dans ma pratique, j’allie également création artistique et recherche scientifique sur la thématique du paysage sonore ressourçant, que ce soit au sein du collectif Sonotopics créé en 2024 pour le partage des initiatives autour du paysage sonore, ou dans le cadre de la résidence du festival FACTS du programme de l’IdEx Bordeaux « Art et Sciences » dont j’ai été lauréat pour l’édition 2025. Ce faisant, l’actualité de mes travaux de recherche porte sur la qualification perceptive et informationnelle des ambiances sonores, ce qui m’a amené à modéliser les interactions environnementales des territoires acoustiques de la biodiversité et leurs effets sur l’homme.
Philippe Woloszyn

Coll. Bnu, cliché Bnu-AML, CC BY-NC-SA
Cohérence du projet avec le parcours du chercheur.
C’est bien au sein des thématiques et des travaux d’Abraham Moles que je mène mes recherches depuis plus de trente ans, en m’appuyant sur des notions transdisciplinaires qu’il a développées avec Barker, Schaeffer et d’autres, ainsi que sur ses travaux autour de la relation entre musique, langage, mathématiques et paysage sonore, mon champ de recherche principal depuis mon entrée au CNRS. Les thématiques, liées à ces notions, que je compte développer dans ce projet de résidence sont les suivantes :
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le paysage sonore tout d’abord et en priorité, lequel, s’il reste une inspiration essentiellement issue de Murray Schafer, entre de plain-pied dans ce que Moles décrivait comme partie prenante d’une théorie du paysage liée à la théorie de l’information, et dont les notions de climat sonore et d’objet sonore développées de concert avec Pierre Schaeffer ont balisé le décentrement du regard scientifique que je porte sur la réalité de notre écoute paysagère.
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d’autres approches du sensible dans notre environnement, sur le principe de la ligne d’univers, entre idéoscènes (représentations mentales du paysage), atomes d’ambiance (qui se réfèrent aux atomes d’action de la théorie des actes d’A. Moles), sans oublier la notion d’épaisseur du présent, représentative d’une situation « ambiantale » vécue, le principe des trois libertés, à l’origine issu de ses travaux sur le sentiment religieux, et celui des coûts généralisés, fondateurs de sa théorie des actes, qui seront aussi abordés. Cette instrumentation de la recherche par ces concepts molesiens nous permettra au bout du compte de tenter d’aborder une écodynamique de l’action de l’homme dans l’environnement.
Méthodologie et calendrier de recherche.
La méthode consiste à appréhender le fonds Abraham Moles simultanément par les deux bouts – macro et micro –, c’est-à-dire en se faisant à la fois une idée générale de ce que représente ce fonds en termes de coloration thématique et de diversité disciplinaire, tout en « creusant » les thématiques-clés proches de mes objets de recherche, à savoir l’étude des rapports entre bruit, musique et société d’une part et l’ontogenèse de la science des interactions d’autre part.Pour ce faire, je tenterai de mobiliser des méthodes molesiennes d’analyse de contenu, par exemple via une matrice des interactions – pour décrire les flux de transferts notionnels entre la recherche de Moles et le travail que je poursuis dans mon habilitation à diriger des recherches (HdR) –, une cartographie des (inter-)thématiques développées dans l’ensemble de son travail et, pourquoi pas, un abaque de Régnier qui permettrait de donner la « température » des inédits ou des pistes de réflexion de Moles au sein de chacune de ses préoccupations scientifiques.Le rythme de cette résidence me ramène à Strasbourg – trente ans après mes études en architecture, dont les cours de psychologie de l’espace m’ont sensibilisé à sa pensée – une semaine sur deux pour la consultation des fonds, le reste du temps étant consacré à la « remise en ordre » des éléments glanés à la Bnu, à la formalisation des idées et au processus d’écriture.À terme, j’aimerais formaliser une « photogrammétrie conceptuelle » de la contribution de Moles à l’édifice interdisciplinaire des recherches « anormalisées » en sciences humaines et sociales via des modes de représentation qu’il aurait lui-même mobilisés, pour rendre compte de la dimension mosaïque – de la « mosaïcité » – de son œuvre.
Potentiel de valorisation des résultats.
La présente interview constitue une première tentative d’écriture (dûment complétée par des articles sur Lieu de recherche, le blog scientifique de la Bnu) sur le processus de valorisation du fonds Moles dont j’assume, en partie, la mission. En posant les bases de ce que cette résidence peut – pourrait – donner à terme, elle préfigure bien évidemment un article de fond qui prendra place dans une revue à comité de lecture – encore à définir –, précédé d’un séminaire de sortie de résidence qui fera le point sur les résultats, et les questions restant ouvertes, de cette dernière.En plus de ces productions de sortie de résidence sera programmée une exposition, la quatrième édition de Sonotopics à l’École d’architecture de Strasbourg en 2027. S’inscrivant dans la thématique des paysages sonores en projet, cette exposition / conférence / installation sera orientée sur le paysage sonore urbain, musical ou naturel au prisme de l’œuvre d’Abraham Moles. Ce moment présentera notamment l’aspect génératif de sa pensée dans la réflexion sur les ambiances paysagères, et dans les rapports entretenus entre bruit, son et musique.Enfin, la réalisation d’un documentaire sur un aspect particulier de la personnalité scientifique de Moles par Alexandra Ena, réalisatrice vidéo au laboratoire PASSAGES, permettra d’illustrer ma sortie de résidence par la présentation d’une première version en format court. Ce film constituera la préfiguration d’un document plus long, sous réserve d’une opportunité de co-production...« Last but not least », ce travail est destiné à alimenter mon projet d’HdR sur le sujet des sciences de l’imprécis, socle fondateur d’une théorie des ambiances, dont l’horizon de soutenance se profilera en 2027.
Les résidences comme laboratoires des humanités.
Pour autant que je me souvienne, les bibliothèques ont toujours été des lieux de support de la recherche. Elles ont toujours fait partie du biotope (du sociotope ?) du scientifique (ou alors était-ce avant ?). De par leurs compétences élargies (administration bibliographique, numérisation des documents visuels et sonores, accueil d’acteurs de la recherche...), elles sont susceptibles de passer du statut de support à celui de lieu de recherche, notamment en proposant des séjours thématiques (bourses, résidences...) en lien avec les notions de collections ou de fonds documentaires spécialisés. En cela, l’offre scientifique des bibliothèques gagne à se diversifier, en se rapprochant toujours plus du chercheur en action, surtout si l’on travaille sur des supports qui dépassent la sphère du web (notes, schémas, esquisses, ou toutes les formes de griffonnages scientifiques qui restent résistants à la numérisation en pixels...). Ainsi, de par leurs atouts, les bibliothèques ont la potentialité de devenir de nouveaux lieux de « socialisation scientifique », avec tous les bénéfices inhérents que cela implique : disponibilité des fonds, convivialité, échange et partage de compétences entre chercheurs et documentalistes... C’est en cela que les bibliothèques sont en passe de devenir des bastions contre la toute-puissance de l’expression numérique vide et sans objet de l’« intelligence artificielle ».Si la bibliographie est l’essence du chercheur, la bibliothèque en est la station-service, mais elle peut également en devenir le moteur...
Céline Bohnert
Céline Bohnert, présentez-vous en quelques mots.
Depuis 2008, je suis maîtresse de conférences en littérature française du 17e siècle à l’Université de Reims Champagne-Ardenne. Je m’intéresse à la réception des mythes antiques dans l’Europe humaniste, galante puis classique. À ce titre, j’ai été reçue en délégation au Centre d’études supérieures sur la Renaissance, où j’ai travaillé en collaboration avec les collègues du Centre de musique baroque de Versailles. Puis j’ai été accueillie deux ans comme Visiting Fellow au Warburg Institute. Juste avant d’arriver à la Bnu pour six mois de résidence, j’ai terminé un projet de cinq ans à l’Institut universitaire de France dont je suis membre junior.
Céline Bohnert

Coll. Bnu, cliché Bnu-AML, CC BY-NC-SA
Cohérence du projet avec le parcours du chercheur.
Spécialiste de la réception des mythes antiques aux 16e-17e siècles, je m’intéresse notamment aux Métamorphoses d’Ovide : j’étudie la manière dont la mise en livre (titulation, mise en page, indexation, annotation, illustration) façonne le matériau antique à destination de différents publics, des écoliers aux honnêtes gens, des érudits aux poètes et aux artistes. Ces opérations matérielles contribuent à fonder une culture partagée à travers l’Europe. Elles permettent aussi de mesurer des spécificités locales, qu’on prenne en considération les territoires linguistiques, politiques ou religieux, ou encore les espaces sociologiques. Les écarts ainsi produits, auxquels s’ajoutent ceux liés à la traduction et au commentaire, ont beaucoup à nous dire sur l’imaginaire, les valeurs, la vision du monde, en somme la culture de tel moment et de tel milieu.Ce travail a pris différentes formes. J’ai par exemple édité l’Adonis de Jean de La Fontaine, inspiré d’Ovide et de Giambattista Marino, ainsi que le premier livre des Mythologiae libri decem de Natale Conti. Cette mythographie, par la compilation et l’interprétation allégorique des croyances antiques, entend initier les lecteurs à une meilleure connaissance du monde et d’eux-mêmes. Actuellement, je rédige un livre intitulé Les Métamorphoses de poche. Abréger, résumer, figurer Ovide aux 16e et 17e siècles. J’analyse l’acculturation des Métamorphoses à travers certains de leurs avatars livresques : des manuels, des poèmes ou des albums d’images qui ont tous en commun de réduire la matière ovidienne, de la condenser. Ces objets ont servi d’intermédiaires vers Ovide, voire de substituts à la lecture de son œuvre… car aujourd’hui comme hier, on ne lisait pas toujours les classiques dans le texte.
Méthodologie et calendrier de recherche.
La Bnu possède douze ouvrages illustrés, parus entre 1545 et 1650, qui dérivent des Métamorphoses. Il s’agit d’éditions, de traductions et d’un splendide album de gravures. Ces ouvrages sont parus en Allemagne, en France, en Italie et à Anvers. Ce fonds me permet d’explorer la manière dont l’Europe s’est emparée du poème antique et lui a donné sens. Mon travail porte à la fois sur l’évolution des images et sur la manière dont elles entrent en dialogue avec les textes, au sein de mises en pages variées.Une première phase du travail consiste à décrire ces exemplaires, tout en les comparant avec d’autres exemplaires numérisés. Cela me permet d’entrer dans l’atelier des éditeurs-imprimeurs-libraires et de mieux comprendre comment ils travaillent. Cette phase de description est l’occasion de repérer les spécificités des ouvrages détenus par la Bnu. Ainsi l’exemplaire strasbourgeois de l’album d’images que j’évoquais plus haut (Jean de Tourne, Lyon, 1557, cote R.100.014) est le seul parmi les six que j’ai consultés qui soit complet et où les gravures soient placées dans l’ordre. Mon travail peut ainsi nourrir la politique de numérisation en signalant les ouvrages particulièrement intéressants.Le projet se déroule au sein du service « Bibliothèques et données numériques ». Dans le prolongement du partenariat en cours entre la BnF et la Bnu pour le projet Gallica Images, nous testerons différents modèles d’IA sur ce corpus, suivant plusieurs approches successives. Dans quelle mesure et de quelle manière des modèles de vision par ordinateur ou des modèles d’IA multimodaux permettent-ils d’investiguer ce fonds et de répondre à mes questions de recherche ? Afin de jouer sur les échelles, nous adjoindrons au fonds de la Bnu les Ovide illustrés actuellement disponibles dans Gallica et d’autres bibliothèques numériques (MDZ, Hathitrust, etc.). L’enjeu est d’établir une méthodologie de travail à l’interface entre la documentation d’un fonds ancien, la politique de valorisation de la bibliothèque et les logiques d’enquête propres à la recherche.
Potentiel de valorisation des résultats.
Le fonds ovidien sera mis en valeur sur Numistral : il s’agira d’y verser les exemplaires étudiés et de les valoriser en créant une collection au sein de l’univers « Arts et littérature » (https://numistral.fr/fr/arts-et-litterature). L’un d’entre eux fera l’objet d’une étude approfondie dans les « Trésors de la Bnu » (https://numistral.fr/fr/tresors).Par ailleurs, je compte organiser une journée d’étude le 18 juin 2026. Il s’agira de réunir des conservateurs, des ingénieurs, des chercheurs et des étudiants autour du potentiel que représente l’intelligence artificielle pour l’étude des images dans le livre ancien. Ma résidence à la Bnu prendra tout son sens si elle devient une expérience partagée et si ses résultats font l’objet de discussions, afin de rendre l’expérience reproductible sur d’autres fonds anciens. J’ai ainsi prévu de rendre compte de l’avancée des travaux dans Lieu de recherche, et ma sortie de résidence sera l’occasion de rendre compte du travail accompli au-delà de l’équipe qui y prend part directement.Enfin, ces travaux enrichissent mon étude sur les Métamorphoses de poche. Un phénomène que j’avais repéré pour les livres français du 17e siècle semble s’être produit à l’identique, mais plus tôt, en Allemagne : les éditions monumentales en langue vernaculaire, destinées à un public élargi d’honnêtes gens amateurs de poésie et d’art, utilisent les planches des albums d’images et les quatrains qui les accompagnaient. Cela signifie que cet objet éditorial un peu marginal qu’est l’album d’images a structuré la lecture des Métamorphoses et modélisé leur réception sur le long terme.
Les résidences comme laboratoires des humanités.
Il est extrêmement stimulant d’entrer dans une autre culture professionnelle que la sienne. Personnellement, j’y gagne en retour réflexif sur mes pratiques : la résidence m’amène à expliciter mes méthodes, mes questionnements et leurs enjeux. Par ailleurs, bibliothécaires et chercheurs ont des missions complémentaires et très interconnectées… or en temps normal, nous ne dialoguons que rarement. La résidence me permet d’apporter à la bibliothèque le retour d’une lectrice des fonds anciens. De fait, la manière dont ceux-ci sont documentés et catalogués est essentielle pour les chercheurs. Et inversement, les travaux de recherche produisent des connaissances sur ces fonds ; il est naturel que celles-ci soient mises à disposition des bibliothécaires. En cela, je trouve le dispositif de la résidence particulièrement riche.Surtout, la collaboration pour ce projet avec le Lab de la Bnu – c’est-à-dire avec des conservateurs et avec un stagiaire ingénieur spécialiste de l’IA – amènera une complémentarité de points de vue très fructueuse autour des objets que nous examinons. Les IA génératives ont fait irruption de manière brutale dans nos sociétés. Les métiers de la culture et de la recherche sont très fortement impactés. Il me semble que nous sommes dans une phase de reprise en main, où nous pouvons nous approprier individuellement et collectivement ces outils pour les mettre au service de nos missions. Les changements technologiques, mais aussi sociologiques et intellectuels qui en découlent, sont si massifs et si rapides qu’il me semble impératif de créer des synergies fortes afin que la recomposition du paysage culturel qui est en cours se fasse avec nous et suivant les principes bien établis qui sont ceux des bibliothèques et du monde de la recherche. C’est aussi ce qui se joue, je pense, à l’échelle de ces six mois de résidence.
Actualité des fonds
Lina Ritter
Le fonds d’archives littéraires de Lina Ritter (MS.7.228), entré en 2020 par don à la Bnu, a pu être classé et catalogué durant les années 2024 et 2025. Cet écrivain alsacien, qui a vécu presque toute sa vie de l’autre côté du Rhin, victime en cela d’une frontière qu’elle ne comprenait pas, a eu un certain succès et une petite notoriété dans notre région, tant que des lecteurs pratiquant la langue allemande y restaient nombreux. Mais elle n’a pas pu publier les quelques grands romans qu’elle écrivait et dactylographiait patiemment. Vouant un véritable culte à l’alsacianité, elle fait partie de ceux qui ont transmis d’anciennes histoires comme celles de Pierre de Hagenbach, du pape alsacien Léon IX ou encore d’héroïnes des temps passés.
Lina Ritter

Droits réservés
Camille Dahlet
Entré plus anciennement dans nos collections (vers 2000), le fonds d’archives de Camille Dahlet (MS.6.999) est en cours de traitement, et celui-ci proche de son terme. Ce journaliste et homme politique a été plusieurs fois élu député, et a œuvré avec énergie pour la sauvegarde de quelques droits particuliers pour l’Alsace après 1918, en relation avec le mouvement des autonomistes. Il est presque le seul, parmi ceux-ci, à ne pas avoir été inquiété (voire persécuté) par le pouvoir, et ne s’est aucunement compromis. Ses archives ont plus d’un intérêt, comme par exemple le fait qu’elles contiennent une grande section consacrée à René Schickelé, avec qui Dahlet était personnellement très lié. Le fonds consiste cependant surtout en souvenirs et documents sur son activité politique, depuis « l’incident de Saverne » jusqu’à la période de l’épuration.
Camille Dahlet

Droits réservés
Pierre de Massot
Quand Anne et Gérard Pfister décident de verser à la Bnu leurs archives (2023), ils joignent aux papiers retraçant l’aventure éditoriale d’Arfuyen plusieurs boîtes concernant le poète Pierre de Massot (1901-1969). Gérard Pfister lui avait consacré en 1975 une thèse de doctorat, puis en 1992 un recueil, Le Déserteur : œuvres poétiques 1923-1969. Ces archives permettent de retracer l’itinéraire, la production littéraire et journalistique de Pierre de Massot, témoin privilégié de l’aventure Dada depuis sa création et compagnon de route du surréalisme. Elles donnent à voir un poète engagé, marqué par les avant-gardes, nourri par l’amitié des grands artistes de son temps, dont la vie tourmentée a été animée par une passion intransigeante pour la poésie et la révolte. Ces documents constituent désormais le sous-fonds « Pierre de Massot » (MS.7.220,2), au sein de l’ensemble global des archives Arfuyen.
Pierre de Massot

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Travaux en réseaux
L’engagement de la Bnu dans le programme « Religions et sociétés face aux défis contemporains » (ReligiS) 2025-2031 (N° ANR-24-RSHS-0005)
Catherine Désos-Warnier
Dans le cadre du plan d’investissement d’avenir « France 2030 » et de la volonté de s’appuyer sur l’excellence des écosystèmes de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, les « religions » ont été retenues comme l’une des neuf thématiques principales pour la structuration des sciences humaines et sociales en France. À l’issue d’un appel à manifestation d’intérêt, le projet ReligiS porté par l’Université de Strasbourg, qui dispose d’une longue et riche expérience dans le domaine des sciences religieuses, a été retenu.
Ce projet s’appuie sur un ensemble de connaissances, d’aptitudes et de compétences d’un consortium solidement structuré, comprenant le CNRS, ses unités de recherche UMR et UMIFRE, l’Université de Lorraine, l’EHESS, l’INALCO, Sciences-Po, les universités Lyon 2 et Lyon 3, l’ENS-Lyon, Aix-Marseille Université, l’École archéologique française d’Athènes et la Bnu. À ce consortium s’ajoute un réseau d’institutions partenaires nationales et internationales (organismes publics, associations, sociétés savantes, etc.).
ReligiS n’est pas un projet de recherche classique, mais contient deux objectifs majeurs : renforcer les candidatures des chercheurs aux financements européens et, dans le même temps, assurer le transfert des savoirs vers la société et les pouvoirs publics.
La Bnu pilote, avec le CNRS, un des groupes de travail transversaux du programme consacré à la gestion des données et aux humanités numériques, et l’enjeu n’est pas mince. La bibliothèque valorise ainsi ses atouts en tant que grand établissement de l’ESR labellisé collection d’excellence en sciences religieuses : sa capacité à mobiliser les réseaux de l’information scientifique et technique en France, ses compétences en gestion de données, humanités numériques, archives du web, et son expérience de transfert de connaissances vers la société.
Durant l’année écoulée et grâce au soutien de ReligiS, des chantiers prometteurs avec les chercheurs du consortium ont vu le jour : un soutien à la collecte des réseaux sociaux et à l’usage du web archivé ou du web vivant sur le thème des influenceurs religieux en ligne ; la mise en place de deux groupes de réflexion, l’un sur la valorisation des archives scientifiques du religieux, l’autre sur les besoins en matière de numérisation et d’exploration des corpus numérisés dans le domaine des sciences religieuses ; enfin, le lancement d’un appel à résidence pour accueillir annuellement un chercheur durant six mois, dans des conditions privilégiées, pour travailler sur les fonds de la Bnu. De premiers liens ont aussi été noués avec l’infrastructure européenne Research infrastructure for religious studies, intéressée par cette initiative française, tandis qu’au plan local, la Bnu sera associée au Forum des religions (édition 2026), ou accueillera à l’automne le Conseil citoyen du programme.
Plan de gestion des périodiques : les deux pôles d’excellence de la Bnu lauréats de l’AMI porté par le CTLes et l’Abes
Les collections de périodiques imprimés constituent une ressource documentaire riche mais particulièrement fragile, et nécessitent d’importants espaces de stockage en magasin. De plus, il est impossible pour une bibliothèque seule de prétendre à l’exhaustivité. Afin de garantir l’accès à des collections complètes tout en répartissant les charges de conservation, de nombreuses bibliothèques se sont engagées dans des Plans de gestion des périodiques (PGP). Anciennement appelés Plans de conservation partagée des périodiques (PCP), ils englobent avec cette nouvelle dénomination un périmètre plus large, incluant dans la conception d’un même projet (en vue de la mutualisation des moyens mis en œuvre) le signalement, la conservation et l’articulation avec la numérisation, celle-ci financée dans le cadre d’autres dispositifs.
Dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt lancé par le CTLes, la Bnu a présenté deux dossiers sur deux de ses collections d’excellence labellisées CollEx : les sciences religieuses (création) ; les langues, littératures et civilisation germaniques (renouvellement et extension aux études nordiques). Lauréate dans les deux cas, elle aura à ce titre la responsabilité de :
- réunir un réseau de bibliothèques partenaires ;
- constituer une collection scientifique nationale de référence dont la conservation est répartie ;
- compléter et améliorer le signalement des périodiques de référence ;
- rationaliser la conservation des titres sur le territoire national de manière concertée, sûre et pérenne ;
- définir des programmes de numérisation.
Le programme « Provenances »
Le programme concernant les provenances des fonds de la Bnu, initié par Anne Bandry-Scubbi (Unistra) dans le cadre de son éméritat, se poursuit grâce à quatre projets de recherche en études anglophones, encadrés à la Bnu par Kévin Jung. Dans le cadre de leur master, Ezra Bournarie-Rodriguez se consacre aux archives indiennes, avec l’aide de Marianne Hillion, enseignante-chercheuse en études post-coloniales ; Ewenn Thomassin s’attache aux œuvres d’Edmund Spenser et de ses contemporains entrées entre 1871 et 1918 avec l’aide de Rémi Vuillemin, enseignant-chercheur spécialiste de la Renaissance ; Gabriel Hihn examine, lui, les archives nord-américaines, avec l’aide d’Anne Bandry-Scubbi. Dans le même temps, Jordan Person explore un projet de thèse (« Les fonds anglophones anciens de la Bnu : philologie et didactique »).
Chacun a pour objectif d’éclairer la provenance des documents de son domaine, en dépouillant les archives et en les contextualisant : quelles sont les personnes qui permettent l’arrivée des documents à Strasbourg ? dans quels réseaux sont-elles insérées ? que nous montrent ces réseaux des liens intellectuels, culturels, voire politiques, entre le monde anglophone et le monde germanique dans sa nouvelle configuration entre 1870 et 1918 ?
À l’automne, une journée d’étude organisée par Anne Bandry-Scubbi, Christophe Didier et Catherine Soulé-Sandic se tiendra le 9 octobre à la Bnu, dans la droite ligne de ces recherches, mais en les élargissant à d’autres thèmes, fonds ou aires culturelles. Il s’agira de dresser un état des lieux, au niveau strasbourgeois, de la réflexion sur ce sujet. Nombreux sont les enseignants-chercheurs et bibliothécaires du site à avoir répondu à l’appel, et qui exposeront les résultats de leurs recherches sur les provenances, mais aussi leurs méthodes et les outils utilisés : fonds anciens acquis lors de la période 1871-1918, liens entre la Kaiserliche Universitäts-und Landesbibliothek (KULB), puis la Bnu et les bibliothèques d’instituts, notamment pour les langues et cultures ou études aréales, fonds plus récents, collections issues du dépôt légal… C’est pour faire le point sur ces travaux et relier les recherches, mais aussi pour susciter des études à venir et construire des outils collaboratifs, qu’est envisagée cette journée.
Colloque : La perte du Nord. Trajectoires de l’histoire européenne de l’imaginaire du Nord
Caroline Woessner
Les 20 et 21 mai 2026, la Bnu accueillera le colloque « La perte du Nord. Trajectoires de l’histoire européenne de l’imaginaire du Nord », organisé par Raphaël Jamet et Thomas Mohnike (Unistra). Cette rencontre scientifique s’inscrit dans la préparation d’une exposition, prévue en 2027 à la Bnu et consacrée à la formation, à la circulation et aux transformations des représentations européennes du Nord.
Depuis le Moyen-Âge, les régions nordiques occupent une place particulière dans les imaginaires européens. Espace de l’extrême – froid, glace, nuit polaire –, le Nord s’est constitué comme un lieu de projection où se mêlent récits d’exploration, constructions savantes, mythes historiques et représentations littéraires. À la fois territoire de l’altérité et horizon d’expérience, il a servi de support à des discours parfois contradictoires : lieu d’épreuve et de danger, mais aussi espace d’authenticité, de liberté ou d’origine.
Le colloque propose d’interroger les trajectoires historiques de cet imaginaire en prenant pour point de départ l’hypothèse de sa transformation, voire de sa disparition. Les bouleversements climatiques contemporains, l’intensification de l’exploitation économique des territoires arctiques et les recompositions sociales des régions circumpolaires invitent en effet à repenser la relation entre les représentations européennes du Nord et leurs référents matériels.
Articulée autour de cinq axes thématiques – Perdre/imaginer, Libérer/dominer, Explorer/cartographier, Raconter/oublier, Exploiter/résister/connecter –, la rencontre entend examiner les tensions qui structurent l’histoire de ces représentations. Les contributions aborderont notamment les formes de nostalgie associées à la perte d’un Nord imaginé, les usages politiques et historiographiques des figures nordiques, les savoirs produits par l’exploration scientifique et cartographique, ainsi que les dispositifs narratifs et médiatiques par lesquels ces images circulent et se transforment.
En croisant histoire culturelle, études littéraires, histoire des sciences et humanités environnementales, ce colloque invite ainsi à réfléchir aux fonctions historiques de l’imaginaire du Nord dans la culture européenne et aux conséquences de sa reconfiguration contemporaine.
Expositions
René Cassin : combattant pour la paix
Du 10 avril au 11 juillet 2026 à la Bnu, Réserves visitables (sur réservation uniquement)
Inscrite dans les commémorations nationales du cinquantenaire de la disparition de René Cassin, l’exposition-dossier proposée par la Bnu dans ses réserves, avec le concours de la Fondation René Cassin, a été conçue sous le commissariat d’Emmanuel Decaux et de Jérôme Schweitzer (Bnu), assistés de Louis Frachon et de Morgane Chovet. Elle est permise par des prêts exceptionnels issus du fonds privé René Cassin conservé par les Archives nationales, du musée de l’Ordre de la Libération, du Conseil d’État et de la Fondation René Cassin.
René Cassin (1887-1976) a reçu le prix Nobel de la paix en 1968, alors qu’il était juge à la Cour de Strasbourg, couronnant ainsi son engagement pour les droits de l’homme. C’est le rôle décisif de ce grand juriste dans l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui a marqué le point d’orgue de sa vocation internationale.
Affiche de l’exposition

© Hugues François / Brokism
Grand blessé de guerre en 1914, à l’âge de vingt-sept ans, Cassin a mis ses compétences de professeur de droit au service des mutilés, des veuves de guerre et des orphelins – les « pupilles de la nation » – avant de participer, en tant que président d’honneur de l’Union fédérale des anciens combattants, aux travaux de la Société des Nations de 1924 à 1938. Face à la montée des périls, dès les années trente, il n’a cessé de mobiliser l’opinion contre la dictature hitlérienne en défendant la dignité humaine contre « l’État Léviathan ». À l’heure de la défaite, le « professeur Cassin » est, dès juin 1940, un des tout premiers civils à rejoindre le général de Gaulle à Londres. Il affirme avec force la légitimité et la légalité de la France libre face à la pseudo-constitution de Vichy.
Parallèlement à ses responsabilités nationales à la tête du Conseil d’État de 1944 à 1960, le « président Cassin » n’a cessé d’exercer des fonctions internationales, notamment comme membre de la Commission des droits de l’homme mise en place en 1946. C’est dans ce cadre que la Déclaration universelle sera élaborée sous la présidence de Mme Roosevelt, avant d’être longuement débattue par l’ensemble des États membres de l’Assemblée générale des Nations Unies, puis votée le 10 décembre 1948. Au-delà du droit, Cassin en appelait aux « forces morales ». Son message fondé sur « l’éducation et l’enseignement des droits de l’homme » s’adresse aux nouvelles générations. À l’heure où la paix et la justice sont de nouveau battues en brèche à travers le monde, son exemple de courage et de détermination, sa volonté de combiner patriotisme républicain et vocation universelle au service des droits de l’homme sont plus actuels que jamais.
L’exposition bénéficie du soutien du groupe BNP-Paribas et de l’Institut national du service public (INSP)
Droit à la liberté – Martin Luther King Jr.
Du 18 septembre 2026 au 17 janvier 2027 à la Bnu, Salle d’exposition
Ce projet, porté par la Fondation René Cassin et la Bnu avec le soutien du Crédit Mutuel – Alliance fédérale, se concentre sur le mouvement américain des droits civiques des années cinquante et soixante, et en particulier sur la vision de Martin Luther King Jr. de l’égalité et de la justice pour tous par la non-violence.
À travers sa vie et ses actions, celle-ci aspire à encourager le dialogue et la participation créative du public sur des questions cruciales telles que la ségrégation et l’intégration, les droits de l’homme et l’injustice sociale, la diversité et l’égalité, la religion et l’éthique, la résignation et la conviction.
Cette histoire révèle comment une personne a mené une lutte sans précédent pour l’égalité pendant deux décennies, de son enfance dans le Sud ségrégationniste des années 1930 à son assassinat en 1968. Les collections de la Bnu permettront de souligner la réception et l’influence en France de la pensée de Martin Luther King dès les années soixante.
L’exposition met également l’accent sur le rôle important et l’influence d’autres leaders des droits civiques, comme le Mahatma Gandhi en Inde, le chef Albert Luthuli et Nelson Mandela en Afrique du Sud. Elle montre aussi l’engagement de l’épouse de Martin Luther King, Coretta Scott King, qui a continué longtemps après sa mort à promouvoir sa vision d’un monde sans racisme, sans pauvreté et sans guerre.
Enfin, elle présente la manière dont leur héritage continue à influencer le mouvement mondial des droits de l’homme aujourd’hui.
Le commissariat de l’exposition est assuré par Ashley Woods, qui a travaillé à partir des archives conservées par le Kings Center d’Atlanta dans la King Library and Archives. Il s’agit de la première présentation de l’exposition en France, après celles au Musée du prix Nobel de Stockholm en 2018-2019 et à l’université La Sapienza de Rome en 2025-2026.


