La régulation du travail agricole par la conditionnalité sociale en France et en Italie
Résumés
Cet article analyse le système de conformité éco-sociale de la PAC 2023-2027, notamment la conditionnalité sociale pour les aides directes aux agriculteurs. Malgré les critiques liées à un cadre juridique compliqué, ce dispositif a été appliqué dès 2023 par la France et l’Italie qui ont choisi des approches différentes en termes de sanctions et de contrôles pour protéger les travailleurs agricoles.
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Mots-clés :
Politique agricole commune 2023-2027, France et Italie, travail agricole, conditionnalité sociale, système de contrôles et de sanctionsKeywords:
Common Agricultural Policy 2023-2027, France and Italy, agricultural work, social conditionality, system of controls and sanctionsPlan
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Cette étude a été réalisée au sein du Centre national de recherche Agritech et a bénéficié d’un financement de l’Union européenne Next Generation EU (Piano Nazionale di Ripresa e Resilienza (PNRR) - Missione 4 Componente 2, Investimento 1.4 - D.D. 1032 17/06/2022, CN00000022). Les avis exprimés dans ce document sont ceux des auteurs uniquement. Ni l’Union européenne ni la Commission européenne ne peuvent être tenues responsables de ces points de vue et opinions.
Texte intégral
- 1 S. Canalda, « The European Green Deal: A Useful Framework for Anticipating Change in Companies? », (...)
- 2 F. Venturi, « The Farm to Fork Strategy. A Comprehensive but Cautious Approach to ’Multidimensional (...)
1Ces dernières années, les actions stratégiques de l’Union européenne (UE) se sont caractérisées par une attention croissante à la durabilité, définissant les principaux objectifs des réglementations selon une perspective environnementale, économique et sociale. Cette approche politique et législative semble relativement répandue dans le secteur agricole. En effet, ce dernier a été profondément influencé par le Pacte vert pour l’Europe et son paquet de mesures visant à assurer une transition verte équitable et la neutralité climatique d’ici 20501. Parmi les exemples les plus marquants, on peut citer la stratégie « De la ferme à la table » (COM/2020/381 final), qui vise à assurer la sécurité alimentaire en promouvant des méthodes plus durables de production et de consommation des denrées alimentaires2.
- 3 F. Héas, « Le droit du travail est-il ouvert à la question environnementale ? », Revue juridique de (...)
2À cet égard, l’un des exemples les plus pertinents est celui de la nouvelle Politique agricole commune (PAC) pour 2023-2027, à travers laquelle les objectifs d’une meilleure préservation de l’environnement et d’un niveau plus élevé de protection des travailleurs agricoles ont été poursuivis par la mise en œuvre de « garanties éco-sociales ». Ces typologies de protection – alignées sur les objectifs de l’article 39 TFUE et conçues pour combiner les mesures de protection de l’environnement et du travail en raison de leur lien intrinsèque et synergique3 – sont incluses dans les derniers règlements de la PAC, notamment dans le nouveau mécanisme de conditionnalité des aides mis en place pour gérer l’administration des paiements directs aux agriculteurs.
3Suite à l’approbation des Règlements (UE) 2021/2115, (UE) 2021/2116 et (UE) 2021/2117 du Parlement européen et du Conseil du 2 décembre 2021, la PAC a en effet mis en place un système renouvelé de conditionnalité qui présente une double approche : d’une part, elle a renforcé le mécanisme de conditionnalité en vigueur dans la PAC 2014-2020 en incluant de nouvelles exigences réglementaires en matière de gestion (ERMG) et de bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE) ; d’autre part, elle a introduit de nouveaux paramètres liés aux réglementations essentielles en matière de travail pour le secteur agricole.
- 4 En ce qui concerne la notion de « conditionnalité sociale », voir J. Porta, « Les transformations d (...)
- 5 En ce sens, voir F. Martelloni, « I benefici condizionati come tecniche promozionali nel Green New (...)
4Par conséquent, le cadre législatif de la PAC 2023-2027 semble avoir intégré les principes de la « conformité réglementaire », liant l’accès aux subventions agricoles au respect non seulement des exigences environnementales traditionnelles, mais aussi des normes sociales incluses dans ce que l’on appelle la « conditionnalité sociale4 ». Cette technique comprend, en effet, des similitudes avec la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), puisque les deux approches présentent la même dimension volontaire sur les mesures économiques et organisationnelles à adopter, ainsi que sur les avantages ou pénalités en fonction du comportement conforme ou non du bénéficiaire5.
- 6 V. Chatellier et H. Guyomard, « Supporting European farmers’ incomes through Common Agricultural Po (...)
5Néanmoins, vue l’importance vitale des ressources européennes pour la survie et le développement du secteur agricole6, la conditionnalité sociale dépasse la logique de la RSE et revêt une dimension plus contraignante. Elle constitue donc une intervention législative efficace pour inciter les agriculteurs à mettre en place des pratiques environnementales et sociales vertueuses.
- 7 Le pourcentage de travailleurs agricoles occupant un emploi informel s’élèverait à environ 61,2 %. (...)
6Dans cette perspective, le mécanisme de conditionnalité réformé de la PAC est un exemple intéressant de la manière dont l’objectif de protection du droit du travail peut également être poursuivi par le biais de nouvelles stratégies, en adoptant des méthodes alternatives pour parvenir à de meilleures conditions de travail et d’emploi. Des mesures similaires pourraient en effet contribuer à lutter contre les irrégularités au sein de l’agriculture européenne, un secteur dans lequel des études récentes ont mis en évidence un manque inquiétant de protections sociales ou juridiques élémentaires des travailleurs agricoles et la présence croissante d’emplois informels7.
7Cependant, au-delà de l’enthousiasme initial suscité par le caractère novateur de la conditionnalité sociale, il est nécessaire d’analyser en détail sa portée concrète au regard du type de dispositions réglementaires qu’elle contient (I). En effet, ce n’est qu’en appréciant l’étendue et la force du régime de protection du travail prévu par un tel mécanisme que l’on peut en mesurer l’efficacité pour améliorer les conditions de vie des travailleurs agricoles. En outre, il est nécessaire d’examiner en détail la manière dont les États membres ont mis en œuvre au niveau national le mécanisme de la conditionnalité sociale, en procédant à une comparaison des modèles en vigueur (II).
I – La protection des travailleurs agricoles par la conditionnalité sociale et le champ d’application du règlement (UE) 2021/2115
- 8 I. Canfora et V. S. Leccese, « Social Sustainability as the Milestone for a Sustainable Food System (...)
8Pour garantir la dignité du travail dans le secteur agricole, la clause de conditionnalité sociale introduite par l’article 14 du Règlement (UE) 2021/2115 a été conçue de manière à garantir un noyau dur de protections, essentiellement en matière de transparence et de conditions contractuelles, de santé et de sécurité des travailleurs, et de sécurité des équipements de travail8. L’article 14 mentionne explicitement les « exigences relatives aux conditions de travail et d’emploi applicables ou aux obligations de l’employeur découlant des actes juridiques visés à l’annexe IV », à savoir : (i) la Directive (UE) 2019/1152 relative à des conditions de travail transparentes et prévisibles dans l’UE, (ii) la Directive 89/391/CEE concernant la mise en œuvre de mesures visant à promouvoir l’amélioration de la sécurité et la santé des travailleurs au travail, et (iii) la Directive 2009/104/CE concernant les prescriptions minimales de sécurité et de santé pour l’utilisation par les travailleurs au travail d’équipements de travail. En particulier, la conditionnalité sociale renvoie aux dispositions d’articles spécifiques dont la violation entraîne une réduction des paiements directs, identifiant ainsi les obligations précises imposées aux agriculteurs vis-à-vis de la main-d’œuvre.
9Par exemple, conformément à la Directive (UE) 2019/1152, l’employeur doit respecter plusieurs obligations, notamment celles de (i) communiquer par écrit à chaque travailleur les informations requises en vertu de la présente directive, (ii) d’informer les travailleurs des éléments essentiels de la relation de travail et de toute modification de la relation de travail, (iii) de respecter les dispositions relatives à la période d’essai, à la prévisibilité minimale du travail et à la formation obligatoire des travailleurs (articles 3, 4, 5, 6, 8, 10 et 13).
- 9 Il s’agit notamment de l’identification des travailleurs responsables des activités de santé et de (...)
10Conformément à la Directive 89/391/CEE, l’employeur doit respecter l’obligation d’assurer la sécurité et la santé des travailleurs dans tous les aspects liés au travail, prendre les mesures nécessaires (par exemple, prévention, fourniture d’équipements de protection, mesures de premiers secours, lutte contre les incendies et évacuation des travailleurs), mais aussi procéder à l’évaluation des risques, et respecter les différentes obligations d’information des travailleurs9 (articles 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12).
11Enfin, conformément à la Directive 2009/104/CE, l’employeur prend les mesures nécessaires afin que les équipements de travail mis à la disposition des travailleurs dans l’entreprise ou l’établissement soient appropriés au travail à réaliser ou convenablement adaptés à cet effet, ce qui inclut la vérification périodique et la maintenance des équipements de travail, l’information et la formation adéquates des travailleurs, le respect des principes ergonomiques et de santé au travail, l’utilisation des équipements de travail présentant des risques spécifiques par le seul personnel désigné (articles 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9).
- 10 C. Faleri, « Transizione ecologica e sostenibilità sociale per un’Agricoltura 4.0 », Lavaro e dirit (...)
12Un aperçu des dispositions visées par la conditionnalité sociale reflète assurément le souci de promouvoir des niveaux plus élevés de protection des travailleurs, répondant ainsi au besoin longtemps exprimé de doter le secteur agricole européen d’un mécanisme permettant de garantir des conditions de travail décentes10. Les trois directives portant sur les obligations sociales interviennent dans des domaines cruciaux, imposant aux agriculteurs de fournir des contrats de travail, de protéger la santé et la sécurité des travailleurs dans l’exercice de leurs fonctions, et de respecter des exigences et des mesures de sécurité appropriées concernant les équipements de travail.
13Cependant, le nombre limité d’exigences requises au titre de la conditionnalité sociale pourrait constituer un obstacle majeur à son efficacité. Si cet outil de conformité réglementaire est susceptible de limiter concrètement l’accès aux subventions agricoles européennes aux seuls bénéficiaires socialement vertueux, le nouveau mécanisme social introduit par la PAC 2023-2027 constitue encore une première approche timide par rapport aux versions préliminaires de la phase de rédaction. Par exemple, selon le modèle proposé avec l’amendement 732 (art.11-bis) de la résolution du Parlement européen du 23 octobre 2020, la conditionnalité sociale aurait également inclus les
conditions de travail et d’emploi applicables et/ou [les] obligations de l’employeur découlant de toutes les conventions collectives pertinentes et de toutes les législations sociales et relatives au travail au niveau national, international et de l’Union.
- 11 N. Deleonardis, « Lavoro in agricoltura e sostenibilità alla luce dei recenti indirizzi della polit (...)
14Ce faisant, ce modèle aurait non seulement accru le nombre de dispositions du droit du travail à respecter, mais aussi donné plus de poids à la négociation collective11.
15Par conséquent, si la clause de conditionnalité sociale actuelle est le résultat d’un compromis difficile entre de nombreux intérêts politiques, économiques et idéologiques, le dispositif en vigueur pourrait ne pas être en soi particulièrement dissuasif pour les agriculteurs qui ne respectent pas les règles.
- 12 Sur ce point, voir European Commission, Mapping and analysis of CAP strategic plans. Assessment of (...)
16Par ailleurs, il est nécessaire d’observer comment les États membres mettront en œuvre ce nouveau dispositif dans le cadre de leurs plans stratégiques nationaux pour la PAC. En effet, ces plans stratégiques nationaux constituent le modèle de mise en œuvre envisagé par la nouvelle politique pour atteindre des objectifs durables12.
17En réalité, l’efficacité de cet outil de durabilité sociale dépendra de la manière dont les pays de l’UE transposeront ses dispositions dans leurs législations nationales, notamment concernant les niveaux de diligence exigés des agriculteurs, l’organisation du système de contrôle et la rigidité des sanctions en cas d’infraction.
18Une analyse des modèles nationaux actuels de conditionnalité sociale est donc nécessaire pour comprendre si ce mécanisme peut effectivement dissuader les comportements frauduleux en matière de réglementation du travail.
II – La mise en œuvre nationale de la conditionnalité sociale (comparaison France-Italie)
19Si l’on examine la phase de transposition de la conditionnalité sociale par les États membres, on constate que le processus semble encore lent. Il est certain que la décision de fixer la date limite de transposition à 2025, compte tenu de la portée et de l’impact de cette disposition, a joué sur le manque de réactivité des pays de l’UE. En effet, ces derniers ont profité de la marge de manœuvre accordée aux États membres qui n’étaient pas en mesure d’appliquer immédiatement la disposition en question.
- 13 D’autres pays, comme l’Espagne et le Portugal, ont mis en œuvre la clause de conditionnalité social (...)
20À cet égard, les pays qui ont transposé le dispositif sont encore très peu nombreux ; seuls l’Autriche, la France, l’Italie et le Luxembourg ont mis en œuvre la conditionnalité sociale au début de la période 2023-202713, et représentent ainsi les premiers exemples de réglementation en la matière. Il ne sera donc pas possible de fournir une évaluation complète des différentes approches adoptées par les pays de l’UE d’ici à 2025, notamment concernant la transposition de la réglementation du travail, l’organisation des contrôles et des inspections, et le système de sanctions administratives en cas de non-respect.
21La France et l’Italie ont été prises comme exemples car ce sont les deux principaux bénéficiaires des fonds de la PAC 2023-2027 qui ont déjà mis en œuvre cette clause de conditionnalité sociale. Il convient dès lors d’observer les domaines de convergence et les différences dans la mise en œuvre d’un tel mécanisme par ces deux pays.
22Cet examen donnera un aperçu non seulement des premiers modèles de réglementations nationales à l’égard de la conditionnalité sociale (A), mais aussi de l’engagement de chaque pays à protéger les travailleurs agricoles, notamment en termes de rigueur des contrôles dissuasifs et de sanctions à l’encontre des agriculteurs qui ne respectent pas les règles (B).
A – L’efficacité du système national de mise en œuvre et de contrôle
23L’analyse de l’étendue des dispositions à respecter en matière de travail révèle une position peu stricte en France et en Italie. Dans les deux cas, le contenu des trois directives européennes a été transposé au sein des systèmes nationaux respectifs, tout en conservant une certaine marge de manœuvre. Les deux pays ont opté pour une application souple de la conditionnalité sociale, peut-être pour éviter le risque de faire peser une charge excessive sur les bénéficiaires des paiements directs.
24Par exemple, le système français en vigueur pour 2023-2024 ne comprend que les mesures visant à promouvoir l’amélioration de la santé et de la sécurité au travail et celles relatives aux prescriptions minimales de santé et de sécurité au travail des équipements de travail. La France doit encore transposer les dispositions de la directive européenne sur les conditions de travail transparentes et prévisibles dans le droit national, mettant ainsi en œuvre un mécanisme qui n’est encore que partiellement opérationnel.
- 14 En ce sens, voir N. Deleonardis, « Salute e sicurezza dei lavoratori agricoli e posizione di garanz (...)
- 15 Comme l’indique l’art. 25 du Décret législatif n°42 du 17 mars 2023, les dispositions nationales en (...)
25Du côté italien, les dispositions énumérées dans l’annexe IV mentionnée plus haut semblent avoir été appréhendées davantage sous l’angle du respect des obligations formelles propres à l’employeur que sous celui des obligations substantielles14. En particulier, l’arrêté du Ministère de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt du 28 juin 2023 a limité de manière significative les dispositions applicables, bien qu’il renvoie aux règlements nationaux d’application pertinents15.
26Le système de contrôle, à savoir les inspections mises en place par la France et l’Italie, est organisé selon une approche centralisée ou diversifiée, suivant ainsi une logique de coresponsabilité ou de centralisation unique en fonction du nombre d’organismes publics chargés de vérifier le respect des dispositions sociales par les bénéficiaires. Dans le cas français, le contrôle du respect de la conditionnalité sociale est exclusivement confié à la Direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP) qui, par l’intermédiaire des inspecteurs du travail, vérifie la non-conformité administrative ou pénale aux exigences du droit du travail et transmet ses conclusions à l’Agence de services et de paiement (ASP).
- 16 Cette subdivision a été créée par l’art. 3 de l’Arrêté interministériel du 11 novembre 2022 du Mini (...)
27En revanche, l’Italie a préféré confier cette responsabilité à plusieurs organismes publics, conformément aux trois directives européennes. Outre l’octroi à l’inspection nationale du travail d’une pleine autorité pour le contrôle de toutes les directives, certains domaines de compétence ont également été confiés à la brigade nationale des pompiers (Directive 89/391/CE) et aux autorités sanitaires locales (Directive 2009/104/CE ; Directive 89/391/CE)16. Ainsi, il existe une responsabilité conjointe dans la communication d’informations sur la mise en œuvre de la conditionnalité sociale auprès de l’Agenzia per le erogazioni in agricoltura (AGEA).
28De tels choix organisationnels, bien que légitimes en raison de la marge de manœuvre laissée aux États membres en la matière, pourraient accentuer le risque de limiter l’impact de ce mécanisme. Confier le contrôle du respect de la conditionnalité sociale à une longue chaîne d’autorités comporte un risque de lourdeur et de lenteur en raison des différentes procédures et acteurs en présence. Mais confier ces tâches à une seule autorité comporte le risque de saturer son activité en raison du très grand nombre d’inspections à effectuer. C’est donc au niveau du système de sanctions qu’il faudra examiner l’efficacité réelle de cette clause sociale. Si le respect des principes d’efficacité et de proportionnalité dans l’application de sanctions dissuasives est une exigence impérative et commune en vertu de l’article 14 du Règlement (UE) 2021/2115, il n’existe pas d’approche commune des systèmes nationaux de sanctions en cas de violation de la conditionnalité sociale, ce qui laisse place à une pluralité de stratégies.
B – L’approche de la carotte et du bâton comme mécanisme de sanction
- 17 Les dispositions prévoient principalement des seuils de référence pour les sanctions, établissant u (...)
29En cas de non-respect de la conditionnalité sociale, les systèmes de sanctions adoptés en France et en Italie révèlent deux approches différentes, témoignant d’une rigidité plus ou moins grande des sanctions en cas de violation, malgré les dispositions communes prescrites au niveau européen. Le Règlement (UE) 2021/2116 relatif au financement, à la gestion et au suivi de la PAC fournit essentiellement à cet égard un cadre réglementaire général en cas de violation de la conditionnalité environnementale (art. 83-86) et sociale (art. 87-89), en accordant un certain degré de discrétion aux États membres17.
- 18 Arrêté du 17 mars 2023 relatif à la mise en œuvre de la conditionnalité et de la conditionnalité so (...)
30En France, la méthode de calcul des sanctions en cas de non-respect de la « conditionnalité sociale » est fixée, comme le prévoit l’article D. 614-60 du Code rural et de la pêche maritime, par un arrêté spécifique du Ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire18. Toutefois, ce dernier n’a établi que les seuils de sanctions concernant les mesures visant à promouvoir l’amélioration de la santé et de la sécurité au travail et les prescriptions minimales de santé et de sécurité au travail des équipements de travail, puisque les dispositions relatives aux conditions de travail transparentes et prévisibles doivent encore être transposées au niveau national.
- 19 À l’exception de deux dispositions mineures de cette directive qui ne font l’objet que d’une réduct (...)
- 20 Pour les dispositions spécifiques, voir l’annexe II de l’Arrêté du 17 mars 2023 du Ministère de l’a (...)
31Les infractions liées aux prescriptions minimales de sécurité et de santé au travail pour les équipements de travail (Directive 2009/104/CE) sont sanctionnées par une réduction de 3 % des aides de la PAC, qui est portée à 9 % en cas de répétition du manquement sur une période de trois ans19. Parmi celles-ci, outre les obligations générales en matière de santé et sécurité au travail, les principales dispositions concernent non seulement le manque de formation et d’information des travailleurs, mais aussi les obligations relatives aux contrôles des équipements de travail et aux risques spécifiques liés à leur utilisation20.
- 21 Outre la non-désignation d’une personne chargée des mesures de protection et de prévention des risq (...)
- 22 Il en va de même si le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) n’est pas ét (...)
32En revanche, les sanctions concernant les mesures visant à promouvoir l’amélioration de la santé et de la sécurité au travail (Directive 89/391/CEE) sont plus variées et pondérées en fonction de la gravité de l’infraction. Des sanctions mineures sont prévues en cas de manquement aux devoirs d’information ou de formation des représentants des travailleurs21, qui font l’objet d’une réduction de 1 à 3 %. La réduction des aides de la PAC peut atteindre 5 à 15 % en cas de manquement à l’obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs, ou en cas de manquement aux principes généraux de prévention22. Dans le même temps, la plupart des sanctions en cas de non-conformité liées à un risque direct pour la santé publique ou la santé animale entraînent des réductions de 3 à 9 %. Elles concernent principalement les mesures de premiers secours et d’incendie, l’absence de réaction face à un danger grave et imminent, l’accessibilité des informations sur les risques pour les travailleurs, les mesures de protection spécifiques, ainsi que l’information et la formation des salariés et des travailleurs externes.
- 23 En cas de manquement intentionnel, le taux de réduction oscille entre 15 et 100 % selon le degré de (...)
33C’est pourquoi le modèle français a adopté un système de sanctions fermes basé sur la somme des différentes violations commises, ce qui permet de sanctionner les violations individuelles de manière ciblée et de prévoir des majorations en cas de violations répétées ou intentionnelles23. Le pourcentage final de réduction en cas de violation de la conditionnalité sociale représente dans les faits l’agrégation des taux de réduction appliqués aux différentes infractions constatées, avec un plafonnement du taux global pour tenir compte de la gravité des anomalies observées.
- 24 Les « indices de gravité » vont de 1 à 7 en fonction de la pertinence des dispositions relatives à (...)
34L’Italie a, au contraire, adopté une approche sensiblement différente selon laquelle le pourcentage total de réduction est calculé à l’aide d’un système plus souple. Les pourcentages de réduction sont fixés selon des critères basés sur la somme des « indices de gravité » associés au manquement de chaque article des dispositions relatives à la conditionnalité sociale24, ce qui permet d’éviter une approche trop punitive. En particulier, l’article 3 du Décret législatif n°42 du 17 mars 2023 a établi des réductions de 3 % lorsque l’indice de sanction est compris entre 1 et 3 points, de 5 % lorsque l’indice est compris entre 4 et 18 points et de 10 % pour la fourchette de 19 à 118 points, en étendant les sanctions à 20 % en cas de manquement répété et à 30 % en cas de conduite intentionnellement frauduleuse.
- 25 En outre, le système italien n’applique que le pourcentage le plus élevé pour les sanctions, évitan (...)
- 26 En ce sens, voir I. Canfora, V. Leccese, « La condizionalità sociale nella nuova PAC (nel quadro de (...)
35Par conséquent, si l’on compare les deux modèles nationaux, il est intéressant d’observer que l’Italie a fini par adopter un mécanisme de sanction moins sévère, alors qu’elle avait initialement proposé des mesures plus strictes en matière de conditionnalité sociale, notamment concernant la lutte contre l’exploitation du travail. Il ne fait aucun doute que la décision d’augmenter la sanction à 10 % dans les cas où l’infraction concerne plus de huit travailleurs peut être accueillie positivement, comme une marque d’intérêt vis-à-vis de la protection des travailleurs. Néanmoins, la possibilité pour les agriculteurs en infraction de réduire les sanctions ordinaires respectivement de 100, 50 et 25 % lorsqu’ils appliquent spontanément les mesures correctives prises par les autorités de contrôle est une indication supplémentaire de la flexibilité du système de sanctions italien25. Il semble qu’il y ait eu dans les faits un « excès d’empressement26 » concernant la sévérité des conséquences des infractions commises par les employeurs, puisque ces dernières sont jugées sur la base du comportement et graduées d’une manière non excessivement stricte et lourde.
Conclusion
- 27 Y. Petit, « La politique agricole commune (PAC) 2023-2027 : quelles ambitions ? », Revue de droit r (...)
- 28 Voir S. Battistelli, O. Bonardi et C. Inversi, « Regulating agricultural work and the labour market (...)
36L’introduction d’un mécanisme de conditionnalité pour faire respecter les dispositions relatives aux conditions d’emploi des travailleurs agricoles représente assurément une avancée fondamentale que l’Union européenne préconise depuis longtemps. En effet, alors qu’auparavant le non-respect de la réglementation du travail aurait simplement donné lieu au paiement d’une amende, la conditionnalité sociale a également inclus la réduction des subventions de la PAC dans les domaines de la transparence et des conditions contractuelles, de la santé et de la sécurité des travailleurs, et de la sécurité des équipements de travail27. Malgré sa portée limitée, cette clause sociale peut en effet contribuer à la protection des droits des travailleurs, surtout si elle s’inscrit dans le contexte des protocoles régionaux relatifs à l’exploitation des contrats de travail28.
37Les années à venir permettront d’évaluer l’impact concret des systèmes opérationnels adoptés par les États membres. En effet, les décisions prises par chaque pays en termes de contrôles dissuasifs et de sanctions applicables en cas de non-respect de la conditionnalité sociale seront déterminantes. Néanmoins, dans certains cas, il est déjà possible de souligner que des différences notables dans les méthodes de calcul des sanctions peuvent entraîner des pénalités onéreuses ou mineures pour les agriculteurs, conduisant de facto à des approches plus ou moins efficaces.
- 29 Position de l’EFFAT sur les sanctions à appliquer dans le cadre de la conditionnalité sociale de la (...)
38Pour ces raisons, la Fédération européenne des syndicats de l’alimentation, de l’agriculture et du tourisme (EFFAT) a récemment exprimé la nécessité d’une position plus stricte en matière de sanctions en cas de non-respect de la conditionnalité sociale de la PAC29. La Fédération européenne a plaidé non seulement (i) pour une position plus ferme sur les réductions en appliquant des taux plus élevés et en dupliquant la sanction pour tout salarié supplémentaire affecté, mais aussi (ii) pour un système de sanctions commun et harmonisé entre les États membres. Une approche coordonnée et cohérente par les différents pays européens au niveau des contrôles et des sanctions envisagés pourrait éviter des résultats divergents. Un système commun permettrait d’éviter d’éventuelles répercussions en termes de concurrence entre les entreprises agricoles en raison des différents régimes appliqués au sein des États membres, évitant ainsi que les pays les plus vertueux ne soient pénalisés et ne voient leurs agriculteurs privés de l’accès aux aides européennes.
- 30 En ce sens, voir C. Inversi, « Un lavoro di qualità per filiere agricole sostenibili : strumenti co (...)
- 31 Pour une vision plus pessimiste de l’impact de la PAC sur le changement de comportement des agricul (...)
- 32 Voir I. Canfora et V. Leccese, « La sostenibilità sociale nella nuova PAC », Rivista di diritto agr (...)
39Néanmoins, malgré les différentes critiques, l’introduction d’un tel mécanisme de conformité réglementaire assorti d’une dimension incitative pour le secteur agricole est sans aucun doute à saluer dans le contexte des récentes stratégies de l’UE. Bien que la nouvelle conditionnalité sociale ne protège pas certains droits inaliénables des travailleurs agricoles, tels que le salaire minimum garanti30, cet outil représente un premier jalon important pour l’amélioration des conditions de travail dans le secteur agricole. Par conséquent, il ne semble pas raisonnable de qualifier les interventions de la PAC en matière de protection de la main-d’œuvre de « nettoyage social31 », puisque la politique agricole européenne s’est ainsi dotée d’un « sas » pour contrer les comportements qui sapent l’efficacité des normes du travail32.
40En outre, vu les évaluations de mi-parcours de la PAC, le mécanisme de conditionnalité sociale sera probablement davantage appliqué si de nouvelles réglementations du travail sont adoptées.
Notes
1 S. Canalda, « The European Green Deal: A Useful Framework for Anticipating Change in Companies? », International Journal of Comparative Labour Law and Industrial Relations, vol. 39, n°3-4, 2023, p. 419.
2 F. Venturi, « The Farm to Fork Strategy. A Comprehensive but Cautious Approach to ’Multidimensional’ Food Sustainability », Rivista quadrimestrale di Diritto dell’Ambiente, n°1, 2021, p. 70.
3 F. Héas, « Le droit du travail est-il ouvert à la question environnementale ? », Revue juridique de l’environnement, HS 20 n° spécial, 2020, p. 109.
4 En ce qui concerne la notion de « conditionnalité sociale », voir J. Porta, « Les transformations des droits sociaux dans la globalisation », Revue des droits de l’homme, n°16, 2019, p. 1.
5 En ce sens, voir F. Martelloni, « I benefici condizionati come tecniche promozionali nel Green New Deal », Lavaro e diritto, vol. 36, n°2, 2022, p. 297.
6 V. Chatellier et H. Guyomard, « Supporting European farmers’ incomes through Common Agricultural Policy direct aids: facts and questions », Review of Agricultural, Food and Environmental Studies, vol. 104, n°1, 2023, p. 87.
7 Le pourcentage de travailleurs agricoles occupant un emploi informel s’élèverait à environ 61,2 %. Voir C. C. Williams, Tackling undeclared work in the agricultural sector: a learning resource, European Commission, 2019, p. 2.
8 I. Canfora et V. S. Leccese, « Social Sustainability as the Milestone for a Sustainable Food System: The Essential Role of People Working in Agriculture », European Journal of Risk Regulation, vol. 15, n°2, 2024, sp. pp. 257-259.
9 Il s’agit notamment de l’identification des travailleurs responsables des activités de santé et de sécurité, de l’information et de la formation des travailleurs sur les risques pour la santé et la sécurité ainsi que sur les mesures de protection et de prévention, et de la consultation des travailleurs sur les aspects liés à la sécurité et à la protection de la santé au travail.
10 C. Faleri, « Transizione ecologica e sostenibilità sociale per un’Agricoltura 4.0 », Lavaro e diritto, vol. 36, n°2, 2022, p. 452.
11 N. Deleonardis, « Lavoro in agricoltura e sostenibilità alla luce dei recenti indirizzi della politica agricola comune 2023-2027 », Il Diritto dell’Agricoltura, n°3, 2023, p. 324 ; A. Marcianò, « Agricoltura e dinamiche sindacali nel diritto del lavoro della transizione ecologica », Diritto delle relazioni industriali, vol. 32, n°3, 2022, p. 713.
12 Sur ce point, voir European Commission, Mapping and analysis of CAP strategic plans. Assessment of joint efforts for 2023-2027, Publications Office of the European Union, Directorate-General for Agriculture and Rural Development, 2023.
13 D’autres pays, comme l’Espagne et le Portugal, ont mis en œuvre la clause de conditionnalité sociale à partir de 2024.
14 En ce sens, voir N. Deleonardis, « Salute e sicurezza dei lavoratori agricoli e posizione di garanzia del datore di lavoro nel meccanismo di condizionalità sociale », Diritto della Sicurezza sul Lavoro, n° 1, 2024, p. 121.
15 Comme l’indique l’art. 25 du Décret législatif n°42 du 17 mars 2023, les dispositions nationales en matière de conditionnalité sociale sont indiquées par un décret spécifique du ministère compétent en matière d’agriculture, qui, dans le cas de l’Italie, comprenait le Décret législatif n°104/2022 et le Décret législatif n°81/2008.
16 Cette subdivision a été créée par l’art. 3 de l’Arrêté interministériel du 11 novembre 2022 du Ministère de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt.
17 Les dispositions prévoient principalement des seuils de référence pour les sanctions, établissant un pourcentage de réduction du montant total des avantages reçus ou à venir : d’une part, une réduction de 3 % en cas d’infractions de base et une augmentation a priori non définie en cas de « risque direct pour la santé publique ou animale », et d’autre part, des réductions de 10 % en cas d’infractions répétées et de 15 % en cas d’infractions intentionnelles. Toutefois, une exonération des sanctions administratives est assurée lorsque le montant est de 100 € ou si le non-respect est dû à un cas de force majeure ou à des circonstances exceptionnelles.
18 Arrêté du 17 mars 2023 relatif à la mise en œuvre de la conditionnalité et de la conditionnalité sociale en métropole à compter de la campagne 2023.
19 À l’exception de deux dispositions mineures de cette directive qui ne font l’objet que d’une réduction de 1 à 3 %.
20 Pour les dispositions spécifiques, voir l’annexe II de l’Arrêté du 17 mars 2023 du Ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire.
21 Outre la non-désignation d’une personne chargée des mesures de protection et de prévention des risques professionnels de l’entreprise, les sanctions mineures s’appliquent lorsque l’employeur n’identifie pas les mesures préventives, ne procède pas à l’évaluation des risques chimiques spécifiques, ne dispense pas de formation en matière de santé et de sécurité au travail aux représentants des travailleurs, et ne fournit pas au comité d’entreprise la documentation relative aux équipements de travail et au plan de prévention/programme de formation en matière de sécurité.
22 Il en va de même si le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) n’est pas établi.
23 En cas de manquement intentionnel, le taux de réduction oscille entre 15 et 100 % selon le degré de gravité, l’étendue et la répétition du manquement.
24 Les « indices de gravité » vont de 1 à 7 en fonction de la pertinence des dispositions relatives à la conditionnalité sociale. Parmi les dispositions réglementaires spécifiques retenues pour le système de sanction, on observe que les violations des dispositions relatives aux conditions de travail transparentes (Décret législatif 104/2022) ne sont sanctionnées que par des indices compris entre 1 et 2, tandis que celles concernant les mesures visant à promouvoir l’amélioration de la santé et de la sécurité au travail et les prescriptions minimales de santé et sécurité au travail des équipements de travail (Décret législatif 81/2008) se situent entre 2 et 7, les indices de gravité les plus élevés étant les plus fréquents.
25 En outre, le système italien n’applique que le pourcentage le plus élevé pour les sanctions, évitant ainsi une totalisation globale.
26 En ce sens, voir I. Canfora, V. Leccese, « La condizionalità sociale nella nuova PAC (nel quadro dello sviluppo sostenibile dell’agricoltura) », Working Paper, Centro Studi di Diritto del Lavoro Europeo «Massimo D’antona», IT, n°460, 2022, p. 17 : https://csdle.lex.unict.it/sites/default/files/Documenti/WorkingPapers/Canfora-Leccese_460_2022it.pdf
27 Y. Petit, « La politique agricole commune (PAC) 2023-2027 : quelles ambitions ? », Revue de droit rural, n°3, 2023, p. 23.
28 Voir S. Battistelli, O. Bonardi et C. Inversi, « Regulating agricultural work and the labour market to prevent exploitation: the Italian perspective », Labour & Law Issues, vol. 8, n°2, 2022, pp. R.9-R.10.
29 Position de l’EFFAT sur les sanctions à appliquer dans le cadre de la conditionnalité sociale de la PAC, Adoptée par le Comité exécutif de l’EFFAT les 21 et 22 novembre 2022 : https://effat.org/wp-content/uploads/2023/01/EFFAT-position-on-sanctions-to-be-applied-in-the-context-of-CAP-Social-conditionality_FR.pdf
30 En ce sens, voir C. Inversi, « Un lavoro di qualità per filiere agricole sostenibili : strumenti contrattuali e di autoregolazione », in O. Bonardi, L. Calafà, S. Elsen et R. Salomone (dir.), Lavoro sfruttato e caporalato. Una road map per la prevenzione, Il Mulino, 2023, p. 213.
31 Pour une vision plus pessimiste de l’impact de la PAC sur le changement de comportement des agriculteurs de l’UE, voir T. B. Lyngs, « Social conditionality: An adequate legal response to challenges faced by agricultural workers in the EU, or an example of redwashing within the Common Agricultural Policy? », European Labour Law Journal, vol. 15, n°4, 2024, p. 773.
32 Voir I. Canfora et V. Leccese, « La sostenibilità sociale nella nuova PAC », Rivista di diritto agrario, n° 2, 2022, p. 121.
Haut de pagePour citer cet article
Référence papier
Carlo Valenti, « La régulation du travail agricole par la conditionnalité sociale en France et en Italie », Revue de droit comparé du travail et de la sécurité sociale, 1 | 2025, 152-163.
Référence électronique
Carlo Valenti, « La régulation du travail agricole par la conditionnalité sociale en France et en Italie », Revue de droit comparé du travail et de la sécurité sociale [En ligne], 1 | 2025, mis en ligne le 15 mars 2026, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/rdctss/9704 ; DOI : https://doi.org/10.4000/13y10
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