Le pouvoir des fables ou la vérité selon Jacques
Résumés
Qu’on analyse dans sa précision textuelle le paradoxe subtil du « vrai comme fable » énoncé par Jacques le fataliste, ou qu’on le replace dans un contexte plus large, celui des cycles narratifs de cette œuvre, on aboutit aux mêmes constats « en mouvement » : le roman, à la différence du romanesque, n’est pas pour Diderot ennemi d’une enquête sur le vrai ; le « grand rouleau » énonce une vérité qui, pour être nécessaire, nous reste inconnue, à nous qui errons dans l’obscurité de notre existence contingente ; le texte, enfin, confronte malicieusement les pouvoirs du dit et ceux de l’écrit. De la sorte, les signes étranges, les quiproquos, pressentiments et prémonitions que le monde (et le roman) nous délivrent sans relâche signifient que dans Jacques la quête du vrai, philosophique, confirme sans exception le fatalisme (matérialisme « déterministe »), mais se teinte sans exception d’ironie persiflante. Le lecteur s’en trouve être, qu’il le veuille ou non, la dupe, le bénéficiaire et l’acteur principal face à l’auteur-« démiurge » : la vérité, ici, est celle que peuvent approcher de gais déchiffreurs de l’illisible, libérés autant que faire se peut des illusions idéalistes du libre-arbitre. du finalisme anthropocentré et de la pruderie bien-pensante.
Pour citer cet article
Référence papier
Pierre Chartier, « Le pouvoir des fables ou la vérité selon Jacques », Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, 30 | 2001, 47-64.
Référence électronique
Pierre Chartier, « Le pouvoir des fables ou la vérité selon Jacques », Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie [En ligne], 30 | avril 2001, mis en ligne le 17 juin 2006, consulté le 19 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/rde/62 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rde.62
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