Diderot ouvre le Salon de 1767 en imaginant le voyage d’Italie qui ne se fera pas, les chefs-d’œuvre, les « grands modèles » qu’il ne verra pas, et qui nourrissent l’art et la manière des modernes. Une longue prétérition décline les inaccessibles avantages de disposer non seulement de cette connaissance directe des maîtres anciens, mais aussi d’esquisses des morceaux du salon qu’il va commenter. Originaux et reproductions pourraient nourrir l’appréciation des œuvres modernes, l’identification des emprunts ou du plagiat, et simplifier la description. Il interroge ensuite longuement la notion de modèle – « Où est donc le vrai modèle » ? l’image première, le modèle premier, entre idéal et copie ? il conduit la réflexion au cœur de l’histoire de cette innutrition, et de l’intériorisation fantomatique de toute idée de modèle, qui fait de toute œuvre la copie d’un original « qui est dans ma tête », mettant en jeu les états de la création, de l’inspiration et de l’imitation, de la producti...
« Machine à tableaux » : le peintre et son modèle. Sur l’image de la machine dans l’œuvre de Diderot
Résumés
Dans le Salon de 1767, Diderot évoque le voyage d’Italie qu’il ne fera pas, le désir d’accéder aux « grands modèles », à la source même de toute inspiration, des Anciens aux artistes, et de voir ainsi la chose même, pour n’être pas réduit à feuilleter des estampes (des copies) dans un grenier. Il construit l’histoire de cette innutrition, et de l’intériorisation fantomatique de toute idée de modèle, qui fait de toute œuvre la copie d’un original « qui est dans ma tête ». Il interroge ce faisant le rapport au modèle, à l’imitation, et à la description. L’article porte sur deux passages du Salon où il recourt de manière inattendue à l’image de la machine, qui appartient bien sûr à la tradition matérialiste, et qui comporte l’idée d’imitation des actions de l’homme ; elle est faite pour produire un certain type d’objet ou d’ouvrage ; elle relaie voire éclipse la main de l’homme… : que signifie donc imaginer Raphaël en « machine à tableaux », ou qualifier La Tour de « machiniste » ? Ces images heurtent la conception de l’artiste, le rapport au modèle et celui de la valeur et de la beauté de l’œuvre. Elles interrogent les conditions de l’admiration et du jugement esthétique dans le cadre d’une pensée déterministe qui joue avec la métaphore mécaniste. Nous proposons des pistes pour apprécier la construction du modèle paradoxal de la machine, qui permet de mettre en scène des hypothèses quant aux processus de production et de création.
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Caroline Jacot Grapa, « « Machine à tableaux » : le peintre et son modèle. Sur l’image de la machine dans l’œuvre de Diderot », Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, 59 | 2024, 273-292.
Référence électronique
Caroline Jacot Grapa, « « Machine à tableaux » : le peintre et son modèle. Sur l’image de la machine dans l’œuvre de Diderot », Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie [En ligne], 59 | 2024, mis en ligne le 01 janvier 2028, consulté le 06 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rde/7496 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12vcz
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