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Dossier

Les représentations de la pratique interdisciplinaire chez de futurs enseignants suisses du primaire

Representations of interdisciplinary practice among future Swiss primary school teachers
Patrick Roy, Yves Schubnel et Chrystel Schwab
p. 49-85

Résumés

Cet article vise à rendre compte des représentations de la pratique interdisciplinaire chez 173 futurs enseignants suisses du primaire. Sur la base d’une modélisation originale de sept configurations théoriques possibles de la pratique interdisciplinaire inscrites dans la continuité selon le degré d’intégration des objets de savoir, un corpus de données constitué d’attributs et de situations emblématiques pour caractériser cette pratique a fait l’objet d’une analyse lexicométrique et d’une analyse de contenu dans une perspective de complémentarité des méthodes d’analyse. Les résultats indiquent que la plupart des futurs enseignants confondent approche interdisciplinaire et deux autres approches intégratives : l’approche par thème et l’approche par projet. Pour les trois quarts d’entre eux, les situations emblématiques proposées relèvent de pratiques hégémonique, pseudo-interdisciplinaire, holistique, multidisciplinaire ou pluridisciplinaire dont le degré d’intégration des objets de savoir varie sur un continuum allant d’un degré négatif à un degré moyen. Seulement le quart d’entre eux conçoit la pratique interdisciplinaire en tant qu’interdisciplinarité au sens strict. Les descriptifs des situations rapportées sont souvent marqués par une identification floue des contributions disciplinaires ou par une absence des considérations épistémologiques des disciplines scolaires. Ces résultats rappellent l’importance d’assurer une solide formation des enseignants sur l’interdisciplinarité en relation avec les spécificités et les enjeux des didactiques disciplinaires.

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Texte intégral

Introduction

1L’interdisciplinarité, en tant qu’approche intégrative, est fortement préconisée dans les curriculums de l’enseignement obligatoire de plusieurs systèmes éducatifs à travers le monde. En Suisse, le Plan d’études romand (PER) (CIIP, 2010) encourage fortement les enseignants à mener des enseignements interdisciplinaires en mettant en relation des objets de savoir disciplinaires ou génériques selon des modalités multiples. Dans la section introductive du PER (CIIP, 2010), cinq types de liens sont exprimés : des liens intradisciplinaires, des liens intradomaines, des liens interdomaines, des liens avec les capacités transversales et des liens avec la formation générale. À ce sujet, ce dernier type de lien concerne notamment l’Éducation en vue d’un développement durable (EDD) qui « incite et favorise les approches interdisciplinaires » (CIIP, 2010, p. 21).

  • 1 L’interdisciplinarité scolaire se réfère aux conditions et modalités de mise en place des disposit (...)

2Les injonctions curriculaires relatives à l’enseignement interdisciplinaire justifient la place centrale d’une formation à l’interdisciplinarité scolaire1 dans les dispositifs de professionnalisation des enseignants. Dans le Référentiel de compétences professionnelles de la Haute école pédagogique Fribourg, la formation à l’interdisciplinarité scolaire se concrétise par la compétence « Concevoir et animer des situations d’enseignement-apprentissage en fonction des élèves et du plan d’études, en organisant et planifiant des séquences d’enseignement à court, moyen et long terme dans une perspective interdisciplinaire selon les modèles d’apprentissage choisis ». Pour Fourez, Maingain et Dufour (2002, p. 26), la mise en œuvre d’une approche interdisciplinaire s’inscrit en opposition avec le fonctionnement traditionnel de l’école où « des tranches d’élèves reçoivent des tranches de savoir dans des tranches horaires. En d’autres termes, on attend des élèves une attention souvent décontextualisée, face à des savoirs disciplinarisés, selon des horaires artificiellement rythmés de cinquante minutes en cinquante minutes ». Afin d’éviter un enseignement disciplinaire cloisonné, il s’avère nécessaire de développer les compétences professionnelles des futurs enseignants sur trois plans, ou en d’autres mots, au regard de trois niveaux organisationnels de l’interdisciplinarité scolaire selon Lenoir (1995, 1997, 2003) : l’interdisciplinarité curriculaire, l’interdisciplinarité didactique et l’interdisciplinarité pédagogique (figure 1).

Fig. 1 : trois niveaux organisationnels de l’interdisciplinarité scolaire

Fig. 1 : trois niveaux organisationnels de l’interdisciplinarité scolaire

(Lenoir, 2003)

3L’interdisciplinarité curriculaire « consiste en l’établissement, à la suite d’une analyse systématique des programmes d’études portant tout particulièrement sur certains paramètres (la place et la fonction des différentes matières – leur raison d’être –, leur structure taxinomique, leurs objets d’étude et d’apprentissage, leurs démarches d’apprentissage, etc.), des liens d’interdépendance, de convergence et de complémentarité entre les différentes matières scolaires qui forment le cursus d’un ordre d’enseignement donné, l’enseignement primaire par exemple, afin de faire ressortir du curriculum scolaire ou de lui fournir une structure interdisciplinaire à orientations intégratrices » (Lenoir & Sauvé, 1998c, p. 110). L’interdisciplinarité didactique se situe au niveau de la planification et de l’organisation de l’intervention éducative. Elle fait appel à un choix de modèles didactiques interdisciplinaires à mettre en œuvre. Elle porte, d’une part, sur le rapport au savoir qui s’établit entre les élèves à propos de ce savoir, entre l’enseignant et ce savoir, et entre chaque élève et l’enseignant intervenant sur le processus d’apprentissage. Elle porte, d’autre part, sur la planification et l’organisation de l’intervention éducative qui ont lieu lors des phases préactive et postactive de la pratique d’enseignement (Lenoir, 2003). Enfin, l’interdisciplinarité pédagogique se réalise dans la phase interactive de la pratique d’enseignement et consiste en l’actualisation en classe de l’interdisciplinarité didactique : « Elle assure la mise en pratique du ou des modèles didactiques interdisciplinaires insérés dans les situations élaborées, mais cette mise en pratique ne peut s’effectuer sans obligatoirement tenir compte d’un ensemble d’autres variables qui agissent et interagissent dans la dynamique d’une situation d’enseignement-apprentissage réelle » (Lenoir, 1995, p. 10). Cette conception de l’interdisciplinarité scolaire met en exergue que l’interdisciplinarité pédagogique en situation résulte d’un travail interdisciplinaire préalable s’effectuant aux deux niveaux précédents, et par conséquent, qu’elle ne peut faire l’objet d’une improvisation en classe. À ce sujet, Lenoir (1995, p. 12) relève que l’enseignant ne peut faire l’économie d’une analyse curriculaire au risque de plonger « directement et naïvement dans l’immédiateté des situations et des stratégies pédagogiques sans un éclairage préalable de la structure, de la place, de la fonction, de la spécificité de chaque matière d’enseignement, éclairage qui dépasse le simple exposé descriptif, littéral et souvent itératif », ou en des mots plus simples, au risque d’en arriver à ce que Jacobs (1989) appelle un enseignement des matières scolaires de type « pot-pourri ». Les doubles flèches dans la figure 1 conceptualisent l’idée que les trois niveaux organisationnels de l’interdisciplinarité scolaire devraient s’actualiser de manière dynamique et itérative dans les pratiques de classe.

4Ces injonctions ont des impacts importants sur les pratiques d’enseignement en classe. En particulier, elles justifient l’importance de s’intéresser à la manière avec laquelle des futurs enseignants suisses conçoivent la pratique interdisciplinaire lors de leur formation initiale à l’enseignement. C’est à cette question que s’intéresse cet article, composé de quatre principales parties. Dans la première, nous présentons un cadre conceptuel et d’analyse servant à décrire les représentations de futurs enseignants au regard de la pratique interdisciplinaire. La deuxième est consacrée à la présentation de la méthodologie de recueil et d’analyse des données. Enfin, les troisième et quatrième parties consistent en la présentation et la discussion des résultats.

1. Cadre conceptuel et d’analyse

5L’interdisciplinarité scolaire constitue un concept polysémique. Une tentative de classification des différentes conceptions de ce concept réalisée par Lenoir et Hasni (2004) a mis en évidence un foisonnement de significations et une grande diversité de termes dans la documentation scientifique francophone et anglo-saxonne. Néanmoins, deux caractéristiques de ce concept semblent largement partagées par plusieurs auteurs, à savoir que l’interdisciplinarité est indissociablement liée à la disciplinarité et qu’elle peut impliquer diverses formes de collaboration possibles entre les disciplines scolaires.

1.1. L’interdisciplinarité scolaire : un concept indissociablement lié à la disciplinarité

  • 2 Il s’agit de façons extraordinaires de penser qui ne peuvent être accessibles par le sens commun.
  • 3 Kuhn distingue quatre composantes de la matrice disciplinaire : 1) les lois scientifiques et leur (...)

6L’interdisciplinarité scolaire est indissociablement liée à la disciplinarité. Autrement dit, il n’y a pas d’interdisciplinarité sans référence explicite à des disciplines (Fourez, Maingain & Dufour, 2002 ; Lenoir & Sauvé, 1998a, 1998b ; Resweber, 1981). Si certains discours d’actualité en éducation portant sur l’interdisciplinarité sont marqués d’un courant de pensée en opposition radicale avec les disciplines scolaires en véhiculant une conception anti-, voire a-disciplinaire, nous plaidons au contraire, à la suite de Perrig-Chiello et Darbellay (2002, p. 14), que « s’aventurer dans la recherche de connexions interdisciplinaires ne devrait pas pour autant conduire dans le refus des disciplines ». D’ailleurs, dans la documentation scientifique, les termes associés à l’interdisciplinarité s’ancrent généralement sur le concept noyau de disciplinarité, et peuvent être nuancés par l’usage de divers préfixes (pluri-, uni-, poly-, multi-, mono-, inter-, trans-, etc.) qui reconfigurent successivement, et de manière complémentaire, l’idée nodale de discipline (Darbellay, 2011). S’inscrire dans une démarche interdisciplinaire, c’est d’abord chercher à dépasser les raisonnements ordinaires de sens commun. Autrement dit, c’est chercher à accéder aux savoirs disciplinaires et aux formes de « raisonnements extraordinaires »2 (Orange, 2018) que proposent les disciplines scolaires. Avec leurs modes spécifiques d’appréhension du monde qui représentent des « structures structurantes » (Bourdieu, 1980, p. 88), les disciplines scolaires constituent de puissants outils pour mieux comprendre le monde, et plus spécifiquement, pour éclairer des problèmes complexes. À ce sujet, Astolfi (2008, p. 32) affirme qu’à l’école « il n’y a pas de véritables savoirs sans accès aux paradigmes disciplinaires, chacun étant original par le fonctionnement du langage qui y prévaut et par les formes de raisonnement qui y sont valides ». La mobilisation des paradigmes disciplinaires fait écho, dans la communauté scientifique, à ce que Kuhn (1983) appelle la « matrice disciplinaire »3. La matrice disciplinaire « renvoie au principe d’intelligibilité d’une discipline, c’est-à-dire son principe organisateur, et à l’ensemble de ses présupposés théoriques, pratiques et idéologiques (Fourez, Maingain & Dufour, 2002, p. 41). Ces arguments témoignent de la nécessaire prise en compte des objets de savoir disciplinaires dans toute pratique interdisciplinaire.

1.2. Modélisation de sept configurations théoriques possibles de la pratique interdisciplinaire

  • 4 Cette typologie exclut l’intradisciplinarité qui consiste à établir des relations entre des objets (...)

7Nous distinguons comme le font plusieurs auteurs (Arber, 1993 ; Darbellay, 2011 ; Fourez, 1998 ; Fourez, Maingain & Dufour, 2002 ; Jacobs, 1989 ; Klein, 1990, 1998, Lenoir & Hasni, 2010 ; Lenoir, 1991 ; Perrig-Chiello & Darbellay, 2002 ; Resweber, 1981, 2011) entre l’interdisciplinarité au sens strict et trois autres formes de collaboration entre les disciplines scolaires4 : la multidisciplinarité, la pluridisciplinarité et la transdisciplinarité. En vue de caractériser les représentations de la pratique interdisciplinaire chez les futurs enseignants suisses, nous ajoutons à ces formes classiques, trois autres formes de collaboration entre les disciplines largement mobilisées par les enseignants québécois du primaire (Lenoir, Larose & Geoffroy, 2000 ; Lenoir, Larose & Laforest, 2001) : les pratiques pseudo-interdisciplinaire, holistique et hégémonique. Ces chercheurs québécois caractérisent la pratique interdisciplinaire par rapport à quatre approches se situant aux extrémités de deux dipôles en tension (figure 2) : l’axe des x (éclectisme-holisme) qui concerne le degré de dispersion ou de fusion des matières scolaires ou des contenus disciplinaires et l’axe des y (pseudo-interdisciplinarité-hégémonie) qui concerne l’intensité des rapports entre les matières scolaires.

Fig. 2 : les pôles de la représentation de la pratique interdisciplinaire

Fig. 2 : les pôles de la représentation de la pratique interdisciplinaire

(Lenoir, Larose & Laforest, 2001, p. 72)

  • 5 Par objets de savoir, nous entendons les objets disciplinaires permettant de caractériser les disc (...)

8Sur le plan didactique, cette modélisation présente au moins deux limites importantes. D’une part, elle n’intègre pas les quatre formes de collaboration classiques entre les disciplines scolaires. D’autre part, elle ne met pas en exergue les spécificités et les enjeux relatifs au traitement des objets de savoir5. Ces limites nous conduisent à proposer une modélisation originale de sept configurations théoriques possibles de la pratique interdisciplinaire s’inscrivant dans la continuité sur une échelle verticale croissante à partir d’une seule variable : le degré d’intégration des objets de savoir (figure 3).

Fig. 3 : sept configurations théoriques possibles de la pratique interdisciplinaire selon le niveau d’intégration des objets de savoir

Fig. 3 : sept configurations théoriques possibles de la pratique interdisciplinaire selon le niveau d’intégration des objets de savoir

9Ce schéma présente une certaine cohérence épistémologique avec le développement des disciplines académiques où l’interdisciplinarité ne s’inscrit pas en rupture avec la pluri- et la transdisciplinarité, mais plutôt sur un parcours impliquant « en amont, le moment de la pluridisciplinarité et, en aval, celui de la transdisciplinarité. Pluri-, inter- et transdisciplinarité ne sont pas des procédures distinctes, mais des étapes d’un même processus dont l’interdisciplinarité constitue le “milieu” » (Resweber, 2011, p. 174).

1.1.1. La pratique multidisciplinaire

10La pratique multidisciplinaire consiste à traiter un thème en le déclinant en une pluralité d’activités, sans pour autant poursuivre un but commun et mettre en relation des objets de savoir entre eux (figure 4). Dans une telle perspective, le degré d’intégration des objets de savoir est faible et non pas nul, car si les différentes contributions disciplinaires sont juxtaposées, elles demeurent néanmoins cohérentes par rapport au thème retenu.

Fig. 4 : configuration de la multidisciplinarité

Fig. 4 : configuration de la multidisciplinarité

11La sortie en forêt constitue un exemple typique de situation multidisciplinaire. Dans le cadre de l’éducation physique, les élèves pourraient être engagés dans un parcours aventure comportant divers obstacles naturels en vue de la réalisation d’exercices de coordination et d’équilibre. Après avoir effectué ce parcours, ils pourraient être appelés à réaliser trois ateliers l’un à la suite de l’autre dans d’autres disciplines : 1) un atelier mathématique visant à calculer le périmètre et l’aire du parcours ; 2) un atelier géographique visant à construire une carte géographique du parcours en mettant en évidence la localisation des obstacles et le trajet à parcourir ; 3) un atelier scientifique visant à catégoriser les espèces végétales autour du parcours par divers critères (ex. : écorces, feuilles, fruits, silhouettes, etc.) et à explorer la biodiversité du milieu environnant. Si chacun de ces ateliers permet aux élèves de réaliser des apprentissages pertinents dans les disciplines concernées, les activités ne sont pas conçues autour d’un but commun et ne permettent pas de tisser des liens entre les objets de savoir en jeu.

1.1.2. La pratique pluridisciplinaire

12La pratique pluridisciplinaire consiste à traiter une situation ou un problème en juxtaposant des regards disciplinaires autour d’un but commun, sans pour autant mettre en relation les objets de savoir des différentes disciplines (figure 5). Selon Resweber (2011, p. 176), la « pluridisciplinarité définit la logique d’une mise en convergence de plusieurs disciplines, en vue d’examiner, sous plusieurs aspects, une question donnée […] elle permet d’analyser une question avec la rigueur disciplinaire nécessaire et […] une confrontation de perspectives et de points de vue d’où découlent des effets bénéfiques incontestables ».

13Dans le même sens, Fourez, Maingain et Dufour indiquent que la pluridisciplinarité « est pratiquée, entre autres, lorsque l’on se donne l’objectif d’examiner avec une intention particulière un thème, une notion, une problématique, selon différents points de vue disciplinaires. La confrontation des disciplines, dans le cas de la pluridisciplinarité, produit un “effet kaléidoscopique” lié à une “multifocalisation” disciplinaire » (2002, p. 57). Et ils ajoutent que « contrairement à l’interdisciplinarité […], la représentation obtenue n’est pas négociée entre partenaires d’un projet, en fonction d’un contexte, de finalités et de destinataires spécifiques : chaque sujet produit sa synthèse personnelle à partir de ce qu’il a perçu » (ibid., p. 57). Par rapport à la multidisciplinarité, la pluridisciplinarité « n’est pas la juxtaposition de savoirs […], mais elle est la mise à l’épreuve des pouvoirs inhérents à chaque discipline » (Resweber, 2011, p. 176). Dans une approche pluridisciplinaire, les contributions disciplinaires se présentent comme une « juxtaposition de points de vue » (Resweber, 2011) autour d’un but commun. Cette approche marque donc un pas de plus par rapport à la multidisciplinarité, et en conséquence, nous considérons que son degré d’intégration des objets de savoir est moyen.

Fig. 5 : configuration de la pluridisciplinarité

Fig. 5 : configuration de la pluridisciplinarité

14L’analyse du paysage d’un quartier d’une ville sous l’angle de plusieurs disciplines scolaires pourrait constituer un exemple de situation pluridisciplinaire. Dans un tel problème, certaines disciplines sont retenues pour apporter leur regard spécifique pour la description du paysage : 1) la géographie pour la localisation du quartier, l’organisation spatiale de ses éléments et la description des fonctions des espaces les plus fréquentés ; 2) les mathématiques pour l’étude de la géométrie du paysage à l’aide de figures planes et de solides géométriques ; 3) les arts visuels par l’expression d’émotions sur le paysage en s’appuyant sur les langages artistiques, en exploitant les matières, les couleurs, les lignes, les surfaces, les techniques, etc. Dans cette configuration, il y a bel et bien un but commun : celui d’analyser un paysage. Si la multiplicité des regards disciplinaires contribue à apporter un regard plus riche sur le paysage, les analyses menées dans chacune des disciplines n’impliquent pas pour autant la mise en relation entre leurs objets de savoir.

1.1.3. La pratique interdisciplinaire au sens strict

15La pratique interdisciplinaire au sens strict consiste à traiter une situation ou un problème en faisant interagir de manière féconde des objets de savoir de différentes disciplines autour d’un but commun (figure 6). Selon Lenoir et Sauvé (1998c, p. 121),

« l’interdisciplinarité au sens strict est une « mise en relation de deux ou de plusieurs disciplines scolaires qui s’exerce à la fois aux niveaux curriculaire, didactique et pédagogique et qui conduit à l’établissement de liens de complémentarité ou de coopération, d’interpénétrations ou d’actions réciproques entre elles sous divers aspects (finalités, objets d’études, concepts et notions, démarches d’apprentissage, habiletés techniques, etc.), en vue de favoriser l’intégration des processus d’apprentissage et des savoirs chez les élèves ».

16Pour Fontolliet (2002, p. 39),

« l’interdisciplinarité est ce qui manque aux disciplines pour rendre compte de la réalité. Elle établit des liens, des ponts ; elle met en évidence des interactions, des différences, des complémentarités, des analogies, des questions mutuelles entre les disciplines ».

17Quant à Fourez, Maingain et Dufour (2002, p. 62), ils abondent dans le même sens en appréhendant l’interdisciplinarité au sens strict comme une approche intégrative visant la résolution de problèmes dans leur particularité :

« L’interconnexion des disciplines en fonction d’un contexte particulier et d’un projet déterminé : tel est le trait le plus spécifique d’une démarche interdisciplinaire. Les disciplines sont sollicitées et intégrées en vue de construire un modèle original en réponse à une problématique particulière […] L’interdisciplinarité doit se comprendre comme l’utilisation, l’association et la coordination des disciplines appropriées, dans une approche intégrée des problèmes ».

18En référence à la pluridisciplinarité, l’interdisciplinarité marque un pas de plus dans la mise en interaction de deux ou de plusieurs disciplines pour l’étude originale d’un objet comme le souligne Darbellay (2011, p. 73-74) :

« Le préfixe inter- signifie bien ce qui est “entre”, soit la relation de réciprocité entre plusieurs disciplines dans laquelle on se situe pour décrire, analyser et comprendre la complexité d’un objet d’étude commun […]. La nouveauté de l’interdisciplinarité “ne provient pas forcément du renouvellement intérieur” de chaque discipline prise en elle-même et pour elle-même, mais plutôt de leur rencontre au niveau d’un objet qui par tradition ne relève d’aucune d’elles ».

19Par conséquent, nous considérons que le degré d’intégration des objets de savoir est fort dans une telle pratique.

Fig. 6 : configuration de l’interdisciplinarité au sens strict

Fig. 6 : configuration de l’interdisciplinarité au sens strict

20La proposition de réaménagement d’un espace de jeu d’un quartier d’une ville pourrait constituer un exemple de situation interdisciplinaire au sens strict. Par exemple, on pourrait imaginer que suite à une explosion démographique du quartier, l’espace de jeu commun ne répondrait plus aux besoins des jeunes familles qui le fréquentent. Les enseignants d’une école de ce quartier pourraient solliciter leurs élèves afin qu’ils développent un plan de réaménagement de cet espace avec la contrainte de respecter le plan d’aménagement local (PAL) fixé par la commune. Dès lors, le croisement des regards disciplinaires serait nécessaire en vue d’atteindre le but fixé : 1) en géographie, pour l’étude de l’organisation de l’espace de jeu, l’expression des besoins des familles qui le fréquentent et la réalisation d’un croquis original répondant aux besoins des familles et respectant le PAL ; 2) en mathématiques, pour le calcul du périmètre et de l’aire de l’espace de jeu, la réalisation d’une enquête statistique sur les besoins des familles qui le fréquentent et la construction de tableaux et de diagrammes illustrant leurs besoins ; 3) en français, pour la rédaction collective d’un genre de texte particulier, le texte argumentatif, visant à justifier la réalisation du projet auprès des autorités communales.

1.1.4. La pratique transdisciplinaire

21La pratique transdisciplinaire fait l’objet de nombreux débats, non seulement en raison de la grande diversité des interprétations à son égard, mais surtout pour son objectif ambitieux (en particulier pour l’enseignement primaire !) de mobiliser, voire construire, des objets de savoir allant « au-delà » ou « à travers » les disciplines scolaires. Pour Fourez, Maingain et Dufour (2002, p. 46),

« en termes de tâche, la spécificité de la transdisciplinarité réside dans la procédure de transfert de concepts, de modèles, d’outils d’une discipline à une autre. Ces transferts se font en vue d’éclairer des situations, de résoudre des questionnements ou des problèmes, de construire de nouveaux modèles […] Cela implique entre autres des pratiques de décontextualisation-recontextualisation, ou encore l’adaptation d’une notion issue d’un contexte disciplinaire et transférée vers un autre ».

22Dans le monde anglo-saxon, cette idée se réfère à la cross-disciplinary mobilization (Lenoir & Hasni, 2010) pour laquelle la mobilisation/construction de concepts intégrateurs permet d’établir des ponts entre deux ou plusieurs disciplines en vue d’éclairer une situation ou un problème (figure 7).

Fig. 7 : configuration de la transdisciplinarité

Fig. 7 : configuration de la transdisciplinarité
  • 6 Ces évènements ne correspondent pas nécessairement aux étapes-clés des processus biologiques.

23À titre illustratif, l’enseignant engage ses élèves dans l’étude du monde végétal à travers les saisons. Pour ce faire, il leur demande de porter un regard particulier sur l’évolution des végétaux sous l’angle d’un concept intégrateur de deux disciplines : le temps. Il construit d’abord avec eux le concept de temps historique, lequel permet de mettre en lumière des évènements significatifs6 des changements et permanences des végétaux à travers les saisons, par l’analyse de traces, de photos et de documents divers. Par la suite, il leur demande de transférer ce concept en sciences de la nature. Pour ce faire, les élèves sont appelés à décontextualiser le temps historique en identifiant des critères génériques permettant de caractériser le temps, et à le recontextualiser en sciences de la nature par une problématisation du cycle de vie. Ce transfert permet de construire le concept de temps biologique qui sera nécessaire à la conduite d’observations sur le développement du végétal, en mettant cette fois-ci une focale sur les étapes-clés des processus biologiques : la germination, la floraison, la fructification, la maturation des graines, la dissémination des graines, etc. En référence à l’interdisciplinarité, la transdisciplinarité marque un pas de plus dans son rapport aux disciplines scolaires, par ses intentions de transférer des concepts intégrateurs d’une discipline à d’autres, et de construire, dans certains cas, de nouveaux objets de savoir. Puisque les nouveaux objets de savoir émergent de la confrontation des disciplines scolaires et que leur mobilisation éventuelle se fait de manière transcendante, à travers elles, nous considérons que le degré d’intégration des objets de savoir est très fort dans une telle pratique.

24En plus des quatre formes classiques de pratiques interdisciplinaires que nous venons de développer, nous en considérons trois autres dont le degré d’intégration des objets de savoir est nul ou négatif.

1.1.5. La pratique pseudo-interdisciplinaire

25La pratique pseudo-interdisciplinaire consiste à se servir d’un thème comme prétexte et seul fil conducteur à un enseignement cloisonné des disciplines scolaires sélectionnées. Dans une telle approche, comme le soulignent Lenoir, Larose et Laforest,

« le thème sert uniquement de déclencheur à des activités d’apprentissage monodisciplinaires. Ainsi, le “lien” n’existe qu’au seul niveau de la mise en situation, le déroulement des activités qui lui sont consécutives étant mené de façon autonome, complètement séparée, en fonction des contenus d’apprentissage de différents programmes d’études » (Lenoir, Larose & Laforest, 2001, p. 74).

26À titre illustratif, un enseignant demande à ses élèves de lire quelques textes sur les mythes fondateurs de la Suisse, en particulier celui de Guillaume Tell, afin de relever les caractéristiques d’un genre textuel en français : le texte imaginaire. Dans cet exemple, le thème de Guillaume Tell sert uniquement de prétexte en vue de poursuivre des objectifs d’apprentissage en français. L’histoire, en tant que discipline scolaire, ne joue qu’un rôle de figuration. En effet, aucun objet de savoir de cette discipline n’est convoqué, par exemple le concept de « mythe et légendes » ou la démarche historique pour la construction d’une conscience citoyenne. Une autre forme de pratique pseudo-interdisciplinaire consiste à additionner de manière hétéroclite des objets de savoir incohérents entre eux à partir d’un même contexte ou prétexte. Dans ces deux formes de pseudo-interdisciplinarité, nous considérons que le degré d’intégration des objets de savoir est nul.

1.1.6. La pratique holistique

27La pratique holistique consiste à traiter un thème en fusionnant ou excluant des objets de savoir de manière inconsciente ou intentionnelle. Une telle pratique se caractérise par une tendance à l’antidisciplinarité en omettant toute référence aux structurations conceptuelles propres aux disciplines, et en se cantonnant à la recherche de réponses dans le savoir de sens commun :

« Revendiquant la nécessité d’une approche globale de la vie humaine au nom du réalisme quotidien et du mode de fonctionnement intellectuel de l’enfance, cette approche, poussée à ses extrêmes, conduit à fusionner dans un grand tout indistinct les différents objets d’apprentissage » (Lenoir, Larose & Laforest, 2001, p. 73).

28À titre illustratif, l’enseignant propose à ses élèves de participer à deux ateliers offerts par un musée d’histoire naturelle de la région : un atelier scientifique visant à observer l’éclosion d’un œuf de poule et la naissance d’un poussin suivi d’une discussion avec une animatrice de sciences sur la diversité des animaux ovipares comme la grenouille et la fourmi ; un atelier artistique dans lequel ils réalisent un dessin illustratif sur le thème « Dessine-moi un poussin » sous l’œil bienveillant d’une artiste. De retour en classe, l’enseignant demande aux élèves d’expliquer le processus de reproduction d’une poule avec un schéma. Dans cet exemple, aucun des deux ateliers ne donne à voir les objets de savoir relevant des sciences de la nature et des arts visuels. Si ces ateliers peuvent être une grande source de motivation pour les élèves, la démarche naturelle par la découverte ne peut nullement garantir l’acquisition du processus de reproduction des animaux ovipares. Cet exemple illustre une conception naïve et simpliste de l’interdisciplinarité privant les élèves d’accéder aux savoirs disciplinaires et à leurs « raisonnements extraordinaires » (Orange, 2018) pour mieux comprendre le monde.

1.1.7. La pratique hégémonique

29La pratique hégémonique consiste à traiter une situation ou un problème en imposant de manière surplombante des objets de savoir d’une discipline à une autre ou plusieurs autres. Dans une telle approche, une discipline se place en position de dominance en écrasant ou gommant les particularités épistémologiques et les modes d’intelligibilité d’une seconde discipline, cette dernière étant réduite à une « discipline prétexte ». À titre illustratif, un enseignant demande à ses élèves de recourir à une démarche d’apprentissage unique, par exemple une démarche communicationnelle en français en vue de s’approprier des objets de savoir en sciences de la nature et en sciences humaines et sociales. Dans cet exemple emblématique, la démarche communicationnelle écrase ou gomme les spécificités de la démarche d’enquête normalement appropriée pour mener une investigation scientifique. Il témoigne d’une dérive importante d’un apprentissage des sciences se réduisant à la compréhension de textes et à la présentation d’exposés oraux dont les informations ont été traitées uniquement à partir de techniques ou de stratégies de compréhension et d’expression orale et écrite du français. La pratique hégémonique accentue le phénomène de « hiérarchisation » ou de « polarisation » des disciplines scolaires où les statuts entre disciplines sont inégaux : certaines disciplines sont considérées comme des disciplines de base alors que d’autres sont reléguées au rang des disciplines secondaires. Comme elle entraîne une certaine forme de « désintégration disciplinaire », nous considérons que le degré d’intégration des objets de savoir est négatif dans une telle approche.

1.3. Questions spécifiques de recherche

30De la problématique et du cadre conceptuel et d’analyse découlent deux questions spécifiques de recherche :

  • Quels sont les attributs retenus par des futurs enseignants suisses du primaire pour caractériser la pratique interdisciplinaire ?
  • Quelles configurations théoriques de la pratique interdisciplinaire prédominent chez ces futurs enseignants ?

2. Méthodologie de recueil et d’analyse des données

  • 7 Cet article s’inscrit dans le cadre d’une enquête plus large poursuivant plusieurs autres objectif (...)

31Les données ont été collectées auprès d’un échantillon de 173 futurs enseignants suisses du primaire (respectivement 82 et 91 pour les années 2016-2017 et 2017-2018) inscrits au programme de bachelor en enseignement préscolaire et primaire de la Haute école pédagogique Fribourg. Dans la phase introductive d’un cours de didactique intégrée de mathématiques et sciences donné à la 2e année de la formation, les étudiants ont accepté de participer à une enquête par questionnaire7 sur l’interdisciplinarité. Les données sont issues de deux questions ouvertes : la première consistait à énumérer 3 à 6 mots-clés ou expressions qu’ils associent spontanément à l’interdisciplinarité alors que la seconde consistait à exemplifier une situation emblématique de la pratique interdisciplinaire en mettant en évidence les relations entre les savoirs en jeu. Les données ont été transcrites dans leur intégralité et les analyses ont été menées à l’aide du logiciel NVivo et d’une grille d’analyse dans une perspective de complémentarité des méthodes d’analyse. Celles issues de la première question ont fait l’objet d’une analyse lexicométrique alors que celles issues de la seconde question ont fait l’objet d’une analyse de contenu basée sur la catégorisation thématique des unités de sens (Bardin, 2007). Les analyses ont été conduites en s’assurant de respecter cinq critères de validation des résultats (Bardin, 2007 ; Jones, 2000 ; Landry, 1992) : la pertinence, l’exhaustivité, l’exclusivité, l’objectivité et la fidélité. Au terme des analyses menées séparément par les deux codeurs, et une fois la compréhension commune de la grille d’analyse obtenue, un test de stabilité a été appliqué sur l’ensemble du corpus et a montré que plus de 90 % des données ont été affectées aux mêmes catégories thématiques par les deux codeurs.

3. Résultats

3.1. Attributs retenus par les futurs enseignants pour définir l’interdisciplinarité

32L’analyse lexicométrique a permis de dégager plusieurs attributs pour définir l’interdisciplinarité chez les futurs enseignants. Ces attributs se présentent sous la forme de 34 mots-clés énoncés soit de manière isolée (tableau 1), soit sous la forme d’une expression plus large (voir en annexe les expressions associées aux divers mots-clés).

Tableau 1 : mots-clés relatifs à l’interdisciplinarité énoncés par les futurs enseignants (N = 173)

Mots-clés Fréquence Fréquence relative Mots-clés Fréquence Fréquence relative
1. Disciplines 139 80,3 % 18. Intégrer 8 4,6 %
2. Liens 107 61,8 % 19. Échanger 7 4,0 %
3. Thème 50 28,9 % 20. Connaissances 7 4,0 %
4. Projet 50 28,9 % 21. Fil rouge 7 4,0 %
5. Sens 35 20,2 % 22. Décloisonner 6 3,5 %
6. Mélanger 35 20,2 % 23. Connecter 6 3,5 %
7. Apprentissages 29 16,8 % 24. Complexe 5 2,9 %
8. Relier 22 12,7 % 25. Motiver 5 2,9 %
9. Ouverture 18 10,4 % 26. Transdisciplinarité 4 2,3 %
10. Objectifs 17 9,8 % 27. Point de vue 4 2,3 %
11. Diversité 15 8,7 % 28. But 4 2,3 %
12. Savoirs 14 8,2 % 29. Coopérer 3 1,7 %
13. Richesse 12 6,9 % 30. Complémentarité 3 1,7 %
14. Transversalité 11 6,4 % 31. Multidisciplinarité 3 1,7 %
15. Compétences 9 5,2 % 32. Toile d’araignée 3 1,7 %
16. Collaborer 9 5,2 % 33. Schéma heuristique 3 1,7 %
17. Interaction 9 5,2 % 34. Problématique 1 0,6 %

33La fréquence relative de ces mots-clés s’étale sur un large spectre de 0,6 % à 80,3 %. Deux mots-clés se démarquent nettement du corpus avec leur fréquence relative particulièrement élevée, soit les mots-clés « disciplines » et « liens » rapportés respectivement chez 80,3 % et 61,8 % des futurs enseignants. Les expressions relatives au mot-clé « disciplines » se réfèrent à l’idée de multiplicité des disciplines (40,5 %), de disciplines à travailler au sein d’une même tâche, activité, leçon, etc. (11,6 %), autour d’un même thème (11,0 %), en même temps ou en parallèle (8,1 %), ou encore de manière décloisonnée (8,1 %). Quant au mot-clé « liens », il est souvent énoncé de manière isolée (35,3 %) ou s’accompagne de l’idée d’établir des liens entre des disciplines (24,7 %). Dans seulement 1,2 % des cas, il véhicule l’idée d’établir des liens entre les objets de savoir du plan d’études ou les connaissances des élèves.

34Au second rang des mots-clés les plus fréquemment rapportés figurent les mots-clés « thème » et « projet » dont la fréquence relative est identique : 28,9 %. Le mot-clé « thème » est énoncé de manière isolée ou par une expression proche (*thème central*thème commun*thème général) (10,4 %). Il marque aussi l’idée qu’il se doit d’être traité sous l’angle de plusieurs disciplines (9,2 %) ou d’une pluralité de perspectives (4,0 %). Dans très peu de cas, il s’accompagne de l’idée que son traitement peut se faire par une problématique ou un problème (0,6 %) ou que sa fonction peut consister en l’appropriation de disciplines scolaires (1,7 %) ou, plus précisément, d’objectifs du plan d’études (0,6 %). Quant au mot-clé « projet », sa configuration épistémologique est similaire. Il est la plupart du temps exprimé de manière isolée ou sous l’angle d’une approche pédagogique (*pédagogie par/de projet*travail par/en projet) (17,3 %). Dans une proportion beaucoup moins élevée, le mot-clé « projet » est convoqué en association avec une mobilisation de disciplines (5,8 %), ou de manière plus spécifique, avec une mobilisation d’objets de savoir ou de connaissances (1,2 %).

35Outre le mot-clé « liens » décrit précédemment, nous avons identifié 8 autres mots-clés pouvant qualifier la nature de la relation entre des objets divers au sein d’une approche interdisciplinaire : « mélanger » (20,2 %), « relier » (12,7 %), « collaborer » (5,2 %), « interaction » (5,2 %), « intégrer » (4,6 %), « connecter » (3,5 %), « coopérer » et « complémentarité » (1,7 %). Sans exception, tous ces mots-clés sont associés à l’idée superficielle de mettre en relation des disciplines scolaires, et en aucun cas, à celle de mettre en relation des objets de savoir disciplinaires. Par ailleurs, nous relevons que les objets de savoir sont relégués au second plan pour le mot-clé « apprentissages » (20,2 %) où il s’agit essentiellement de donner du sens aux apprentissages (8,1 %). Cependant, nous ne pouvons nier la préoccupation de la part de certains futurs enseignants au regard des savoirs, compétences et connaissances pouvant faire l’objet d’une acquisition ou d’une mobilisation dans le cadre d’une approche interdisciplinaire. En effet, une très faible proportion d’entre eux a caractérisé l’interdisciplinarité par le mot-clé « savoirs » (8,2 %) en soulignant qu’elle consiste à apprendre des savoirs multiples (3,5 %), appréhender globalement des savoirs (1,2 %), mobiliser des savoirs pour traiter une situation (1,2 %), mobiliser des savoirs sous différents angles (0,6 %), mettre en relation des objets de savoir (0,6 %), transférer des savoirs (0,6 %) ou relier connaissances et objets de savoir (0,6 %). De même, certains ont évoqué les mots-clés « compétences » (5,2 %) et « connaissances » (4,0 %) pour indiquer que l’interdisciplinarité consiste à mobiliser une multiplicité de compétences (1,7 %), conjointement avec des connaissances (1,7 %), à relier des connaissances entre elles (1,2 %) ou encore avec des objets de savoir (0,6 %). Nos analyses révèlent toutefois que les objets de savoir (savoirs conceptuels, habiletés, stratégies, attitudes, etc.) sont rarement explicités dans les descriptions fournies.

36Au regard des formes de collaboration possibles entre les disciplines scolaires, celles que nous identifions aux configurations classiques de la pratique interdisciplinaire décrites dans le cadre conceptuel et d’analyse, seuls les mots-clés « multidisciplinarité » (1,7 %) et « transdisciplinarité » (2,3 %) ont été cités, cette dernière pour marquer l’idée que l’interdisciplinarité se distingue de la transdisciplinarité. La prédominance des mots-clés « thème » et « projet » pour caractériser l’interdisciplinarité laisse présager que la pratique interdisciplinaire est confondue avec l’approche par thème et l’approche par projet. Les expressions relatives aux mots-clés « objectifs » et « but » énoncés par ces futurs enseignants semblent confirmer cette hypothèse du fait que, si elles sont associées à la poursuite d’une pluralité d’objectifs issus de plusieurs disciplines (9,8 %), le regroupement des disciplines autour d’un même but n’a été évoqué que dans un seul cas.

37Enfin, l’interdisciplinarité serait caractérisée par d’autres mots-clés exprimés isolément comme l’« ouverture » (7,5 %), la « diversité » (8,7 %), la « richesse » (6,9 %), la « transversalité » (6,4 %), le « décloisonnement » (3,5 %) et la « complexité » (2,9 %).

3.2. Principales configurations théoriques de la pratique interdisciplinaire chez les futurs enseignants

38Parmi les 173 situations emblématiques d’une pratique interdisciplinaire énoncées par les futurs enseignants, 9 situations ont été retirées du corpus en raison de leur description trop succincte ou non contextualisée avec les objets de savoir. L’analyse de contenu réalisée sur ce corpus révèle que pour les trois quarts d’entre eux, les situations emblématiques d’une pratique interdisciplinaire se caractérisent par un degré d’intégration des objets de savoir négatif (15,9 % sont hégémoniques), nul (15,9 % sont pseudo-interdisciplinaires et 18,3 % sont holistiques), faible (19,5 % sont multidisciplinaires) ou moyen (4,9 % sont pluridisciplinaires), avec des tendances fortement similaires pour chacune des deux années (tableau 2). Seulement le quart d’entre eux a formulé des situations relevant d’un fort degré d’intégration des objets de savoir, c’est-à-dire témoignant d’une pratique interdisciplinaire au sens strict. Aucune situation énoncée ne s’inscrivait dans une perspective transdisciplinaire.

Tableau 2 : pratiques interdisciplinaires chez les futurs enseignants (N = 164)

Pratiques interdisciplinaires Fréquence Fréquence relative
Pratique multidisciplinaire 32 19,5 %
Pratique pluridisciplinaire 8 4,9 %
Pratique interdisciplinaire au sens strict 42 25,6 %
Pratique transdisciplinaire 0 0 %
Pratique pseudo-interdisciplinaire 26 15,9 %
Pratique holistique 30 18,3 %
Pratique hégémonique 26 15,9 %
Total 164 100 %

39Les extraits suivants constituent des exemples significatifs des situations emblématiques rapportées par les futurs enseignants pour chacune des configurations.

40Pour la pratique multidisciplinaire, le cas 29-MBE2-2016-2017 énonce un exemple de situation pour traiter le thème des insectes :

« Il est nécessaire de choisir une thématique centrale qui peut être abordée de différentes manières et dans différentes disciplines : français, maths, SHS, ACM, musique, etc. Il peut s’agir par exemple du thème des insectes qui est principalement développé en SN, mais qui peut être élaboré dans d’autres branches afin de faire concrètement de l’interdisciplinarité. Par exemple, en français, on peut travailler la compréhension de textes en lisant et en répondant à des extraits sur le thème des insectes. En mathématiques, on peut traiter des conversions d’unité pour parler de la taille des insectes ainsi que des grandeurs. En musique, il peut s’agir d’une chanson sur les insectes et en ACM, d’un bricolage ou d’un dessin à ce sujet ».

41Pour la pratique pluridisciplinaire, le cas 65-CCR-2016-2017 énonce un exemple de situation pour éclairer le concept de régime alimentaire sous l’angle de trois disciplines :

« On choisit d’abord un thème, puis on le décline selon les cours. Par exemple, avec les régimes alimentaires : en biologie, on peut faire une analyse de dentures et les associer à des régimes alimentaires (carnivores, omnivores, etc.) ; en histoire, on peut étudier comment l’Homme s’est nourri dans l’histoire ; en français, on peut effectuer une décomposition étymologique des mots ».

42Pour la pratique interdisciplinaire au sens strict, le cas 9-CNE-2017-2018 énonce un exemple de situation pour traiter un problème sur les dépenses énergétiques lors d’un entraînement de course à pied :

« Par exemple, on peut mélanger le sport, les sciences et les mathématiques. Durant un cours de sport, les élèves peuvent être amenés à réfléchir et à calculer leurs dépenses énergétiques. En éducation physique, ils s’entraînent à la course à pied sur de longues distances, en poursuivant l’objectif de tenir le plus longtemps possible. En sciences, ils apprennent que le corps a besoin d’énergie, et qu’il puise (dans ses ressources emmagasinées), et ils observent que durant un certain temps, ils dépensent un certain nombre de calories. En mathématiques, ils doivent réussir à calculer leur propre dépense de calories en faisant des additions, des multiplications, des divisions, et en utilisant des tableaux de correspondance ».

43Pour la pratique hégémonique,

44– le cas54- CDE-L1-2017-2018 énonce un exemple de situation dans laquelle les mathématiques s’inscrivent dans une position surplombante par rapport au français :

« Pour un cours, on pourrait demander aux élèves de créer une situation-problème en mathématiques. Dans ce cas, ils seraient amenés à travailler en mathématiques et en français. En français, il y aurait la rédaction de la situation-problème, la lecture, ainsi que la compréhension des autres situations. En mathématiques, il y aurait la création de la situation-problème avec des savoirs mathématiques et la résolution des autres situations ».

45– le cas 65-LKU-2017-2018 accorde une position surplombante au français par rapport aux langues étrangères (anglais et allemand), aux mathématiques et à la musique :

« Tout d’abord, il faut savoir que notamment “le français”, en tant que branche scolaire, influence la réussite des autres branches. Le fait d’apprendre à lire et à comprendre des textes (en particulier des consignes) aide à faire un exercice ou à résoudre un problème de mathématiques. On retrouve la langue française dans toutes les branches. Donc, si on a de la facilité en français, cela sera déjà un plus pour l’acquisition de nouvelles connaissances et savoirs dans les autres branches. Par exemple, si on veut faire apprendre une chanson en anglais ou en allemand à notre classe. Aussi, il est important de travailler avant tout la compréhension générale de texte d’une chanson et peut être aussi, de ce fait, apprendre du nouveau vocabulaire avant de rentrer à proprement dit dans l’apprentissage de la chanson (rythme, prononciation, paroles, etc.). Ici, je mets en relation la musique et l’apprentissage des langues étrangères (allemand et anglais) ».

46– le cas 76-CME-2017-2018 accorde une position surplombante au français par rapport à l’histoire :

« Dans le cadre du cours d’histoire, demander aux élèves de former des groupes et de traiter un thème. Les élèves doivent faire des recherches sur le thème dans le but de le présenter à leurs camarades par la suite. Préparer une présentation orale, tout en faisant attention aux aspects du français : grammaire, syntaxe, orthographe, etc. De ce fait, les élèves apprennent un nouveau thème d’histoire par eux-mêmes. On peut les rendre autonomes, les faire travailler en coopération/collaboration tout en leur faisant appliquer les points grammaticaux, syntaxiques et orthographiques appris lors des leçons de français ».

47Pour la pratique pseudo-interdisciplinaire,

48– le cas 86-AAE-2017-2018 énonce un exemple de situation dans laquelle la participation des élèves à un jeu de société sert de prétexte et seul fil conducteur à un enseignement cloisonné de plusieurs disciplines scolaires :

« Lors d’un jeu de plateau, le jeu de l’oie, les élèves sont appelés à répondre à des questions liées à différentes matières, lorsque leur jeton tombe sur une case particulière. Par exemple, l’élève 1 fait 6 bonds et tombe sur le rouge (les mathématiques). Il pioche une carte de la même couleur et doit répondre à la question : combien fait 3 X 6 ? L’élève 2 fait 3 bonds et tombe sur le vert (la géographie). Il tire une carte verte et doit répondre à la question : quelle est la montagne la plus haute de la Suisse ? Ce n’est pas un jeu où l’on apprend en abordant plusieurs branches en même temps, mais pour réviser divers contenus. Les questions posées sont des questions déjà abordées en cours ».

49– le cas 15-MLA-2017-2018 énonce un exemple de situation dans laquelle des objets de savoir incohérents entre eux en histoire, en allemand et en mathématiques sont présentés de manière hétéroclite :

« Concrètement, il faudrait abolir les frontières (périodes) qui séparent les branches et faire des projets de classe utilisant de manière mélangée les branches en question. Par exemple, le mercredi matin, on fait un cours d’histoire, d’allemand et de mathématiques. L’interdisciplinarité consiste à étudier l’histoire de l’effet de poulie et son évolution, des inventions allemandes et l’histoire de l’Allemagne avec ses innovations. Au lieu de garder cela seulement sur un mixte de branches sur une matinée, on pourrait multiplier les possibilités en choisissant toutes les branches de la semaine de manière à former toutes sortes de projets, et à combiner toutes les possibilités de branches ».

50Pour la pratique holistique, le cas 78-MPI-2017-2018 énonce un exemple de situation dans laquelle des objets de savoir de six disciplines scolaires sont fusionnés :

« Je pense qu’il est important si cela est possible d’aborder les mêmes thèmes dans différentes matières. Par exemple, un thème d’histoire peut aussi être utilisé comme thématique dans un problème de maths ou comme sujet pour l’AV et l’ACM. Il est possible de faire un rallye dans la vieille ville avec des postes. Ainsi, on travaillerait la course d’orientation, d’autres objectifs de sport à travers les postes, les ateliers pourraient également être composés de questions de maths, français... Finalement, l’histoire et la géographie sont également à travailler à travers la découverte de la vieille ville ».

51Les situations emblématiques énoncées par les futurs enseignants sont essentiellement structurées autour des objets de savoir disciplinaires (tableau 3). Deux disciplines de prédilection sont retenues pour exemplifier ces situations : le français et les mathématiques dans respectivement 75,3 % et 66,7 % des cas. Ces disciplines sont suivies des sciences humaines et sociales avec la géographie et l’histoire interpellées respectivement dans 49,4 % et 38,9 % des cas, des sciences de la nature dans 44,4 % des cas, et des arts visuels interpellés par le tiers d’entre eux. Quant aux autres disciplines, elles sont interpellées dans des proportions beaucoup plus faibles, voire même nulles pour la citoyenneté et l’éthique et cultures religieuses. Ces tendances sont fortement similaires pour chacune des deux années. Quant aux objets de savoir issus des capacités transversales rapportés dans 20,1 % des cas, ils touchent quasi exclusivement la collaboration (9,3 % des cas) et la communication (6,2 % des cas). Enfin, les objets de savoir issus de la formation générale rapportés dans 14 % des cas touchent essentiellement la thématique Éducation en vue d’un développement durable (6,8 % des cas) et la thématique Médias, images, technologies de l’information et de la communication (MITIC) (3,7 des cas).

Tableau 3 : nature des objets de savoir structurant les situations emblématiques (N = 164)

Catégories d’objets de savoir Fréquence Fréquence relative
A. Objets de savoir disciplinaires
1. Français (langue première) 122 75,3 %
2. Mathématiques 108 66,7 %
3. Géographie 80 49,4 %
4. Sciences de la nature 72 44,4 %
5. Histoire 63 38,9 %
6. Arts visuels 53 32,7 %
7. Allemand (langue seconde) 33 20,4 %
8. Éducation physique 32 20,4 %
9. Activités créatrices et manuelles 24 14,8 %
10. Éducation nutritionnelle 23 14,2 %
11. Musique 19 11,7 %
12. Anglais (langue tierce) 16 9,9 %
13. Citoyenneté 0 0 %
14. Éthique et cultures religieuses 0 0 %
B. Objets de savoir issus des capacités transversales 33 20,1 %
C. Objets de savoir issus des thématiques de la formation générale 23 14,0 %

52Le tableau 4 présente le nombre de disciplines scolaires structurant les situations emblématiques. Il apparaît que les pratiques pseudo-interdisciplinaire, multi- et pluridisciplinaire se caractérisent par une mobilisation multiple des disciplines scolaires (de 2 à 7 disciplines), laquelle se traduit par un éclatement des objets de savoir dans les situations. Pour les pratiques interdisciplinaires au sens strict, holistique et hégémonique, elles impliquent une mobilisation plutôt restreinte de disciplines (de 2 à 4 disciplines). Les situations emblématiques de la pratique interdisciplinaire au sens strict sont formulées autour d’un nombre restreint d’objets de savoir et les relations entre ces derniers sont mieux explicitées que dans les autres configurations. Enfin, quant aux pratiques hégémonique et holistique, la tendance est similaire à la précédente, mais pour des raisons différentes : si pour la première, c’est le rapport de domination qui conduit à privilégier quasi exclusivement des objets de savoir dans une discipline particulière plutôt que dans d’autres, pour la seconde c’est souvent l’absence d’objets de savoir clairement identifiés qui est en cause.

Tableau 4 : nombre de disciplines scolaires structurant les situations emblématiques (N = 164)

Pratiques interdisciplinaires Fréquence et fréquence relative
2 à 4 disciplines 5 à 7 disciplines 8 disciplines et plus
Pratique multidisciplinaire 62,5 % (20/32) 37,5 % (12/32) 0 % (0/32)
Pratique pluridisciplinaire 50 % (4/8) 50 % (4/8) 0 % (0/8)
Pratique interdisciplinaire au sens strict 76,2 % (33/42) 16,7 % (7/42) 4,8 % (2/42)
Pratique pseudo-interdisciplinaire 61,5 % (16/26) 23,1 % (6/26) 15,4 % (4/26)
Pratique holistique 76,7 % (23/30) 23,3 % (7/30) 0 % (0/30)
Pratique hégémonique 73,3 % (22/26) 11,5 % (3/26) 3,8 % (1/26)
Total 118/164 39/164 7/164

4. Discussion et conclusion

53L’objectif de cet article était de décrire la manière avec laquelle 173 futurs enseignants suisses du primaire se représentent la pratique interdisciplinaire. L’analyse lexicométrique a mis en évidence la prédominance d’une idée générale et superficielle dans l’évocation d’expressions associées à neuf mots-clés (liens, mélanger, relier, collaborer, interaction, intégrer, connecter, coopérer, complémentarité) destinés à qualifier la nature des relations entre des objets au sein d’une approche interdisciplinaire : la majorité des expressions associées à ces mots-clés décrivent des relations entre des disciplines scolaires plutôt qu’entre des objets de savoir. Par ailleurs, cette analyse a mis en exergue une occurrence très élevée des mots-clés « thème » et « projet » pour définir l’interdisciplinarité, ce qui conduit à penser que la plupart des futurs enseignants confondent entre approche interdisciplinaire et deux autres approches intégratives : l’approche par thème et l’approche par projet. Les situations emblématiques proposées par ces futurs enseignants relèvent pour la moitié d’entre eux, de pratiques hégémonique, pseudo-interdisciplinaire ou holistique dont le degré d’intégration des objets de savoir est négatif ou nul, et pour le quart d’entre eux, de pratiques multidisciplinaire ou pluridisciplinaire dont le degré d’intégration des objets de savoir est faible ou moyen. Seulement le quart d’entre eux conçoit la pratique interdisciplinaire en tant qu’interdisciplinarité au sens strict.

54De manière à éviter le cloisonnement disciplinaire, le PER (Plan d’études romand) propose, dès le premier cycle du primaire, de développer la culture scientifique et linguistique de tous les élèves en recourant à un travail intégratif : « Le travail très intégratif, souvent autour d’un thème et largement répandu dans les classes de 1re et 2e années du cycle 1, a montré tout son intérêt et son adéquation aux élèves de cet âge. C’est par ce biais que la première partie du cycle va pleinement remplir sa mission et permettre de construire les apprentissages fondamentaux et fondateurs de la scolarité. » (CIIP, 2010, p. 24). De notre point de vue, cette déclaration constitue un risque de dérive important en réduisant l’approche interdisciplinaire à une variante des pédagogies actives, en particulier la pédagogie par thème et la pédagogie par projet qui véhiculent implicitement une conception éclatée et cumulative du savoir si elles ne sont pas bien maîtrisées (Lenoir & Sauvé, 1998c ; Fourez, Maingain & Dufour, 2002).

  • 8 En particulier, nous avons constaté que les objets de savoir des arts visuels et des activités cré (...)

55À la lumière des définitions de l’interdisciplinarité au sens strict développées par Fourez et Lenoir, les futurs enseignants démontrent une compréhension partielle de cette approche. Nous pouvons expliquer la forte présence de situations emblématiques marquées par une identification floue des contributions disciplinaires ou par une absence des considérations épistémologiques8 des disciplines scolaires par le fait que les cours de didactiques disciplinaires ont lieu à partir de la deuxième année de la formation. Néanmoins, nous nous interrogeons, à propos du potentiel du dispositif des « Semaines interdisciplinaires thématiques » sur le développement des compétences à l’enseignement interdisciplinaire, un dispositif de formation particulier de notre institution pour lequel les étudiants devraient normalement recevoir des prestations interdisciplinaires. Les descriptions synoptiques de ces « Semaines » sur le site institutionnel laissent présager qu’il pourrait également y avoir une grande diversité de représentations de l’interdisciplinarité chez les formateurs. Si « la plupart des auteurs déplorent le flou conceptuel qui règne dans le milieu de l’éducation et soulignent que cette confusion nuit à la mise en œuvre de l’interdisciplinarité au sens strict » (Fourez, Maingain & Dufour, 2002, p. 30), la mise en lumière des configurations théoriques de la pratique interdisciplinaire est une condition nécessaire à la formation des enseignants, mais elle n’est pas suffisante. Elle doit s’accompagner d’une solide formation aux didactiques disciplinaires.

56Nous pensons que l’interdisciplinarité au sens strict ne peut survenir que si elle ouvre l’accès « aux paradigmes disciplinaires, chacun étant original par le fonctionnement du langage qui y prévaut et par les formes de raisonnement qui y sont valides. » (Astolfi, 2008, p. 32). À propos du fonctionnement du langage propre aux disciplines, nous partageons le point de vue de Wittgenstein qui considère la spécificité des jeux de langage de différents acteurs pour rendre intelligibles des phénomènes de la réalité lorsqu’il affirme que « chaque jeu de langage a un emploi en tant qu’il est relié à une forme de vie, c’est-à-dire à un comportement effectif dans une situation » (1961, p. 147). Cela rejoint aussi les préoccupations de plusieurs chercheurs (Bernié, 2002 ; Jaubert, Rebière & Bernié, 2004 ; Marlot & Roy, 2018) quant à l’importance de mettre en place des « communautés discursives disciplinaires scolaires » en classe afin que tous les acteurs (enseignant et élèves) puissent partager certaines manières de penser-agir-parler propres à des disciplines scolaires spécifiques. D’un point de vue des pratiques langagières, on peut dire que faire entrer les élèves dans une démarche interdisciplinaire, c’est leur donner l’occasion de développer le langage interdisciplinaire, langage qui ne peut s’exercer sans une maîtrise appropriée de la langue des disciplines.

57Lors de nos analyses, nous avons constaté que le phénomène de stratification des matières scolaires chez les enseignants du primaire au Québec mis en lumière par Lenoir et al. (2000) à travers plusieurs enquêtes menées dans les années 1990 semble se reproduire dans le contexte suisse. Comme le montre le tableau 5, l’ordre hiérarchique d’importance des disciplines scolaires dans le contexte québécois est sensiblement le même que dans le contexte suisse.

Tableau 5 : stratification des disciplines scolaires au Québec et en Suisse

Contexte québécois* - Recherche CRSH (1997) Contexte suisse - Présente enquête
Français (langue première)
Mathématiques
Sciences humaines
Sciences de la nature
Anglais (langue seconde)
Éducation physique
Formation personnelle et sociale
Arts plastiques
Enseignement moral
Musique
Art dramatique
Danse
Enseignement religieux
Français (langue première)
Mathématiques
Sciences humaines et sociales (géographie et histoire)
Sciences de la nature
Arts visuels
Éducation physique
Allemand (langue seconde)
Activités créatrices et manuelles (ACM)
Éducation nutritionnelle
Anglais (langue tierce)
Éthique et cultures religieuses

*Source : Lenoir et al. (2001, p. 490)

58Dans la phase introductive de cet article, nous avons plaidé pour la nécessité d’une formation à l’interdisciplinarité scolaire (Lenoir, 1995, 1997, 2003), laquelle peut être appréhendée en tant que compétence à mettre en relation, de manière dynamique, l’interdisciplinarité curriculaire, l’interdisciplinarité didactique et l’interdisciplinarité pédagogique. Mais une autre forme d’interdisciplinarité s’avère centrale dans la professionnalisation des enseignants. Il s’agit de l’interdisciplinarité professionnelle qui se situe au niveau du cursus de formation, et qui concerne les spécificités et les modalités de mise en place des dispositifs de formation des enseignants. Dans un document récent s’intitulant Caractéristiques du type haute école pédagogique (Swissuniversities, 2017a) en lien avec la Stratégie 2017–2020 de la Chambre des Hautes écoles pédagogiques visant à caractériser les Hautes écoles pédagogiques (HEP) en Suisse, on accorde une priorité à l’interdisciplinarité professionnelle dans la formation initiale et continue des enseignants en rappelant que ces institutions de formation doivent privilégier autant que possible « une association entre les sciences de l’éducation, les sciences sociales, les disciplines d’enseignement, les didactiques disciplinaires et la pratique professionnelle », et que leurs prestations interdisciplinaires doivent inclure « avec une égale importance les sciences humaines et expérimentales, l’éducation esthétique et physique, la transmission d’attitudes éthiques et le transfert des savoir-faire pratiques » (Swissuniversities, 2017 b, p. 5). Cette orientation n’est pas spécifique à la Suisse. Elle rejoint les préoccupations du ministère de l’Éducation du Québec, qui au début des années 2000, lors de la refonte des curriculums, soulignait que « la logique disciplinaire ne devrait […] plus être dominante dans le développement des programmes de formation à l’enseignement ayant une visée de professionnalisation » (Gouvernement du Québec, 2001, p. 215). Et il ajoutait que « le projet de professionnalisation a pour objet de promouvoir une formation intégrée. Former un maître n’est pas seulement soumettre une étudiante ou un étudiant à un agrégat de cours sans liens entre eux et sans lien avec la profession à exercer. Articuler n’est pas juxtaposer et organiser la formation de telle sorte que ces différentes composantes soient vues, de façon concomitante, durant la même année, ne garantit aucunement une intégration des savoirs » (ibid., p. 25). Si la prise en compte de l’interdisciplinarité professionnelle au niveau institutionnel nous apparaît nécessaire, nous sommes conscients qu’elle est très exigeante, car elle implique une réflexion approfondie de la part de l’ensemble des formateurs institutionnels sur le concept de formation professionnalisante intégrée. Une telle formation devrait conduire à l’établissement de liens de complémentarité ou de coopération, d’interpénétrations ou d’actions réciproques entre divers aspects (finalités, objectifs de formation, concepts disciplinaires et didactiques, etc.), en vue de favoriser l’intégration des savoirs professionnels chez les futurs enseignants, d’une part, et le développement de leurs compétences à mettre en œuvre une véritable interdisciplinarité scolaire, d’autre part. Comme le soulignent Hasni, Bousadra et Poulin « les institutions de formation ne peuvent ignorer cette question en continuant elles-mêmes à fonder la formation qu’elles offrent exclusivement sur des perspectives disciplinaires cloisonnées » (2012, p. 151).

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Bibliographie

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Annexe

Annexe

Mots-clés et expressions retenus par les futurs enseignants pour caractériser la pratique interdisciplinaire

Mots-clés Exemples d’expressions associées aux mots-clés Fréquence (N = 173) Fréquence relative
1. Disciplines 139 80,3 %
Des disciplines multiples *Plusieurs branches*Plusieurs disciplines*Plusieurs matières*Plusieurs domaines* 70 40,5 %
Des disciplines à travailler dans une même tâche, activité, leçon, etc. *Plusieurs branches peuvent apparaitre pour une même activité*Plusieurs branches travaillées pour un même travail*Mixer plusieurs disciplines scolaires dans une même leçon*Peut-être une seule séquence, mais dans laquelle plusieurs disciplines sont traitées*Plusieurs disciplines dans une activité, période, séquence*Un projet faisant intervenir plusieurs disciplines dans sa réalisation répondant à une QSSV* 22 11,6 %
Des disciplines à travailler autour d’un même thème *Travailler un thème qui réunit plusieurs disciplines*Thème touchant plusieurs branches*Partir d’un thème dans une branche pour en expliquer un autre dans une autre branche*Aborder un thème dans une branche et faire des liens avec d’autres branches scolaires*Approcher un thème de différentes manières en le liant à différentes matières*Lier plusieurs branches lorsque l’on traite d’un thème*Thème réunissant plusieurs branches à l’aide d’une problématique*Profiter d’un thème pour étudier plusieurs disciplines scolaires* 19 11,0 %
Des disciplines à travailler en même temps ou en parallèle *Plusieurs branches enseignées en même temps*Plusieurs branches traitées en même temps, dans une même leçon*Plusieurs branches étudiées en même temps*Travailler plusieurs disciplines pas en parallèle et en les séparant, mais en même temps*En même temps, combiner ensemble et étudier plusieurs matières*Regrouper différentes disciplines autour d’un même but et d’un même objectif en même temps*Plusieurs disciplines en parallèle*Plusieurs disciplines en même temps ou en parallèle* 14 8,1 %
Des disciplines à travailler de manière décloisonnée *Plus de séparation entre les matières*Branches non isolées*Pas une branche unique *Ne pas travailler branche par branche *Ne pas scinder chaque cours selon les différentes matières *Décloisonnement des branches*Pas de frontières/barrières *Faire abstraction des frontières entre les branches*Décloisonnement de la grille horaire* 14 8,1 %
2. Liens 107 61,8 %
Mot « liens » ou expression équivalente *Liens*Mettre en lien*Faire des liens*Créer des liens*Lier* 61 35,3 %
Établir des liens entre des disciplines *Faire des liens entre les différentes branches*Branches utiles l’une à l’autre, mise en relation*Liens avec d’autres disciplines*Mettre en lien plusieurs disciplines* 41 24,7 %
Établir des liens entre des objets de savoirs ou des connaissances *Faire le lien entre différents contenus*Faire des liens entre différentes connaissances* 2 1,2 %
Établir des liens entre des activités *Activités en lien entre elles* 1 0,6 %
Établir des liens entre des thématiques *Mettre en lien des thématiques, les aborder sous plusieurs angles plutôt que sous un seul* 1 0,6 %
Établir des liens entre des cours *Faire des liens entre les cours (sans séparer chaque branche l’une de l’autre* 1 0,6 %
3. Thème 50 28,9 %
Mot « thème » ou expression équivalente *Thème*Thème général*Thème commun*Thème central*Thématique* 18 10,4 %
Thème traité sous l’angle de plusieurs disciplines scolaires *Travailler un même thème dans plusieurs disciplines*Approcher un thème en liant à différentes matières*Aborder un thème dans une branche et faire des liens avec d’autres branches*Partir d’un thème dans une branche pour en expliquer un autre dans une autre branche* 16 9,2 %
Thème traité sous plusieurs aspects, angles, perspectives, etc. *Thème permettant de travailler différents aspects*Approcher un thème de différentes manières*Explorer des thèmes sous plusieurs angles*Regarder un thème sous différentes perspectives* 7 4,0 %
Thème traité pour apprendre des disciplines scolaires *Utiliser un thème pour étudier plusieurs disciplines scolaires*Profiter d’un thème pour étudier plusieurs disciplines scolaires* 3 1,7 %
Thème traité dans sa globalité *Se donner une vision plus globale sur un thème*Regarder de manière globale un thème* 2 1,2 %
Thème traité dans la continuité *Thème sur une plus ou moins longue période*Un seul thème, projet dans la continuité* 2 1,2 %
Thème traité par une problématique *Un thème réunissant plusieurs branches à l’aide d’une problématique* 1 0,6 %
Thème traité sous l’angle des objectifs du PER *Travailler des objectifs de différentes branches, mais tous les lier par un même thème* 1 0,6 %
4. Projet 50 28,9 %
Mot « projet » ou expression équivalente *Projet*Travail en projet*Travailler par projet*Faire des projets*Pédagogie de projet* 30 17,3 %
Projet mobilisant plusieurs disciplines scolaires *Projet faisant intervenir plusieurs disciplines dans sa réalisation*Plusieurs disciplines intégrées dans un même projet*Réaliser un projet commun entre plusieurs matières*Projet interdisciplinaire* 10 5,8 %
Projet réalisé dans la continuité *Un seul thème, projet dans la continuité*Projet à long terme* 3 1,7 %
Projet impliquant les élèves, la classe, l’école *Un projet de la classe, de l’école*Une sorte de projet ou non que l’on fait avec les élèves* 3 1,7 %
Projet mobilisant des objets de savoir ou des connaissances *On arrête de catégoriser les savoirs et savoir-faire et on considère leur apport à un projet*Projet mobilisant des connaissances acquises dans plusieurs disciplines* 2 1,2 %
Projet englobant des objectifs du PER *Projet qui doit englober plusieurs objectifs de différentes disciplines du PER* 1 0,6 %
Projet traité sous plusieurs angles *Projet traité sous plusieurs, tous les angles* 1 0,6 %
5. Sens 35 20,2 %
Mot « sens » ou expression équivalente *Sens*Donner du sens *Sens pour les élèves *Créer du sens*Porteur de sens* 19 11,0 %
Donner du sens aux apprentissages *Donner du sens aux apprentissages en n’apprenant pas la matière pour la matière *Sens à l’apprentissage*Sens aux apprentissages*Sens des apprentissages*Avoir du sens dans les apprentissages* 14 8,1 %
Sens dans la réalité quotidienne *Partage d’activités qui ont du sens dans la réalité de la vie de tous les jours* 1 0,6 %
Donner du sens aux objets de savoir *Donner du sens aux savoirs* 1 0,6 %
6. Mélanger 35 20,2 %
Mot « mélanger » ou expression équivalente *Mélanger*Mélange*Mixer*Entremêler* 19 11,0 %
Mélanger des disciplines *Disciplines mélangées*Mélange de plusieurs branches*Mélange de différentes matières*Mixer plusieurs branches scolaires ensemble*Entremêler les branches en vue d’apprentissages pluriels* 16 9,2 %
7. Apprentissages 29 16,8 %
Donner du sens aux apprentissages *Donner du sens aux apprentissages en n’apprenant pas la matière pour la matière*Sens à l’apprentissage*Sens aux apprentissages*Sens des apprentissages*Avoir du sens dans les apprentissages* 14 8,1 %
Apprentissages multiples *Apprentissages multiples*Entremêler les branches en vue d’apprentissages pluriels*Apprendre plein de choses sans vraiment s’en rendre compte*Apprendre plusieurs choses en même temps*Il n’y a pas que des objectifs sur les capacités-apprentissage des élèves, mais également sur les aspects sociaux* 5 2,9 %
Continuité des apprentissages *Continuité des apprentissages*Continuité des apprentissages intégrés dans diverses branches*Évolution des apprentissages* 3 1,7 %
Utilité des apprentissages *Utilité dans les apprentissages*Un apprentissage qui se fait en plus de ce qui est programmé à l’école. Ce qu’on nous apprend nous est utile* 2 1,2 %
Opportunité d’apprentissage *Favorise l’apprentissage*Occasion d’apprendre* 2 1,2 %
Apprendre en mélangeant des branches *On mélange différentes branches pour un apprentissage* 1 0,6 %
Apprendre un thème *Apprentissage d’un ou de plusieurs thèmes* 1 0,6 %
Apprendre des savoirs de plusieurs disciplines *Apprendre en une ou plusieurs activités des savoirs de différentes disciplines* 1 0,6 %
Relier des connaissances *Relier ses connaissances et apprentissages* 1 0,6 %
8. Relier 22 12,7 %
Mot « relier » ou expression équivalente *Relier*Relation *Mettre en relation* 6 3,5 %
Relier des disciplines scolaires *Plusieurs disciplines scolaires sont reliées à un même sujet*Relations entre disciplines scolaires (liens visibles et invisibles)*Mettre en lien, en relation plusieurs disciplines scolaires entre elles* 12 6,9 %
Relier des connaissances ou des objets de savoir *Relier ses connaissances et apprentissages*Mise en relation de savoirs et de savoir-faire* 2 1,2 %
Relier des idées *Idées reliées entre elles* 1 0,6 %
9. Ouverture 18 10,4 %
Mot « ouverture » * Ouverture* 13 7,5 %
Ouverture d’esprit *Ouverture d’esprit. S’ouvrir au monde qui nous entoure* 5 2,9 %
Ouverture aux disciplines scolaires *Ouverture sur plusieurs disciplines*Ouverture aux branches scolaires* 2 1,2 %
Ouverture sur des objets de savoir *Ouverture du champ des savoirs* 1 0,6 %
10. Objectifs 17 9,8 %
Objectifs issus de plusieurs disciplines *Objectifs correspondants à plusieurs disciplines*Objectifs de divers domaines traités en parallèle*Objectifs différents selon la matière*Travailler des objectifs de différentes branches* 11 6,4 %
Objectifs multiples *Plusieurs objectifs* 3 1,7 %
Objectifs variés *Il n’y a pas que des objectifs sur les capacités-apprentissage des élèves, mais également sur les aspects sociaux*Objectifs transversaux*Objectifs variés* 3 1,7 %
11. Diversité 15 8,7 %
Mot « diversité » ou expression équivalente *Diversité*Diversifier*Variété*
12. Savoirs 14 8,2 %
Apprendre des savoirs multiples *Meilleure assimilation des savoirs*Apprendre en une ou plusieurs activités des savoirs de différentes disciplines*Ouverture du champ des savoirs*Enrichir son savoir sur plusieurs points différents*Multi-savoirs*Savoir-être* 6 3,5 %
Appréhender des savoirs dans leur globalité *Prendre les savoirs, les savoir-faire, les savoir-être dans son ensemble*On arrête de catégoriser les savoirs et savoir-faire et on considère leur apport à un projet* 2 1,2 %
Mobiliser des savoirs pour traiter une situation *Traiter quelque chose en employant différents savoirs, savoir-faire, etc.*Savoirs mis en jeu dans une même leçon* 2 1,2 %
Mobiliser des savoirs sous différents angles *Aborder des savoirs sur différents plans, selon différents angles* 1 0,6 %
Mettre en relation des objets de savoirs *Mettre en relation savoirs et savoir-faire* 1 0,6 %
Transférer des savoirs *Transposition de savoirs* 1 0,6 %
Relier connaissances et objets de savoir *Lier des nouvelles connaissances à un savoir d’une autre branche* 1 0,6 %
13. Richesse 12 6,9 %
Mot « richesse » ou expression équivalente *Richesse*Riche*Enrichir*Enrichissant*Enrichissement*
14. Transversalité 11 6,4 %
Mot « transversal » ou expression équivalente *Transversal*Transversalité* 5 2,9 %
Capacités transversales *Implication des disciplines transversales* 2 1,2 %
Activités transversales *Activités transversales* 1 0,6 %
Compétences transversales *Compétences transversales* 1 0,6 %
Objectifs transversaux *Objectifs transversaux* 1 0,6 %
15. Compétences 9 5,2 %
Mot « compétences » *Compétences* 2 1,2 %
Multiplicité de compétences *Plusieurs compétences où les élèves sont conscients ou non *Proposer une activité qui touche à plusieurs domaines et/ou compétences*Compétences transversales* 3 1,7 %
Mobiliser conjointe de connaissances et de compétences *Utiliser ses connaissances dans une discipline pour développer des compétences dans une autre*Plusieurs compétences et connaissances à mobiliser conjointement* 2 1,2 %
Mobiliser de compétences complémentaires autour d’un but commun *Mobiliser des compétences autour d’un but commun* 1 0,6 %
Échanger ses compétences *Échanger ses compétences* 1 0,6 %
16. Collaborer 9 5,2 %
Mot « collaborer » ou expression équivalente *Collaborer*Collaboration * 6 3,5 %
Collaboration de plusieurs personnes *Plusieurs professionnels différents collaborent*Travail de groupe : collaboration, permet de voir et d’avoir les différents avis de chacun* 1 0,6 %
Collaboration de disciplines scolaires *Collaborer avec plusieurs branches* 1 0,6 %
I7. Interaction 9 5,2 %
Mot « interaction » *Interaction* 6 3,5 %
Interaction entres disciplines *Tout est relié : une discipline interagit et est connectée avec les autres*Des disciplines interagissent entre elles de manière très proche ou plus éloignée* 3 1,7 %
18. Intégrer 8 4,6 %
Intégration des disciplines scolaires *Plusieurs disciplines intégrées dans un cours*Intégrer plusieurs disciplines scolaires*Intégrer dans une même leçon diverses disciplines*Plusieurs disciplines intégrées dans une même activité*
19. Échanger 7 4,0 %
Mot « échanger » *Échanger* 6 3,5 %
Échanger des compétences *Échanger ses compétences* 1 0,6 %
20. Connaissances 7 4,0 %
Mot « connaissances » *Connaissances* 1 0,6 %
Mobiliser des connaissances et des compétences *Mobilisation de connaissances acquises issues de plusieurs disciplines*Utiliser ses connaissances dans une discipline pour développer des compétences dans une autre*Plusieurs compétences et connaissances à mobiliser conjointement* 3 1,7 %
Relier des connaissances *Relier ses connaissances et apprentissages*Faire des liens entre différentes connaissances 2 1,2 %
Relier connaissances et objets de savoir *Lier des nouvelles connaissances à un savoir d’une autre branche* 1 0,6 %
21. Fil rouge 7 4,0 %
Mot « Fil rouge » *Fil rouge*
22. Décloisonner 6 3,5 %
Décloisonner des disciplines scolaires *Décloisonnement des branches*Décloisonnement de la grille horaire*
23. Connecter 6 3,5 %
Connecter des disciplines scolaires *Connexion de plusieurs domaines*Tout est relié : une discipline interagit et est connectée avec les autres. Les disciplines s’influencent mutuellement*Pour moi l’interdisciplinarité signifie « connexion » *Faire des connexions entre des différentes disciplines scolaires* 4
Connecter des aspects d’une situation *Interconnexion*Traiter un sujet dans des situations différentes. Connecter avec d’autres aspects* 2 1,2 %
24. Complexe 5 2,9 %
Mot « complexe » ou expression équivalente *Complexe*Complexité* 3 1,7 %
Représenter la complexité *Complexité des choses de la vie, de ce qui nous entoure* 1 0,6 %
Mise en place complexe *Complexe à mettre en place* 1 0,6 %
25. Motiver 5 2,9 %
Mot « motiver » ou expression équivalente *Motiver*Motivant*Motivation*
26. Transdisciplinarité 4 2,3 %
Mot « transdisciplinarité » ou équivalent *Transdisciplinarité*Transdisciplinaire* 2 1,2 %
Une approche qui se distingue de la transdisciplinarité *Différence avec quelque chose qui serait transdisciplinaire ? *Interdisciplinarité et non transdisciplinarité* 2 1,2 %
27. Point de vue 4 2,3 %
Multiplicité de points de vue *Plusieurs points de vue*Traiter un sujet au travers de différents points de vue différents*
28. But 4 2,3 %
Mot « but » *But* 2 1,2 %
Complémentarité de compétences pour atteindre un but commun *Compétences de chacun pour arriver à un but commun* 1 0,6 %
Regrouper des disciplines autour d’un même but *Regrouper différentes disciplines autour d’un même but* 1 0,6 %
29. Coopérer 3 1,7 %
Mot « coopérer » ou expression équivalente *Coopérer*Coopération*
30. Complémentarité 3 1,7 %
Mot « complémentarité » *Complémentarité* 1 0,6 %
Complémentarité des disciplines scolaires *Complémentarité des disciplines*Des disciplines qui sont complémentaires* 2 1,2 %
31. Multidisciplinarité 3 1,7 %
Mot « multidisciplinarité » ou équivalent *Multidisciplinarité*Multidisciplinaire*
33. Toile d’araignée 3 1,7 %
Mot « toile d’araignée » *Toile d’araignée*
33. Schéma heuristique 3 1,7 %
Mot « schéma heuristique » *Schéma heuristique*
34. Problématique 1 0,6 %
Une problématique structurant un thème mobilisant plusieurs disciplines *Un thème réunissant plusieurs branches à l’aide d’une problématique*
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Notes

1 L’interdisciplinarité scolaire se réfère aux conditions et modalités de mise en place des dispositifs d’enseignement des disciplines scolaires dans une perspective intégrative. Elle se situe au niveau de la classe.

2 Il s’agit de façons extraordinaires de penser qui ne peuvent être accessibles par le sens commun.

3 Kuhn distingue quatre composantes de la matrice disciplinaire : 1) les lois scientifiques et leur formalisation ; 2) la conception du monde et les procédés heuristiques ; 3) les valeurs qui soudent le groupe des chercheurs ; 4) le modèle de résolution des problèmes.

4 Cette typologie exclut l’intradisciplinarité qui consiste à établir des relations entre des objets d’une même discipline.

5 Par objets de savoir, nous entendons les objets disciplinaires permettant de caractériser les disciplines scolaires (compétences, approches, méthodes, procédures, démarches, concepts, habiletés, techniques, attitudes, etc.) et les objets transversaux comme les capacités transversales et ceux issus des différentes thématiques de la formation générale.

6 Ces évènements ne correspondent pas nécessairement aux étapes-clés des processus biologiques.

7 Cet article s’inscrit dans le cadre d’une enquête plus large poursuivant plusieurs autres objectifs spécifiques de recherche et mobilisant d’autres modalités de recueil.

8 En particulier, nous avons constaté que les objets de savoir des arts visuels et des activités créatrices et manuelles sont très souvent réduits à la décoration d’objets divers, à la réalisation de dessins ou de bricolages.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 : trois niveaux organisationnels de l’interdisciplinarité scolaire
Crédits (Lenoir, 2003)
URL http://journals.openedition.org/rdst/docannexe/image/2282/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 236k
Titre Fig. 2 : les pôles de la représentation de la pratique interdisciplinaire
Crédits (Lenoir, Larose & Laforest, 2001, p. 72)
URL http://journals.openedition.org/rdst/docannexe/image/2282/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 147k
Titre Fig. 3 : sept configurations théoriques possibles de la pratique interdisciplinaire selon le niveau d’intégration des objets de savoir
URL http://journals.openedition.org/rdst/docannexe/image/2282/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 488k
Titre Fig. 4 : configuration de la multidisciplinarité
URL http://journals.openedition.org/rdst/docannexe/image/2282/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 110k
Titre Fig. 5 : configuration de la pluridisciplinarité
URL http://journals.openedition.org/rdst/docannexe/image/2282/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 78k
Titre Fig. 6 : configuration de l’interdisciplinarité au sens strict
URL http://journals.openedition.org/rdst/docannexe/image/2282/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 108k
Titre Fig. 7 : configuration de la transdisciplinarité
URL http://journals.openedition.org/rdst/docannexe/image/2282/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 77k
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Pour citer cet article

Référence papier

Patrick Roy, Yves Schubnel et Chrystel Schwab, « Les représentations de la pratique interdisciplinaire chez de futurs enseignants suisses du primaire »RDST, 19 | 2019, 49-85.

Référence électronique

Patrick Roy, Yves Schubnel et Chrystel Schwab, « Les représentations de la pratique interdisciplinaire chez de futurs enseignants suisses du primaire »RDST [En ligne], 19 | 2019, mis en ligne le 12 novembre 2019, consulté le 10 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/rdst/2282 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rdst.2282

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Auteurs

Patrick Roy

Haute école pédagogique Fribourg, UR Enseignement et apprentissage des disciplines scientifiques (EADS), Suisse

Yves Schubnel

Haute école pédagogique Fribourg, UR Enseignement et apprentissage des disciplines scientifiques (EADS), Suisse

Chrystel Schwab

Haute école pédagogique Fribourg, UR Enseignement et apprentissage des disciplines scientifiques (EADS), Suisse

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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