Amaré, S., Durual, A., Fournier, J., Joly, B. et Maistre, P. (dir.). (2018). Le tutorat dans la recherche-action : un dispositif à disposition
Amaré, S., Durual, A., Fournier, J., Joly, B. et Maistre, P. (dir.). (2018). Le tutorat dans la recherche-action : un dispositif à disposition. Paris : L’Harmattan, 124 p. ISBN : 978-2-343-14413-9
Texte intégral
Les lecteurs seront sans aucun doute agréablement surpris par la lecture de cet ouvrage. Surpris, en premier lieu, par la focale somme toute originale portée à l’objet « tutorat ». C’est ici, en effet, le compte rendu d’une étude qualitative engagée pour décrire et comprendre ce qui se joue véritablement dans la relation entre, d’un côté, les formateurs tuteurs et, d’un autre, les formés tutorés, à l’occasion de l’accompagnement mis en place dans le cadre de la réalisation d’un mémoire de recherche en vue de l’obtention d’un diplôme universitaire. Surpris, en second lieu, par les acteurs engagés dans cette étude tout comme le contexte au sein duquel elle a été menée. L’étude dont rend compte l’ouvrage a effectivement été réalisée par un groupe de formateurs·trices-chercheurs·euses constitué à l’occasion des rencontres du laboratoire de Praxéologie (LaboPraxéo) soutenu et hébergé par le Collège coopératif Auvergne Rhône-Alpes (CCAURA). À ce titre, c’est une étude triplement marquée ; marquée, tout d’abord, par les missions de ce laboratoire notamment, celles de « promouvoir la recherche-action dans le champ de l’action sociale et du travail social » mais aussi de « (re) construire les connaissances produites par les intervenants sociaux dans l’objectif de les rendre plus largement publiques, sous forme d’articles, de publications, d’ouvrages, de projets de recherche » ; marquée, par ailleurs, par le positionnement foncièrement praxéologique des acteurs de la recherche se définissant eux-mêmes comme des « praticiens-chercheurs en intervention sociale » ; marquée, enfin, par le contexte des Collèges coopératifs au sein desquels le tutorat est assimilé à un outil au service d’une pédagogie dite « coopérative ». Avertis de ces singularités, les lecteurs pourront alors s’engager dans la lecture de cet ouvrage et y trouver de nombreuses ressources.
Structurellement parlant, l’ouvrage est organisé autour de trois principaux chapitres. Outre le fait d’acculturer les lecteurs à ce que sont les Collèges collaboratifs dans les secteurs de l’action sociale et du travail social, à la biographie de leur fondateur, Henri Desroche, ou encore à la teneur des Diplômes des hautes études des pratiques sociales (DHEPS) qui y sont préparés, les auteurs se saisissent du chapitre 1 pour poser un double ancrage contextuel à leur étude. À l’occasion de ce chapitre, ils spécifient en effet, tout d’abord, le contexte de formation dans lequel s’ancre leur étude. Ils précisent ainsi ce qu’est un parcours de recherche-action au sein du DHEPS et en quoi le tutorat peut y être assimilé à un accompagnement coopératif singulier marqué par la « solidarité », « l’éthique », « la co-élaboration » et, in fine, « l’émancipation ». Parallèlement, c’est aussi le contexte de la recherche coopérative et de ses outils propres (hypothèses théoriques, outils de recueil, etc.) qui est qualifié eu égard notamment au « manifeste » du laboratoire LaboPraxéo qui soutient l’étude. Bien que très riche, ce chapitre laissera sans doute les lecteurs face à un certain nombre de questions largement nourries par la constante porosité entre les contextes de formation et de recherche présentés. C’est le cas, par exemple, lorsqu’en fin de chapitre les dimensions adoptées pour aménager le parcours de formation à et par la recherche des tutorés deviennent, sans trop d’explicitation, les hypothèses (théoriques) retenues pour structurer l’étude.
Les auteurs consacrent le chapitre 2 à la présentation des principaux résultats obtenus lors de leur étude. Pour ce faire, ils détaillent un certain nombre de « thèmes » ayant émergé de l’analyse des 13 « autobiographies raisonnées » récupérées auprès de tuteurs et de tutorés volontaires et des entretiens semi-directifs menés avec certains d’entre eux. Quatre de ces thèmes apparaissent à la lecture comme tout particulièrement significatifs. La « méthode comme viatique », autrement dit, comme « nourriture donnée par le tuteur au tutoré » est l’un de ceux-ci. En développant ce thème, les auteurs montrent combien l’aide méthodologique fournie par le tuteur alimente de façon singulière l’activité du tutoré qui doit, en quelque sorte, essayer de s’en saisir en début de travail de recherche, accepter de s’y perdre afin, avec le temps, de mieux l’exploiter et par-là même de s’y retrouver. Par-delà le contenu de la relation tutorale, la nature fluctuante des relations entre tuteurs et tutorés se révèle être aussi un des thèmes détaillés par les auteurs. D’après ces derniers, les tutorés se sentent d’autant plus accompagnés que leurs tuteurs sont présents à leurs côtés, font preuve de confiance à leur égard et les invitent à s’autoriser des prises de risque dans leur parcours de recherche. Réciproquement, les tuteurs sont d’autant plus épanouis dans la relation qu’ils parviennent progressivement à faire du projet des tutorés leur « projet partagé ». « Le recto verso des émotions et sentiments » vécus par les tutorés au cours de leur projet de recherche est aussi un thème détaillé par les auteurs. Les tutorés sont présentés comme engagés dans un « cheminement » constructif, initialement marqué par la solitude de ceux qui se sont égarés dans l’étendue des erreurs possibles. Accompagnés par leurs tuteurs, ils traversent ensuite un « épisode d’intermède », véritable marchepied vers la construction d’une « nouvelle identité ». Enfin, le thème relatif à « l’expérience professionnelle » est abordé. Cette expérience est présentée comme tout à la fois un substrat « passé » sur lequel les tutorés sont invités à se retourner pour élaborer leur problématique de recherche mais aussi un substrat « à venir » vers lequel ils se projettent finalement pour tenter d’immerger leur travail réflexif universitaire. Facile d’accès, bien que richement étayé par des données recueillies auprès des acteurs, ce chapitre comme le précédent risque de nourrir un certain nombre de questions chez les lecteurs. La principale sera sans doute celle relative au glissement progressif de l’objet de l’étude depuis la situation de tutorat vers l’activité de tutorat. Au fil du chapitre, les auteurs s’émancipent en effet d’une focale initialement portée à la seule situation institutionnalisée de tutorat pour interroger les fluctuations de l’activité de tutorat selon divers contextes de déploiement. Le « tuteur mémoire » n’est pour ainsi dire plus le seul à pouvoir endosser la responsabilité de tutorer. Il est ainsi possiblement secondé par les pairs tutorés dans le cadre d’un « tutorat de traverse » au cours de l’atelier coopératif ou encore par le directeur de recherche engagé quant à lui dans un « tutorat de valorisation ».
Sur la base des résultats préalablement détaillés et avec l’appui de références multiples et éclectiques, les auteurs organisent le chapitre 3 autour d’une discussion du « lien tuteur/tutoré » au sein du dispositif institutionnel de formation étudié. C’est pour eux l’opportunité pour mettre en lumière un certain nombre de points de développement au cœur desquels tout lecteur, quelque peu averti des problématiques usuellement associées au tutorat, trouvera nécessairement des ressources. Les auteurs s’attachent, par exemple, à expliciter le caractère tout à la fois « imposant mais aussi créateur-émancipateur » tant pour les tutorés que pour leurs tuteurs du dispositif d’accompagnement du mémoire de recherche. Ils délimitent, par ailleurs, les intérêts d’un ancrage praxéologique du travail de recherche pour des formés professionnels invités et accompagnés à remettre la main sur leur propre expérience professionnelle pour momentanément s’en départir afin de mieux y revenir. De façon complémentaire, les auteurs qualifient les différents « rites de passage » structurant temporellement le parcours de recherche et, à cette occasion, travaillent les notions de « sacré, confiance et utopie sans lesquelles il n’y aurait pas de relations tuteur/tutoré ».
En conclusion, un ouvrage pleinement singulier et par-là même non dénué d’intérêts.
Pour citer cet article
Référence papier
Sébastien Chaliès, « Amaré, S., Durual, A., Fournier, J., Joly, B. et Maistre, P. (dir.). (2018). Le tutorat dans la recherche-action : un dispositif à disposition », Recherche et formation, 89 | 2018, 127-129.
Référence électronique
Sébastien Chaliès, « Amaré, S., Durual, A., Fournier, J., Joly, B. et Maistre, P. (dir.). (2018). Le tutorat dans la recherche-action : un dispositif à disposition », Recherche et formation [En ligne], 89 | 2018, mis en ligne le 31 décembre 2018, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rechercheformation/4604 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rechercheformation.4604
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