Navigation – Plan du site

AccueilNumérosHors-série 2(Re) découvrir l’« individualisme...

(Re) découvrir l’« individualisme nouveau » de John Dewey… pour penser l’éducation et la formation en démocratie au XXIème siècle

Camille Roelens

Résumés

Cet article procède de la philosophie politique de l’éducation, comprise comme étude de la conversion du projet démocratique en pratiques éducatives. La figure de Dewey est sans doute l’une des plus inspirantes qui soit pour une telle démarche. Nous nous demandons dans ce texte si ce qu’il a présenté en son temps comme la possibilité d’un individualisme nouveau peut nous aider à penser l’éducation et la formation en démocratie au XXIème siècle. Nous commençons (1) pour cela par trois lectures qui nous permettent de comprendre comment Dewey envisage l’articulation de trois concepts forts que sont la démocratie, l’individualisme et le libéralisme, avec toujours en toile de fond des préoccupations éducatives et formatives fortes. Nous discutons ensuite des opportunités de ressaisies contemporaines des propositions deweyennes dans ce registre (2). Une ouverture conclusive fait signe vers quelques enseignements pour une philosophie politique de l’éducation pratique et appliquée dans le contexte français contemporain (3).

Haut de page

Texte intégral

  • 1 À qui l’on doit de précieuses et trop rares études sur la pensée libérale de l’éducation (1999, 200 (...)

1Cet article procède de la philosophie politique de l’éducation, au sens où il étudie fondamentalement le complexe processus de « conversion du projet démocratique en pratiques éducatives » (Blais et al., 2002/2013, p. 9). La figure de Dewey est sans doute l’une des plus inspirantes qui soit pour une telle démarche. Arendt, à laquelle on l’oppose dans une fameuse et instructive controverse (Fabre, 2012), prescrivait explicitement de « fermement séparer le domaine de l’éducation des autres domaines, et surtout celui de la vie politique et publique » (Arendt, 1961/1972, p. 252) pour garder à l’éducation ce qu’il lui faudrait de conservatisme, fut-ce dans la modernité (p. 247). Tout chez Dewey tend au contraire à ce qu’une philosophie politique et une philosophie de l’éducation cohérentes entre elles et résolument progressistes puissent converger vers une philosophie politique de l’éducation en démocratie qui soit également en cohérence avec le contexte moderne où elle a à se déployer. Aussi comprendra-t-on sans peine qu’il n’ait pas peu inspiré celles et ceux qui, en France, ont investi dans une période récente le champ de la philosophie de l’éducation au sens décrit en amorce du présent article. Frelat-Kahn1 montre bien ainsi que le pragmatisme, en particulier deweyen (2013), peut constituer une ressource précieuse pour une philosophie politique de l’éducation en démocratie qui ne sacrifie ni à ce que Tocqueville nommait un « amour très-désordonné pour l’ordre » (1840/1981, p. 367) ni à l’illusion du simple épanouissement spontané des monades sans supports. Statius (2004, 2009, 2016) fait de la pensée deweyenne un moyen de progresser face aux problèmes inhérents à l’expérience démocratique de l’éducation, après qu’il soit revenu à Tocqueville d’identifier le processus qui les porte, et à Péguy, dans verve antimoderne, d’en faire une âpre critique. Ottavi (dans Blais et al., 2008, p. 213-265) se base sur l’œuvre deweyenne pour analyser l’expérience de l’enfant, en particulier s’agissant de ses différentes formes de socialisation, dans les démocraties individualistes hypermodernes Cette brève énumération ne prétend nullement à l’exhaustivité, comme la suite le montrera, mais signale à minima une tendance.

2Il est possible, néanmoins, que la figure du pédagogue Dewey et les débats que son action et son héritage suscitent aient contribué dans l’espace francophone à laisser quelque peu en friche – en dépit des riches travaux susmentionnés et d’autres que nous évoquerons ci-après – la réception de sa philosophie politique et morale en général, et de sa déclinaison dans les domaines de l’éducation en particulier. Les choses changent, toutefois, dans les dernières années, avec de denses actualités éditoriales d’inspirations deweyennes en philosophie politique et morale. Stiegler fait ainsi par exemple de Dewey le principal support de sa critique du néolibéralisme (2019) et de ce qu’elle dénonce comme des dérives technocratiques des démocraties occidentales et en particulier des systèmes sanitaires et éducatifs (2021). De plus longue date, Zask (2000) s’approprie le geste et les ressources philosophiques deweyennes pour penser l’espace public et les problèmes contemporains qui l’animent. D’autres, à nouveau, s’en sont saisi à leur manière et nous les retrouverons plus en détail au fil de nos développements.

3Notre propre lecture de Dewey fut initialement mue par la nécessité de bâtir un certain nombre de contreforts philosophiques permettant l’édification d’une démarche intellectuelle plus globale sur l’individualisme démocratique et son accompagnement (Roelens, s.d). De là a émergé la double question qui sera nôtre au fil de cet étude : ce que Dewey a présenté en son temps comme la possibilité d’un individualisme nouveau peut-il nous aider à penser l’éducation et la formation en démocratie au XXIème siècle, et si oui à quelles conditions d’actualisations et pour quels apports en particuliers ?

4Pour tâcher d’y répondre, nous commencerons (1) par trois lectures qui nous permettent de comprendre comment Dewey envisage l’articulation de trois concepts forts que sont la démocratie, l’individualisme et le libéralisme, avec toujours en toile de fond des préoccupations éducatives et formatives fortes. Nous discuterons ensuite des opportunités de ressaisies contemporaines des propositions deweyennes dans ce registre (2). Une ouverture conclusive fera signe vers quelques enseignements pour une philosophie politique de l’éducation pratique et appliquée dans le contexte français contemporain (3).

1. Démocratie, individualisme, libéralisme

1.1 Democracy and education (1916)

5Un point de départ optimal est sans doute ici le chapitre XXII du maitre ouvrage de Dewey en philosophie de l’éducation, intitulé justement « L’individu et le monde » (2018, p. 383-398). Son point de départ est sa dénonciation récurrente des divers dualismes qui « aboutissent à une séparation tranchée dans les esprits individuels et le monde, et, par conséquent, entre les esprits individuels eux-mêmes » (p. 383). Un bref passage en revue de l’histoire des idées dans ce registre va ici soutenir son raisonnement et sa progression. Il note ainsi que l’individualisme était quasi inconnu des anciens, et qu’il émerge d’après lui à l’époque médiévale sous les formes de l’« individualisme religieux » (p. 384) et des « philosophies nominalistes » (ibid.). Suivent l’«  individualisme économique et politique » (ibid.) puis les théories de la conscience des XVIème et XVIIème siècles, et toutes concourent à penser « l’individualisme pratique, ou la lutte pour une plus grande liberté de pensée dans l’action, [sous] la forme d’un subjectivisme philosophique (p. 385). Prolongeant et approfondissant sa dynamique, ce mouvement fit qu’« un individualisme intellectuel légitime, l’attitude de révision critique des croyances antérieures, qui est indispensable au progrès, prit explicitement la forme d’une individualisme moral et social » (p. 389).

6Quatre propositions de solutions se sont ensuite, selon Dewey qui les présente et discute, échafaudées sur ces prémices. La première insiste sur la persistance d’une autorité traditionnelle, et si « l’individualisme intellectuel est toléré dans certains domaines techniques » (p. 390), les domaines moraux, sociaux, juridiques, politiques, et éducatifs restent placés sous le signe de l’ordre unitaire et continu. La deuxième, « le rationalisme ou l’intellectualisme abstrait » (ibid.) de Descartes et des Lumières françaises, achève au contraire de saper « le pouvoir du préjugé, de la superstition et de la force brutale [mais] son influence a été plus grande dans la destruction des erreurs anciennes que dans la construction de nouveaux liens et de nouvelles associations entre les hommes » (p. 391). La troisième correspond au libéralisme utilitariste britannique, logique selon laquelle l’« éducateur devait inculquer aux individus le sentiment que la non-ingérence dans les affaires des autres et un certain souci de leur bien-être étaient indispensables à la recherche du bonheur personnel » (p. 391). À nouveau, cette « philosophie contribua à promouvoir l’esprit social d’une manière plus large et plus démocratique [mais] elle était viciée par l’étroitesse de sa prémisse fondamentale, à savoir que chaque individu agit en ne considérant que ses propres plaisirs et douleurs » (p. 392). La quatrième, enfin, qui est celle d’Hegel et de l’idéalisme allemand, se propose de « réaliser la liberté individuelle en développant nos convictions individuelles en harmonie avec la loi universelle qui se trouve dans l’organisation de l’État comme Raison objective (p. 392). Dewey propose par conséquent de l’appeler « idéalisme institutionnel » (ibid.), et note qu’elle « permit et encouragea la liberté de recherche dans tous les détails techniques des phénomènes naturels et historiques [mais], dans toutes les affaires morales les plus importantes, elle eut tendance à rétablir le principe d’autorité » (p. 393).

7Chacune de ces quatre options aboutit, selon Dewey, à une impasse, que l’expérience scolaire révèle exemplairement tant « l’école a été l’institution où est apparue avec le plus de clarté l’opposition supposée entre les méthodes individualistes d’enseignement et l’action sociale, entre la liberté et le contrôle social » (ibid.). Il faut donc reprendre le flambeau de l’individualisme et de la liberté des mains de ceux qui les conduisent à diverses impasses, dépasser leurs propres limites, et en ce sens une « société progressiste considère que les variations intellectuelles sont précieuses, car elle y trouve les moyens de son propre développement. C’est pourquoi une société démocratique doit, pour être conforme à son idéal, faire une place à la liberté intellectuelle et au libre jeu des dons et des intérêts divers dans son système d’éducation » (p. 398) et, peut-on légitimement ajouter, dans la société de manière plus globale. Cela sonne comme un programme d’investigation intellectuelle au-delà du champ de la théorie de la connaissance et de la pédagogie, que Dewey accomplit tout particulièrement dans ses travaux de philosophie politique.

1.2 Individualism, Old and New (1929-1930)

  • 2 Revue fondée en 1914 et accueillant les contributions de nombre d’importants intellectuels libéraux (...)

8Un jalon décisif dans cette démarche est sans contexte « L’individualisme – ancien et nouveau » (2018, pp. 269-358). L’essai se compose en fait de huit articles initialement publiés dans The New Republic2, dont les titres eux-mêmes marquent la progression tant historique que conceptuelle du raisonnement déployé : « 1. Une maison divisée contre elle-même » (p. 269-275) ; « 2. L’Amérique en quelques formules » (p. 275-283) ; « 3. Les États-Unis, société incorporée » (p. 283-293) ; « 4. L’individu perdu » (p. 293-305) ; « 5. Vers un nouvel individualisme » (p. 305-319) ; « 6. Socialisme capitalistique ou socialisme public ? » (p. 320-330) ; « 7. La crise dans la culture » (p. 330-343) ; « 8. L’individualité pour notre temps » (p. 343-358). Leur contexte d’écriture est significatif puisque leur rédaction débute juste avant la crise boursière d’avril 1929 et se prolonge sur cette année et en 1930. Le président républicain Hoover repousse alors tout accroissement de la redistribution sociale au motif qu’elle serait humiliante pour ses bénéficiaires, présumés ainsi irresponsables, au nom du rugged individualism (individualisme farouche/pionner) qu’il professa dès sa campagne électorale de 1928. Dans ces textes, Dewey fait pleinement sienne l’ambition hégélienne d’une philosophie saisissant son temps par la pensée, et l’exigence pragmatiste de mise de la philosophie au service de la résolution des problèmes humains. Or une certaine compréhension figée de l’individualisme est alors, pour lui, l’un de ces problèmes massifs.

9Il faut ici bien mesurer d’emblée que pour Dewey, libéral lui-même, « la position au cœur du libéralisme ne se trouve pas dans l’égalité, la raison, la conscience, mais avant tout dans l’individu, ses droits et la réalisation de ses capacités » (Garetta, dans Dewey, 1935/2014, p. 29) et a pour horizons la constitution effective d’une société d’individus libres » (ibid.). Tout, de la politique à l’économie, du droit au marché, de la propriété aux institutions éducatives, ne sont que des moyens au service de cette fin et doivent être jugés – et aux besoin reconstruits (Dewey, 1920/2014) - en fonction de leurs capacités in situ à permettre ou non la progression vers ce but. Ramenée à son épure, sa thèse sur l’individualisme ancien et nouveau est ainsi la suivante. Ce qu’il nomme l’ancien individualisme est peu ou prou l’individualisme possessif et atomistique du libéralisme classique, essentiellement anglais. C’est sur cet imaginaire que les États-Unis se sont largement construits, faisant longtemps fructifier ce qu’il avait d’émancipateur dans un cadre culturel et matériel qui en pondérait les tares (soit, pour Dewey, les risques de primauté de l’économie qui réduit l’individu à un agent économique ou à un travailleur, de perte des repères religieux et moraux, de destruction des communautés d’appartenance au profit de la Grande société fondée sur l’anonymat et l’absence de liens stables entre individus, ou encore d’une citoyenneté politique réduite au simple vote ponctuel). Ainsi, le temps passant et la société industrielle moderne émergeant, le règne dans les esprits de cet individualisme ancien, privé du contexte historique et culturel qui lui donnait une assise concrète, a conduit à ce que Dewey nomme l’individu perdu, soit un être qui n’a plus d’individu que le statut formel mais à qui manque toutes les ressources effectives de l’individualisation ou presque. Une fois ce point atteint, on peut dire que « le seul problème vraiment important [est] celui de la reconstruction d’une société qui favorise le développement d’un nouveau type d’individu » (1929/1930/2018, p. 309). Point, comme on s’en doute, de fantasme de l’Homme-Nouveau dans ces mots de Dewey, mais bien l’appel et l’urgence à mettre en cohérence l’intelligence collective et l’incorporation sociale – ce qui justifie le fait d’accorder « une attention spéciale à l’éducation » (p. 335) qui en permettra le développement – au service de la mise à disposition de chacun des possibilités effectives d’agir, de choisir et de penser pour définir et vivre « une façon personnelle de s’inscrire dans le monde » (p. 355).

1.3 Liberalism and Social Action (1935)

10On comprendra sans peine qu’une telle position place Dewey en porte-à-faux avec les thèses du libéralisme classique comme néo-classique, ou encore des néolibéralismes qui ne tarderont pas à émerger autour de son principal adversaire théorique, Lippman (Audier, 1938/2012 ; Stiegler, 2019). Or dans Après le libéralisme ? Ses impasses, son avenir (1935/2014), qui constitue très clairement un prolongement de ses réflexions présentées supra sur l’individualisme, Dewey anticipe en quelque sorte la joute en s’appliquant à montrer que la poursuite des buts initiaux du libéralisme politique (qu’il reconnait pleinement) exige désormais le dépassement radical de la manière dont libéralisme politique et économique s’abouchent dans la société industrielle de son temps. L’essai, reprenant trois conférences prononcées en 1935 à l’université de Virginie, connut une réception considérable qui lui valut de voir à sa sortie sa « portée et [son] sens pour le présent et pour l’avenir [être] comparés à la fois à ceux du Manifeste du Parti communiste et à ceux de la Déclaration d’indépendance des États-Unis » (Garetta, dans Dewey, 1935/2014, p. 7). Ce texte contribua aussi largement à donner au vocable liberal son sens, marquant dans le contexte américain une position de gauche progressiste (p. 25-27). Elle intervient aussi dans un contexte où Dewey s’oppose au New Deal de Roosevelt, qu’il juge comme une manière d’étatiser et de conserver un capitalisme non purgé de ce que sont à ses yeux ses principales tares.

11A nouveau, la progression réflexive de Dewey est historique, puisqu’il examine d’abord l’« Histoire du libéralisme » (p. 59-94), avant de se pencher sur le « Le libéralisme en crise » (p. 95-128), et enfin de poser quelques jalons pour une « Renaissance du libéralisme » (p. 129-173) telle qu’elle lui semble socialement et historiquement nécessaire. L’angle le plus aigu de l’analyse deweyenne de l’histoire du libéralisme est de reprocher aux libéraux, justement, un manque de « sens de l’histoire » (p. 100). Qu’on ne s’y trompe pas à nouveau, la formule de Dewey ne se confond pas avec un déterminisme historique ou une téléologie de style marxiste. Ce que Dewey veut dire, c’est que les libéraux proclament des idéaux de liberté individuelle et tendent à créer, à des périodes historiques données et en fonction des données propres de celles-ci, des moyens de poursuivre lesdites fins. Ce peut être par exemple le marché, les droits dits naturels, la propriété, l’industrie, ou la libre entreprise. Toutefois, ils ne tardent pas à hypostasier ces moyens en fin ou du moins en choses valant par et pour elles-mêmes. Ce faisant, ils cessent d’être des forces de progrès et finissent par devenirs des conservateurs avec « des schèmes mentaux et moraux [, ] rempart[s] protégeant [les] vieilles institutions » (p. 154) même lorsqu’elles deviennent plus nuisibles que profitables à la poursuite des fins qui les avaient fait naitre. Il reproche également à la culture libérale son anthropologie trop simpliste, son abstraction, sa relative indifférence à ce que lui-même tentera de développer au titre d’une éthique située (Dewey et Tufts, 1932/2021) et plus globalement aux conditions de déploiement de l’individualité humaine concrète. Dewey reconnait toutefois sans peine que ces lacunes furent des forces pour l’émancipation de structures autoritaires et figées dans des hiérarchies installées et des traditions identitaires et communautaires particulières. Les conquêtes libérales, donc, furent essentiellement négatives, elles brisèrent des obstacles à la liberté en laissant ensuite les seuls pourvus des diverses ressources nécessaires pouvoir convertir ces nouveaux permis en effectifs possibles.

12Radical, donc, est ce réformisme qui propose de remonter toujours aux idéaux initiaux du libéralisme - autonomies singulières et société d’individus libres – pour juger sans complaisance des constructions sociales édifiées en leur nom. Il s’agit de reconstruire à chaque époque et dans chaque contexte singuliers les règles de la liberté (Canto-Sperber, 2003) non de manière à la limiter de façon abusive, en nier la possibilité ou la laisser se muer en oppression des uns par les autres, mais pour que tout le monde puisse concrètement en jouer le jeu. Le credo politique de Dewey, complément de son fameux pendant pédagogique (1897/1995), pourrait donc être ainsi formulé : être individualiste, libéral, et soucieux des conditions sociales et politique d’une liberté individuelle inclusive et effective.

2. Vers une ressaisie contemporaine des propositions deweyennes ?

13Force est de tenir ici compte du fait que le présent dans lequel Dewey formule cette proposition n’est plus le nôtre, et qu’il serait contradictoire avec l’esprit même de ce a quoi il nous enjoint par sa pensée tout entière de nous figer sur la lettre de ce qu’il écrivit au détriment des défis du temps. De riches possibilités d’actualisation existent néanmoins, dont il nous faut donner un aperçu.

2.1 Deux lectures inspirées et actuelles

2.1.1 Radicalisation hypermoderne

14Commençons par la lecture érudite que propose Cometti (2016) de l’œuvre deweyenne pour une philosophie politique et morale de la démocratie radicale aujourd’hui. D’après Gauchet, nous vivons actuellement dans une modernité radicalisée, moment historique de l’avènement de la démocratie où ses deux rouages clés que sont le libéralisme et l’individualisme tout à la fois s’approfondissent et s’impriment plus que jamais dans la structure de nos sociétés des individus (2017). Malgré leurs conquêtes, en bien des points, ces dernières ne sont pas conformes à ce que Dewey concevait comme une société démocratique d’individus libres digne de ce nom.

  • 3 Remarquons que sa structure - « Le laisser-faire » (p. 140-145) ; « L’individu et sa propriété » (p (...)
  • 4 Une autre promesse, non des moindre à notre sens (Roelens 2022) mais que nous ne pouvons développer (...)

15Sur la base de ce constat, et pour qui souhaite articuler problématiquement libéralisme, individualisme et radicalité, trois possibilités schématiques semblent s’exprimer dans l’espace public actuellement. Le premier consiste en une critique radicale de la logique libérale et de l’idéal individualiste en eux-mêmes, présentés alors comme irréductiblement atomisants, aliénants et destructeurs. La deuxième, en contrepoint, consiste en une soif de radicalisation du libéralisme économique en tant que tel, ou plus exactement de ses produits historiques tels que le libre-marché, ce qui constitue le point commun des divers libertarismes. Une troisième option, que Cometti esquisse avec Dewey dans un chapitre3 intitulé « L’homo liberalis : individu et individualité » (p. 134-167), consiste à accueillir la triple radicalisation du libéralisme, de l’individualisme et de la démocratie pour s’en saisir dans un processus dynamique d’accompagnement et de transformation permanente4.

16Ce faisant, il permet de retrouver la conviction de Dewey que « l’action intelligente [est dans de tels cas] seul de nature à éviter le pire » (p. 151). Or l’intelligence consiste ici à prendre acte du fait que le monde où nous vivons est indissolublement libéral, individualiste, démocratique, mais aussi en certain sens capitaliste, étatique, technique, conflictuel, participatif et délibératif … - bref complexe et incertain - et qu’il importe d’apprivoiser tous ces moyens pour les mettre au service de nos fins, et non nier ces faits. Ainsi, si « la préoccupation première du libéralisme renaissant [doit] être l’éducation » (Dewey, 1935/2014, p. 135), celle-ci devra à la fois assumer cette problématicité et apprendre à y faire face.

2.2 Humanité et problématicité

17Tel nous semble être le point où il convient d’en venir aux travaux de philosophie de l’éducation de Fabre, constituant l’actuel prolongement le plus ample des bases deweyennes dans ce domaine. Or les développements de Dewey sur l’éducation, l’individualisme et le libéralisme nous offrent, montre-t-il, de quoi poser un regard acéré actualisé sur trois grandes menaces pesant sur la démocratie, et juger ce faisant de leurs intensités respectives à notre heure et de la manière dont cela peut nous aider à orienter nos actions. Dewey sut en son temps opposer à la menace communiste (Fabre, 2015, p. 224-227) sur la démocratie le fait que les fins démocratiques ne pouvaient être poursuivies et atteintes que par des moyens l’étant aussi, ce qui exclut violence, dictature, arbitraire. Ces leçons restent valables, et le formalisme des libertés dites jadis bourgeoises n’autorise pas à les mépriser en tant que moyens de la pacification démocratique. La menace capitaliste (p. 227-233), elle, apparaissait vive à Dewey, et peut-être s’étend-elle désormais avec une puissance inédite. Ce peut-être une malédiction ou une chance (car cela donne aussi du pouvoir d’agir), et pour faire pencher la balance de ce second côté, il importe plus que jamais que les « valeurs humaines [puissent] contrôler les valeurs économiques » (p. 233). La menace technocratique (p. 233-243), enfin, est peut-être plus vive que jamais dans un monde globalisé et numérisé. Fabre comme Dewey reconnaissent que l’« "omni-compétence" du public constitue bien un mythe » (p. 239), mais que tirer argument de cela pour un simple abandon au technocratisme le plus cru serait aller de Charybe en Scylla. Aussi peut-on plutôt faire de la « capacité à juger en connaissance de cause » (ibid.) un but plus atteignable et dont il sera toujours bon de se rapprocher et d’aider les autres à le faire, fut-ce à petits pas.

18Cette confrontation inévitable des individus à des tâches ardues dont ils ne maitrisent pas tous les tenants et aboutissants n’est pas une tare du monde démocratique, mais son essence même, car il est aussi « un monde problématique où les places et les rôles ne sont pas déterminés d’avance et où l’impératif catégorique est celui d’être soi, l’éducation et la transmission de l’expérience ne peuvent plus fonctionner ni au commandement ni à l’imitation. Il faut donc apprendre à problématiser. Mais la problématisation fonctionnerait à vide si elle ne s’instruisait de l’expérience déjà-là, déposée dans la culture, les savoirs professionnels et le savoir-faire des éducateurs et formateurs » (Fabre, 2011, p. 83). Une histoire philosophique de l’individualisme et du libéralisme telle que Dewey l’entreprend et la laisse aussi ouverte, n’est pas la moindre de ces ressources, et l’on peut espérer qu’elle infuse le devenir-éducateur/formateur lui-même.

19Fabre montre ainsi que Dewey est l’un de ceux qui ont saisi avec le plus d’acuité, de profondeur et d’ampleur le fait que « l’égalitarisation des conditions, chère à Tocqueville, demandait bien autre chose que le travail du temps […] pour s’effectuer véritablement » (Fabre, 2015, p. 229). Parler de philosophie politique de l’éducation dans une perspective pratique et appliquée, c’est tenter de tenir dans chaque main deux des leviers les plus puissants d’une telle effectuation – l’action dans l’espace public et l’action éducative et formative. Ce faisant, on se confronte à la double nécessité de s’expliquer avec les presciences tocquevilliennes et, peut-être, de se donner les moyens de saisir aujourd’hui la question de l’inclusivité de l’individualisme démocratique avec plus d’acuité qu’il ne le fait lui-même. Or Dewey nous y aide.

2.3. Esquisses pour une reconstruction de deux débats intellectuels contemporains

2.3.1 Néo-tocquevillismes

  • 5 Audier (2004) a bien montré à la fois pourquoi on pouvait à juste titre parler d’un néotocquevillis (...)

20On peut parler de néo-tocquevillismes5 pour désigner l’ensemble des lectures et commentaires de l’œuvre du plus célèbre interprète de la démocratie moderne qui – par-delà leurs grandes divergences lorsqu’elles viennent sur un terrain plus normatif – admettent pour l’essentiel le diagnostic tocquevillien au plan compréhensif et cherchent à en prolonger ses vertus heuristiques pour penser notre contemporain. Bien souvent, ces travaux arrivent à un point de mise en tension des trois éléments clés travaillés ici – libéralisme, individualisme et démocratie – avec leur propre domaine d’action sociale de prédilection et d’investigation (Roelens, 2021). Ce qui précèdent nous autorise à penser que la médiation deweyenne peut, en pareil cas, nous aider à progresser.

21Des jalons importants existent déjà en ce sens. Comme nous l’avons esquissé dans notre introduction, on peut ainsi repérer que Tocqueville et Dewey sont souvent lus de concert dans la philosophie politique de l’éducation française contemporaine. S’agissant du rapprochement des philosophies politiques et sociales des deux penseurs, esquissé de manière suggestive par Zask (2010) en les inscrivant dans un aéropage plus large, c’est sans doute à Frega (2020) que l’on doit la contribution la plus dense, heuristique et engageante. Tocqueville, soutient-il, sut comme personne comprendre et donner à comprendre que la démocratie, sous l’effet transformateur globale du double processus d’égalisation des conditions (1835/1981) et d’individualisation, en est venue à désigner « la manière la plus appropriée dont les êtres humains peuvent vivre ensemble » (Frega, 2021, p. 9), soit une conception sociale davantage encore qu’un régime politique. Dewey, lui, sut poser les bases peut-être les plus larges et solides d’un programme global permettant de « réactualiser le projet démocratique, un projet qui demeure inachevable non pas parce qu’il aurait un contenu vague et utopique, mais parce que dans son idée même il incorpore le principe de sa propre transformation et ajustements constants en réponses aux circonstances sociales changeantes » (Frega, 2021, p. 402-403).

22Si l’on admet cela, la tâche qui s’ouvre est de repenser fondamentalement non pas l’opposition à l’individualisme démocratique ou son abandon à ses seuls déploiements spontanés, mais bien son accompagnement sur-mesure selon les individus et les contextes. A défaut de ce faire, l’idéal d’individualisme nouveau au sens de Dewey ne saurait être inclusif, donc démocratique et juste.

2.3.2 De la justice aux capabilités

  • 6 Significiativement, Dewey (1935/2014, p. 89-90) et Nussbaum (2011/2012) font tous deux références a (...)

23On sait que les débats sur la justice furent intenses dans les dernières décennies, avant et après Rawls (1971/2009, 1993/1995, 1993/2000), et qu’ils eurent leurs déploiements dans le cadre scolaire (Dubet, 2004). L’un des rejetons les plus stimulants de cette période de fécondité théorique est sans doute la théorie des capabilités, développée par Sen (2009/2010) et Nussbaum (2011/2012). « Que sont les capabilités, demande ainsi cette dernière ? Ce sont les réponses à la question : "Qu’est-ce que cette personne est capable de faire et d’être ?". Autrement dit, elles sont ce que Sen appelle des "libertés substantielles" : un ensemble de possibilités (le plus souvent interdépendantes) de choisir et d’agir. [...] Il ne s’agit donc pas simplement de capacités dont une personne est dotée, mais de libertés ou de possibilités créées par une combinaison de capacités personnelles et d’un environnement politique, social et économique » (2011/2012, p. 39). On identifiera sans peine ici nombre de similitudes avec les propositions de Dewey présentées supra6

24Ainsi, la philosophie deweyenne constitue un précieux appui pour se re-confronter, à l’aune d’une philosophie politique de l’éducation faisant sienne la pensée par capabilités, aux tensions épineuses entre d’un côté des conceptions négatives de la liberté au sens où elle se contente de la non-intervention et du respect strict des libertés formelles (Berlin, 1969), et de l’autre côté des conceptions positives de la liberté qui, à l’aune des vertus civiques ou de la transcendance de la communauté, en viennent à penser la participation politique et l’appartenance comme des fins bonnes en soi et imposables (Garreta, dans Dewey, 1935/2014, p. 40-45). Dewey nous offre ici une autre possibilité, que l’approche par capabilités actualise, qui est d’élaborer une conception de la liberté positive quant à son exigence de donner à tous les individus les moyens de s’approprier en fait une autonomie qu’on leur confère en droit, mais négative quant à la définition de ce qu’est une vie reconnaissable comme bonne. Sur ce second registre, point de certitude ou d’uniformité pensable ou possible, mais l’exigence que chacun puisse faire ses choix et avoir les moyens de les faire valoir et vivre.

25Ainsi comprises, une éducation et une formation démocratique et justes ne sont pas celles qui aboutissent à la formation d’un certain type d’individu ou d’un certain type de société, mais celles qui mettent de manière inclusive entre les mains de tous les individus les ressources pour vivre leur vie d’une part, et pour se constituer en public pour faire face aux problèmes qu’ils rencontrent d’autre part.

3. Ouverture conclusive : (re)découvrir l’Amérique ?

  • 7 S’il est impossible de prétendre à l’exhaustivité, on trouvera de nombreuses illustrations dans des (...)
  • 8 Le tout sur fond d’un antiaméricanisme rémanent dont Roger (2002) a montré comment il grève de long (...)

26Dewey faisait grand cas, dans les pans de son œuvre que nous avons étudiés ici, des différences réparables et comparaisons possibles entre les cultures américaines et anglaises du libéralisme et de l’individualisme, en philosophie comme en politique. La culture française dans ces domaines – soit le produit de la troisième et dernière révolution de la liberté (Raynaud, 2009/2014) – y est moins présente. Cela nous offre néanmoins, depuis ce point d’observation, une double occasion d’étrangement : par introduction d’un élément supplémentaire de comparaison à ceux que mobilise effectivement Dewey dans son raisonnement ; par une féconde, heuristique et renouvelée redécouverte de l’Amérique et des théories qui s’y sont déployées hier et aujourd’hui pour penser l’éducation et la formation au XXIème siècle depuis un contexte français. « Une des caractéristiques de la culture politique française, écrit ainsi Raynaud est probablement la méfiance dont le libéralisme est l’objet, ce qui a quelque chose d’un peu surprenant dans le pays de Montesquieu, de Constant et de Tocqueville » (2007, p. 325). On pourrait, mutatis mutandis, écrire la même phrase en remplaçant le terme de libéralisme par celui d’individualisme, et il est permis de penser que cette méfiance sourde se mue souvent en défiance ouverte à mesure que l’on s’approche des questions éducatives, et en particulier scolaires. Le triple anathème, valant disqualification7, de sacrifier aux tendances à la néo libéralisation, à l’atomisation sociale et à l’américanisation culturelle8 – le tout au service d’un capitalisme prédateur – attend ainsi au tournant bien des tentatives d’élaborer une philosophie politique de l’éducation et de la formation substantiellement libérale, individualiste et démocratique (au sens tocquevillien) en contrepoint d’autres propositions davantage ancrées dans les traditions républicaines ou d’inspiration marxiste. Ce faisant, on s’interdit de prendre acte que, d’une part, la philosophie politique de l’éducation et de la formation requise par notre nouveau monde doit aussi être soluble dans des démocraties hypermodernes qui sont de structure libérale (car bâties autour de l’idée de droits fondamentaux d’individus également libres) et se conçoivent fondamentalement comme des sociétés des individus (Gauchet, 2017), et que, d’autre part, d’autres choses peuvent croitre sur ces bases qu’une absence d’alternative à l’individualisme et au libéralisme anciens tels que les appelle Dewey. C’est une double impasse (Canto-Sperber et Tenzer, 2006). Redécouvrir les projets d’individualisme et le libéralisme nouveau de ce dernier et les actualiser au contact des questions socialement et politiquement vives d’aujourd’hui ouvre de toutes autres perspectives. Faire tout cela à l’aune d’un réinvestissement de l’exigence dont Dewey témoignait d’élaborer des philosophies politique, morale, sociale et de l’éducation qui puissent revendiquer une forte cohérence interne en tant que pleinement démocratique, plus encore. Cela peut ainsi nous engager à penser la formation de l’individu, par l’individu et pour l’individu, étant entendu que ce dernier ne saurait être présupposé, que les sociétés humaines ne peuvent compter que sur elles-mêmes pour étayer le devenir individu, et que le déploiement et la réalisation individuelle désormais permis doivent être aussi ouverts que possibles et remis entre les mains des individus qui les vivent.

Haut de page

Bibliographie

Arendt, H. (1961/1972). La crise de la culture. Paris : Gallimard.

Audier, S. (1938/2012). Le colloque Lippmann. Aux origines du "néo-libéralisme". Paris : Editions Le bord de l’eau.

Audier, S. (2005). Tocqueville retrouvé. Genèse et enjeux du renouveau tocquevillien français. Paris : Vrin / EHESS.

Audier, S. (2008). La pensée anti-68. Essai sur les origines dune restauration intellectuelle. Paris : La Découverte.

Berlin, I. (1969). Eloge de la liberté. Paris : Calmann-Lévy.

Blais, M.-C., Gauchet, M., & Ottavi, D. (2002/2013). Pour une philosophie politique de léducation. Paris : Arthème Fayard / Pluriel.

Blais, M.-C., Gauchet, M., & Ottavi, D. (2008). Conditions de léducation. Paris : Stock.

Canto-Sperber, M. (2003). Les règles de la liberté. Paris : Plon.

Canto-Sperber, M., & Tenzer, N. (2006). Faut-il sauver le libéralisme ? Paris : Grasset.

Cometti, J.-P. (1996). Charles Taylor et l’idéal moral de l’authenticité. Études, tome 384, 631-640.

Cometti, J.-P. (2010). Quest-ce que le pragmatisme ? Paris: Gallimard.

Cometti, J.-P. (2016). La démocratie radicale. Lire John Dewey. Paris : Folio.

Dewey, J. (1897/1995). Mon credo pédagogique. Dans G. Deledalle, John Dewey (pp. 111-125). Paris : Presses Universitaires de France.

Dewey, J. (1915/2015). Le public et ses problèmes. Paris : Folio.

Dewey, J. (1920/2014). Reconstruction en philosophie. Paris : Gallimard.

Dewey, J. (1935/2014). Après le libéralisme ? Ses impasses, son avenir. Paris : Climats.

Dewey, J. (2018). Démocratie et éducation, suivi de Expérience et Education. Paris : Armand Colin.

Dewey, J. (2018). Ecrits politiques. Paris : Gallimard.

Dewey, J., & Tufts, J. H. (1932/2021). Éthique. Paris : Gallimard.

Dubet, F. (2004). Lécole des chances. Quest-ce quune école juste ? Paris : Seuil.

Fabre, M. (2011). Éduquer pour un monde problématique. La carte et la boussole. Paris : Presses Universitaires de France.

Fabre, M. (2012). Arendt et Dewey : une controverse fictive aux enjeux bien réels. Dans A. Vergnioux, Grandes controverses en éducation (pp. 75-97). Bruxelles : Peter Lang.

Fabre, M. (2015). Éducation et humanisme. Lecture de John Dewey. Paris : Vrin.

Finkielkraut, A. (dir.). (2007). La querelle de lécole. Paris : Stock.

Frega, R. (2020). Le projet démocratique. Paris : Éditions de la Sorbonne.

Frelat-Kahn, B. (1999). Lécole en France et la pensée libérale. Paris : Ellipses.

Frelat-Kahn, B. (2008). Le libéral : cet "autre". Les Sciences de lÉducation - Pour lÈre nouvelle, vol. 41, 2, 45-60.

Frelat-Kahn, B. (2013). Pragmatisme et éducation. James, Dewey, Rorty. Paris: Vrin.

Green, T. H. (1885). Works of Thomas Hill Green, edited by R.L. Nettleship. vol. I: Philosophical works. London: Longman, Green, and co.

Laval, C., Vergne, F., Clément, P., & Dreux, G. (2011/2012). La nouvelle école capitaliste. Paris : La Découverte.

Michéa, J.-C. (1999/2006). LEnseignement de lignorance et ses conditions modernes. Paris : Climats.

Milner, J.-C. (1984/2009). De lécole. Paris : Verdier.

Nussbaum, M. (2011/2012). Capabilités. Paris : Flammarion.

Rawls, J. (1971/2009). Théorie de la justice. Paris : Points.

Rawls, J. (1993/1995). Libéralisme politique. Paris : Presses Universitaires de France.

Rawls, J. (1993/2000). Justice et démocratie. Paris : Seuil.

Raynaud, P. (2007). Qu’est-ce que le libéralisme ? Commentaire, n° 118, 324-336.

Raynaud, P. (2009/2014). Trois révolutions de la liberté. Angleterre, Amérique, France. Paris : Presses Universitaires de France.

Roelens, C. (2021). Enfance (de l’humanité démocratique). Le Télémaque, 60, 29-44.

Roelens, C. (2022). La philosophie de l’éducation de Charles Taylor. Penser léducation, 51.

Roelens, C. (s.d.). Penser l’accompagnement de l’individualisme démocratique aujourd’hui : enjeux et perspectives pour l’éducation et la formation. Projet d’Habilitation à Diriger les Recherches en sciences de l’éducation et de la formation (volume II).

Roger, P. (2002). LEnnemi américain. Généalogie de lantiaméricanisme français. Paris : Seuil.

Sen, A. (2009/2010). Lidée de justice. Paris : Flammarion.

Statius, P. (2004). Les difficultés de la transmission en régime démocratique. Le Télémaque, 26, 69-78.

Statius, P. (2009). De léducation des modernes : Réflexions sur la crise de lécole à lâge démocratique. Paris : L’Harmattan.

Statius, P. (2016). L’expérience démocratique de l’éducation : quelques pistes de réflexion . Le Télémaque, 50, 73-78.

Stiegler, B. (2019). "Il faut sadapter". Sur un nouvelle impératif politique. Paris : Gallimard.

Stiegler, B. (2021). De la démocratie en pandémie. Santé, recherche, éducation. Paris : Gallimard.

Zask, J. (2000). Lopinion publique et son double. Livre 2 : John Dewey, philosophe du public. Paris : L’Harmattan.

Zask, J. (2010). Self-gouvernement et pragmatisme ; Jefferson, Thoreau, Tocqueville, Dewey. Etica & Politica / Ethics & Politics, XII, 113-133.

Haut de page

Notes

1 À qui l’on doit de précieuses et trop rares études sur la pensée libérale de l’éducation (1999, 2008).

2 Revue fondée en 1914 et accueillant les contributions de nombre d’importants intellectuels libéraux-progressistes.

3 Remarquons que sa structure - « Le laisser-faire » (p. 140-145) ; « L’individu et sa propriété » (p. 146-151) ; « Individu et individualité » (p. 151-162) ; « Reconstruction et rationalité » (p. 162-167) – permet de dialectiser sans cesse les différents éléments dont nous avons dû nous résoudre à proposer supra une présentation plus linéaire

4 Une autre promesse, non des moindre à notre sens (Roelens 2022) mais que nous ne pouvons développer ici, est de nous donner aussi, par la diversité de ses intérêts philosophiques (1996, 2010), nombre de clés pour l’amorce d’un dialogue approfondi entre Dewey sur ce thème de l’individualisme démocratique

5 Audier (2004) a bien montré à la fois pourquoi on pouvait à juste titre parler d’un néotocquevillisme français dans le sillage de sa redécouverte par Aron, Furet et Dumont en particulier, mais aussi que celui-ci pouvait être prompt à dégénérer en différentes formes de conservatismes, de néo républicanisme, de libéralisme classique voire d’antimoderniste à mesure que ses porteurs en viennent à trouver que la société évolue dans un sens trop libéral, trop individualiste, trop démocratique, et souvent les trois de concert (2008). Le volet négatif de notre propre projet intellectuel, dont le volet positif est de formuler des propositions pour l’accompagnement de l’individualisme démocratique (Roelens, s.d.), est en quelque sorte d’être néotocquevilliens en résistant à ce tropisme.

6 Significiativement, Dewey (1935/2014, p. 89-90) et Nussbaum (2011/2012) font tous deux références au penseur anglais Green (1885) qui réalisa précocement une critique interne du libéralisme utilitariste/contractualiste de son pays (Canto-Sperber, 2003, p. 41-42).

7 S’il est impossible de prétendre à l’exhaustivité, on trouvera de nombreuses illustrations dans des essais sur la "crise de l’école" ayant connu une certaine audience et qui, au-delà des nombreuses divergences analytiques et idéologiques de leurs auteurs, semblent bien souvent près à reconnaitre dans le liberal à l’américaine un potentiel ennemi commun (Finkielkraut, 2007 ; Laval et al., 2011/2012 ; Michéa, 1999/2006 ; Milner, 184/2009).

8 Le tout sur fond d’un antiaméricanisme rémanent dont Roger (2002) a montré comment il grève de longue date le débat public en France Cela n’est sans doute pas pour rien dans les défiances qui saisissent périodiquement le milieu académique français contre des théories et perspectives de recherche venant d’Outre-Atlantique.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Camille Roelens, « (Re) découvrir l’« individualisme nouveau » de John Dewey… pour penser l’éducation et la formation en démocratie au XXIème siècle »Recherches & éducations [En ligne], Hors-série 2 | 2023, mis en ligne le 31 mai 2023, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rechercheseducations/15056 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rechercheseducations.15056

Haut de page

Auteur

Camille Roelens

Centre Interdisciplinaire de Recherche en Éthique (CIRÉ), Université de Lausanne

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search