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Dessins et corps sensibles : évaluer la conscience corporelle des adolescents en situation d’obésité dans un contexte d’APA

Marie Agostinucci et Lisa Lefèvre

Résumés

Cette étude s'intéresse à la façon dont des adolescents en situation d'obésité perçoivent et ressentent leur propre corps. Pour explorer cette expérience corporelle de l'intérieur, nous avons combiné plusieurs outils de mesure dans un contexte de pratique réelle au sein d’un programme d’activité physique adaptée. Cette étude mixte et multicentrique est conduite auprès de 10 adolescents en obésité suivis dans le cadre du programme Sport Santé du pôle APSA, en Alsace. La conscience corporelle y est explorée à l’aide de l’échelle MAIA-FR et de l’ABC, et est mise en relation avec l’image positive du corps (BAS-2) et le niveau d’activité physique (CAPAS). Dans cet article, un outil en particulier est mis en lumière pour sa nature graphique : l’Awareness Body Chart (ABC). Enfin, nos résultats pointent la nécessité d’une investigation multidimensionnelle et multisupport pour l’étude de l’expérience corporelle. L’ABC semble être un outil particulièrement intéressant pour mesurer l’effet à court terme d’une séance d’activité physique adaptée. L’ABC apparaît discriminant pour les enjeux propres aux situations d’obésité.

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Notes de l’auteur

Conflits d’intérêt
Les chercheurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêt.

Texte intégral

Nous remercions l’ensemble des équipes du pôle APSA pour leur implication dans ce projet, Thomas Le Corre qui nous a accompagné en qualité de chercheur, ainsi que Claire Speich et Ugo de Poli qui nous ont prêté main-forte dans le cadre de leur master 2 en APAS.

Introduction

1L’importance de l’engagement des adolescents dans l’activité physique est un enjeu majeur pour les politiques publiques, en particulier lorsqu’il s’agit d’enfants et d’adolescents. Selon l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps) en 2022, 37 % des 6-10 ans, et 79 % des 11-17 ans n’atteignent pas les niveaux de recommandations (Fillon et al., 2022).

  • 1 La Haute Autorité de Santé (HAS) a publié en février 2023 un guide actualisé du parcours de soins p (...)

2Malgré l’existence de dispositifs et de recommandations1, il reste de réels freins à l’engagement et au maintien de l’activité physique, en particulier pour les jeunes adolescents et adolescentes en situation de surpoids ou d’obésité. Issue d’un constat de terrain, l’étude COSMO (Corps Sensible et Obésité chez les adolescents : intégrer les activités physiques dans une approche globale de la santé) interroge le rapport au corps des adolescents en situation d’obésité engagés dans le programme Sport Santé du pôle APSA, sur le territoire alsacien à travers une étude du corps sensible en première personne.

3Le corps sensible, au sens où l'entend Merleau-Ponty (1945), renvoie à deux dimensions complémentaires : la capacité du corps à être affecté par son environnement via la sensorialité, et sa réceptivité à ses propres états internes. Ces deux dimensions sont indissociables. C'est à travers ce prisme phénoménologique que nous abordons la conscience corporelle chez les adolescents en situation d'obésité, en mobilisant différentes méthodes d'investigation.

4La notion de conscience corporelle, définie dans la partie suivante, apparait depuis quelques années comme un élément clé pour la compréhension du rapport au corps et de l’engagement dans des pratiques favorables à la santé (Khalsa et al., 2018). Elle s’associe à la question de l’image positive du corps que l’on sait également favorable à l’engagement dans les pratiques physiques (Todd et al., 2019).

5Dans cette étude, plusieurs outils sont employés afin de caractériser la conscience corporelle des adolescents en situation d’obésité. Inscrit dans une perspective exploratoire, l’objectif de cet article est d’analyser les qualités et les limites de lAwareness Body Chart, en étudiant sa convergence et sa spécificité par rapport à d’autres échelles d’évaluation clinique.

Le corps sensible des adolescents en situation d’obésité

La conscience corporelle et la mise en mouvement

6La conscience corporelle fait référence à la prise de conscience des sensations internes (proprioceptives et intéroceptives) supportée et maximisée par un focus attentionnel (Mehling et al., 2009). Elle permet de se représenter consciemment nos états corporels tant à travers les processus du corps (respiration, digestion) que dans le mouvement lors de nos actions. Elle reflète dès lors un processus émergent, interactif et dynamique (Mehling et al., 2009, 2011). Ce processus complexe fait à la fois appel à un traitement du signal en bottom-up, soit des capteurs sensoriels vers un traitement cérébral ; et en top-down avec l’implication des processus attentionnels influençant le traitement de l’information à plus haut niveau (Ginzburg et al., 2014). L’activation des récepteurs sensoriels au cours de l’activité physique contribuerait ainsi à soutenir ce processus. En effet, la mise en mouvement du corps génère des feedback sensoriels (notamment proprioceptifs) qui participent à la construction du body ownership, c’est-à-dire du sentiment que le corps nous appartient, ainsi qu’au sentiment d’agentivité, entendu comme l’expérience subjective d’être à l’origine de ses propres actions (Gallagher, 2006 ; Haggard, 2017).

7En outre, le concept de conscience corporelle appelle l’étude d’un certain nombre de paramètres tels que l’attention portée aux sensations, la précision de la détection des signaux ou encore leur intensité perçue (Tableau 1 ; Khalsa et al., 2018).

Tableau 1. Différents paramètres de la conscience intéroceptive traduits de Khalsa et al. (2018)

Paramètre

Définition

Attention

Observation des sensations corporelles internes

Détection

Présence ou absence de rapport conscient

Ampleur

Intensité perçue

Discrimination

Localiser la sensation en lien à un canal ou à un système organique et capacité à le différencier des autres sensations

Précision

Précision dans le suivi et l’identification du signal

Insight

Évaluation métacognitive de l'expérience/de la performance

Sensibilité

Tendance auto-perçue à se concentrer sur les stimuli intéroceptifs

Echelle auto-rapportées

Evaluation psychométriques par questionnaires (portant sur des mesures d’états ou de traits)

8Deux modèles complémentaires permettent d’analyser ces différents aspects de la conscience corporelle intéroceptive. Le premier est le modèle tridimensionnel de Garfinkel (2015) qui comporte trois niveaux d’analyse :

  • la précision intéroceptive qui fait référence à la faculté de détection des signaux internes ;

  • la sensibilité intéroceptive qui se réfère à l’attention subjective portée aux sensations ;

  • la conscience intéroceptive qui correspond à l’évaluation subjective de la précision intéroceptive et qui serait une sorte de conscience métacognitive (conscience du degré de conscience intéroceptive).

9Le second est le modèle multidimensionnel de Mehling (2009). Ce dernier se penche sur la sensibilité et investigue tout particulièrement les rapports affectifs et attentionnels liés aux sensations à l’aide d’une échelle appelée MAIA-2. En effet, la conscience corporelle est subjective et chargée d’affects. Elle résulte d’une évaluation cognitive et est façonnée par nos attitudes et expériences sociales (Mehling et al., 2009, 2011). Dans ce modèle, elle est étudiée à travers huit paramètres :

  1. Prise de conscience : conscience de sensations corporelles inconfortables, confortables et neutres.

  2. Distraction : tendance à ne pas ignorer ou à ne pas se distraire par rapport aux sensations.

  3. Inquiétude : tendance à ne pas s'inquiéter ou à ne pas éprouver de détresse émotionnelle par rapport à des sensations de douleur ou d’inconfort.

  4. Attention : capacité à maintenir et à contrôler l'attention portée aux sensations corporelles.

  5. Conscience émotionnelle : conscience du lien entre les sensations corporelles et les états émotionnels.

  6. Auto-régulation : capacité à réguler la détresse par l'attention portée aux sensations corporelles.

  7. Écoute du corps : écoute active du corps pour une meilleure compréhension de l’état interne.

  8. Confiance : confiance et sûreté dans les expériences corporelles.

10Cependant plusieurs études récentes (Ferentzi et al., 2021; Vivas-Rivas et al., 2025) pointent une fragilité de cette structure en 8 facteurs dont il est parfois difficile de discerner les nuances. Pour exemple, une étude péruvienne employant l’échelle MAIA-2 a mis en évidence une structure à seulement cinq facteurs (Vivas-Rivas et al., 2025). D’autres versions de l’échelle ont récemment été développées en langue anglaise comme la MAIA-Youth (Jones et al., 2021a) à destination des jeunes de 7 à 17 ans, ou encore la Brief MAIA-2 sous la forme d’un facteur unique (Rogowska et al., 2023). Ainsi, ce modèle tend encore à évoluer.

L’évaluation de la conscience corporelle

11La dimension de la conscience corporelle la plus développée au sein de la littérature internationale porte sur la précision intéroceptive. La plupart des études citées dans la revue de littérature de Gibson (2019) emploient une méthodologie tournée vers des tâches de détection des signaux cardiaques (Schandry, 1981). Dans ces études, il est demandé au sujet de compter les battements de cœur qu’il ressent, puis ces données sont comparées à des mesures physiologiques traitées par des dispositifs de mesure et des logiciels de physiologie (heart beat detection task). Plus rarement, certains auteurs (Young et al., 2021) travaillant spécifiquement sur la satiété se focalisent sur les signaux gastro-intestinaux. Ces études fournissent de précieuses informations sur l’aptitude de publics spécifiques à détecter des signaux intéroceptifs, mais ne sont pas applicables en clinique. Par ailleurs, même s’il semble que toutes les modalités sensorielles soient liées, le degré de corrélation entre les différentes modalités n’est pas établi. Il est donc encore difficile de savoir à quel point le résultat d’une tâche de détection des signaux cardiaques est prédictif de l’altération d’une autre modalité (Gibson, 2019). Dans le champ de l’activité physique, les signaux cardiorespiratoires occupent une place centrale. Toutefois, les professionnels portent également un intérêt croissant à la proprioception, bien que les recherches à son sujet demeurent encore peu nombreuses.

12Depuis une dizaine d’années, les méthodes d’investigation de la conscience corporelle pour la clinique se développent avec la création de nouveaux outils de mesure principalement auto-rapportés. Les deux outils les plus fréquemment utilisés sont le Body Awareness Questionnaire (BAQ), récemment traduit et validé en français (Carre et al., 2024) et l’échelle MAIA-2 (Multidimensional Assessment of Interoceptive Awareness) issue du modèle de Mehling (2018), également traduite et validée en langue française (MAIA-FR ; Willem et al., 2022). L’échelle MAIA-FR se décompose en 8 sous-échelles selon les thèmes précédemment cités.

13Inspiré des pain charts, ces silhouettes standardisées à annoter sont utilisées pour localiser et évaluer la douleur. Un nouvel outil permettant de mesurer l’intensité de la conscience corporelle a été créé en 2017 : l’Awareness Body Chart (ABC ; Danner et al., 2017). Sur une silhouette genrée représentée de face et de dos, segmentée, le sujet doit colorer les parties du corps selon l’intensité à laquelle il les perçoit (Figure 3 et 4). Par la suite, les couleurs peuvent être recodées numériquement, offrant ainsi la possibilité d’analyser statistiquement les données. La première étude de validation a d’ailleurs révélé une disparité dans l’intensité des sensations en fonction des parties du corps. Les intensités seraient plus hautes pour la main, le visage et les pieds, qui sont également fortement représentés dans l’homunculus sensoriel. À l’inverse, la face dorsale du corps et le crâne sont perçus à des intensités plus faibles que le reste du corps. L’outil a déjà été employé dans plusieurs recherches visant à associer la conscience corporelle à une sévérité de symptômes (Yagci et al., 2020 ; 2023) ou pour évaluer l’efficacité d’une technique (Danner et al., 2024). L’ABC se focalise à la fois sur la localisation et sur l’intensité des sensations perçues. Or l’activité physique pourrait potentiellement augmenter l’intensité des sensations dans certaines parties du corps en raison de l’activation musculaire qui l’accompagne.

La conscience corporelle dans l’obésité

14Dans le domaine de l’obésité, l’étude de la précision intéroceptive (heart beat detection task) révèle une association délétère entre les indices de masse corporelle (IMC) hauts et un déficit intéroceptif (Bertin et al., 2019 ; Robinson et al., 2021). La capacité à détecter les signaux semble être de moins bonne qualité chez les personnes en situation d’obésité.

15Les études sur la sensibilité intéroceptive sont en cours de développement, si bien qu’il n’est pas encore possible de conclure clairement sur les spécificités de ce public (Robinson et al., 2021). Cependant, ces études tendent à révéler des anomalies. Willem et son équipe (2021) identifient cinq études pointant des scores plus bas pour les personnes en obésité modérée et sévère dans le cas des sous-échelles prise de conscience et confiance de l’échelle MAIA-2. Une autre étude comparative (Willem et al., 2021) entre des personnes en situation d’obésité ayant reçu une opération bariatrique et des personnes accompagnées via des soins non chirurgicaux, montre des variations avec de meilleurs scores pour les patients ayant été opérés pour quatre sous-échelles du MAIA-2 (prise de conscience, conscience émotionnelle, écoute du corps et confiance). Dans une autre perspective, des chercheurs ont investigué le lien entre la tendance à manger sous l’effet des émotions (emotionnal eating) et la conscience corporelle. Ces travaux suggèrent que des niveaux élevés d’auto-régulation, d’écoute du corps et de confiance intéroceptive sont associés à une moindre propension à l’alimentation émotionnelle. Dans une étude qualitative, Claire Liné interroge tout de même la grande hétérogénéité des profils en matière de conscience corporelle chez un public d’adolescentes en situation d’obésité (Liné et al., 2022). En effet, si certaines jeunes rapportent des scores bas sur certaines sous-échelles, d’autres présentent des scores ordinaires. L’échelle MAIA-2 ne semble pas révéler à elle seule l’entièreté du potentiel intéroceptif pourtant mis en lumière par l’entretien d’explicitation dans cette même étude. Il semblerait que la conscience corporelle relève d’un phénomène large, insuffisamment recouvert pas une simple échelle. L’accompagnement par l’entretien semble avoir un effet révélateur complémentaire car il soutient l’introspection d’une autre manière.

16Une précédente étude basée sur quatre études de cas d’adolescents en situation d’obésité, dans le cadre de cours d’éducation physique et sportive, a également révélé une forme de dégagement corporel par les jeunes aux regards des sensations désagréables qui peuvent survenir pendant l’activité physique (sudation, douleur) (Lefèvre & Marsault, 2021). La richesse de sensations induites par la pratique physique implique donc des enjeux psycho-affectifs et comportementaux particuliers directement liés à la conscience corporelle.

17Dans notre étude, nous mobilisons une méthodologie multidimensionnelle comportant plusieurs outils pour décrire la conscience corporelle. L’objectif de cet article est d’analyser les qualités et les limites de lAwareness Body Chart auprès d’adolescents en situation d’obésité, en étudiant sa convergence et sa spécificité par rapport à d’autres échelles d’évaluation clinique. Nous faisons également l’hypothèse qu’une séance d’APA augmente l’intensité perçue des sensations corporelles mesurée par l’ABC, et que la conscience corporelle est positivement associée à l’image positive du corps et au niveau d’activité physique.

Méthode

18COSMO est une étude exploratoire créée autour d’un partenariat entre le pôle APSA (Accompagnement Prévention Santé Alsace) qui propose des programmes de sport santé, l’équipe de recherche en sport et sciences sociales (E3S) de l’Université de Strasbourg et la Haute école pédagogique de Vaud. Elle fait l’objet d’une validation éthique dans la catégorie MR-03, sous la référence 2023-A01358-37 par le Comité de protection des personnes Sud Ouest et Outre Mer III.

19L’étude est réalisée dans les locaux du Pôle APSA et s’adosse directement à son offre en matière d’activité physique adaptée. En effet, le Pôle APSA est une structure d’appui, de coordination et de prévention multithématique. Il constitue un socle en matière de mise en œuvre territoriale du Sport Santé à travers la Maison Sport Santé et sa mission d’opérateur pour le dispositif Prescri’Mouv. Multicentrique, l’étude mobilise quatre antennes de ce réseau.

II.1. Design de l’étude

20L’étude suit une approche méthodologique de recherche mixte dite convergente (Creswell & Plano, 2018). Elle mobilise à la fois sur des données qualitatives et des données quantitatives exploitées dans le présent article. Les recrutements s’effectuent sur une durée de 12 mois, au fil de l’eau entre les mois de septembre 2024 et 2025.

21Dans un premier temps, les enseignants en activité physique adaptée (EAPA) du pôle APSA informent les jeunes bénéficiaires et les parents d’existence de la recherche. Pour les intéressés, un premier dossier - comprenant le formulaire de consentement, la lettre d’information, les trois questionnaires et le chart, associées à leurs consignes respectives - est distribué (cf. (1) du tableau 2). Les premiers questionnaires (1) sont remplis de manière autonome, avant l’entretien, conformément aux modalités d’usage de ces outils. Le formulaire de consentement est adressé à la fois au jeune et à ses parents, tout comme la lettre d’information. Une présentation orale de l’étude et de ses objectifs est également effectuée par l’enseignant en APA au moment du recrutement. Un rendez-vous est ensuite planifié avec un des chercheurs, à la suite d’une séance d’activité physique adaptée, réalisée dans le cadre habituel du programme d’APA dans lequel est inscrit le jeune. Le contenu des séances diffère selon les sites et les programmes établis par les différents enseignants en activité physique adaptée (EAPA) du réseau. Ces séances relèvent principalement d’activités modérées à intenses. Lors du rendez-vous avec le chercheur ou la chercheuse, la seconde partie des questionnaires (2) est présentée et un entretien semi-directif d’une trentaine de minutes est réalisé.

Tableau 2. Design de l’étude

Questionnaires remplis par le sujet avant le jour de la séance (1)

Après la séance d’APA (2)

BAS-2 (image du corps)

CAPAS-Q (activité et sédentarité)

MAIA-Fr (conscience corporelle)

ABC (conscience corporelle)

ABC (conscience corporelle)

+ Entretien

Participants

22Les participants sont recrutés par les EAPA du réseau. Ils sont inclus à condition : d’avoir moins de 18 ans, d’être suivis par le pôle APSA dans le cadre d’un programme centré sur l’obésité et de présenter une obésité qualifiée de modérée à sévère. Les jeunes n’étant pas à même de fournir un consentement éclairé ne sont pas inclus dans l’étude. De même, la présence de handicap constitue un critère de non-inclusion du fait de la spécificité d’une autre condition que celle de l’obésité. Enfin, les blessures ou tout état physique et mental non compatible avec la pratique d’une activité physique constitue un critère d’exclusion.

Matériel et outils

Évaluation de la conscience corporelle

23 MAIA-FR
Cette échelle est la traduction française de la MAIA-2 (Willem et al., 2021 ; Mehling et al., 2018). Elle comporte 37 items, organisés en 8 sous-échelles. Il s’agit d’un auto-questionnaire rempli par le sujet. Il permet d’établir un profil du sujet en matière de conscience corporelle, à la première phase de l’étude.

24 Awareness Body Chart – ABC
Cette silhouette est à compléter à l’aide de 5 couleurs chacune associée à un niveau d’intensité de sensation perçue (Danner et al., 2017) : le noir correspond à l’affirmation « Je ne perçois pas », le bleu à « Je perçois indistinctivement », le vert à « Je perçois », le jaune à « Je perçois distinctement » et le orange à « Je perçois dans le détail ». Par la suite, les couleurs peuvent être recodées numériquement (le noir ayant pour valeur 1 et l’orange 5), offrant ainsi la possibilité d’analyser statistiquement les données sous la forme d’une moyenne. Cet outil est auto-administré à la première phase de l’étude pour déterminer le seuil des sensations en l’absence d’activité physique immédiate, et juste après la séance d’APA pour déterminer si l’outil est sensible aux variations de sensations post-séance.

Évaluation de l’image du corps

25 Body Appreciation Scale - BAS-2
Cette échelle en 10 items est une échelle auto-administrée. Elle permet d’évaluer l’image positive du corps. La version utilisée ici est validée en langue française (Kertechian & Swami, 2017; Tylka & Wood-Barcalow, 2015).

Évaluation des niveaux d’activité et de sédentarité

26 Questionnaire CAPAS-Q (8-18 ans)
Ce questionnaire est auto-administré (Fillon et al., 2022), sauf pour les plus jeunes pour qui il est rempli avec l’aide des parents. À partir des réponses du sujet, les niveaux d’activité physique et de sédentarité sont mesurés permettant ensuite une classification en 3 niveaux : comportement à améliorer, à améliorer et maintenir, satisfaisants à maintenir.

Autres variables

27Dans un formulaire de recueil d’information, les participants renseignent leur âge et leur sexe, ainsi que leurs pratiques physiques (loisir, et participation aux cours d’éducation physique et sportives).

Analyse statistique

28Le questionnaire (CAPAS) permet de catégoriser les participants selon 3 niveaux d’activité. L’analyse porte sur une répartition de la population selon ces trois catégories pour le niveau d’activité physique et pour le niveau de sédentarité afin de caractériser l’échantillon.

29Pour les échelles MAIA-FR, BAS-2 et l’ABC, un calcul des moyennes et des écarts type est réalisé afin de définir les caractéristiques du groupe. L’objectif est de pouvoir les mettre en regard à celle d’autres études et ainsi de révéler la sensibilité de l’outil aux caractéristiques spécifiques de l’obésité. Ces résultats font ainsi l’objet d’une comparaison descriptive avec ceux obtenus dans d’autres études de références réparties de la manière suivante :

30Pour l’échelle MAIA-FR, l’étude de référence utilisée est celle de Jones et son équipe (2021), elle porte sur un échantillon non-clinique composé de jeunes âgées de 7 à 17 ans (M=10,78 ; SD = 2.55).

31Pour l’échelle BAS-2, notre référence sera celle de Lemoine et ses équipes (2018) réalisée auprès de jeunes européens âgés de 12 à 19 ans, plus précisément l’échantillon danois qui est le plus proche du nôtre en matière d’âge (M=14,4 SD = 2.1).

32Pour l’ABC, l’étude de référence employée est celle Yagci et son équipe (2020) auprès d’adolescents âgés de 16 à 26 ans et plus précisément de leur groupe témoin (M=16,1 ; SD=3,6) qui n’est pas concerné par la scoliose. Dans la mesure où cette étude est exclusivement féminine, une comparaison avec les résultats de l’étude de Danner et al. (2017) réalisée auprès d’étudiants de l’université est également présentée.

33Une étude descriptive individuelle des résultats des participants est également proposée afin de déterminer si les outils permettent d’identifier des profils spécifiques au sein de notre population. Pour estimer un seuil d’écart par rapport à une norme (basée sur les études précédemment citée), nous avons utilisé une borne inférieure définie comme la moyenne diminuée d’un écart type (M – σ) pour définir un score moyennement faible (case orange) ; et une borne définie comme la moyenne diminuée de deux écarts types (M – 2σ) pour qualifier un score très faible (case rouge). Dans la mesure où il n’existe pas de standardisations des outils BAS-2, MAIA-2 ou ABC pour un public adolescent, ces interprétations sont à prendre avec prudence.

34Dans le cas particulier de l’ABC, une comparaison descriptive entre les scores pré et post- séance est également réalisée.

35Afin d’étudier le lien entre nos variables, nous avons opté pour un test de corrélation de type Tau b de Kendall qui ne requiert pas de distribution normale. Ce test statistique non paramétrique a été sélectionné en raison de son adaptation aux petits échantillons. Nous avons mis en relation les scores suivants : CAPAS-AP et SED, BAS-2 avec chaque sous-échelle de la MAIA-FR et les ABC 1 et 2.

III. Résultats

III.1. Population

36L’échantillon (tableau 3) se compose de 10 adolescents âgés de 9 à 16 ans suivis par le pôle APSA, dont les prénoms font l’objet d’une pseudonymisation. Tous participent aux cours d’activités physiques de leur établissement scolaire et neuf déclarent pratiquer d’autres activités physiques en dehors de l’école (pratique en club, entre amis ou en famille). La mesure du niveau d’activité montre que la plupart de ces jeunes ont une activité physique régulière, mais devant être renforcée. Chloé et Enzo, les deux participants les plus jeunes, déclarent une activité physique plus faible que les autres (scores inférieurs à 2). Les mesures de sédentarité pointent également un niveau global moyen de sédentarité pouvant être amélioré.

37Un jeune de 9 ans a été exclu de l’étude, car l’usage de l’échelle MAIA-FR et de l’ABC s’est avéré trop complexe au regard du niveau de compréhension du jeune malgré une aide fournie par la chercheuse et l’EAPA.

Tableau 3. Caractéristiques descriptives de l’échantillon

n =10

Âge

EPS

AP

CAPAS-AP

CAPAS-SED

Moyenne (écart type)

12,4 (2,3)

n = 10

n = 9

2,17 (0,36)

2,4 (0,53)

Comportement à améliorer

n = 2

n = 0

Comportement à améliorer et à maintenir

n = 8

n = 8

Comportements satisfaisants à maintenir

n = 0

n = 2

Légende : CAPAS-AP : score d’activité physique ; CAPAS-SED : score de sédentarité ; EPS : participation aux cours d’EPS ou d’éducation physique ; AP : participation à des activités physiques hors du cadre scolaire et du programme Sport Santé.  

III.2. Représentations corporelles des adolescents obèses

38Les scores totaux et individuels aux échelles MAIA-2 et BAS-2 sont répertoriés en tableau 4, tandis que les scores à l’ABC sont présentés dans le tableau 5 et la figure 1. Certains items de la MAIA, ont été très difficiles à comprendre pour les plus jeunes ce qui ne se traduit par des données manquantes pour certains participants.

Tableau 4. Résultats à l’échelle MAIA-FR et à la BAS-2

Tableau 4. Résultats à l’échelle MAIA-FR et à la BAS-2

Légende : (1) Prise de conscience ; (2) Distraction ; (3) Inquiétude ; (4) Attentionnelle (5) Conscience émotionnelle ; (6) Auto-régulation, (7) Écoute du corps ; (8) Confiance ; NA = donnée non disponible ; case orange = score moyennement faible ; case rouge = score très faible ;

Conscience corporelle

39Les résultats aux différentes sous-échelles de la MAIA-FR témoignent d’une grande hétérogénéité entre les participants, avec des écarts types bien supérieurs à ceux obtenus dans l’étude de validation de Mehling (2018) réalisée auprès d’adultes pour 4 des sous-échelles (2, 4, 5 et 7), mais proches de ceux observés par Jones (2021) dans leur étude auprès des enfants et adolescents. Certains résultats révèlent des scores très bas, proches de 0, pour certains participants, mais aucune sous-échelle ne se démarque, de sorte que les problématiques semblent dépendantes de l’individu.

40La moyenne de notre échantillon à l’ABC 1 est de 2,45(0,94), elle augmente et atteint 3,04(1,09) pour l’ABC 2 (cf. groupe COSMO du tableau 5). Le test des rang signés de Wilcoxon ne révèle cependant pas de différence statistiquement significative entre le score ABC-1 et ABC-2 (p > 0,05). Nos résultats restent inférieurs à ceux obtenu dans l’étude de Danner et son équipe en 2017 qui est de 3,9 (0,56) et de ceux des adolescentes de l’étude de Yagci et al. (2020) (M=4,4 ; SD=0,5). Les résultats individuels sont présentés sur les figures 1 et 2, la barre noire correspond à la moyenne de notre échantillon et la barre rouge à la moyenne obtenue par les participants de l’étude de Danner et al., (2017). Si les scores globaux ont tendance à se rapprocher de la norme après l’activité physique, des disparités interindividuelles sont présentes. Les scores entre 2 et 3 témoignent d’une faible intensité des sensations corporelles. Certains participants voient l’intensité de leurs sensations augmenter après l’APA (n=4) comme c’est le cas pour Victor (figure 3) ; tandis que d’autres la voient inchangée (n=5) à l’image de Romane (figure 4). Il persiste une donnée manquante pour l’ABC 1 de Lucas qui n’a pas rendu un dossier complet.

Tableau 5. Comparaison inter-étude des scores à l’ABC

Étude

Moyenne(SD)

COSMO – ABC-1

2,45(0,94),

COSMO – ABC-2

3,04(1,09)

Etude de Yagci et al. (2020)

4,4(0,5)

Etude de Danner et al. (2017)

3,9(0,56)

Figure 1. Résultats à l’ABC 1

Figure 1. Résultats à l’ABC 1

Figure 2. Résultats à l’ABC 2

Figure 2. Résultats à l’ABC 2

Figure 3. ABC 1 et 2 de Victor

Figure 3. ABC 1 et 2 de Victor

Légende : 5 (Orange) = “Je perçois dans le détail” ; 4 (Jaune) = “Je perçois distinctement” ; 3 (Vert)= “Je perçois” ; 2 (Bleu) = “Je perçois indistinctement” ; 1 (Noir) = “Je ne perçois pas”.

Figure 4. ABC 1 et 2 de Romane

Figure 4. ABC 1 et 2 de Romane

Image positive du corps

41Le score moyen à la BAS-2 est de 3,75(0,92), ce qui témoigne d’une image positive du corps plutôt préservée pour la plupart des participants (tableau 4). Les scores moyens obtenus par les adolescents de l’étude de Lemoine et al (2018) étaient de 3,73(0,79) pour les adolescentes et de 4,13(0,72) pour les adolescents. Ainsi en comparaison, Lucas (2,5) et Balthazar (2,6) se démarquent avec des scores plutôt modestes pour leur genre.

III.3. Etude de corrélation

42Afin d’étudier le lien entre nos variables, nous avons opté pour un Tau b de Kendal qui ne requiert pas de distribution normale. Ce test statistique non paramétrique a été sélectionné en raison de son adaptation aux petits échantillons. Nous avons mis en relation les scores suivants : CAPAS-AP et SED, BAS-2, les huit sous-échelles de la MAIA-FR et les ABC 1 et 2. Seuls les liens statistiquement significatifs (p<.05) sont présentés dans le tableau 6 et la figure 5. Aucun lien statistiquement significatif n’a été observé entre l’ABC et les autres échelles.

Tableau 6. Lien entre les variables

 Matrice de corrélation

Note. * p < .05 

BAS-2

Inquiétude

Confiance

CAPAS-AP

Conscience émotionnelle

BAS-2

 

 

 

 

Inquiétude

0.618

*

 

 

 

Confiance

0.720

*

0.369

 

 

CAPAS-AP

-0.197

-0.028

0.161

 

Conscience émotionnelle

0.098

0.113

0.502

0.667

*

Figure 5. Graphiques de dispersion

Figure 5. Graphiques de dispersion

43Un lien significatif est observé entre la BAS-2 et les sous-échelles, inquiétude et confiance. Il témoigne d’un lien de corrélation modérée entre l’appréciation corporelle et la conscience corporelle, à travers la confiance éprouvée envers ses sensations et la capacité à ne pas s’en inquiéter. De même, un lien de corrélation modéré est observé entre la conscience émotionnelle et le niveau de pratique de l’activité physique, ce qui suggère que les pratiquants d’AP sont plus éveillés aux sensations dans le cadre des émotions.

IV. Discussion

IV.1. Choisir un outil discriminant pour l’obésité adolescente

44Plusieurs études ont montré des résultats plus bas pour les personnes en situation d’obésité à plusieurs sous échelles de la MAIA-2 pour : la détection (Joshi et al., 2024; Willem et al., 2021), la conscience émotionnelle, l’écoute du corps et la confiance (Joshi et al., 2024). Dans notre étude, les résultats sont plus mitigés avec une grande variabilité interindividuelle, déjà pointée dans d’autres études sur les adolescent.es en situation d’obésité (Jones et al., 2021; Liné et al., 2022) suggérant également qu’une stratification par âge pourrait être nécessaire, notamment entre les enfants et les adolescents. Les scores à la sous-échelle confiance sont même plutôt hauts pour la plupart de nos participants. Ces derniers pourraient présenter un profil particulier puisque nous retrouvons également une bonne image du corps, ce qui n’est pas nécessairement représentatif des résultats habituellement retrouvés dans les études portant sur le vécu des personnes en situation d’obésité. En effet, ces dernières souffrent souvent d’insatisfaction corporelle (He et al., 2020) et présentent une tendance à se dégager des sensations (Lefèvre & Marsault, 2021).

45Une limite majeure pour l’interprétation des résultats de notre étude porte sur la faible taille de l’échantillon. A l’image des difficultés de recrutement rencontrées par les Maisons Sport Santé, le recrutement de participants pour l’étude a été difficile puisque le nombre de bénéficiaires est relativement restreint, avec une assiduité inégale des participants. Cependant, il serait raisonnable de postuler qu’un rapport de confiance en son corps et une image positive du corps pourraient constituer un levier de l’engagement dans la pratique physique, ce qui correspond au profil de ces dix jeunes engagés volontairement dans le sport santé.

46La taille restreinte de l’échantillon limite la puissance statistique de nos tests et invite à interpréter les résultats avec prudence. Cette étude se situe dans une démarche exploratoire visant davantage à tester la faisabilité et la sensibilité des outils qu’à établir des conclusions généralisables. Ainsi, la taille de notre échantillon ne nous permet pas d’identifier des profils types pour la MAIA-FR, bien que nous observions une convergence entre les problématiques de Romane et de Tim pour l’auto-régulation et la conscience émotionnelle (tableau 4). Par ailleurs, les séances d’activité physique adaptée ont été différentes d’un site à l’autre ce qui peut limiter la standardisation de nos observations. Des études plus standardisées et à plus large échelle permettraient de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse. En revanche, si les résultats à la MAIA-FR ne nous permettent pas de conclure, les résultats à l’ABC qui évalue l’intensité des sensations sont plus contrastés. Dans leur étude Danner et son équipe (2017) annoncent que les couleurs les plus utilisées par leurs participants sont le jaune, l’orange, et le vert pour les zones de l’arrière du corps, tandis que le bleu et le noir sont plus rares. Dans notre étude, nous constatons un usage important du noir et du bleu qui correspondent à une faible intensité de sensations perçues (figures 1 et 2). Ainsi, les adolescents présentent une intensité de sensations perçues relativement faible. Dans notre étude, l’échelle MAIA-FR échoue à révéler une quelconque spécificité de notre échantillon, bien que certains adolescents y présentent des scores atypiques. En revanche, les résultats de l’ABC témoignent d’un décalage de notre échantillon en matière d’intensité des sensations perçues, l’outil semble plus discriminant.

IV.2. Explorer la conscience corporelle par plusieurs voies

47La littérature faisait déjà le lien entre une conscience corporelle satisfaisante et l’engagement dans la pratique physique (Khalsa et al., 2018). Nous le retrouvons ici à travers la corrélation observée entre le niveau d’activité mesuré par le questionnaire CAPAS-AP et la mesure de la conscience émotionnelle dans la MAIA-FR. Nous retrouvons également le lien positif entre la conscience corporelle et l’image du corps également évoqué dans la littérature (Todd et al., 2019). Dans notre cas, ce lien concerne l’image positive du corps et une bonne confiance en son corps, et avec la capacité à ne pas éprouver de détresse émotionnelle par rapport à des sensations d’inconfort (tableau 6). Ces deux types d’échelles permettent d’évaluer la relation affective que les personnes ont avec leur corps à différents niveaux, et il s’avère qu’elle est plutôt satisfaisante chez les adolescents de notre étude. S’il n’est guère surprenant d’observer un rapport au corps positif chez des individus engagés dans des pratiques physiques, cette situation demeure en revanche moins fréquente chez les personnes en situation d’obésité (He et al., 2020 ; Sudres et al., 2013).

48Alors que la MAIA-FR appréhende la sensibilité intéroceptive dans ses dimensions cognitives et affectives, l’ABC propose une approche complémentaire fondée sur l’intensité et la localisation des sensations. Pourtant, nous n’avons pas observé de lien statistique entre les deux. Pour ce type d’analyse, basée sur des corrélations, la faible taille de l’échantillon est déterminante. Plus le lien est modéré ou faible, plus il faudra un échantillon large pour le repérer. S’il nous ne nous est pas possible de conclure sur le lien entre ces deux outils, ils ne semblent pas se substituer l’un à l’autre, mais bien fournir deux clés de compréhension. De plus, le format non verbal présente un avantage en matière d’expression chez un public qui rencontre des difficultés à mettre en mot son vécu (Lefèvre & Marsault, 2021; Sudres et al., 2013) et qui dans certains cas a pu être mis en difficulté par les formulations de l’échelle MAIA-FR. Cependant même si la tâche de coloriage est simple, l’introspection requise pour remplir l’ABC peut être difficilement accessible aux plus jeunes (de moins de 10 ans) comme en témoigne l’exclusion d’un des participants malgré l’aide fournie par l’enseignante APA et la chercheuse.

IV.3. Mesurer l’actualisation de la conscience corporelle

49L’objectif secondaire de notre étude est d’identifier l’effet des séances d’APA sur la conscience corporelle des jeunes. La plupart des échelles comme la MAIA-FR sont conçues pour évaluer un profil plutôt général, sans lien direct à un événement (Mehling, 2020). S’il est intéressant de comprendre le rapport global qu’entretient l’individu avec ses sensations, il est aussi utile pour l’enseignant en activité physique adaptée d’analyser l’effet à court terme, voire immédiat de l’expérience corporelle suscitée lors de la séance. En effet, la conscience corporelle s’actualise continuellement, nos sensations sont par nature fluctuantes puisqu’elles dépendent des stimulations. L’ABC de par sa consigne centrée sur les sensations telles qu’elles sont ressenties sur le moment, est idéal pour la mesure d’un effet à court terme. L’ABC a permis dans notre étude d’identifier des changements dans l’intensité perçue, offrant une représentation graphique à l’expérience vécue à l’issue de la séance d’APA. Pour Victor (figure 3), le lien entre sa pratique du rameur dans la séance et la localisation des intensités les plus fortes sur le dessin est évident.

50Cependant tous les jeunes ayant évoqué des sensations faibles n’ont pas retranscrit une augmentation sur l’ABC 2. Ils sont quatre à maintenir des intensités faibles après la séance. Lorsque le sujet remplit l’ABC 2, quelques minutes se sont écoulées depuis la fin de l’exercice, et il n’est pas exclu que pour certaines personnes l’intensité des sensations ne persiste pas, ou très peu, après l’effort même si des sensations ont été éprouvées pendant l’effort. Claire Liné qui s’est aussi intéressée à la variation de la conscience corporelle à court terme sous l’effet d’un exercice postural démontre aussi l’importance de l’entretien pour relever la complexité de ce vécu dans l’expérience immédiate (Liné et al., 2022). L’étude de la conscience corporelle mérite donc une investigation multidimensionnelle pour mieux saisir son expression dans l’immédiateté de l’expérience, à court terme et à moyen terme.

Conclusion

51La mesure de la conscience corporelle par l’utilisation d’un outil graphique comme l’ABC est complémentaire à l’usage d’échelles. Ce format offre également l’avantage d’être adapté à la mesure d’effets à court terme, comme nous l’avons proposé à l’issue d’une séance d’APA. Dans notre étude l’ABC s’avère discriminant révélant des résultats atypiques à court et moyen terme chez les adolescents en situation d’obésité. Enfin, il apparait que l’étude de la conscience corporelle doit mobiliser une pluralité d’outils et de format pour capturer avec justesse la complexité de l’expérience corporelle.

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Notes

1 La Haute Autorité de Santé (HAS) a publié en février 2023 un guide actualisé du parcours de soins pour l’enfant et l’adolescent en situation de surpoids ou d’obésité, incluant des recommandations graduées et pluridisciplinaires

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Table des illustrations

Titre Tableau 4. Résultats à l’échelle MAIA-FR et à la BAS-2
Légende Légende : (1) Prise de conscience ; (2) Distraction ; (3) Inquiétude ; (4) Attentionnelle (5) Conscience émotionnelle ; (6) Auto-régulation, (7) Écoute du corps ; (8) Confiance ; NA = donnée non disponible ; case orange = score moyennement faible ; case rouge = score très faible ;
URL http://journals.openedition.org/rechercheseducations/docannexe/image/19202/img-1.png
Fichier image/png, 23k
Titre Figure 1. Résultats à l’ABC 1
URL http://journals.openedition.org/rechercheseducations/docannexe/image/19202/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 76k
Titre Figure 2. Résultats à l’ABC 2
URL http://journals.openedition.org/rechercheseducations/docannexe/image/19202/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 76k
Titre Figure 3. ABC 1 et 2 de Victor
Légende Légende : 5 (Orange) = “Je perçois dans le détail” ; 4 (Jaune) = “Je perçois distinctement” ; 3 (Vert)= “Je perçois” ; 2 (Bleu) = “Je perçois indistinctement” ; 1 (Noir) = “Je ne perçois pas”.
URL http://journals.openedition.org/rechercheseducations/docannexe/image/19202/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 348k
Titre Figure 4. ABC 1 et 2 de Romane
URL http://journals.openedition.org/rechercheseducations/docannexe/image/19202/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 408k
Titre Figure 5. Graphiques de dispersion
URL http://journals.openedition.org/rechercheseducations/docannexe/image/19202/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 40k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Marie Agostinucci et Lisa Lefèvre, « Dessins et corps sensibles : évaluer la conscience corporelle des adolescents en situation d’obésité dans un contexte d’APA  »Recherches & éducations [En ligne], 32 | 2026, mis en ligne le 01 juin 2026, consulté le 16 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rechercheseducations/19202 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16kl8

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Auteurs

Marie Agostinucci

Équipe de recherche en sport et sciences sociales UR1342 (E3S), faculté des sciences du sport de l’université de Strasbourg

Articles du même auteur

Lisa Lefèvre

Équipe de recherche en sport et sciences sociales UR1342 (E3S), Haute école pédagogique de Vaud (HEP)

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Droits d’auteur

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