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Scénographies de manuscrits littéraires : des discours de l’exposition aux promesses de la réception

Faire éclore l’écriture vivante sous vitrine. Exposer les manuscrits littéraires dans l’espace d’exposition

Living Writing in Glass Cases. Exhibiting Literary Manuscripts in the Gallery Space.
Camille Van Vyve

Résumés

Cet article examine l’évolution des mises en scène de manuscrits littéraires au sein des expositions littéraires, ainsi que leurs implications en termes de réception. De nouvelles tendances muséographiques remettent en question la prédominance et la sacralité du livre imprimé, accordant davantage d’importance aux documents qui précèdent (souvent) la publication et la diffusion de l’œuvre. Cette réévaluation du patrimoine littéraire ne se présente cependant pas de manière univoque, présentant différentes perspectives.

En considérant le manuscrit comme une trace d’une personnalité, ou en tant qu’objet ayant une valeur documentaire, voire comme un artefact artistique, les expositions adoptent des discours variés, influençant la perception des visiteurs. Le présent article trace, à travers quelques cas concrets, trois stratégies muséographiques distinctes visant à mettre en valeur ces objets patrimoniaux, tout en soulignant la diversité des logiques de visite qu’elles induisent.

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Texte intégral

  • 1 À la suite de Louis Hay, figure fondatrice des études génétiques, de nombreux chercheurs conçoivent (...)

1La matérialisation de la littérature passe par une longue tradition de l’imprimé : depuis le milieu du xixe siècle et la massification de la production des imprimés, le livre est profondément lié à l’imaginaire du fait littéraire. De ce fait, le livre, support des savoirs (littéraires ou autres) par excellence selon la tradition occidentale, a acquis un statut quasiment incontestable au sein des musées et des expositions littéraires, au sens où il véhicule une autorité en donnant accès à la version établie de l’œuvre littéraire, reléguant le statut du manuscrit1 souvent au second plan.

  • 2 Marie-Clémence Régnier, « Le livre, emblème de l’exposition littéraire ? Enjeux croisés de la muséa (...)
  • 3 Almuth Grésillon, « Les manuscrits littéraires : le texte dans tous ses états », Pratiques, vol. 57 (...)
  • 4 Jean-Baptiste Chantoiseau, « Sortir du littéraire et réexposer Flaubert. Les enjeux scientifiques d (...)
  • 5 Kathryn Sutherland, Why Modern Manuscripts Matter, Oxford, Oxford University Press, 2022.

2Néanmoins, de nouvelles tendances muséographiques font que les grands volumes et les éditions rares ne monopolisent plus autant les vitrines2 et que l’on évite désormais les dispositifs du type « salle à trésors ». Parallèlement, chercheurs3 et conservateurs4 ont constaté une place croissante accordée à la mise en scène d’un document qui précède souvent l’étape finale de l’œuvre : le manuscrit littéraire. L’attirance croissante pour ces objets revêt d’ailleurs une pertinence accrue à l’heure où les logiciels de traitement de texte sont omniprésents et où les archives littéraires montrent une nette diminution des documents papier5.

3Serait‑il exact d’affirmer que le manuscrit a gagné en importance au sein de l’espace d’exposition ? Et si tel est le cas, peut‑on l’expliquer ? En tant qu’objet culturel doté d’un pouvoir expressif, comment influence‑t-il la perception du fait littéraire par le public ? Cet article trace à l’aide de quelques cas précis les stratégies muséographiques et les codes de comportement qu’elles sous-entendent.

Les logiques de réception induites par le manuscrit exposé : une perspective tripartite

4Certes, les regards portés sur cet objet ont évolué au fil du temps, bien au‑delà de sa simple fonction de support d’écriture et de transmission : d’un véritable sacre du manuscrit jusqu’à la claire dénonciation de toute forme de culte pour cet objet. Ainsi, les conservateurs ont cherché à donner une nouvelle existence à leurs collections, mettant en évidence les nombreuses facettes de leur valeur patrimoniale. Comme l’a souligné Sutherland, les manuscrits renferment différentes dimensions :

Les manuscrits sont des objets « curieux » : c’est‑à-dire des objets de révérence et de connaissance, dont les fins relèvent à la fois de la magie et de la preuve. Ce sont également des artefacts dont la dimension esthétique devient apparente au fil du temps et lorsqu’ils acquièrent une nouvelle signification au sein de la collection6.

5Leur aspect magique est intrinsèquement lié à la personne créatrice dont le pouvoir d’attestation est associé à leur contenu alors que leur esthétisation découle de leur matérialité. Ceci nous amène à considérer le manuscrit en tant qu’entité composée de trois éléments indissociables (fig. 1) : la figure de l’auteur, incarnée par le nom propre garant du texte ; l’œuvre conceptuelle, immatérielle ; et l’objet matériel, tangible et visuel.

Figure 1. – Une perspective tripartite sur les logiques de réception du manuscrit exposé.

Figure 1. – Une perspective tripartite sur les logiques de réception du manuscrit exposé.

6Sur ces trois dimensions viennent s’ancrer différentes stratégies curatoriales (discursives et scénographiques), qui sont constitutives de la réception de l’objet exposé. En effet, chaque mise en scène oriente le regard vers une relation privilégiée avec l’objet, suggérant ainsi des codes de comportement au public. En revanche, l’inscription d’une stratégie dans un de ces trois pôles ne conduit pas automatiquement à une négligence complète des autres : les éléments de cette triade s’entrecoupent et la multiplication des discours peut venir renforcer ou enrichir l’ensemble.

7Ces trois dimensions serviront de grille de lecture à cet article afin de répertorier les différentes stratégies curatoriales et les postures de visite induites par le manuscrit exposé. Par ailleurs, parcourir ces éléments-clés dans l’ordre mentionné n’est pas exempt de signification. À nos yeux, le poids de chaque pôle a évolué au fil du temps, à tel point que nous sommes capables de tracer une ligne de force dans le champ culturel. L’hypothèse sous-jacente est que l’organisation des expositions littéraires reflète un déplacement du paradigme de l’écrivain, et de l’œuvre en tant que concept, vers celui de l’objet manuscrit, exerçant une influence particulière sur nos modes de perception du fait littéraire. Toutefois, l’objectif n’est pas de mener une analyse historiographique exhaustive, mais plutôt de mettre en lumière certaines tendances et dynamiques qui émergent au sein du paysage contemporain des expositions littéraires, essentiellement dans un contexte francophone. Les expositions ont été choisies en raison de leur contribution à la manière dont le manuscrit littéraire est mis en scène et valorisé.

La trace d’une personnalité illustre suscite de l’admiration

  • 7 Paul Bénichou, Le sacre de l’écrivain, 1750‑1780. Essai sur l’avènement d’un pouvoir spirituel laïq (...)
  • 8 M. O. Germain, « Manuscrits en gloire ? », dans M. O. Germain et D. Thibault (éds), Brouillons d’éc (...)

8Un premier pouvoir d’attraction du manuscrit littéraire réside dans sa capacité à susciter la présence de l’écrivain et, en tant que tel, il fait l’objet d’un long processus de valorisation. À partir du xviiie siècle, période également connue comme « le sacre de l’écrivain7 », la figure de l’écrivain est mise sur le devant de la scène littéraire. Une conséquence majeure de cette vénération est la réévaluation significative de tout ce qui porte l’empreinte créatrice de l’auteur, à un tel niveau qu’on parle dorénavant du « sacre du manuscrit8 », stimulant la collecte, la conservation et la valorisation de ce type de documents. Dans le domaine de la muséologie, cet âge d’or du manuscrit moderne atteint son apogée à l’époque romantique, coïncidant avec l’engouement pour les maisons-musées et connait un net regain dans la deuxième moitié du xxe siècle, comme le note Marie-Clémence Régnier :

  • 9 M.‑C. Régnier, art. cité, p. 443.

Le retour sur le devant de la scène de l’auteur depuis le Nouveau Roman et l’affirmation de la Nouvelle Critique, conjugué à un regain d’intérêt pour la biographie et les « lieux de mémoire », assure aux objets évoquant l’Auteur, son milieu et son activité une place de choix dans l’exposition littéraire9.

  • 10 Suzanne MacLeod, Laura Hourston Hanks et Jonathan Hale (éds), Museum Making: Narratives, Architectu (...)
  • 11 Voir également ce que Nathalie Heinich appelle une « valeur de présence des personnes, [le] sentime (...)
  • 12 Notion proposée par l’historien de l’art Krzysztof Pomian (voir Le musée, une histoire mondiale, Pa (...)

9Comment ce pouvoir auratique opère‑t-il exactement au sein de l’espace muséal et quel message transmet‑il précisément ? Le musée — en tant que lieu intrinsèquement marqué par le vide, tant temporel (entre le passé évoqué et le présent des visiteurs) que géographique (entre des lieux distants), ou même culturel et sociétal (entre différentes visions du monde et groupes de visiteurs10) — trouve dans l’utilisation des traces écrites un moyen précieux de restituer l’âme de l’auteur dans l’espace d’exposition11. Dans ce contexte, l’objet-manuscrit opère comme un lien essentiel entre son créateur et son observateur, comme une interface tangible et émotionnelle entre l’auteur et le lecteur. En agissant de la sorte, le manuscrit se présente comme un sémiophore12, réduisant les distances temporelles et spatiales.

10Vu l’empreinte émotionnelle inscrite dans sa matérialité, le manuscrit se présente encore plus qu’un livre comme un catalyseur d’imagination. Ainsi, les papiers et les carnets authentiques deviennent les dépositaires de l’image de l’auteur et, pendant la visite, il s’agit de surprendre les conditions de l’écriture, inscrites dans l’encre et le papier, dans le geste de l’écriture, et qui tendent à s’estomper une fois les mots imprimés. En l’occurrence, la façon dont ces supports d’écriture sont sélectionnés et agencés dans l’espace offre des clés de lecture aux visiteurs. Pour illustrer ce propos, l’exposition Manuscrits de l’extrême, organisée par la Bibliothèque nationale de France (BnF, 9 avril-7 juillet 2019) mettait en avant des billets et des notes écrits par des personnes s’étant retrouvées dans des situations extrêmes. Présentés dans une lumière parcimonieuse, ces objets, « dépositaires d’émotions non contenues, de sentiments pris sur le vif13 », permettaient au public de pénétrer le monde intérieur d’auteurs et de scripteurs anonymes, en plus de faciliter l’identification et de stimuler l’admiration.

11Lorsqu’un auteur atteint un certain degré de renommée, l’objet-manuscrit acquiert un statut de relique, un objet imprégné de valeur cultuelle. L’image de la « pop star » et l’autorité du « grantécrivain » planent telles des fantômes sur les dispositifs de monstration, lesquels sont souvent centrés sur la célébration de l’artiste. Cette sacralisation du manuscrit est souvent marquée scénographiquement (lumière, emplacement, etc.) et muséographiquement (il est entouré de correspondances personnelles, de portraits, voire d’autres objets personnels ayant appartenu à l’homme ou à la femme de lettres en question). L’exemple le plus emblématique réside dans la présentation de la signature de l’écrivain, qui authentifie le document et le nimbe d’une aura. La reproduction d’autographes et de calligraphies se manifeste de différentes manières dans l’histoire des expositions littéraires, mais une exposition récente illustre parfaitement cette démarche. Les scénographes et les commissaires de Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre (BnF, 11 octobre 2022-22 janvier 2023) ont préservé l’aspect manuscrit de certaines phrases clés en les reproduisant en en‑tête de chaque salle (fig. 2, 3 et 4). On dirait presque que Marcel Proust lui‑même a écrit ces mots sur les cimaises, tant la sensation de présence est manifeste. Notons en passant que l’illisibilité de certains de ces documents contribue paradoxalement à leur valeur d’exposition et ne fait qu’augmenter leur succès.

Figure 2. – Prise de vue d’une des salles de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

Figure 2. – Prise de vue d’une des salles de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

© BnF, Paris, photographies par Camille Van Vyve.

Figure 3. – Prise de vue d’une des salles de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

Figure 3. – Prise de vue d’une des salles de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

© BnF, Paris, photographies par Camille Van Vyve.

Figure 4. – Prise de vue d’une des salles de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

Figure 4. – Prise de vue d’une des salles de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

© BnF, Paris, photographies par Camille Van Vyve.

Le visiteur-enquêteur, ou la découverte de la fabrique de l’œuvre

  • 14 Emmanuèle Payen, « Le texte et l’image. Construire un récit d’exposition autour des arts graphiques (...)

12En deuxième lieu, le manuscrit permet de dévoiler les arcanes de la création littéraire. L’émergence de la génétique textuelle et l’intérêt qu’elle porte aux documents associés au texte, tels que les brouillons, les notes, les plans et les croquis ont conduit à la reconnaissance du potentiel de ces documents pour le développement des expositions littéraires, mettant en lumière leur valeur intrinsèque comme sources fondamentales pour comprendre une œuvre. Autrement dit, le manuscrit se présente cette fois‑ci comme la réification de l’œuvre, plutôt que comme l’incarnation de l’auteur. Selon Emmanuelle Payen, commissaire de la Bibliothèque publique d’information (Bpi), il s’agit de « la confrontation du visiteur avec le réel, le concret, le matériel, comme trace du processus de la création14 ».

  • 15 Heike Gfrereis, « Wie man Hölderlin in einer Ausstellung lesen kann », Goethe Yearbook, vol. 29, no(...)
  • 16 Les installations de bibliothèques et les salons de lectures avec des imprimés sont des pratiques c (...)

13Comment les commissaires parviennent‑ils à faire percevoir cette valeur spécifique des manuscrits, étant donné que celle‑ci repose avant tout sur un contenu textuel ? Les visiteurs ont généralement peu d’opportunités d’engager une expérience de lecture profonde au sein d’un environnement d’exposition, tendant à parcourir rapidement les textes plutôt qu’à les lire en profondeur15. Alors que les pratiques curatoriales actuelles ont tendance à sortir les imprimés, souvent de faible valeur marchande, de leurs vitrines afin de recréer des conditions qui rappellent davantage nos habitudes de lecture à domicile, les manuscrits, en raison de leur fragilité et de leur caractère unique, demeurent généralement exposés dans des vitrines ou sous des cadres16. Par conséquent, les commissaires doivent envisager d’autres stratégies pour accrocher le regard. En premier lieu, l’utilisation d’effets lumineux ou l’isolement d’un manuscrit dans une vitrine peut être considérée, nécessitant ainsi un déplacement spécifique des visiteurs dans l’espace, ce qui encourage une attention accrue. Une autre approche consiste à incliner la ou les pages manuscrite(s), imitant ainsi la tenue d’un livre, ou à créer des espaces visuellement plus ergonomiques — y inclus des zones pour s’asseoir. Un excellent exemple de cette approche est l’emplacement du manuscrit autographe de Mon cœur mis à nu, présenté dans l’exposition Baudelaire, la modernité mélancolique (BnF, 3 novembre 2021-13 février 2022, fig. 5) : délibérément écarté du parcours de visite, ce document est amplifié par des effets de lumière. En plus, un fragment audio est accessible via une douche sonore, offrant une expérience immersive pour explorer ce texte emblématique.

Figure 5. – Prise de vue de l’exposition Baudelaire, la modernité mélancolique, 3 novembre 2021-13 février 2022.

Figure 5. – Prise de vue de l’exposition Baudelaire, la modernité mélancolique, 3 novembre 2021-13 février 2022.

© BnF, Paris, photographie par Camille Van Vyve.

  • 17 Alban Cerisier et Anne Monier-Vanryb (dir.), À la rencontre du petit prince, Paris, Gallimard / Mus (...)

14Outre ces éléments scénographiques, la médiation écrite joue également un rôle essentiel dans la réception, offrant des clés de lecture plus ou moins directives. Parfois, la rédaction des cartels explicatifs s’apparente à un véritable travail éditorial, comme en témoignent ceux disposés dans l’exposition À la rencontre du Petit Prince (Musée des Arts décoratifs, 17 février-26 juin 2022). Les feuillets du manuscrit original du célèbre conte sont accompagnés tout au long du parcours de cartels qui, tout comme le catalogue17, reprennent des extraits significatifs de chaque page avec un commentaire en français et en anglais. Ainsi, les textes d’accompagnement — ou le paratexte — encombrent le texte original. Dans cette perspective de médiation étroitement orientée, certains commissaires veillent également à prendre le visiteur par la main, métaphoriquement parlant, l’incitant ainsi à explorer divers aspects d’un manuscrit exposé et à adopter une perspective d’enquêteur. En examinant de plus près le travail graphique effectué sur les cartels de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre (fig. 6 et 7), on observe par exemple que l’extrait est non seulement retranscrit en signalétique, mais que le profil du document original est également reproduit, indiquant l’endroit de la citation, pour guider la lecture d’une section particulière.

Figure 6. – Prise de vue de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

Figure 6. – Prise de vue de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

© BnF, Paris, photographies par Camille Van Vyve.

Figure 7. – Prise de vue de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

Figure 7. – Prise de vue de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

© BnF, Paris, photographies par Camille Van Vyve.

15Assurer la transmission textuelle est une chose, mais qu’exprime‑t-on au juste à travers ces mises en scène ? Dans cette optique, il importe de remarquer une lente évolution dans l’utilisation du manuscrit, tant dans ses scénographies qu’au niveau discursif. D’un côté, le document écrit est mis en avant comme une étape intermédiaire, qui tend vers sa forme définitive, à savoir le livre. De l’autre côté, se propage un discours plus universaliste, moins linéaire, où l’objectif est de considérer le manuscrit comme une œuvre autonome, dans la ligne de pensée de Thiery Davila (voir note 1). Essayons d’éclaircir ces deux postures plus en détail à l’aide de quelques exemples.

16La posture la plus largement répandue dans la mise en scène du manuscrit souligne une vision téléologique : le document exposé serait en ce sens toujours une ébauche, qui tend vers sa forme livresque. Cette vision peut se manifester à différents niveaux d’une exposition : tant sur le plan général, que dans la composition des séquences narratives, voire dans l’agencement des objets environnant le manuscrit. Par exemple, la reprise, tome par tome, de l’ouvrage célèbre À la recherche du temps perdu dans l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre démontre l’intérêt porté à la conception de l’œuvre dans un parcours progressif et clairement chronologique. Chaque salle étant dotée de manuscrits, apportés comme preuve, le visiteur ressent fortement la visée finale de l’exposition : la publication, posthume, des deux volumes de l’ouvrage. Chronologiser les apparitions de certaines citations, ou mots significatifs dans différentes séquences narratives peut même en venir à établir une véritable ligne de temps. Ainsi, dans la deuxième salle de l’exposition mentionnée (fig. 8), la séquence de transformations dans les manuscrits — numérotée (!) — révèle comment la fameuse madeleine de Proust s’est d’abord contentée de n’être qu’un pain rassis, du simple pain grillé, hésitant ensuite à devenir une très ordinaire biscotte. Le public, devenu généticien le temps de l’exposition, s’apprête ainsi à dénicher la première apparition du mot dans les documents exposés et à reconstituer le scénario de l’invention d’une scène devenue iconique.

Figure 8. – Prise de vue de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

Figure 8. – Prise de vue de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

© BnF, Paris, photographie par Camille Van Vyve.

17Finalement, les artefacts exposés à proximité influencent également le regard du public. Souvent pensé en binôme, le manuscrit s’accompagne très régulièrement d’une version imprimée dans une vitrine, comme dans l’exemple de Colette | Écrire, pouvoir écrire (Fondation Jan Michalski, 14 janvier-2 avril 2023, fig. 9). Face aux manuscrits et imprimés de La Fin de Chéri (1926), le visiteur s’active dans un jeu de comparaison entre les différentes étapes de l’écriture. En somme, une logique démonstrative, voire prescriptive, lui impose un regard téléologique sur les manuscrits, comme préfiguration de l’ouvrage final, imprimé, véritable détenteur de l’œuvre conceptuelle. Telle présentation d’un manuscrit est hantée par la question pourquoi : pourquoi l’auteur a‑t-il écarté tel mot, pourquoi s’est‑il arrêté ? Mais s’ouvre aussi la question du comment.

Figure 9. – Prise de vue de l’exposition Colette | Écrire, pouvoir écrire, 14 janvier-2 avril 2023.

Figure 9. – Prise de vue de l’exposition Colette | Écrire, pouvoir écrire, 14 janvier-2 avril 2023.

© Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature, Montricher, photographie par Camille Van Vyve.

  • 18 Imec, « La Rage d’écrire. De Gustave Flaubert à Peter Handke », s.d., disponible en ligne sur <www. (...)

18De nos jours, ce changement de perspective est perceptible dans de nombreux discours de commissaires d’exposition. Une exposition contemporaine permettant d’illustrer cette approche serait l’exposition La Rage d’écrire. De Gustave Flaubert à Peter Handke, montée à l’Imec (20 juin-23 octobre 2022). Axée sur la question « Comment ça commence ? Quand ça commence ? Comment ça s’écrit ? », cette exposition « explore la fabrique, les repentirs comme les fulgurances, les hésitations, les défaites, les humeurs […] (p)arce qu’il n’y a pas d’invention sans tâtonnements ni sans errances, parce qu’il n’y a pas de littérature sans rature18 ». Délaissant délibérément le parcours biographique ou chronologique, l’exposition adopte une perspective transversale, traçant ainsi le cheminement de l’acte d’écriture. Sa valeur réside principalement dans la révélation du processus créatif lui‑même, au‑delà de la simple biographie de l’auteur, qui, elle, demeure largement absente dans les supports de médiation. De plus, l’égalité de traitement accordée à divers auteurs, de différentes nationalités et époques littéraires, contribue à atténuer l’importance du contexte historique et social et concourt à l’universalité du travail littéraire. Cette transition suggère que l’œuvre manuscrite elle‑même, en tant qu’entité littéraire autonome, est désormais au cœur de l’exposition, quasiment indépendamment de la vie de l’écrivain, voire du livre. Cela signifie que les expositions de manuscrits littéraires se sont efforcées de montrer comment l’œuvre transcende son contexte historique et culturel immédiat pour devenir une expression plus vaste et intemporelle du geste artistique.

Une œuvre à part entière

19Le troisième cas de figure se rapporte à la présentation du manuscrit littéraire en tant qu’objet matériel, livré à la contemplation. En effet, le manuscrit sert autant de support aux bribes de textes que de matériau artistique et d’espace d’expérimentation. Certains dispositifs muséographiques cherchent à mettre en valeur ces aspects — qu’il s’agisse de qualités matérielles ou visuelles — allant jusqu’à neutraliser, voire gommer le contexte historique et intellectuel dans lequel le texte s’inscrit. Clairement, cette mise en exposition implique avant tout une appréciation esthétique de la part du public.

  • 19 L’affichage de manuscrits sur de grandes bannières de tissu, des enluminures sur des fonds de vitri (...)

20À cet égard, viennent immédiatement à l’esprit les fac‑similés et toutes sortes de reproductions de ces artefacts, qui contribuent à créer une atmosphère singulière19. Bien que ces stratégies revêtent un intérêt indéniable, la valeur esthétique d’un manuscrit ne se limite nullement à ces éléments le plus souvent employés à des fins purement décoratives. Certes, ces approches engagent profondément les visiteurs dans une expérience esthétique et sensorielle, mais nous souhaitons également nous tourner vers l’utilisation de documents authentiques qui invitent à un regard autre, notamment à voir le manuscrit comme un objet en soi plutôt que comme une « simple » trace écrite.

  • 20 Dirk Van Hulle, « Modern Manuscripts », dans Deidre Shauna Lynch (éd.), Oxford Research Encyclopedi (...)
  • 21 Cheryl Simon, « Introduction: Following the Archival Turn », Visual Resources, vol. 18, no 2, 2011, (...)

21Cette approche a en grande partie été impulsée par le tournant archivistique (the archival turn en anglais) dans les années 1990, qui a élargi notre compréhension des archives et des collections patrimoniales au‑delà de leur simple fonction de préservation de la mémoire historique20. Ayant connu un grand retentissement dans le monde de l’art et sur les pratiques curatoriales21, cette évolution a ouvert de nouvelles possibilités pour la mise en scène des manuscrits dans les expositions littéraires. Plutôt que de les considérer uniquement comme des documents historiques, les expositions les abordent désormais également comme des artefacts culturels complexes, dignes d’une contemplation esthétique.

22Les commissaires d’une exposition littéraire se trouvent confrontés à un défi crucial : comment diriger l’attention des visiteurs vers la plasticité de l’objet lorsqu’il reste confiné dans une vitrine ? Diverses stratégies de médiation sont à leur disposition, mais il est essentiel de rappeler que l’institution qui accueille une exposition, qu’elle soit littéraire ou non, exerce déjà une influence fondamentale sur l’attitude des commissaires en charge et du public et, par extension, sur la façon dont les objets-manuscrits sont exposés et perçus. L’inscription, par exemple, d’une grande rétrospective sur le poète-peintre Christian Dotremont au programme des expositions des Musées royaux des Beaux‑Arts de Belgique (Christian Dotremont, peintre de l’écriture, 28 avril-7 août 2022), n’a pas facilité la tâche des Archives et Musée de la Littérature qui a eu la charge de valoriser, à partir de ses fonds, ses activités littéraires. Il est indéniable que l’exposition de ses logogrammes ne suscitera pas les mêmes réactions dans ce haut lieu des arts plastiques, où l’art visuel règne en maître, avec ses murs blancs propices à la contemplation, que dans des institutions culturelles de conservation, comme une bibliothèque ou des archives.

23Outre ce contexte institutionnel, la séquence narrative dans laquelle l’objet-manuscrit s’inscrit influence grandement sa réception. Sa mise en exposition au même niveau que d’autres pièces influence le changement de statut de l’objet-manuscrit, dont nous avons repéré trois cas spécifiques. En premier lieu, mettre un manuscrit littéraire à l’alignement d’un ensemble d’objets visuellement parlants, tels que des peintures, des gravures ou des affiches a pour effet de reléguer la valeur documentaire à l’arrière-plan, au profit d’une approche esthétisante plus prononcée. Un exemple éloquent de cette dynamique peut être observé dans l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre (fig. 10), où les épreuves sont mises à la même hauteur que certaines œuvres picturales. En raison de leur emplacement vertical et de leur encadrement, ces brouillons invitent à une contemplation plus éloignée, à l’opposé des livres exposés horizontalement derrière des vitrines fermées, qui demandent un rapprochement de la part du visiteur et donc une attention renforcée.

Figure 10. – Une suite d’épreuves et d’œuvres picturales dans Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

Figure 10. – Une suite d’épreuves et d’œuvres picturales dans Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

© BnF, Paris, photographie par Camille Van Vyve.

24En deuxième lieu, quoique l’association d’un manuscrit à des objets en trois dimensions puisse sembler inhabituelle à première vue, certaines mises en scène explorent la dimension sculpturale de ces documents, grâce à la création de socles sur mesure — prouesse technique et esthétique remarquable. Ainsi, l’art du soclage aide à disposer des manuscrits hors taille et hors forme, comme cela a été le cas avec les paperoles de Marcel Proust dans des vitrines à double face (fig. 11 et 12). Que ce soit intentionnel ou non, le manuscrit apparaît d’une manière plus spectaculaire que s’il était à plat. Un autre exemple se trouve dans la mise en scène de La Prose du transsibérien de Blaise Cendrars et Sonia Delaunay dans l’exposition éponyme qui s’est tenue à la Fondation Jan Michalski (26 octobre 2017-14 janvier 2018). Dans ce cas, un socle a été conçu pour reproduire le pliage en accordéon du leporello, sur lequel reposait le manuscrit authentique, mettant ainsi en évidence l’unicité du support papier.

Figure 11. – Les paperoles de Marcel Proust dans un dispositif fait sur mesure, Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

Figure 11. – Les paperoles de Marcel Proust dans un dispositif fait sur mesure, Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

© BnF, Paris, photographies par Camille Van Vyve.

Figure 11. – Les paperoles de Marcel Proust dans un dispositif fait sur mesure, Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

Figure 11. – Les paperoles de Marcel Proust dans un dispositif fait sur mesure, Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.

© BnF, Paris, photographies par Camille Van Vyve.

25En plus des stratégies précédemment abordées, il convient de mentionner l’incorporation d’un manuscrit dans une installation à caractère artistique. Sans forcément revendiquer un geste artistique au sens propre, certaines pratiques curatoriales, dans la veine du tournant archivistique, entendent réactualiser ce matériel documentaire en l’agençant de manière originale. Un exemple de cette approche se trouve dans l’exposition Tables de montage (Imec, 5 mai-22 octobre 2023), où les fiches de lecture manuscrites de Georges Didi-Huberman, le commissaire invité, sont soigneusement disposées sur la cimaise de gauche, créant un tableau de fiches monumental qui entrave une lecture traditionnelle. Ainsi, il semble que ces fiches ne sont pas exposées dans le but d’être lues, mais plutôt d’être vues (fig. 13). Cette démarche artistique, même si elle n’est pas forcément revendiquée par l’institution ou les commissaires, engage notre réflexion sur la manière dont la réinterprétation d’objets littéraires peut susciter un nouveau regard sur le patrimoine littéraire, faisant de la littérature une œuvre ouverte à divers interprétations et dialogues avec d’autres disciplines ou formes artistiques. De manière intéressante, la multiplication ou la sérialité de tels objets et le design de l’espace tendent à initier ce regard autre.

Figure 13. – Installation des fiches de lecture dans l’exposition Tables de montage, 5 mai-22 octobre 2023.

Figure 13. – Installation des fiches de lecture dans l’exposition Tables de montage, 5 mai-22 octobre 2023.

© Imec, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, photographie par Camille Van Vyve.

26En somme, dans un contexte muséographique en constante évolution, ces approches encouragent une exploration plus profonde des relations entre le texte, le visuel et le tangible, conduisant à une réflexion plus approfondie sur la manière dont les manuscrits s’inscrivent dans une histoire plus large de la matérialité de l’écriture.

Pour une écriture vivante

  • 22 Jean Davallon, « Le musée est‑il vraiment un média ? », Culture & Musées, vol. 2, no 1, 1992, p. 99 (...)

27Avec la reconnaissance du statut de l’écrivain, mouvement initié au xviiie siècle, et l’envol des études génétiques, entre autres, l’intérêt pour le manuscrit n’a cessé d’augmenter, et sa valeur d’évoluer. Ce processus de muséalisation du manuscrit littéraire peut, comme on l’a vu, revêtir des formes diverses, qui varient en fonction des objectifs scientifiques et culturels de chaque institution, de chaque exposition. Une telle affirmation permet de confirmer le fait que les objets-manuscrits mis en exposition sont aussi des « êtres de langage22 » dont les usages et la signification évoluent au fil du temps et selon les contextes.

  • 23 Gunther Kress et Theo van Leeuwen, Multimodal Discourse. The Modes and Media of Contemporary Commun (...)

28Au détour de cet article, nous avons discerné trois contextes principaux, autour desquels gravitent les scénographies et les postures de visite induites dans les musées et bibliothèques, que l’on peut synthétiser en une posture d’admirateur, une posture d’enquêteur-observateur et une posture de contemplateur. Retirés de leur contexte natif et de leurs fonctions originelles d’outil d’écriture et de transmission, ces objets-manuscrits concourent respectivement à une consécration de la figure de l’auteur, une valorisation de la création littéraire et une esthétisation d’un objet textuel. En conformité avec le constat selon lequel une exposition moderne englobe de multiples discours23, il importe de noter que les interactions proposées se chevauchent parfois au sein d’une même exposition, enrichissant la diversité des perspectives et des significations que les visiteurs peuvent extraire de la présentation muséale.

  • 24 N. Prottas, ouvr. cité.
  • 25 Olivia Rosenthal et Lionel Ruffel, « Introduction », Littérature, « La littérature exposée », vol.  (...)

29Nous avons commenté quelques stratégies et dispositifs parmi lesquels certaines manipulations (discursives, spatiales, sensorielles, artistiques, etc.) opèrent des transformations importantes dans la médiation et, partant, les rapports avec les manuscrits littéraires. Ainsi, le culte de l’écrivain a parfois conduit à une fétichisation et, partant, à un traitement des manuscrits en tant qu’objets religieux, une tendance que maints commissaires cherchent désormais à éviter24. Afin de dépasser le seul usage scientifique ou documentaire et le regard téléologique porté sur un manuscrit, nous constatons que, du moins pour une grande partie des expositions étudiées, l’interrogation s’est déplacée du pourquoi vers le comment. En d’autres termes, elle s’est éloignée du produit achevé vers une œuvre en mouvement, de l’écrit vers l’écriture vivante. De manière intéressante, ce déplacement « n’est pas sans lien avec les approches contemporaines de l’art dans lesquelles le geste artistique prime sur l’objet réalisé25 », comme le constatent Rosenthal et Ruffel. Vu la montée des possibilités dans les techniques scénographiques, les commissaires s’efforcent tout de même de trouver un équilibre pour ne pas trop spectaculariser l’objet-manuscrit.

30Ce changement de focale conduit‑il alors à éclipser l’ouvrage imprimé ? Certes, des expositions essentiellement dédiées aux manuscrits attestent aujourd’hui d’une remise en perspective de l’omniprésence du support livresque, mais, loin de le remplacer, le manuscrit est susceptible de déplacer le point d’attention et de donner un nouveau visage au patrimoine littéraire : ces expositions concourent de ce fait à la connaissance de la littérature comme activité. C’est le texte en devenir qui domine désormais la scène.

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Notes

1 À la suite de Louis Hay, figure fondatrice des études génétiques, de nombreux chercheurs conçoivent le manuscrit littéraire toujours en binôme, à savoir en lien avec son produit final présumé — le livre, sous-entendant une forme d’inaboutissement de ce premier. L’historien de l’art Thierry Davila ouvre la voie à une nouvelle conception, plus ouverte, des manuscrits : « des objets qui ont eu à un moment donné et selon des procédures diverses affaire avec la main créatrice d’un artiste, d’un écrivain ou d’un philosophe ». Cette définition permet désormais de les considérer comme des formes particulières, c’est‑à-dire des créations autonomes, des œuvres achevées, conçues pour une existence propre sans passer par l’industrie imprimée. Dans le cadre de la présente étude, nous avons choisi, pour des raisons de cohérence et de délimitation du corpus, d’analyser principalement les manuscrits littéraires modernes, et ceci tant sous leur forme aboutie que non aboutie, dans la ligne de pensée de Davila. Voir Thierry Davila, Unique(s) — Carnets écrits, dessinés, inimprimés, Paris, MAMCO / Fondation Martin Bodmer / Flammarion, 2018, p. 11.

2 Marie-Clémence Régnier, « Le livre, emblème de l’exposition littéraire ? Enjeux croisés de la muséalisation du livre et de la littérature », Papers of The Bibliographical Society of Canada, vol. 52, no 2, 2014, p. 441‑442.

3 Almuth Grésillon, « Les manuscrits littéraires : le texte dans tous ses états », Pratiques, vol. 57, no 1, 1988, p. 107‑122 ; Nathaniel Prottas, « Beyond the Cult of the Author: The Literary Museum Today », Journal of Museum Education, vol. 45, no 3, 2020, p. 221‑225.

4 Jean-Baptiste Chantoiseau, « Sortir du littéraire et réexposer Flaubert. Les enjeux scientifiques de l’exposition “Flaubert, corps et âme” (2022‑2023) », Variations patrimoniales. Le carnet de l’INP, 2022, disponible en ligne sur <doi.org/10.58079/qd1m> ; Yves Gagneux, « Concevoir le projet d’une maison d’écrivain : le cas de la Maison de Balzac à Paris », Culture & Musées, vol. 34, 2019, p. 272‑276.

5 Kathryn Sutherland, Why Modern Manuscripts Matter, Oxford, Oxford University Press, 2022.

6 Ibid., [Abstract], disponible en ligne sur <doi.org/10.1093/oso/9780192856517.003.0001>. Je traduis.

7 Paul Bénichou, Le sacre de l’écrivain, 1750‑1780. Essai sur l’avènement d’un pouvoir spirituel laïque dans la France moderne, Paris, Joseph Corti, 1973.

8 M. O. Germain, « Manuscrits en gloire ? », dans M. O. Germain et D. Thibault (éds), Brouillons d’écrivains, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2001, p. 42.

9 M.‑C. Régnier, art. cité, p. 443.

10 Suzanne MacLeod, Laura Hourston Hanks et Jonathan Hale (éds), Museum Making: Narratives, Architectures, Exhibitions, Londres, Routledge, 2012.

11 Voir également ce que Nathalie Heinich appelle une « valeur de présence des personnes, [le] sentiment d’une rencontre, d’un contact avec les êtres liés à cet objet », dans « Les émotions patrimoniales : de l’affect à l’axiologie », Social Anthropology, vol. 20, no 1, 2012, p. 27. Je souligne.

12 Notion proposée par l’historien de l’art Krzysztof Pomian (voir Le musée, une histoire mondiale, Paris, Gallimard, 2020 ainsi que « Histoire culturelle, histoire des sémiophores », dans Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (éds), Pour une histoire culturelle, Paris, Seuil, 1996, p. 73‑100).

13 BnF, « Manuscrits de l’extrême », s.d., disponible en ligne sur <www.bnf.fr/fr/agenda/manuscrits-de-lextreme> (consulté le 22 décembre 2023).

14 Emmanuèle Payen, « Le texte et l’image. Construire un récit d’exposition autour des arts graphiques et de la littérature », dans E. Payen (dir.), Exposer en bibliothèque. Enjeux, méthodes, diffusion, Villeurbanne, Presses de l’Enssib, 2022, p. 93.

15 Heike Gfrereis, « Wie man Hölderlin in einer Ausstellung lesen kann », Goethe Yearbook, vol. 29, no 1, 2022, p. 37‑38.

16 Les installations de bibliothèques et les salons de lectures avec des imprimés sont des pratiques courantes lors d’expositions littéraires. Bien que la numérisation et la reproduction, notamment à travers des tirages d’exposition, ne soient pas encore largement adoptées, elles pourraient partiellement résoudre la problématique liée à l’accès aux manuscrits.

17 Alban Cerisier et Anne Monier-Vanryb (dir.), À la rencontre du petit prince, Paris, Gallimard / Musée des Arts décoratifs, 2022.

18 Imec, « La Rage d’écrire. De Gustave Flaubert à Peter Handke », s.d., disponible en ligne sur <www.imec-archives.com/activites/la-rage-d-ecrire> (consulté le 22 décembre 2023).

19 L’affichage de manuscrits sur de grandes bannières de tissu, des enluminures sur des fonds de vitrines, l’agrandissement de brouillons sur les cimaises, etc.

20 Dirk Van Hulle, « Modern Manuscripts », dans Deidre Shauna Lynch (éd.), Oxford Research Encyclopedia of Literature, 2019, disponible en ligne sur <doi.org/10.1093/acrefore/9780190201098.013.995>.

21 Cheryl Simon, « Introduction: Following the Archival Turn », Visual Resources, vol. 18, no 2, 2011, p. 101‑107.

22 Jean Davallon, « Le musée est‑il vraiment un média ? », Culture & Musées, vol. 2, no 1, 1992, p. 99‑123.

23 Gunther Kress et Theo van Leeuwen, Multimodal Discourse. The Modes and Media of Contemporary Communication, Londres, Arnold Publishers, 2001.

24 N. Prottas, ouvr. cité.

25 Olivia Rosenthal et Lionel Ruffel, « Introduction », Littérature, « La littérature exposée », vol. 160, no 4, 2010, p. 4.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. – Une perspective tripartite sur les logiques de réception du manuscrit exposé.
URL http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12103/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 10k
Titre Figure 2. – Prise de vue d’une des salles de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.
Crédits © BnF, Paris, photographies par Camille Van Vyve.
URL http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12103/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 844k
Titre Figure 3. – Prise de vue d’une des salles de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.
Crédits © BnF, Paris, photographies par Camille Van Vyve.
URL http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12103/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 964k
Titre Figure 4. – Prise de vue d’une des salles de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.
Crédits © BnF, Paris, photographies par Camille Van Vyve.
URL http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12103/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 990k
Titre Figure 5. – Prise de vue de l’exposition Baudelaire, la modernité mélancolique, 3 novembre 2021-13 février 2022.
Crédits © BnF, Paris, photographie par Camille Van Vyve.
URL http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12103/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 694k
Titre Figure 6. – Prise de vue de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.
Crédits © BnF, Paris, photographies par Camille Van Vyve.
URL http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12103/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 324k
Titre Figure 7. – Prise de vue de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.
Crédits © BnF, Paris, photographies par Camille Van Vyve.
URL http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12103/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 418k
Titre Figure 8. – Prise de vue de l’exposition Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.
Crédits © BnF, Paris, photographie par Camille Van Vyve.
URL http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12103/img-8.jpg
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Titre Figure 9. – Prise de vue de l’exposition Colette | Écrire, pouvoir écrire, 14 janvier-2 avril 2023.
Crédits © Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature, Montricher, photographie par Camille Van Vyve.
URL http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12103/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 448k
Titre Figure 10. – Une suite d’épreuves et d’œuvres picturales dans Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.
Crédits © BnF, Paris, photographie par Camille Van Vyve.
URL http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12103/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 381k
Titre Figure 11. – Les paperoles de Marcel Proust dans un dispositif fait sur mesure, Marcel Proust. La fabrique de l’œuvre, 11 octobre 2022-22 janvier 2023.
Crédits © BnF, Paris, photographies par Camille Van Vyve.
URL http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12103/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 444k
Titre Figure 13. – Installation des fiches de lecture dans l’exposition Tables de montage, 5 mai-22 octobre 2023.
Crédits © Imec, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, photographie par Camille Van Vyve.
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Fichier image/jpeg, 129k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Camille Van Vyve, « Faire éclore l’écriture vivante sous vitrine. Exposer les manuscrits littéraires dans l’espace d’exposition »Recherches & Travaux [En ligne], 108 | 2026, mis en ligne le 06 juillet 2026, consulté le 11 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/recherchestravaux/12103 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16ing

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Auteur

Camille Van Vyve

Docteure en littérature, ancienne chercheuse au F.R.S.-FNRS — Université libre de Bruxelles
 
Camille Van Vyve a soutenu en janvier 2026 à l’Université libre de Bruxelles (ULB) une thèse intitulée Muséaliser la littérature. Cartographie des modes de patrimonialisation dans les expositions. Elle est membre du réseau RIMELL et du groupe de recherche PatrimoniaLitté. Son travail se concentre sur la patrimonialisation de la littérature dans le cadre des expositions temporaires, ainsi que sur les stratégies muséographiques utilisées actuellement pour diffuser le patrimoine littéraire à un public large. Elle a co‑organisé l’« International Graduate Student Symposium on the Exhibition of Books and Literature » à l’Université de Manchester (2023) qui a rassemblé des experts internationaux. Parmi ses dernières publications figurent des comptes rendus d’expositions sur L’Exporateur, des articles (« Le Lieu de l’archive (Imec) : (ré)écrire l’archive entre cimaises et vitrines », Études littéraires, no 3, 2024 ; « Christian Dotremont et le musée. Interactions, expérimentations et patrimonialisations du poète-peintre », Christian Dotremont. Études et inédits, AML Éditions, 2024), ainsi qu’un entretien avec Marie-Caroline Dufayet (BnF Éditions) : « Révéler l’intimité de l’écriture. Le catalogue d’exposition littéraire », dans La Lettre de l’OCIM (no 204, 2022).

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