Minuties, reliques et autres artefacts du « bazar » de la gloire : objets personnels d’écrivains muséalisés
Résumés
La naissance des maisons-musées marque une étape déterminante dans le « sacre de l’écrivain » et, partant, dans le culte rendu aux objets personnels de celui-ci. À partir d’un corpus d’objets associés à Balzac, Flaubert, Gautier, Hugo et Corneille, auteurs auxquels sont consacrées les premières maisons-musées en France, l’analyse s’attache à retracer la genèse des collections de ces musées au prisme des « intimités » d’écrivains, terme employé par le critique d’art Arsène Alexandre dans le catalogue qu’il livre à l’occasion de l’inauguration de la Maison de Victor Hugo, à Paris, en 1903. Il s’interroge, ensuite, sur la réception houleuse de ces objets, en étudiant les limites de la muséalisation des vestiges de Flaubert, Gautier, Balzac et Corneille et les critiques, parfois virulentes, au moment même de l’ouverture des musées au public. Certes, le fait n’est pas nouveau. Mais la concentration des reliques dans un endroit donné et leur exposition au public portent le fétichisme à un niveau exacerbé au début du xxe siècle.
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Mots-clés :
maison d’écrivain, musée littéraire, sacre de l’écrivain, reliques, objets littéraires, patrimoine littéraireKeywords:
writer’s house, literary museum, consecration of the writer, relics, literary objects, literary heritagePlan
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- 1 Paul Bénichou, Le Sacre de l’écrivain, 1750‑1830 : essai sur l’avènement d’un pouvoir spirituel laï (...)
- 2 Daniel Fabre, « Introduction générale : À la recherche de l’aura perdue », dans Actes des 7es Renco (...)
- 3 Yves Gagneux, « Quel Balzac pour la Maison de Balzac ? », L’Année balzacienne, vol. 5, no 1, 2004, (...)
- 4 Dominique Pety, Poétique de la collection au xixe siècle. Du document de l’historien au bibelot de (...)
- 5 Marta Caraion, Comment la littérature pense les objets : théorie littéraire de la culture matériell (...)
- 6 José-Luis Diaz, L’homme et l’œuvre : contribution à une histoire de la critique, Paris, Presses uni (...)
- 7 Laurence Boudart, « L’empathie : une modalité de l’expérience muséale de la littérature », Interfér (...)
- 8 Marie-Clémence Régnier, « “Un coup de dais”… chez Victor Hugo. Lieux de vie et de séjour des écriva (...)
- 9 Lauren Bentolila-fanon, Charlène Huttenberger-Revelli et Marine Le Bail (dir.), « L’accessoire d’éc (...)
- 10 Jérôme Meizoz, « “Écrire, c’est entrer en scène” : la littérature en personne », COnTEXTES, Revue d (...)
1La naissance des maisons-musées marque une étape déterminante dans le « sacre de l’écrivain1 » et, partant, dans le culte rendu aux objets personnels de celui‑ci, hérité du culte reliquaire chrétien. Ils constituent des « supports de la présence2 ». Ces objets lui sont diversement liés : reliques de contact (objets ayant touché le corps de l’écrivain3), objets de collection, objets donnés à l’écrivain, mobilier et bibelots… Si les premières paraissent entretenir un rapport relationnel et tangible à l’écrivain qui justifie leur sacralité, les objets de collection, mobilier et bibelots acquièrent au fil du xixe siècle une dimension intime4. En ce sens, les objets personnels d’écrivains sont a priori des objets littéraires non‑fictionnels par nature, contrairement aux objets de fiction, analysés par Marta Caraion5. Ils témoignent d’une vie appréhendée sous l’angle du quotidien domestique6 et jouent un rôle central dans le processus d’identification et le sentiment d’empathie qu’éprouve le visiteur de musée vis‑à-vis d’objets appartenant à un autre espace-temps7. Quand ils gagnent en visibilité médiatique (dans la presse ou dans des « souvenirs littéraires », par exemple), ils peuvent devenir des biographèmes, à l’instar du « dais » de Victor Hugo, place Royale8. Certains de ces objets constituent des accessoires9 emblématiques d’une destinée auctoriale, étape indispensable pour se singulariser en régime de visibilité médiatique et dans un champ très concurrentiel10.
2Marie-Ève Thérenty, dans un article sur les objets dans l’histoire littéraire associés à des figures auctoriales (le gilet rouge de Gautier, la canne de Balzac, le perroquet de Flaubert ou la madeleine de Proust…) émet une hypothèse très intéressante vis‑à-vis des mécanismes de trivialisation et de médiation qui accompagnent leur passage à la postérité :
- 11 Marie-Ève Thérenty, « La littérature en gilet rouge : les objets dans l’histoire littéraire », dans (...)
[L]es objets les plus visibles de l’histoire littéraire ne sont pas forcément des reliques. […] L’objet littéraire n’a pas besoin d’être exposé pour témoigner. On peut même émettre l’hypothèse que paradoxalement la muséalisation nuirait à l’aura de l’objet littéraire et entraverait la mutation qui pourrait faire passer d’un quasi-objet à un hyperobjet11.
- 12 Julian Barnes, Le Perroquet de Flaubert, Paris, Stock, 1986 et Lorenza Foschini, Le Manteau de Prou (...)
- 13 On pense à la Maison de Balzac ou au Literaturarchiv de Marbach dans des salles où le culte de l’au (...)
- 14 La visibilité et la popularité d’un objet personnel d’écrivain dépend du degré d’affranchissement q (...)
3Néanmoins, c’est notamment parce que certains de ces objets — certes beaucoup moins denses sémiotiquement que d’autres (la madeleine de Proust, le gilet rouge de Gautier…) — sont muséalisés et portés à la reconnaissance des visiteurs qu’ils font parfois l’objet de circulations et d’appropriations triviales créatrices de la part de certains visiteurs, lesquels démultiplient leur portée sémiotique et symbolique jusqu’à leur faire atteindre le statut d’hyperobjets : ainsi des récits de Julian Barnes et de Lorenza Foschini qui situent leurs enquêtes sur les « Loulou » de Flaubert et le manteau de Proust, respectivement dans les musées normands du romancier et à Carnavalet, où ils ont découvert ces objets12. Le problème de médiation et de réception tiendrait à la fois de la muséalisation et de la combinaison de plusieurs facteurs : absence de remise en perspective critique de la valeur cultuelle et sémiotique de (certains de) ces objets dans les musées, pourtant effective dans plusieurs établissements, particulièrement à l’heure actuelle, dans un contexte de crise de l’autorité de la culture savante et de la figure auctoriale13, hypercontextualisation de ces objets qui les retient dans un cadre fonctionnel et historique déterminé gênant leurs réappropriations sémiotiques14 ou même, tout simplement, existence matérielle de l’objet qui, selon sa nature, son état de conservation et son aspect, se prête plus ou moins à la rêverie du visiteur.
- 15 L’analyse couvre quelques exemples tirés des avant-gardes de l’époque, point d’aboutissement des lo (...)
4L’analyse conduite cherchera donc à mettre à l’épreuve l’hypothèse soulevée à la lumière d’enquêtes de terrain, aux origines de la muséalisation de ces objets. Elle se donne aussi pour objectif de comprendre les ressorts de l’attrait et du rejet qu’exercent ces objets, en contexte muséal, qui disent peut-être plus d’un rapport culturel et social à la littérature qu’à l’écrivain : en d’autres termes, ces objets semblent revêtir une valeur indicielle pour qui est initié aux récits, aux anecdotes qui animent l’histoire littéraire et l’histoire sociale. Aussi convient‑il d’éclairer, par contraste, le rôle à jouer par l’institution muséale à l’égard des non‑initiés vis‑à-vis desquels elle peut assurer cette mise en relation entre le visiteur et la valeur heuristique de l’objet. Sur la période retenue (xixe siècle‑1930)15, on verra justement que l’institution n’entreprend guère cette démarche.
- 16 Marie-Clémence Régnier, Vies encloses, demeures écloses : le grand écrivain français en sa maison-m (...)
5Dans le cas du corpus constitué pour cet article, composé d’objets associés à Balzac, Flaubert, Gautier, Hugo et Corneille, auteurs auxquels sont consacrées les premières maisons-musées en France16, la centralisation et la transmission de leurs patrimoines au public se font à contretemps, bien après leur décès. Si les maisons-musées de Croisset, de la rue de la Pie et de Passy peuvent suivre l’exemple de la Maison de Victor Hugo autour de sa « bibliothèque » et, dans une moindre mesure, des collections liées à l’œuvre littéraire de l’écrivain, les fonds pour alimenter un « musée intime » manquent. À l’abondance et à la variété des objets rassemblés place des Vosges s’opposent la rareté et la dispersion des souvenirs attachés à ces écrivains. Le grand nombre d’années passées entre leur décès et la collecte de leurs biens accentue, de surcroît, les difficultés inhérentes à l’entreprise. Cependant, le paradoxe qui paraît caractériser, à première vue, la fondation de maisons-musées consacrées à Balzac, Flaubert, Corneille et Gautier constitue le socle original de maisons-musées distinctes du modèle de la place des Vosges.
- 17 Alexandre Arsène, La Maison de Victor Hugo, Hachette, Paris, 1903.
- 18 Manuel Charpy, « L’ordre des choses. Sur quelques traits de la culture matérielle bourgeoise parisi (...)
- 19 Voir la notion de « milieu » au xixe siècle, qu’adapte Anne Reverseau dans « La Bibliothèque entre (...)
- 20 Siân Jones, « Negotiating Authentic Objects and Authentic Selves: Beyond the Deconstruction of Auth (...)
6Dans un premier temps, l’analyse s’attachera à retracer la genèse des collections de ces musées au prisme des « intimités » d’écrivains, terme employé par le critique d’art Arsène Alexandre dans le catalogue qu’il livre à l’occasion de l’inauguration de la Maison de Victor Hugo, à Paris, en 190317. À partir d’un usage singulier du substantif, employé au pluriel sur le modèle lexical des termes « curiosités » et « antiquités », Alexandre désigne des objets hétérogènes dont il s’agira de définir les contours. On s’interrogera, ensuite, sur la réception houleuse de ces objets, en étudiant les limites de la muséalisation des vestiges de Flaubert, Gautier, Balzac et Corneille et les critiques, parfois virulentes, que ces pratiques suscitent au moment même de l’ouverture des musées au public. Certes, le fait n’est pas nouveau. Mais la concentration des reliques dans un endroit donné et leur exposition au public portent le fétichisme à un niveau exacerbé au début du xxe siècle. L’empan chronologique n’est d’ailleurs pas neutre : existe‑t-il des enjeux propres à la réception et à la valorisation de ces objets au xixe siècle dans les représentations, les imaginaires et les usages ? Le xixe siècle est celui de l’invasion d’objets manufacturés liée à la révolution industrielle18 et celui de l’apparition de la photographie qui assurent toutes deux la reproductibilité d’objets (photographies, moulages…) et d’environnements complexes19, quand les reliques, a priori, ont pour caractéristique fondamentale le fait d’être uniques et « authentiques20 ». Conséquemment, l’attrait pour les objets personnels d’écrivains n’est‑il pas tant dû à leur rareté et à leur singularité, symbolique, au siècle de la littérature et des objets industriels, qu’au culte des écrivains qu’ils alimentent ?
Des « supports », des traces de la « présence » de l’écrivain
7Au sein des collections des maisons-musées, les objets personnels des écrivains occupent une place centrale avec les représentations figurant l’écrivain : il s’agit de donner « corps » à ce dernier.
Essai de typologie ou d’inventaire
- 21 David Martens, « Photographies de mains d’écrivains », Littérature, vol. 195, no 3, 2019, p. 99‑122
8Parmi eux, deux catégories d’objets se démarquent : les manuscrits et les reliques. La valeur symbolique, sinon marchande, de ces objets tient à leur caractère originel dans la mesure où l’écrivain les a possédés de son vivant. Plus l’objet est lié au sacerdoce littéraire, à une grande œuvre ou à un souvenir biographique marquant, plus sa valeur est élevée. À cet égard, le manuscrit est un objet inestimable avec la plume d’écriture, suivi du bureau et du fauteuil, mais aussi du moulage des mains de l’écrivain21, à côté de diverses reliques corporelles et des masques mortuaires dont le xixe siècle est amateur. Les collections « littéraires » du Musée Carnavalet en attestent dès l’origine (fig. 1).
Figure 1. – Tableau des acquisitions de pièces de mobilier d’écrivains entre 1880 et 1937 par le Musée Carnavalet.
© Marie-Laure Deschamps (ancienne conservatrice du patrimoine).
9Ces objets, déjà fétichisés pour certains du vivant de (et, parfois, par) l’auteur (la relique de Léopoldine pour Hugo ou le coffret de Laure de Surville pour Balzac), le sont a fortiori à titre posthume : les initiés aux arcanes biographiques de l’écrivain y voient des trésors patrimoniaux inestimables, à l’instar de Paul Meurice.
Les « intimités » de Hugo, place des Vosges
- 22 Voir l’entretien avec Inga Walc-Bezombes dans le présent dossier.
10Le fondateur de la Maison de Victor Hugo à Paris, Paul Meurice (1818‑1905), installe au dernier étage de l’édifice un espace explicitement consacré aux objets intimes de l’écrivain. Il s’y trouve des dessins de Hugo de ses voyages et séjours divers, des portraits de famille et des scènes ayant marqué l’histoire des Hugo, des meubles de Guernesey, des dédicaces de l’écrivain à ses proches dans des imprimés, des souvenirs personnels, comme des vêtements ou des jouets22. L’exposition commence dans l’antichambre avec des photographies des funérailles de Hugo en 1885 : c’est là un espace de transition entre les sphères publique et privée du grand homme, un espace situé avant le couloir où le visiteur découvre des photographies qui assurent progressivement l’immersion dans l’espace privé de l’écrivain, qu’une galerie des portraits de la famille (Léopoldine, les deux Adèle, les fils de Hugo, sa mère…), à différentes époques, anime.
- 23 Photographies figurant le musée à ses débuts disponible en ligne sur <www.maisonsvictorhugo.paris.f (...)
11On y trouve également quelques reliques, le tout dans un décor orné de draperies conférant une certaine domesticité aux lieux23. Dans une seconde pièce, des portraits d’autres membres de la famille, principalement masculins, côtoient quelques vues, en façade, des différents domiciles occupés par Hugo au cours de sa vie. Un autre ensemble d’objets est présenté sous vitrine : il s’agit de souvenirs de voyages ou de séjours éclectiques. Ces objets, quoique personnels et privés, concernent le sacerdoce littéraire et l’engagement politique de Hugo dans l’esprit de Meurice. Ils renvoient, pour la majorité d’entre eux, à l’écrivain, à un événement historique ou au « roman national » français que les initiés identifient : moulages de la main de Hugo, canne offerte par Benito Juarez, cheveux, caban et pain du Siège de la Commune, passeports, casquette du départ en exil en 1851, plumes utilisées pour Les Misérables, etc. Le visiteur peut aussi découvrir le premier ouvrage publié par Hugo, chez Pélicier, en 1822, les Odes et poésies diverses, d’autant plus rare qu’il comporte une dédicace autographe du jeune Victor à sa future femme, Adèle.
12S’élabore ainsi, place des Vosges, une formule qui associe maison et musée (fig. 2, 3 et 4). Les « intimités » sont exposées non loin d’objets qui renvoient à l’œuvre de Hugo et à sa stature publique : illustrations et éditions de son œuvre littéraire, buste en gloire de David d’Angers… De ce point de vue, la juxtaposition abrupte du « musée intime » avec le « musée populaire » de Paul Beuve, au troisième étage également, introduit une rupture nette dans le parcours puisque ce musée renvoie, a contrario, à la dimension publique du culte de Hugo. Par ailleurs, les pièces qui, au deuxième étage, reconstituent une partie des décors domestiques de Hugo, à Guernesey et avenue Victor-Hugo, ne sont pas intégrées au musée intime. Certes, l’ancien salon des Hugo retrouve en partie sa fonction, puisqu’il accueille les panneaux décorés par l’amant de Juliette Drouet pour orner sa salle à manger à Hauteville Fairy. Une antichambre, où sont exposés des dessins et des meubles de Hugo, fait office de pièce transitoire avant la reconstitution de la chambre mortuaire de l’avenue Victor-Hugo, où la dimension domestique du musée est apparemment assumée. L’antichambre donne à voir « un meuble », un dessin de ce dernier et du poêle d’Hauteville House, en bref des « intimités » de Guernesey. Mais ces meubles et ces dessins ne sont pas agencés seulement pour évoquer une atmosphère domestique : ils figurent le génie artisanal et artistique de Hugo. En outre, certaines pièces attendues d’une « maison d’écrivain » n’existent pas : ainsi du bureau de l’écrivain. C’est dans la reconstitution de la chambre mortuaire, réalisée à l’emplacement approximatif du cabinet de travail de l’appartement de la place Royale et où est dressé le bureau, haut perché de Hugo, qui écrivait debout à partir d’un certain âge, qu’il faut chercher une trace de cette pièce. Enfin, Meurice s’est gardé d’exposer des objets associés aux aspects plus controversés de la vie intime du grand homme. Aussi la maîtresse de Hugo, Juliette Drouet, indirectement présente au musée par la reconstitution de sa salle à manger ou par les innombrables objets de sa collection personnelle, n’est‑elle pas directement présente place des Vosges à l’ouverture du musée. Tout semble donc conçu pour circonscrire l’intimité de l’écrivain.
Figure 2. – Salle des Peintures au 1er étage, à l’ouverture du musée.
© Paris Musées/Maison de Victor Hugo – Guernesey.
Figure 3. – La bibliothèque dans Les Nouvelles Illustrées, no 58, 1903, p. 19.
© Paris Musées/Maison de Victor Hugo – Guernesey.
Figure 4. – Statuettes à l’effigie de Victor Hugo lors d’une exposition en 1830, dans Les Nouvelles Illustrées, no 58, 1903, p. 21.
© Paris Musées/Maison de Victor Hugo – Guernesey.
13À la différence de la Maison de Victor Hugo, les comités des maisons-musées de Balzac et Corneille ne disposent pas de collections similaires au moment de leur inauguration.
Chez Flaubert, Balzac et Corneille
- 24 Catalogue de vente des « Manuscrits, Livres, Meubles, Objets d’art de Gustave Flaubert. Mobilier An (...)
- 25 Inventaire des collections 1906‑1973. Flaubert B4‑1. Pavillon de Flaubert (Croisset).
14À Croisset, le comité chargé du Pavillon s’empresse de solliciter la nièce de Flaubert, Caroline Commanville, pour meubler le musée. La mort de l’écrivain, le 8 mai 1880, aurait pu favoriser sa disparition pure et simple au profit de son œuvre, conformément au principe d’impersonnalité prôné par le maître de Croisset. L’héritière unique de Flaubert, sa nièce, se sépare en effet de nombreux souvenirs et, surtout, vend la propriété familiale en bord de Seine24. Caroline, consciente de ses responsabilités vis‑à-vis de la mémoire de son oncle, accepte cependant de confier les documents autographes en sa possession, c’est‑à-dire les manuscrits et les lettres qu’elle fait éditer avec Maupassant et Lovenjoul. Néanmoins, elle ne cherche pas à rassembler les souvenirs qu’elle conserve de l’écrivain, ou bien les œuvres d’art, affiches, publicités ou objets qui témoignent de la réception posthume du romancier et de son œuvre. Quand le Pavillon de Croisset voit le jour (1907), Caroline réalise des dons importants et réguliers au musée pour le meubler et pour soutenir l’initiative du comité. Plumes, canne, cloche ou, plus curieusement, urne votive carthaginoise (contenant prétendument des restes d’humains sacrifiés à Moloch), sont inscrits à l’inventaire25 et exposés (fig. 5 et 6).
Figure 5. – Carte postale du Pavillon de Croisset.
© RMM, Musée Flaubert et d’histoire de la médecine et RMM, Pavillon Flaubert.
Figure 6. – Carte postale du Pavillon de Croisset.
© RMM, Musée Flaubert et d’histoire de la médecine et RMM, Pavillon Flaubert.
15Malgré des fonds très circonscrits à l’origine, les campagnes de presse et les adhésions de collectionneurs aux sociétés d’amis successives de Balzac favorisent les achats et les dons. Une quinzaine de souvenirs ont ainsi été assemblés rue Raynouard, depuis 1908 : le gilet de nuit, la robe de chambre, la canne qui rappelle le récit fantaisiste intitulé La Canne de Monsieur Balzac (1836), dans lequel Delphine de Girardin (1804‑1855) interroge le don d’ubiquité du romancier qui pénètre les maisons de ses contemporains et qui arpente Paris grâce à une canne aux allures de baguette magique. Le moulage des mains (fig. 7), le coffre à manuscrits, le presse-papiers, le fauteuil et la table de travail campent l’image du « Balzac à sa table de travail » par le dessinateur Pierre-Georges Jeanniot (1848‑1934), conservée au musée.
Figure 7. – Photographie du moule de la main du romancier, d’un fragment de marbre de la maison mortuaire, d’un presse-papiers donné par Paul Bourget, de la cafetière et d’une lettre autographe de Balzac.
© Bibliothèque de la Maison de Balzac, Paris.
- 26 Théophile Gautier, « Pierre Corneille, pour l’Anniversaire de sa naissance », dans Théâtre [1851], (...)
16Rue de la Pie, c’est essentiellement un musée-bibliothèque qui se met en place : les volumes sont présentés sur des rayonnages pour une bonne partie d’entre eux. En revanche, le musée de Petit-Couronne, près de Rouen, opte pour l’exposition d’un Corneille intime, humain : les conservateurs successifs acquièrent des reliques et des représentations de Corneille. Ainsi, à partir de 1911, une « boucle en alliage métallique » réputée lui avoir appartenu tente de donner corps au dramaturge. Mais il apparaît que cet objet sert surtout de prétexte pour évoquer, par métonymie, l’une des célèbres anecdotes de la biographie de l’écrivain : celle du soulier qu’il aurait fait réparer chez un savetier, sans craindre de révéler par là son humilité, voire sa pauvreté26. Dans cet objet, c’est l’histoire littéraire qui se raconte, celle du « Corneille des romantiques ».
Critiques du fétichisme matérialiste
L’Anglais matérialiste en ligne de mire
- 27 Les matinées littéraires et la société de patronage des auteurs dramatiques inconnus fondées par M. (...)
- 28 « Chronique », Le Temps, 16 mai 1873, p. 2.
- 29 « Justice de Paix. Audience du 17 mai. Molière contre Ballande », Le Figaro, 23 mai 1873, p. 2.
- 30 Ibid., p. 11.
- 31 Des témoignages en attestent à cette époque, mais le fait est plus ancien : Elsa Sene et Olivier Bo (...)
17Toutefois, le culte et l’exposition des reliques suscitent des critiques. Dès 1873, l’exposition Ballande, à Paris, où sont donnés à voir des objets personnels de Molière (archives familiales notamment) reçoit un accueil plutôt mitigé27. Certes, Le Temps y voit une « exhibition » à l’anglaise, qui présente un « certain intérêt littéraire » pour les bibliophiles et le « gros public [sic]28 ». Le Figaro se veut plus critique en revanche : le journaliste met en doute la légitimité du culte idolâtre entourant le grand écrivain au détriment de ses œuvres29. Le fétichisme des reliques attachées à l’écrivain serait en effet coupable de renvoyer l’œuvre au second plan, alors qu’elle devrait être l’alpha et l’oméga de son culte. Autour de ce sujet se cristallise également une critique plus inattendue, sous la forme d’un discours anglophobe : l’Anglais est accusé d’être un idolâtre matérialiste de l’écrivain et de la littérature. Le comportement de « l’Anglais » est exhibé à la vindicte populaire pour décerner les honneurs aux Français, cartésiens jusque chez leurs écrivains ! Telle est la démarche d’Edmond Spalikowski qui rapporte la passion vandale des perfides Anglais dans son étude du livre d’or de Petit-Couronne30. En réalité, c’est là un comportement courant chez tous les pèlerins, hier comme aujourd’hui : en témoigne la collecte de fragments de plancher, prélevés chez Jeanne d’Arc au début du xixe siècle31.
- 32 Léon Berthaut, « La Maison de Corneille », La Nouvelle revue internationale, 1897, p. 557 et 559.
- 33 Maurice Dreyfous, Ce que je tiens à dire : un demi-siècle de choses vues et entendues, 5e éd., Pari (...)
- 34 Ibid.
18Les critiques se multiplient à la fin du siècle au moment des grandes crises diplomatiques franco-britanniques. Dans un article de presse, Léon Berthaut, homme de lettres et professeur de langue et de littérature anglaises au Havre, dénonce, en comparaison du musée normand, l’attraction touristique rentable qu’est devenue la maison de Shakespeare, « ce délicieux Stratford souillé de rapacité anglaise. […] [N]ous voilà loin de Stratford où tout se paie, où chaque relique de Shakespeare est visible pour 6 pence, c’est un art de foire32 ». Aux lendemains de la mort de Gautier, Maurice Dreyfous, ami de l’écrivain, s’alarme aussi de ce que celui qu’il appelle le « terrible Anglais33 » (un amateur de reliques de Gautier) fonde sur les meubles du poète, tel un charognard « qui fouillait tous les magasins de bric‑à-brac de Neuilly et de Paris34 ». Cet Anglais est‑il réel ou sert‑il d’alibi patriotique pour pousser les pouvoirs publics à constituer une « collection Gautier » dans un musée public ?
- 35 Edmond de Goncourt, « Dimanche 23 novembre 1890 », dans Journal des Goncourt : mémoires de la vie l (...)
- 36 Véronique Long, « Les collectionneurs d’œuvres d’art et la donation au musée à la fin du xixe siècl (...)
- 37 Cité par V. Long, ibid., p. 47.
19La figure de l’Anglais sert de repoussoir, mais aussi d’aiguillon pour inciter les Français à s’intéresser aux maisons de leurs écrivains et aux projets de musée. Edmond de Goncourt souligne que l’exposition commémorative qui célèbre Flaubert en 1890, à Rouen, servirait de vitrine pour vendre les vestiges à de « riches Anglais35 ». De même, la valorisation du modèle anglais dans les dons de particuliers aux musées joue un rôle clef dans la mise en place d’un nouvel appareil législatif en la matière, à la fin du xixe siècle36 : on peut lire dans L’Éclair du 4 septembre 1891 que ces dons sont « chose pratiquée couramment en Angleterre37 ».
Des musées qui « ne parlent pas »
- 38 René Descharmes, « Le musée Gustave Flaubert », Le Figaro, Supplément littéraire, 1er juillet 1911, (...)
- 39 Ibid.
20De fait, pour beaucoup de visiteurs (et pas seulement français en réalité), ces objets ne sont que des « souvenirs38 » et des curiosités d’un autre âge39. Loin de condamner l’exposition de ces objets, l’érudit flaubertien René Descharmes constate que leur charge reliquaire ne suffit pas à parler aux visiteurs et à expliquer leur présence au musée. Il souligne par l’isotopie de l’obsolescence, du sommeil puis de la mort, combien ces objets ajoutent à la dimension sépulcrale du musée, topos associé aux musées de longue date :
- 40 Ibid.
Dès le seuil de l’unique pièce exiguë qu’on décore du nom de Musée, on a une impression pénible de pauvreté et d’insignifiance. Le mobilier est quelconque : deux vitrines, deux armoires, une table ronde, cinq ou six chaises de paille, un fauteuil à manchettes et à haut dossier, dont le crin s’échappe par les trous du capitonage, mais qui a pourtant le mérite d’avoir appartenu à Flaubert. Le détail est plus attristant encore que l’ensemble40.
- 41 Telle n’est pas l’approche de Virginia Woolf qui, dans un texte exhumé assez récemment, rapporte so (...)
- 42 Lettre à Louise Colet, [31 janvier 1852], dans Gustave Flaubert, Correspondance, t. II, Jean Brunea (...)
21Les limites repérées par Descharmes sont atteintes quelques années plus tard, lorsque le musée acquiert de nouveaux objets à l’occasion du centenaire de 1921. Si les collections se sont diversifiées et mettent en valeur la fortune des œuvres de Flaubert dans des illustrations et des œuvres d’art diverses, l’acquisition du perroquet Loulou, modèle d’« Amazone » dans Un cœur simple (1877), atteste plus que jamais le caractère mortifère du fétiche flaubertien. Le perroquet de Croisset représente les dérives d’un musée-mausolée41. Les citations extraites de la correspondance et de la nouvelle de l’écrivain ne suffisent pas à rendre compte de la portée véritable de cet animal qui traduit, métaphoriquement, les limites de la parole littéraire aux yeux de l’« homme-plume », tel que se qualifiait Flaubert lui‑même42. Vidé, Loulou ne l’est pas seulement de ses entrailles : il l’est, à Croisset, de son sens profond. Désigné au moyen de l’article défini « le », l’oiseau « aux yeux de verre » devient paradoxalement un fétiche unique, alors même que le perroquet est un exemplaire au sein d’une série, « un Amazone ». Le musée prend ici des airs de morgue et non pas de laboratoire où s’élabore et se réfléchit la portée symbolique de ce qui est moins un objet qu’un signe très dense dans le « conte » de Flaubert et pour l’histoire littéraire.
Le culte de l’écrivain menacé : des bric‑à-brac de bric et de broc
- 43 « Inventaire des collections 1906‑1973 », Flaubert B4‑1. Bibliothèque municipale de Rouen.
22Les commentaires de René Descharmes appellent également des remarques sur la nature des objets rassemblés. À Croisset comme dans la chambre natale de l’Hôtel-Dieu, beaucoup d’objets sont des copies ou des reproductions43.
Crise de la représentation de l’objet
23La situation de ces maisons-musées est à replacer dans le contexte de la crise de la représentation de l’objet, liée à la photographie et au cinéma, par exemple, depuis la seconde moitié du siècle. La reproductibilité technique des œuvres d’art permise par la photographie en particulier ne remet pas seulement en cause l’aura des œuvres d’art ; elle touche également à l’aura des reliques des écrivains dont la valeur patrimoniale et symbolique est précisément liée à leur unicité et à leur rareté. Ainsi, après la reproduction (reconstitution partielle) des maisons de Molière et de La Fontaine lors des Expositions universelles de 1900 et de 1935 respectivement, les reliques du culte de l’écrivain n’échappent pas au problème. Certes, la chose n’est pas nouvelle puisque l’on trouve déjà des reproductions de reproductions (des fac‑similés) d’autographes de Victor Hugo dans les éditions illustrées de son œuvre, dans les biographies illustrées ou dans la presse au siècle précédent. En revanche, il est paradoxal que des reproductions photographiques de reliques soient exposées dans un musée, a fortiori chez lui, dans le temple de l’écrivain que l’on veut justement croire le plus « authentique » possible.
- 44 Plus de 60 % des objets seraient des « copies » : Justine Delassus, Visiter les œuvres littéraires (...)
- 45 Delphine de Girardin, La canne de M. de Balzac, Paris, Dumont, 1936, p. 144.
- 46 Walter Benjamin, L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, 1935.
24Chez Balzac, le musée ne présente que rarement des objets uniques, des originaux ou des inédits44. Le comble est sans doute atteint avec la canne de Balzac, présente au musée sous la forme d’une photographie. On est bien loin du roman fantaisiste de Delphine de Girardin, dans lequel l’objet est doté d’une charge héroï-comique qui le rend exceptionnel, encourageant ainsi le culte de l’objet au détriment de celui de son maître. Mais la romancière annonce aussi en quelque sorte les limites de la fascination qui entoure cet objet « énorme », « monstrueux » : fascinant et désirable, l’objet sera copié et adopté par tous au point de devenir « commun et inutile45 ». Rue Raynouard, la photographie de la canne de Balzac menace‑t-elle l’aura de l’objet ? Elle fait peut-être d’autant plus désirer l’objet original46. C’est là surtout le moyen de faire découvrir à tout prix au visiteur un objet conservé par Lovenjoul dans sa collection privée. Pas sûr toutefois que tous les visiteurs accueillent cette démarche favorablement, comme en témoigne ce journaliste :
- 47 Martin Gale, « Le carnet des heures. La vie qui passe », L’Intransigeant, 1908. Bibliothèque de la (...)
On accrochera sur les cloisons, on a commencé déjà, des choses hétéroclites ; on juxtaposera les photographies de documents qu’on ne possède pas et les caricatures, les portraits, les images de toutes sortes. Tout cela tiendrait dans une pièce de musée47.
- 48 Ibid.
Dès lors, « [n]e sera‑t-il pas toujours plus “balzacien” de rester chez soi et de relire Splendeurs et Misères des courtisanes [sic], que d’aller regarder sur une cheminée, à Passy, une réduction du plâtre de M. Rodin48 ? »
Musées sentimentaux et intimes surréalistes
25Au cours des années 1920, les musées de fétiches d’écrivains se prêtent à des expériences littéraires et muséales plus légères et ludiques, desquelles naît une histoire littéraire matérielle et fantaisiste. La liste à la Prévert que Carlo Rim rédige à partir des reliques collectionnées par Sacha Guitry chez lui en atteste (fig. 8) : le reporter invente des fétiches d’écrivains du siècle précédent (soulier de Corneille, cafetière de Balzac), des objets emblématiques de textes canoniques (la rose de Ronsard dans le célèbre sonnet des Sonnets pour Hélène, 1578) et des accessoires triviaux qui ramènent l’écrivain, « pur esprit », à la corporalité la plus basse (inhalateur du malingre Marcel versus chibre du sémillant Giacomo) :
- 49 Jean Marius Richard dit « Carlo Rim », « Le Grenier d’Arlequin », dans Journal 1916‑1940, Paris, De (...)
Trois vitrines regorgeant du plus touchant bric‑à-brac : l’encrier de Flaubert, les gants de Clemenceau, le manuscrit de Boubouroche, le fanion de Joffre, la palette de Monet, les flambeaux de Molière […]. On sort de là abasourdi, euphorique et attendri, et l’on s’avise qu’il manque encore bien des reliques dans cette mirobolante châsse : le râtelier de Voltaire, le pilon de Sarah Bernhardt, le clairon de Déroulède, l’inhalateur de Proust, le moulin à café de Balzac, le chibre triomphant de Casanova (moulage), la pantoufle de Corneille, la clef de la chartreuse de Parme, la rose de Ronsard […]49.
Figure 8. – Sacha Guitry en robe de chambre, debout de profil, devant une des vitrines de sa collection.
© Robert Doisneau, disponible en ligne sur <www.ader-paris.fr/lot/11327/2110950?npp=50&> (consulté le 11 février 2024).
Figure 9. – Paul Éluard debout de profil, devant une des vitrines de sa collection.
© Photographie par Brassaï du « musée sentimental » de Paul Éluard à Paris, dans Visages d’Éluard [catalogue d’exposition], New York, Parkstone International, 1995, p. 26.
- 50 François Poncelet, « Regards actuels sur la muséographie d’entre-deux-guerres », CeROArt, no 2, 200 (...)
- 51 Filippo Tommaso Marinetti, « Le Futurisme », Le Figaro, 20 février 1909, p. 1.
- 52 Disponible en ligne sur <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84329634/f31.item.r=dornac%20mallar (...)
- 53 Julius von Schlosser, Histoire du portrait en cire. L’effigie par empreinte, de l’Antiquité aux der (...)
- 54 Peintre et illustratrice, Valentine Gross est l’épouse de Jean Hugo, arrière-petit-fils de Victor H (...)
- 55 Notice et image de la sculpture, disponible en ligne sur <www.andrebreton.fr/work/56600100568420 (c (...)
26Ces critiques rejoignent, plus largement, les réserves croissantes adressées à l’institution muséale mortifère, topos critique50. On retrouve plusieurs traces de ces interrogations en littérature, qui ne se veulent pas toutes aussi radicales, cependant, que la voie prônée par Filippo Tommaso Marinetti (1876‑1944) dans le « Manifeste futuriste », dont le dixième commandement appelle à la démolition des musées51. Le musée de Paul Éluard rend compte des ambiguïtés des Surréalistes, par exemple vis‑à-vis des objets personnels d’écrivains. Dans son appartement de la rue de la Chapelle, à Paris, le poète élève une chapelle votive à la mémoire de ses mentors littéraires et des souvenirs marquants de son existence. Une photographie, réalisée par Brassaï en 1945, et représentant le buste de Baudelaire par Duchamp-Villon (fig. 9), confère un rôle important au poète, comme sur l’autel que Mallarmé consacre au poète des Fleurs du mal, rue de Rome, photographié par Dornac52. L’esprit d’un autre dieu littéraire hante l’étagère : celui d’Oscar Wilde, dans un portrait réalisé par Serret. Le « musée sentimental » du poète surréaliste est une sorte d’autel consacré aux dieux lares d’Éluard. Parallèlement, le poète s’amuse à créer un totem autour de sa propre personne, sur le modèle du buste de Baudelaire et dans la tradition des masques mortuaires réalisés sur la dépouille des défunts53. En 1930, un moulage de son visage est réalisé sur le vif par l’un de ses proches — peut-être Valentine Hugo54. L’objet figure dans sa collection personnelle avant sa donation au musée de Saint-Denis. Voilà un bel emblème pour les avant-gardes qui dénoncent le culte mortifère et la muséification de l’art et de la littérature ! Une copie en plâtre du masque figure d’ailleurs à l’inventaire de la collection d’André Breton, 42 de la rue Fontaine, à Paris55.
27Un premier temps aux allures d’inventaire ou d’état des lieux a permis de souligner l’extrême hétérogénéité des objets « intimes » des écrivains, exposés dans les maisons-musées. Discordants, jugés parfois prosaïques ou encore désacralisants, les objets connaissent une réception houleuse qui témoigne des limites de leur muséalisation, en particulier dans le cas de Flaubert autour du culte duquel prend forme un procès à charge contre le matérialisme et le fétichisme qui caractériseraient le « culte » de ces objets de mémoire. La reproductibilité de ces objets et leur reproduction parfois effective sous forme de photographies ou encore de moulages, qui les rapprochent d’objets manufacturés nés de la révolution industrielle, ajoutent aux critiques virulentes qui les entourent, tout en mettant en évidence, par contraste, leur rareté et leur valeur symbolique et patrimoniale notamment.
28Il est d’autres objets personnels et non moins artificiels et théâtraux : les objets personnels de personnages. Objets reproductibles, commercialisables et appropriables par le visiteur à domicile, n’auraient‑ils pas davantage aujourd’hui les faveurs de publics prêts à s’enthousiasmer pour le « comme si c’était vrai » fictionnel entourant la baguette d’Harry Potter, le monocle de Lupin, la longue‑vue de Nemo ou le keepsake d’Emma Bovary ? À leur sujet, les questions abondent. En voici quelques‑unes à la méditation desquelles nous laissons notre lecteur : les catégories d’objets personnels de personnages recouvrent‑elles les catégories d’objets personnels des écrivains (accessoires identifiant une silhouette, des usages quotidiens, emblèmes identifiant un métier, faisant signe vers des scènes importantes dans l’économie de la diégèse…) ? Comment ces objets ont‑ils gagné en visibilité au point de susciter un tel intérêt de la part des producteurs d’objets dérivés d’abord, des consommateurs ensuite (illustrations de livres, adaptations audiovisuelles, marché des goodies touristiques habituels…) ? Comment ces objets sont‑ils appropriés justement par rapport aux objets personnels d’écrivains, intouchables, sanctuarisés dans l’espace muséographique : sont‑ils dotés d’une fonction d’usage avant tout, sont‑ils considérés comme des pièces de collection, prolongeant le plaisir de la lecture ? D’une visite ?
Notes
1 Paul Bénichou, Le Sacre de l’écrivain, 1750‑1830 : essai sur l’avènement d’un pouvoir spirituel laïque dans la France moderne, Paris, José Corti, 1973 ; Sarga Moussa, « Mémoire de pèlerins. Pèlerins de la mémoire (Chateaubriand, Lamartine, Nerval) », dans Sarga Moussa et Sylvain Venayre (dir.), Le Voyage et la mémoire au xixe siècle, Grâne, Creaphis éditions, coll. « Silex », 2011, p. 173‑188.
2 Daniel Fabre, « Introduction générale : À la recherche de l’aura perdue », dans Actes des 7es Rencontres des maisons d’écrivain et des patrimoines littéraires, Bourges, novembre 2002, p. 15, disponible en ligne sur <https://litterature-lieux.com/up/File/publications/2002-actes.pdf> (consulté le 25 janvier 2024).
3 Yves Gagneux, « Quel Balzac pour la Maison de Balzac ? », L’Année balzacienne, vol. 5, no 1, 2004, p. 137‑149 ; Reliques et reliquaires à Paris (xixe-xxe siècle), Paris, Le Cerf, coll. « Histoire religieuse de la France », 2007, p. 30.
4 Dominique Pety, Poétique de la collection au xixe siècle. Du document de l’historien au bibelot de l’esthète, Nanterre, Presses universitaires de Paris-Ouest, coll. « Orbis litterarum », 2010.
5 Marta Caraion, Comment la littérature pense les objets : théorie littéraire de la culture matérielle, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2020.
6 José-Luis Diaz, L’homme et l’œuvre : contribution à une histoire de la critique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Les littéraires », 2011.
7 Laurence Boudart, « L’empathie : une modalité de l’expérience muséale de la littérature », Interférences littéraires/Literaire interferenties, no 16, juin 2015, p. 61‑77.
8 Marie-Clémence Régnier, « “Un coup de dais”… chez Victor Hugo. Lieux de vie et de séjour des écrivains : la fabrique d’un imaginaire biographique situé (fin xviiie s.‑xxie s.) », colloque international « La fabrique médiatique des récits de vie. Circulation des biographèmes de Vapereau à Wikipédia », Olivier Bara, Marceau Levin, Nejma Omari et Marie-Ève Thérenty (dir.), 19‑20 janvier 2023, actes à paraître.
9 Lauren Bentolila-fanon, Charlène Huttenberger-Revelli et Marine Le Bail (dir.), « L’accessoire d’écrivain au xixe siècle : le sens du détaillé », colloque jeunes chercheurs, Université Toulouse Jean-Jaurès, octobre 2017, disponible en ligne sur <https://serd.hypotheses.org/laccessoire-decrivain-au-xixe-siecle-le-sens-du-detail> (consulté le 9 juin 2026).
10 Jérôme Meizoz, « “Écrire, c’est entrer en scène” : la littérature en personne », COnTEXTES, Revue de sociologie de la littérature, Varia, 2015, disponible en ligne sur <doi.org/10.4000/contextes.6003>.
11 Marie-Ève Thérenty, « La littérature en gilet rouge : les objets dans l’histoire littéraire », dans Marie-Ève Thérenty et Adeline Wrona (dir.), Objets insignes, objets infâmes de la littérature, Paris, Edition des archives contemporaines, p. 9. Le « quasi-objet » désigne une matérialité parfois indéfinie ou un objet tellement insignifiant qu’on n’y prête guère attention (volutes de fumée de la pipe d’un Prévert, panier de chat d’une Colette) ; l’« hyperobjet » désigne un objet dont le statut sémiotique, les significations et les valeurs qu’il renferme, sont très denses. Il nourrit sans cesse les réflexions et interprétations à son égard.
12 Julian Barnes, Le Perroquet de Flaubert, Paris, Stock, 1986 et Lorenza Foschini, Le Manteau de Proust, histoire d’une obsession littéraire, Paris, La Table Ronde, 2012.
13 On pense à la Maison de Balzac ou au Literaturarchiv de Marbach dans des salles où le culte de l’auteur est interrogé par des effets muséographiques et un discours d’escorte très riche, notamment grâce à la mise en regard de représentations contradictoires des figures d’écrivains à travers le temps. L’exposition Babioles et trésors, présentée par Christophe Meurée dans le présent volume, illustre aussi très bien ce point, tout comme la muséographie de la vitrine exposant la relique familiale de la robe de Léopoldine, conservée par les Hugo, mise en regard du poème anthologique « Demain dès l’aube », tiré des Contemplations.
14 La visibilité et la popularité d’un objet personnel d’écrivain dépend du degré d’affranchissement qu’il peut atteindre vis-à-vis du contexte historique et personnel auquel il est rattaché à l’origine. L’hyperobjet littéraire, au contraire d’un objet historique, est une « matrice d’engendrement de la sérialité et de l’imaginaire littéraires », selon M.‑È. Thérenty dans « La littérature en gilet rouge », art. cit., p. 12.
15 L’analyse couvre quelques exemples tirés des avant-gardes de l’époque, point d’aboutissement des logiques considérées sur le long terme.
16 Marie-Clémence Régnier, Vies encloses, demeures écloses : le grand écrivain français en sa maison-musée, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2023.
17 Alexandre Arsène, La Maison de Victor Hugo, Hachette, Paris, 1903.
18 Manuel Charpy, « L’ordre des choses. Sur quelques traits de la culture matérielle bourgeoise parisienne, 1830‑1914 », Revue d’histoire du xixe siècle, 2007, no 34, § 49 et suiv., disponible en ligne sur <doi.org/10.4000/rh19.1342>.
19 Voir la notion de « milieu » au xixe siècle, qu’adapte Anne Reverseau dans « La Bibliothèque entre représentation et reconstitution du “biotope” de l’écrivain », Textyles, no 61, 2021, disponible en ligne sur <doi.org/10.4000/textyles.4219>.
20 Siân Jones, « Negotiating Authentic Objects and Authentic Selves: Beyond the Deconstruction of Authenticity», Journal of Material Culture, vol. 15, no 2, 2010 p. 181‑203.
21 David Martens, « Photographies de mains d’écrivains », Littérature, vol. 195, no 3, 2019, p. 99‑122.
22 Voir l’entretien avec Inga Walc-Bezombes dans le présent dossier.
23 Photographies figurant le musée à ses débuts disponible en ligne sur <www.maisonsvictorhugo.paris.fr/paris/musee/histoire-du-musee> (consulté le 29 janvier 2024). La muséographie est aujourd’hui moins solennelle et monumentale : elle repose sur une reconstitution historique des éléments décoratifs de l’appartement, du temps des Hugo.
24 Catalogue de vente des « Manuscrits, Livres, Meubles, Objets d’art de Gustave Flaubert. Mobilier Ancien et Moderne de la Villa Tanit ayant appartenu à Mme Franklin-Grout-Flaubert, décédée », Antibes, 28, 29 et 30 avril 1931. Flaubert B 4‑10. Pavillon de Flaubert (Croisset).
25 Inventaire des collections 1906‑1973. Flaubert B4‑1. Pavillon de Flaubert (Croisset).
26 Théophile Gautier, « Pierre Corneille, pour l’Anniversaire de sa naissance », dans Théâtre [1851], Paris, G. Charpentier, 1882, p. 215‑217 ; Théodore-Éloi Lebreton et Charles Beuzeville, Corneille chez le savetier, scène historique de la vie de Pierre Corneille, Rouen, Théâtre des arts, Impr. de N. Périaux, 1841.
27 Les matinées littéraires et la société de patronage des auteurs dramatiques inconnus fondées par M. H. Ballande, aux théâtres de la Gaîté et de la Porte-Saint-Martin, complément d’instruction publique par le théâtre, étude par J. Maret-Leriche, 1869‑1874, Paris, Librairie théâtrale, 1874.
28 « Chronique », Le Temps, 16 mai 1873, p. 2.
29 « Justice de Paix. Audience du 17 mai. Molière contre Ballande », Le Figaro, 23 mai 1873, p. 2.
30 Ibid., p. 11.
31 Des témoignages en attestent à cette époque, mais le fait est plus ancien : Elsa Sene et Olivier Bouzy, La maison natale de Jeanne d’Arc à Domremy [catalogue d’exposition], Maison de Jeanne d’Arc, Orléans, 1997.
32 Léon Berthaut, « La Maison de Corneille », La Nouvelle revue internationale, 1897, p. 557 et 559.
33 Maurice Dreyfous, Ce que je tiens à dire : un demi-siècle de choses vues et entendues, 5e éd., Paris, Ollendorff, 1862‑1872, p. 347.
34 Ibid.
35 Edmond de Goncourt, « Dimanche 23 novembre 1890 », dans Journal des Goncourt : mémoires de la vie littéraire, 3e série, vol. 2 (1889‑1891), Paris, Bibliothèque Charpentier, G. Charpentier et E. Fasquelle, 1895, p. 185.
36 Véronique Long, « Les collectionneurs d’œuvres d’art et la donation au musée à la fin du xixe siècle : l’exemple du musée du Louvre », dans Jean-Louis Cabanès et Dominique Pety (dir.), Romantisme, vol. 31, no 112, 2001, p. 45‑54.
37 Cité par V. Long, ibid., p. 47.
38 René Descharmes, « Le musée Gustave Flaubert », Le Figaro, Supplément littéraire, 1er juillet 1911, p. 2.
39 Ibid.
40 Ibid.
41 Telle n’est pas l’approche de Virginia Woolf qui, dans un texte exhumé assez récemment, rapporte son enchantement rêveur à découvrir les reliques des sœurs Brontë à Haworth : « Mais l’élément le plus émouvant — si émouvant que l’on se sent à peine digne d’y porter les yeux — c’est la valise qui contient les reliques des petits effets personnels de l’artiste disparue. Il eût été dans l’ordre naturel des choses que ces effets disparaissent avant leur propriétaire et pour la raison même qu’ils lui ont survécu, en dépit de leur condition éphémère et dérisoire, Charlotte Brontë, la femme, revit sous nos yeux […]. » Article paru en 1904 pour The Guardian, disponible en ligne sur <www.ecoledeslettres.fr/un-texte-inedit-de-virginia-woolf-au-pays-des-soeurs-bronte/> (consulté le 13 février 2024).
42 Lettre à Louise Colet, [31 janvier 1852], dans Gustave Flaubert, Correspondance, t. II, Jean Bruneau (éd.), Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1980, p. 42.
43 « Inventaire des collections 1906‑1973 », Flaubert B4‑1. Bibliothèque municipale de Rouen.
44 Plus de 60 % des objets seraient des « copies » : Justine Delassus, Visiter les œuvres littéraires au-delà des mots : des maisons d’écrivains aux parcs à thème, l’impossible pari de rendre la littérature visible, thèse de doctorat en histoire de l’art, Université Paris-Saclay, 2016, p. 190.
45 Delphine de Girardin, La canne de M. de Balzac, Paris, Dumont, 1936, p. 144.
46 Walter Benjamin, L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, 1935.
47 Martin Gale, « Le carnet des heures. La vie qui passe », L’Intransigeant, 1908. Bibliothèque de la Maison de Balzac.
48 Ibid.
49 Jean Marius Richard dit « Carlo Rim », « Le Grenier d’Arlequin », dans Journal 1916‑1940, Paris, Denoël, 1981, p. 133. Cité dans Anne Reverseau et Nadja Cohen (dir.), « La fabrique du Petit musée d’histoire littéraire », Petit Musée d’histoire littéraire, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2015, p. 279.
50 François Poncelet, « Regards actuels sur la muséographie d’entre-deux-guerres », CeROArt, no 2, 2008, disponible en ligne sur <doi.org/10.4000/ceroart.565>.
51 Filippo Tommaso Marinetti, « Le Futurisme », Le Figaro, 20 février 1909, p. 1.
52 Disponible en ligne sur <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84329634/f31.item.r=dornac%20mallarme> (consulté le 25 janvier 2024).
53 Julius von Schlosser, Histoire du portrait en cire. L’effigie par empreinte, de l’Antiquité aux derniers Habsbourg, trad. française par Valérie Le Vot et Édouard Pommier, Paris, Macula, 1997.
54 Peintre et illustratrice, Valentine Gross est l’épouse de Jean Hugo, arrière-petit-fils de Victor Hugo.
55 Notice et image de la sculpture, disponible en ligne sur <www.andrebreton.fr/work/56600100568420> (consulté le 9 juin 2026). Voir Marie-Clémence Régnier, « Nadja, ou André Breton en ses “maisons de verre” », Littérature, vol. 195, no 3, 2019, p. 17‑32.
Haut de pageTable des illustrations
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|---|---|
| Titre | Figure 1. – Tableau des acquisitions de pièces de mobilier d’écrivains entre 1880 et 1937 par le Musée Carnavalet. |
| Crédits | © Marie-Laure Deschamps (ancienne conservatrice du patrimoine). |
| URL | http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12208/img-1.png |
| Fichier | image/png, 257k |
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| Titre | Figure 2. – Salle des Peintures au 1er étage, à l’ouverture du musée. |
| Crédits | © Paris Musées/Maison de Victor Hugo – Guernesey. |
| URL | http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12208/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 601k |
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| Titre | Figure 3. – La bibliothèque dans Les Nouvelles Illustrées, no 58, 1903, p. 19. |
| Crédits | © Paris Musées/Maison de Victor Hugo – Guernesey. |
| URL | http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12208/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 835k |
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| Titre | Figure 4. – Statuettes à l’effigie de Victor Hugo lors d’une exposition en 1830, dans Les Nouvelles Illustrées, no 58, 1903, p. 21. |
| Crédits | © Paris Musées/Maison de Victor Hugo – Guernesey. |
| URL | http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12208/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 661k |
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| Titre | Figure 5. – Carte postale du Pavillon de Croisset. |
| Crédits | © RMM, Musée Flaubert et d’histoire de la médecine et RMM, Pavillon Flaubert. |
| URL | http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12208/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 536k |
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| Titre | Figure 6. – Carte postale du Pavillon de Croisset. |
| Crédits | © RMM, Musée Flaubert et d’histoire de la médecine et RMM, Pavillon Flaubert. |
| URL | http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12208/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 508k |
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| Titre | Figure 7. – Photographie du moule de la main du romancier, d’un fragment de marbre de la maison mortuaire, d’un presse-papiers donné par Paul Bourget, de la cafetière et d’une lettre autographe de Balzac. |
| Crédits | © Bibliothèque de la Maison de Balzac, Paris. |
| URL | http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12208/img-7.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 801k |
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| Titre | Figure 8. – Sacha Guitry en robe de chambre, debout de profil, devant une des vitrines de sa collection. |
| Crédits | © Robert Doisneau, disponible en ligne sur <www.ader-paris.fr/lot/11327/2110950?npp=50&> (consulté le 11 février 2024). |
| URL | http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12208/img-8.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 114k |
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| Titre | Figure 9. – Paul Éluard debout de profil, devant une des vitrines de sa collection. |
| Crédits | © Photographie par Brassaï du « musée sentimental » de Paul Éluard à Paris, dans Visages d’Éluard [catalogue d’exposition], New York, Parkstone International, 1995, p. 26. |
| URL | http://journals.openedition.org/recherchestravaux/docannexe/image/12208/img-9.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 766k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Marie-Clémence Régnier, « Minuties, reliques et autres artefacts du « bazar » de la gloire : objets personnels d’écrivains muséalisés », Recherches & Travaux [En ligne], 108 | 2026, mis en ligne le 06 juillet 2026, consulté le 12 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/recherchestravaux/12208 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16ini
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