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Dossier thématique

Paysans de la hess ? Les agriculteurs marocains, un nouveau groupe de producteurs dans la huerta provençale

French Farmers from Global South: Moroccans Farmers, a New Group of Market Gardening in Provence
¿Campesinos de desgracias? Agricultores marroquís, un nuevo grupo de productores de la huerta provenzal
Anne-Adelaïde Lascaux
p. 91-113
Traduction(s) :
Farmers from a Place of Sheer Hardship: Moroccan Rural Workers, a New Group of Producers in the Provençal Huerta [en]

Résumés

La conjonction d’un système migratoire sous contrainte dans lequel sont insérés les ouvriers saisonniers agricoles marocains en France et le délaissement des espaces productifs agricoles français dans lesquels ils travaillent est à l’origine de leur reconversion en tant qu’exploitants agricoles. En s’installant à leur compte, ces travailleurs migrants et leurs enfants réactivent la vocation agricole de la huerta méditerranéenne. Ils renouvellent cependant ce système de culture selon des stratégies propres à ce nouveau groupe de producteurs provençaux issus de la migration. L’entreprise agricole leur apparaît comme un outil d’enrichissement par le biais de pratiques informelles.

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Texte intégral

  • 1 La hess est une expression issue du détournement d’un mot arabe. En argot, la hess qualifie une sit (...)

1Longtemps considérés comme les « forgotten men » des études rurales, les ouvriers saisonniers étrangers font l’objet d’un renouveau dans les sciences sociales depuis les années 1990 (Hubscher et Farcy, 1996 ; Diry, 2008 ; Morice et Potot, 2010). Ces travaux proposent pour la plupart un point de vue sur le salariat d’une catégorie de travailleurs migrants se déplaçant entre les rives de la Méditerranée et dont les mobilités sont limitées dans le temps et dans l’espace (Morice et Michalon, 2008 ; Mésini, 2013 ; Zeneidi-Henry, 2013 ; Arab, 2018). Espaces de travail pour des « oiseaux de passage » (Piore, 1979), refuges pour des demandeurs d’asile en cours de procédure (Bonerandi, 2008), les espaces ruraux sont envisagés comme des sas migratoires où l’on passe sans rester. Celles et ceux qui s’y installent et s’y affirment sont les tenants d’une « utopie néo-rurale » (Rouvière, 2015), ou bien des entrepreneurs issus de classes moyennes et supérieures qui s’appuient sur de solides réseaux sociaux européens (Saleilles, 2006). L’installation des populations les plus vulnérables, elle, est souvent abordée du point de vue de la précarité et du risque de leur « captivité » (Rougé, 2009 ; Hochedez et Mialocq, 2015). Des observations récentes ont mis au jour des installations agricoles prenant place dans des contextes de crise (Dolci et Perrin, 2017). Parmi les nouveaux exploitants agricoles, on remarque l’installation d’anciens travailleurs étrangers dans les espaces ruraux français en déclin qui se décrivent eux-mêmes comme des « paysans de la hess »1 (Durbiano, 1980 ; Lascaux, 2019 ; Darly et al., 2021).

2Afin de sortir du salariat, ces ouvriers se tournent vers des carrières entrepreneuriales, dans une logique d’action générique où l’entreprise est le vecteur d’une économie marchande de type capitaliste (Chauvin et al., 2014). L’entrepreneuriat est, pour des populations migrantes, un moyen d’action pour renégocier leur place dans les sociétés d’accueil. En développant des savoir-faire et des pouvoir-faire, les entrepreneurs migrants prennent conscience de leur position, sur laquelle ils peuvent désormais agir par une prise d’initiatives délibérées (De Certeau, 1990 ; Ma Mung, 2009). Ces initiatives entrepreneuriales sont souvent pensées sur le mode de groupes dont la cohésion repose sur une connivence communautaire (Raulin, 2000). Pourtant, plus qu’une niche économique ethnique, devenir un chef d’entreprise pour des individus issus du salariat et de la migration répond à une éthique de la performance qui s’appuie sur des solidarités de circonstances. Être un « aventurier du capitalisme marchand » est un moyen pour ces individus désaffiliés par leur condition salariale et migratoire de trouver une utilité productive, ainsi qu’une reconnaissance sociale (Castel, 1994 ; Peraldi, 1999). Pour cela, ces entrepreneurs aux capacités d’investissement limitées s’appuient sur des pratiques informelles. On entend par informalité toutes les activités productrices de ressources non comptabilisées par l’État (Portes et al., 1989). Chez les agriculteurs marocains, ces dernières se matérialisent sous plusieurs formes : négociations interpersonnelles pour accéder à la ressource foncière, activités d’achat et de revente dissimulées, débrouille dans l’acquisition et la gestion du matériel, embauche non déclarée de la main-d’œuvre, etc. En ce sens, ces nouveaux entrepreneurs agricoles s’insèrent dans les plis des économies urbaines et rurales.

3Je propose dans cet article de discuter la spécificité des formes entrepreneuriales des ouvriers issus de la migration qui deviennent exploitants agricoles dans les espaces ruraux français. Le déclin de l’activité agricole en France représente-t-il une opportunité d’installation pour des ouvriers migrants ? Les stratégies entrepreneuriales que mobilisent ces nouveaux agriculteurs — notamment les pratiques informelles — en font-elles une catégorie de producteurs à part ? Certains espaces ruraux français connaissent depuis plusieurs décennies un mouvement de déprise agricole, comme la huerta méditerranéenne. Ce délaissement crée des espaces interstitiels dont se saisissent des ouvriers d’origine étrangère à la recherche d’une progression dans leur carrière. Devenir entrepreneurs agricoles leur apparaît comme un moyen de revaloriser économiquement et socialement leur position dans l’espace local. Cependant, le contexte de déprise favorise le recours à des pratiques informelles par ces agriculteurs de la crise. L’originalité des parcours migratoires et entrepreneuriaux des agriculteurs marocains en fait une nouvelle catégorie de producteurs dans la huerta provençale.

4Cet article est le fruit d’un travail de recherche doctorale. Étant donné le peu d’informations disponibles sur cette thématique, une approche qualitative a été privilégiée. Elle s’est concrétisée par plusieurs temps d’observation participante (un an au total) auprès des agriculteurs marocains du Comtat, de la Basse Vallée de la Durance et des plaines de Berre et de la Crau. Venant d’une famille d’arboriculteurs de la Basse Vallée de la Durance, je me suis appuyée sur un réseau social familier local pour m’introduire auprès des agriculteurs marocains. Cette immersion a été complétée par une soixantaine d’entretiens — menés entre 2016 et 2019 — auprès des agriculteurs marocains, des agriculteurs issus de familles locales, des acteurs institutionnels et des commerçants de la filière maraîchère. Cet article se focalise sur les profils des agriculteurs marocains. C’est donc essentiellement le corpus d’entretiens auprès de ces acteurs qui est ici mobilisé. Dans un souci de protection des enquêtés les noms des acteurs et des communes ont été changés.

5Dans un premier temps, il s’agira de saisir le contexte qui permet l’installation agricole d’ouvriers issus de la migration dans l’espace rural méditerranéen. Ensuite, je discuterai de l’unité et de la diversité du phénomène des agriculteurs marocains au prisme de trois profils entrepreneuriaux différents : les pionniers, les reconvertis et les parrainés. Enfin, j’analyserai les modalités de cette installation agricole qui repose sur des stratégies communes : une imitation du modèle du système productif de la huerta et le recours à des pratiques informelles.

Des ouvriers étrangers qui s’installent dans une huerta provençale en déclin

6Les ouvriers saisonniers étrangers représentent la main-d’œuvre principale sur laquelle repose aujourd’hui la huerta méditerranéenne. Présents dans les espaces ruraux français depuis plusieurs décennies, ils ont assisté au déclin du système productif qui les employait. Les interstices en friche des campagnes provençales leur offrent l’opportunité de s’installer à leur compte.

Des Marocains dans les champs de Provence

7Depuis les années 2000, la littérature s’intéresse aux flux de travailleurs saisonniers étrangers dans les campagnes européennes. Dans la seconde moitié du XXe siècle, l’urbanisation et la tertiarisation du travail ont attiré les travailleurs ruraux dans les villes voisines. Délaissées, les campagnes françaises sont depuis en proie à une « crise de main-d’œuvre » locale (Morice et Michalon, 2008). Pour compenser ces départs, les agriculteurs font appel à des ouvriers venus essentiellement du Maghreb, d’Europe de l’Est et du Sud. Ce recours à des circuits migratoires transnationaux saisonniers et interannuels permet d’assurer le fonctionnement des exploitations agricoles françaises avec une main-d’œuvre étrangère. Le recrutement de cette dernière est réalisé en grande partie sur la base de contrats saisonniers (cf. Encadré 1).

  • 2 Source : Documents personnels de l’auteur provenant de l’OFII (2019).

Encadré 1 : Les contrats de travail pour les travailleurs saisonniers étrangers en France2

L’Office national d’immigration (ONI) a été créé en 1945 pour introduire des travailleurs étrangers sur le sol français avec des contrats de travail. En 1974 la suspension de l’immigration de travail permanente conduit à le renommer Office des migrations internationales (OMI). Les travailleurs migrants sont alors des saisonniers provenant de pays ayant signé des accords de main-d’œuvre avec la France. Ils viennent en France dans le cadre de « contrats OMI » dont la durée varie entre quatre et six mois. En réalité, les contrats sont quasi systématiquement prolongés jusqu’à huit mois. Une fois son contrat terminé, l’ouvrier est tenu de quitter le territoire français.
L’intégration de l’Espagne et du Portugal à l’Union européenne en 1992 a conduit au recentrement des flux de travailleurs transnationaux du Maghreb vers les espaces maraîchers et arboricoles du sud-est de la France, notamment le département des Bouches-du-Rhône. En 2005, l’OMI est renommé Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations (ANAEM). Deux ans plus tard, en 2007, après une longue bataille juridique portée par le Collectif de défense des travailleur·euse·s étranger·ère·s dans l’agriculture (CODETRAS), une partie des ouvriers ayant travaillés plus de huit mois par an en France pendant plusieurs années obtiennent des cartes de séjour de résidents permanents en France. Les contrats ANAEM sont alors strictement limités à six mois. En 2009, l’ANAEM devient l’Office français de l’immigration de l’intégration (OFII).
En parallèle, les années 2000 voient l’apparition d’un nouveau type de travailleurs étrangers, les travailleurs détachés. Employés par des entreprises installées dans des États de l’Union européenne, ils sont détachés dans d’autres pays européens où ils fournissent un service à titre temporaire. En Provence, de nombreux prestataires de services espagnols louent les services de travailleurs agricoles latino-américains installés en Espagne.

8Enfin, une part minoritaire des travailleurs agricoles sont des demandeurs d’asile en attente de l’instruction de leur dossier. Les initiatives restent limitées à des dynamiques associatives locales et sont encore peu présentes dans le milieu rural provençal.

9Les limites dans le temps et dans l’espace qu’imposent ces contrats aux ouvriers font l’objet de vives critiques. Ils sont dénoncés comme les outils d’une migration sous contrainte, encadrée par les États (Décosse, 2011). Flexibles et réversibles au gré des contextes, les ouvriers saisonniers sont soumis à la conjoncture des territoires dans lesquels ils exercent. De même, leurs conditions de travail et de vie dépendent des exploitations dans lesquelles ils atterrissent (Mésini, 2013).

  • 3 Un premier contrat OFII donne droit à la délivrance d’une carte de séjour de travailleur saisonnier (...)

10Malgré ces contraintes, les Marocains sollicitent en masse ces contrats de travail, qui leur permettent d’obtenir une carte de séjour ainsi qu’un accès à long terme au territoire français3. Ils étaient un peu plus de 8 000 ouvriers saisonniers à être concernés par cette procédure en 2018, dont un quart dans des exploitations des Bouches-du-Rhône (cf. Graphique 1)

Graphique 1 : Évolution du nombre de contrats de travail saisonniers entre la France et le Maroc en France et dans les Bouches-du-Rhône entre 2006 et 2018

Graphique 1 : Évolution du nombre de contrats de travail saisonniers entre la France et le Maroc en France et dans les Bouches-du-Rhône entre 2006 et 2018
  • 4 Le graphique 1, le tableau 1 et la figure 1 ont été réalisés par Anne-Adelaïde Lascaux.

Source : Documents personnels de l’auteur provenant de l’OFII (2019)4.

11On remarque sur ce graphique une chute des contrats OFII entre 2006 et 2014, qui sont réduits aux deux tiers. Si le nombre de contrats diminue, la part des travailleurs marocains reste, elle, importante, notamment dans les Bouches-du-Rhône, où ils représentent la quasi-totalité des travailleurs étrangers sous contrat saisonnier. Ils étaient ainsi plus de 2 000 à travailler dans le département en 2018.

  • 5 Le mariage avec une franco-marocaine est la stratégie à laquelle ont recours la plupart des ouvrier (...)

12Cette baisse des contrats de travail saisonniers est liée à plusieurs facteurs. D’une part, ces dernières années d’autres populations concurrencent le marché du travail saisonnier dans les campagnes françaises, comme les ouvriers d’Europe de l’Est, ainsi que les travailleurs détachés dans l’agriculture venus d’Amérique latine par le biais d’agences espagnoles (Cf. Encadré 1) (Castracani et al., 2021a). D’autre part, la déprise agricole que connaît la huerta provençale — principal employeur de cette main-d’œuvre migrante — réduit les possibilités d’embauche de ces travailleurs dont les contrats doivent être renouvelés chaque année. Les ouvriers agricoles étrangers — essentiellement marocains depuis les années 1980 — ont investi les espaces ruraux français, notamment la huerta provençale. Les travailleurs marocains restés sur le territoire français — le plus souvent par le biais de stratégies matrimoniales qui donnent lieu à des « migrations par le mariage5 » (Le Bail et al., 2018) ou bien qui ont profité des vagues de régularisation au tournant des années 1970 — évoluent dans un espace rural délaissé depuis les années 1990. Ils y voient une opportunité pour s’installer à leur compte.

Le « jardin de la France » en friche, une opportunité d’installation agricole

13Entre 1970 et 2010, le nombre d’actifs agricoles a été divisé par trois et demi dans les Bouches-du-Rhône6. Cette réduction du nombre d’agriculteurs s’accompagne d’une diminution de la superficie cultivée. Toutes cultures confondues, cette diminution des surfaces est d’environ 20 %. Cependant, à l’échelle fine des productions maraîchères et arboricoles, la surface cultivée diminue de plus de 50 % en deux décennies (cf. Tableau 1).

Tableau 1 : Évolution des productions de légumes frais et de fruits à pépins par superficie entre 1988 et 2010

Tableau 1 : Évolution des productions de légumes frais et de fruits à pépins par superficie entre 1988 et 2010

Source : Agreste, recensements agricoles de 1988, 2000 et 2010 (cf. https://www.agreste.agriculture.gouv.fr).

14On constate une diminution des actifs agricoles et des superficies cultivées dans les productions arboricoles et maraîchères, celles qui nécessitent le plus de main-d’œuvre. Ce déclin des exploitations touche les ouvriers agricoles et témoigne d’un marché du travail qui se rétracte. Pour ceux qui ont obtenu des cartes de séjours sur le territoire, se lancer dans l’entrepreneuriat apparaît comme un moyen de pallier ces difficultés et de sécuriser leurs revenus, comme l’explique Kamel :

« La France c’est plus comme avant. Maintenant pour les étrangers c’est plus difficile de trouver un travail que de se lancer soi-même […]. Et puis c’est mieux de travailler à son compte. Je fais les mêmes choses qu’avant, les mêmes travaux difficiles, sauf que je gagne mieux ma vie. » (Entretien avec Kamel, agriculteur, Basse Vallée de la Durance, 3 juillet 2019)

15Pour s’installer à leur compte, les anciens ouvriers marocains s’insèrent dans les espaces délaissés par les agriculteurs locaux. Le déclin agricole s’exprime à l’échelle locale par un paysage de friches. Ces dernières sont le produit d’un double mouvement d’arrêt de l’activité agricole et de mise en attente de la ressource foncière (Elloumi et Jouve, 2003 ; Jarrige et al., 2003), comme l’explique Ghyslaine, agricultrice issue d’une famille locale :

« Petit à petit le village, qui était entièrement agricole dans les années 1960, s’est vidé de ses agriculteurs. Aujourd’hui il n’y a pratiquement plus personne. En fruits il n’y a plus beaucoup d‘exploitations, il en reste quelques-unes en maraîchage. Et puis maintenant la plupart des terres sont devenues des quantités de friches. Ça fait bien vingt ans maintenant. » (Entretien avec Ghyslaine, agricultrice, Basse Vallée de la Durance, 1er mai 2020)

  • 7 En agriculture, une chapelle est l’unité de base constituant la serre.

16Les friches agricoles prennent des formes variées en fonction du type d’agriculture qui était pratiquée : des arbres abandonnés dans la Basse Vallée de la Durance qui était essentiellement arboricole ; des serres et des chapelles7 délabrées dans les plaines de Berre et de la Crau où l’activité maraîchère était plus technique (Lascaux, 2022). Ces parcelles en friche forment des interstices dans lesquels s’installent les agriculteurs marocains qui se lancent. On entend par interstices des espaces qui étaient au centre des activités et qui ont subi un processus de marginalisation, à l’origine d’un blocage de leurs usages et accès. Ici, ce sont des espaces où le travail agricole, auparavant central, a été suspendu, mais où aucune autre activité ne s’est installée. Ce délaissement présente également un aspect social par la mise à l’arrêt de ses travailleurs.

17Les ouvriers agricoles marocains évoluent dans un espace autrefois très dynamique, dont l’activité agricole a considérablement diminué. Ils ont assisté à l’effritement des sociétés agricoles locales. Certains y ont vu l’opportunité d’accéder à des espaces qui leur étaient autrefois inaccessibles. Ainsi Oussama explique comment son père a progressivement repris l’entreprise de son ancien patron :

« C’est mon père qui a trouvé toutes les parcelles quand il s’est installé. Il a commencé avec même pas un hectare je crois, et puis petit à petit il a cherché et a trouvé d’autres morceaux comme ça, à droite, à gauche. Je crois qu’à l’époque c’était assez facile d’obtenir des terrains. Comme il était ouvrier agricole, il connaissait des agriculteurs. Il a donc demandé à ceux qui partaient à la retraite de lui louer leurs terres. Ça fait vingt-et-un ans maintenant qu’il est installé, et il est vraiment parti de rien. » (Entretien avec Oussama, agriculteur, Basse Vallée de la Durance, 11 mars 2016)

18Le déclin de la huerta provençale est l’occasion pour les ouvriers marocains issus de la migration de sortir de leur condition salariale. Pour accéder à cette ressource foncière en friche, ils négocient leur installation auprès des propriétaires en ayant recours à des pratiques informelles (Lascaux, 2019). Ils participent ainsi au mouvement entrepreneurial observé depuis la fin du XXe siècle chez des populations migrantes qui reconvertissent en entreprises des professions occupées en tant qu’ouvriers (Peraldi, 1999). Les agriculteurs marocains renouvellent un cycle migratoire dans lequel ils succèdent aux Italiens, installés à leur compte dans la région deux décennies avant eux (Durbiano, 1980). La spécificité des agriculteurs marocains est liée à leur nombre. Ils saisissent l’opportunité d’une installation agricole pour développer leur entreprise et ainsi renégocier leur place dans l’espace local. Ce groupe, qui semble uniforme dans le paysage rural méditerranéen, est en réalité constitué de plusieurs profils aux parcours divers.

Pionniers, reconvertis ou parrainés : trois profils d’agriculteurs marocains

19Au premier abord, le phénomène des agriculteurs marocains semble correspondre à un groupe social particulier : des saisonniers agricoles issus de la migration, lancés dans l’aventure entrepreneuriale. Cependant, les trajectoires des différents agriculteurs marocains rencontrés ont permis d’identifier trois profils différents que j’ai nommés : les pionniers, les reconvertis et les parrainés.

Les pionniers, les ouvriers agricoles

20L’installation en tant qu’exploitant agricole ne fait pas partie du projet migratoire initial de la première génération d’ouvriers saisonniers marocains venus travailler en France. On entendra ici par « projet migratoire » un départ intentionnel du pays d’origine dans l’optique d’un succès économique et social qui permettrait au migrant d’obtenir la reconnaissance sociale de son groupe (Timera, 2001). Cette approche privilégie le caractère évolutif du projet migratoire en fonction des interactions que l’individu entretient avec son environnement. Elle invite également à considérer les relations d’interdépendances entre le pays d’origine et celui d’arrivée (Boyer et Mounkaila, 2010 ; De Gourcy, 2013). La dégradation des conditions de travail dans le rural provençal, conjuguée à l’opportunité d’installation que représentent les friches agricoles, a participé à modifier les trajectoires de ces ouvriers. Arrivée en Provence dans les années 1980, une partie d’entre eux a commencé à s’installer à son compte dans les années 2000. Le portrait de Driss, ci-dessous offre un exemple du parcours de ceux que j’ai qualifiés de pionniers (cf. Encadré 2).

Encadré 2 : Driss, un pionnier

Né dans la campagne de Casablanca, Driss est venu en Europe à vingt-huit ans, au milieu des années 1980, pour « gagner plus d’argent » comme il le dit. Il est d’abord resté en Italie, où il a enchaîné les contrats saisonniers, avant de venir en France pour se faire recruter. En 1985, il travaille dans une maison d’expédition de la Basse Vallée de la Durance. En 2003, il a obtenu le statut de résident permanent par son mariage avec une marocaine ayant la nationalité française. Son employeur lui prête alors 2 000 m² de terrain pour qu’il cultive des herbes aromatiques qu’il vend le samedi sur le marché d’un village voisin. Il investit les bénéfices dans des graines et se lance dans le maraîchage. L’année suivante, l’entreprise dans laquelle il travaille fait faillite. Il se lance alors dans des cultures sans les déclarer. En 2005 il décide de régulariser sa situation. Il ne sera officiellement reconnu comme agriculteur par l’État que cinq ans plus tard. Il cultive aujourd’hui plus d’une douzaine d’hectares.
(Entretien avec Driss, agriculteur, Basse Vallée de la Durance, 20 avril 2019)

  • 8 Source : Documents personnels de l’auteur provenant de l’Office français de l’immigration et de l’i (...)

21Les pionniers correspondent ainsi au profil type de l’ouvrier saisonnier recruté par l’OFII : des hommes seuls, qui ont migré dans la force de l’âge — entre trente et quarante-cinq ans — pour s’assurer de meilleurs revenus. La plupart étaient déjà paysans au Maroc et originaires des campagnes en difficulté de la région de Fès-Meknès8. Aujourd’hui retraités, les pionniers font partie de la première génération de Marocains à avoir migré en France dans les années 1970 par le biais de contrats de travail saisonniers. D’abord gérés par l’OMI puis l’ANAEM, ces contrats sont désormais encadrés par l’OFII (cf. Encadré 1) (Morice, 2008). Après plusieurs décennies de travail en tant qu’ouvriers agricoles, ils ont vu les agriculteurs locaux s’effondrer économiquement au cours des années 1990. Ils ont saisi cette opportunité pour s’insérer dans les terrains qui n’étaient plus cultivés. Si certains de ces pionniers ont fait faillite et se sont de nouveau tournés vers le salariat, d’autres ont développé des exploitations viables que leurs enfants ont reprises.

De père en fils : les reconvertis

22Lorsqu’ils viennent travailler en France, les ouvriers agricoles étrangers laissent parfois femmes et enfants derrière eux. Ceux qui ont réussi à s’installer sur le territoire français ont pu faire venir leur famille auprès d’eux via les politiques de regroupement familial. Le deuxième profil d’agriculteurs marocains identifiés — que j’ai qualifié de « reconvertis » — est constitué des enfants de ces ouvriers agricoles. Nés au Maroc pour la plupart, ces co-migrants sont venus en France dans leur enfance ou leur adolescence (avant quinze ans). Ils y ont grandi et y ont effectué leur scolarité, en se tournant très tôt vers des formations professionnelles. Rapidement entrés sur le marché du travail, beaucoup ont souffert de longues années de salariat dans des métiers peu qualifiés. Les salaires modestes et la répétitivité des travaux ont motivé leur désir de s’émanciper professionnellement et d’augmenter leurs revenus, comme l’explique Mohammed :

« Je suis venu en France à quatorze ans. Mon frère est resté au Maroc avec ma mère, et moi avec mon père, qui était ouvrier agricole ici […]. Pour être honnête avec toi, j’ai fait de l’agriculture pour l’argent. Et pour être libre. Avant j’étais chauffeur routier, jusqu’à mes trente-trois ans, et je ne gagnais pas assez […]. Et puis, je ne voulais pas avoir de patron. Je ne voulais plus obéir à quelqu’un, je voulais être libre. » (Entretien avec Mohammed, agriculteur, Comtat, 7 août 2019)

23Une autre partie de ces co-migrants qui ont grandi en France se sont retrouvés sur un marché du travail où s’exerce une sélection qui rend plus difficile l’embauche de ces jeunes peu qualifiés (Silberman et Fournier, 1999). Le capital social dont ils disposent — et qu’ils peuvent mettre à profit pour trouver un emploi — est tourné vers le monde agricole dans lequel ont évolué leurs pères. Le parcours d’Akram — retracé dans l’encadré 3 — illustre les difficultés rencontrées dans le monde du travail par ces ouvriers peu qualifiés.

Encadré 3 : Akram, le parcours d’un reconverti

Akram est né en France en 1990, juste après l’arrivée de son père du Maroc. Après le collège, il s’est tourné vers un BEP électrotechnique puis a enchaîné plusieurs petits boulots : électricien, cariste, préparateur de commandes, chauffeur-livreur. Suite à un différend avec son ancien patron, qui refusait de lui payer son stage, il est allé aux prud’hommes et s’est retrouvé sans travail. Il a alors pris la suite de son père, comme chef de culture, dans une exploitation voisine, où il avait l’habitude de travailler l’été durant son adolescence. Il en démissionne lorsque son patron refuse d’augmenter son salaire. Il se lance alors dans une carrière d’exploitant agricole.
(Entretien avec Akram, agriculteur, Basse Vallée de la Durance, 3 juillet 2019)

24La plupart des agriculteurs reconvertis correspondent à ce profil. Ils ont entre vingt-cinq et trente-cinq ans et se reconvertissent après plusieurs années de salariat afin d’améliorer leurs conditions de vie et de travail. Ils n’ont pas de formation agricole et le début de leur entreprise constitue bien souvent leur premier contact avec le monde agricole, comme l’avoue Radouan : « Mon premier contact avec l’agriculture, je l’ai eu quand je me suis installé ». Ce profil a commencé à émerger au début des années 2010, mais depuis 2015 le nombre de reconvertis ne cesse d’augmenter. En 2016, lors de mon premier terrain, ils étaient moins d’une dizaine dans la commune où j’ai commencé à enquêter. Quand j’y suis retournée en 2019, ils étaient plus d’une trentaine. Beaucoup ont démarré cette année-là. Certains reprennent une entreprise transmise par leur père, si celui-ci était un pionnier, tandis que d’autres s’installent seuls.

Les nouveaux venus : les parrainés

25Un dernier type de profils d’agriculteurs marocains a été identifié : les parrainés. Ces derniers sont venus en France par le biais de contrats saisonniers gérés par d’autres exploitants marocains, pionniers ou reconvertis. Associés au groupe familial élargi du producteur qui les embauche, ils viennent en France dans le but de développer leur propre exploitation agricole. Dès leur arrivée en tant que saisonniers, ils cumulent une double activité formelle et informelle. D’un côté ils travaillent avec leur famille comme ouvriers. De l’autre, l’exploitant qui les prend en charge leur apprend le métier, les aide à acquérir des terrains et à s’installer à leur compte une fois leur carte de séjour obtenue. Ce mouvement d’installation est très récent. Les premiers profils identifiés ne l’ont été qu’à partir de l’été 2019. L’encadré 4 retrace ma première rencontre avec ce type de profil.

Encadré 4 : Ismaïl, un agriculteur parrainé

Sur le marché cette nuit j’ai rencontré deux cultivateurs associés, Ismaïl et Mouloud. Ismaïl est le plus discret. C’est lui qui cultive. Il est venu en France par l’Italie, où Driss est allé le chercher et lui a fait passer la frontière. C’est le cousin de sa femme. Ismaïl s’est marié et a obtenu ses papiers, puis Driss l’a embauché comme saisonnier. Il a travaillé pendant neuf ans avec lui, puis Driss l’a aidé à s’installer à son compte il y a deux ans. Il lui a trouvé une terre où il y a des pêchers.
(Notes de terrain, 31 juillet 2019)

26On observe ainsi une évolution des carrières et des projets migratoires des Marocains venus travailler en France et de leurs descendants. La réussite du groupe social se réalise sur plusieurs générations, par le biais de trajectoires collectives. Ces dernières s’articulent autour de carrières entrepreneuriales qui se déploient à travers des réseaux sociaux locaux qui prennent la forme d’enclaves, c’est-à-dire d’espaces d’apprentissage (Portes et Manning, 1986). Le rôle joué par les membres d’une même origine étrangère a longtemps été discuté dans la littérature (Waldinger et Aldrich, 1990 ; Ma Mung, 1994). Les réseaux mobilisés reposent moins sur des caractères ethniques que familiaux. En effet, les nouveaux agriculteurs marocains se placent dans des situations de parrainage à caractère familial, vis-à-vis de pionniers ou de reconvertis. Le projet entrepreneurial se déploie dans un système de niche, c’est-à-dire à la rencontre d’une opportunité (des interstices fonciers à cultiver) et d’un projet migratoire (la recherche d’un succès économique et social) (Waldinger, 1994).

27Ces changements sont à l’origine d’une bifurcation des carrières des migrants. On entend par carrière un processus de changement de statut initié par l’apprentissage de nouvelles compétences, ainsi que l’adoption d’une nouvelle identité sociale (Martiniello et Rea, 2011). En effet, une partie des Marocains qui migrent — ou ont co-migré — en France ne voient plus le salariat comme seul horizon possible. Dès leur arrivée sur le territoire, ils se tournent vers l’entrepreneuriat agricole. Le succès de certains provoque un effet d’entrainement et d’imitation, comme le résume Driss lorsqu’il parle des anciens ouvriers agricoles et de leurs enfants :

« Beaucoup ont commencé à faire les paysans pour travailler à leur compte, pour faire mieux que le patron. J’ai commencé avant et ça a bien marché, alors les autres veulent faire pareil que moi. […] Ils veulent tous faire de l’agriculture parce qu’ils gagnent mieux. » (Entretien avec Driss, agriculteur, Basse Vallée de la Durance, 20 avril 2019)

28Les agriculteurs marocains forment ainsi un groupe hétérogène, aux trajectoires et aux profils variés, qui se succèdent sur plusieurs générations. Cependant, malgré cette diversité, les trois profils identifiés répondent à une logique et à des stratégies entrepreneuriales similaires qui permettent de les identifier comme une nouvelle catégorie de producteurs dans la huerta provençale.

Les Marocains dans la huerta : une nouvelle catégorie de producteurs en Provence

29Les agriculteurs marocains qui se lancent dans l’entrepreneuriat ont recours à une stratégie commune : ils imitent le système productif intensif de la huerta. Ils renouvellent ainsi l’agriculture provençale sur le modèle dont ils ont assisté au déclin. Cependant, ils évoluent dans les décombres de cette agriculture aujourd’hui délaissée par les familles d’exploitants locaux. Dissimulés dans les interstices de cet espace agricole en difficulté, ils intègrent les pratiques informelles à leur stratégie d’entreprise. Ils réactivent et accentuent ainsi les dérives du système productif provençal.

La ruée vers la courgette : une imitation du système productif local

  • 9 Les cultures hors-sol sont des plantations sous serre où les racines des végétaux se développent su (...)

30Lorsqu’ils s’insèrent dans les interstices de la huerta provençale, les agriculteurs marocains réinterprètent le système productif de la huerta en fonction de leurs moyens et de leurs stratégies. Ils se tournent ainsi vers des monocultures maraîchères saisonnières de produits de consommation de masse comme les courgettes en été et les salades et navets en hiver. À l’inverse des installations de néo-paysans contemporains qui, malgré un panel d’horizons sociaux divers, privilégient généralement des modes de polycultures biologiques de saison sur de petites surfaces, commercialisés en circuits courts (Lanciano et Saleilles, 2010), les néo-producteurs marocains, eux, considèrent le système agricole intensif méditerranéen comme un modèle d’entreprise désirable. Ils réactivent la vocation agricole de la huerta provençale avant qu’elle ne soit délaissée par les producteurs locaux, mais ils en font bifurquer les trajectoires agricoles sur deux points. D’une part, ils réactivent la vocation productive et nourricière de cet espace emblématique de l’agriculture intensive. D’autre part, ce renouveau s’opère selon un réagencement reflétant leurs moyens et leurs stratégies. Ils se concentrent sur les productions intensives en maraîchage, qui offrent le meilleur rendement pour un investissement minimum, ainsi qu’une rentabilité assurée pour des agriculteurs qui ont peu de moyens de départ (Gauthier, 2001). Par exemple, alors que dans la plaine de Berre le produit phare est la tomate hors-sol9, les agriculteurs marocains privilégient des cultures de plein champ, qui requièrent moins de main-d’œuvre, d’investissement, de matériel et de savoir-faire technique. On peut comparer sur la figure 1 la morphologie d’une même exploitation à dix ans d’intervalle. 2009 est la dernière année d’exploitation de Lucien, producteur issu d’une ancienne famille d’agriculteurs de Berre. Pour la dernière fois, il cultive ses produits phares : du melon sous serre et des tomates hors-sol. Dix ans plus tard, il loue une partie de son exploitation à son voisin — et l’autre à Driss, le fils de son ancien ouvrier agricole marocain. Alors que le voisin de Lucien continue les mêmes cultures de melons, Driss, lui, a changé les cultures : il fait désormais de la courgette et des haricots en pleine terre, des produits moins onéreux et moins techniques.

Figure 1 : Évolution de l’exploitation de Lucien entre 2009 et 2019 dans la plaine de Berre

Figure 1 : Évolution de l’exploitation de Lucien entre 2009 et 2019 dans la plaine de Berre

Sources : Google Earth, 2018 ; enquête de terrain, 2019.

31Les agriculteurs marocains remettent en culture les espaces délaissés de la huerta méditerranéenne, mais selon leurs propres modalités. Ils réagencent cet espace productif avec une logique de cultures plus modestes. D’une certaine manière, ils témoignent ici de la fin du modèle productiviste fondé sur l’idéal d’un agriculteur-technocrate (Hervieu et Mayer, 2010). Pourtant, ils imitent une partie de ce système en s’insérant dans une logique de production intensive et rentable. Ils renouvellent les logiques de production et les paysages méditerranéens selon un schéma ambigu. Ils reproduisent le modèle passé de la huerta provençale dans ses propres débris, réinventant par là une agriculture de la crise. Ces producteurs d’origines étrangères s’inscrivent de la sorte dans un modèle agricole local.

Vendre et produire dans la région

32En s’insérant dans l’espace local, les agriculteurs marocains posent la question entrepreneuriale d’un point de vue rural et local. Le déploiement des activités entrepreneuriales dans les parcours migratoires a été essentiellement pensé selon des modalités commerciales et économiques transnationales dans des mondes urbains (Portes et al., 2002). Cependant, ces pratiques entrepreneuriales existent aussi dans les espaces ruraux, même si elles sont plus difficiles à capter (Tarrius, 1989). Les activités agricoles présentent de nombreuses contraintes spatiales et temporelles qui induisent une relation spécifique des agriculteurs aux territoires qu’ils investissent. La spécificité des cultures de fruits et légumes frais est-elle à l’origine d’une recomposition des rapports aux territoires d’individus issus de la migration ? On peut étudier cette question par le biais des territorialités que déploient les agriculteurs marocains autour des places marchandes qu’ils fréquentent. On entend par territorialité l’adoption d’un mode de comportement au sein d’une entité par un groupe social qui participe à sa gestion, et qui y projette un sentiment d’appartenance, mais aussi d’exclusion (Aldhuy, 2008).

33En s’orientant vers des productions saisonnières intensives, les agriculteurs marocains se tournent également vers les places marchandes locales pour écouler la marchandise produite. En effet, les produits agricoles sont périssables, notamment en période estivale où les marchandises ramassées doivent être évacuées dans la journée (Le Gouis, 1964), comme l’explique Abdel, ancien ouvrier agricole à son compte depuis six ans :

« Je vends quasiment tout à l’expédition. Et je fais du liquide sur les marchés en été. Je n’ai rien pour stocker la marchandise, donc tout doit partir dans la journée. » (Entretien avec Abdel, agriculteur, Basse Vallée de la Durance, 6 avril 2019)

34Cette spécificité implique une mise en circulation à l’échelle régionale, rapide et quotidienne, de leurs légumes par les nouveaux producteurs et marchands marocains. Les places marchandes sont ici matérialisées par deux types de structures de commercialisation : les marchés de gros, qui sont des marchés d’intérêt nationaux (MIN) et les maisons d’expédition. Ces dernières sont gérées par des négociants qui achètent de la marchandise en gros aux producteurs pour la reconditionner et la revendre aux moyennes et grandes surfaces. On peut illustrer cette importance des places marchandes locales par la journée type d’Akram en saison estivale, les jours de marché (cf. Encadré 5).

Encadré 5 : Une journée type d’Akram, agriculteur marocain dans la Basse Vallée de la Durance

0h : Lever pour aller sur le MIN des Arnavaux (Marseille)
2h : Début du marché
8h00 : Livraison des grandes surfaces après le marché
9h : Retour sur l’exploitation : gestion des ouvriers (vérification du ramassage), labour, administratif
11h : Dormir
13h : Livrer la marchandise chez l’expéditeur (Comtat et Basse Vallée de la Durance)
14h : Gestion de l’exploitation et des cultures
15h : Aller sur le marché de Saint-Étienne-du-Grès acheter de la marchandise (Comtat)
18h : Retour du marché et gestion de l’exploitation (vérification du ramassage et de l’emballage des marchandises)
20h : Fin du travail
21h : Dormir
(Enquête de terrain, 2019)

35La journée d’Akram est partagée entre son exploitation, dans la Basse Vallée de la Durance, et les différents espaces du commerce agricole de la région : les marchés gros, de demi-gros et les maisons d’expédition. Tous ces espaces rayonnent à une centaine de kilomètres de distance de l’exploitation d’Akram. Ainsi, les maraîchers marocains s’insèrent dans des places marchandes en perte de vitesse — en raison d’un nombre toujours moindre de maraîchers provençaux — et les approvisionnent de nouveau. Les marchés de gros de producteurs s’organisent dans la région par un maillage dense et resserré de places marchandes (Durbiano, 1996). À la fois producteurs et commerçants, les agriculteurs marocains voient leurs aires de déplacement circonscrites à une échelle régionale. Ces particularités, liées à la spécificité du travail agricole, permettent d’envisager les pratiques entrepreneuriales des agriculteurs marocains sur un mode local. Leur territorialité, en tant que déploiement de leurs espaces de travail et de vie quotidiens, se réalise à une échelle non pas transnationale, mais régionale.

36Ces considérations permettent de requalifier les pratiques commerciales d’entrepreneurs d’origine étrangère. Les associations marchandes informelles qui existent entre agriculteurs marocains, revendeurs et maisons d’expédition, ainsi que leur insertion dans des filières commerciales maîtrisées dans leur majorité par des acteurs locaux classiques du système méditerranéen des fruits et légumes, renvoient à l’existence de « structures d’opportunité ». Celles-ci sont liées aux conditions qui favorisent la vente des produits et des services sur les marchés, et plus largement au déploiement du projet entrepreneurial (Waldinger et Waldrich, 1990). Elles se manifestent ici par la mobilisation de ressources commerciales locales déjà présentes sur le territoire. Les relations qui se nouent entre les nouveaux acteurs que sont les agriculteurs marocains et les élites marchandes locales témoignent de solidarités de circonstances formées non pas par le partage d’une identité culturelle commune, mais articulées autour de « liens faibles » (Granovetter, 1995) animés par l’adhésion commune à une « éthique de la performance » (Peraldi, 1999). De plus, les agriculteurs marocains vendent essentiellement des marchandises destinées à une consommation de masse. Leurs produits sont indistincts sur les étals des marchés et supermarchés. Ils n’organisent pas d’échange identitaire et symbolique autour de la transaction marchande, comme cela peut être le cas avec des produits destinés à une clientèle spécifique en raison de critères culturels, ethniques ou religieux par exemple. On ne peut pas qualifier ces pratiques économiques de « commerce ethnique » (Ma Mung, 1994). Finalement, les agriculteurs marocains développent des stratégies entrepreneuriales qui reposent sur l’intégration de réseaux locaux. Ces producteurs-marchands sont mobiles, mais dans un périmètre régional restreint. Cependant, leurs stratégies d’entreprise mobilisent des ressorts similaires à ceux observés chez les entrepreneurs transnationaux, notamment en ce qui concerne les pratiques informelles.

Les pratiques informelles, une stratégie d’entreprise

37Au même titre que l’accès au foncier des agriculteurs marocains se réalise selon des modalités informelles (Lascaux, 2021), la construction de leur entreprise agricole repose sur des pratiques informelles. Plus précisément, l’informel renvoie ici à des pratiques de dissimulation volontaires, qui participent au fonctionnement des entreprises et qui sont visibles dans leur paysage (cf. Figure 2). Elles se déploient dans de nombreux aspects de l’entreprise et sous plusieurs formes : négociations pour l’accès au foncier et aux produits phytosanitaires, économie de la débrouille pour trouver du matériel, activités dissimulées d’achat et de revente de marchandises, emploi d’une main-d’œuvre sans papier, non-respect des normes d’hygiène et de droit du travail, etc. On les identifie sous la forme d’indices souvent retrouvés chez les agriculteurs marocains. On peut les mettre en évidence à partir de l’analyse de la figure 2 qui relate, sous forme d’une planche de bande dessinée, ma rencontre avec Mokhtar.

Figure 2 : Rencontre avec Mokhtar, un agriculteur marocain aux multiples pratiques informelles

Figure 2 : Rencontre avec Mokhtar, un agriculteur marocain aux multiples pratiques informelles

Crédit : A. Lascaux (conception) ; A. Rigaud (réalisation), Comtat, 2019.

  • 10 Unité de base constituant la serre.
  • 11 Les centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) intègrent un hébergement ainsi qu’un suivi admin (...)

38Certaines facettes de l’exploitation de Mokhtar permettent d’identifier des pratiques de dissimulation dans son fonctionnement (cf. Figure 2). La bande dessinée s’ouvre sur une rencontre fortuite, qui met en évidence le refus de certains agriculteurs marocains d’entrer en contact avec des acteurs extérieurs, en l’occurrence une jeune chercheuse dont l’activité scientifique peut être apparentée à celle d’acteurs institutionnels considérés comme indésirables (inspection du travail, contrôleurs de la Mutualité sociale agricole, etc.) La visite de l’exploitation a été rendue possible par un service rendu à Mokhtar. La case n° 3 montre une exploitation difficile à localiser car dissimulée par des friches. Les cases suivantes mettent en évidence des situations dérogeant aux normes de sécurité, d’hygiène et de droit du travail. On peut voir sur la case n° 4 que les vitraux de la chapelle10 dans laquelle travaillent les ouvriers sont endommagés. Ils représentent un risque de blessure. Cet état de délabrement s’explique par la location de la serre de manière informelle et à moindre coût à un ancien agriculteur à la retraite. Les chiens de chasse agressifs indiquent la volonté de l’agriculteur marocain de dissuader les inconnus d’approcher son exploitation (case n° 10). Les mobil-homes délabrés mais aménagés laissent supposer des conditions de logement insalubre pour une partie des ouvriers (case n° 12). Enfin, la découverte du statut juridique de demandeurs d’asile des ouvriers de Mokhtar signale des pratiques de travail dissimulé. Si en théorie les demandeurs d’asile peuvent obtenir le droit de travailler temporairement sur le sol français, cette procédure est très peu appliquée. On voit dans la dernière case que Mokhtar dépose ses ouvriers à l’angle du CADA11, à distance de l’entrée principale, afin de ne pas être vu.

39Les pratiques informelles ne sont pas spécifiques aux producteurs marocains. Elles sont courantes dans le milieu agricole, aussi bien du point de vue de la production et de la commercialisation que du rapport au salariat (Vounouki, 2003 ; Mésini, 2013). Cependant, l’exemple de Mokthar montre une gestion spécifique des exploitations par les agriculteurs marocains. Alors que ce dernier se décrit comme « un paysan de la hess », en pointant du doigt sa galère, l’aspect délabré de son exploitation révèle en réalité une stratégie entrepreneuriale fondée sur des pratiques de dissimulation. En effet, ces dernières sont présentes à chaque étape du processus entrepreneurial : l’accès à la ressource foncière repose sur des capacités de négociations interpersonnelles, les espaces de travail sont dissimulés, et enfin, le recrutement et la gestion de la main-d’œuvre s’appuient sur des réseaux d’interconnaissance.

  • 12 Ces pratiques informelles ont déjà été observées chez les agriculteurs provençaux, qui y ont largem (...)

40Pour saisir la complexité des situations, il faut confronter les différents degrés de dissimulation auxquels recourent les agriculteurs marocains. La progression de l’installation agricole s’accompagne d’orientations stratégiques, qui se manifestent sous la forme d’une palette d’informalité, « d’irrégularités plus ou moins grandes jusqu’à la radicale illégalité » (Fontaine et Weber, 2011). Ainsi, certaines pratiques qui contreviennent à des règles de sécurité ou d’hygiène, comme laver ses légumes dans les canaux publics, relèvent plutôt de stratégies de débrouille. Ceux qui sont au départ des « entrepreneurs sans entreprise » (Granovetter, 1995) font preuve d’une « invention du quotidien » (De Certeau, 1990) pour faire fonctionner leur projet. Ils usent de stratégies pour contourner les contraintes de l’environnement dans lequel ils évoluent. A contrario, d’autres pratiques, du point de vue du droit, contreviennent à la loi et peuvent être qualifiées d’illégales. On peut ici citer l’exemple des arrangements interpersonnels qui existent entre les agriculteurs marocains et nombre de leurs ouvriers12. Les ouvriers négocient leur séjour en France par le biais de contrats que les agriculteurs marocains demandent pour eux à l’OFII. En échange de leur recrutement, les ouvriers paient de manière informelle les agriculteurs marocains. Ces négociations aboutissent parfois à la contraction de dettes que les ouvriers remboursent en travaillant plusieurs mois sans solde pour le compte de leur employeur. Ils peuvent être plusieurs chaque année sur une même exploitation à avoir recours à ce système. En témoigne Karim, ouvrier qui s’est échappé de l’exploitation de son ancien patron pour se réfugier chez un autre agriculteur marocain :

« En fait, j’avais fait un compromis avec Mouloud. Je lui donnais de l’argent et il me faisait rentrer en France. J’ai payé 10 000 € pour venir ici. Je travaillais et il ne me payait pas. Juste j’avais de quoi manger. J’ai travaillé comme ça sept mois la première année, puis deux mois l’année suivante. J’ai payé ma dette en travaillant. » (Entretien avec Karim, ouvrier agricole saisonnier, Basse Vallée de la Durance, 14 septembre 2019)

41Le choix d’employer le terme de « dissimulation » pour qualifier des pratiques entrepreneuriales très diverses, invite à considérer l’intentionnalité des acteurs qui mettent en place ces processus, afin de les estimer pleinement en tant que stratégies. À la différence des « flux de contournement » qui décrivent des commerces « où les acteurs s’évertuent à contourner les normes, les taxes et les lois » (Bennafla, 2002), les pratiques de dissimulation, elles, mettent en évidence des processus d’apprentissage, d’insertion et de réappropriation des règles et des normes de l’économie capitaliste au profit des acteurs qui s’en saisissent. C’est en rentrant dans les cadres légaux et les normes — et en s’y confrontant qu’ils peuvent exercer et dissimuler une partie de leurs pratiques.

42Le déploiement de formes multiples de dissimulation au cœur des entreprises des agriculteurs marocains témoigne de leur capacité à se saisir des outils de l’agriculture capitaliste moderne. Ils en subvertissent les codes pour devenir concurrentiels dans un contexte de compétitivité. L’exemple des dispositifs informels qui prennent place autour des contrats OFII et des demandeurs d’asile témoigne de la maîtrise des outils migratoires par des populations qui ont su s’en saisir et se les réapproprier à leur profit. En s’insérant dans le marché du travail agricole provençal et en maîtrisant ses dispositifs, les agriculteurs marocains deviennent des acteurs de ces territoires. Ils compensent leur manque de capitaux en s’appuyant sur des stratégies de dissimulation qu’ils déploient à des degrés divers, en fonction de leurs stratégies et des limites individuelles que chacun légitime comme des moyens licites ou non de gagner sa vie (Botte, 2004). La crise que connaissent les espaces ruraux en fait des espaces de l’informel, dans le sens où s’y lovent de manière privilégiée des pratiques de dissimulation qui se déploient par le biais des entreprises agricoles. Les agriculteurs marocains y réactivent les dérives d’un système agricole provençal en difficulté, notamment en ce qui concerne la gestion de la main-d’œuvre étrangère (Durbiano, 1980 ; Mésini, 2013 ; Castracani et al., 2021b). Ces migrants qui s’ancrent à l’échelle locale par le biais de l’activité agricole se saisissent des outils que leur offre l’entrepreneuriat agricole et deviennent eux-mêmes des passeurs de la migration. Leur ancrage local en tant qu’exploitants leur permet d’engendrer des circulations transnationales.

Conclusion

43Le déclin qui touche les campagnes agricoles françaises offre une opportunité d’ascension sociale à des salariés d’origine étrangère déjà présents sur le territoire par la création de microentreprises. Venus en France comme ouvriers, ces derniers s’installent dans les interstices d’une huerta provençale en crise. L’aventure entrepreneuriale est un moyen pour ces ouvriers de recomposer leurs conditions de travail et de vie. Qu’ils soient pionniers, reconvertis ou parrainés, les agriculteurs marocains s’appuient sur des stratégies d’entreprises similaires. D’une part, ils imitent les modes de production intensifs de la huerta provençale. Ils participent ainsi à la revitalisation et au réagencement des espaces productifs méditerranéens français, avec une tendance maraîchère et des investissements progressifs. D’autre part, ils s’appuient sur des pratiques informelles pour développer leur entreprise et maximiser leurs revenus (accès au foncier, gestion de la main-d’œuvre, achat-revente, débrouille vis-à-vis du matériel, etc.). L’entreprise agricole apparaît comme un outil maîtrisé au service des logiques de profit du capitalisme marchand.

44En se tournant vers des activités agricoles, les producteurs marocains initient un rapport de proximité avec le territoire local. Enchevêtrée dans des espaces de production et de commercialisation, leur stratégie entrepreneuriale est fondée sur des mobilités circulaires à l’échelle régionale. Cependant, leur activité entrepreneuriale leur permet également d’engendrer des mobilités transnationales par des flux d’ouvriers saisonniers. Ils se saisissent à leur profit des outils que leur offrent les dispositifs de recrutement d’une main-d’œuvre étrangère, en lien avec l’activité agricole.

45La construction de l’exploitation agricole s’accompagne d’une démarche d’installation sur les territoires qui permet de réexaminer les liens entre migration et activités entrepreneuriales. Les nouvelles formes du travail induites par l’évolution professionnelle d’anciens ouvriers saisonniers étrangers en producteurs sont à l’origine de nouvelles formes d’organisations sociales rurales. Ceux qui se désignent eux-mêmes comme des « paysans de la hess », des « agriculteurs autodidactes » ou encore des « agriculteurs du Sud » forment une nouvelle catégorie de producteurs dans les campagnes provençales. Si leurs systèmes de cultures imitent ceux de la huerta classique, leur gestion et usage de l’entreprise agricole révèle des stratégies d’enrichissement informel intégré au projet entrepreneurial. Ainsi, étudier la production de l’espace rural et agricole par les agriculteurs marocains, c’est proposer un autre regard sur la migration et les espaces ruraux, en les voyant « d’en bas » et « par le bas » (Portes, 1999 ; Collectif Rosa Bonheur, 2019).

46Finalement, cet article invite à reconsidérer les parcours migratoires du point de vue de l’entrepreneuriat, du rural et de l’ancrage. L’activité entrepreneuriale manifeste un désir de réussite économique et sociale à l’origine de l’impulsion du mouvement migratoire. En ce sens, son déploiement dans les espaces d’arrivée peut être considéré comme la continuité du projet migratoire, à travers la saisie et la maîtrise des règles du capitalisme marchand. Dans le milieu agricole, les parcours migratoires se referment à mesure que ces populations s’installent dans de nouvelles activités qui ne nécessitent plus leur présence « entre ici et là-bas » (Michalon, 2006), mais bien une permanence dans l’ici.

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Notes

1 La hess est une expression issue du détournement d’un mot arabe. En argot, la hess qualifie une situation difficile. On peut traduire la hess par « la galère ».

2 Source : Documents personnels de l’auteur provenant de l’OFII (2019).

3 Un premier contrat OFII donne droit à la délivrance d’une carte de séjour de travailleur saisonnier pluriannuelle. Cette dernière n’est valable qu’accompagnée de l’autorisation de travail délivrée par l’OFII (maximum six mois par an). Ce titre de séjour a une validité d’un an la première année, puis de deux ans la suivante. Il a été mis en place pour essayer d’éviter la sédentarisation des travailleurs saisonniers sur le territoire français (l’adresse de résidence indiquée sur la carte se situe obligatoirement au Maroc).

4 Le graphique 1, le tableau 1 et la figure 1 ont été réalisés par Anne-Adelaïde Lascaux.

5 Le mariage avec une franco-marocaine est la stratégie à laquelle ont recours la plupart des ouvriers saisonniers marocains pour se sédentariser sur le territoire français. En effet, l’union civile avec une citoyenne française donne droit à un titre de séjour pour le conjoint étranger.

6 Source : Agreste, recensements agricoles de 1970 et de 2010 (cf. https://www.agreste.agriculture.gouv.fr).

7 En agriculture, une chapelle est l’unité de base constituant la serre.

8 Source : Documents personnels de l’auteur provenant de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (2018).

9 Les cultures hors-sol sont des plantations sous serre où les racines des végétaux se développent sur un support solide de type fibre de coco. Les nutriments nécessaires au développement de la plante sont apportés par une eau riche en fertilisants. C’est le principe de l’hydroponie.

10 Unité de base constituant la serre.

11 Les centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) intègrent un hébergement ainsi qu’un suivi administratif et social le temps de l’étude du dossier des demandeurs d’asile.

12 Ces pratiques informelles ont déjà été observées chez les agriculteurs provençaux, qui y ont largement recours depuis plusieurs décennies (Décosse, 2019). Elles ne sont pas l’apanage des agriculteurs marocains.

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Table des illustrations

Titre Graphique 1 : Évolution du nombre de contrats de travail saisonniers entre la France et le Maroc en France et dans les Bouches-du-Rhône entre 2006 et 2018
Crédits Source : Documents personnels de l’auteur provenant de l’OFII (2019)4.
URL http://journals.openedition.org/remi/docannexe/image/21273/img-1.png
Fichier image/png, 10k
Titre Tableau 1 : Évolution des productions de légumes frais et de fruits à pépins par superficie entre 1988 et 2010
Crédits Source : Agreste, recensements agricoles de 1988, 2000 et 2010 (cf. https://www.agreste.agriculture.gouv.fr).
URL http://journals.openedition.org/remi/docannexe/image/21273/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 33k
Titre Figure 1 : Évolution de l’exploitation de Lucien entre 2009 et 2019 dans la plaine de Berre
Crédits Sources : Google Earth, 2018 ; enquête de terrain, 2019.
URL http://journals.openedition.org/remi/docannexe/image/21273/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 359k
Titre Figure 2 : Rencontre avec Mokhtar, un agriculteur marocain aux multiples pratiques informelles
Crédits Crédit : A. Lascaux (conception) ; A. Rigaud (réalisation), Comtat, 2019.
URL http://journals.openedition.org/remi/docannexe/image/21273/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 691k
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Pour citer cet article

Référence papier

Anne-Adelaïde Lascaux, « Paysans de la hess ? Les agriculteurs marocains, un nouveau groupe de producteurs dans la huerta provençale »Revue européenne des migrations internationales, vol. 38 - n°3 et 4 | 2022, 91-113.

Référence électronique

Anne-Adelaïde Lascaux, « Paysans de la hess ? Les agriculteurs marocains, un nouveau groupe de producteurs dans la huerta provençale »Revue européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 38 - n°3 et 4 | 2022, mis en ligne le 03 janvier 2024, consulté le 08 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/remi/21273 ; DOI : https://doi.org/10.4000/remi.21273

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Auteur

Anne-Adelaïde Lascaux

ATER en géographie, Université de Poitiers, CNRS, MIGRINTER, MSHS, Bât. A5, 5, rue Théodore Lefebvre, TSA 21103, 86073 Poitiers cedex 9 ; anne.adelaide.lascaux[at]univ-poitiers.fr

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Droits d’auteur

CC-BY-4.0

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