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Notes de lecture

Anderson Margo J.  and Fienberg Stephen E., Who count's ? the politics of census-taking in contemporary america

Françoise Vourc'h
p. 199-200
Référence(s) :

Anderson, Margo J., Fienberg Stephen E., Who count's? the politics of census-taking in contemporary america.  New York: Russell Sage foundation, 1999. – 319 p. ISBN: 0871542560

Texte intégral

1Alors qu'en France, on s'apprête à abandonner le recensement sous sa forme ancienne au profit d'un autre mode plus « moderne » de comptage de la population qui y réside, un ouvrage sur les recensements aux USA, ainsi que les extraordinaires polémiques, conflits, crises qui en jalonnent l'histoire vient de paraître. Son titre, « Who Count's », est un jeu de mots clin d'œil, qui, de même que les très caustiques dessins de presse qui y sont reproduits, souligne ironiquement que celui qui est compté compte au moins autant, si ce n'est plus, que celui qui compte. Les deux auteurs, universitaires aux USA, Margo J. Anderson, historienne, et Stephen E.Fienberg, statisticien, ont écrit, avec une bonne dose d'humour, un ouvrage sérieux, documenté et surtout lisible par tous ceux qui sans être statisticien ou démographe, membre de l'INSEE ou de l'INED, s'intéressent cependant aux questions du recensement. Les auteurs nous rendent abordables les débats complexes et souvent confus, au cours desquels s'affrontèrent et s'affrontent toujours libéraux et conservateurs sur un mode inconnu en France. Ces controverses et polémiques, pas toujours menées de bonne foi, mettant au prise politiciens, spécialistes, juges etc. ont néanmoins le mérite d'avoir eu lieu publiquement et accessoirement d'avoir fait perdre de leurs superbe et certitudes aux spécialistes obligés de se justifier sans cesse pour garder leur légitimité. Pas moins de deux décisions de la Cour Suprême ont été rendues ces dernières années, obligeant le Bureau du recensement à geler la vaste réforme des procédures qu'il avait envisagée. Cette polémique débute vers 1980 avec le projet du Bureau d'intégrer, dans la population légale des USA, grâce à une estimation statistique, les undercounts c'est à dire ceux qui, précisément n'y répondent pas volontairement ou non. Or c'est sur cette base que sont répartis les 435 sièges à la Chambre des Représentants, et l'intégration de ces undercounts, issus des programmes statistiques, peut faire attribuer un ou deux sièges de plus à certains États forcément au détriment d'autres puisque depuis 1910 le nombre de sièges y est constant, alors que la population a plus que doublé. Si le débat oppose Démocrates et Républicains, c'est que, selon de nombreux travaux, une bonne part d'entre eux appartiendrait aux couches les plus pauvres et aux « minorités ethniques » African American et Hispanic, a priori favorables aux premiers. Et c'est par le biais de cette question que les auteurs abordent longuement celle des catégories « raciale » ou ethnique.

2Lors du 1er recensement de 1790, la population US fut déterminée par « l'addition de toutes les personnes libres, incluant celles sous les drapeaux, excluant les “Indiens” non imposables, et les 3/5 de toutes les autres personnes ». Seuls donc les indiens payant des impôts, autrement dit « civilisés », sont inclus, alors que les « autres personnes » désignent les esclaves. Il n'y a apparemment aucune classification raciale puisque tout repose sur un statut civil mais très vite dans le discours populaire comme dans les formulaires, ce furent des attributs raciaux White, Black, Colored, Indian etc. qui les remplacèrent. Durant les années 1960 le mouvement des droits civiques eut comme effet paradoxal, que pour combattre et prévenir le racisme et les discriminations, les critères racistes de Jim Crow connurent une nouvelle légitimité. Puis dans les années, 1970 il fut décidé de remplacer les groupes pré-codés par le libre choix de sa propre « ethnicité ». Pour l’avenir, devant les coûts de plus en plus extravagants de cette opération décennale, il est envisagé de procéder par échantillonnage. Mais pourra-t-on alors maintenir qu’il s’agit d’une auto-affectation de son ethnicité lorsque ce sera la « machine » qui donnera la composition ethnico-raciale des USA ? C’est là une question, que les auteurs, partisans de cette réforme, n'abordent pas mais qui est à nos yeux centrale. Au cours du débat de ces dernières années autour d'une possible constitution en France de statistiques « ethniques », il n'a pas été fait de liens directs, à notre connaissance, avec le passage à un recensement par sondage. Il serait peut-être temps d'y réfléchir.

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Pour citer cet article

Référence papier

Françoise Vourc'h, « Anderson Margo J.  and Fienberg Stephen E., Who count's ? the politics of census-taking in contemporary america »Revue européenne des migrations internationales, vol. 18 - n°1 | 2002, 199-200.

Référence électronique

Françoise Vourc'h, « Anderson Margo J.  and Fienberg Stephen E., Who count's ? the politics of census-taking in contemporary america »Revue européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 18 - n°1 | 2002, mis en ligne le 15 septembre 2023, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/remi/23843 ; DOI : https://doi.org/10.4000/remi.23843

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Auteur

Françoise Vourc'h

URMIS – Paris VII

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Droits d’auteur

CC-BY-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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