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Notes de lecture

Caloz-Tschopp Marie-Claire, Wagner Valeria, Brepohl Marion, De Coulon Graziel, Possenti Ilaria et Velosio Teresa (Dirs.), Exil/Desexil. Histoire et globalisation

Marie-Antoinette Hily
p. 257-259
Référence(s) :

Caloz-Tschopp Marie-Claire, Wagner Valeria, Brepohl Marion, De Coulon Graziel, Possenti Ilaria et Velosio Teresa (Dirs.), Exil/Desexil. Histoire et globalisation. – Paris : L’Harmattan, 2019. – 384 p. ISBN : 978-2-343-17521-8 (Livre 1)

Caloz-Tschopp Marie-Claire, Wagner Valeria, Brepohl Marion, De Coulon Graziel, Possenti Ilaria et Velosio Teresa (Dirs.), Vivre l’exil. Explorer des pratiques de desexil de l’exil. – Paris : L’Harmattan, 2019. – 362 p. ISBN : 978-2-343-17522-5 (Livre 2)

Caloz-Tschopp Marie-Claire, Wagner Valeria, Brepohl Marion, De Coulon Graziel, Possenti Ilaria et Velosio Teresa (Dirs.), Vers le desexil. Démarches, questions, savoirs. – Paris : L’Harmattan, 2019. – 380 p. ISBN : 978-2-343-17523-2 (Livre 3)

Texte intégral

1En 2019 paraît aux Éditions l’Harmattan, trois ouvrages, d’une grande actualité, qui regroupent les contributions de plus de quatre-vingt-dix auteurs et autrices universitaires en sciences humaines et sociales de divers pays, européens, latino-américains, africains, ainsi que des textes d’artistes. Et si comme l’écrit Marie-Claire Caloz-Tschopp, la principale coordonnatrice, « ce projet est conçu comme un travail de solidarité local et transnational », il va nous conduire sur des terrains de recherches qui concernent « les politiques migratoires, le droit d’asile, le service public, les politiques de la recherche dans divers domaines, dont la philosophie » (Exil/Desexil) (Livre 1 : 17). Ces trois volumes sont le résultat de nombreux travaux de recherche dont ceux réalisés dans le cadre du programme du colloque international de philosophie Genève-Paris qui a mené ses activités de 2010 à 2019 avec pour titre « Exil, Création, Philosophie et Politique. Philosophie et Citoyenneté contemporaine », Paris, Suisse, Amérique latine, Méditerranée. Le titre indiquant les grands axes qui sont l’objet central des publications : le « dégagement du desexil de l’exil » dans les processus de globalisation (Livre 1), l’exploration et les pratiques « de desexil de l’exil » (Livre 2) et enfin interroger les savoirs et les démarches de recherches et d’action (Livre 3).

  • 1 Voir Livre 2, p. 26, note 32 : le terme a été inventé par le poète uruguayen Mario Benedetti. Repri (...)
  • 2 Voir les travaux de Colette Guillaumin.

2Cette vaste entreprise menée sur plusieurs années témoigne d’une grande ambition tant dans ses démarches scientifiques que dans ses résultats. Après un « déplacement critique de l’exil vers le desexil » c’est ce dernier concept qui va devenir l’objet central des discours disciplinaires, littéraires et artistiques1 : « En bref, nous avons “déplacé” et “élargi” le sens de l’exil, redécouvert le desexil, à partir du constat du processus “d’expulsion” (Sassen, 2016), “d’effet boomerang” de la violence (Luxembourg, 1969), “d’hypercapitalisme” (Tosel, 1990), de “dépropriation” (Guillaumin2), de “continuité de la violence”, des conditions matérielles du consentement (Mathieu, 1985) dans les rapports sociaux de sexe/genre (Tabet, 1998), de “décivilisation” (Bozarlan, 2019) et de “violence extrême” (Balibar, 2010) ». Le travail de « dégagement » réalisé, le concept de desexil des exilés (l’usage du mot « exil » ne renvoie pas uniquement à la condition de migrant, d’étranger ou de réfugié, mais concerne d’autres figures d’exilés dans d’autres domaines que celui de la migration) va ouvrir à une « liberté politique de se mouvoir » (Livre 3 : 40). Dès lors, les recherches s’ouvrent à de nouveaux questionnements et à de nouvelles problématiques qui se délestent d’approches binaires telles que départ/retour, sédentaire/nomade, étranger/ autochtone, etc. La notion de « desexil de l’exil » (envisagé comme un concept en création) est particulièrement interrogée dans le Livre 2 qui rassemble des contributions dans lesquelles le desexil permet de rendre compte de situations de résistance, dans des domaines différents, qu’elles concernent des mouvements sociaux, des démarches de désobéissance civile, des engagements militants, etc. Les approches sont à la fois théoriques et descriptives. Elles se présentent sous la forme d’essais, qui relèvent de la philosophie principalement, mais aussi de la littérature, du droit, de la sociologie, de récits d’exilés qui ont fui, poursuivis par les polices de leur pays, de récits encore de militants qui livrent une réflexion sur leur engagement et leurs pratiques militantes. L’ensemble de ces textes sont rassemblées sous quatre parties dont les titres disent les préoccupations des autrices et auteurs : comment penser, dire et écrire l’exil et le desexil : (« Parcours et tâtonnements dans la recherche » ; « Vivre, penser l’exil et le desexil » ; « l’invention de desexil au quotidien » ; « Tenir dans des pratiques professionnelles. Impuissance. Invisibilité. Ambiguïté »). Ils font écho à la question de savoir comment trouver un espace pour vivre l’exil et comme l’écrivait Nicole Lapierre en 2004 « penser ailleurs » (Lapierre, 2004). On évoquera Cornelius Castoriadis (Traverso 2011) qui faisait partie de ces intellectuels qui pour Enzo Traverso bénéficiaient d’un « privilège épistémologique » qui compensait l’exil par une puissance créatrice. Mais pour conclure, c’est à Michel Agier que nous donnons la parole : aujourd’hui « Les exilés n’ont plus de lieu d’arrivée à partir duquel ils peuvent faire le récit de cet exil. L’exilé devient invisible […] On est progressivement passé de la grandeur spirituelle de l’exilé à la misère institutionnelle du réfugié […]. D’où la difficulté à penser aujourd’hui la grandeur de l’exil » (Agier, 2012) et nous rajouterons à cette précision, celle de rendre compte des conditions économiques et sociologiques des pratiques de « desexil de l’exil ».

  • 3 Il nous est difficile, faute d’espace suffisant, de citer les quatre-vingt-dix autrices et auteurs, (...)

3L’originalité de ces trois livres, dont on fera une lecture sans ordre particulier3, réside essentiellement dans le choix d’une démarche exploratoire, au service de questionnements complexes qui se justifient « par une démarche de déplacement créatif, de renouvellement du rapport pratique-théorie » (Livre 3 : 39). On peut regretter un déficit de synthèse ; une conclusion générale par exemple aurait contribué à donner les grandes lignes des acquis d’un programme de recherche qui n’en reste pas moins une ressource importante dans une exploration pluridisciplinaire de l’exil/desexil.

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Bibliographie

Agier Michel (2012) Frontières de l’exil. Vers une altérité biopolitique, Hermès, la Revue, 2 (63), pp. 88-94.

Balibar Étienne (2010) Violence et Civilité, Paris, Éditions Galilée.

Bozarslan Hamit (2019) Crise, Violence, Dé-civilisation, Paris, CNRS Éditions.

Lapierre Nicole (2004) Pensons ailleurs, Paris Stock.

Luxemburg Rosa (1969) Discours devant le tribunal de Francfort (20 février 1914), in Gilbert Badia, Rosa Luxembourg. Textes, Paris, Éditions Sociales, pp. 163-176.

Mathieu Nicole-Claude (Éd.) (1985) L’arraisonnement des femmes. Essais en anthropologie des sexes, Paris, Éditions de l’EHESS.

Sassen Saskia (2016) Expulsions. Brutalité et complexité dans l’économie globale, Paris, Gallimard

Tabet Paola (1998) La construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps, Paris, L’Harmattan.

Tosel André (1990) Kant révolutionnaire. Droit et politique, Paris, Presse Universitaire de France.

Traverso Enzo (2011) L’histoire comme champ de bataille. Interpréter les violences du XXe siècle, Paris, La Découverte.

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Notes

1 Voir Livre 2, p. 26, note 32 : le terme a été inventé par le poète uruguayen Mario Benedetti. Repris par Julio Cortazar, il désigne les pratiques de résistance en Amérique latine.

2 Voir les travaux de Colette Guillaumin.

3 Il nous est difficile, faute d’espace suffisant, de citer les quatre-vingt-dix autrices et auteurs, qui ont participé à l’écriture des trois ouvrages « desexil de l’exil » (voir les tables des matières de chaque volume). Nous renvoyons au site : https://desexil.com

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Pour citer cet article

Référence papier

Marie-Antoinette Hily, « Caloz-Tschopp Marie-Claire, Wagner Valeria, Brepohl Marion, De Coulon Graziel, Possenti Ilaria et Velosio Teresa (Dirs.), Exil/Desexil. Histoire et globalisation »Revue européenne des migrations internationales, vol. 40 - n°2 et 3 | 2024, 257-259.

Référence électronique

Marie-Antoinette Hily, « Caloz-Tschopp Marie-Claire, Wagner Valeria, Brepohl Marion, De Coulon Graziel, Possenti Ilaria et Velosio Teresa (Dirs.), Exil/Desexil. Histoire et globalisation »Revue européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 40 - n°2 et 3 | 2024, mis en ligne le 01 octobre 2024, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/remi/26953 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12htn

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Auteur

Marie-Antoinette Hily

Sociologue, chercheure honoraire CNRS, Paris, France ; marie-antoinette.hily[at]orange.fr

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