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Notes de lecture

Ahouga Younès, Gouverner les migrations pour perpétuer la mondialisation. Gestion migratoire et Organisation internationale pour les migrations

Yasmine Bouagga
p. 217-218
Référence(s) :

Ahouga Younès, Gouverner les migrations pour perpétuer la mondialisation. Gestion migratoire et Organisation internationale pour les migrations. – Ottawa : Presses de l’Université d’Ottawa, 2024. – 248 p. ISBN : 978-27-60342-11-8

Texte intégral

1L’ouvrage de Younès Ahouga est une étude des politiques de l’Organisation mondiale des migrations (OIM) à un moment charnière de cette institution. S’appuyant sur l’analyse de documents, de rapports, de comptes-rendus de réunions et d’entretiens avec les cadres dirigeants de l’organisation au cours de la période 2013-2017, l’auteur retrace l’évolution des idées au sein d’une organisation qui porte le projet d’une gouvernance globale des migrations qui serait plus technique que politique, portée par des hauts fonctionnaires et des experts partageant une vision positive de la mondialisation, et qui parviennent à intégrer l’OIM dans le giron des Nations unies en 2016. C’est donc une approche d’« économie politique culturelle » que défend Younès Ahouga en s’intéressant à la production de nouveaux discours et imaginaires, à leur traduction en stratégies organisationnelles, et aux technologies gouvernementales (comme les statistiques) qui maintiennent la structure et lui permettent de s’imposer comme acteur incontournable de l’information sur les mouvements de populations. L’ouvrage est composé de six chapitres répartis en trois parties, analysant en premier lieu l’émergence de la notion de gestion migratoire au sein de l’OIM ; ensuite, les effets de cette notion sur le cadre de gouvernance de l’institution et ses opérations de terrain ; et enfin, le maintien de cet imaginaire comme cadre de coopération.

2Créée en 1951 en dehors du système onusien comme prestataire de service pour les États, en charge de transférer les travailleurs migrants et les réfugiés, l’OIM acquiert au cours des années 1990 un rôle dans la lutte contre l’immigration irrégulière avant de développer, au cours des années 2000, un discours critique de la logique de sécurisation, considérant les migrations comme un processus inhérent à la mondialisation, que les États-nations sont incapables de gérer. L’OIM se présente alors comme un acteur indispensable de la coopération entre États et développe une expertise spécifique dans les systèmes de renseignements migratoires. Les effectifs de l’organisation connaissent une forte expansion, passant de 1 000 à 7 000 employés entre 1998 et 2008. Ses activités s’étendent au domaine de l’humanitaire et à la défense des droits des migrants, mais se heurtent à un très fort clivage Nord/Sud, les uns mettant l’accent sur la lutte contre le trafic d’êtres humains tandis que les autres insistent sur l’assistance aux pays en voie de développement.

3C’est principalement dans le domaine de la production de connaissances, de données, d’analyses que l’OIM s’impose au niveau international : l’organisation développe une réflexion stratégique avec la participation d’universitaires spécialistes des migrations qui rédigent les rapports sur l’état de la migration dans le monde ; surtout, l’organisation s’engage dans une révolution des données, partant du principe que « personne ne devrait être invisible dans un monde qui compte ». C’est au nom des droits des personnes que le système statistique de surveillance des migrations est étendu et perfectionné, avec le Migration Governance Index mis en place en 2015 ; la formation d’experts et de statisticiens dans les pays de départ et de transit ; le ciblage spécifique des mobilités périlleuses par le Missing Migrant Project, carte interactive des morts en Méditerranée initiée à l’origine par la société civile pour rendre visibles les effets mortifères des entraves aux circulations. Le Migration Information and Data Analysis System met en réseau les institutions sécuritaires par les données de déplacement notamment issues des compagnies aériennes.

4Malgré ces évolutions, l’OIM peine à s’imposer comme acteur de la coordination entre États : le Pacte pour les Migrations de 2018 est adopté, selon le directeur général de l’époque, dans une « atmosphère toxique », peu favorable au multilatéralisme. L’OIM se tourne vers d’autres acteurs que les États, notamment les collectivités locales : un « tournant local » analysé dans les discours, mais dont les effets pratiques sur le terrain restent à investiguer, dans la complexité des jeux d’échelle et des jeux d’acteurs.

5C’est certainement la prolongation à envisager, dans la lignée du programme annoncé par Pécoud et Thiollet (2023) sur la gouvernance globale des migrations : loin de se cantonner à une opposition entre des États et les Nations unies, cette gouvernance est une configuration complexe d’acteurs étatiques et non étatiques, de marchés, d’intermédiaires, de réseaux de migration, d’organisations de la société civile, etc. Le rôle de l’OIM — dans un champ dans lequel interviennent d’autres organisations internationales, comme le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), mais aussi des acteurs privés de la migration de travail, des circuits auto-organisés d’information et de migration, des associations de défense des droits des personnes migrantes, etc. — pourrait bien être de produire de l’information sans véritablement avoir de prise sur les usages, répressifs ou de plaidoyer, qui peuvent en être faits.

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Bibliographie

Pécoud Antoine and Thiollet Hélène (2023) Introduction: the institutions of global migration governance, in Antoine Pécoud and Hélène Thiollet Eds., Research Handbook on the Institutions of Global Migration Governance, Cheltenham, Edward Elgar Publishing, pp. 1-18.

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Pour citer cet article

Référence papier

Yasmine Bouagga, « Ahouga Younès, Gouverner les migrations pour perpétuer la mondialisation. Gestion migratoire et Organisation internationale pour les migrations »Revue européenne des migrations internationales, vol. 42 - n°1 | 2026, 217-218.

Référence électronique

Yasmine Bouagga, « Ahouga Younès, Gouverner les migrations pour perpétuer la mondialisation. Gestion migratoire et Organisation internationale pour les migrations »Revue européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 42 - n°1 | 2026, mis en ligne le 01 juillet 2026, consulté le 13 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/remi/31951 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16n4y

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Droits d’auteur

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