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Les correspondants internationaux et les correspondantes internationales de la REMI : un réseau scientifique de la recherche migratoire mondiale

Juan David Sempere Souvannavong, correspondant de la REMI en Espagne

Juan David Sempere Souvannavong, REMI Correspondent in Spain
Juan David Sempere Souvannavong, corresponsal de la REMI en España
Juan David Sempere Souvannavong
Traduction de Angie Noguera
Cet article est une traduction de :
Juan David Sempere Souvannavong, corresponsal de la REMI en España [es]
Autre(s) traduction(s) de cet article :
Juan David Sempere Souvannavong, REMI Correspondent in Spain [en]

Texte intégral

Quelles sont les nouvelles orientations de votre travail et comment ont-elles transformé votre compréhension des migrations internationales ?

Dans les années 1990, l’immigration internationale a fait irruption en Espagne et, au cours de la décennie suivante, elle s’est multipliée par six pour atteindre 5 747 734 étrangers recensés en 2010. La crise économique qui a débuté en 2008 a réduit ce chiffre, mais depuis 2017, l’Espagne attire à nouveau les étrangers, avec 7 178 927 titres de séjour délivrés en 2024. Ce chiffre représente 14,7 % de la population en 2024, une grande partie de la croissance économique et toute la croissance démographique du pays : la population a augmenté de près d’1,5 million de personnes entre 2021 et 2023, avec un solde naturel de plus en plus négatif depuis 2015.

Depuis mon DEA à Migrinter (Université de Poitiers, France, 1998) et la soutenance de ma thèse sur l’immigration marocaine dans l’agriculture intensive (2002), j’ai intégré des concepts tels que les circulations migratoires ou le nouveau paradigme des mobilités. De plus, je dois souligner que les changements migratoires provoqués par la crise économique m’ont fait réaliser les limites, comme dans le cas de l’Espagne, de l’approche classique du « pays riche d'immigration pauvre ». La contribution des doctorants m’a permis d’élargir ma perspective en étudiant la mobilité internationale des travailleurs espagnols (parfois pauvres) et celle des consommateurs algériens (souvent riches).

Comment le domaine des études migratoires a-t-il évolué dans le contexte politique et disciplinaire de votre pays ces dernières années, notamment en ce qui concerne les méthodes, les objets de recherche et les positionnements théoriques ? Quel rôle jouent les connaissances scientifiques dans les débats publics sur la migration ?

L’Espagne est un pays décentralisé, mais la politique migratoire est une compétence exclusive de l’État dans le cadre de l’Union européenne (UE). Les autonomies (les régions) ont des compétences en matière de santé, d’éducation, de travail, d’assistance et d’intégration sociale.

La migration fait partie du débat politique, plus par le fait que l’Espagne est la frontière extérieure de l’UE avec l’Afrique que pour la contribution de la science. Les thèmes les plus visibles sont l’asile, les routes migratoires, les difficultés rencontrées aux Canaries pour accueillir les arrivés ou la répartition des mineurs non accompagnés entre les communautés autonomes. Cependant, le débat politique sur les migrations reste cantonné bien que l’Espagne soit l’un des principaux pays d’accueil des demandeurs d’asile, que le nombre d’étrangers augmente chaque année et que les entrées irrégulières détectées augmentent d’année en année pour atteindre 63 877 en 2024, selon FRONTEX. L’Espagne n’a pas encore connu le virage politique vers la droite populiste. On observe néanmoins un durcissement du discours et une manipulation du phénomène migratoire de la part du parti d’extrême droite VOX, qui fait de la migration son principal instrument de mobilisation et parle de « remigration » des millions de personnes arrivées depuis les années 1990 et de leurs descendants. Dans la législature actuelle, qui a débuté en août 2023, le gouvernement composé de la social-démocratie (PSOE) et de la coalition de gauche (SUMAR) négocie au cas par cas le soutien des partis régionalistes, nationalistes et indépendantistes, avec l’opposition de VOX et, surtout, de la droite (PP). Ces deux derniers partis, qui gouvernent plusieurs régions autonomes et rassemblent une majorité croissante des intentions de vote, se présentent comme la seule alternative à l'usure du gouvernement.

Comment décririez-vous le panorama éditorial actuel de votre pays en matière d'études sur les migrations ? Quels types de revues, de formats ou de publics configurent aujourd'hui la circulation des connaissances dans ce domaine ?

  • 1 Le Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol.

Dans les années 1990, des revues, des observatoires, des centres et des groupes de recherche ont été créés ; des projets ont été financés et des masters et des thèses sur les migrations ont fait leur apparition, ainsi que des formations promues par des associations et des fondations, parfois religieuses. La crise économique a mis fin à la plupart de ces initiatives. Actuellement, outre un congrès sur les migrations, qui en est à sa onzième édition en 2025, il y a deux revues spécialisées (toutes deux classées « diamant ») : Migraciones, de l’Université pontificale Comillas de Madrid, et la Revista Internacional de Estudios Migratorios, de l’Université d'Almería. Il y a également des centres spécialisés dans les universités de Grenade, Almería, Comillas, Barcelone, l’Université autonome de Barcelone et La Laguna, ainsi que de nombreux groupes de recherche (ESOMI, GRITIM, GEDIME, etc.). Il y a bien sûr des revues, des groupes et des centres qui ne travaillent pas exclusivement sur les migrations, comme le Centre d’études démographiques ou le CSIC1 (Consejo Superior de Investigaciones Científicas).

Au-delà du monde universitaire, il convient de mentionner les associations, dont certaines publient des rapports, telles que Caminando Fronteras, APHDA, CEAR, CEPAIM ou ACOGE ; les think tanks tels que l’Institut Elcano, le CIDOB ou l’IEMED ; et les maisons d’édition telles que Icaria, Catarata, Anthropos, Bellaterra et les éditeurs universitaires. Enfin, il convient de mentionner des podcasts tels que « Espacio Sin Fronteras » (Espace sans frontières), basé à l'université d’Almería.

Comment abordez-vous, dans vos recherches, les nouvelles formes de publication et de « faire des revues » (open access, intelligence artificielle, etc.) ?

Parler du panorama de la recherche en Espagne, c’est parler d’une obsession pour les indicateurs qui, parfois, est difficile à comprendre en France. Malgré les changements récents, la recherche continue d’être évaluée presque exclusivement en fonction du nombre et du lieu de publication. Le publish or perish, très présent chez les chercheurs précaires qui ont obtenu leur diplôme ou leur doctorat pendant la crise, a multiplié les publications, mais a également rendu les jeunes générations plus formées et plus compétitives au niveau international.

Le débat et l’étude des migrations internationales en Espagne remontent à quatre décennies, au cours desquelles ils ont accompagné l’évolution du phénomène et traversé des alternances politiques et des crises qui ont favorisé leur consolidation. Cependant, bien qu’il existe des publications conceptuelles, l’étude scientifique continue de s’articuler davantage autour d’analyses empiriques que de réflexions méthodologiques et épistémologiques.

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Notes

1 Le Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Juan David Sempere Souvannavong, « Juan David Sempere Souvannavong, correspondant de la REMI en Espagne », Revue européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 41 - n°2 et 3 | 2025, mis en ligne le 01 juillet 2026, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/remi/32142 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16rd4

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Auteur

Juan David Sempere Souvannavong

Géographe, professeur titulaire, Université d'Alicante, Alicante, Espagne ; https://orcid.org/0000-0002-5960-674X ; jd.sempere[at]ua.es

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Droits d’auteur

CC-BY-4.0

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