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AccueilNumérosLXXXIX 1-2NécrologieOksana Bigard

Texte intégral

1Oksana Bigard (née Košeleva) nous a quittés le 7 février 2018. Elle était née en 1941 à Kaunas (Lituanie), d’un père professeur de matérialisme dialectique et d’une mère qui se consacra à l’éducation de ses deux filles. Son père avait été nommé en Lituanie au moment de la « normalisation », puis la famille avait été évacuée à Moscou, où Oksana a grandi. Après sa scolarité dans le secondaire, elle entre sur concours à l’Iniaz (Institut des langues étrangères Maurice Thorez), où elle se spécialise en français et en anglais. Elle sort diplômée en 1964, à l’âge de vingt-trois ans. Elle aura parallèlement suivi les cours de la grande spécialiste de l’intonation Elena Bryzgunova.

2Pendant ses années d’études, Oksana Bigarrd aura été l’interprète de Nadia Léger (Nadia Khodossievitch, épouse du peintre Fernand Léger et elle-même peintre), qu’elle guida dans Moscou, ce qui lui valut d’être convoquée à l’époque par le KGB. Oksana Bigard enseignera ensuite à Moscou pendant trois ans. Engagée en cinquième année d’études comme interprète dans un camp franco-soviétique, elle avait fait la connaissance d’Alain, son futur époux, mathématicien, spécialiste d’algèbre, « communisant, mais pas communiste », nous avait-elle confié. Oksana et Alain se marieront en Russie en 1966, et le couple s’installera à Paris en 1967.

3Oksana Bigard complète sa formation à l’École normale supérieure de Sèvres, où le CREDIF (Centre d’étude et de recherche pour la diffusion du français) organise des stages. Ayant utilisé les manuels de français du CREDIF, elle souhaitait en appliquer les principes pédagogiques à l’enseignement du russe. Envoyée à Mons (Belgique) par le CREDIF, elle découvre les travaux du médecin Alfred Tomatis dans le domaine de l’acoustique et de la phonologie, travaux dont elle résumait ainsi toute la philosophie : « si l’on perçoit bien, on prononce bien ». De retour en France, Oksana Bigard enseigne quelque temps à l’École alsacienne. En mai 1968, « période formidable », disait-elle, et illuminée par le charisme de Daniel Cohn-Bendit, Oksana Bigard « [comprend] ce qu’est la révolution ». C’est en 1968 qu’elle passe sa licence de russe à l’université Paris-IV (l’UER de slavistique est alors au Grand-Palais), où elle suit les cours des grands slavistes qu’étaient André Monnier, Henri Grangeard, Dolorès Haudressy, Revue des études slaves, Paris, LXXXIX/1-2, 2018, p. 255-256.

4Véronique Lossky, Jean Bonamour, Jacques Lépissier... Cette même année, son mari lit dans le quotidien le Monde qu’une nouvelle université est ouverte à Vincennes, avec un laboratoire que dirige Jacques Veyrenc. Oksana Bigard écrit aussitôt à ce dernier, qui l’invite à rejoindre la nouvelle université comme assistante étrangère.

  • 1 Cf. notice SUDOC.
  • 2 Cf. J. Veyrenc, « Histoire de la slavistique française », in Beiträge zur Geschichte der Slawisti (...)

5C’est sous la direction de Jacques Veyrenc qu’Oksana Bigard rédige en 1971 son mémoire de maîtrise sur la description des systèmes phonologiques du russe et du français (Interférences des systèmes phoniques du russe et du français (en vue d’une application à la pédagogie de la prononciation russe)1), travail qu’elle développera et approfondira en 1975 dans une thèse de doctorat de troisième cycle intitulée Interférence linguistique et confusions perceptives et locutives entre voyelles russes et françaises2. Elle partage alors l’enseignement de la grammaire et de la linguistique avec ses collègues Jacques Veyrenc, Jacqueline Fontaine, Françoise Petit, Françoise Gréciet, au sein d’une équipe qui contribua aux riches heures de la linguistique du russe en France. Au cours des années 1980, elle quitte Paris-VIII, ayant obtenu sa mutation pour le Grand-Palais, où elle enseignera comme maître de conférences. Au début des années 2000, la slavistique délaisse les locaux vétustes du Grand-Palais pour le bâtiment rénové du Centre universitaire Malesherbes, où Oksana Bigard enseignera la grammaire russe jusqu’à son départ à la retraite en 2009.

6Pédagogue infatigable, linguiste exigeante et passionnée, sévère pour les tièdes, Oksana Bigard savait que la grammaire ne se peut réduire à des connaissances abstraites sans lien avec l’approche vivante de la langue. Soucieuse de faire comprendre la langue russe “de l’intérieur”, elle publia son remarquable manuel Apprendre le russe. Grammaire et texte, paru aux Presses universitaires de France dans la collection « Major » en 2009, puis réédité en 2015, et toujours utilisé en licence de russe à Sorbonne Université comme dans d’autres établissements.

7Oksana Bigard laisse dans la mémoire de celles et ceux qui l’ont côtoyée le souvenir d’une linguiste rigoureuse, mais aussi d’une collègue chaleureuse, qui savait partager son goût de la vie. Nous adressons nos sincères condoléances et nos pensées à sa fille Lydia ainsi qu’à tous ses proches.

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Notes

1 Cf. notice SUDOC.

2 Cf. J. Veyrenc, « Histoire de la slavistique française », in Beiträge zur Geschichte der Slawistik in nichtslawischen Ländern, éd. Josef Hamm, Günther Wytrzens, Wien, Verlag der Österreichischen Akademie der Wissenschaften (Schriften der Balkankommission, Linguistische Abteilung, t. XXX), 1985, p. 245-303.

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Pour citer cet article

Référence papier

Stéphane Viellard, « Oksana Bigard », Revue des études slaves, LXXXIX 1-2 | 2018, 255-256.

Référence électronique

Stéphane Viellard, « Oksana Bigard », Revue des études slaves [En ligne], LXXXIX 1-2 | 2018, mis en ligne le 09 juillet 2018, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/res/1617 ; DOI : https://doi.org/10.4000/res.1617

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