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L’Europe des valeurs

Les valeurs des Européens convergent-elles ?

Are European values converging ?
Olivier Galland
p. 19-38

Résumés

Les données des enquêtes European Values Studies (EVS) permettent de mesurer, en construisant des indicateurs standardisés, l’évolution de ses valeurs sur une période d’une trentaine d’années. Le résultat principal de cette étude est que les valeurs européennes ne convergent pas vers un point d’équilibre commun à l’ensemble de l’Europe. Les clivages entre le Nord et le Sud et entre l’Est et l’Ouest restent importants. Néanmoins, on ne constate pas non plus de divergence. Les valeurs des Européens évoluent toutes dans le même sens – vers plus de libéralisme culturel et vers plus d’intégration socio-politique, même si l’évolution est plus modérée sur ce dernier point. Mais les écarts ne se réduisent pas. La demande croissante d’autonomie ne débouche pas sur un rejet de l’autorité et des institutions régaliennes, comme cela avait pu être le cas dans les années 1960. C’est même le contraire dans les pays de l’ouest de l’Europe, comme si les citoyens voulaient concilier leur liberté individuelle avec une meilleure protection de la paix civile. Enfin, l’attachement à la démocratie reste fort dans tous les pays européens et les citoyens ont une bonne évaluation de l’équité de leur système démocratique.

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Texte intégral

Introduction

1La question de l’unité de l’Europe est une question politique récurrente. Le récent débat sur le Brexit vient d’en illustrer un épisode qui va dans le sens de la divergence. L’accord sur la réponse commune à apporter à la crise du Covid est un autre exemple plus en faveur de l’unité européenne, même si la négociation qui l’a accompagnée a été émaillée de très forts tiraillements, notamment entre certains pays de l’Est adeptes de l’illibéralisme et le reste de l’Union européenne. Mais ces soubresauts de la politique européenne qui vont tantôt dans un sens tantôt dans l’autre, ne permettent pas de trancher la question : à quel degré les Européens sont-ils unis et à quel degré cette unité progresse-t-elle ou non ? L’unité dont il sera question dans cet article n’est pas l’unité économique, ni l’unité politique, mais l’unité des valeurs. Cette question des valeurs – des tendances de fond sur des orientations normatives – n’a pas qu’un intérêt académique, puisque dans le débat qui s’est noué à l’hiver 2020 entre la Pologne et la Hongrie d’une part, et les autres pays européens menés par la France et l’Allemagne d’autre part, notamment au sujet du plan de relance européen, la question des valeurs était centrale et est bien devenue une question politique. Il était reproché à ces deux pays de prendre des dispositions contraires au cœur des valeurs des démocraties libérales auxquelles l’Union européenne est attachée.

2Cependant cet article ne vise pas, évidemment, à partir d’une conception normative de ce que devrait être les valeurs européennes. La démarche adoptée est essentiellement inductive et repose sur l’analyse du corps de données très riche constitué par les enquêtes European Values Studies, (EVS). Ces enquêtes sont une source d’un grand intérêt car, tous les neuf ans depuis 1981, elles posent un grand nombre de questions dont beaucoup sont restées présentes à chaque vague, à un large échantillon d’Européens de toutes nationalités. On peut donc comparer, dans le temps et dans l’espace, les valeurs des Européens.

3Une des difficultés de ce type d’enquête est que le questionnaire évolue dans le temps et que cette évolution reflète elle-même l’évolution des valeurs. Par exemple, les questions sur l’environnement ou celles sur l’immigration n’étaient pas présentes dans la première vague de 1981. L’analyste est donc confronté à un choix difficile entre la profondeur temporelle des enquêtes qu’il mobilise et la diversité et l’actualité des thèmes abordés. Néanmoins des thèmes fondamentaux sur la religion, la politique, les normes morales et civiques, la confiance, les attitudes économiques, le travail, la famille, sont présents à toutes les vagues.

4L’objectif de cet article est donc, à partir de ce matériau, de traiter de la question de l’unité et de l’éventuelle convergence des valeurs européennes. Mener à bien cette entreprise suppose évidemment de traiter les données de manière systématique et standardisée. On ne peut se contenter en effet de sélectionner certaines questions et d’en laisser d’autres de côté. Mais traiter l’ensemble des questions une à une livrerait un patchwork indéchiffrable. Il convient donc au préalable de préparer les données afin de construire une série limitée d’indicateurs rendant compte de domaines de valeurs renseignés par plusieurs questions. Une tentative de ce type avait déjà été entreprise par des chercheurs hollandais (Hagenaars, Halman et Moors, 2005), tentative dont nous nous étions inspirés avec Yannick Lemel, dans un article que nous avions publié en 2006 dans la Revue française de sociologie (Galland et Lemel, 2006).

5Le présent article reprend cette méthode en l’aménageant en fonction de l’évolution du questionnaire (certaines questions ont disparu et de nouvelles questions ont été introduites). L’annexe à la fin de cet article présente chaque échelle avec les questions qu’elle comprend et un indicateur de leur robustesse.

1. L’évolution des valeurs en Europe

6La question de l’évolution des valeurs en Europe a évidemment déjà fait l’objet de nombreux travaux. On peut faire référence notamment à un ouvrage collectif publié en 2014 sous la direction de Pierre Bréchon et Frédéric Gonthier (2014) et s’appuyant également sur les enquêtes EVS et plus précisément sur les vagues de 1981 à 2008. Plusieurs traits ressortent des conclusions de l’ouvrage. Tout d’abord, même si la question n’a pas été traitée de manière aussi systématique dans cet ouvrage que cet article se propose de le faire, les auteurs estiment « qu’il n’y a pas de rapprochement des sociétés européennes depuis trente ans ». Nous verrons si cette conclusion est confirmée.

7Néanmoins, une tendance d’évolution assez nette se dégageait, celle qui voyait progresser le « libéralisme des mœurs » que nous préférerons appeler dans cet article « libéralisme culturel » en faisait référence à la notion proposée par Gérard Grunberg et Étienne Schweisguth en 1990. D’après les conclusions de l’ouvrage de 2014, cette tendance n’était pourtant pas généralisée et concernait essentiellement la partie ouest de l’Europe. Là encore nous réexaminerons ce point à la lumière des données élargies à un plus grand nombre de pays et intégrant l’année 2017. Une des raisons avancées pour expliquer cette évolution différente était le maintien, voire la légère progression, d’une très forte emprise de la religion à l’est de l’Europe.

8Enfin, un résultat important concernait le couple de valeurs « libéralisme culturel » / « demande d’autorité », deux évolutions apparemment assez contradictoires, mais dont la progression était parallèle, comme l’avait déjà montré Etienne Schweisghuth (2000) sur le cas de la France.

  • 1 Nous indiquons entre parenthèses le sigle attribué par l’Union européenne à chaque pays, utilisé (...)

9Cet article va tenter de réexaminer à nouveaux frais ces différents résultats des analyses précédentes. Contrairement à ces travaux antérieurs, nous n’intégrerons pas l’année 1981 car aucun pays de l’Est ne participait à cette première vague des enquêtes EVS. La méthode retenue consistant en grande partie à réaliser des analyses factorielles sur l’ensemble des vagues examinées (pour ensuite étudier la position des pays à chaque date sur chacun des facteurs), il importe de retenir un groupe homogène de pays pour l’ensemble des vagues analysées. L’analyse portera donc sur les quatre vagues postérieures à celle de 1981 (1990, 1999, 2008, 2017) et sur 16 pays1 : Allemagne (DE), Autriche (AT), Bulgarie (BG), Danemark (DK), Espagne (ES), Finlande (FI), France (FR), Islande (IS), Italie (IT), Pays-Bas (NL), Pologne (PL), Royaume-Uni (UK), Slovaquie (SK), Slovénie (SI), Suède (SE), Tchéquie (CZ). Dans un second temps, l’analyse portant sur la seule vague 2017 sera élargie à 22 pays, en adjoignant la Croatie (HR), l’Estonie (EE), la Hongrie (HU), la Lituanie (LT), le Portugal (PT), la Roumanie (RO).

10Le tableau 1 présente les résultats d’une analyse en composantes principales sur les quatre vagues de l’enquête de 1990 à 2017 et ces 16 pays. Ces résultats montrent une grande stabilité par rapport à ceux obtenus en 2006 (Galland et Lemel, 2006). L’analyse ne portait alors que sur les trois dates, 1981, 1990 et 1999 et sur un ensemble plus restreint de pays, ne comportant notamment aucun pays de l’Est. On retrouve en effet deux premiers facteurs très proches, le premier opposant les Européens selon leur degré d’adhésion à des valeurs religieuses et culturellement traditionnelles, tandis que le second oppose les Européens selon leur degré d’engagement dans la vie sociale et politique, leur libéralisme culturel et leur niveau de confiance dans les autres. L’introduction des pays de l’Est dans la présente analyse n’a donc pas fondamentalement bouleversé la structure des valeurs européennes, même si, on le verra, elle en a certainement modifié le point d’équilibre.

Tableau 1. Matrice des composantes (après rotation varimax) 1990, 1999, 2008, 2017, 16 pays européens

 

Composante

F1 (15,5 %)

F2 (12,1 %)

F3 (7,4 %)

F4 (6,8 %)

F5 (5,7 %)

F6 (5,4 %)

Religiosité

,863

-,018

,112

-,024

-,087

,004

Implication dans les
institutions religieuses

,868

,047

,085

-,036

-,042

-,032

Libéralisme culturel

-,603

,443

-,061

-,040

-,189

-,068

Adhésion aux normes civiques

,145

,115

,153

-,097

,609

-,232

Adhésion aux valeurs d’autorité

,009

-,272

,415

,037

,108

,143

Confiance institutions régaliennes

,034

,095

,819

-,035

-,011

-,081

Rôle traditionnel de la femme

,263

-,401

-,011

,135

-,013

,166

Importance du travail dans la vie

,054

,002

,100

-,086

-,037

,809

Faible implication dans le travail

-,020

-,037

-,013

,838

-,104

-,149

Conception instrumentale du travail

-,007

-,110

-,021

,840

-,023

,069

Économie de marché

-,096

,054

-,006

-,057

,687

,094

Nationalisme

,106

-,114

,564

-,039

,173

,099

Participation association

,119

,659

,028

-,011

,176

,013

Confiance dans les autres

-,029

,540

,124

-,054

,021

-,283

Confiance institutions nationales

,214

,278

,709

,003

-,108

-,043

Intolérance aux autres

,107

-,372

-,034

,186

,264

,200

Politisation classique

-,006

,606

,008

,002

,171

,328

Politisation protestataire

-,214

,648

-,174

-,014

-,124

,147

Famille traditionnelle

,435

-,134

,179

,006

,308

,112

Lecture : le tableau donne les corrélations variables-facteurs d’une analyse en composantes principales sur l’ensemble des pays analysés aux quatre dates. Le % de variance expliquée est indiquée entre parenthèses en tête de chaque colonne. Les corrélations positives les plus importantes sont en gras, les corrélations négatives les plus importantes sont soulignées.

Figure 1. L’évolution des valeurs par pays entre 1990 et 2017 (axes 1 et 2 d’une analyse en composantes principales)

Figure 1. L’évolution des valeurs par pays entre 1990 et 2017 (axes 1 et 2 d’une analyse en composantes principales)

Lecture : chaque point correspond au score factoriel moyen pour un pays donné des deux premiers facteurs de l’analyse en composantes principales présentée dans le tableau 1. Le point de départ des flèches correspond aux valeurs pour 1990 et le point d’arrivée aux valeurs pour 2017.

11Mais comment ont évolué les habitants des différents pays de 1990 à 2017 dans l’univers de valeurs défini par les deux premiers facteurs de l’analyse (expliquant environ 28 % de la variance) ? La figure 1 en propose une illustration. Pour rendre la lecture plus lisible seules les dates initiales et finales ont été représentées. Chaque flèche représente donc le score factoriel moyen d’un pays entre 1990 et en 2017 (pointe de la flèche). Plusieurs résultats ressortent de la lecture de cette figure. Tout d’abord, il apparaît nettement, à quelques exceptions près, que tous les pays évoluent dans le même sens : surtout en s’éloignant des valeurs religieuses et en adhérant plus nettement aux valeurs séculières et de libéralisme culturel, mais également, même si l’évolution est plus modérée, en se rapprochant du pôle de la participation sociale et politique et de la confiance. La seule exception franche à la première évolution concerne la Bulgarie dont les habitants, de manière étonnante, et à rebours de tous les autres Européens, sont devenus plus religieux et plus traditionnalistes.

12Pour une large part, cette évolution de la Bulgarie peut s’expliquer par des facteurs démographiques, comme l’explique Bernard de Backer (2017). La Bulgarie a perdu 2 millions d’habitants entre le milieu des années 1980 et aujourd’hui. La pyramide des âges s’est complétement transformée sous l’effet d’une émigration massive. Elle a aujourd’hui la forme d’une toupie, manifestant l’attrition des classes d’âge jeunes. « Ce sont surtout, selon de Backer, les jeunes et les diplômés qui tentent leur chance à l’Ouest, vidant le pays de ses forces vives. ». Ce vieillissement de la population peut expliquer le renforcement des valeurs traditionnelles et le rejet croissant des valeurs libérales qui semble se manifester dans le pays. En effet, comme l’a montré Ronald Inglehart (1990), c’est bien le renouvellement générationnel qui explique en grande partie l’évolution des valeurs vers le libéralisme culturel dans les sociétés industrielles avancées. L’émigration des jeunes générations peut annuler cet effet et même le faire jouer à rebours.

13Cet effondrement de la population ne s’est produit jusqu’à présent dans aucun autre pays de l’Est étudié dans cet article, pays qui ont également connu, à des degrés divers, une évolution vers les valeurs séculières et de libéralisme culturel. C’est notamment le cas de la Pologne, pays le plus traditionnel et religieux d’Europe, mais qui, entre 1990 et 2017, a évolué dans le même sens et à un rythme comparable à celui des autres pays européens.

14Néanmoins, du fait même que cette évolution est comparable dans l’ensemble de l’Europe, on ne peut pas dire qu’il y ait eu convergence des valeurs. Concernant le premier facteur, l’écart-type des scores factoriels moyens des différents pays européens d’une date à l’autre (de 1990 à 1999, 2008 et enfin 2017) est resté stable. Bien sûr, le fait que tous les pays connaissent une évolution vers les valeurs séculières et de libéralisme culturel est en soi un certain indice de convergence ; cela montre que les mêmes forces structurelles sont à l’œuvre dans tous les pays d’Europe. Le renouvellement des générations et l’élévation du niveau d’études qui l’accompagne favorise ces évolutions. Mais les écarts dans les niveaux moyens d’adhésion à ces valeurs restent stables.

2. Le découplage progressif libéralisme culturel-incivisme

  • 2 Ce score est construit à partir de plusieurs questions sur la tolérance à l’égard de la consommat (...)

15Examinons de plus près l’évolution du score de libéralisme culturel2 qui est une composante importante des deux premiers axes de l’analyse en composantes principales (associée négativement aux valeurs religieuses du premier axe et positivement aux valeurs de participation sociale du second axe). La figure 2 montre que ce score d’adhésion aux valeurs du libéralisme culturel a progressé dans tous les pays européens, y compris les pays de l’Est (même si la progression est très faible en Bulgarie). La vague 2017 montre une nette accélération dans plusieurs pays qui connaissaient jusqu’alors une évolution modérée de ce score (l’Italie, la Pologne, la Tchéquie, la Slovénie, l’Autriche, le Royaume-Uni). Dans certains de ces pays très traditionnels comme la Pologne et l’Italie, la baisse de la religiosité (même si elle reste à un niveau très élevé) peut expliquer en partie cette évolution vers plus de tolérance à l’égard de comportements (comme le divorce, l’avortement, le suicide, l’euthanasie) que la religion réprouve. Les récents mouvements de protestation en Pologne contre les restrictions gouvernementales à la possibilité de pratiquer des interruptions volontaires de grossesse en sont une illustration.

16La figure 3 confirme cette interprétation. De 1990 à 2017, le libéralisme culturel s’est accru plus rapidement chez les Polonais les moins religieux, alors qu’il est resté très bas et presque stable chez les Polonais les plus religieux. Or, la proportion de ces Polonais moins religieux s’est accrue : leur part dans le premier quartile de la distribution du score de religiosité calculé sur l’ensemble des quatre dates est passée de 21 % en 1990 à 31 % en 2017. La société polonaise est donc un peu moins religieuse et plus clivée religieusement et culturellement en 2017 qu’elle ne l’était en 1990.

Figure 2. Évolution du score de libéralisme culturel par pays de 1990 à 2017

Figure 2. Évolution du score de libéralisme culturel par pays de 1990 à 2017

Figure 3. Évolution du score de libéralisme culturel en Pologne en fonction des quartiles du score de religiosité

Figure 3. Évolution du score de libéralisme culturel en Pologne en fonction des quartiles du score de religiosité

Lecture : chaque ligne donne les valeurs aux quatre dates de l’enquête du score moyen de libéralisme culturel pour un quartile donné du score de religiosité de la population polonaise ; la ligne avec des croix représente le quatrième quartile, c’est-à-dire les Polonais les plus religieux.

17La plus grande tolérance manifestée par les Européens à l’égard de comportements privés qui étaient réprouvés autrefois, les conduit-elle également à juger moins sévèrement ceux qui enfreignent certaines normes légales, comme le fait de frauder le fisc, de prétendre à des indemnités indues ou de toucher des pots de vin (trois questions posées de 1990 à 2017) ?

18Le tableau A1 en annexes en ligne3, qui montre les corrélations entre le score de libéralisme culturel et le score d’adhésion aux normes civiques par pays et par vagues d’enquête, livre une partie de la réponse. Tout d’abord, dans la plupart des cas la corrélation entre les deux scores est négative, ce qui fait que, plus les individus y sont libéraux sur le plan culturel, plus ils ont tendance à être laxistes sur le plan du respect des normes civiques. Nos résultats confirment ceux de Vincent Tournier en 2014 : au niveau agrégé « les pays les plus libéraux sur le plan des mœurs ne sont pas les plus laxistes à l’égard de l’incivisme » (Tournier, 2014, p. 29), constat qui reste globalement vérifié, même si certains outliers se démarquent : la Bulgarie et la Pologne, plutôt civiques et très peu libérales et la France très libérale et peu civique. Cependant, au niveau individuel, la corrélation entre le libéralisme des mœurs et le civisme est globalement négative.

19Cette corrélation s’affaiblit d’année en année dans beaucoup de pays, notamment la plus grande partie des pays d’Europe de l’Ouest, si bien d’ailleurs que dans ces pays elle devient non significative en 2017 : le fait d’être libéral sur le plan des mœurs n’y est plus significativement associé au fait de tolérer un certain degré d’incivisme. Il y a découplage des deux attitudes. Ce n’est pas le cas par contre dans beaucoup de pays d’Europe de l’Est où cette corrélation reste forte. Cela s’explique peut-être par le fait que dans ces pays qui restent très traditionnels, comme la Slovaquie, la Bulgarie ou la Pologne, ceux qui réclament plus de liberté dans la vie privée sont conduits à contester les normes édictées par l’État dans tous les domaines. Mais il est possible également que les deux phénomènes obéissent à des logiques différentes. Toujours est-il qu’il y a là un indice de divergence entre ces deux parties de l’Europe.

3. La demande d’autorité

20Le troisième facteur du tableau 1 montre également que les valeurs d’autorité et la confiance dans les institutions, et notamment les institutions régaliennes, sont des composantes structurelles des valeurs des Européens. Et la figure 4 montre que l’adhésion à ces valeurs s’est nettement renforcée entre ces deux dates de l’enquête. Mais, là encore, on constate une divergence entre l’ouest et l’est de l’Europe. Si l’on excepte la Slovaquie, ce regain d’adhésion aux valeurs d’autorité et de confiance dans les institutions régaliennes ne se manifeste pas dans en Europe de l’Est, quand ce n’est pas la tendance inverse qui s’impose (comme en Slovénie, en Pologne et surtout en Bulgarie).

21On peut donc souscrire au constat que faisait Vincent Tournier en 2014 : en Europe de l’Ouest, en tout cas, la libéralisation des mœurs n’entraîne pas, contrairement à ce qu’on entend constamment dans les médias, de crise de l’autorité. Mais l’évolution est divergente en Europe de l’Est. A l’Ouest, l’adhésion aux valeurs d’autorité était faible en début de période et s’est considérablement accrue. À l’Est, c’est l’inverse, l’adhésion aux valeurs d’autorité, très forte en début de période, s’est fortement réduite. Une partie des citoyens de l’Est est sans doute amenée à contester le tour autoritaire que prennent certaines des démocraties d’Europe orientale.

22Mais que recouvre la demande croissante d’autorité dans les pays d’Europe de l’Ouest ? Comme attendu, dans tous ces pays, la corrélation entre les valeurs d’autorité et le libéralisme culturel est négative. Néanmoins, cette corrélation négative s’affaiblit d’année en année dans 9 pays d’Europe de l’Ouest sur 11 (voir Tableau A2 en annexes en ligne). Affirmer le droit de chacun de s’affranchir de normes concernant la vie privée est de moins en moins contradictoire avec le fait de demander un plus grand respect de l’autorité. Une interprétation possible de ce résultat est que les Européens de l’Ouest font de plus en plus la différence entre ce qui relève de la vie privée, où prévaut la liberté, et ce qui relève de la vie publique, domaine dans lequel ils en appelleraient à une meilleure régulation des comportements incivils lorsque l’expression de la liberté individuelle crée des perturbations dans la vie sociale, ce qu’on a appelé les « incivilités ». En début de période au contraire, « les demandes de libéralisation culturelle » avaient « une tonalité illégaliste et anti-autoritaire » (Tournier, 2014, p. 45) qui s’est atténuée par la suite. Elle reste par contre encore très présente en Europe de l’Est.

4. La question démocratique et l’illibéralisme

  • 4 Seules les variables communes aux quatre vagues d’enquête avaient été retenues dans les analyses (...)

23L’introduction de nouvelles questions dans la vague 2017 de l’enquête EVS ouvre l’analyse à des thèmes nouveaux, les attitudes à l’égard de l’environnement, les attitudes à l’égard des immigrés, le rapport à la démocratie et le rapport à la violence politique. Une nouvelle analyse factorielle réalisée sur la seule année 2017, et comprenant des échelles rendant compte de ces orientations en sus des échelles précédemment analysées, ne modifie pas les deux premiers facteurs, même si leur ordre est inversé et s’ils sont enrichis d’un certain nombre d’indicateurs qui n’étaient pas utilisés dans les analyses précédentes4 (un premier facteur d’engagement politique et social, d’altruisme et de confiance, un second facteur de traditionalisme culturel et religieux).

Figure 4. L’évolution des valeurs entre 1990 et 2017 en Europe (projections des pays sur les axes 1 et 3 d’une analyse composantes principales)

Figure 4. L’évolution des valeurs entre 1990 et 2017 en Europe (projections des pays sur les axes 1 et 3 d’une analyse composantes principales)

24Par contre, le troisième facteur porte sur des orientations de valeurs qui n’apparaissaient pas dans les analyses précédentes, pour la simple raison qu’elles n’étaient pas traitées. Ce troisième facteur se définit essentiellement par le rapport à la démocratie. Les échelles qui lui sont le plus fortement corrélées sont, par ordre décroissant, les suivantes : adhésion aux normes civiques, rejet de la violence politique, adhésion à une forme de gouvernement démocratique, adhésion aux principes de la démocratie libérale (élections libres, protection des droits civiques, égalité des droits).

25On remarque à nouveau que les orientations de valeurs en matière économique et sociale sont relativement peu clivantes. Elles n’interviennent, par exemple, qu’au 7e facteur pour les attitudes à l’égard de l’économie de marché ou des valeurs d’égalité économique.

Figure 5. Position de 22 pays européens sur les axes 2 et 3 d’une analyse en composantes principales sur les échelles de valeurs en 2017

Figure 5. Position de 22 pays européens sur les axes 2 et 3 d’une analyse en composantes principales sur les échelles de valeurs en 2017

26La figure 5 donne, pour la vague 2017, la position des pays (scores factoriels moyens) sur les axes 2 (religiosité et traditionalisme culturel) et 3 (rapport à la démocratie) du plan factoriel. Le résultat est plutôt surprenant, notamment concernant la Hongrie. En effet, ce pays réputé illibéral se trouve très proche des pays les plus en pointe sur le plan de l’adhésion à la démocratie. Ces habitants ne semblent pas non plus adhérer plus que la moyenne européenne aux valeurs religieuses et traditionnelles. Les valeurs des Hongrois ne semblent donc apparemment pas concorder avec la rhétorique illibérale de leur dirigeant actuel, Victor Orban. Mais il faut y regarder de plus près.

27L’illibéralisme, notion introduite en 1997 par le politologue d’origine indienne Fareed Zakaria (2003), consiste à admettre que la démocratie, tout en respectant certains principes démocratiques comme le choix des dirigeants par des élections, puisse être conduite à restreindre certaines libertés au nom de la souveraineté populaire. Les démocraties libérales ne cherchent pas à imposer à leurs membres une conception de la « vie bonne », mais simplement à permettre à chaque citoyen d’accéder, selon un principe de justice, à la conception du bien qu’il choisit. Les dirigeants illibéraux comme Orban, veulent au contraire promouvoir un mode de vie particulier au nom d’une supposée « substance historique et culturelle des peuples » (Mineur, 2019). Concernant la Hongrie et la Pologne, ce mode de vie particulier repose évidemment principalement sur la culture chrétienne et les valeurs traditionnelles qu’elle promeut. La promotion de cette identité suppose aussi de refuser l’introduction en nombre d’éléments allogènes qui ne pourraient pas la partager, d’où le refus de l’immigration et de quotas d’accueil des réfugiés imposés par l’Europe.

  • 5 Établie à partir de 5 critères : les élections et le pluralisme, le fonctionnement gouvernemental (...)

28Le questionnaire 2017 de l’enquête EVS permet de tester, on le verra un peu plus loin, le degré d’adhésion des citoyens à une forme d’illibéralisme. On peut également enrichir l’analyse en introduisant le democracy index calculé par le journal The Economist. La récente publication du « Democracy index report » par ce journal (2 février 2021) a relancé le débat sur l’affaiblissement de la démocratie dans le monde. Le rapport souligne que la note moyenne5 sur l’ensemble des pays recule depuis 5 ans. Les résultats ont frappé les esprits en France, le pays ne se classant qu’au 24e rang et étant relégué en 2020 dans le groupe des « démocraties défaillantes » (avec une note de 7,99 sur 10).

29Les pays européens ont des scores extrêmement contrastés sur le democracy index de The Economist : la Norvège, en tête de classement, obtient une note de 9,81 sur 10, tandis que la Russie a une note de 3,31, la Hongrie de 6,56 et la Pologne de 6,85. Mais ce score, même s’il comprend une dimension de participation et de culture politique, ne nous renseigne pas sur le fait de savoir à quel degré sa variation d’un pays à l’autre reflète un attachement variable des citoyens eux-mêmes à la démocratie. Les citoyens qui vivent dans un pays faiblement démocratique sont-ils des citoyens frustrés de ne pouvoir exercer leurs droits, ou des citoyens consentants, voire des citoyens propagandistes d’un contre-modèle ?

30L’enquête EVS, avec son module assez complet sur le rapport à la démocratie, permet de répondre, au moins partiellement, à cette question. La figure 6 synthétise plusieurs informations issues de cette enquête en y adjoignant la valeur moyenne par pays du democray index. Sur le graphique les pays sont classés par valeurs croissantes de cet index.

31La courbe grise est un score d’adhésion à la démocratie construit à partir de deux questions sur l’importance de vivre dans un pays gouverné démocratiquement et d’avoir un système politique démocratique. Ce score est corrélé au democracy index (en traits pointillés gras sur le graphique), mais la valeur de la corrélation n’est pas très élevée (0,203) et l’on voit surtout que (à l’exception de la Russie) les habitants des pays peu démocratiques ont néanmoins des aspirations démocratiques assez élevées avec des scores au-dessus de 7,5 (tous les scores du graphique varient de 0 à 10).

  • 6 L’indice est construit à partir de 7 questions très corrélées sur ces thèmes de l’équité du systè (...)

32La courbe noire est un score d’équité démocratique ressentie par les citoyens du pays concerné : le comptage des votes est-il juste ? Les candidats d’opposition peuvent-ils poser leur candidature ? Y-a-t-il des menaces exercées sur les électeurs ?, etc.6 Cette courbe (en pointillé la droite d’ajustement linéaire) est très corrélée au democracy index (0,447). Cela signifie que les citoyens ont une bonne perception de l’équité effective de leur système démocratique. Ils ne sont pas crédules : ceux qui vivent dans des pays effectivement peu démocratiques en ont bien conscience.

Figure 6. Les Européens et la démocratie

Figure 6. Les Européens et la démocratie

33Ces deux résultats sont plutôt rassurants pour ceux qui sont attachés au modèle démocratique. Ils signifient en effet que l’aspiration démocratique reste solide, y compris dans les pays réputés peu démocratiques. La faiblesse du système démocratique de ces pays ne tient pas d’autre part à l’aveuglement ou au consentement des citoyens eux-mêmes. Ces derniers détectent assez bien, semble-t-il, les entorses au fonctionnement normal de la démocratie. Et cette clairvoyance ne mine pas leur attachement de principe à la démocratie.

34Dans ce tableau, la Russie fait néanmoins un peu exception. D’une part, l’adhésion des Russes à la démocratie est la plus basse de tous les pays enquêtés. D’autre part, bien que la Russie ait le democracy index le plus bas, les Russes sont nettement moins sévères que les habitants d’autres pays peu démocratiques à l’égard de leur système électif. Les Russes semblent donc moins exigeants ou moins lucides que les citoyens d’autres pays de l’Est à l’égard de l’équité de leur système électoral et les moins attachés aux principes de la démocratie. Au vu de ces résultats, les militants russes pour la démocratie sont loin d’avoir gagné la partie.

5. L’hypothèque illibérale

35L’enquête EVS permet également d’évaluer, avec toutes les limites d’un tel exercice, la propension des Européens à adhérer à des thèses illibérales. Cet indice est construit à partir de deux questions sur les « caractéristiques » reconnues par les personnes comme « essentielles de la démocratie ». Neuf intitulés étaient testés (dont le fait de « choisir les dirigeants lors d’élections libres ») et parmi cette liste, deux peuvent être associés à l’illibéralisme, s’ils sont contestés à un certain degré comme une caractéristique de la démocratie : le fait que « les droits civiques protègent les personnes de l’oppression de l’État » et le fait que « les femmes ont les mêmes droits que les hommes » (ces deux variables sont bien corrélées). En effet, l’illibéralisme peut combiner la reconnaissance du vote comme principe de la démocratie et l’accord pour limiter certains droits des citoyens ou certains droits de catégories données de citoyens.

36La courbe en gris foncé identifiée par le symbole « ● » sur la figure 6 montre les variations de cet indice selon les pays enquêtés (variant toujours de 0 à 10, note maximale possible d’illibéralisme). Un premier constat est que l’illibéralisme ainsi défini ne rencontre pas un succès foudroyant parmi les Européens, y compris dans les pays réputés illibéraux. La note moyenne d’illibéralisme sur l’ensemble des pays est de 1,69 et aucun pays n’a une note supérieure à 3, sur un indice qui, rappelons-le, peut atteindre 10 pour ceux qui adhéreraient totalement aux deux intitulés testés.

37Il y a bien sûr des écarts selon les pays et, globalement, la tendance à l’illibéralisme décroît tendanciellement à mesure que l’adhésion à la démocratie se renforce. Sur l’ensemble des individus enquêtés, on enregistre une corrélation négative assez élevée (-0,356) entre les deux scores. Néanmoins, les pays les plus souvent cités comme « illibéraux » n’ont pas des scores d’illibéralisme particulièrement élevés : 1,82 pour la Hongrie et 1,3 pour la Pologne (nettement en dessous de la moyenne pour ce dernier pays). Finalement, parmi les pays de l’Union européenne, c’est en Slovaquie que la tendance à l’illibéralisme est la plus marquée (2,63). Mais un pays d’Europe de l’Ouest comme la France se distingue également par un score élevé (2,37). L’illibéralisme, au moins tel qu’il est mesuré ici, n’est donc pas obligatoirement une spécialité orientale. Par contre, tous les pays scandinaves et germaniques en sont les plus préservés.

38La figure 7 donne un contenu plus concret à ce contraste, en Europe de l’Ouest, entre la France et les pays scandinaves et germaniques sur le niveau d’adhésion de leurs populations à des thématiques illibérales. Les Français sont nettement moins exigeants que leurs voisins du Nord ou d’outre-Rhin à l’égard de la préservation des droits civiques comme composante essentielle de la démocratie.

Figure 7. Deux composantes de l’illibéralisme en France et dans les pays scandinaves et germaniques

Figure 7. Deux composantes de l’illibéralisme en France et dans les pays scandinaves et germaniques

Lecture : % de répondants se plaçant en 0-8 sur une échelle allant de 0 (« pas du tout essentielle ») à10 (« caractéristique essentielle de la démocratie ») à propos de la protection des droits civiques contre l’oppression de l’État ; et en 0-9 pour le fait que les femmes aient les mêmes droits que les hommes (comme caractéristique essentielle de la démocratie).

39En conclusion, l’Europe demeure clivée sur le plan des valeurs et ce clivage – Nord/Sud sur le plan de l’intégration sociopolitique, Est/Ouest sur le plan du libéralisme culturel – ne s’est pas réduit depuis 30 ans. Néanmoins, les valeurs de l’ensemble des Européens évoluent dans le même sens et à un rythme comparable, sur les questions de libéralisme culturel et de sécularisation. On a vu également que la demande croissante de liberté personnelle se conjuguait de façon apparemment paradoxale, et plutôt à l’Ouest de l’Europe, avec une demande accrue d’autorité, comme si les citoyens européens voulaient associer au mieux l’exercice de la liberté individuelle et la paix civile garantie par les institutions régaliennes. Enfin, les données de l’enquête EVS montrent que l’aspi­ration démocratique reste solide dans la plupart des pays européens et que les citoyens ont une bonne évaluation de l’équité de leur système démocratique.

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Bibliographie

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ZAKARIA F., 2003, L’Avenir de la liberté. La démocratie illibérale aux États-Unis et dans le monde, Paris, Odile Jacob.

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Document annexe

  • Annexes (application/pdf – 260k)
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Notes

1 Nous indiquons entre parenthèses le sigle attribué par l’Union européenne à chaque pays, utilisé dans certains graphiques.

2 Ce score est construit à partir de plusieurs questions sur la tolérance à l’égard de la consommation de drogues douces, de l’homosexualité, de l’avortement, du divorce, de l’euthanasie, du suicide.

3 Voir <https://journals.openedition.org/ress/7919>.

4 Seules les variables communes aux quatre vagues d’enquête avaient été retenues dans les analyses précédentes. Certains indicateurs qui existaient avant 2017 mais ne couvraient pas l’ensemble du spectre avaient donc été laissés de côté, comme par exemple un indicateur d’individualisme. Ils sont introduits dans l’analyse portant sur la seule vague 2017.

5 Établie à partir de 5 critères : les élections et le pluralisme, le fonctionnement gouvernemental, la participation politique, la culture politique et l’état des libertés civiques.

6 L’indice est construit à partir de 7 questions très corrélées sur ces thèmes de l’équité du système démocratique.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. L’évolution des valeurs par pays entre 1990 et 2017 (axes 1 et 2 d’une analyse en composantes principales)
Légende Lecture : chaque point correspond au score factoriel moyen pour un pays donné des deux premiers facteurs de l’analyse en composantes principales présentée dans le tableau 1. Le point de départ des flèches correspond aux valeurs pour 1990 et le point d’arrivée aux valeurs pour 2017.
URL http://journals.openedition.org/ress/docannexe/image/7808/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 220k
Titre Figure 2. Évolution du score de libéralisme culturel par pays de 1990 à 2017
URL http://journals.openedition.org/ress/docannexe/image/7808/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 192k
Titre Figure 3. Évolution du score de libéralisme culturel en Pologne en fonction des quartiles du score de religiosité
Légende Lecture : chaque ligne donne les valeurs aux quatre dates de l’enquête du score moyen de libéralisme culturel pour un quartile donné du score de religiosité de la population polonaise ; la ligne avec des croix représente le quatrième quartile, c’est-à-dire les Polonais les plus religieux.
URL http://journals.openedition.org/ress/docannexe/image/7808/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 165k
Titre Figure 4. L’évolution des valeurs entre 1990 et 2017 en Europe (projections des pays sur les axes 1 et 3 d’une analyse composantes principales)
URL http://journals.openedition.org/ress/docannexe/image/7808/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 196k
Titre Figure 5. Position de 22 pays européens sur les axes 2 et 3 d’une analyse en composantes principales sur les échelles de valeurs en 2017
URL http://journals.openedition.org/ress/docannexe/image/7808/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 200k
Titre Figure 6. Les Européens et la démocratie
URL http://journals.openedition.org/ress/docannexe/image/7808/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 239k
Titre Figure 7. Deux composantes de l’illibéralisme en France et dans les pays scandinaves et germaniques
Légende Lecture : % de répondants se plaçant en 0-8 sur une échelle allant de 0 (« pas du tout essentielle ») à10 (« caractéristique essentielle de la démocratie ») à propos de la protection des droits civiques contre l’oppression de l’État ; et en 0-9 pour le fait que les femmes aient les mêmes droits que les hommes (comme caractéristique essentielle de la démocratie).
URL http://journals.openedition.org/ress/docannexe/image/7808/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 158k
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Pour citer cet article

Référence papier

Olivier Galland, « Les valeurs des Européens convergent-elles ? »Revue européenne des sciences sociales, 59-2 | 2021, 19-38.

Référence électronique

Olivier Galland, « Les valeurs des Européens convergent-elles ? »Revue européenne des sciences sociales [En ligne], 59-2 | 2021, mis en ligne le 02 janvier 2025, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/ress/7808 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ress.7808

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Auteur

Olivier Galland

Paris, CNRS – GEMASS
ogalland"at"msh-paris.fr

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