Navigation – Plan du site

AccueilNuméros71Les notions de centre et de périp...Logiques de polarisation à l’île ...

Les notions de centre et de périphérie au prisme de cas internationauX

Logiques de polarisation à l’île Maurice

Une fragmentation du territoire ?
Logics of Polarization in Mauritius. A Territorial Fragmentation?
Elsa-Xuân Lainé
p. 96-105

Résumés

L’organisation du territoire de l’île Maurice, petit État insulaire de l’océan Indien, peut s’expliquer, entre autres facteurs, par son insertion ancienne dans la mondialisation et l’exploitation agricole de ses terres. Aux structures spatiales héritées se sont superposées des « centralités périphériques » plus récentes liées au développement de l’industrie, du tourisme et de l’économie de services. La diffusion des polarités s’accompagne d’une multiplication des zones d’abord monofonctionnelles, résidentielles ou commerciales, puis davantage diversifiées, notamment sous l’impulsion des propriétaires fonciers privés. De cet urbanisme par zones ou enclaves émerge une façon inédite de faire la ville et un risque de fragmentation du territoire, aux échelles nationale et urbaine. Cette logique de polarisation amène également à s’interroger sur les notions de centralité urbaine et de territoire rural périphérique, régulièrement utilisées pour décrire l’organisation spatiale mauricienne. L’hétérogénéité des formes urbaines, l’urbanisation en milieu agricole et l’émergence de polarités périphériques sont autant de dynamiques qui permettent de nuancer cette dichotomie.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 L’archipel mauricien compte plusieurs îles (l’île principale, Rodrigues, Agalega et Saint Brandon), (...)

1L’île Maurice est une île-État de l’océan Indien qui concentre 1,2 million d’habitants sur une superficie de 1 864 kilomètres carrés (Statistics Mauritius 2022b)1. Comme son « île sœur », La Réunion, elle est inhabitée jusqu’à l’arrivée des premiers navigateurs puis devient une société de plantation dédiée à la monoculture de la canne à sucre et reposant sur le travail forcé de la main-d’œuvre. Depuis sa découverte, l’île Maurice a présenté de multiples visages : île escale, île sucrière, île touristique, « île des savoirs » (Grégoire, Hookoomsing, Lemoine 2011), qui témoignent d’autant de choix économiques mis en place avant et depuis l’indépendance du pays en 1968.

  • 2 Le document de planification publique de référence est la National Development Strategy (NDS) de 20 (...)

2L’histoire riche mais relativement récente de l’île Maurice, la cohabitation de différentes communautés sur un territoire exigu et son intégration dans des flux internationaux en font un lieu privilégié pour analyser les processus de production socio-spatiaux. D’emblée, son organisation spatiale semble échapper aux facteurs de différenciation les plus communs. Par exemple, la dichotomie entre littoral dynamique et centre (intérieur) marginalisé, propre à la structuration du territoire de La Réunion (Lefèvre 1987a), s’avère inopérante dans le cas de Maurice. Les plus grandes concentrations de population et d’activités se trouvent à l’intérieur de l’île, où la topographie peu accidentée du plateau central n’est pas un obstacle au peuplement, tandis que le littoral est inégalement exploité. La planification publique2 distingue zones urbaines, périphéries rurales et espaces littoraux (MHL 2004), catégories pourtant fortement hétérogènes en leur sein. Les territoires urbains peuvent être structurés par plusieurs centralités (religieuse, commerciale, administrative), sans centre-ville délimité ni transition avec ce qui relève du rural. De la même manière, des territoires situés en dehors des villes peuvent présenter des éléments de centralité ou de polarisation.

3Le contexte insulaire, combiné à la facilité relative des déplacements, désigne l’échelle nationale comme cadre d’analyse privilégié. Ces deux facteurs incitent à lire l’organisation spatiale mauricienne non pas dans une opposition entre centre(s) et périphérie(s), mais plutôt comme un palimpseste de polarités qui se succèdent, se renforcent ou émergent en fonction du contexte social, politique et économique. Les formes produites à l’échelle infra-urbaine par les processus de polarisation ainsi que l’insertion de l’île dans des flux transnationaux justifient cependant d’aborder ces deux autres échelles en contrepoint.

4Une polarité ou un pôle est un espace attractif (et non seulement productif) générant ou recevant des flux de personnes, de biens ou de capitaux. La polarisation renvoie à un processus dynamique qui articule différentes échelles spatiales – aires d’influence des centres – et temporelles – la manière dont se créent et se défont des polarités.

  • 3 Plusieurs enseignements de la maquette pédagogique de l’ENSA Nantes [Mauritius] engagent une pensée (...)

5Dans quelle mesure la lecture du territoire mauricien comme opposant un centre (villes du plateau central) et des périphéries rurales doit-elle être nuancée ? Comment caractériser les polarités qui émergent sous l’effet de stratégies économiques, politiques et sociales, et comment penser leurs articulations ? Cette contribution s’appuie sur les travaux de Daniel Lefèvre (1987b) et Jean-Michel Jauze (2001, 2008, 2012) et cherche à les éclairer au regard des évolutions socio-spatiales des dernières années, peu documentées en géographie. Plusieurs types de sources seront utilisés : les statistiques thématiques nationales et les rapports gouvernementaux ou associatifs d’une part, les observations lors d’études de terrain d’autre part3. La description des dynamiques de polarisation sur le temps long permet de qualifier la notion et les échelles de la « centralité » qu’elle soit héritée (partie 1) ou périphérique (partie 2) ; ces dynamiques participent d’une requalification des territoires (partie 3).

Des centralités urbaines et villageoises héritées

  • 4 Le développement de la canne à sucre, introduite sur l’île par les Hollandais en 1639, connaît un e (...)

6L’organisation du territoire mauricien, son peuplement et sa structure sociale sont liés à la culture historique de la canne à sucre4. Celle-ci a entraîné une polarisation des villes du district des Plaines Wilhems et de la capitale, en partie renforcée par la planification publique.

Un territoire insulaire intégré au monde par deux points d’entrée

7Isolé dans l’océan Indien à plusieurs centaines de kilomètres de toute grande terre, le territoire mauricien est accessible par voie maritime grâce au port de Port Louis sur la façade littorale occidentale et par voie aérienne via l’aéroport situé près de Mahébourg au sud-est.

8La fonction portuaire a présidé à la création de la capitale mauricienne : le site, entouré de montagnes, à l’abri des alizés, est favorable à l’établissement d’un port de négoce. Les infrastructures n’ont cessé de se moderniser pour faire de Port Louis un port régional dédié au commerce et au transbordement (Lamy-Giner 2008). En 2019, il s’impose comme le premier de l’océan Indien, avec un volume total de marchandises traitées de 8,4 millions de tonnes – dont 85 % d’importations (MPA 2020) – supérieur à celui du port de Tamatave à Madagascar (2,9 millions de tonnes) ou de La Réunion (5,9 millions). Cette activité est cruciale dans un contexte insulaire puisque près de 98 % des entrées et sorties de marchandises (produits pétroliers, alimentaires et biens de consommation) transitent par le port.

9À l’échelle urbaine, cette activité conditionne le développement urbain de Port Louis. Le plan en damier du centre historique s’appuie sur les bassins portuaires, et la Place d’Armes, avenue symbole de la capitale, crée une perspective visuelle entre l’Hôtel du Gouvernement et le port (Jauze 2001). La connexion entre la ville et le port, rendue complexe en raison de l’implantation d’abord d’une voie de chemin de fer puis d’une autoroute séparant les deux espaces de manière radicale, est un enjeu majeur d’aménagement urbain. Différents projets ont cherché à valoriser cette interface : l’aménagement dans les années 1990 du Caudan Waterfront, avec des espaces commerciaux, de restauration, de loisirs et de promenade, ainsi que la nouvelle station de métro, reliée à la ville par une passerelle commerçante en 2022, en sont les dernières manifestations.

  • 5 Les arrivées annuelles augmentent depuis les années 1970 et franchissent le seuil du million en 200 (...)

10L’autre polarité qui rattache l’île Maurice au reste du monde est l’aéroport international au sud-est de l’île. C’est également par cette région que l’île a été découverte, puisque les premiers navigateurs hollandais ont accosté puis ont établi un fort à Vieux Grand Port, village considéré comme le berceau historique de l’île Maurice. L’aéroport est la porte d’entrée de plus d’un million de touristes chaque année5. Les flux aériens intègrent Maurice dans trois échelles de territoires : les îles du plateau des Mascareignes (Rodrigues, La Réunion, les Seychelles et Madagascar), les territoires limitrophes de l’océan Indien et les puissances régionales (Afrique du Sud et de l’Est, Dubaï, Inde), et les espaces plus lointains (Europe et Asie orientale). Ainsi, la multiplication des liaisons aériennes entraîne une diversification de l’origine des touristes à Maurice et une augmentation des pays émetteurs situés en dehors de l’Europe : Afrique du Sud, Chine et Inde notamment (Statistics Mauritius 2020 : 10-11).

11La polarisation de Port Louis et de la zone aéroportuaire s’exerce à plusieurs niveaux. À l’échelle nationale, ce sont deux espaces de contact et de distribution vers le reste de l’île pour les flux de personnes ou de marchandises, cruciaux dans un contexte insulaire particulièrement dépendant des importations et des revenus du tourisme. La création de ces infrastructures a entraîné l’urbanisation de la ville-port-capitale. Enfin, le port et l’aéroport permettent l’intégration de l’île dans les échanges commerciaux internationaux et font de Maurice le principal nœud du transport régional (Lamy-Giner 2023 : 3). Il s’agit donc de centralités littorales, anciennes, dont le rôle d’interfaces avec le reste du monde, s’il a pu évoluer, ne s’est jamais démenti.

Une armature urbaine déséquilibrée tournée vers l’intérieur de l’île

12La logique principale de polarisation du territoire mauricien est celle de l’armature urbaine, héritée des périodes de colonisation et renforcée par la planification publique, notamment en matière de transports. Elle se caractérise par un déséquilibre entre les villes de l’intérieur et un maillage plus diffus de villages sur le reste du territoire (Jauze 2008).

  • 6 Le critère administratif est utilisé par les autorités mauriciennes pour distinguer les espaces rur (...)

13La population urbaine à Maurice est estimée à 41,7 % d’après le recensement de 2011. Sa définition, qui se limite à la population résidant dans les municipalités, est cependant restrictive et ne reflète pas les réalités de l’urbanisation6. Ainsi, en prenant en compte des espaces qui ne sont pas considérés administrativement comme urbains mais qui en présentent les caractéristiques (selon des critères démographiques, de densité et de niveau d’équipements), la population urbaine pourrait être réévaluée à la hausse.

  • 7 La nouvelle extension de 3,4 kilomètres vers l’est de Rose Hill jusqu’à Réduit (opérationnelle depu (...)

14La majorité de la population urbaine de l’île est concentrée dans un corridor qui se déploie dans une direction nord-ouest sud-est de Port Louis à Curepipe (figure 1, p. 97). En 2022, ce territoire est caractérisé par une continuité du bâti, une concentration des fonctions administratives et économiques et une forte densité de population (2 100 habitants par kilomètre carré). Il occupe 12 % de la superficie de l’île mais regroupe 39 % de sa population (Statistics Mauritius 2022b : 5). Les villes qui le composent sont reliées par l’autoroute Nord-Sud, et plus récemment par le Metro Express qui renforce leur desserte. Inauguré en 2019, ce métro léger circule sur 30 kilomètres. Son trajet double l’autoroute et facilite la circulation au sein de la conurbation en proposant un mode de transport alternatif au bus ou à la voiture privée. Il renforce donc la polarité urbaine existante, sans pour autant la connecter au reste du territoire7.

Fig. 1 : Carte administrative de l’île Maurice.

Fig. 1 : Carte administrative de l’île Maurice.

© E.-X. Lainé.

15Les 124 villages (Village Council Areas) qui composent le reste de la trame urbaine doivent être distingués. Ceux d’environ 15 000 habitants, qui partagent certaines caractéristiques des municipalités, comme le paysage par exemple, mais dont l’urbanisation est plus récente et qui ne présentent donc pas encore le même niveau d’équipements, forment une première catégorie qui pourrait être celle des villes secondaires. À l’exception de Souillac et de Mahébourg, aucune de celles-ci n’est située sur le littoral. La deuxième catégorie est constituée des villages dont la croissance est soutenue par le développement d’un secteur économique, le tourisme notamment (Grand Baie, par exemple). Enfin, la troisième, fortement hétérogène, est celle des villages dont la formation est soit liée à celle d’un autre centre urbain (village péri-urbain résultant d’une dynamique d’urbanisation le long des axes routiers, grignotant l’espace agricole, comme Coromandel), soit héritée de l’organisation agricole sucrière (village de l’Escalier par exemple).

Des structures spatiales liées à la société de plantation

  • 8 L’histoire de la société de plantation et de sa main-d’œuvre a été documentée, par exemple par R. A (...)

16Dans un contexte de société de plantation8, les centralités économiques correspondent aux lieux de production (usines sucrières) et aux points de commerce et d’exportation. Les axes de transport ont pour vocation de faciliter les flux entre ces espaces complémentaires.

17L’émergence de la ville de Port Louis peut ainsi être lue comme celle du lieu d’installation de l’administration coloniale mais aussi, et surtout, comme celle du point de centralisation des produits de la canne à sucre qui proviennent de toute l’île. En 1850, 259 usines sont implantées sur le territoire (TJC 2011a : 13) ; pour faciliter le transport de la canne des champs vers les usines puis jusqu’au port, le chemin de fer est développé à partir de 1864 autour de deux lignes principales, l’une reliant Port Louis au Nord, l’autre, à Mahébourg. Cela a eu pour corollaire la naissance des villes de la conurbation, situées sur ce nouvel axe. L’importance du chemin de fer est perceptible aussi à l’échelle urbaine, avec des municipalités qui s’organisent à partir de la gare ferroviaire. Quatre Bornes illustre bien le rôle des transports dans la morphologie urbaine : la station de Metro Express (Quatre Bornes Central) est construite en partie sur le périmètre de la gare routière existante, mais surtout sur les lieux de l’ancienne gare ferroviaire, face au grand hangar du marché et aux bâtiments de la Municipalité ; cette zone constitue une polarité urbaine fonctionnelle.

18Le chemin de fer a permis un désenclavement du territoire et l’émergence des villages situés à proximité des lignes ; il est abandonné définitivement en 1964 en raison de la multiplication des routes, des automobiles et des bus, moins coûteux. Cependant, le choix du tracé du Metro Express reprend en partie celui des anciens chemins de fer, sans avoir la même couverture.

  • 9 Parmi ces dispositifs figurent le Petit Morcellement (1840-1850), le Grand Morcellement (1880-1890) (...)

19Par ailleurs, des continuités historiques et sociales peuvent être identifiées entre les anciens camps de travailleurs de la canne à sucre et certains villages ou quartiers actuels. Les populations esclavagisées et les engagés sont alors logés dans des baraquements sur les terres du propriétaire du domaine sucrier. Ces lieux de vie et de travail, appelés « camps » et initialement temporaires, s’agrandissent et s’équipent jusqu’à former des villages qui survivent à la fermeture de l’usine à laquelle ils étaient liés. À travers plusieurs mécanismes fonciers, les travailleurs de la canne ont progressivement accès à la terre (dans des proportions restreintes cependant) et certains deviennent propriétaires9. D’autres villages ou quartiers sont liés à l’abolition de l’esclavage en 1835, laquelle a amené les anciens esclaves à quitter les plantations pour se regrouper aux abords de Port Louis ou dans des camps du littoral. Certaines « cités » ou quartiers conservent ainsi dans leur toponymie ou dans leur organisation sociale et spatiale des traces de ce passé (Le Chartier, Charlot 2011).

20La structure duale et complémentaire héritée de l’économie de plantation, dans laquelle le territoire agricole produit et les villes commercialisent, se complexifie dans le contexte de diversification économique.

Les espaces agricoles et littoraux, lieux d’émergence de centralités périphériques

  • 10 Afin de favoriser son intégration diplomatique et commerciale, l’État mauricien adhère à différente (...)

21La diversification et l’internationalisation de l’économie mauricienne, jusqu’alors largement dépendante des évolutions du cours du sucre, sont à l’origine de nouvelles logiques de polarisation (figure 2). Ce tournant économique est contemporain d’un changement politique majeur : l’accession de Maurice à l’indépendance le 12 mars 1968 dans un contexte de divisions politiques et communautaires (Chilin 2013). Si l’histoire de l’île montre que celle-ci est insérée dans la mondialisation depuis sa découverte, en tant qu’étape sur les routes maritimes et lieu d’émigration forcée et de production d’une matière première exportée, son intégration s’accélère et se traduit par une multiplication des acteurs et une organisation du territoire plus diffuse et plus complexe. Trois processus principaux sont à l’origine d’une internationalisation croissante de l’île corrélée à l’apparition de nouveaux pôles territoriaux : le tourisme, la tertiarisation de l’économie et la conversion des terres agricoles. Ce ne sont pas les seuls facteurs d’intégration internationale que l’île Maurice ait connus depuis son indépendance10 ; mais ce sont ceux dont les effets spatiaux nous semblent les plus importants.

Fig. 2 : Principes d’organisation du territoire et logiques de polarisation à l’île Maurice.

Fig. 2 : Principes d’organisation du territoire et logiques de polarisation à l’île Maurice.

© E.-X. Lainé.

La mise en valeur des littoraux par le tourisme

  • 11 Le développement du tourisme s’inscrit historiquement dans une stratégie d’acteurs locaux : la comp (...)

22Initié dès la fin des années 1960 et pilier de l’économie depuis les années 199011, le secteur touristique participe de l’émergence de polarités en donnant de nouvelles fonctions à des territoires préalablement délaissés.

  • 12 Dans une île relativement dense, moderne et intégrée à la mondialisation comme peut l’être Maurice, (...)
  • 13 En plus des hôtels, l’offre inclut les « campements », maisons individuelles louées dans des réside (...)
  • 14 L’auteur montre que les esclaves affranchis et les commerçants, relativement peu nombreux, se sont (...)

23Le tourisme international à l’île Maurice est littoral ; il mobilise l’imaginaire propre aux îles tropicales mêlant envie de « bout du monde », promesse de soleil, de mer turquoise et de tranquillité12. La grande majorité des touristes (80 % du total des lits occupés [Statistics Mauritius 2020, 2023a]) séjourne dans des hôtels plutôt haut de gamme, de grande capacité, bénéficiant généralement d’une portion de plage privatisée, de restaurants et d’activités de loisirs. Ils sont localisés en particulier sur le littoral ouest, lequel est protégé des vents d’est et bénéficie de côtes sableuses et d’un lagon, ainsi que, dans une moindre mesure, sur certaines portions de la côte est13. Ces enclaves touristiques peuvent être qualifiées de centralités périphériques, car elles génèrent des flux vers des espaces extérieurs aux polarités existantes. Comme le montrent les travaux d’A. Magnan, les processus d’occupation et d’appropriation de l’espace mauricien ont historiquement suivi une tendance centripète, tournant le dos, non pas à la mer, mais aux « pratiques littorales » jusqu’à la seconde moitié du xxe siècle, et faisant des littoraux des espaces peu attractifs (Magnan 2007 : 348)14. Les activités touristiques valorisent donc d’anciens espaces délaissés, désormais prisés par l’ensemble de leurs usagers, locaux et étrangers, même si les pratiques de la plage s’avèrent en partie différentes : les Mauriciens s’adonnent aux pique-niques sur la plage, à l’ombre des filaos, tandis que les touristes sont plus nombreux sur le sable et dans l’eau.

24Les conséquences spatiales du développement touristique peuvent se lire à plusieurs échelles. À l’échelle nationale, on note un rééquilibrage des polarités avec l’émergence de ces centralités périphériques mais aussi une concurrence entre les portions littorales sableuses, attirant les infrastructures touristiques, et les portions marécageuses ou rocheuses, laissées à l’écart de cette dynamique.

25À l’ouest et au nord de l’île, à Tamarin ou Pereybère par exemple, le développement d’activités et d’infrastructures pour promouvoir le tourisme a également attiré une clientèle locale et expatriée. Cela provoque une extension de l’urbanisation, une densification des villages côtiers et une augmentation des prix du foncier.

  • 15 J.-M. Jauze a analysé celle de Grand Baie, de village de pêcheurs à station balnéaire prisée des to (...)

26Le tourisme entraîne une transformation morphologique des villages littoraux15. Le site de Flic-en-Flac, sur la côte ouest, bénéficie d’un grand linéaire de plage (5 kilomètres ininterrompus) et, quasiment partout, de l’absence de constructions entre la route côtière et la plage. L’ancien village de pêcheurs est désormais structuré autour de deux pôles touristiques. Autour du village originel et du débarcadère, le long de la route, se regroupent résidences, restaurants et magasins à destination des touristes. À quelques kilomètres au sud, les hôtels de luxe se succèdent en bout de route. Les résidents de Flic-en-Flac habitent au second plan, dans des quartiers résidentiels construits plus loin de la mer ou le long d’une portion de littoral rocheux. Enfin, la plage, véritable espace public partagé, est le lieu où se côtoient touristes, locaux et expatriés.

  • 16 Sont classées publiques par la Beach Authority 134 plages, soit 48 km sur les 332 km du littoral (M (...)

27Le modèle touristique mauricien des grands hôtels est également fortement remis en cause. D’une part, dans sa dimension écologique, puisque le changement climatique (entraînant la montée des eaux, l’érosion des littoraux, la plus forte récurrence ou intensité des phénomènes climatiques extrêmes et la raréfaction des ressources) oblige à repenser l’aménagement des littoraux et leur urbanisation systématique. D’autre part, dans sa dimension sociale car, plus les pratiques balnéaires se développent chez les Mauriciens, plus ces derniers ont le sentiment d’être privés de leurs plages. La « privatisation » des plages par les hôtels et les campements ainsi que l’absence d’accès à la mer depuis la route sur plusieurs kilomètres, en raison des murs d’enceinte des hôtels, créent des frictions et de véritables contestations, portées notamment par le collectif citoyen Aret Kokin Nu Laplaz (AKNL) qui milite pour l’accès public aux plages16.

28L’augmentation des flux touristiques modifie donc profondément l’organisation spatiale en faisant émerger certaines portions du littoral comme des espaces attractifs, densifiés, convoités et parfois contestés.

L’industrialisation et la tertiarisation de l’économie : une diffusion des polarités

29La tertiarisation de l’économie mauricienne, de l’industrie vers l’économie de services marchands, est également un processus qui a participé de l’émergence de polarités spécialisées à travers le territoire.

  • 17 À Centre de Flacq, en 2006, près de 70 % de la population villageoise travaille dans les entreprise (...)

30En amorçant une stratégie de promotion des exportations au début des années 1970, avec la création d’une zone franche, le gouvernement mauricien a d’abord misé sur l’industrie textile-habillement. Le statut de zone franche renvoie à un cadre juridique et non à un espace délimité, il apparaît donc moins polarisant que d’autres processus économiques : « la singularité de la zone franche mauricienne est la dispersion des unités de production à travers toute l’île » (Buzenot 2007 : 3). Si les industries se concentrent au départ à proximité du port et des bassins de main-d’œuvre, donc des villes de la conurbation, les unités de production saturent rapidement face à une accélération de la production dans les années 1980. S’appuyant sur un réseau routier performant, les acteurs publics et privés déplacent les activités industrielles dans les districts ruraux ; elles y cohabitent dès lors avec les activités agricoles. Cette dynamique entraîne la croissance de gros villages comme Triolet, Goodlands et Centre de Flacq17. Ainsi, l’industrialisation du pays, si elle renforce le poids économique des villes de l’île Maurice, modifie également le tissu national en favorisant l’essor de nouveaux pôles de développement villageois.

31L’économie mauricienne connaît un nouveau tournant à la fin des années 1990 avec la promotion des services financiers off shore puis des technologies de l’information et de la communication (TIC) permettant la délocalisation d’activités de services (comptabilité, saisie, traduction). En 2021, les secteurs de la finance, des assurances et des TIC représentent 19 % du PIB (Statistics Mauritius 2023b : 4).

32Cette tertiarisation de l’économie modifie le paysage de l’île. À Port Louis, le centre historique se transforme avec l’apparition d’immeubles hauts, en béton ou en verre. Cet espace internationalisé, petit Central Business District (Jauze 2001), concentre les services administratifs et financiers de la ville. Vingt ans après, même si une partie des activités tertiaires a été déplacée, 64 000 personnes viennent travailler tous les jours dans la capitale, ce qui en fait encore le flux de déplacements quotidiens le plus important à l’échelle nationale (Statistics Mauritius 2022b : 15). L’incarnation de la modernité de ce quartier est cependant mise à mal par des problèmes récurrents d’inondations et de circulation, et c’est davantage la zone nouvellement aménagée du Waterfront qui semble constituer la vitrine de Port Louis.

33Le nouveau paradigme économique mauricien s’incarne également dans la « cybercité » d’Ébène. Projet public débuté en 2001, bénéficiant du soutien financier du gouvernement indien (et probablement du modèle, à moindre échelle, des technopôles de Bengalore), ce pôle tertiaire est construit sur un terrain agricole de 64 hectares en bordure de l’autoroute, à l’est de la zone urbaine. Le gouvernement mauricien affirme ainsi son soutien aux nouvelles activités spécialisées dans les services financiers et les TIC en leur attribuant un territoire spécifique, et participe à la déconcentration du centre-ville de Port Louis. Chaque jour, environ 30 000 employés se rendent dans les bureaux d’Ébène, révélant de nombreux dysfonctionnements : des transports publics insuffisants, des embouteillages chroniques, des espaces de stationnement peu adaptés et une circulation piétonne peu aisée. La cybercité, pourtant à quelques minutes de Rose Hill et de Quatre Bornes, est déconnectée de la fabrique urbaine existante et dispose d’une faible accessibilité. Son rattachement à la nouvelle ligne de Metro Express début 2023 peut cependant favoriser son articulation à la région urbaine. Le Business Park d’Ébène apparaît ainsi comme une centralité tertiaire, exogène et pendulaire.

La conversion de terres agricoles en zones monofonctionnelles

  • 18 Réduit, à l’est de la conurbation et à proximité d’Ébène, en offre un autre exemple : il s’agit d’u (...)
  • 19 En 1965, 53 % de la superficie de l’île était dédiée à la culture de la canne, contre 38,6 % en 201 (...)

34L’exemple de la cybercité d’Ébène met en lumière un principe de polarisation courant à l’île Maurice : la constitution de zones spécialisées, encouragées par la planification publique sous le nom de « pôles de croissance », strategic growth clusters (MHL 2004)18. Ces zones, qui varient en fonction de l’acteur aménageur, de leur implantation et de leur fonction, procèdent néanmoins d’une logique commune : la valorisation du foncier dans un contexte de conversion des terres agricoles. Si les champs de canne à sucre restent un élément fort du paysage mauricien, leur superficie recule depuis le milieu des années 1980, avec une nette accélération depuis les années 200019.

35Les grands groupes historiques qui poursuivent l’activité liée à la canne (Terra, Omnicane, Alteo et Medine) sont également de grands propriétaires fonciers : les modifications de la législation sur la conversion des terres agricoles leur permettent ainsi de développer des activités immobilières, résidentielles surtout, mais aussi commerciales. Le premier type de projet immobilier privé est celui des IRS ou Integrated Resort Scheme, et ses déclinaisons (PDS ou Property Development Scheme, RES ou Real Estate Scheme), permettant l’accès à la propriété à des non-citoyens. Le cadre juridique des IRS, mis en place par le gouvernement en 2002, vise à attirer les investisseurs étrangers qui, à travers l’achat d’un bien immobilier relevant du cadre IRS, peuvent obtenir un permis de résidence. Cette initiative a entraîné l’émergence de programmes résidentiels haut de gamme à l’accès contrôlé. Les deux premiers IRS, déployés sur environ 200 hectares avec villas et golf, ont été développés par l’acteur économique majeur et groupe sucrier dominant de chaque région : Medine pour Tamarina (à l’ouest) et CIEL/Alteo pour Anahita (à l’est). Au cours des vingt dernières années, le statut IRS/PDS s’est étoffé et le nombre de projets relevant de ce cadre juridique s’est multiplié.

36Ces programmes résidentiels peuvent être pensés en articulation avec des centres commerciaux, autre manifestation de la stratégie des zones spécialisées. La National Development Strategy notait en 2004 une évolution des pratiques commerciales, les grandes surfaces en bordure de ville prenant le pas sur les petits commerces et marchés urbains (MHL 2004 : 50). Les supermarchés se sont généralisés depuis, rivalisant effectivement avec les commerces traditionnels. Si la fonction commerciale peut être un critère de centralité urbaine (que ce soit une rue commerçante, comme à Triolet, ou un marché, comme à Vacoas), la présence d’une grande surface en périphérie engendre une nouvelle centralité fonctionnelle en concurrence. Il existe aussi une autre catégorie de grandes surfaces, qui se distinguent par leur taille, leur implantation dans des zones agricoles à l’écart des villes principales et leurs « compétences élargies » (Jauze 2012 : 14) : fonctions commerciales, de loisirs et de services. Les malls de Bagatelle (inauguré en 2011), La Croisette Grand Baie (2012) ou Tribeca (2022) sont par exemple des lieux de sortie populaires qui attirent des personnes de toute l’île.

  • 20 L’Economic Development Board, agence gouvernementale placée sous l’égide du ministère des Financ (...)

37Enfin, les projets de smart cities, lancés par le gouvernement en 2015, peuvent être analysés comme une version poussée de ces initiatives. Une smart city doit tendre, selon le Smart City Scheme (EDBM 2015), à l’aménagement d’un quartier multifonctionnel reposant sur l’usage des nouvelles technologies. Parmi les 15 projets approuvés en 202320, six sont situés à proximité de l’axe d’urbanisation national et seuls deux sont portés par l’acteur public (Côte d’Or et Jin Fei). La dimension immobilière reste au cœur de la stratégie des smart cities, même si certains projets se différencient par une sectorisation affirmée (l’éducation pour Uniciti, la créativité pour Beau Plan). L’objectif pour le gouvernement mauricien est de dynamiser des espaces peu intégrés et d’encourager les investissements ; pour les promoteurs, anciens groupes sucriers majoritairement, il s’agit de transformer des terres peu productives en lieux attractifs. Ces derniers mènent des opérations d’aménagement et déclinent leurs projets immobiliers en IRS, zones commerciales ou smart cities comme les volets d’une même politique de valorisation foncière.

Vers une fragmentation du territoire mauricien ?

38L’émergence de polarités successives, complémentaires et parfois concurrentielles, permet de penser en contrepoint les espaces interstitiels et ceux qui sont à l’écart de ces logiques de polarisation économique. Les transformations des territoires agricoles, commerciaux et urbains questionnent les modèles d’urbanisation à l’œuvre à Maurice : de nouvelles logiques et références se superposent à des permanences historiques et produisent une organisation spatiale singulière.

L’accentuation d’une logique de dispersion et de fermeture

39Malgré leur diversité, les projets de zones privatisées incarnent une manière de « faire la ville » qui induit un étalement urbain sur les terres agricoles, une internationalisation des capitaux et du public auquel s’adressent ces offres, une part accrue d’aménageurs privés et une logique de fermeture physique ou symbolique de l’espace. Cette logique, qui concerne également les centres commerciaux ou les zones de bureaux et hôtelières, est particulièrement prégnante dans le tissu résidentiel. Les programmes résidentiels relevant du cadre de l’IRS, ainsi que ceux qui sont destinés aux expatriés ou aux populations locales à fort pouvoir d’achat, forment des enclaves fermées situées à l’extérieur ou en bordure des espaces urbanisés afin de garantir sécurité et tranquillité aux résidents. Ils partagent ainsi certaines caractéristiques des gated communities : désir de sécurité et d’entre-soi, accès contrôlé et espace public privatisé (Blakely, Snyder 1997).

40La constitution d’enclaves dispersées, disjointes, n’est pas nouvelle. Le territoire sucrier peut être lu comme une juxtaposition de cellules (centre de production, lieu d’habitation des travailleurs et terres cultivées) dont les noyaux sont les usines. Par ailleurs, les enclaves résidentielles reprennent la logique monofonctionnelle des « morcellements » (terme désignant à la fois la division en lots et le lotissement produit), dynamique d’urbanisation souvent périurbaine, dominante à Maurice depuis les années 1970. Si ces lotissements peuvent présenter un cahier des charges architectural, ils restent ouverts et plus hétérogènes socialement que les programmes IRS.

  • 21 Le rapport du Kolektif Rivier Nwar, L’envers du décor à Rivière Noire (Salle-Essoo 2019), dresse pa (...)

41L’urbanisme d’enclave, s’il isole les populations à fort pouvoir d’achat, révèle également en contrepoint des lieux d’exclusion subie. Plusieurs types d’habitats témoignent de conditions de vie dégradées21 : squats, logements informels qui se sédentarisent, mais aussi cités, quartiers ou programmes de logements sociaux souvent à la marge, éloignés des réseaux de transport. L’organisation spatiale de Bambous illustre cette ségrégation spatiale. L’urbanisation s’y est faite à partir de la route Royale, qui concentre les commerces, les bâtiments administratifs et, au second plan, les quartiers résidentiels. Les logements sociaux fournis par la NHDC (National Housing Development Company), dont l’État est le principal actionnaire, se trouvent excentrés par rapport à cet axe, sur les pentes de la montagne Saint Pierre ou dans le lotissement de La Valette, à plusieurs kilomètres de la rue principale, au bout d’une rue en impasse sans arrêt de bus.

42Cette logique d’enclave a pour conséquence un paysage qui se morcelle, rythmé notamment par les murs extérieurs, éléments récurrents du paysage mauricien. La question des interfaces avec le tissu urbain ou agricole existant devient ainsi un enjeu majeur de l’aménagement du territoire.

Les centralités diffuses, villes secondaires et villages

43Les centres urbains en milieu rural apparaissent comme une échelle privilégiée pour appréhender ces interfaces. La distinction entre urbain (municipalités) et rural (villages) utilisée par les pouvoirs publics semble peu opérante pour décrire la trame urbaine mauricienne mais également le territoire extérieur à la conurbation. La « région rurale périphérique », telle que la qualifie D. Lefèvre (1987b), est formée de territoires hétérogènes en mutation, encore marqués par l’agriculture (cannes à sucre et maraîchage), mais dont la qualification de ruraux et de périphériques peut désormais être discutée.

  • 22 À l’exception de Mahébourg, qui présente une densité supérieure ou égale à celles des municipalités (...)
  • 23 En 1983, les cinq municipalités concentraient une part supérieure de la population totale (51,4 % c (...)

44Les centres urbains, parfois anciens, qui structurent cette région varient en matière de population et d’équipements, présentant des caractéristiques de villes secondaires ou gros villages pour les plus grands et de villages pour les autres. Ils possèdent néanmoins quelques points communs morphologiques : l’organisation autour d’une rue principale commerçante, l’importance des édifices religieux comme centralités symboliques, l’interpénétration des activités agricoles, la faible densité22 et l’autoconstruction. La dernière version non validée de la NDS intègre ainsi les termes de rural towns et de rural centers, qui semblent davantage appropriés à ces espaces urbains secondaires qui ne sont ni périurbains, ni vraiment ruraux, et qui ont connu les plus grandes transformations au cours des dernières décennies : industrialisation, croissance urbaine23, nouvelles formes commerciales… Ces lieux de mutation et de potentialités sociales, architecturales et économiques ont leur géographie propre et semblent ainsi relever davantage de la « ville diffuse » (Secchi 2002) que de l’urbanisation périurbaine ou périphérique des centres urbains nationaux.

Espaces protégés, espaces marginalisés

  • 24 Incluant les zones protégées terrestres, marines et forestières, qu’elles soient publiques ou privé (...)

45L’île Maurice possède des espaces volontairement préservés des activités économiques et de l’urbanisation, puisqu’environ 20 % de sa superficie totale fait l’objet d’une protection24. La plus vaste zone naturelle protégée est le Parc National des Gorges de la Rivière Noire, lieu de conservation de la faune et de la flore ouvert aux promeneurs. La montagne du Morne, classée Paysage culturel au Patrimoine mondial par l’UNESCO, est une centralité symbolique et touristique liée à l’histoire de l’esclavage mais reste un lieu préservé. C’est le cas également de Grand Bassin, lieu sacré hindou qui voit converger chaque année près de 500 000 fidèles lors du pèlerinage de Maha Shivaratree au mois de février.

46Enfin, plusieurs territoires apparaissent comme marginalisés. Parmi les friches urbaines ou les chantiers en pause figure la smart city de Jin Fei, projet sino-mauricien à Baie du Tombeau. Lancé en 2009 à Riche-Terre, sur une superficie de 211 hectares juste au nord de Port Louis, il associe dans un montage complexe le gouvernement mauricien à la province chinoise du Shanxi afin de créer une zone destinée aux investisseurs chinois. Plus de 10 ans après, à l’exception d’un grand bâtiment de réception, la zone n’est toujours pas construite et apparaît comme un espace délaissé.

47Les espaces entre les polarités sont donc fortement hétérogènes et ne créent pas nécessairement des fractures ou des discontinuités territoriales.

Conclusion

48Aborder la question des centralités et des périphéries à l’île Maurice oblige à penser les dynamiques de polarisation sur le temps long et à réinterroger les notions d’urbain et de rural. La primauté héritée de Port Louis et du corridor urbain central reste prégnante, renforcée par le tracé du Metro Express et l’implantation de nouvelles zones tertiaires périurbaines vers l’est de l’axe urbain existant. Le territoire de l’île Maurice s’est structuré historiquement par le port et le centre géographique (villes des Plaines Wilhems) ; il se modifie néanmoins à partir de dynamiques de polarisation qui affectent le reste de l’île. Plusieurs strates apparaissent ainsi, convoquant des modèles d’urbanisation divergents et des usages différenciés : les villes diffuses, maillage urbain non planifié en milieu agricole ; les centralités périphériques, souvent monofonctionnelles et concurrentielles ; et les smart cities, centralités récentes qui se superposent au paysage agricole existant selon les logiques de l’aménageur, et qui ont pour l’instant l’appellation de villes sans en avoir les caractéristiques.

  • 25 L’« hyper-lieu » peut se caractériser comme un espace prototypique produit par la mondialisation, o (...)

49Si la polarisation à partir d’une cellule monofonctionnelle s’inscrit dans une continuité historique à l’île Maurice, les projets récents qui témoignent d’une logique d’enclave génèrent des contestations de la société civile. Certaines « aires de centralité » développées par des acteurs privés, associant programmes résidentiels, commerces et écoles, sont critiquées en raison de leur manque d’adaptation au contexte mauricien, de leurs conséquences écologiques ou de leur caractère excluant. D’autres projets peuvent être perçus en revanche comme ceux de territoires où se déploient des formes de sociabilités inédites, ce qui explique l’adhésion plus forte aux centres commerciaux. Ces lieux de loisirs et de rencontre peuvent renvoyer, non par leur échelle mais par leurs caractéristiques, au concept d’« hyper-lieu » développé par M. Lussault 25.

50Pour la majorité de ces nouveaux pôles enclavés, créés sur les terres agricoles ou littorales, l’interface avec l’existant reste un défi d’aménagement. Cet urbanisme au fil des projets, pourtant soutenu par les acteurs publics, ne va pas dans le sens de la recommandation de la NDS selon laquelle l’aménagement territorial doit privilégier la concentration à la dispersion afin de réduire les impacts écologiques sur les zones rurales et littorales (MHL 2004 : 32). L’articulation entre les espaces est également un enjeu à l’échelle urbaine, où de nouvelles formes et dispositifs se superposent aux centralités plus anciennes. Les centres de commandement politiques, religieux (temples, mosquées, églises), commerciaux (anciennes échoppes, rues commerçantes, marchés et nouveaux centres commerciaux en entrée de ville) ou encore fonctionnels (gares routières) cohabitent dans un contexte de croissance physique urbaine. Ces processus de diffraction n’empêchent pas la subsistance de ségrégations sociales et communautaires (Bosquet-Ballah 2013) et posent la question du devenir du territoire mauricien, entre mise en réseau et fragmentation.

Haut de page

Bibliographie

Allen R. B. (1999), Slaves, Freedmen, and Indentured Laborers in Colonial Mauritius, Cambridge, Cambridge University Press.

Bernardie-Tahir N. (2005), « Des “bouts du monde” à quelques heures : l’illusion de l’isolement dans les petites îles touristiques », Annales de Géographie, 644, p. 362-382, <https://doi.org/10.3406/geo.2005.21252>.

Blakely E. J., Snyder M. G. (1997), Fortress America: Gated Communities in the United States, Washington D.C., Brookings Institution Press.

Bosquet-Ballah Y. (2013), « Pratiques ségrégatives dans la structuration de l’espace mauricien », Cahiers internationaux de sociolinguistique, 3, 1, p. 13-39, <https://doi.org/10.3917/cisl.1301.0013>.

Boudet C., Peghini J. (2008), « Les enjeux politiques de la mémoire du passé colonial à l’île Maurice », Transcontinentales, 6, p. 13-36, <https://doi.org/10.4000/transcontinentales.397>.

Buzenot L. (2007), « Zone franche industrielle d’exportation et système urbain à Maurice », Mappemonde, 88, 4, <https://mappemonde-archive.mgm.fr/num16/articles/art07403.html>.

Chilin J. (2013), Les communautés mauriciennes face à l’indépendance (1960-1968), in Goerg O., Martineau J.-L., Nativel D. (dir.), Les indépendances en Afrique : L’événement et ses mémoires, 1957/1960-2010, Rennes, Presses universitaires de Rennes, p. 207-229, <https://doi.org/10.4000/books.pur.112268>.

Claveyrolas M. (2017), Quand l’hindouisme est créole. Plantation et indianité à l’île Maurice, Paris, Éditions de l’EHESS.

Economic Development Board Mauritius (EDBM) (2015), Smart City Scheme : Guidelines, Economic Development Board (Smart City Scheme), regulations 2015, regulation 24 (amendé en 2021), <https://edbmauritius.org/wp-content/uploads/2023/08/Smart-City-Guidelines.pdf>.

Government of Mauritius (2011), Local Government Act, acte n° 36, proclamation n° 23, décembre, <https://la.govmu.org/downloads/Local%20Govt%20Act%202011.pdf>.

Grégoire E., Lemoine G. (2011), Une île ouverte sur le monde, in Grégoire E., Hookoomsing V. Y., Lemoine G. (dir.), Maurice : de l’île sucrière à l’île des savoirs, Maurice, Le Printemps, p. 27-72.

Grégoire E., Hookoomsing V. Y., Lemoine G. (dir.) (2011), Maurice : de l’île sucrière à l’île des savoirs, Maurice, Le Printemps.

Jauze J.-M. (2001), « Port Louis de l’île Maurice : un port, une capitale », Mappemonde, 62, 2, p. 38-41, <https://doi.org/10.3406/mappe.2001.1656>.

Jauze J.-M. (dir.) (2008), L’île Maurice face à ses nouveaux défis, Paris, L’Harmattan.

Jauze J.-M. (2010), « Grand Baie (île Maurice) : côté jardin, côté cour », Cybergeo, 490, <https://doi.org/10.4000/cybergeo.22957>.

Jauze J.-M. (2012), « Maurice, petit pays, grandes ambitions », Cybergeo, 628, <https://doi.org/10.4000/cybergeo.25660>.

Lamy-Giner M.-A. (2008), Port-Louis, pôle portuaire émergent, in Jauze J.-M. (dir.), L’île Maurice face à ses nouveaux défis, Paris, L’Harmattan, p. 217-229.

Lamy-Giner M.-A. (2023), « L’accessibilité dans les petits espaces insulaires du Sud-Ouest de l’océan Indien », Mappemonde, 136, <https://doi.org/10.4000/mappemonde.9108>.

L’Estrac (de) J.-C. (2020), Terres, possession et dépossession, Maurice, Le Printemps.

Le Chartier S., Charlot A. (2011), From Slave Camp to Cité: La Mivoie, in Truth and Justice Commission (TJC), volume 3 : Contemporary History, Culture and Society, Maurice, Truth and Justice Commission, p. 67-200.

Lefèvre D. (1987a), « La Réunion. Espaces et développement », Bulletin de l’Association de géographes français, 64, 5, p. 355-376, <https://doi.org/10.3406/bagf.1987.1404>.

Lefèvre D. (1987b), « L’organisation de l’espace mauricien », Annales de Géographie, 533, p. 52-77, <https://doi.org/10.3406/geo.1987.20584>.

Lussault M. (2017), Hyper-lieux. Les nouvelles géographies de la mondialisation, Paris, Seuil.

Magnan A. (2007), « Tourisme et réserves d’espaces pour les pratiques locales sur les littoraux de l’île Maurice », Les Cahiers d’Outre-Mer, 240, p. 341-372, <https://doi.org/10.4000/com.2528>.

Mauritius Port Authority (MPA) (2020), Port Trade Statistics, calendar year 2020, <http://www.mauport.com/sites/default/files/public/port_trade_statistics_cy2020.pdf>.

Ministère de l’environnement, Beach Authority, <www.beachauthority.mu>, consulté en avril 2023.

Ministry of Housing and Lands (MHL) (2004), National Development Strategy, vol. 1 & 2, Maurice, Government of Mauritius.

Salle-Essoo (de) M. (2019), L’envers du décor à Rivière Noire. Logement social, Rapport pour le Kolektif Rivier Nwar, <https://www.ohchr.org/sites/default/files/Documents/Issues/Housing/SubmissionsCFIhousingdiscrimin/DAL_Annexe1.pdf>.

Secchi B. (2002), « L’émergence de la ville diffuse », Diagonal, 156, p. 10-12.

Statistics Mauritius (2011), 2011 Housing and Population Census, volume VI, Port Louis, Ministry of Finance, Economic Planning and Development, <https://statsmauritius.govmu.org/Documents/Census_and_Surveys/HPC/2011/HPC_TR_Vol6_Geo_Migration_Yr11.pdf>.

Statistics Mauritius (2020), International Travel and Tourism: year 2020, n° 1567, Port Louis, Ministry of Finance, Economic Planning and Development, <https://statsmauritius.govmu.org/Documents/Statistics/ESI/2021/EI1567/Tourism_Yr20.pdf>.

Statistics Mauritius (2022a), Digest of Environment Statistics 2021, Port Louis, Ministry of Finance, Economic Planning and Development, <https://statsmauritius.govmu.org/Documents/Statistics/ESI/2022/EI1667/Env_Stats_Yr21_%20280722.pdf>.

Statistics Mauritius (2022b), 2022 Population Census—Main results, n° 1687, Port Louis, Ministry of Finance, Economic Planning and Development, <https://statsmauritius.govmu.org/Documents/Statistics/ESI/2022/EI1687/2022%20Population%20Census_Main%20Results_18112022.pdf>.

Statistics Mauritius (2022c), Agricultural and Fish production: year 2021, Port Louis, Ministry of Finance, Economic Planning and Development, <https://publicnotice.govmu.org/publicnotice/?p=8904>.

Statistics Mauritius (2023a), International Travel and Tourism: year 2022, n° 1702, Port Louis, Ministry of Finance, Economic Planning and Development, <https://statsmauritius.govmu.org/Documents/Statistics/ESI/2023/EI1702/Tourism_Yr22_280223.pdf>.

Statistics Mauritius (2023b), Digest of National Accounts: year 2022, Port Louis, Ministry of Finance, Economic Planning and Development, <https://statsmauritius.govmu.org/Pages/Statistics/By_Subject/National_Accounts/SB_National_Accounts.aspx>.

Truth and Justice Commission (TJC) (2011a), Land Reform, Legal and Administrative aspects, volume 2, Maurice, Truth and Justice Commission.

Truth and Justice Commission (TJC) (2011b), Contemporary History, Culture and Society, volume 3, Maurice, Truth and Justice Commission.

Haut de page

Notes

1 L’archipel mauricien compte plusieurs îles (l’île principale, Rodrigues, Agalega et Saint Brandon), ce qui lui confère une Zone Economique Exclusive de 2,3 millions de km2 (Statistics Mauritius 2022a). Seule l’île principale, qui concentre 96,4 % de la population totale (Statistics Mauritius 2022b), sera étudiée dans cette contribution.

2 Le document de planification publique de référence est la National Development Strategy (NDS) de 2004, qui définit les orientations d’aménagement à horizon 2020. Elle renseigne sur les choix effectués dans un contexte de croissance démographique et de recul de l’activité sucrière. Une consultation portant sur une nouvelle version a été lancée en 2021, mais le nouveau texte n’a pas encore été adopté ; la validité du document de 2004 a par conséquent été étendue jusqu’à la fin de l’année 2023.

3 Plusieurs enseignements de la maquette pédagogique de l’ENSA Nantes [Mauritius] engagent une pensée documentée et critique sur les dynamiques d’urbanisation à l’île Maurice. Les travaux menés dans ce cadre avec les membres de l’équipe enseignante et les étudiant·e·s ont été déterminants pour nourrir les réflexions de l’autrice.

4 Le développement de la canne à sucre, introduite sur l’île par les Hollandais en 1639, connaît un essor progressif ; sous la colonisation française d’abord (1721-1810), durant laquelle les planteurs et propriétaires fonciers formant l’oligarchie mauricienne mettent en esclavage des populations d’Afrique et de Madagascar pour travailler dans les plantations ; au xixe siècle ensuite, lorsque les Britanniques étendent massivement sa culture en ayant recours à l’« engagisme » (1835-1907), un « système de salariat contraint, en vertu duquel une main-d’œuvre bon marché a été importée de l’Inde sous contrat » (Boudet, Peghini 2008 : 1).

5 Les arrivées annuelles augmentent depuis les années 1970 et franchissent le seuil du million en 2004. En 2019, 1,3 million de touristes se rendent à Maurice. Le nombre d’arrivées en 2022 s’élève à 997 290, ce qui indique une reprise de l’activité touristique sans toutefois retrouver un niveau antérieur à la pandémie de Covid-19 (Statistics Mauritius 2023a : 1).

6 Le critère administratif est utilisé par les autorités mauriciennes pour distinguer les espaces ruraux (Village Council Area [VCA]) des espaces urbains (Municipality Council Area [MCA]). Sont considérés comme urbains les habitants des MCA (Government of Mauritius : 2011) : Port Louis, Beau Bassin-Rose Hill, Quatre Bornes, Vacoas-Phoenix et Curepipe, qui comptent plus de 50 000 habitants. Tous les autres espaces urbanisés, quelles que soient leur densité, leur population ou leur taille, sont considérés comme des villages et leur population, comme rurale.

7 La nouvelle extension de 3,4 kilomètres vers l’est de Rose Hill jusqu’à Réduit (opérationnelle depuis janvier 2023) puis jusqu’à Côte d’Or ne permet de nuancer ce constat qu’en partie. Un prolongement des lignes vers la côte est, vers le sud (depuis Curepipe), vers le nord (à partir de Port Louis) ou vers la côte ouest apparaîtrait comme un véritable désenclavement du territoire.

8 L’histoire de la société de plantation et de sa main-d’œuvre a été documentée, par exemple par R. Allen (1999) et M. Claveyrolas (2017). Les travaux de la Truth and Justice Commission restent une source primordiale sur le sujet. Établie par le président Sir Anerood Jugnauth et active de 2009 à 2011, cette commission scientifique indépendante a eu pour mission de documenter l’esclavage, l’engagisme et les conditions de vie dans les plantations.

9 Parmi ces dispositifs figurent le Petit Morcellement (1840-1850), le Grand Morcellement (1880-1890) et plus récemment le Voluntary Retirement Scheme s’adressant aux retraités d’un groupe sucrier. Sur la question foncière et l’inégal accès à la terre, voir les travaux de la Truth and Justice Commission (2011a-b) et J.-C. de L’Estrac (2020). Comme le souligne l’auteur dans son épilogue, « la privation d’accès à la propriété et la disparité dans la distribution des terres subies par certaines communautés » sont le socle des inégalités sociales à Maurice.

10 Afin de favoriser son intégration diplomatique et commerciale, l’État mauricien adhère à différentes entités internationales et régionales : Commonwealth, Organisation Mondiale du Commerce, Francophonie, Southern Africa Development Community, Commission de l’Océan Indien, Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), Indian Ocean Rim Association, etc. (Grégoire, Lemoine 2011 : 27-70).

11 Le développement du tourisme s’inscrit historiquement dans une stratégie d’acteurs locaux : la compagnie nationale Air Mauritius est créée en 1967 et le secteur privé mauricien investit dans les infrastructures hôtelières. Les premiers hôtels balnéaires ouvrent sous l’impulsion de groupes sucriers locaux. La contribution du secteur touristique dans le produit national brut est importante : 6,2 % si l’on se limite aux entreprises du secteur de l’hôtellerie et de la restauration (Statistics Mauritius 2023b), davantage en considérant les activités liées au tourisme et les emplois indirects.

12 Dans une île relativement dense, moderne et intégrée à la mondialisation comme peut l’être Maurice, cela se traduit par des formules all-inclusive : « on essaie d’entretenir ou de raviver l’illusion de l’isolement insulaire dans des coquilles plus petites, dans lesquelles l’espace touristique pourrait redevenir un “espace poétique”, ou du moins un espace rêvé correspondant aux représentations imaginaires des touristes » (Bernardie-Tahir 2005 : 379).

13 En plus des hôtels, l’offre inclut les « campements », maisons individuelles louées dans des résidences de vacances pour touristes ou vacanciers locaux. Si ce type d’hébergement se trouve majoritairement sur les mêmes portions du littoral, l’effet d’enclave produit est moins fort car les locataires sont amenés à sortir davantage.

14 L’auteur montre que les esclaves affranchis et les commerçants, relativement peu nombreux, se sont installés sur les littoraux pour des activités de pêche et de négoce. Pour autant, les littoraux, en dehors de la capitale portuaire, souffrent d’une mauvaise image en raison du climat, du paludisme et de la charge symbolique de la mer, rappelant l’exil (Magnan 2007 : 347).

15 J.-M. Jauze a analysé celle de Grand Baie, de village de pêcheurs à station balnéaire prisée des touristes et des locaux (Jauze 2010).

16 Sont classées publiques par la Beach Authority 134 plages, soit 48 km sur les 332 km du littoral (Ministère de l’Environnement). Le droit mauricien accorde un droit de passage public sur tout le littoral. Les particuliers ou sociétés qui louent les terrains en bord de mer possèdent un droit exclusif d’occupation et restreignent parfois l’accès à la plage, de manière explicite (panneaux, personnel de sécurité, barrières) ou implicite (mobilier de plage limitant la place disponible).

17 À Centre de Flacq, en 2006, près de 70 % de la population villageoise travaille dans les entreprises textile-habillement ; la présence des usines stimule l’économie locale et le petit commerce. L’industrialisation rurale confère de nouvelles fonctions au village qui devient le centre urbain principal du district (Buzenot 2007).

18 Réduit, à l’est de la conurbation et à proximité d’Ébène, en offre un autre exemple : il s’agit d’un pôle éducatif qui regroupe neuf établissements universitaires publics dont l’University of Mauritius. Son implantation répond d’abord à une vocation ancienne, puisque Réduit a été le lieu du premier établissement d’enseignement supérieur à Maurice (le Collège d’agriculture y a été inauguré en 1925), mais aussi à une planification récente, appuyée par la création d’une station de Metro Express.

19 En 1965, 53 % de la superficie de l’île était dédiée à la culture de la canne, contre 38,6 % en 2010 (Statistics Mauritius 2011). Les grands planteurs se tournent vers d’autres usages de la canne : énergies produites à partir de la bagasse et de la mélasse par exemple ; tandis que les plus petits acteurs peinent davantage à faire face à ces mutations agricoles rapides.

20 L’Economic Development Board, agence gouvernementale placée sous l’égide du ministère des Finances, a approuvé les projets suivants : Uniciti (Medine), Beau Plan (Terra), Mon Trésor (MIC), Moka (ENL), Saint Félix (groupe du même nom), Cap Tamarin (Trimetys), Mon Choisy (Mon Choisy Ltd), Trianon (Hermès Properties), Jin Fei, Côte d’or (Landscope Mauritius), New Montbello (Max City et HV Group), Yihai, Royal Saint Louis, Ferney Development (CIEL), Azuri Smart City (CIEL/Alteo).

21 Le rapport du Kolektif Rivier Nwar, L’envers du décor à Rivière Noire (Salle-Essoo 2019), dresse par exemple un état des lieux des conditions d’habitat des populations les plus pauvres dans le district du même nom.

22 À l’exception de Mahébourg, qui présente une densité supérieure ou égale à celles des municipalités (Statistics Maurtius 2011 : 4).

23 En 1983, les cinq municipalités concentraient une part supérieure de la population totale (51,4 % contre 39 % en 2021). L’urbanisation se fait donc en dehors des limites urbaines, soit dans les villages, soit en périphérie des villes. Le recensement de 2011 montre une baisse de la population dans certains quartiers des municipalités, tandis que les petites villes de l’Ouest, notamment Albion, Bambous ou Tamarin, connaissaient une croissance démographique de l’ordre de 30 % (Statistics Mauritius 2011 : 5).

24 Incluant les zones protégées terrestres, marines et forestières, qu’elles soient publiques ou privées (Statistics Mauritius 2022a).

25 L’« hyper-lieu » peut se caractériser comme un espace prototypique produit par la mondialisation, où s’articulent les échelles globale et locale et où les expériences sociales sont intenses et diverses (Lussault 2017).

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1 : Carte administrative de l’île Maurice.
Crédits © E.-X. Lainé.
URL http://journals.openedition.org/revss/docannexe/image/11034/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 541k
Titre Fig. 2 : Principes d’organisation du territoire et logiques de polarisation à l’île Maurice.
Crédits © E.-X. Lainé.
URL http://journals.openedition.org/revss/docannexe/image/11034/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 438k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Elsa-Xuân Lainé, « Logiques de polarisation à l’île Maurice »Revue des sciences sociales, 71 | -0001, 96-105.

Référence électronique

Elsa-Xuân Lainé, « Logiques de polarisation à l’île Maurice »Revue des sciences sociales [En ligne], 71 | 2024, mis en ligne le 15 juin 2024, consulté le 09 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/revss/11034 ; DOI : https://doi.org/10.4000/11uxs

Haut de page

Auteur

Elsa-Xuân Lainé

École nationale supérieure d’architecture Nantes–Mauritius
laine.elsaxuan[at]gmail.com

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search