- 1 Voir par exemple Coffee et al. 2012a ; Barzilay et McKeown 2001 ; Ganascia, Glaudes et Del Lungo 20 (...)
1Disposer de corpus numériques de textes littéraires accélère le repérage de réemplois d’extraits, de tournures, de références, etc. et en améliore l’exhaustivité1. Notre corpus, hétérogène et intermédial, est constitué de réécritures du mythe d’Orphée et Eurydice. Afin d’en faire une édition numérique comparative enrichie d’un réseau des correspondances détectées entre les œuvres, nous usons de méthodes et d’outils littéraires, informatiques et linguistiques.
2Les logiciels de détection de réemplois textuels, comme TextPAIR2 et Tracer3, exploitent des techniques d’analyse de séquences qui ont divers usages, du séquençage du génome à la détection du plagiat4. Basés sur des techniques de l’intelligence artificielle, comme la vectorisation, ils repèrent bien mieux les correspondances proches que les réutilisations et évocations complexes.
- 5 Les textes libres de droits de notre corpus sont disponibles au format XML-TEI sur https://github.c (...)
3Or, notre corpus regroupe plus de 70 réécritures françaises5 de genres et d’époques différents (en ancien français et en français moderne), dont la proximité au mythe est très variable. Nous les traitons avec les deux logiciels déjà évoqués, afin d’exploiter au mieux les possibilités de chacun, mais cela pose quelques difficultés. Nous les pallions au moyen de post-traitements appuyés sur des enrichissements. Enfin, nous exploitons les résultats obtenus pour explorer les réseaux des correspondances établies.
4Parmi une trentaine de mentions du mythe recensées dans les littératures grecque et romaine antiques (Béague et al. 2019), Les Géorgiques de Virgile (37-30 av. J.-C.) et Les Métamorphoses d’Ovide (ier s. apr. J.-C.), dont la trame du mythe est commune, sont repris le plus fréquemment dans les réécritures. Orphée y est présenté principalement comme l’idéal de la fidélité conjugale et un chantre-magicien, alors que d’autres sources valorisent sa fonction de législateur et de fondateur des cultes.
5Notre corpus inclut des traductions françaises des livres X et XI des Métamorphoses et du livre IV des Géorgiques (mais pas d’autres sources anciennes, souvent très fragmentaires) et des réécritures d’inspirations très diverses (non limitées aux textes antiques), qui, par leur hétérogénéité, offrent des défis pour la détection de leurs correspondances.
6Tout d’abord, plusieurs « chaînes de réécriture » peuvent être observées, comme pour l’opéra Orphée et Eurydice (Gluck, Calzabigi et Moline 1774), qui s’inspire des sources anciennes et, sans doute et entre autres, d’Orfeo (Monteverdi et Striggio 1609), et qui a été à son tour parodié dans l’opéra-comique Le Petit Orphée (Deshayes et Rouhier-Deschamps 1792).
- 6 Brunel étudie la présence d’Orphée principalement dans les œuvres poétiques et dramatiques du xxe s (...)
7Ensuite, le rapport au mythe dépend du type de réécriture : alors que les parodies ridiculisent la musique d’Orphée ou son amour pour Eurydice, les modernisations incluent des amalgames, des personnages additionnels ou des décors modernes qui réorientent l’interprétation du mythe (cf. notamment Brunel 19976).
8Enfin, chez certains auteurs, Orphée est une figure récurrente, le mythe se modulant et devenant une constante créatrice, parfois implicite, parfois centrale. Pierre-Simon Ballanche, notamment, se réfère au mythe orphique pour prôner la force civilisatrice de la musique (1801), pour déplorer l’espoir perdu de la fidélité conjugale (1809) et pour conter les exploits d’un Orphée Argonaute (1819). Enfin, ces motifs, réunis, étoffés et enrichis, illustrent la doctrine sociale palingénésique de l’auteur dans l’épopée Orphée (1827). Le chantre y est prophète de liberté et d’égalité, successeur de Prométhée et fondateur des cultes.
- 7 La présence du mythe chez Ballanche a été étudiée avec des méthodes empiriques traditionnelles (voi (...)
9Nous nous appuyons ici principalement sur un texte de cet auteur, Sixième Fragment (1809 [ballanche1809 dans le corpus]). Ce bref essai se réfère au mythe, sans le parodier ni le moderniser. Malgré des reformulations et une poétisation assez importantes, nous montrons que plusieurs relations sont détectables avec des traductions des deux sources, surtout celle de Virgile. Nous dégageons aussi que, 20 ans plus tard, Ballanche réécrit des extraits de cet essai dans sa longue épopée Orphée (1827-1829 [ballanche1829]), ce qui l’éloigne du texte de Virgile, et va jusqu’à modifier les emblèmes majeurs du mythe, comme la descente aux Enfers et la mort d’Eurydice7. Alors que, dans Sixième Fragment, Eurydice symbolise, comme dans le mythe, la douceur du mariage et l’inspiration poétique, dans Orphée, elle devient beaucoup plus active, initiatrice et elle-même créatrice. L’observation de la place de ballanche1829 au sein du réseau des correspondances détectées nous permet aussi d’isoler et de relier des œuvres qui s’inscrivent dans le même esprit, notamment en valorisant un Orphée fondateur des cultes.
10Avant de voir si ces relations complexes et les particularités de traitement du mythe peuvent être révélées par les logiciels de détection des réemplois textuels Tracer et TextPAIR, nous les présentons rapidement.
- 8 Ou séquences des mots : voir Jurafsky et Martin 2009 et, pour la détection d’intertextualité, Forst (...)
11TextPAIR détecte des correspondances selon des paramètres modulables (choix du nombre minimal des entités communes à détecter et de leur nature – mots pleins, lemmes ou stemmes (mots racinisés) –, liste des mots à ne pas prendre en compte…) et traite des fichiers XML, mais sans en exploiter le balisage. Dans un premier temps, l’outil génère des n-grammes8 qui se chevauchent pour chaque texte, les stocke et les indexe afin de les confronter à ceux des autres textes.
- 9 Ils sont conçus pour permettre de regrouper ceux du même texte : 0100001 pour le premier segment du (...)
12Tracer, lui, traite des textes en format TXT, prédécoupés en segments (des phrases pour notre corpus) dotés d’un identifiant unique9. Des paramétrages sont possibles (recherche sur les lemmes ou uniformisation des mots similaires…) et le poids de chaque correspondance est calculé.
- 10 Voir par exemple Allen et al. 2010 et Gladstone 2018 pour TextPAIR, Franzini 2016 et Kokkinakis et (...)
- 11 Voir par exemple Tesserae (Coffee et al. 2012b), Phœbus (Boukhaled, Sellami et Ganascia 2015) ou Od (...)
13TextPAIR et Tracer semblent être très différents, tout en proposant des paramétrages complémentaires. Comme nous tâchons de le démontrer dans la suite de notre article, leurs résultats peuvent être combinés utilement, grâce, notamment, aux différences du traitement des textes soumis. Pour les deux logiciels, la documentation est riche et détaillée, les développeurs actifs et à l’écoute des utilisateurs, et le code source librement disponible. Enfin, des recherches littéraires très diversifiées ont été menées avec les deux outils, sur des corpus de langues, d’époques et d’auteurs différents10. Tous ces facteurs nous amènent à focaliser notre recherche sur ces deux outils en particulier, sans que cela nous empêche d’apprécier les méthodes et techniques d’autres outils11 que nous n’exploitons pas directement, mais auxquels nous nous référons notamment en retravaillant les résultats initiaux de Tracer et TextPAIR.
14Quel que soit le choix des outils, la comparaison et la compilation des sorties des deux logiciels ne sont pas toujours aisées. C’est pour cela que nous adoptons d’abord des paramètres d’analyse proches : recherche par trigrammes, lemmatisation, aplatissement des accents, taille minimale des correspondances de 3 mots et ordre des mots non pris en compte. Après avoir pallié quelques problèmes liés à l’exploitation combinée des logiciels, nous différencions progressivement leurs paramétrages. Ci-après, nous nous concentrons sur trois difficultés relatives à la préparation du corpus, la pertinence des résultats et le format des sorties. Nous n’abordons pas les prétraitements (établissement des lexiques, séquençage des phrases, etc.), qui jouent cependant sur la quantité et la qualité des résultats.
15Notre corpus étant destiné à produire une édition numérique savante, enrichie des correspondances intertextuelles (repérées avec TextPAIR et Tracer), il est structuré en conformité avec le standard XML-TEI P5, qui permet un balisage adapté à chaque type d’œuvres : pièces de théâtre et livrets d’opéra, poésie et prose12.
- 13 Les améliorations possibles sont, par exemple, la reprise des éléments facilitant la localisation d (...)
- 14 Pour nos traitements avec TextPAIR, 3 mots maximum peuvent séparer une entité commune de l’autre. M (...)
16Comme nous l’avons vu ci-dessus, aucun des logiciels ne sait exploiter le balisage du corpus, alors que cela aurait amélioré les résultats13. En outre, la segmentation des textes en phrases limite la recherche des correspondances de Tracer, alors que TextPAIR est, a priori, capable de détecter des segments communs plus étendus et des reformulations incluses dans de longs fragments. C’est avéré pour des réemplois très proches, mais pour des correspondances plus subtiles, au contraire, TextPAIR trouve des extraits très courts, reliés par des syntagmes ou des constructions polylexicales proches. Tracer est ainsi, finalement, plus apte à détecter des reformulations fines au sein de phrases longues, que TextPAIR omet parce que les entités communes sont trop éloignées l’une de l’autre14. En contrepartie, Tracer détecte beaucoup de relations peu pertinentes entre des phrases courtes (« Orphée reste seul » et « Junon reste seule avec Jupiter »), que TextPAIR ne retient que si au moins une autre entité commune est trouvée dans le contexte proche.
17Le choix de faire coopérer deux logiciels indépendants nécessite un post-traitement afin que leurs sorties soient compilables et comparables. Pour ballanche1809, par exemple, TextPAIR repère 20 correspondances et Tracer en repère 40. Ils détectent la plupart du temps les mêmes couples, mais leurs présentations diffèrent : une liste de propriétés associées à une valeur pour TextPAIR (figure 1) et un fichier tabulé pour Tracer (tableau 1), formats mieux lisibles par une machine que par un humain.
Figure 1. Extrait d’une correspondance détectée par TextPAIR
Tableau 1. Extrait d’une correspondance détectée par Tracer
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Id A
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Id B
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Similarité
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Segment A
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Segment B
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Nombre
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%
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2600018
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3200216
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3
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60
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Un instant encore, et elles échappaient à la puissance du dieu des morts : elles touchaient au seuil du séjour des vivants.
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Ainsi donc il touchait au seuil qui sépare l’empire des morts du séjour des vivants, lorsqu’il s’arrêta involontairement pour jeter un regard d’amour sur l’épouse qui lui était rendue, hélas ! rendue et ravie à-la-fois.
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18Hormis ce qui sert à identifier chaque extrait, aucun détail n’est fourni sur les entités qui motivent la mise en correspondance. Pourtant, notamment afin de pouvoir écarter les correspondances fausses ou peu pertinentes, nous devons savoir ce qui est apparié, les motivations des liens (identité de mots, de lemmes ou de racines, ou synonymes communs), le nombre d’entités communes et la distance qui les sépare. Pour pallier ces manques, nous post-traitons chacune des sorties, ce qui nous permet de les compiler et d’enrichir les résultats, de filtrer les couples peu ou pas pertinents et de générer une interface d’exploration offrant une vue globale et claire des couples de correspondances détectées.
- 15 Dans cet article, notre objectif principal est de démontrer le lien entre le post-traitement propos (...)
19La chaîne de post-traitement, qui permet d’intégrer les résultats et les annotations enrichies à des fichiers XML dédiés, comporte trois étapes15 :
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Unification des formats des résultats (compilation et XMLisation)
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Analyse détaillée de chaque couple de correspondances afin de détecter les noyaux des syntagmes et les unités lexicales liés, leur nombre et leur degré de proximité, de calculer le score de ressemblance, puis d’écarter les couples trop faiblement liés
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Adjonction d’appariements plus fins, notamment entre diverses dénominations d’entités nommées (étape non exposée ci-après)
- 16 Nous verrons plus loin, sous « Traitement des extraits étendus (étape 2) », que le couple de corres (...)
20Nous retenons la segmentation du corpus en phrases associées à un identifiant unique, initialement réalisée pour Tracer. Quelques manipulations s’imposent pour découper ou réunir les segments détectés par TextPAIR selon le même principe. Ainsi, la correspondance potentielle présentée en figure 1 est révisée et étendue pour arriver au découpage du tableau 2 (où elle est en italique)16.
Tableau 2. Identification des phrases correspondantes de ballanche1809 et ballanche1829
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ballanche1809
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ballanche1829
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[18] Un instant encore, et elles échappaient à la puissance du dieu des morts : elles touchaient au seuil du séjour des vivants.
[19] Mais, ô faiblesse d’un cœur qui aime !
[20] Orphée s’arrête pour écouter le soupir qui errait sur les lèvres d’Eurydice, pour prêter l’oreille au léger frôlement de ses vêtements aériens.
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[216] Ainsi donc il touchait au seuil qui sépare l’empire des morts du séjour des vivants, lorsqu’il s’arrêta involontairement pour jeter un regard d’amour sur l’épouse qui lui était rendue, hélas ! rendue et ravie à-la-fois.
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- 17 « Vaincu par cette puissance contre laquelle l’homme lutte en vain, il se retourne ; et, oubliant s (...)
21Cependant, le traitement du texte seul, opéré par TextPAIR et Tracer, n’est pas toujours suffisant. Des indices précieux mais implicites dans les textes sont explicitement fournis par leur balisage en XML. Une annotation à plusieurs niveaux est ainsi associée à chaque phrase, syntagme et mot (figure 2, pour une partie de la phrase 21 de ballanche180917).
- 18 Il s’agit d’un syntagme prépositionnel introduit par « de », mais notre objectif étant de repérer d (...)
- 19 La valeur de l’attribut @id est constituée de l’identifiant de la phrase, de « _ » et des rangs des (...)
- 20 Ils sont 4, d’abord extraits d’un dictionnaire de synonymie cumulative de langue générale (Dictionn (...)
22L’élément <s> porte deux attributs : @id qui indique son identifiant et @corresp qui fournit ceux des phrases détectées comme correspondantes. Les syntagmes nominaux, verbaux et adjectivaux sont balisés comme <phr> avec un @select qui donne le lemme du noyau lexical. Le syntagme nominal « le visage de son épouse » en contient un autre, « son épouse »18, aussi annoté comme étant une désignation de l’entité nommée « Eurydice » à l’aide de son élément parent <persName>, qui donne l’identité du référent avec un @corresp et l’identifiant de la périphrase avec un @id19. Les éléments <w> portent les codes grammaticaux (@pos) et flexionnels (@msd), les lemmes (@lemma) et, pour les unités lexicales pleines, une sélection de synonymes (@sameAs)20.
Figure 2. Balisage d’un extrait de la phrase 21 de ballanche1809
23La recherche de relations lexicales au sein de chaque correspondance implique une comparaison qui exploite les valeurs des attributs en effectuant des appariements sur plusieurs niveaux.
24Les résultats de Tracer pour la phrase 21 de ballanche1809 montrent 12 couples impliquant 10 textes, dont 6 traductions de Virgile (4 en prose et 2 en vers) et 3 d’Ovide (en prose). Une partie de ces résultats se trouve sur la figure 3.
Figure 3. Trois phrases en correspondance avec la phrase 21 de Ballanche1809
- 21 Cette valeur dépend des paramètres utilisés pour le traitement. Pour un nombre minimal de mots comm (...)
25Tout d’abord, seuls les lemmes noyaux de syntagmes sont pris en compte. Pour que cette correspondance nucléaire soit considérée comme effective, une équivalence exacte ou au niveau des synonymes est exigée pour 30 % d’entre eux21.
- 22 Les sources antiques du mythe ne mentionnent pas les parents d’Eurydice, mais chez Ballanche, elle (...)
26La phrase 21 de ballanche1809 compte 20 syntagmes (parfois enchâssés), donc le seuil est de 6. Pour ballanche1829, nous trouvons 5 noyaux identiques et 1 équivalence synonymique. Les deux phrases étant de longueurs comparables, le ratio obtenu est minimal, ce qui attire l’attention sur la complexité de la reformulation entre les deux extraits. Par ailleurs, le noyau « épouse » est problématique : dans ballanche1809, il renvoie à Eurydice, alors que dans ballanche1829 la périphrase « l’épouse d’un Titan » désigne sa mère22.
27La phrase de cabaret-dupaty1897 (Virgile 1897 [trad. Cabaret-Dupaty]) compte 3 noyaux identiques, 1 équivalence synonymique et 2 radicaux correspondants, soit 6 syntagmes sur 11 appariés. Comme cette phrase est courte, le ratio atteint 55 % environ. Mais trois groupes importants de cabaret-dupaty1897 restent isolés :
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« il s’arrête », que nous retrouvons dans la phrase 20 de ballanche1809
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« l’amour », fortement métaphorisé par « cette puissance contre laquelle l’homme lutte en vain »
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et « sa chère Eurydice », périphrasé par « son épouse » et « cette touchante victime qu’il avait tant pleurée »
28Le seuil de 30 % de correspondances nucléaires est atteint pour ces deux couples de phrases dont le traitement se poursuit.
29Ce n’est pas le cas pour la correspondance avec charpentier1831 (Virgile 1831 [trad. Charpentier]) qui compte 1 locution adverbiale commune et 2 synonymes de verbes très polysémiques, soit 3 groupes appariés sur 11 (le ratio est de 27 %).
30Pour tous les couples ayant atteint le seuil de correspondances nucléaires minimal, nous procédons à une comparaison lexicale, en écartant les mots faibles et en calculant un score de proximité lexicale. Pour le moment, trois types de relations sont pris en compte :
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Mot à mot (forme~forme, lemme~lemme, radical~radical) : + 5 points
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Entre synonymes (synonyme~synonyme) : + 0,5 point
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Mixtes (mot~synonyme) : + 1,5 point
31Quand une correspondance de type 1 est trouvée, les unités lexicales du couple ne sont plus prises en compte, mais pour les relations plus faibles la recherche se poursuit afin de trouver le couple lexical obtenant le meilleur score, et les points se cumulent si plusieurs correspondances entre synonymes ou mixtes sont trouvées. Comme 4 synonymes maximum sont associés aux mots pleins, le score lexical maximal (hors relation de type 1) peut atteindre 3 points : 1 correspondance mixte et 3 correspondances entre synonymes. L’équivalence entre « regard » et « œil », par exemple, obtient 2 points : le lemme « regard » figure parmi les synonymes d’« œil » et le synonyme « prunelle » est commun aux deux mots.
32Les points de chaque couple lexical sont ensuite additionnés afin d’obtenir le score total des correspondances et de décider si le couple de phrases peut être retenu dans les résultats finaux.
33Pour les couples de la figure 3, le traitement lexical ne révèle pas d’autres appariements que ceux déjà détectés. Ainsi, la correspondance avec ballanche1829 obtient 27 points (6 relations forme~forme et 1 relation mixte) et celle avec cabaret-dupaty1897 obtient 20,5 points (1 forme~forme, 2 lemme~lemme, 2 radical~radical et 1 synonyme~synonyme).
34Nous calculons ensuite un ratio de ressemblance afin de pouvoir comparer des phrases de longueur et de complexité différentes. Le pourcentage du score obtenu est évalué par rapport au score maximal que le couple aurait si tous les mots forts de la phrase la plus courte entraient dans une relation mot à mot. Pour ballanche1829, ce score lexical s’élève à 115 points (soit un ratio de 23,47 %), alors que pour la phrase plus courte de cabaret-dupaty1897 il n’est que de 65 points (soit un ratio de 31,54 %).
35Pour les résultats de TextPAIR en chevauchement sur plusieurs phrases, les relations entre ce qui correspond à chaque phrase peuvent être plus faibles et sont souvent insuffisantes pour atteindre les seuils imposés, alors que le couple détecté est pertinent dans sa totalité. Nous différencions donc le post-traitement des résultats des deux logiciels en conservant les mêmes seuils, tant au niveau des syntagmes que des unités lexicales, mais en effectuant la comparaison sur la totalité de l’extrait détecté par TextPAIR et non sur les phrases qui le composent.
36TextPAIR a détecté une correspondance (déjà en partie présentée dans le tableau 2) qui regroupe 5 phrases de ballanche1809 (17-21) et 3 de ballanche1829 (215-217). Tracer n’a retenu que le couple des phrases 17 et 215. Or, la correspondance (figure 4) est valide pour la totalité de l’extrait : le ratio nucléaire s’élève à 42,6 % (23 sur 54) et le ratio lexical à 37 % (106 points sur 285). Les entités communes ne se répartissent pas équitablement : la phrase 21, par exemple, a 1 entité commune avec la phrase 215, 3 avec la 216 et 2 avec la 217.
Figure 4. Correspondances lexicales entre ballanche1809 (17-21) et ballanche1829 (215-217)
37Ainsi, l’exploration des correspondances, tant nucléaire que lexicale, permet, d’un côté, l’exclusion des relations fausses ou peu pertinentes et, de l’autre, l’intégration et la validation des réécritures effectuées sur de longs fragments, même en cas de reformulations complexes et non linéaires.
38Ces manipulations fournissent aussi de précieuses informations pour l’analyse littéraire et linguistique des correspondances validées automatiquement. Les exemples des figures 3 et 4 révèlent principalement deux types de problèmes :
-
Les périphrases des entités nommées ne sont appariées ni entre elles ni avec les noms propres de leur référent, même quand il s’agit d’Eurydice, qui est pourtant souvent évoquée. L’exploitation des attributs de ces éléments très fréquents permet d’éviter les appariements fautifs ou, au contraire, d’en détecter d’autres.
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Certains appariements de synonymes très polysémiques (principalement des verbes fréquents) sont pertinents pour certains de leurs emplois, mais pas pour toutes leurs constructions ni pour les valeurs sémantiques attestées dans notre corpus. Le verbe « retourner » employé pronominalement, par exemple, fait partie des mots-clés saillants de l’épisode de la seconde mort d’Eurydice, mais son sens dans ce contexte est bien précis et ne correspond pas aux synonymes les plus courants du verbe en langue générale (toutes constructions confondues), comme « rendre », « repasser » ou « rappeler ».
39Ces difficultés peuvent être surmontées grâce à l’élaboration de lexiques adaptés à la spécificité du corpus couplés à des dictionnaires de langue générale (notamment de synonymes) et à des ressources polyvalentes (utilisées pour le repérage de chaînes de références). Ces lexiques sont progressivement enrichis grâce aux détections de correspondances validées.
- 23 Dans ces extraits, nous retrouvons deux périphrases désignant Eurydice : chez ballanche1809, « son (...)
40Les appariements (poly-)lexicaux validés sont intégrés dans le balisage des phrases. Pour l’extrait de la phrase 21 de ballanche1809 (figure 2), deux relations exactes sont établies avec le mot « épouse ». Elles sont signalées (figure 5) à l’aide de l’élément <xr>, enfant de <w>, qui renseigne l’identifiant du mot correspondant (@corresp), le type de la relation détectée (@type) et le score obtenu par le couple (@cert). L’annotation des périphrases et des noms propres d’entités ajoute, elle, plusieurs correspondances à « son épouse », qui trouve des appariements pertinents dans 5 textes sur 6. Le lien fautif avec la périphrase pour la mère d’Eurydice « l’épouse d’un Titan » chez ballanche1829 est remplacé par un lien avec « la vierge23 » et 1 correspondance est ajoutée avec « sa chère Eurydice » de cabaret-dupaty1897.
Figure 5. Annotation enrichie d’un extrait de la phrase 21 de ballanche1809
41En fin de traitement, le fichier XML de chaque texte est significativement enrichi et une base XML compile les correspondances valides détectées par TextPAIR et Tracer. Ce double enregistrement des résultats permet un large éventail de manipulations et d’analyses, tantôt spécifiques, concentrées sur un texte précis, tantôt transversales, incluant tout ou partie des textes.
- 24 Différents types de graphes ont été exploités à cet effet : voir Jänicke et al. 2014 ; Ganascia 202 (...)
42Pour la phrase 21 de ballanche1809, par exemple, un nombre assez important de correspondances s’observe avec les différents textes du corpus. Pour mieux exploiter ce type des relations complexes, une visualisation des données avec des graphes de correspondances, au sein desquels la taille d’un nœud renvoie au nombre de phrases qui composent l’extrait et l’épaisseur d’un lien reflète le ratio de proximité lexicale entre chaque couple (figure 6), se révèle particulièrement adaptée24.
Figure 6. Graphe de correspondances de la phrase 21 de ballanche1809
43La phrase 21 est intégrée dans un ensemble plus large, qui regroupe 6 phrases (de 16 à 21), grâce, d’une part, à la correspondance avec ballanche1829 (figure 4) et, d’autre part, à une correspondance des phrases 16 et 17 avec le poème Orphée (Launay 1922 : launay1922 dans le corpus). Sept relations au total ont été établies :
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3 avec des traductions de Virgile (1846 [trad. Desportes : desportes1846_prose], 1863 [trad. Guillois : guillois1863], 1897 [trad. Cabaret-Dupaty : cabaret-dupaty1897])
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1 avec une traduction d’Ovide (1880 [trad. Parnajon : parnajon1880_vers])
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1 avec la transmodalisation de Launay (1922)
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2 autres, possibles, avec des extraits très éloignés de ballanche1829 : les phrases 215-217, d’un côté, et la phrase 1014, de l’autre
- 25 « [N]ul ne peut mieux que Thamyris lui-même rectifier l’histoire que tu vas dire ; nul ne peut mieu (...)
- 26 « Adieu. L’éternelle nuit m’enveloppe et m’entraîne, sans que je puisse te presser de mes mains déf (...)
- 27 « Orphée, […] j’ai voulu te distraire de tes grandes pensées, au lieu de me borner à les embellir, (...)
- 28 Alors que Juden (1970) accepte les interprétations découlant du monologue de la femme, il y ajoute (...)
44En effet, l’extrait ballanche1829 (215-217) fait partie d’un chant du fils du roi Évandre, qui raconte la version originelle du mythe, rectifiée ensuite par le poète Thamyris25. Concernant Eurydice, cette rectification se retrouve au sein du second extrait (1014), où elle meurt pour toujours au moment de l’accomplissement du rite de son mariage avec Orphée. Contrairement au récit de Virgile, cette disparition n’a pas lieu aux Enfers et n’est pas précédée d’une plainte de l’épouse26. À la place, Eurydice s’excuse27 d’avoir distrait le poète dans sa mission de fondateur des cultes et l’encourage à la poursuivre, malgré la douleur de la perte qui devient alors initiatique28. Si nous nous penchons sur la totalité des correspondances détectées pour ballanche1829, nous nous rendons compte qu’il s’agit de l’unique relation permettant de lier les deux descriptions de la mort d’Eurydice entre elles et avec les sources anciennes (figure 7).
Figure 7. Graphe de correspondances des phrases 215-217 et 1014 de ballanche1829
45Un réseau complexe peut en revanche être observé à proximité de l’extrait 215-217 (figure 8) : pour les phrases 219-220, 10 correspondances ont été trouvées avec les traductions de Virgile et 1 avec le poème launay1922.
46L’essai ballanche1809 s’arrête à la seconde mort d’Eurydice, il n’y a donc pas d’autres relations avec cette partie de l’épopée (ballanche1829). Mais il y a beaucoup de correspondances entre cette dernière et les traductions dans la suite de la description du mythe. Toutefois, l’auteur ne procède pas de la même manière pour la deuxième description de la mort d’Eurydice, beaucoup plus allusive, ce qui empêche la détection de correspondances autres que celle avec ballanche1809.
Figure 8. Graphe de correspondances des phrases 219-220 de ballanche1829
- 29 La phrase 28 de ballanche1809 (« Il y a sur la terre comme un long gémissement qui se traîne de gén (...)
- 30 Il s’agit d’une histoire de Phœnix, racontée à Thamyris par un des prêtres d’Isis. Uranus envoie se (...)
47Enfin, des éléments de la conclusion de l’essai, dans laquelle l’interprétation du mythe est développée, peuvent également être mis en correspondance avec deux extraits de ballanche182929. Pour ballanche1809, la conclusion renvoie clairement à l’épisode de la mort d’Eurydice, mais, dans l’épopée, les correspondances font partie d’une description de cérémonie funèbre en Égypte ancienne et de la métaphore de la vie de l’homme30. Cette observation permet de relativiser ou d’appuyer quelques analyses traditionnelles du Sixième Fragment. Paulson (1986) procède à l’interprétation biographique de la rupture amoureuse de Ballanche, en comparant la remontée des Enfers au « temps bref des illusions de l’amour » (25). Pour Juden (1970), la douleur de la mort d’Eurydice « résume le sort de l’humanité, séparée de l’unité » (142). La prise en compte de la partie interprétative de l’essai dans le contexte des correspondances trouvées avec l’épopée confirme que la figure d’Eurydice comme le deuil de sa mort dépassent la symbolique amoureuse. La conclusion fait écho, dans l’épopée, à la description de la mort et de l’errance de l’âme à la recherche du salut, mais aussi à l’expression de la condition des humains, qui transmettent la souffrance avec le savoir. Le Sixième Fragment est majoritairement analysé dans le contexte des autres essais de Ballanche et de sa biographie, ou considéré comme une préfiguration de l’épopée, manquant peut-être encore de la profondeur métaphysique que l’auteur donnera au mythe 20 ans plus tard. Or, comme nous espérons l’avoir démontré, la proximité effective entre les deux textes, matérialisée par des allusions et d’importantes reformulations, prouve que, dans l’essai, la réflexion de Ballanche autour du mythe d’Orphée est déjà bien entamée.
- 31 Pour cette visualisation, contrairement à celles des figures 6-8, la taille des nœuds (sauf celui d (...)
48La vue globale des résultats, enregistrés dans la base XML, se révèle, quant à elle, particulièrement utile pour l’observation des relations que les œuvres entretiennent. Pour ballanche1829, par exemple, des correspondances ont été détectées avec 65 textes du corpus, dont 34 réécritures (figure 931). Toutefois, ce texte est très long et le récit de l’amour avec Eurydice y est ponctuel et rédigé de manière très figurée. Ces facteurs importent dans l’analyse de la place de ballanche1829 dans le réseau des relations. Ainsi, au lieu de décompter le nombre des correspondances détectées pour chaque œuvre, il est plus pertinent de comparer les différents scores obtenus et leurs moyennes. Par exemple, 8 correspondances seulement ont été trouvées avec ballanche1809, mais la moyenne du ratio lexical s’élève à 27 %, le plaçant ainsi dans les 10 textes les plus proches alors que celle des 42 correspondances avec launay1922 n’est que de 17,45 %, moins que la moyenne générale de la totalité des résultats (19 %).
- 32 Bouloumié (2004) relève l’inspiration de Cocteau pour évoquer des traditions qui voient en Eurydice (...)
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49Parmi les réécritures les plus proches, nous trouvons deux textes en prose, Histoire des amants célèbres de l’antiquité (Esquiros et Esquiros 1849) et Les Grands Initiés. Esquisse de l’histoire secrète des religions (Schuré 1889). Pour eux, la correspondance avec ballanche1829 compte le plus de correspondances (16 et 12) et se place systématiquement dans les 10 textes les plus proches, peu importe le critère de comparaison. Ces œuvres insistent sur le rôle d’Orphée comme fondateur des cultes. Chez Esquiros et Esquiros, la catabase est remplacée par des épreuves initiatiques, auxquelles Orphée est soumis par des prêtres de l’Égypte ancienne. Eurydice, mordue par le serpent, est seulement endormie. Schuré, lui, met en scène un Orphée déjà initié, transmettant son savoir à des disciples. Dans cette réécriture, Eurydice meurt empoisonnée par Aglaonice de Thessalie, une bacchante, prêtresse d’Hécate et « éprise pour [Eurydice] d’une envie perverse, d’un amour effréné, maléfique » (258). Dans la pièce de théâtre Orphée (Cocteau 1927), Aglaonice endosse un rôle comparable, mais fortement caricaturé32. Des relations très fortes (dignes d’une reprise : 6 correspondances pour un ratio de 78 %) ont été détectées entre Schuré (1889) et Orphée d’Afrique, théâtre-rituel (Ma Njock 2000), une adaptation du roman Orphée-Dafric (Liking 2000), qui transfère le mythe sur le continent africain, dans la continuité d’un mythe plus récent, celui de l’« Orphée noir »33. Porra (2012) constate chez Liking et Ma Njock l’influence conjointe de textes européens et de la réalité africaine, et note l’importance de l’aspect initiatique, focalisé autour d’une lecture mythique égyptienne (§ 19-27), mais ne relève pas de relation forte avec Schuré (1889). Un examen plus approfondi s’impose pour confirmer l’absence de lien dégagé par les recherches traditionnelles, mais elle est plausible compte tenu des convictions de Schuré34.
Figure 9. Réseau des relations de ballanche1829
50S’il est satisfaisant d’observer le réseau de relations, qui se construit à partir des correspondances détectées, le plus souvent en confirmant ce qui a déjà pu être observé, parfois en révélant de nouveaux liens, il convient d’admettre quelques manques importants à ce stade de l’étude. Par exemple, Brunel (2016) relève plusieurs épisodes inspirés par Schuré (1889) dans la pièce de théâtre symbolique Orphée-Roi (Segalen 1921). Or, au sein de notre corpus, une seule correspondance a été trouvée – et encore, elle l’a été grâce aux didascalies qui introduisent le premier acte. Elle a l’intérêt de permettre d’identifier deux personnages anonymes, mais les proximités relevées par Brunel concernent des épisodes beaucoup plus significatifs, comme celui de la lyre ou de la mort d’Eurydice.
51Cette absence de détection de correspondances vient du fait qu’au sein des œuvres dramatiques, l’enchaînement de répliques courtes accompagnées de didascalies impose soit de cumuler des segments très courts au sein desquels peu de correspondances sont trouvées, soit de ne pas segmenter et de générer des détections fautives. Les didascalies sont, pour la plupart, peu pertinentes, notamment quand elles désignent les personnages ou des mouvements scéniques. Mais, comme dans Orphée-Roi, elles véhiculent parfois l’indice de réécriture.
52Nous espérons que, à l’avenir, notre traitement saura prendre en compte ces éléments structurels et intégrera pleinement les œuvres dramatiques au sein du réseau des réécritures. Cependant, nous n’ambitionnons pas de supplanter les analyses empiriques des chercheurs traditionnels qui, comme Brunel, comparent deux textes en prenant en compte la totalité des œuvres d’un auteur, y ajoutent leur sensibilité littéraire et trouvent parfois un sens subtil même à partir d’un mot qui semble, à première vue, insignifiant. La plus-value d’une recherche appuyée sur les outils numériques réside, à notre sens, dans leur capacité de traiter simultanément de larges ensembles de textes et d’attirer l’attention du chercheur sur des phénomènes peu visibles.
53Ainsi, si la possibilité de détecter automatiquement des relations intertextuelles est passionnante, pour la recherche littéraire et linguistique et pour l’édition (numérique), les détections fautives et les problèmes de reconnaissance inhérents confirment la nécessité de combiner des traitements (semi-automatiques) et des méthodes non informatiquement outillées. Une connaissance approfondie du corpus est par ailleurs nécessaire, tant pour analyser les résultats obtenus que pour les améliorer et les enrichir, afin que les traitements réitérés des mêmes textes bénéficient des premières passes et deviennent plus fructueux et plus aptes à dévoiler de nouvelles relations, de plus en plus fines et peu visibles.
54En partant d’une œuvre particulière, l’essai de Ballanche, et des correspondances trouvées entre elle et d’autres textes du corpus, nous avons analysé les résultats des détections de correspondances opérées par les logiciels TextPAIR et Tracer, montré la finesse et l’importance des post-traitements et permis de confronter les relations dégagées et interprétées aux analyses de facture classique du topos orphique.
55Comme les recherches traditionnelles, celles soutenues par des outils informatiques exigent un travail minutieux avant d’obtenir des résultats probants. Les deux méthodes ne sont pas concurrentes, elles seront certainement d’autant plus efficaces qu’elles seront combinées.