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Quête de reconnaissance dans une communauté en ligne d’autistes

Tensions entre rationalisation et émancipation
Quest for Recognition in an Online Community of Autistic People: Tensions Between Rationalization and Emancipation
Marie-Lou Troutier et Olivier Galibert

Résumés

Cet article analyse la quête de reconnaissance au sein de « Spectrum », un serveur Discord francophone autogéré par des personnes autistes. À partir d’une approche ethnographique combinée à des entretiens, l’étude interroge la manière dont les environnements numériques peuvent soutenir des formes de solidarité, de soutien et de valorisation identitaire, tout en produisant des mécanismes de rationalisation et de hiérarchisation internes. En mobilisant la théorie de la reconnaissance d’Axel Honneth ainsi que le modèle normatif de la communauté virtuelle, l’analyse met en évidence plusieurs formes de reconnaissance symbolique — affective, juridique, sociale et expérientielle — traversées par une tension permanente entre émancipation et réification. Les résultats montrent que si Spectrum constitue, pour certains membres, un espace de légitimation de soi et de partage d’expériences marginalisées, cette reconnaissance demeure structurée par des normes, des rapports de légitimité et des logiques organisationnelles susceptibles de transformer le souci de l’autre en dispositif de contrôle. L’article propose ainsi la notion de « reconnaissance sensible » afin de penser des formes de reconnaissance attentives aux vulnérabilités, aux affects et aux conditions concrètes des interactions en ligne.

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Texte intégral

Introduction générale

1Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) est une condition neurodéveloppementale complexe, définie par des difficultés dans les interactions sociales, des comportements répétitifs, ainsi que des intérêts spécifiques ou restreints. En se référant aux critères de la cinquième édition du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5, American Psychiatric Association, 2015), on estime que l’autisme touche environ 1 % de la population mondiale, soit environ 700 000 personnes en France. Ce chiffre témoigne de l’ampleur du phénomène et souligne l’importance d’explorer les dynamiques sociales qui touchent cette population, souvent marginalisée dans les interactions sociales courantes en raison de différences neurocognitives qui engendrent incompréhension et exclusion.

  • 1 Nous faisons le choix terminologique de parler de « personnes autistes » ou « d’autistes » afin d’é (...)

2Dès lors, les environnements numériques, et en particulier les communautés en ligne, apparaissent comme des espaces où les personnes autistes1 peuvent redéfinir leurs modes d’interaction. Alors que les interactions physiques peuvent être perçues comme énergivores et déstabilisantes, les espaces numériques offrent un cadre structuré et modulable, organisé par des règles explicites et des dispositifs socio-techniques, qui configurent les échanges tout en laissant une certaine latitude aux participant.e.s. Ils constituent également des lieux de soutien social, qu’il soit informationnel et émotionnel (Cherba et al., 2019), fréquemment décrits par les personnes autistes comme plus accessibles que les espaces hors ligne, notamment au travers de forums, réseaux sociaux ou serveurs de discussion dédiés (Duffin, 2004). Cependant, ces environnements ne sont pas dépourvus d’ambivalences : ils peuvent constituer simultanément des espaces d’affirmation identitaire, de politisation et de solidarité, et des lieux où se rejouent des logiques de hiérarchisation, d’exclusion et de contrôle normatif (Skafle et al., 2024).

3Pour interroger cette dualité, nous proposons une lecture critique de la reconnaissance intra-communautaire en ligne à partir d’un modèle normatif idéal de la communauté virtuelle (Galibert, 2014), articulant théorie de la reconnaissance, éthique de la discussion et approche anti-utilitariste de la logique de don. La théorie de la reconnaissance d’Axel Honneth constitue le socle de notre analyse, en offrant un cadre pour penser les dynamiques de valorisation et de mépris dans les Services et Applications Communautaires sur Internet (SACI), (ibid.). Ce modèle est mis en tension avec la perspective habermassienne sur l’éthique de la discussion, ainsi qu’avec des approches anti-utilitaristes en deçà et au-delà de la logique du don Maussien (Caillé, 2009), en particulier le care de Tronto (Tronto, 2008) et le convivialisme d’Illich (Illich, 1973).

4Empiriquement, nous nous appuyons sur une analyse netnographique (Kozinets, 2002) menée sur le serveur Discord « Spectrum », espace francophone dédié et autogéré par des personnes autistes et rassemblant près de 3000 membres. Notre enquête repose sur une immersion prolongée, combinant observation participante en ligne et entretiens semi-directifs. Elle s’inscrit dans la continuité de travaux qui mettent en évidence le rôle des communautés en ligne autistes dans la construction d’identités positives, dans la diffusion du paradigme de la neurodiversité et dans l’émergence de formes d’auto-organisation militante (Chamak et Cohen, 2007 ; Bagatell, 2010).

5Ainsi, nous positionnerons naturellement cette quête de reconnaissance intra-communautaire dans une perspective critique d’identification d’une tension « rationalisation – émancipation » (Bouillon, Galibert, 2021). En d’autres termes, la lutte pour la reconnaissance sur Spectrum s’inscrit-elle dans une perspective émancipatrice ou participe-t-elle davantage d’une forme de reconnaissance réifiante, comptable et factice de valorisation égoïste et stratégique de soi ? Pour répondre à cette question, nous présenterons d’abord un état de l’art des pratiques en ligne des personnes autistes, suivi de notre appareillage théorique mobilisant la théorie de la reconnaissance honnéthienne (Honneth, 2008a, 2008b, 2013). Nous poursuivrons avec la construction de notre objet de recherche, une description de notre méthodologie qualitative et une analyse de notre terrain d’étude. Enfin, une discussion des résultats nous permettra de déployer une réflexion sur la reconnaissance en ligne et les possibilités futures d’une « reconnaissance sensible » dans les communautés virtuelles.

Usages numériques des personnes autistes et lutte pour la reconnaissance

Les communautés en ligne comme dispositifs socio-numériques potentiellement émancipateurs

  • 2 Littéralement « lieu sûr ». Une safe place ou safe space désigne un lieu, physique ou virtuel, où l (...)

6Les personnes autistes font fréquemment l’expérience de discriminations dans leur vie hors ligne, en raison de leur difficulté à – et à la demande sociétale de – se conformer aux normes sociales implicites, que ce soit dans les contextes éducatifs ou professionnels. Les personnes autistes se heurtent souvent à des incompréhensions et à des comportements exclusifs. Chamak et Cohen, en parlant des entreprises de « rééducation » dans un contexte où les valeurs dominantes de la culture occidentale contemporaine (autonomie, performance) sont peu questionnées, précisent « qu’elles maintiennent la personne dans le simulacre et dans l’apparence sans lui donner une place [et s’apparente] plutôt comme un rite d’expulsion sociale maquillée en rite d’agrégation : elle exclut en créant l’illusion de l’inclusion » (Chamak et Cohen, 2007, p. 225). Cette stigmatisation accroît leur isolement et limite leurs opportunités de reconnaissance sociale. Face à cette exclusion, les espaces numériques émergent comme des alternatives inclusives et des refuges potentiels, appelés safe place2. Nous devons faire référence ici aux travaux de Nancy Fraser, avec ses contre-publics subalternes (Fraser, 2011), qui ancrent le principe des safe-spaces dans une approche post-habermassienne d’un espace discursif pluriel, certes atomisé en différents publics, mais seuls à même de préserver les plus fragiles et les populations dominées. Cependant, il est important de soulever la vision idéalisée de ces espaces numériques comme zones d’évasion, participant ainsi d’une mise à l’écart ne favorisant pas l’inclusion sociale.

7Ainsi, les environnements numériques ont ouvert de nouvelles perspectives pour les personnes autistes, leur permettant d’interagir socialement dans ce que la communication des organisations décrit comme un cadre à la fois organisé, structuré par des règles et des dispositifs, et organisant, producteur de nouvelles formes sociales et symboliques (Cooren, 2024 ; Hachour, 2011). Cette perspective montre que les environnements en ligne permettent aux personnes marginalisées, comme c’est le cas pour les personnes porteuses de pathologies stigmatisantes (Sedda, 2024 ; Husson et Sedda, 2022 ; Ancet et al., 2023) ou de handicap (Tehel, 2021, Fritz, 2024), d’accéder à des formes de visibilité et d’engagement, offrant des possibilités d’acceptation – c’est-à-dire de reconnaissance sociale et de légitimation des identités – jusque-là difficilement atteignables. Ainsi, « l’infrastructure de la communication et des rapports sociaux, qui s’est mise en place au cours du vingtième siècle, fait de la conquête de l’apparence médiatisée la condition d’une lutte pour la reconnaissance de thématiques, de pratiques, de formes de vie » (Voirol, 2005, p. 108).

8Les recherches de Gillet et Leroux semblent confirmer l’importance émancipatrice de ces environnements numériques. Elles soulignent que « l’essor de la médiation thérapeutique est lié au constat de l’impossibilité de travailler uniquement à partir du langage verbal en face-à-face (Brun, 2007) » (Gillet et Leroux, 2017, p. 114). Assumant d’emblée une posture épistémologique inductive, nous pouvons d’ores et déjà évoquer les observations menées plus largement sur le serveur Spectrum dans le cadre de la recherche doctorale dont l’article est tiré, et qui montrent que des plateformes comme Discord favorisent la création de communautés basées sur la neurodiversité, où le partage des expériences contribue au sentiment d’appartenance. Lors d’un entretien avec une interviewée-membre, celle-ci nous précise : « j’aime beaucoup l’espace autisme, et j’aime beaucoup l’espace personnel aussi, je trouve ça sympa. Je trouve l’initiative d’avoir des endroits vraiment safe pour les personnes autistes et vraiment safe pour les personnes habituées du serveur vraiment cool. » Ainsi, en nous appuyant sur la théorie de la reconnaissance d’Axel Honneth, nous pouvons poser l’hypothèse de ces espaces en ligne comme lieux où les formes de solidarité et de légitimation identitaire s’articulent autour de valeurs partagées (Honneth, 2013). Comme nous l’avons évoqué plus haut, cette hypothèse à la fois issue de nos lectures et de remontées terrain, rend possible une forme de reconnaissance mutuelle fondée sur des expériences et valeurs propres à la condition autistique, permettant aux membres de se libérer en partie des pressions de performance et d’intégration.

Ambivalences : reconnaissance factice et rationalisation des usages

9Toutefois, constater une « lutte pour la reconnaissance » dans des espaces d’interactions en ligne ne suffit pas à conclure au caractère intrinsèquement émancipateur des usages des SACI pour les personnes autistes. En nous appuyant sur l’analyse des dynamiques de reconnaissance intra-communautaires, issues du modèle idéal de la communauté virtuelle (Galibert, 2014), nous pouvons porter a priori une critique anti-utilitariste sur le phénomène observé. Les communautés numériques développées autour de l’autisme ne seraient pas simplement des espaces de socialisation « adaptés », un refuge, mais des lieux marqués par des dynamiques de hiérarchisation et de capitalisation symbolique. En effet, « les injustices sociales sont aujourd’hui vécues comme une atteinte à l’identité, à l’estime de soi, à la capacité d’agir et de se sentir pleinement membre d’une société » (Dubet, 2007, p. 17). Au sein des communautés autistes, la notion même de « légitimité » peut être liée à des formes de gradation du spectre autistique ou aux parcours diagnostiques (Lilley et al., 2023). Ainsi, l’usage des SACI par des autistes, diagnostiqués ou déclarés, doit tout autant être interrogé à l’instar de toutes les populations confrontées aux technologies numériques, tant d’une logique émancipatrice qu’il peut témoigner de formes de reconnaissance factice, réifiante (Galibert, 2014).

  • 3 American Psychiatric Association, 2015, p. 58.
  • 4 Ces logiques sont renforcées dans les environnements en ligne, où la reconnaissance est partielleme (...)
  • 5 Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales.

10En effet, la reconnaissance dans les communautés en ligne peut devenir une monnaie symbolique, où la visibilité et la validation sociale s’obtiennent en respectant des codes de conduite spécifiques, et se détermine selon un certain « niveau de sévérité3 d’autisme ». Cette tendance se rapproche des analyses de Coulon, qui souligne qu’« un membre, ce n’est donc pas seulement une personne qui respire et qui pense. C’est une personne dotée d’un ensemble de procédures, de méthodes, d’activités, de savoir-faire, qui la rendent capable d’inventer des dispositifs d’adaptation pour donner sens au monde qui l’entoure » (Coulon, 2014, p. 42). Les individus, en situation d’interaction, adaptent leur « mise en scène de soi » (Goffman, 1973) et leur comportement aux attentes de leur environnement social, parfois pour éviter la stigmatisation ou la disqualification4 (Goffman, 1975). Ce phénomène de rationalisation de la reconnaissance pose la question de l’authenticité d’une reconnaissance obtenue dans ces communautés, et s’apparentant davantage à l’acquisition calculatoire d’un capital symbolique (Bourdieu, 1994). L’influence utilitariste s’accentue avec l’intégration croissante des dispositifs de communication partagée en ligne dans des politiques de gestion collaborative et explicite des connaissances. Cette double orientation utilitariste remet en question la dimension irréductible du monde vécu, chère à Habermas, ainsi que les luttes pour une reconnaissance émancipatrice et la vision d’une société généreuse, conviviale et réciproque souhaitée par Alain Caillé et les penseurs du MAUSS5.

Théorisation, construction de l’objet et positionnement méthodologique

Heuristique de la reconnaissance dans le modèle de la communauté virtuelle

11Dans La lutte pour la reconnaissance, Axel Honneth définit la reconnaissance comme un besoin moral fondamental, condition de la construction et du maintien de l’intégrité personnelle. Dans cette perspective, le manque de reconnaissance devient une source de souffrance sociale, menant potentiellement à l’aliénation et à la marginalisation. Trois sphères de reconnaissance sont proposées, distinctes mais interconnectées : la sphère affective (amour, sollicitude) qui renvoie aux liens de proximité et de soutien émotionnel, la sphère juridique (considération cognitive, droit) qui concerne l’égalité formelle et la protection de l’individu en tant que sujet de droits, et la sphère de la solidarité (estime sociale), qui renvoie à la valorisation sociale des capacités, contributions et modes de vie. Les atteintes à la reconnaissance de ces trois sphères se manifestent par des formes de mépris, de déni de droits ou de dévalorisation sociale, constituant des expériences de souffrance spécifiques.

12Dans le contexte des communautés en ligne dédiées aux personnes autistes, nous envisageons ces collectifs comme constitutifs d’espaces sociaux singuliers où les mécanismes de reconnaissance se jouent selon des normes propres, parfois en rupture avec les structures de pouvoir et les hiérarchies exogènes. Le modèle idéal de la communauté virtuelle (Galibert, 2014) mobilise ce cadre pour analyser les SACI comme des espaces où se rejouent, sous une forme médiée, ces luttes pour la reconnaissance, et met ainsi en tension deux points centraux, entre une orientation normative inspirée d’Habermas et une critique anti-utilitariste qui insiste sur l’irréductibilité du monde vécu et sur les formes de don, de care et de convivialité, qui excèdent les logiques de rationalisation instrumentale pour s’inscrire dans une perspective anthropologique laissant une place aux affects, aux émotions, bref aux approches sensibles (Boutaud, 2016) et aux formes de socialités primaires (Caillé, 2009).

De la reconnaissance symbolique à la reconnaissance sensible

  • 6 Spectrum repose sur un système de gain de points pour accéder à la majorité des canaux de discussio (...)

13La reconnaissance symbolique désigne un processus communicationnel par lequel un acteur voit sa participation, sa compétence ou son expérience validée au sein d’un collectif, grâce à des opérations de mise en forme, de circulation et de légitimation. Elle comprend l’ensemble des opérations – langagières, interactionnelles, procédurales et matérielles – et se manifeste à travers des marques de soutien, des signes de statut (rôles, points6), des modalités de participation ou au contraire des mécanismes de disqualification et de mépris. Dans les environnements numériques, ces opérations de reconnaissance s’inscrivent dans un écosystème sémiotique et socio-technique où les dispositifs façonnent les conditions d’énonciation et orientent les manières d’« exister » dans l’espace numérique (Jeanneret et Souchier, 2005). Les rôles attribués, la visibilité des messages, les réactions ou encore les dispositifs de médiation participent ainsi à la production de valeur et de légitimité.

14La notion de reconnaissance sensible que nous proposons d’introduire et d’opérationnaliser dans le contexte des communautés en ligne est inspirée des travaux d’Olivier Voirol qui l’envisage comme « une forme particulière de relation au monde et aux autres, qui implique d’être affecté dans ses sens, d’une manière dialogique engageant à la fois des sujets et des objets, une idéalité dont la matérialité est la condition. » (Voirol, 2019). Transposée à notre terrain, la reconnaissance sensible désigne une triade de reconnaissance : incarnées, en engageant le corps, les émotions, la charge cognitive et sensorielle des interactions en ligne ; situées, en étant profondément indexées aux dispositifs, aux canaux, aux formats discursifs et aux temporalités de réponse ; fragiles et réversibles, car elles peuvent rapidement se transformer en mépris ou en disqualification, par exemple lors d’un rappel à l’ordre ou d’une sanction.

15Nous la définissons comme un concept opératoire permettant de saisir, dans les communautés en ligne, les tensions entre le souci de la personne – avec une prise en compte de la vulnérabilité, de la fatigue, des besoins sensoriels et psychiques – et la gestion des dispositifs, tels que la modération, les règles, les canaux spécialisés en thématiques de discussions. Dès lors, les critères empiriques de la reconnaissance sensible que nous mobilisons dans l’analyse se répartissent en quatre points :

  • Une indexicalité forte, où la reconnaissance se manifeste dans des réponses situées, adressées, qui tiennent compte de la situation et des caractéristiques autistiques revendiquées (reformulation, adaptation du ton, explicitations des implicites) ;

  • Une prise en charge de la vulnérabilité, avec la présence de marques de souci ou d’attention à la charge émotionnelle et sensorielle (validation du ressenti, reconnaissance explicite de la difficulté) ;

  • L’articulation avec les dispositifs, tels que les rôles, les règles et les outils stipulés dans une charte et dans ses mises à jour, qui sont mobilisés non seulement pour contrôler, mais aussi pour protéger, ménager, redistribuer la charge, etc. ;

  • La possibilité de bascule, car les mêmes dispositifs peuvent produire une reconnaissance ou un mépris. Cette réversibilité est visible dans les trajectoires des membres, comme le passage d’un soutien collectif à une mise en cause publique.

16Dans la logique inductive qui a présidé à l’émission des hypothèses de la recherche doctorale que nous menons et conduisons, nous allons une nouvelle fois nous autoriser à mobiliser notre terrain pour illustrer cette forme particulière de reconnaissance symbolique parfois ambivalente. En effet, l’entretien avec un ancien modérateur de Spectrum en est un exemple : « quand ma santé a commencé à sérieusement décliner et j’ai perdu beaucoup de mon autonomie, c’est là où j’ai commencé à être très actif sur Spectrum. […] J’ai pu créer des liens affectifs, 95 % des personnes qui sont sur mon serveur privé c’est des gens de Spectrum. » Et puis plus tard, la discussion révèle un certain ostracisme : « L’ambiance était devenue très pesante, à cause de plein de dysfonctionnements. Il y a eu beaucoup de soucis, beaucoup de problèmes, beaucoup de fois où j’ai eu vraiment l’impression d’être maltraité. Pas dans le sens grave, juvénile du terme, mais vraiment traité comme de la merde. Et ouais, beaucoup de comportements très froids, désagréables, une ambiance lourde, et l’une des choses qui m’a fait quitter le navire. »

Construction de l’objet et évolution de l’hypothèse

17L’objet de recherche est construit autour du serveur Discord Spectrum, espace francophone autogéré par des personnes autistes, explicitement présenté comme inclusif et bienveillant. Notre hypothèse initiale, formulée dans une perspective davantage hypothético-déductive, posait que les interactions en ligne au sein de Spectrum engendrent une forme de reconnaissance intra-communautaire susceptible d’être véritablement émancipatrice.

18L’immersion prolongée et la confrontation à un corpus très riche de discussions, de conflits, de scènes de modération et d’entretiens ont conduit à réviser itérativement cette hypothèse. Plutôt que d’opposer simplement reconnaissance émancipatrice et reproduction de hiérarchies, nous proposons désormais de considérer Spectrum comme un espace de tension permanente entre des formes de reconnaissance symbolique et sensible qui soutiennent l’émancipation d’une part (affirmation identitaire, solidarité, partage d’expertise expérientielle), et des formes de reconnaissance factice ou utilitariste, liées à la rationalisation de la gestion communautaire d’autre part.

19Notre question centrale devient alors : dans quelle mesure la reconnaissance obtenue dans une communauté en ligne autogérée d’autistes comme Spectrum constitue-t-elle un outil d’émancipation, et comment cette reconnaissance est-elle simultanément rationalisée, normalisée et parfois réifiée par les dispositifs socio-techniques et organisationnels qui structurent la communauté ?

Éléments méthodologiques, corpus et positionnement épistémologique

  • 7 Dans Discord, les canaux de discussion sont entendus comme des thématiques, afin de classer les dif (...)

20L’enquête que nous présentons ici repose sur une observation participante en ligne du serveur Spectrum, menée du 7 novembre 2022 à juillet 2025. L’enquêtrice y est présente en tant que membre, en rendant explicite sa position de doctorante en sciences de l’information et de la communication travaillant sur la communauté. Cette immersion prolongée permet de saisir les dynamiques ordinaires du serveur, en se tenant au plus près des échanges quotidiens sans se limiter à des moments conflictuels. Le corpus d’observation comprend plus d’une centaine de discussions suivies, réparties sur plus de seize canaux7 différents, ainsi qu’environ mille captures d’écran, non exhaustives, complétées par des retours réguliers au serveur pour recontextualiser certaines séquences. À ces matériaux s’ajoute un ensemble de notes d’observation, dispersées dans le temps, où sont consignés des relevés de situations saillantes et des relectures successives de fils de discussion, mobilisées ici sous la forme de « vignettes d’observation ».

21Les canaux observés couvrent l’ensemble de la structure du serveur. Une attention particulière a été portée aux canaux d’annonces (administration, modération), aux espaces de discussion générale sur l’autisme, de bavardage ou de débats, ainsi qu’aux canaux thématiques consacrés au diagnostic du TSA, à l’entraide, à l’exutoire, aux jeux vidéo ou encore aux discussions hebdomadaires. La sélection des situations analysées privilégie les séquences d’entraide, les conflits, les interventions de modération et, plus largement, les moments où la question de la légitimité, du statut ou de la vulnérabilité des membres est explicitement mise en jeu.

22Afin de compléter cette observation, dix entretiens semi-directifs ont été conduits avec des membres de Spectrum, contactés via message privé sur Discord, après vérification de la possibilité de contact à partir d’une étiquette spécifique sur le serveur. Les personnes interrogées occupent des positions différenciées au sein de la communauté : un ancien modérateur présent depuis la création du serveur, un administrateur ayant repris les responsabilités après le départ du fondateur, un modérateur actuellement en fonction et sept membres plus ou moins anciens, majoritairement actifs. Réalisés entre 2024 et 2025, ces entretiens durent de 48 minutes à 1h43, pour une durée moyenne d’environ 1h11. Deux d’entre eux se sont déroulés sous forme écrite via des échanges asynchrones structurés par un guide d’entretien et pour des raisons d’adaptabilité à leur réticence à s’exprimer à l’oral. Les autres ont été menés en audio. L’ensemble des entretiens a été intégralement retranscrit.

23Le dispositif éthique s’articule autour d’un ensemble de garanties portant sur l’information, le consentement, l’anonymisation et le stockage des données. Lors des premiers contacts en message privé, puis au début de chaque entretien, un texte d’information est présenté aux participant·es, précisant les objectifs de la recherche, la nature de l’enregistrement, le caractère volontaire de la participation, l’absence d’obligation de réponse et les usages envisagés des données (thèse, publications, communications scientifiques). La participation repose sur un consentement explicite, oral ou écrit, et les personnes sont informées de leur possibilité d’interrompre l’entretien à tout moment ou de demander la suppression de tout ou partie de leurs propos. Les pseudonymes, avatars et tout élément permettant d’identifier les participant·es, y compris certains détails biographiques, sont systématiquement modifiés ou supprimés. Les captures d’écran utilisées comme support sont retravaillées pour éviter toute ré-identification. S’agissant des traces conversationnelles issues des canaux publics, la doctorante rappelle régulièrement sa présence de chercheuse dans les espaces pertinents et s’abstient de citer des extraits susceptibles de mettre en danger des personnes particulièrement vulnérables. L’ensemble des données (transcriptions, captures, notes) est stocké dans un espace OneDrive accessible uniquement à la doctorante.

24L’analyse combine une approche du contenu thématique des discussions observées et une analyse des entretiens, réalisée de manière inductive à partir des relectures successives des transcriptions et de leur recoupement avec le matériau netnographique. Au fil du travail, un ensemble d’indicateurs inspiré du cadre de la reconnaissance honnéthienne a été progressivement élaboré, afin d’identifier les différentes formes de reconnaissance (affective, juridique et sociale), les points de bascule vers des dynamiques de rationalisation ou de mépris, ainsi que les manifestations de ce que nous proposons de nommer reconnaissance sensible, dans la perspective d’Olivier Voirol. L’épistémologie adoptée dans cette recherche s’inscrit dans une démarche empirique itérative qui favorise une compréhension flexible et évolutive des interactions sociales et des pratiques communicationnelles. Des hypothèses initiales, construites à partir du modèle normatif de la communauté virtuelle, ont été progressivement reformulées au fur et à mesure que l’analyse des pratiques observées faisait apparaître l’ampleur et la complexité des tensions entre émancipation et rationalisation au sein de Spectrum.

Analyse des formes de reconnaissance symbolique et sensible sur Spectrum

Opérationnaliser Honneth

25Afin d’opérationnaliser la théorie de la reconnaissance d’Axel Honneth dans le contexte spécifique d’une communauté en ligne autogérée d’autistes, nous avons élaboré un cadre d’analyse reposant sur un ensemble d’indicateurs permettant d’identifier, au sein des interactions observées, les formes de reconnaissance à l’œuvre ainsi que leurs points de bascule vers des dynamiques de rationalisation ou de mépris. Ces indicateurs sont combinés à ceux de la reconnaissance sensible afin de repérer la manière dont les interactions s’arriment à des agencements matériels et socio-techniques spécifiques, tels que les canaux ou encore les rôles. Dès lors, ces trois formes de reconnaissance symbolique constituent la base empirique à partir de laquelle nous pouvons désormais examiner l’hypothèse de départ, à savoir si les interactions au sein de Spectrum relèvent d’une dynamique réellement émancipatrice ou reproduisent, sous des formes renouvelées, des hiérarchies et des normes internes.

Trois formes de reconnaissance symbolique sur Spectrum

26Une première forme de reconnaissance se manifeste dans le partage d’expériences de vie liées à l’autisme. Dans le canal « entraide », un membre exprime sa détresse face au sentiment d’être ignoré dans les conversations du serveur et s’interroge sur la nécessité d’en parler à un·e psychologue. Plusieurs participant·es lui répondent rapidement : l’un demande des précisions sur les situations où il se sent « ignoré », un autre normalise le vécu en évoquant l’ostracisme comme expérience fréquente, tandis qu’un troisième l’encourage à consulter un·e professionnel·le si cela lui pèse trop. La discussion maintient un ton attentif et bienveillant, cherchant à comprendre et à soutenir.

27Nous pouvons également constater ces dynamiques lors de verbatims extraits d’entretiens concernant l’environnement professionnel comme « très compliqué », « très paternaliste et qui est vingt ans en arrière », soulignant un manque d’aménagement et la lenteur des prises en charge : « Ils ont mis trois ans pour mettre des aménagements. Et maintenant ils me paient une psychologue […] pour m’adapter au travail. ». Un autre évoque les difficultés structurelles du système de santé et du retard diagnostique : « Dans l’Essonne […] il y a un centre de la douleur spécialisé pour les autistes […] mais y’a plus aucun médecin dedans. […] Les gens développent d’autres problèmes de santé à côté. J’aimerais juste que ce soit réglé maintenant au bout de 30 ans. »

28Ces récits activent la sphère affective de Honneth en donnant lieu à des réponses empathiques, des marques de normalisation, des partages de vécus similaires ou de simples émojis signalant une présence attentive. Ces micro-marqueurs, bien que ténus, constituent des éléments de validation symbolique, essentiels pour des personnes dont le ressenti est souvent invalidé hors ligne. Leur efficacité dépend en grande partie des modalités sensibles de l’interaction – le temps de réponse, le ton, le choix des mots, la multiplicité des réactions – ce qui souligne le rôle central de la reconnaissance sensible. Cette forme contribue ainsi à la construction d’un sentiment d’appartenance et à la restauration d’une intégrité mise à mal par les expériences récurrentes de stigmatisation.

29La deuxième forme de reconnaissance est liée au partage de conseils pratiques et de savoirs expérientiels, particulièrement visible dans les discussions portant sur la gestion du stress, les démarches administratives, les interactions professionnelles ou la compréhension des particularités sensorielles. Dans le canal consacré à l’entraide, un membre demande s’il existe des « astuces contre les insomnies et le stress ». Plusieurs participant·es réagissent rapidement : l’un évoque la nécessité d’identifier d’éventuelles dyssensorialités, un autre propose une distinction entre stress et sensorialité, tandis qu’un troisième fournit des informations détaillées sur l’hygiène du sommeil et partage un lien officiel vers une ressource gouvernementale. L’échange illustre la circulation de savoirs expérientiels et de conseils structurés visant à soutenir la personne en difficulté.

30Ces situations activent la sphère de l’estime sociale, où les membres qui apportent des réponses structurées et contextualisées deviennent des figures de compétences, reconnues comme détenteurs d’une expertise – ici, une expertise autistique située – qui combine expérience personnelle, information collectée et capacité à traduire ces ressources dans des termes compréhensibles pour les autres. Cette circulation des ressources constitue un levier d’émancipation qui reconnaît la valeur des expériences singulières des membres et renverse les hiérarchies de savoirs dominants. Elle mobilise également une dimension sensible, où les conseils les plus efficaces voire efficients sont ceux qui parviennent à se rendre compatibles avec les contraintes émotionnelles, cognitives ou sensorielles exprimées dans l’interaction.

  • 8 La charte adressée aux membres contient un préambule qui détaille l’objectif du serveur, une premiè (...)

31La troisième forme de reconnaissance symbolique interroge plus directement la sphère du droit et la tension entre émancipation et rationalisation. Nous pourrions la ramener à un partage de fonctions statutaires et de formes de légitimation. Spectrum repose sur une architecture des rôles (propriétaire, administrateur, modérateur, figures de la communauté, membres), de points et de chartes de conduite8 qui conditionnent la visibilité des personnes et l’accès à certains canaux. Les modérateurs, plus nombreux, assurent la régulation quotidienne, répondent aux signalements, relancent les activités collectives et incarnent, aux yeux des membres, la figure du « garde-frontière » voire du « policeman », terme ressorti lors d’un entretien. Les figures de la communauté se distinguent, quant à elles, par une présence soutenue, une ancienneté et de facto, une expertise reconnue sur l’autisme (parcours diagnostiques, connaissance des ressources, etc.).

32Nous avons pu constater des conflits substantiels à cette organisation verticale, tels qu’expliqués par un ancien modérateur : « C’est très lourd de devoir faire la police sur un serveur comme ça parce que tu sais en plus que toi-même t’as des troubles […] Donc déjà ça peut pas fonctionner si y’a un truc aussi vertical entre administrateurs et modérateurs. Comme si on était une entreprise alors qu’on est des modérateurs bénévoles et handicapés, pour moi c’est juste pas possible. », avant d’ajouter « je sais que beaucoup de personnes autistes vivent à travers le virtuel et qui parfois sont un peu déconnectés de la réalité, […] ça manque d’un encadrement professionnel, ça c’est une certitude, de gens qui ont vraiment du recul. Parce que c’est bien le bénévolat et c’est cool qu’il y ait de la pair-aidance, mais un serveur de cette taille-là avec autant de problèmes et une population aussi fragile, tu peux pas gérer ça avec des personnes handicapées qui ont le même trouble que les personnes. ».

33Ce système hiérarchique produit une reconnaissance socialement encadrée. D’un côté, il garantit une certaine stabilité et rend visible l’engagement de certains membres ; de l’autre, il peut contribuer à une stratification symbolique où l’accès à la reconnaissance dépend de la capacité à assumer durablement des charges émotionnelles et organisationnelles lourdes. Lorsque le système de rôle et de points met davantage en avant la conformité aux attentes de la modération que la prise en compte des vulnérabilités, la reconnaissance risque de devenir factice, c’est-à-dire subordonnée à des logiques de rendement, voire de docilité. Dans cette sphère, la reconnaissance sensible apparaît dans la manière dont les règles sont interprétées, expliquées, et appliquées. Une même intervention peut protéger ou disqualifier un membre selon le ton employé, la temporalité de réponse, le contexte de son application. Cette tension entre règles institutionnalisées et ajustement sensible renvoie directement au modèle normatif de la communauté virtuelle (Galibert, 2014), qui invite à penser les collectifs numériques comme pris entre une logique organisationnelle de gestion et une logique anti-utilitariste de soin mutuel.

Discussion et conclusion : vers une reconnaissance sensible dans les communautés autistes en ligne

34Les résultats présentés montrent que la reconnaissance intra-communautaire sur Spectrum constitue un levier d’émancipation, tout en étant traversée de tensions profondes. D’un côté, le serveur permet à des personnes autistes souvent marginalisées de partager leurs expériences, d’élaborer des récits communs et de construire des formes de solidarité fondées sur des savoirs expérientiels. De l’autre, la structuration hiérarchisée du serveur et le système de points introduisent des logiques organisationnelles qui canalisent, filtrent ou conditionnent la reconnaissance. Comme l’ont montré de nombreux travaux sur les SACI et comme l’avance déjà le modèle normatif de la communauté virtuelle (Galibert, 2014), les espaces numériques sont pris entre un idéal communicationnel – fondé sur la réciprocité, le don, la pair-aidance et le care – et des impératifs de gestion, de conformité et de régulation. Spectrum illustre particulièrement bien cette tension, où les mêmes dispositifs qui permettent une reconnaissance mutuelle peuvent, selon leur usage ou leur interprétation, générer du mépris symbolique, des asymétries de pouvoir.

35C’est dans cet entre-deux que nous proposons de situer la notion de reconnaissance sensible. Elle renvoie à une dimension incarnée de la reconnaissance, telle qu’elle se déploie dans les interactions quotidiennes, avec une attention portée à l’interprétation contextualisée des règles. Dès lors, elle permet de comprendre comment les formes de reconnaissance observées – affective, juridique et sociale – peuvent basculer de l’émancipation vers la rationalisation, non pas parce que les individus sont mal intentionnés, mais parce que les dispositifs socio-techniques, leurs configurations et les normes implicites du collectif influencent profondément la manière dont la reconnaissance circule.

36L’intérêt du modèle normatif de la communauté virtuelle apparaît ici de manière renouvelée. Il met en lumière la tension structurelle entre logiques anti-utilitaristes (don, care, convivialité) et logiques organisationnelles (règles, rôles, procédures), tension que la notion de reconnaissance sensible permet de saisir à un niveau empirique fin. Penser ensemble ces deux dimensions ouvre des perspectives pour comprendre ce qui rend certaines interactions véritablement émancipatrices et d’autres, au contraire, instrumentalisantes ou normalisatrices. Ainsi, deux pistes de recherche se dessinent. D’une part, l’étude des conditions d’une gouvernance plus délibérative des communautés autistes en ligne, mobilisant l’éthique de la discussion habermassienne, pourrait permettre de réduire les asymétries entre membres et modération. D’autre part, une comparaison avec d’autres espaces numériques d’autistes ou de groupes marginalisés permettrait d’identifier les conditions socio-techniques favorisant une reconnaissance sensible durable plutôt qu’une reconnaissance conditionnelle ou hiérarchique.

37Spectrum apparaît ainsi comme un véritable laboratoire de la reconnaissance : ni refuge pur, ni dispositif strictement administratif, mais un espace où se négocie en permanence la possibilité, pour des personnes autistes, d’être reconnues comme sujets légitimes, dans leurs vulnérabilités comme dans leurs capacités d’agir.

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Notes

1 Nous faisons le choix terminologique de parler de « personnes autistes » ou « d’autistes » afin d’éviter une vision pathologisante ou déficitaire. Les expressions comme « atteinte de » ou « porteuse de » renvoient à une conception strictement médicale, dont on souffrirait. Or, l’autisme est une condition neurodéveloppementale ou une forme de neurodiversité. Ainsi, parler de personnes « autistes » permet de reconnaître cette identité sans la stigmatiser. Néanmoins, nous gardons une vigilance critique sur le fait que toute catégorisation peut avoir un effet d’assignation potentiellement enfermant, dont les personnes concernées pourraient avoir à se défaire.

2 Littéralement « lieu sûr ». Une safe place ou safe space désigne un lieu, physique ou virtuel, où les individus se sentent en sécurité et à l’abri de toute forme de jugement, d’agression ou de discrimination. Les safe places sont communément instaurées pour accueillir des personnes de groupes marginalisés ou vulnérables, telles que les personnes LGBTQ+, les minorités ethniques ou les personnes ayant vécu des traumatismes ou des expériences jugées culturellement difficiles.

3 American Psychiatric Association, 2015, p. 58.

4 Ces logiques sont renforcées dans les environnements en ligne, où la reconnaissance est partiellement médiée par des dispositifs socio-techniques internes (système de réputation, points, rôles, etc.).

5 Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales.

6 Spectrum repose sur un système de gain de points pour accéder à la majorité des canaux de discussion. Pour consulter ces points, il suffit de taper la commande /points dans le canal « commandes bots ». Ces informations sont visibles par tous les membres.

7 Dans Discord, les canaux de discussion sont entendus comme des thématiques, afin de classer les différents sujets abordés.

8 La charte adressée aux membres contient un préambule qui détaille l’objectif du serveur, une première partie sur le respect de la personne et du groupe (divisée en 4 articles), une deuxième sur le respect des personnes autistes (4 articles), une troisième sur le respect de l’ambiance du serveur (4 articles), une quatrième sur le respect de l’organisation du serveur (2 articles), et une conclusion où il est stipulé : « Nous réaffirmons dans ce règlement notre attachement au principe fondateur de notre communauté : supposer la bienveillance d’autrui face à ce que l’on ne comprend pas. »

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Pour citer cet article

Référence électronique

Marie-Lou Troutier et Olivier Galibert, « Quête de reconnaissance dans une communauté en ligne d’autistes »Revue française des sciences de l’information et de la communication [En ligne], 32 | 2026, mis en ligne le 07 juin 2026, consulté le 10 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/rfsic/19687 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16fwg

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Auteurs

Marie-Lou Troutier

Université Bourgogne Europe, laboratoire CIMEOS

Olivier Galibert

Université Bourgogne Europe, laboratoire CIMEOS

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Droits d’auteur

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