« On peut donc dire que la situation de nouveauté est diversifiée selon la façon dont les nouveaux objets d’étude et les nouvelles entreprises de recherche se rapportent à leur propre passé. Il y a toujours un passé, plus ou moins constitué, plus ou moins flou : sinon un corps de savoir, du moins des traces intuitives » (Schlanger, 1992 : 291).
1Voici le 32e numéro de la Revue française des sciences de l’information et de la communication intitulé « La communication en tension : l’usage de l’IA générative entre transformations professionnelles, reconfigurations pédagogiques et défis théoriques », coordonné par Laurent Collet et Carsten Wilhelm.
- 1 Il écrit : « Il ne faut pas séparer les échanges savants des événements sociaux, d’une part, et, de (...)
2Après avoir retracé les étapes de la confection du dossier entre décembre 2024 et la parution en 2026, Laurent Collet et Carsten Wilhelm mettent l’accent sur le fait que « [t]out au long de cette période, nécessaire pour la production scientifique, le développement et le déploiement des IA notamment génératives progressait à grande vitesse ». En traitant d’un objet, l’usage de l’ IA générative (IAg), alors qu’il est dans le même temps en pleine évolution, la démarche entreprise par les coordinateurs et les auteur·ice·s du numéro s’inscrit dans une tradition très bien établie en SIC : Bernard Miège note ainsi que dans les années 1970, « l’émergence des questions de la communication moderne dans la société » est conditionnée par ce qu’il appelle un « élan technologique nouveau »1. Dès leur origine, les SIC revendiquent de manière cohérente et construite leur attachement à accompagner les phénomènes sociaux et technologiques qui leur sont tout à fait contemporains.
3Pour autant, les coordinateurs du numéro précisent que « [c]e constat ne rend pas les productions ici présentées obsolètes, tout au contraire. Les travaux des collègues ayant participé à ce dossier mettent en lumière les multiples facettes de ce phénomène à observer avec toute la diversité des concepts et méthodologies que les sciences de l’information et de la communication (SIC) savent employer » (Collet & Wilhelm, 2026) : ce ne sont pas seulement les objets et leur caractère plus ou moins contemporain, mais aussi et surtout les manières de les aborder, qui confèrent aux SIC leur identité disciplinaire. C’est d’ailleurs sous ce prisme que Jean Davallon évoque à propos des SIC « l’émergence d’un nouveau domaine scientifique qui propos[e] une certaine façon de construire des objets scientifiques » dont « l’originalité et la spécificité […] résident, pour partie au moins, dans une attache (au double sens d’attachement et de fixation) de la pratique scientifique à la dimension technique des objets concrets » (Davallon, 2004 : 31).
- 2 Comme le note si justement Jean-Louis Fabiani, « la coexistence de ces deux définitions de la disci (...)
4Ainsi, ce dossier thématique témoigne à la fois de la volonté partagée de se confronter à un objet technique mouvant, et d’une capacité collective à l’éclairer, le problématiser, le mettre en perspective, l’« arraisonner » grâce à des outils partagés, des théories robustes et stables, une culture commune. Il s’inscrit donc bien dans les SIC comme « discipline », c’est-à-dire comme un cadre paradoxal assurant à la fois « l’organisation pédagogique et l’innovation scientifique » (Fabiani, 2006 : 12)2.
5Lieu d’émergence des savoirs scientifiques par les questions (Miège) et par la construction des objets (Davallon), la RFSIC souhaite aussi s’engager dans la mise en visibilité des transformations de la connaissance (Fabiani) par l’émergence de la jeune recherche en SIC : c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de créer une nouvelle rubrique au sein de la RFSIC, consacrée aux résumés de thèses et d’habilitation à diriger des recherches. Pilotée par la Commission Formation du CA de la SFSIC et par sa vice-présidente Fanny Bougenies, cette rubrique permettra de « renforcer la circulation des savoirs produits par les travaux de recherche doctorale et d’habilitation, souvent riches mais difficilement accessibles au-delà des cercles académiques ; et de documenter la dynamique disciplinaire en donnant à voir, à intervalles réguliers, les problématiques, terrains, méthodes, cadres théoriques et apports qui se stabilisent, se déplacent ou émergent dans les SIC » (description de la rubrique). Le lancement de cette nouvelle rubrique a été annoncé lors des Doctorales de la SFSIC, magnifiquement accueillies du 8 au 10 juin 2026 par le Laboratoire des Sciences de l’Information et de la Communication (LabSIC) de l’Université Sorbonne Paris Nord : trois jours intenses d’effervescence scientifique collective, attestant s’il en était besoin de la pertinence de ce nouvel espace de visibilité.
6Nous retrouverons cette rubrique dans le prochain numéro. En attendant, voici déjà celui-ci : bonne lecture !