Skip to navigation – Site map

HomeNuméros13ParutionsJOST François, 2018. La méchancet...

Parutions

JOST François, 2018. La méchanceté en actes à l’ère numérique

Paris : CNRS Éditions. ISBN 9782271095251, 20,00 €
Delphine Dupré
Bibliographical reference

François Jost, 2018. La méchanceté en actes à l’ère numérique. Paris : CNRS Éditions. ISBN 9782271095251, 20,00 €

Full text

1Dans son nouvel ouvrage, François Jost relate les différentes étapes de l’enquête qu’il a réalisée afin de « reconstituer le parcours qui a libéré la parole dans les médias. » À partir d’un corpus s’étendant de l’ancêtre de Charlie Hebdo (nommé Hara-Kiri à l’époque) aux programmes de téléréalité actuels, l’auteur retrace les évolutions de la méchanceté et analyse leurs contours à l’ère numérique. Cette mise en perspective permet à l’auteur de dresser le constat de la banalisation et de la spectacularisation de la méchanceté dans les médias.

2Le journal Hara-Kiri qui, dans les années 60, se présentait comme « bête et méchant », ne l’était pas réellement. En effet, les contenus publiés relevaient davantage de la satire et de l’humour noir qui « met en évidence la violence occultée par les tabous tout en s’appuyant sur des clichés qui, sans ce traitement humoristique, resteraient cachés. » Le journal avait donc une visée politique dans la mesure où le rire était mobilisé pour lutter contre des valeurs sociétales (comme le machisme) peu propices à l’émancipation.

3La méchanceté à l’œuvre actuellement dans les émissions de télévision et sur Internet est d’une tout autre nature. Elle puise ses origines dans la tendance à la spectacularisation de la vie privée, initiée par les talk-shows des années 80 puis prolongée dans la téléréalité. Si cette mise en scène de l’intime procure à certains la sensation d’exister, elle les expose également à la méchanceté d’autrui. Celle-ci s’exerce à travers les notes attribuées par les téléspectateurs et leurs commentaires dépréciateurs publiés sur les forums.

4La méchanceté s’avère lucrative ; elle plaît au public qui en tire la satisfaction de contempler la bêtise et le malheur des autres. Par conséquent, les dispositifs médiatiques sont construits pour favoriser son expression. L’auteur évoque le recours à des acteurs professionnels pour susciter certaines situations et la valorisation d’une parole libérée, « sans filtre », censée s’opposer au discours policé et maîtrisé de l’élite, mais qui provoque des altercations et des conflits.

5Ainsi, de nos jours, la méchanceté véhiculée dans les médias ne vise plus à bousculer des valeurs régressives par l’humour. Il s’agit, au contraire, de s’acharner à dévaluer des « têtes de Turcs ». Ce processus implique le recours systématique à des stéréotypes pour ridiculiser une personnalité en la réduisant à un trait de caractère ou à une particularité de son apparence physique. Selon l’auteur, la chronique de Bruno Guillon et les émissions de Cyril Hanouna en constituent des exemples emblématiques.

6Enfin, l’auteur consacre une partie de son ouvrage à l’analyse du cas des commentaires désobligeants sur les sites de presse. Ce corpus l’amène à postuler qu’Internet prolonge une tendance initiée à la télévision : le discrédit du discours des élites au profit d’un populisme s’actualisant dans un « parlez vrai » incivil et insultant.

7Pour conclure, le dernier livre de François Jost analyse les ressorts et les évolutions de la méchanceté médiatique. L’écriture fluide et simple rend le propos accessible tant au chercheur qu’au grand public. Cet ouvrage fournit au lecteur des clés théoriques pour mieux appréhender des phénomènes d’actualité comme la propagation de la haine sur Internet.

Top of page

References

Electronic reference

Delphine Dupré, “JOST François, 2018. La méchanceté en actes à l’ère numérique”, Revue française des sciences de l’information et de la communication [Online], 13 | 2018, Online since 01 June 2018, connection on 13 October 2026. URL: http://journals.openedition.org/rfsic/3562; DOI: https://doi.org/10.4000/rfsic.3562

Top of page

About the author

Delphine Dupré

Delphine Dupré est doctorante contractuelle en SIC au laboratoire MICA (EA 4426) de l’Université Bordeaux Montaigne. Sa thèse, dirigée par Valérie Carayol et Aurélie Laborde, porte sur les incivilités par messagerie électronique dans les relations managériales. Ce travail doctoral s’inscrit dans le cadre du projet « Civilinum » financé par la région Nouvelle-Aquitaine et porte sur les incivilités numériques au travail. Courriel : delphine.dupre@u-bordeaux-montaigne.fr

By this author

Top of page

Copyright

CC-BY-NC-SA-4.0

The text only may be used under licence CC BY-NC-SA 4.0. All other elements (illustrations, imported files) may be subject to specific use terms.

Top of page
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search