Le projet de revue francophone sur la santé et les territoires a vu le jour en 2015 sous la forme d’un carnet hypothèses.org après deux années de préparation. Un constat initial avait présidé à cette initiative : les travaux qui articulent les questions de santé et les problématiques spatiales étaient relativement bien identifiables dans la littérature anglo-saxonne avec des revues telles que Health and Place, ou International Journal of Health Geographics ou encore Social Science and Medicine. Mais en français, ces travaux étaient dispersés dans des revues généralistes (géographie, santé publique, sciences sociales) et manquaient donc de visibilité bien que certaines de ces revues aient produit des dossiers thématiques fort intéressants (par exemple : Espace, populations, sociétés, 1995-1, « La géographie de la santé en question »).
La RFST est née dans un contexte favorable. D’un point de vue épistémologique, la Loi Hôpital, Patient, Santé et Territoire (HPST) de 2009 en France ouvrait un ensemble de perspectives dans le champ de la territorialisation en santé. Sur le plan académique, l’UGI et les sociétés savantes organisatrices de l’International Medical Geography Symposium (IMGS) attribuaient, en 2015, l’organisation de la prochaine édition de l’évènement à la France. L’édition 2017 de l’IMGS à Angers allait s’avérer un franc succès en même temps qu’un coup de projecteur positif sur la géographie de la santé francophone dans son entièreté. Suite à cet évènement, les rencontres françaises de géographie de la santé ont été instaurées et sont organisées tous les 2 ans depuis avec des éditions à Lyon, Rennes, Cannes et Aubervilliers et une prochaine manifestation annoncée en 2026 à Clermont-Ferrand. De surcroît, dans le même temps, de nombreux.ses jeunes chercheur.e.s ont été recruté.e.s dans un nombre croissant d’universités faisant qu’aujourd’hui, la communauté des géographes de la santé en France est vivante et dynamique.
La RFST a accompagné ce processus sans se restreindre disciplinairement à la seule géographie et sans se restreindre à la France, mais en s’ouvrant à l’intégralité de la francophonie. La revue a toujours affiché une posture pluridisciplinaire. Ainsi, des travaux en médecine générale, en anthropologie ou en sociologie de la santé ont été publiés dans nos pages.
Au tournant des années 2020, la revue a connu une première mutation en intégrant la plateforme OpenEdition Journals et en recueillant le support officiel de l’Institut National SHS du CNRS (le CNRS a accompagné ce projet depuis ses prémisses en 2013). Puis un outil d’automatisation des dépôts d’articles et de suivi du processus d’évaluation a été développé et est aujourd’hui opérationnel. La RFST a grandi, elle offre aujourd’hui gratuitement à lire plus de 90 textes portant sur des sujets et des terrains variés, et pas uniquement en France (l’Afrique et le Canada francophones sont d’importants contributeurs). Ces textes sont résolument francophones dans un monde ou l’anglais académique domine, au risque d’appauvrir les contenus. Cela offre un débouché de publication pour des chercheurs souhaitant écrire dans leur langue d’usage tout en gardant une certaine visibilité. Les résumés en anglais de la RFST sont plus longs que dans les autres revues en français, et sont référencés comme des articles à part entière détaillant les résultats, offrant une figure d’illustration et permettant ainsi à la communauté scientifique non francophone d’avoir un accès à ces contenus. Peut-être que l’avènement de l’intelligence artificielle, et les facilités de traduction automatique qui vont avec, rendront ce dispositif obsolète, mais son existence aura certainement fait exister une passerelle entre le monde anglophone et le monde francophone et ouvert un espace de publication original.
Côté lectorat, la RFST grandit chaque année. En 2024 les pages de la revue ont accueilli plus de 27 000 lecteurs générant plus de 10 000 téléchargements (l’article le plus téléchargé l’a été 928 fois). C’est dix fois plus qu’en 2015 et cela signifie surtout que les auteurs qui confient leurs textes à la revue sont récompensés car leurs écrits sont diffusés et lus.
En 2025, la revue fête ses 10 ans et à cette occasion, elle évolue encore car Sébastien Fleuret, son rédacteur en chef depuis sa création se retire pour laisser la place à une direction collégiale composée de Nina Aubry (Université d’Angers), Guillaume Chevillard (IRDES, Paris), Emmanuelle Faure (Université de Paris Est-Créteil) et Mauricio Fuentes-Vallejo (Centre Léon Berard, Lyon). Ce processus de renouvellement se fait très progressivement avec une année entière de tuilage. La nouvelle équipe prend ses marques puis posera son empreinte sur la revue en la faisant évoluer sans perdre de vue son positionnement fondamental d’accompagnement des travaux sur la santé et les territoires avec une approche pluridisciplinaire et une ligne éditoriale à la fois exigeante en termes de qualité scientifique et bienveillante en termes d’évaluation.
Je passe à la première personne au moment de conclure cet éditorial pour dire le plaisir que j’ai eu à mener cette aventure d’une décennie et la confiance totale que je place dans cette équipe qui me succède. Il est sain et salutaire que les responsabilités ne restent pas trop longtemps entre les mêmes mains, l’actualité du monde nous le rappelle. Je souhaite également remercier l’équipe de rédaction qui m’a secondé ces dernières années et qui, elle aussi, laisse la place aux suivants : Anne Cécile Hoyez, Clélia Gasquet-Blanchard, Emmanuel Eliot et Audrey Bochaton. J’adresse également mes remerciements à Stéphane Loret, ingénieur CNRS, qui a monté l’architecture du site de la RFST et à Joane Gautier dont le rôle de secrétariat d’édition est crucial.
Enfin, un grand merci aux auteur.rice.s et aux lecteur.rice.s de la revue. Longue vie à la RFST !
Sébastien Fleuret


