Une Afrique indienne ? De l’exotisme au syncrétisme chez Leo Frobenius et Leni Riefenstahl
Résumés
Dans Les Noubas – Des hommes d’une autre planète (1973) Leni Riefenstahl fait référence à Und Afrika sprach de Leo Frobenius. Dans le chapitre indiqué, l’ethnologue décrit les mœurs du peuple nouba avec précision et affirme que le déclin imminent de ce peuple découle de l’abandon du régicide rituel. Cette thématique est reprise dans Märchen aus Kordofan (1924). Dans le premier conte de ce recueil est révélée l’origine kouschite des Noubas. Dans Indische Reise (1931), Frobenius émet l’hypothèse selon laquelle le régicide rituel caractérise une aire culturelle au développement de laquelle les Aryens auraient considérablement contribué. On ne peut exclure que Leni Riefenstahl ait eu connaissance de ces textes et que leurs thèses soient susceptibles d’éclairer un certain nombre de photographies, de séquences photographiques et de commentaires de la photographe. Des traits syncrétiques communs caractérisent les Noubas des deux auteurs. On ne saurait cependant en conclure à une identité des conceptions philosophiques : c’est ce constat qu’impose une mise en parallèle avec le Varuna de Willibald Hentschel.
Texte intégral
1En 1973 Leni Riefenstahl parvient à sortir du relatif silence éditorial et cinématographique qui a été le sien depuis l’effondrement du national-socialisme en faisant paraître un recueil de photographies consacré à un peuple du Soudan central, le peuple nouba.
- 1 Leni Riefenstahl : Die Nuba – Menschen wie von einem anderen Stern. München 1973.
- 2 Leni Riefenstahl : Die Nuba von Kau. München, 1976 [Nous nous référons pour ces deux monographies à (...)
- 3 L’expression à succès est au cœur de différents ouvrages, notamment journalistiques. Cf. Guido Knop (...)
2Ce premier recueil1, suivi de cinq autres2 entre 1976 et 2002, ne met pas fin aux controverses portant sur les liens entretenus par la cinéaste avec le national-socialisme et tout particulièrement avec Adolf Hitler. Elle continue à être perçue comme la « cinéaste d’Hitler », voire comme une « femme d’Hitler »3. Ne fut-elle pas particulièrement mise à l’honneur le 20 avril 1938, lorsque la première de son film Olympia constitua le cœur des cérémonies d’anniversaire d’un Führer au sommet de sa popularité pour avoir réalisé l’unification de la « Grande Allemagne » ?
- 4 26 des 45 références concernent des articles publiés dans la revue ethnographique Sudan Notes and R (...)
3Si le recueil de 1973 Die Nuba – Menschen wie von einem anderen Stern ne met pas fin à cette perception, il fournit toutefois à l’artiste des arguments en faveur de la thèse qu’elle-même et ses nombreux admirateurs ne cessent de défendre depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale : son art s’exprimerait dans des contextes politiques et idéologiques donnés tout en leur restant étranger. Ce serait là le propre du génie artistique. L’art partageant ce statut d’exception avec la science, Leni Riefenstahl se fait ethnographe dans ses recueils africains et place en annexe de la première édition de ce premier recueil photographique une bibliographie qui regroupe quarante-cinq articles et ouvrages à caractère scientifique4.
4La question de savoir quelle fonction cette bibliographie remplit dans l’économie du recueil semble n’avoir jamais été posée. Convient-il d’y voir un ornement, une caution morale, une invitation à l’approfondissement ? A ces trois hypothèses – parmi beaucoup d’autres – peut être jointe une quatrième, celle d’une fonction indiciaire. Cette bibliographie pourrait contenir des indices éclairant les choix réalisés par la photographe.
- 5 Leo Frobenius : Und Afrika sprach. Berlin 1913.
5Une référence qui, sous cet angle, retient plus particulièrement l’attention invite à ne pas exclure cette dernière hypothèse. Citant Und Afrika sprach de Leo Frobenius5, Leni Riefenstahl prend soin d’indiquer le chapitre auquel il convient de se référer, le quatrième chapitre du troisième tome de ce qui est généralement considéré comme le grand œuvre de Leo Frobenius. Le traitement particulier réservé à cette référence amène à s’interroger sur le lien existant entre l’œuvre de Leni Riefenstahl et celle de Leo Frobenius. La clé pourrait être celle d’une « Afrique indienne » suggérée dans plusieurs textes de Leo Frobenius et susceptible d’être découverte dans les recueils photographiques de Leni Riefenstahl.
- 6 Cf. note 22.
6Une telle hypothèse peut dérouter le connaisseur des deux œuvres : dans la mémoire collective, les noms de Leni Riefenstahl et de Leo Frobenius sont bien davantage associés à la mise en valeur de nombreuses facettes du continent africain qu’à l’Inde. À première vue, rien – hormis l’Afrique – ne rapproche les noms de Leo Frobenius et de Leni Riefenstahl. « L’ethnologue de l’empereur Guillaume II » et « la cinéaste de Hitler » sont certes l’un et l’autre des figures controversées de l’histoire allemande, mais là s’arrêtent les points communs évidents. Pas même l’objet de ces controverses ne les relie l’un à l’autre. Le nom de Leo Frobenius est au cœur de débats épistémologiques. Le nom de Leni Riefenstahl est au cœur de débats esthétiques. La présence de l’un et de l’autre sur le continent africain n’a pas jusqu’ici été perçue comme un élément suffisant à les rapprocher. Leur intérêt commun pour le peuple nouba du Soudan a certes été relevé, mais il n’a pas fait l’objet d’un examen approfondi. Leurs noms figurent jusqu’ici uniquement sur la longue liste des voyageurs et aventuriers s’étant risqués dans ces contrées. De plus, leurs intérêts pour ce peuple divergent. Leo Frobenius s’y est intéressé en ethnographe, ne leur consacrant dans les apparences que quelques pages ; Leni Riefenstahl leur a consacré deux recueils photographiques, les Noubas lui offrant la possibilité d’une métamorphose réussie de cinéaste en photographe. Il a été implicitement considéré jusqu’ici que les Noubas occupaient certes une certaine place dans l’œuvre et la vie de ces deux personnalités, mais que cette place était sans commune mesure et n’offrait ni point de comparaison ni point de rapprochement. Quant à l’Inde, il est logique qu’elle n’ait jamais servi de base à un rapprochement entre ces auteurs. Leni Riefenstahl n’a que rarement exprimé son intérêt pour le continent indien. Quant à Leo Frobenius il n’a publié qu’un journal de voyage en Inde6, ouvrage tardif, bien isolé au milieu de son abondante activité éditoriale. Les apparences pourraient toutefois être trompeuses. La marginalité, voire la quasi-absence de l’Inde dans leurs œuvres respectives, pourrait découler d’une stratégie de dissimulation.
7Une première lecture pourrait laisser penser que la présence de l’Inde chez ces deux auteurs relève de la mode et du topos. L’indophilie – tendant souvent à l’indomanie – crée les conditions de la dissimulation. Les indices sont comme rendus insignifiants par la force du topos. Les images que Leni Riefenstahl consacre dans son film Olympia à la délégation indienne aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936 illustrent la force de la « dénotation ». Seule une lecture plus attentive permet de repérer des connotations et suggère que ces images peuvent constituer à elles seules un indice d’un intérêt particulier pour l’Inde.
- 7 Leni Riefenstahl : Schönheit im olympischen Kampf, Berlin, 1937. Nous nous référons à la réédition (...)
- 8 Leni Riefenstahl (note 7), p. 72.
- 9 Ibid., p. 73.
- 10 Ibid., p. 255.
8Dans Schönheit im Olympischen Kampf7– le recueil de photogrammes extraits du film – la mise en page de l’unique photogramme indien8 appelle interprétation. En vis-à-vis de sept membres de l’équipe féminine britannique9 les sept sportifs indiens semblent plus petits que celles-ci en dépit d’un cadrage similaire. Le contraste entre ces deux photogrammes n’est aucunement comparable à celui trouvé sur la double page précédente. À la plongée donnant à voir une équipe française lilliputienne succède la contreplongée donnant une force certaine à l’équipe italienne saluant. S’agit-il là d’une double page latine avant une double page consacrée à l’empire britannique ? Cette interprétation est possible, la composition de ce recueil étant très soignée. Ce qui s’impose surtout, c’est le constat d’un crescendo allant des microscopiques Français aux immenses « jeunes filles anglaises ». Ces quatre photogrammes de l’ouverture des Jeux Olympiques succèdent immédiatement à la première apparition d’Adolf Hitler dans ce recueil, mais surtout ils précèdent immédiatement la double page illustrant l’arrivée de la flamme olympique dans le stade. À la plongée qui confère toute sa force au porteur de la flamme en premier plan, un sportif blond, succède la contreplongée mettant le lecteur du recueil dans la position des athlètes microscopiques de la page précédente mis au service du feu olympique. Suivent des images représentant le 80 mètres haies féminin, le lancement de disque, puis Jesse Owens prêt à s’élancer pour un sprint. Deux cents photogrammes relatent les exploits des athlètes à Berlin, jusqu’à ce que le lecteur retrouve le feu olympique, feu olympique léchant le soleil couchant10, relayé par le célèbre dôme de lumière célébrant l’ « harmonie finale ».
- 11 Ibid., p. 40-41.
9Le soin apporté à la composition du recueil ne fait pas de doute : une séquence introductive dont le fil rouge est le feu olympique, du Parthénon à la nouvelle Athènes, une séquence centrale – le corps du texte – exaltant le sport, le corps sportif et le corps social, voire la communauté nationale ou la race – et une séquence finale renouant avec les thématiques initiales du feu olympique et de l’harmonie cosmique. Olympia ne manque pas de puissance symbolique et de richesse intertextuelle. L’alternance masculin-féminin est, par exemple, remarquable. On la trouve sur la double page mettant en scène les athlètes indiens. On l’a trouvée précédemment sur la double page mettant en scène « Der Führer » et « Die deutsche Mannschaft », équipe féminine allemande. Avant même ce vis-à-vis entre Adolf Hitler et les athlètes allemandes cette alternance masculin-féminin a été présente dès l’incipit. Du Parthénon à Berlin, en passant par Olympie, le Col des Thermopyles, Delphes, Corinthe, villes, villages et plages, un jeune Grec de Pyrgos conduit le lecteur de l’antiquité grecque au présent allemand. Incarnation de cette antiquité revivifiée, le discobole de Myron11 fait passer le recueil de la monumentalité de la statuaire antique à la vitalité des corps athlétiques. Les légendes renseignent sur la symbolique du vis-à-vis dans lequel se trouvent masculinité et féminité. Cette longue séquence initiale s’achève par des allégories de la grâce et de la force.
- 12 Ibid., p. 25, 26, 28, 30, 32 et 35.
- 13 Cf. Leni Riefenstahl : Memoiren, Köln 1987, p. 106 ; 215-216, p. 338‑345. Gérard Genette a vu dans (...)
- 14 Ibid., p. 39.
- 15 Ibid., p. 27 et 29.
10L’incipit d’Olympia établit un lien direct entre l’Athènes antique12 et Berlin, nouvelle Athènes, et révèle la cohérence du projet riefenstahlien. La cinéaste qui voulait réaliser le Penthésilée13 de Kleist place la nouvelle Athènes sous la protection d’Athéna. Incarnation de la guerre, cette déesse virile est présentée dans cet incipit comme la source de la force et de la vitalité de la nouvelle Athènes. Pâris14 et Aphrodite, la Méduse15 sont autant de témoins de la victoire d’Athéna. Comment ne pas en déduire que nous est annoncée la victoire d’une Allemagne revivifiée ? Cette vitalité nouvelle prétendue ne découle-t-elle pas d’un culte de la femme implicitement présent dans l’incipit d’Olympia ? Un lien semble y être établi entre un culte antique de la femme guerrière et un culte germanique renouvelé.
11Faut-il considérer que le vis-à-vis entre la délégation indienne et la délégation britannique est également porteur de cette signification ? L’une comme l’autre des délégations trouveraient leur place dans une tradition ancestrale. Il n’est pas possible de ne pas penser aux associations que l’Inde a suscitées au cours des décennies précédentes. Le polythéisme hellénique a été omniprésent au fil des premières images. Des images pouvant évoquer le vitalisme sont également présentes, la figure intitulée Tänzerin pouvant évoquer le célèbre Lichtgebet de Fidus, un Lichtgebet féminisé, les rondes, les cerceaux, la nudité pouvant également être perçus comme un hymne à la nature. La féminisation du Lichtgebet ne surprend pas, tant la présence de figures féminines est forte dans cette introduction : les caryatides de l’Erechtheion, Aphrodite annoncent cette danseuse chantant l’harmonie cosmique. Faut-il lire la présence d’athlètes indiens en vis-à-vis de « jeunes filles anglaises » comme le signe de cette polarité unissant la force et la grâce ? Les Français microscopiques ne seraient pas dignes de ce vis-à-vis. Les Indiens se situeraient dans la lignée esquissée depuis le début du recueil – et du film –, la lignée polythéiste et vitaliste à laquelle ils sont fréquemment rattachés dans l’imaginaire « indomaniaque » du début du siècle.
- 16 Ce récit liminaire contient deux éléments qui ont joué un grand rôle dans la vie de Leni Riefenstah (...)
- 17 Leni Riefenstahl (note 13), p. 15.
12La figure intitulée Tänzerin de Schönheit im olympischen Kampf est susceptible elle aussi d’évoquer l’Inde, tant toute danseuse nue est perçue comme l’héritière de danseuses indiennes. C’est à l’omniprésence de cette figure que renvoient, cinquante ans après Olympia et Schönheit im Olympischen Kampf, les quelques lignes16 de Memoiren devant apporter la preuve du goût inné de Leni Riefenstahl pour le travestissement. Ces lignes mettent en scène la jeune Leni Riefenstahl en bayadère17. Celle qui accèdera à la renommée par la danse, puis par l’alpinisme dans les films d’Arnold Fanck avant de devenir réalisatrice, trahit à la fin de sa vie par ce détail l’importance de l’Inde dans la société allemande durant son enfance berlinoise et à l’époque de sa socialisation:
- 18 Ibid., p. 13.
Schon mit vier oder fünf Jahren machte es mir Spaß, mich zu verkleiden und mir die phantastischsten Spiele einfallen zu lassen. So erinnere ich mich ganz deutlich an einen Abend in unserer Wohnung am Berliner Wedding, in der Prinz-Eugen-Straße, in der ich auch geboren wurde. Meine Eltern waren ausgegangen. Mit Hilfe von Bettlaken hatte ich meinen drei Jahre jüngeren Bruder Heinz in eine ägyptische Mumie verwandelt, damit er sich nicht rühren konnte, hatte selbst die langen lila Abendhandschuhe meiner Mutter angezogen und mich obenherum mit Tüll als indische Bayadere verkleidet.18
- 19 Cf. Johann Chapoutot : Le national-socialisme et l’Antiquité. Paris 2008.
13Le goût affiché des contrées lointaines, de l’aventure et des cultures étrangères est présenté dans Memoiren sur un mode ludique. Le jeu de l’enfant évoque les somptueuses fêtes déguisées. Le registre est ici celui du jeu, de la fête, du travestissement. Comment ne pas se souvenir par exemple des tableaux vivants en costumes orientaux organisés dans les cours européennes ? Ce registre festif ne doit pas faire oublier la dimension potentiellement idéologique d’une telle passion. L’incipit d’Olympia et de Schönheit im Olympischen Kampf en est une parfaite illustration. Les enjeux idéologiques de cette mise en scène d’une continuité entre Athènes et Berlin sont connus19. L’exotisme est alors indissociable d’une certaine forme de syncrétisme.
- 20 Kurt Sontheimer : Antidemokratisches Denken in der Weimarer Republik, Die politischen Ideen des deu (...)
- 21 Ibid., p. 50.
14Selon Kurt Sontheimer, dans Antidemokratisches Denken in der Weimarer Republik20, l’exotisme et l’intérêt général sous la République de Weimar pour les civilisations orientales – indiennes ou chinoises – auraient jusque-là masqué la spécificité de cet engouement. Ils auraient servi d’alibi à des auteurs qui, dans le sillage de la redécouverte de Johann Jakob Bachofen, auraient mis à profit le goût pour les civilisations orientales pour exprimer une tendance commune à la fuite hors de l’Occident moderne. Sontheimer énumère des représentants de ce courant : Ludwig Klages21, Leo Frobenius, Oswald Spengler, Edgar Dacque, Theodor Lessing.
- 22 Leo Frobenius : Und Afrika sprach (note 5). Leo Frobenius : « Kulturgeschichtliche Fragmente aus de (...)
- 23 Cf. notes 1 et 2.
- 24 Willibald Hentschel : Varuna, Das Gesetz des aufsteigenden und sinkenden Lebens in der Völkergeschi (...)
15On se demandera si l’analyse de Kurt Sontheimer peut être élargie à l’Afrique et plus particulièrement à l’intérêt que porte Leo Frobenius à un peuple du Soudan, le peuple nouba, peuple auquel s’est également intéressée Leni Riefenstahl. On cherchera à savoir si en réservant, dans son recueil photographique Die Nuba – Menschen wie von einem anderen Stern, un statut particulier à la référence bibliographique qu’elle consacre à Und Afrika sprach de Leo Frobenius, Leni Riefenstahl n’a pas laissé un indice d’une continuité entre les syncrétismes observables dans leurs deux œuvres. L’image donnée des Noubas, chez l’un comme chez l’autre, est susceptible d’illustrer la thèse d’une Afrique indienne dont on trouve une expression à bien des égards similaire chez Willibald Hentschel. L’interrogation née de la référence à Und Afrika sprach dans Die Nuba – Menschen wie von einem anderen Stern dépasse le cadre des liens entre ces deux œuvres et porte également sur les éléments de continuité existant entre – premièrement – trois œuvres de Leo Frobenius22 dans lesquelles les Noubas sont implicitement ou explicitement présents, – deuxièmement – les différents recueils photographiques de Leni Riefenstahl23 et – troisièmement – le Varuna de Willibald Henstchel24. La référence à Und Afrika sprach dans Die Nuba – Menschen wie von einem anderen Stern pose enfin la question de la dissimulation de l’ancrage de ces œuvres dans le courant de pensée évoqué par Kurt Sontheimer.
- 25 Cf. Kurt Sontheimer (note 20), p. 43.
- 26 Cf. Max Scheler : « Der Mensch im Weltalter des Ausgleichs. » In : Ausgleich als Aufgabe und Schick (...)
- 27 Cf. Martin Heidegger : Concepts fondamentaux de la métaphysique, trad. fr. Daniel Panis. Paris 1992 (...)
16Afin de cerner la spécificité de ce courant, Sontheimer s’appuie sur les diagnostics formulés par deux contemporains, Max Scheler25 en 1928 et Thomas Mann en 1930. À la condamnation sans appel proférée par le deuxième, Sontheimer oppose la critique compréhensive développée par le premier au cours d’une conférence26 donnée peu avant sa mort. Scheler27 s’y montre favorable à la « révolte systématique des pulsions contre la sublimation et l’ascèse du passé ». L’irrationalisme, l’anti-intellectualisme et le mépris de l’esprit seraient le dénominateur commun à différents courants que Sontheimer énumère à la suite de Scheler : bolchevisme, fascisme, mouvement de jeunesse, danse, psychanalyse, nouveau culte de l’enfance, goût pour la mentalité mythique primitive ou encore « l’étrange penchant de notre temps pour la mystique des ténèbres ». Face à la tolérance de Max Scheler vis-à-vis de « l’expression de pulsions refoulées durant des siècles », Sontheimer s’interroge sur le risque inhérent à toute relativisation de leur dangerosité. Il note toutefois que Scheler invite à un retour du balancier suite aux excès du courant vitaliste et rejette la défiance vis-à-vis de l’esprit prônée par Ludwig Klages. Tout en s’interrogeant sur la perspective de guérison envisagée par Scheler, Sontheimer lui donne raison sur un point précis. La misanthropie est bien selon lui aussi la cause de l’escapisme commun à ces auteurs :
- 28 Kurt Sontheimer (note 20), p. 43.
Ein allzu düsteres Bild des Menschen lasse […] einem nichts mehr anderes übrig als sich in einen Winkel der Natur zu flüchten, um hier den Menschen und seine Geschichte zu beklagen, die Urvergangenheit des Menschen und ihre letzten Reste in Mythos, Sage, Märchen, Brauch zu bewundern und sich durch Rauschgifte und Enthaltung von aller ‘Tat’ pathetisch zurückzuversenken.28
17Le paradis nouba auquel s’est intéressée Leni Riefenstahl à la suite de Leo Frobenius pourrait être un de ces coins de nature évoqués par Max Scheler et Kurt Sontheimer. On retrouve dans son évocation des peuples noubas plusieurs des tendances citées plus haut : envoûtement pour la danse, culte de la jeunesse et de l’enfance, goût pour les mentalités mythiques primitives, penchant pour la mystique des ténèbres.
- 29 Cf. Thomas Mann : Deutsche Ansprache, ein Appell an die Vernunft (17/10/1930), vol. XII, Gesamtausg (...)
- 30 Cf. Kurt Sontheimer (note 20), p. 47.
- 31 Ibid., p. 46.
18Kurt Sontheimer pose la question de savoir s’il s’agit seulement de mouvements excessifs susceptibles par un retour de balancier d’être ramenés à un équilibre, comme le suggérait Max Scheler, ou s’il ne s’agit pas plutôt d’un mouvement de « rebarbarisation », de « rechute dans la barbarie ». Cette « rechute », c’est celle qu’évoque Thomas Mann dans son Appel à la raison29 prononcé à la Beethoven-Saal de Berlin suite aux résultats électoraux du parti national-socialiste en septembre 1930. Il s’agirait d’une grave régression dans laquelle les figures de la mère et des forces chtoniennes seraient exaltées en opposition à l’esprit accusé d’étouffer la vie30. La vérité de la vie se trouverait du côté des enfers. La vie même émanerait des ténèbres. La clarté de l’esprit et de la raison serait en ce sens assassine. Thomas Mann a été, selon Kurt Sontheimer, l’un des premiers à saisir la dimension potentiellement politique d’une telle « rechute » lorsqu’il déclarait en 1929 : « In jeder geistigen Haltung ist das Politische latent » 31.
- 32 Cf. Leo Frobenius : Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern (note 22), p. 5 : « Das aber (...)
- 33 Cf. Thomas Mann : « Die Stellung Freuds in der modernen Zeitgeschichte ». In : Gesammelte Werke in (...)
- 34 Leo Frobenius : Indische Reise (note 22), p. 16.
19La mise en valeur de la figure de la mère dans les recueils photographiques de Leni Riefenstahl pourrait se trouver éclairée par cette mise en relation avec un biocentrisme dans lequel le christianisme se trouve accusé et prétendument dépassé. L’insistance – chez Leo Frobenius32 comme chez Leni Riefenstahl – sur ce dépassement considéré comme opéré par les Noubas serait cohérente avec cette hypothèse. Chez Leni Riefenstahl la figure de la femme en extase unie aux forces vitales sur le modèle du Lichtgebet et le motif de l’élection de l’homme par la femme devraient alors être lus comme autant d’indices du triomphe de la femme sur l’homme et des forces chtoniennes féminines sur l’intellect masculin. À l’origine de ce mouvement au sein duquel une place spécifique reviendrait à Ludwig Klages, il y aurait, selon Sontheimer, la redécouverte de Johann Jakob Bachofen33. Leo Frobenius, dans Indische Reise, fait l’éloge de mœurs « grandios-barbarisch »34. Cet élément suffit-il à faire de ce texte de Leo Frobenius un appel à la rechute dans la barbarie et à donner raison à Thomas Mann ?
20On a d’abord vu que dans Schönheit im Olympischen Kampf l’exotisme pouvait servir de fondement à une stratégie de dissimulation des enjeux philosophiques, idéologiques ou politiques, comme l’a suggéré Kurt Sontheimer. On peut se demander dans un deuxième temps si l’illusion de réalité ne sert pas bien souvent également à dissimuler la fiction. Cette illusion de réalité peut être nourrie par la prétention à la scientificité, par le récit événementiel, l’insistance sur le factuel et la mise en avant du témoignage ou encore, chez Leni Riefenstahl, de l’objectivité photographique. La mise en scène des Noubas par Leo Frobenius et Leni Riefenstahl peut être examinée sous cet angle d’une écriture factuelle créant l’illusion de réalité.
- 35 Leo Frobenius (note 5), p. 100 : « Diese Isolierung äußert sich auf zwei Gebieten, auf politischem (...)
- 36 Ibid., p. 97 : « Es ist möglich, dass das, was Sudan- und Ostafrikabevölkerung so stark verschieden (...)
21Un premier fait cité par Leo Frobenius comme par Leni Riefenstahl concerne l’isolement35 des Noubas et leur absence de contacts avec la civilisation. En 1913, dans Und Afrika sprach, Frobenius défend la thèse selon laquelle tous les peuples d’Afrique orientale se caractérisent par leur appartenance à la culture éthiopienne. La particularité des Noubas serait de résider au milieu d’un territoire qui ne relève pas de cette culture, le territoire soudanais. La culture soudanaise serait une culture équestre qui se répandrait plus vite et plus loin que les autres, effaçant toute trace d’autres cultures. Ne connaissant pas le cheval36, les Noubas auraient pu trouver refuge là où les chevaux ne peuvent accéder, dans des montagnes escarpées, coupées des plaines si facilement conquises par le peuple soudanais. Les Noubas vivraient comme vivaient leurs lointains ancêtres.
- 37 Dans Und Afrika sprach Frobenius indique ne pas pouvoir confirmer le lien entre peuples nilotiques (...)
- 38 Ibid. : « Stets waren diese Berge Nester, Zufluchtsorte und Ausfallsgebiete der Zurückgedrängten. A (...)
- 39 Frobenius affirme avoir compris l’intérêt du récit d’Arach-ben-Hassul concernant les Noubas suite à (...)
- 40 Leo Frobenius : Indische Reise (note 22), p. 278-281 : « Wie der Mondreligion Shivas im Süden Indie (...)
22Ce fait – l’isolement – dicté par la géographie peut susciter l’illusion de réalité. L’isolement crée le cadre crédible d’une fiction portant sur l’ascendance des Noubas. Les lointains ancêtres dont les Noubas perpétuent les mœurs ne sont pas nommés dans Und Afrika sprach37. Ils ne le seront que dix ans plus tard dans Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern38 où Frobenius affirme qu’ils sont kouschites39. En 1913, dans Und Afrika sprach, Frobenius prend toutefois soin de préciser que la culture nouba décrite par lui présente un intérêt plus vaste. Cela pourrait signifier que dès 1913 Frobenius préparait la révélation qu’il met en scène dix ans plus tard. Cette révélation se précise, dans Indische Reise, par l’affirmation d’une appartenance de tous les peuples pratiquant le régicide rituel à une même aire culturelle au développement de laquelle les Aryens auraient considérablement contribué40. L’illusion de réalité née d’un fait géographique – les montagnes nouba – pourrait faire oublier que des aspects essentiels des conclusions que Leo Frobenius mais aussi Leni Riefenstahl tirent de la géographie nouba ne semblent attestés que par eux seuls. En outre, ces conclusions divergent chez les deux auteurs. Leni Riefenstahl met l’accent sur la préservation de la nudité, alors que la nudité est absente de la description de Leo Frobenius qui photographie les Noubas vêtus et insiste sur l’ancienneté des mœurs et de la religion nouba.
- 41 Leo Frobenius (note 5), p. 103 : « Die große Bedeutung der Religion im Leben der Nuba. »
- 42 Ibid., p. 111 : « Das Wesentliche im Leben der Nuba, wie aller kulturell verwandten afrikanischen S (...)
- 43 Cette religion qui n’est pas nommée dans Und Afrika sprach présente des traits communs avec le shiv (...)
- 44 Ibid., p. 117 : « Damit dürfen wir diese Skizze des Nubavolks abschließen. Es war nicht meine Absic (...)
- 45 Ibid., p. 100-101 : « Die Oaseninseln der Sahara sind offen und den Anstürmen der Nomadenstämme une (...)
23Le deuxième fait cité par Leo Frobenius et Leni Riefenstahl est l’importance de la religion dans l’existence des Noubas41. Frobenius définit ce qu’est une religion, non pas un ensemble de principes, mais une adaptation aux mœurs pour les rendre plus efficaces encore42. Car là est, selon Frobenius et Riefenstahl, la caractéristique essentielle des mœurs nouba. Elles sont tournées vers l’efficacité, la fertilité43 la plus grande possible. Le régicide rituel décrit dans le détail par Frobenius dans Und Afrika sprach viendrait sanctionner une fertilité insuffisante et obligerait à redoubler d’efforts et de sacrifices en vue de la fertilité. Selon Frobenius tout l’intérêt du chapitre de Und Afrika sprach auquel Leni Riefenstahl fait référence réside dans la présentation d’une religion primitive44. Cette affirmation retient d’autant plus l’attention qu’elle s’accompagne d’une deuxième affirmation selon laquelle cette religion primitive serait indemne de contacts avec le sémitisme45.
- 46 Ibid., p. 100.
- 47 Ibid., p. 107 : L’opposition entre les nomades sémites et les différentes tribus nouba serait d’ord (...)
- 48 Ibid., p. 102 : « Das Leben im Dorf ist ein sehr glückliches und harmloses. Farmarbeit, an der sich (...)
- 49 Ibid., p. 116.
- 50 Ibid., p. 106-108, 114-115.
- 51 La nudité que Leni Riefenstahl recherche chez les Noubas est totalement absente des descriptions et (...)
- 52 Cette idée d’une culture entièrement tournée vers la fertilité, culture dont les rythmes sont dicté (...)
24Ce fait – l’importance du religieux chez les Noubas – légitime, en lien avec la mise en scène de l’isolement nouba46, une interprétation idéologique. L’illusion de réalité pourrait presque faire oublier qu’il est tentant d’expliquer la référence bibliographique de Leni Riefenstahl par cette thèse de l’absence de contacts avec les nomades sémites47. La clé de l’intérêt pour le peuple nouba serait cette allégation de Frobenius considéré comme une caution scientifique d’importance. Le statut scientifique de l’ethnologue n’est pas pour rien ici dans l’illusion de réalité. De sa thèse scientifique découleraient des communautés de vue manifestes : les descriptions de Frobenius comme de Leni Riefenstahl se distinguent fortement des versions données par d’autres auteurs par leur insistance commune sur le bonheur nouba48, l’occupation à des danses49 et des combats au bracelet tranchant, l’agriculture, la religion et l’« économie sexuelle50 » qui en découlerait. L’accent mis par Leo Frobenius et Leni Riefenstahl sur ces cinq caractéristiques – en dépit de divergences frappantes51 – explique la spécificité de leurs descriptions ethnographiques : la cohérence de l’ensemble est donnée par le culte de la fertilité52. Cette cohérence est susceptible d’entretenir l’illusion de réalité.
- 53 Ibid., p. 97-98.
25Un troisième fait mis en avant par Leo Frobenius comme par Leni Riefenstahl est la force des Noubas. Chez l’un comme chez l’autre elle résulte de la rencontre d’une géographie et de mœurs et coutumes exceptionnels. Cette force est indissociablement liée à la primitivité de leur religion et de leurs mœurs. Cette force et cette ancienneté sont exprimées par des superlatifs. Frobenius déclare : « Die Nuba repräsentieren besser wie irgendein anderes Volk den Aethiopientypus der Ostsudankultur »53. Il ajoute :
- 54 Ibid., p. 99.
Es ist etwas ungemein Verblüffendes, wie echt und unverfälscht diese Nuba im Völkerwogen Kordofans ihre Art erhalten haben. Im Laufe der Jahrhunderte, in denen das Nilland und Dar-Fur sich um Kordofan stritten, in denen gewaltige Massen von Reiterkriegern über die Ebenen hinbrausten, haben sie sich nicht umgebildet.54
- 55 Ibid., p. 99-100.
- 56 Ibid., p. 100.
- 57 Ibid., p. 101.
- 58 Ibid., p. 98-99 : « Überall aber gelten die Splitterstämme bei den Staatenbildnern als plumpe, schw (...)
26Telles des îles s’élevant au milieu de la steppe, les montagnes nouba sembleraient particulièrement appropriées à abriter un peuple cherchant à se protéger de tribus de cavaliers55. Plus qu’aucun autre peuple le peuple nouba aurait développé son autarcie, évitant par là tout contact commercial. Ils seraient ainsi devenus les paysans les plus travailleurs qui soient, admirés de tous56 : « Deshalb sind die Nuba die emsigsten und sorgfältigsten Farmbauern Kordofans, und als solche stehen sie bei allen Völkern hier in großem Ansehen »57. Le prestige dont ils jouissent a fait d’eux des proies privilégiées de l’esclavagisme oriental et portugais. Leni Riefenstahl indique elle-même avoir découvert les Noubas en voulant réaliser un documentaire sur la traite des noirs. Leur force ne peut qu’être objective puisqu’elle est confirmée par leur valeur marchande58. Elle est attestée par les photographies de Leni Riefenstahl, le témoignage de George Rodger et certaines de ses photographies, comme celle du vainqueur porté en triomphe à laquelle Leni Riefenstahl attribue son désir de découvrir les Noubas.
- 59 Ibid., p. 101 : « Hat die Isolierung auf der einen Seite sprachlichen Zerfall zur Folge, so bedingt (...)
- 60 Ibid.
27Ce fait – la force de certains Noubas – crée les conditions d’une généralisation à tous les Noubas, alors que de nombreux témoignages écrits ou photographiques permettent de conclure au caractère fictif de cette fabrique d’hommes forts. L’illusion de réalité naît d’une écriture factuelle à prétention scientifique affirmant mettre en évidence des liens logiques de cause à effet – la force et la nature des Noubas seraient une conséquence logique59 de la terre, de la géographie, ainsi que d’une religion et de mœurs éprouvées. La géographie aurait une autre conséquence : « der Krieg aller untereinander»60. La guerre serait la loi implacable de ces peuples. Frobenius qualifie cette loi de « selbstverständlich ». Mieux qu’ailleurs on comprendrait que les Noubas aient mis fin aux relations pacifiques qu’ils entretenaient « vielleicht (?) » par le passé.
28Sur la base de l’analyse de la description de trois faits – l’isolement des Noubas, l’importance du religieux chez les Noubas, la force des Noubas – il est possible de se demander si les écritures frobénienne et riefenstahlienne ne seraient pas davantage théoriquement fondées que descriptives, contrairement à ce qu’elles prétendent être. Une deuxième stratégie de dissimulation des enjeux philosophiques, idéologiques ou politiques viendrait dans ces œuvres compléter celle dénoncée par Kurt Sontheimer et mise en évidence au sujet de l’œuvre antérieure de Leni Riefenstahl, une stratégie de dissimulation fondée sur l’exotisme ambiant. L’illusion de réalité engendrée par la description factuelle, l’affirmation de liens logiques ou encore la photographie est au cœur de cette deuxième stratégie de dissimulation qui atteint son paroxysme dans un troisième mode de dissimulation des enjeux, l’étude critique par l’auteur des témoignages qu’il récolte.
29L’étude critique des témoignages pourrait remplir une fonction similaire à celle de l’écriture factuelle à prétention scientifique. Le témoignage est à lui seul à même de susciter l’illusion de réalité. Son étude critique par l’auteur ne peut que renforcer chez le lecteur le sentiment de réalité. Deux passages centraux dans l’œuvre de Leo Frobenius semblent pouvoir illustrer cette stratégie d’écriture. Dans Und Afrika sprach et dans Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern Frobenius analyse avec une scientificité méticuleuse deux témoignages dont il tire des conclusions qu’il juge très importantes concernant le régicide rituel chez les Noubas et leurs ancêtres, les Kouschites.
- 61 Ibid., p. 112.
30La première étude critique de témoignage porte sur un « saut de pensée involontaire » de son interlocuteur, un lapsus révélateur. Ce saut de pensée sur lequel insiste fortement Leo Frobenius concerne l’un des aspects de la vie nouba ayant suscité le plus d’interrogations chez les commentateurs de l’œuvre de Leni Riefenstahl : l’abstinence conjugale. Alors que Frobenius, dans Und Afrika sprach, n’indique pas l’origine de ses autres informations qu’il nomme « généralités », il cite ici sa source concernant ce point essentiel. L’homme qui lui aurait expliqué la réincarnation des morts lui aurait également indiqué l’importance religieuse essentielle de la moisson chez les Noubas. Les morts de l’année ne se réincarneront pas61, s’ils n’ont pas reçu leur offrande de mérissa. Le culte des morts garantit des naissances et des récoltes abondantes. En outre, les moissons seront mauvaises si l’abstinence n’est pas respectée durant la période des récoltes. L’abstinence conjugale fait partie des sacrifices rendus au cours de la période des moissons. Frobenius décrit une religion vitaliste et établit d’abord un lien entre le culte des morts, la moisson et la nécessité de l’abstinence conjugale.
- 62 Ibid., p. 113-114.
31Ensuite, le lien entre ces sacrifices et le régicide rituel est établi par Frobenius sur la base d’un cas particulier, celui des Katlas, l’une des tribus nouba visitées par Frobenius. Le chef religieux, Kudjur, y porte également le titre de roi. Ce « combil », à la fois chef religieux et roi, est sacrifié régulièrement en vue de chutes de pluie. L’opinion répandue chez les Katlas est l’opinion selon laquelle les nouveaux sacrifices ayant remplacé le régicide rituel seraient d’une efficacité nettement inférieure. Ce que Frobenius avait présenté comme une exception est ensuite élargi à l’ensemble des Noubas. De tout temps la vie des chefs religieux nouba, les Kudjurs, aurait été associée aux pluies et aux récoltes. Ils auraient été mis à mort en cas de mauvais services, c’est-à-dire de pluies, de récoltes et de naissances insuffisantes. Même ce régicide pour performances insuffisantes aurait été la règle chez tous les Noubas par le passé62.
32Ce qui était présenté comme une exception est présenté quelques lignes plus bas comme une généralité. Cette contradiction n’empêche pas la cohérence du propos frobénien : ce qu’il s’agit d’amener progressivement, c’est l’importance insoupçonnée du régicide rituel et, plus généralement, du sacrifice humain. La production d’un homme fort, d’un peuple fort et nombreux ne serait pas le résultat seulement de la géographie mais aussi et surtout d’une religion dans laquelle le sacrifice humain jouerait un rôle central. Si Frobenius insiste sur la préservation exceptionnelle de la race nouba, c’est pour souligner l’efficacité de la religion et des mœurs nouba. La force nouba viendrait de l’importance essentielle accordée au renouvellement de la vie, importance accordée à la pluie, aux cultures, aux naissances.
- 63 Ibid., p. 116.
- 64 Ibid., p. 114.
- 65 Ibid.
33Le Kudjur serait responsable de ce renouvellement. Frobenius décrit l’apparence du Kudjur en plusieurs étapes. Une peau de léopard le caractériserait, ainsi que des bracelets63 et une plaque de cuivre ronde qu’il porte en pendentif. Une telle image existe chez Leni Riefenstahl. À la fin du recueil Die nuba von Kau, un homme inquiet de ne pas être choisi par les danseuses a des inscriptions de léopard sur le corps et une plaque ronde suspendue à son cou. On rapprochera cette image de l’insistance de Frobenius qui, décrivant l’apparence et les fonctions du Kudjur, répète que le Kudjur paie de sa vie l’insuffisance de pluie64. L’insuffisance de pluie se trouve associée à l’insuffisance des naissances. Il est révélateur, selon lui, que son interlocuteur ait fait un saut de pensée involontaire65 en associant l’abstinence avant les récoltes et l’abstinence avant les naissances.
- 66 Ibid.
- 67 Ibid., p. 116.
- 68 Ibid.
34L’insistance de Leni Riefenstahl sur ce point non confirmé par les autres visiteurs des Noubas pourrait découler de la cohérence que l’on souhaite donner à la conception vitaliste du monde des Noubas. Les sacrifices humains seraient au service de la vie. La maternité occuperait un rôle central dans la société nouba. Frobenius qualifie d’évidentes et d’éminemment logiques ces mœurs, les Noubas ne pouvant envisager que d’autres existent66. À cette logique appartient le rythme de l’année. Par exemple, la fête des récoltes est pour le Kudjur le sommet de son pouvoir marqué régulièrement par le sacrifice de sa vie67. La dimension « profondément religieuse » de ce sacrifice amène Frobenius à le rapprocher d’autres exigences imposées par la religion nouba. Un lien est établi entre les fêtes de fin de récolte, la mort sacrificielle du chef religieux, la reprise des combats et des guerres, la fin de l’abstinence conjugale68. Le cycle de la vie nouba décrit par Frobenius au début de son article tire selon lui sa cohérence de la profonde foi d’un peuple paysan fidèle à ses convictions.
- 69 Ibid : « Wir erkennen die Nuba als ein tiefgläubiges, überzeugungstreues Bauernvolk, das seine reli (...)
- 70 Ibid., p. 117.
- 71 Ibid., p. 116.
35Pour conclure cette fresque, Frobenius oppose une fois de plus les Noubas aux tribus nomades. À la différence de celles-ci, les Noubas revendiquent l’exclusivité de leur amulette69, ce qui montrerait la clarté et la cohérence de leur foi. Cette cohérence est qualifiée d’« organisch » par Frobenius : « Ein Volkstyp, ein Kulturtyp, ein Guss »70. Sur la base de cette organicité Frobenius affirme des liens intimes entre le peuple nouba et l’Éthiopie antique. Les Noubas donneraient la clé des énigmes laissées par les récits décrivant l’Éthiopie antique71. Sans les identifier Frobenius souligne une ressemblance organique, structurelle. Une différence essentielle réside dans la considération dont jouissaient les Ethiopiens et dont ne jouissent pas les Noubas. La profonde religiosité des Ethiopiens leur attirait un respect universel, la simplicité de leur religiosité ne vaudrait aux Noubas que du mépris. Les Noubas vivraient dans la peur permanente d’être engloutis par une autre culture, une culture « moderne ».
36Le terme de « moderne » semble aller dans le sens de l’interprétation proposée par Kurt Sontheimer. Le coin de paradis perdu est le lieu de sauvegarde d’une religion primitive. Cette religion primitive va de pair avec une force exceptionnelle qui découle de l’absence de contact avec les nomades sémites. L’anti-modernisme exprimé par Frobenius le rattache potentiellement à d’autres auteurs. Frobenius emploie un certain nombre de concepts caractéristiques de courants de pensée avec lesquels il a été en contact. L’importance du rythme, de l’organicité, de la religiosité primitive, de l’agriculture, de la permanence de la culture ont souvent été associés, comme chez Frobenius, à la critique de la modernité et du nomadisme sémitique. Toutefois, à la différence de nombre de ces théoriciens, Frobenius est coutumier d’une écriture centrée sur des descriptions factuelles et d’analyses critiques des témoignages qu’il récolte, ce qui favorise l’illusion de réalité.
- 72 Leo Frobenius théorise la suprématie de l’événement et du fait dans l’avant-propos et le corps du t (...)
- 73 Ibid., p. 6 : « Mir selbst wurde ein unermessliches Bedürfnis und eine große Fähigkeit, glücklich z (...)
- 74 Dans les dix autres chapitres, l’ethnologue évoque avec force détails les aspects matériels de son (...)
- 75 Cf. Frobenius (note 22), p. 274 et 287.
37L’exotisme ambiant, l’écriture factuelle, l’étude critique des témoignages relatés créent les conditions d’une illusion de réalité. Les meilleures conditions ne sont-elles pas toutefois réunies dans Indische Reise lorsque Leo Frobenius met lui-même en scène la dissimulation d’enjeux philosophiques ou idéologiques. Cette stratégie d’écriture culmine avec le sous-titre72 : « ein unphilosophisches Tagebuch ». Si ce sous-titre décrit fidèlement dix des douze chapitres de ce journal de voyage, il est en revanche injustifié pour les premier et dernier chapitres que leur auteur recommande de ne pas lire73 ! Cette recommandation74 est fondée sur la thèse selon laquelle la mise en scène de l’événement prime sur des idées qui doivent rester sous-jacentes. Le récit événementiel masque une révélation d’une grande importance : l’Inde est, selon Frobenius, un lieu essentiel du régicide rituel dont il a décidé de rechercher les contours75. Dans Und Afrika sprach, la force des Noubas émane du régicide rituel. Dans Indische Reise, le régicide rituel est au cœur de la religion de l’Inde du Sud, le shivaïsme, que les Aryens auraient adopté, remodelé et diffusé.
38Dans l’avant-propos, Frobenius rappelle de manière évasive la présence du régicide rituel au Soudan, sans préciser que c’est chez les Noubas qu’il a assuré l’avoir rencontré dans Und Afrika sprach, puis dans le premier conte de Märchen aus Kordofan, Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern.
39Frobenius dissimule l’importance qu’il accorde à son propre voyage en Inde en généralisant l’intérêt d’un tel voyage. Cette généralisation concerne tout Allemand mais aussi tout homme de sa profession. Ce qui est valorisé ici, c’est le voyage en Inde avec ses passages obligés, ses scènes de genre, ses anecdotes et ses clichés. Le régicide rituel et sa signification pour la culture de tout l’Occident passent à l’arrière-plan. La formulation des thèses défendues par Frobenius sera lapidaire. Ainsi, la place prise par la phrase faisant du christianisme l’héritier du régicide rituel est bien mince en comparaison avec les répétitions et les longueurs concernant les aspects matériels du périple.
- 76 Frobenius date du 21 septembre 1930 l’avant-propos qu’il met en tête de son Indische Reise. Il l’au (...)
40Leo Frobenius se met en scène comme figure cosmopolite respectant le bon ton et les bonnes manières76. Alors que son nom est principalement associé à l’Afrique, Frobenius insiste sur son intérêt pour l’Inde. Cet intérêt est, selon lui, universel, du moins universel dans le monde germanique. Lui aussi reconnaît, huit ans avant sa mort, ce sommet que serait l’Inde :
- 77 Ce topos est également central dans Kulturgeschichtlichefragmente aus den Nilländern. Derrière le t (...)
- 78 Ibid., p. 5.
Dieses möchte ich sogleich und ehe ich auf irgend etwas anderes zu sprechen komme, betonen: Indien ist in der Tat das Zauberland und die Heimat, die Schatzkammer und ein Born all der Herrlichkeiten des Orients, die wir uns von Kindheit und von dem Zeitpunkt an, in dem wir dem Wunderbuche77 ‘1001 Nacht’ verfallen waren erträumen.78
41L’emphase et l’omniprésence de topoï ne permettent pas de faire la part entre ce qui relève de concessions faites à l’indomanie de son temps et l’expression d’une conviction personnelle. Le recours au vocabulaire religieux en tête de ce journal de voyage ne facilite pas non plus la tâche d’un lecteur qui peut se demander quel est ce Dieu invoqué par Leo Frobenius, un Dieu qui envoie l’ethnologue en mission :
- 79 Ibid.
Bekanntlich sendet unser Herrgott jeden Deutschen, dem er wohlgesinnt ist, in die weite Welt; nun ich also auch diese Fahrt nach Südindien unternehmen durfte, meine ich, dass eine Entsendung nach Indien ein Höhepunkt gnädiger Schicksalsbestimmung sein müsse.79
- 80 L’amitié entre Oswald Spengler et Leo Frobenius est susceptible d’éclairer ce lien.
- 81 Ibid., p. 16. Cf. Klaus von See : Barbar, Arier, Germane. Heidelberg 1994.
- 82 Cf. Leo Frobenius : Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern (note 22), p. 20. Sur le poin (...)
42L’avant-propos d’Indische Reise fait d’un voyage en Inde le sommet d’une vie allemande. Cette appréciation générale est compensée par l’idée selon laquelle, pour Leo Frobenius et pour « un homme de [sa] profession », ce voyage ne peut qu’avoir une signification particulière : en mettant en évidence la permanence du passé, le morphologue des cultures souligne la force et la grandeur d’une culture luttant pour se libérer d’un monde qui lui est étranger, la civilisation européenne. Le terme « Zivilisation » doit-il, sous la plume de Frobenius, être entendu dans le sens que lui a donné Oswald Spengler80 dans Der Untergang des Abendlandes ? Ne serait-ce pas dans la même acception que l’emploie Leni Riefenstahl ? Dans l’ensemble de ses recueils photographiques c’est le même rôle que s’attribue Leni Riefenstahl : laisser un témoignage de la lutte contre la civilisation envahissante. Cette « Zivilisation » est décrite par Leni Riefenstahl comme « le rouleau compresseur » de l’argent qui détruit les milieux sous-marins comme les cultures primitives en Afrique. Pour Spengler, la « Zivilisation » est une civilisation de l’argent. L’ancrage d’Indische Reise dans un contexte intellectuel spécifique dont il convient de connaître le lexique et les codes semble confirmé par le recours à un autre terme81 potentiellement connoté, celui déjà évoqué plus haut de « grandios-barbarisch ». Leo Frobenius cite les principales caractéristiques de cette culture grandiosement barbare : la mort des veuves sur le bûcher, les sacrifices humains, le régicide rituel82. Ces caractéristiques auraient joué un rôle déterminant dans la naissance des hautes cultures.
- 83 Leo Frobenius : Indische Reise (note 22), p. 7-8.
- 84 Le régicide rituel est l’objet de son précédent ouvrage, issu du même voyage, Erythrea. Cf. Leo Fro (...)
43C’est là ce que révèlent les premier et dernier chapitres qui ne devraient être lus, selon Frobenius, car leur contenu serait comparable au métier à tisser. De même que c’est le tapis d’Orient qui doit être admiré, et non le métier à tisser83, ce sont les réalités indiennes qui devraient l’être et non ce qui les a engendrées. Comment ne pas lire ces deux chapitres, alors que leur auteur affirme que « des mondes jusque-là insoupçonnés y surgissent du néant » ? La dissimulation est ici indice de l’importance historique, philosophique et religieuse accordée à la révélation du rejet par l’Inde de la civilisation occidentale, civilisation de l’argent, ainsi qu’à la pérennité du régicide rituel84.
44L’exotisme, l’écriture factuelle, l’étude critique de témoignages, l’éloge de la réalité au détriment de la théorie créent les conditions de l’illusion de réalité. Sur cette base les révélations de l’auteur gagnent en crédibilité. Mais ces révélations ne sont jamais faites d’un bloc. Seule la recomposition d’un puzzle laissé à l’état d’éparpillement permet de saisir la cohérence d’un ensemble qui apparaît alors plus clairement comme potentiellement connoté. La dispersion contribue à la « dénotation ». L’étude des différentes stratégies de dissimulation des connotations philosophiques, idéologiques ou politiques amène à conclure que l’exotisme ambiant n’est pas le seul facteur de dénotation. Des stratégies d’écriture peuvent également y concourir. La dispersion des éléments composant un puzzle cohérent est la cinquième stratégie pouvant être mise en évidence dans les œuvres de Leo Frobenius et Leni Riefenstahl. Cette dispersion est particulièrement manifeste concernant le régicide rituel et son corollaire, le matriarcat.
- 85 Leo Frobenius (note 5), p. 117 : « Diese Typen sind ihrem inneren Wesen nach eben nur und ganz alle (...)
- 86 Cette thèse semble n’être défendue par aucun ethnologue excepté le Frobenius de Kulturgeschichtlich (...)
- 87 Deux éléments essentiels se retrouvent dans ses textes ultérieurs, le régicide rituel et le rôle de (...)
45Pour Leni Riefenstahl le peuple nouba est un peuple matriarcal, ce qui selon elle serait attesté par un certain nombre d’ethnologues. Leo Frobenius, pour sa part, explique les caractéristiques qu’il attribue au peuple nouba en 1913 dans Und Afrika sprach par le patriarcat85. En 1923, dans Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern, ce n’est plus le patriarcat mais le matriarcat qui, sous la plume de Frobenius, donne la clé de la culture nouba. En faisant allusion à la thèse du matriarcat nouba86 Leni Riefenstahl ne renverrait donc pas à Und Afrika sprach mais plutôt aux ouvrages ultérieurs87 de Leo Frobenius qu’elle ne cite pas et dont elle n’indique pas avoir connaissance.
- 88 Si la recherche s’est intéressée depuis longtemps à l’hypothèse de liens entre Méroé et l’Inde, ell (...)
- 89 Parmi de nombreux autres auteurs, Houston Stewart Chamberlain a affirmé dans Die Grundlagen des neu (...)
- 90 Dans Die Nuba von Kau, Leni Riefenstahl met sous les yeux du lecteur l’appauvrissement du peuple Ma (...)
46En dépit de cette dissonance la relecture d’Und Afrika sprach à travers le prisme des recueils de Leni Riefenstahl permet de retenir des éléments particuliers qui sinon passeraient pour secondaires. Un de ces éléments secondaires changeant le regard sur Und Afrika sprach est l’importance accordée au régicide rituel, importance qui situe Und Afrika sprach dans la lignée88 des autres textes de Leo Frobenius portant sur le régicide rituel. Évoqué brièvement dans Und Afrika sprach, le régicide rituel se révèle dans le premier conte de Märchen aus Kordofan intitulé Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern être la clé de la force et de la puissance du peuple kousch dont les Noubas seraient les derniers héritiers et les ultimes témoins89. C’est sur la base d’un conte antérieur aux Mille et une nuits et reçu oralement que Frobenius affirme en 1924 le lien de filiation entre le peuple nouba et le peuple kousch. Ce conte montre, selon Frobenius, comment la fin du régicide rituel a provoqué le déclin du peuple kousch. Frobenius met en scène la révélation selon laquelle la pauvreté constatable au centre des régions nilotiques n’est que récente et masque une richesse passée inégalée. Les Noubas auraient maintenu le régicide rituel jusqu’à une date récente, et Frobenius annonce leur déclin dû à l’abandon90 des institutions qui ont assuré leur prospérité comme celle du peuple kousch. Sur la base de ses théories diffusionnistes, Frobenius entreprend la restitution d’un passé oublié de tous. Si, dans Und Afrika sprach, ce sont le commerce, la civilisation, le contact avec les nomades sémites qui sont cités par Frobenius comme facteurs d’explication de la disparition de la culture portée encore par les seuls Noubas, dans Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern, le déclin de Kousch se fit lorsque le rituel du régicide religieux fut abandonné :
- 91 Leo Frobenius : Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern (note 22), p. 10.
Der neue König hieß Akaf ; dieser war es, unter dessen Regierung die alten Einrichtungen des Landes geändert wurden. Das Volk aber sagt, dass diese Änderung der Grund des späteren Untergangs von Napht war91.
- 92 Ibid., p. 20.
47La valeur historique du récit est jugée essentielle par Leo Frobenius. La datation des mœurs décrites dans le conte permettrait la localisation géographique de leur origine. Frobenius énumère six traits culturels majeurs caractéristiques des mœurs de cette région : le régicide rituel, l’observation des étoiles et de la trajectoire de la lune, le feu sacré éteint à la mort du défunt roi et rallumé à son intronisation, le travail des champs considéré comme acte culturel, le choix d’un compagnon accompagnant le roi dans la mort, enfin et surtout, Frobenius souligne des traits matriarcaux forts92. De ces six caractéristiques Frobenius conclut à la cohérence forte de cette culture dont l’élément central serait le matriarcat, ce qui permettrait d’en cerner l’origine géographique. Dans un deuxième temps, Frobenius recoupe ce critère avec un autre : le régicide rituel. Frobenius constate la coïncidence géographique de ces deux critères. La région d’origine du conte ne pourrait être, selon lui, que le royaume de Kousch. La démonstration – sur la base d’une déduction fondée sur le recoupement de plusieurs critères – porte les traits de l’objectivité scientifique.
48Il en est de même de la démonstration conduite par Leo Frobenius dans le troisième texte considéré ici, Indische Reise. Parvenant à surmonter une contradiction apparente, Frobenius y établit le lien entre le régicide rituel et une aire culturelle ayant son épicentre en Inde. Les peuples ayant pratiqué le régicide rituel appartiendraient tous à une seule et même aire culturelle dont Frobenius s’emploie à décrire les liens avec les religions de l’Inde :
- 93 Leo Frobenius : Indische Reise (note 22), p. 33.
Die indogermanische Altwelt kannte bis in die Mitte des ersten vorchristlichen Jahrtausends noch keinen Shiva. Und die Brahmanen sollen diese Götterlehre erst geschaffen haben, um auf diesem Wege der Ausbildung einer sinnlich greifbaren Götterlehre die sonst fast unzugängliche Tiefe priesterlicher Weisheiten dem Volke verständlich zu machen. Solche Annahme wird dadurch bestärkt, dass es wirklich brahmanische (d.h. ursprünglich arische!) Priester sind, in deren Händen der Dienst dieser Götter liegt. Das also würde heißen, dass eine Vorstellungswelt, die im dritten Jahrtausend in Mesopotamien schon Altgut war, in Indien im ersten Jahrtausend neu geschaffen wurde.93
- 94 Ibid.
- 95 Ibid., p. 33-34.
49Frobenius en conclut : « Ein ungeheurer und zunächst unüberbrückbar erscheinender Widerspruch »94. L’hypothèse d’une unité des cultures caspienne, dravidienne et élamite semble condamnée à l’échec, mais l’invraisemblance de cette hypothèse n’aurait pas découragé Leo Frobenius d’entreprendre l’expédition visant à la confirmer. Alors que ce paradoxe ne souligne que mieux l’importance extrême que revêt cette hypothèse aux yeux de Frobenius, il affirme dans le même temps qu’il s’agit pour lui surtout de prouver le poids des faits ethnographiques pour l’historiographie et l’archéologie. Cet enjeu décisif aux yeux de Frobenius primerait sur la mise en évidence d’un univers culturel exceptionnellement cohérent dont les principales caractéristiques seraient : « Der rituelle Königsmord als Symbol sakralen Horoskops und Kalendariums ; ein Hauptgott in Stierform dargestellt durch den König ; seine Gattin, die Venus, als Göttin des Morgensterns keusch und Herrin des Krieges, als Abendstern Allmutter und Alliebende usw »95.
- 96 Ibid., p. 31 : « Eine Kulturbeziehung zwischen dem alten Elam, dem Erbfeinde der mesopotamischen Re (...)
50La stratégie d’écriture poursuivie par Leo Frobenius apparaît dans le contraste entre les enjeux idéologiques de sa démonstration que l’on peut juger considérables a posteriori et l’affirmation selon laquelle l’enjeu ne serait qu’épistémologique. L’insistance sur les questions de méthode scientifique, sur le récit événementiel, sur les descriptions ethnographiques, la transmission neutre de contes ancestraux sont autant de moyens masquant les enjeux idéologiques du syncrétisme mis en scène par un Leo Frobenius établissant un lien entre Noubas et Germains, Aryens et Dravidiens96, etc.
- 97 Ibid., p. 19.
- 98 Ibid., p. 16.
- 99 Ibid., p. 25.
51Les révélations ne sont pas seulement dispersées entre plusieurs œuvres de Leo Frobenius, elles sont aussi dispersées au sein d’Indische Reise. Dans le premier chapitre, Frobenius insiste sur le fait qu’en Inde le régicide rituel est déterminé par une « double vie calendaire97 », à la fois par l’horoscope et par les rythmes astraux98. La lune règne sur l’univers. Ses deux épouses sont le soleil et Vénus, qui est privilégiée. La jalousie du soleil provoque la disparition de la lune puis de Vénus qui le rétablit et lui voue alors le plus grand amour. Le régicide rituel suit le modèle de cette disparition et de ce rétablissement, de cette mort et de cette résurrection. Pour pouvoir représenter sur terre l’astre suprême, l’astre lunaire, le roi doit être de sang pur, c’est-à-dire issu de l’union d’un frère et d’une sœur de la plus noble famille. Ce n’est lui-même qu’en épousant sa sœur qu’il peut prétendre à la fonction royale. Ensemble, tels Vénus et la lune, ils connaîtront la mort sacrificielle. La fécondité de ce couple est rappelée par Frobenius sur la base de différentes symboliques et mythologies rapportées déjà dans son Erythrea qui lui permettent ici de dresser la carte99 du régicide rituel et d’en esquisser les contours sur le pourtour de l’Océan Indien.
- 100 Dans le contexte de son expédition sur les traces du régicide rituel, Frobenius s’intéresse princip (...)
- 101 L’œuvre photographique de Leni Riefenstahl, à son tour, est susceptible d’illustrer le conflit entr (...)
- 102 Ibid., p. 282-283.
52Le dernier pas est franchi lorsque Frobenius affirme que les Aryens sont une dynastie lunaire. La religion des forces obscures combattue à l’origine a remporté la victoire sur les tenants de la lumière. Le sentiment vital occupant l’espace100 envahi par l’esprit héroïque conquérant s’est révélé être le plus fort. Les prêtres des vainqueurs ont repris l’héritage de la religion implantée. Frobenius en déduit que les deux cultes du soleil et de la lune101 étaient présents en Inde avant l’arrivée des Aryens. Sous leur influence les religions jusque-là ennemies se seraient trouvées réunies102.
- 103 Cf. Leo Frobenius (note 5), p. 114 : « Kein Mann darf mit einer Frau schlafen, und zwar eine bestim (...)
53La synthèse des acquis auxquels Frobenius prétend arriver est rendue difficile par la dispersion des différents éléments dans le cadre et hors du cadre de cette œuvre. On ne peut exclure que cette synthèse ait été connue de Leni Riefenstahl. Cette synthèse se trouve résumée dans la force des Noubas, fruit de la religion nouba, religion aryenne dont les fondements peuvent être observés en Inde. Le régicide rituel assurerait le renouvellement de la vie chez les Noubas et les peuples auxquels ils sont affiliés. Ce renouvellement de la vie dépendrait du culte des morts et du respect des entrailles féminines en période de moisson et de grossesse103.
- 104 On retrouvera ces développements dans la thèse d’Antoine Menant : Leni Riefenstahl, photographe sou (...)
54L’abstinence conjugale en période de grossesse affirmée dans Und Afrika sprach ne se retrouve pas seulement dans les recueils photographiques de Leni Riefenstahl ; elle est aussi l’une des clefs de voute du Mittgart104 de Willibald Hentschel qui en appelle à un bouleversement complet de la société, à sa régénérescence :
In neuen Avataras war Wishnu, der späte Enkel Varunas, den Menschen erschienen – die letzten Male als Krischna und als Buddha. Noch steht ihm die zehnte Fleischwerdung bevor. Noch einmal, so sagt die indische Prophetie, wird der Gott zur Erde niedersteigen, wenn die Menschen so tief gesunken sind, dass sie tiefer nicht mehr sinken können. Auf weißem Ross führt er dann die Helden zum Kampf wider die Dämonen. Mit ihm aber kommt ein neuer Völkerfrühling, aus Gräbern sprießen Rosen, und singend und pfeifend ziehen die Erlösten dem Gott entgegen.
Die Inder gaben diesem ihrem Erlöser-Gott, in richtiger Erkenntnis, dass es kein anderes Mittel gebe, das Göttliche auf Erden zu verbreiten, 16000 Frauen. So verkörperten sie in ihrer Weise das Ideal. Der Gott, der die Gräber öffnet, war der große Mehrer des Göttlichen auf Erden, denn er hatte der Legende gemäß mit seinen Frauen nicht weniger als 180 000 Söhne gezeugt und so dem sinkenden Menschengeschlecht von neuem göttliches Leben eingehaucht…
- 105 Willibald Hentschel (note 24), p. 184.
Wir stehen vor einem Mysterium. Der Gott erschien auch uns ; mit zweischneidigem Schwert – dies ist nach vedischen Quellen die Waffe Wishnus – trennt er das Hohe von dem Niedrigen und das Gesunde vom Kranken. Er hat uns von dem Wahn befreit, als gäbe es auf Erden nur ein Reich des Träumens und eines des Erlistens, von denen dies das letzte sei ; er zeigte uns vielmehr eine neue Lebensbreite umhegter Wirklichkeit, in der die Starken wallen.
Schon sind die Wegweiser, die dahin führen, errichtet. Das erste Mittgart ist der erste Meilenstein am Weg des neuen Lebens ; so kommt, ihr Weggenossen, mit Singen und mit Pfeifen und lasst es uns errichten.105
- 106 Susan Sontag a insisté sur cet éloge de la force virile dans les recueils photographiques de Leni R (...)
- 107 George Rodger : Le village des Noubas. Paris 1955.
55La polygamie est au cœur de cette régénération d’une humanité considérée comme déclinante. Les 16 000 épouses de Vishnu préfigurent les femmes résidant à Mittgart. À la faiblesse doit inéluctablement succéder la force106. Pour y parvenir Hentschel prône outre la nudité un retour à la lutte d’homme à homme d’où ressortirait – sans ambiguïté aucune – un homme fort. Le combat au bracelet tranchant mis en scène par Leni Riefenstahl correspond précisément à cette lutte d’où doit sortir un vainqueur incontesté. La photographie de George Rodger107 à laquelle elle attribue la genèse de son intérêt pour les Noubas illustre cette fonction de sélection que doit remplir le combat chez ce peuple.
- 108 On notera le très fort contraste entre l’appréciation très positive qui est donnée par Leni Riefens (...)
- 109 Leni Riefenstahl (note 86), p. 21.
- 110 Leni Riefenstahl (note 110), p. 22.
56Mais là n’est pas l’essentiel pour Willibald Hentschel. Les tabous de Mittgart, en revanche, sont une clé essentielle de la régénération. Ils rappellent fortement ceux que Leni Riefenstahl attribue aux peuples nouba. Alors qu’elle met en scène sa propre transgression d’un tabou de l’Islam – la nudité – elle décrit avec force détails le respect des tabous chez les Masakin Qisar108. L’argument principal en leur faveur est l’adhésion de la population à ces coutumes ancestrales. Même les accusés se plient de bon gré aux obligations acceptées de tous. La ritualisation communautaire décrite par Frobenius dans Und Afrika sprach se retrouve ici. La justice s’exercerait selon des rites et des rythmes immuables connus de tous. L’opposition entre les lois de l’Occident ou de l’Islam et celles des Noubas porterait principalement sur la nature même de la vie communautaire. On trouve ici comme chez Frobenius un éloge de la communauté organique des Noubas. Tout comme le corps humain, le corps social est un tout organique : « Erstens Ehebruch und das ‘Stehlen’ einer Sirre (junges Mädchen), zweitens um den traditionellen Ziegenraub und drittens um Erbschaftsangelegenheiten »109. De ces trois délits les plus fréquents, qui sont décrits comme ritualisés depuis l’acte jusqu’à la peine, la sanction n’est pas redoutée par des Masakin-Qisar à la sérénité inégalée. La banalisation de ces trois délits ne fait que mieux ressortir le caractère exceptionnel d’autres tabous dont la transgression « n’est pas punie par la condamnation à des peines de prison mais par le mépris, ce qui [serait] pour eux une peine beaucoup plus dure »110. Souligner que le Nouba Masakin-Qisar ne craint pas la prison, qu’il craint le mépris, c’est redire sa force physique et morale, mais aussi sa hauteur d’âme.
57Cette hauteur d’âme se mesure à ce qui est présenté comme la condition de l’hygiène raciale : le délit le plus grave dans l’énumération proposée par Leni Riefenstahl porte sur la vie du couple. Comme à Mittgart, la règle essentielle est l’absence de relations pour toute femme attendant ou nourrissant un enfant (et ce pendant deux ans après la naissance du fait de la durée de l’allaitement) :
- 111 Ibid.
Darum wird die Frau, die ein Kind erwartet, in das Haus ihrer Eltern ziehen. Kommt es einmal vor, dass der Ehemann während dieser Zeit seine Frau nachts heimlich besucht und wird das entdeckt, dann kann er sich in seinem Dorf nicht mehr sehen lassen. Selbst die Kinder würden mit Fingern auf ihn zeigen und ihn verhöhnen. Es bleibt dem Mann nichts anderes übrig, als sich in einem anderen Nubadorf niederzulassen. […] Nach den religiösen Vorstellungen der Nuba bedeutet eine geschlechtliche Vereinigung in diesen Perioden des entstehenden menschlichen Lebens eine Verunreinigung für das Kind. Sie glauben, dass die Eltern durch eine später auftretende Krankheit des Kindes dafür bestraft werden. Aus Furcht vor solchen Folgen leben die Masakin immer noch nach diesen uralten überlieferten Gesetzen.111
- 112 Willibald Hentschel (note 24), T.3, p. 173.
- 113 Ibid., T.3, p. 174.
58La santé de la race dépend des comportements individuels. Le mépris auquel s’expose celui qui enfreint l’interdit de rapports durant les périodes de grossesse et d’allaitement est commun aux monts nouba et à Mittgart. Willibald Hentschel rapporte dans Varuna les paroles d’un paysan silésien selon lequel, « du temps de son grand-père le principe qui veut qu’aucun homme ne touche une femme en périodes de grossesse ou d’allaitement y était encore universellement reconnu, quiconque le transgressant s’exposant au mépris général112 ». Hentschel voit dans ce principe la preuve d’un souci extrême de « l’élevage » qui ne se trouverait plus chez aucun « couple chrétien ». Alors que dans Und Afrika sprach Frobenius évoque des sanctions divines en termes de mauvaises récoltes, ce « crime contre la nature » est chez Hentschel, comme chez Leni Riefenstahl, la cause de maladies car « il est pensable qu’un fœtus soit soumis à trop de bouleversements et de stimulations qui perturberaient son développement ». Les perversions sexuelles considérées par Hentschel comme des phénomènes de dégénérescence pourraient être la conséquence de « cet abus plus qu’animal commis contre les entrailles féminines »113.
- 114 Ibid., T.3, p. 173.
- 115 Ibid.
- 116 Ibid., T.3, p. 181.
59Les modalités du mariage mittgartien sont par conséquent décrites dans le menu détail114. Il est conclu devant le conseil des anciens et dure jusqu’à ce que l’épouse se sente mère. À partir de cet instant, il est considéré comme dissous. La jeune mère doit alors impérativement se retirer pour se consacrer totalement à l’éveil de son enfant. Le mariage mittgartien est donc un mariage temporaire destiné à la procréation maîtrisée et raisonnée. Avec toutes ses contraintes, et notamment sa contrainte de mettre à l’isolement les jeunes mamans, l’institution mittgartienne du mariage réduit le nombre de « femmes en circulation », ce qui a, selon Hentschel, « pour conséquence naturelle » une stricte sélection des éléments de sexe masculin. Le combat d’homme à homme en serait le cadre idéal. L’inventeur de ce système fondé sur la rotation des femmes et la sélection naturelle des hommes souligne son caractère pionnier lorsqu’il écrit : « Damit ist die Grundlage für eine ernste Rassenpflege gegeben, über die bislang, bestenfalls, geredet und geschrieben worden ist »115. Ce projet n’est pas une utopie selon son auteur, ce qui le distinguerait de tous les autres programmes de régénération similaires : « Das Ziel, welches uns frommt, liegt in der treuen Arbeit an aufsteigenden, sich ihrer Gotteskindheit freuenden Geschlechtern. Und dies ist das einzige Ziel nicht utopischer Art, das ich kenne – Mittgart »116.
- 117 Ibid., T.3, p. 173. Les similitudes que présentent cette Herrenhaus mittgartienne et la Männerhaus (...)
- 118 Cf. Willibald Hentschel (note 24), T.3, p. 173.
- 119 Ibid.
60La continuité entre l’image que Leni Riefenstahl essaie de donner des monts nouba et les institutions mittgartiennes décrites par Willibald Hentschel se prolonge jusque dans l’évocation d’une communauté organique, symbiotique, au sein de laquelle les relations se feraient sans intermédiaire. Ces relations immédiates culminent dans la Herrenhaus, une communauté masculine conseillée par des amis de Mittgart aux cheveux gris. La valorisation de la vieillesse peut être ici perçue à travers le prisme de la sélection naturelle, les anciens devant être aussi considérés comme les individus les plus résistants – donc supérieurs. Un trait saillant de cette communauté masculine conseillée par des anciens est l’absence d’argent et de commerce. Cette communauté est comparée par Hentschel à « une grande famille »117. La relation entre les hommes qui la constituent est qualifiée de « fraternelle »118. L’autosubsistance119 de cette communauté est un autre indice d’organicité. L’argent et les relations avec l’extérieur ne sont-ils pas systématiquement présentés par Leni Riefenstahl comme corrupteurs ? L’argent menacerait l’innocence mais aussi l’organicité de la communauté. Cette organicité va de pair avec une prétendue revalorisation de la femme qui est commune aux Noubas de Kau. Ici aussi elle est associée par Leni Riefenstahl à la polygamie et à la richesse. Si l’argent est tenu pour corrupteur, le travail en nature fourni pour la famille de la future épouse l’est tout aussi peu que la richesse qui se mesurerait notamment par le nombre de femmes :
- 120 Ibid., T.3, p. 76.
Die Einehe war bei den germanischen Stämmen geradeso wie heute bei den Mohammedanern die Eheform der Armen. Nun war ja das Christentum deren Evangelium; es war im Kern demokratisch. Wollte es seine Verheißungen erfüllen, so durfte es die Ehe nicht als ein Vorrecht der Reichen gelten lassen. Der Kampf um das Weib bildete ein Stück der sozialen Frage, und die Kirche nahm die Vorteile der kleinen Leute in diesem Fall um so lieber wahr, als sie herausfühlte, dass die lebenslängliche Verbindung zweier Gatten das geschlechtliche Empfinden am ehesten zurückdrängen und den Boden für jene seelischen Verfeinerungen bereiten konnte, auf die sie hinzielte. Für rassische und körperliche Eigenschaften besaß sie niemals das geringste Verständnis; ihr Ziel war das Jenseits, ihr Ideal – die Engel und Heiligen. So konnte sie alles, was schon die Griechen zur Rassenpflege geschrieben und getan hatten, beiseite schieben, es war ihr ein Gräuel. Der zu allen hohen Forderungen hinneigende Germane aber folgte seiner neuen Lehrmeisterin gern, ganz von der Germanin zu schweigen, die in der Kirche die Förderin und Rechtfertigerin ihrer eingebildeten Aufgaben und Rechte sah und sich in dieser ihrer Einbildung zu Scheinwürden erhob, während sie in Wirklichkeit missbraucht und erniedrigt ward.120
- 121 Ibid. La place de la femme dans la famille serait très variable selon les cultures, d’après Hentsch (...)
61Les femmes nouba Masakin-Qisar, et plus encore les femmes nouba de Kau sont tout à fait à même, dans la représentation qu’en donne Leni Riefenstahl, d’illustrer une prétendue vigueur qui ferait leur véritable dignité. L’insistance sur un passé chrétien révolu des Noubas pourrait entre autres s’expliquer par cette thèse d’un christianisme abaissant la femme du fait du rapprochement des naissances, de l’« abus sexuel » en périodes de grossesse et d’allaitement et enfin de la monogamie qui serait une atteinte à la dignité de la femme. En promettant à tous les hommes une femme, le christianisme se serait livré à de la « démagogie démocratique », alors que la polygamie favoriserait l’émulation et la sélection naturelle – inacceptables pour les plus faibles et donc pour les moins riches. L’antiquité germanique aurait promu la dignité de la femme « en dépit de la polygamie ». Cette dignité se mesurerait à la position dominante de la femme dans la famille, Hentschel accumulant les exemples islandais, suédois, bohémiens. Le statut de « déesse du foyer »121 serait selon lui le gage de cette dignité.
- 122 Ibid., T.1, p. 29.
62La maternité donnerait à la femme son réel pouvoir, la femme ayant pour mission la reproduction de la race. Tacite l’aurait attesté concernant les Germains, la mère y ayant eu un caractère sacré. Le christianisme serait seul responsable d’un monde « marchant sur la tête », ayant métamorphosé la femme magicienne et sorcière en monstre, alors que la sorcière n’aurait été, à l’origine, autre que la prêtresse. Cette inversion dont serait coupable le christianisme ne serait que la conséquence d’une vision fanatique de moines refusant la fidélité de la femme germano-slave à ses anciennes croyances et voulant voir dans cette constance la preuve d’« une alliance avec le diable »122.
- 123 Ibid., T.3, p. 171.
- 124 Ibid.
63Mittgart est le lieu de cette refondation totale, une refondation qui toutefois consiste à « sauver pour l’avenir une force héritée du passé »123 tout en éradiquant tout ce qui a affaibli l’homme. Selon Hentschel, la fondation de Mittgart n’est rien moins que le fruit tout à la fois « de temps nouveaux, d’instincts nouveaux, d’une pensée scientifique et du souci de l’avenir »124. Mittgart n’est toutefois présenté que comme le lieu du prolongement de ce qui aurait été délaissé entre temps, une hygiène raciale fondée sur une sélection par le combat et par la danse. Si la lutte sanglante et virile est tout aussi essentielle à Mittgart que chez les Noubas, la danse extatique ne l’est pas moins. De l’une comme de l’autre découle une sélection qui serait à tort condamnée – alors qu’elle serait toute naturelle :
- 125 Ibid., T.2, p. 105.
Werden wir doch erkennen, dass zum Beispiel die europäischen Völker bis an die Schwelle der geschichtlichen Zeiten, zumal in ihren Kulten, sich züchterischen Veranstaltungen unterworfen haben, deren ursprüngliche Gestalt wir bei den Thrakern erkennen werden. Indem der thrakische Tanzgott Sabazjos sein Volk unter ein Zuchtgebot stellte, wurde er zum Schöpfer einer neuen Welt der Schönheit und Ebenmäßigkeit: er lehrte die Menschen, durch Wahrnehmung natürlicher Vorteile, ihre körperlichen wie seelischen Kräfte zu steigern und zu entwickeln. Diese Königskunst ist aber, so müssen wir annehmen, zuerst in der Südsee geübt worden, und dort hat denn auch die Wiege aller Königskinder gestanden.125
- 126 Ibid., T.2, p.72.
64Ces enfants royaux évoqués par Hentschel tirent leur royauté de leur « barbarie ». La volonté de puissance ne serait rien d’autre qu’une qualité originaire intacte, une qualité que Hentschel qualifie de « barbare »126 :
- 127 Ibid.
Plato weiß auch zu berichten, dass der herrschende Grundzug der Thraker eine ‘feurige Willenskraft’ sei. In welcher Weise sie es verstanden hatten, sich ihre barbarischen Vorteile zu wahren, darüber unterrichten uns Nachrichten, die in bezug auf ihren Zuchtgott Sabzjos auf uns gekommen sind, dessen Veranstaltungen nur im Sinne einer züchterischen Auslese zu verstehen sind.127
- 128 Ibid., T.2, p. 73.
- 129 Ibid., T.2, p. 70.
- 130 Ibid., T.2, p. 73.
- 131 Ibid., T.2, p. 70 : « Die Thraker : Der eigentliche Volksborn, aus dem das historische Griechenland (...)
- 132 Ibid., T.2, p. 96-97.
- 133 Ibid., T.1, p. 101.
- 134 Ibid.
65L’élevage de la race par la danse extatique reposerait principalement sur la culture, c’est-à-dire la préservation de la barbarie en l’homme débouchant sur « une volonté de feu ». C’est de ce Menschenborn128 ou Volksborn129 que les Grecs auraient tiré durant des siècles leur supplément national. C’est de là que viendraient leurs esclaves mais aussi et surtout la majorité de leurs excellents guerriers, médecins, hommes d’État et philosophes, voire une partie de leurs dieux, Arès, mais aussi Dionysos dont les bacchanales seraient un reflet de la splendeur de Thrace. Hentschel qualifie Dionysos de « Sabazjos amélioré »130. Selon lui, il ne serait pas possible de ne pas voir dans les bals et autres fêtes européennes – où la danse joue un rôle central – des traces des finalités d’élevage qu’elles avaient à l’origine. Hentschel en conclut à la nature indogermanique des Grecs antiques attestée par les ossements de crâne trouvés par Riccolucci. Homère lui aussi aurait décrit les Grecs comme « une lignée aristocratique blonde au milieu d’un bas peuple mat ». La danse chez Leni Riefenstahl associée à la sélection sexuelle est susceptible d’être fortement connotée. L’importance des Thraces pour la civilisation grecque, mais aussi pour les civilisations slaves et germaniques s’expliquerait par la sélection par la danse extatique qui y était pratiquée131. L’adoption par les Grecs de leur dieu Sabazjos132 au siècle de Solon se serait faite avec les plus grandes difficultés. La Grèce dépeuplée, dévastée, accueillant une immigration thrace, aurait alors fait face au problème que l’hygiène raciale chercherait désormais à résoudre. La désignation de Dionysos comme « dieu de la vie nouvelle et de la vie ascendante » fait référence au Dionysos de Nietzsche. Selon Hentschel, lorsque Sabazjos fit son entrée sous le nom de Dionysos dans l’Olympe des Grecs, il n’avait plus beaucoup de ressemblance avec ce qu’il était chez les Thraces. Incarnant l’abondance et la vitalité, l’enthousiasme, il était aussi le rédempteur. Pour Hentschel, un apport essentiel de Nietzsche est un apport inconscient formulé dans La naissance de la tragédie : l’interpénétration des races thraces et doriennes incarnées pour la première par Dionysos et pour la deuxième par Apollon. De l’enrichissement réciproque de ces deux races aurait jailli le « grand mouvement rythmique » dont la tragédie tirerait son origine. Pour Hentschel, « dieser Gedanke ist so richtig wie keiner »133. Elle aurait un fondement corporel, de même que le génie grec aurait eu un fondement corporel. C’est lui qui aurait été au cœur des cérémonies cultuelles d’élevage de la race. Hentschel se demande toutefois si cette rencontre entre le dieu de Thrace et le dieu de la lumière dorien n’a pas été le péché originaire de l’âme grecque, péché dont elle ne pouvait que mourir. Cette mort de la Grèce serait de même nature que la mort contemporaine de l’Allemagne. Hentschel l’attribue au manque d’enfants, les hommes ayant succombé à l’exaltation, à l’appât du gain et à la paresse : « Sie wollen nicht mehr heiraten, oder, wenn sie es tun, doch nicht viele Kinder aufziehen, sondern eins oder zwei, um diese reich zu hinterlassen und üppig grosszuziehen»134.
- 135 Ibid., t. 1, p. 139.
- 136 Ibid.
66Cette mort serait cependant une preuve supplémentaire du fait que « la noblesse a été de tout temps indo-germanique »135. Citant Gobineau qui affirme que « le noble meurt », Hentschel voit dans une époque déterminée à éradiquer tout ce qui est noble un facteur d’accélération supplémentaire de cette mort. À la différence de Chamberlain, Hentschel se refuse à voir dans l’Aryen un caractère religieux particulier. Selon lui, il convient de ne pas surestimer la race. Le sang serait le même chez tous les peuples. Il faudrait en revanche ne plus sous-estimer l’élevage. L’apparition d’un homme noble serait le résultat d’un élevage par lequel « les errances désemparées de l’être humain deviennent contemplation du divin, le courage et la force – fortifiés par la sélection – obéissent à une idée ». Au terme de ce que Hentschel qualifie de « purification », apparaît celui qu’il appelle « l’homme noble ». À cet instant, écrit-il, « l’idéal s’élève au-dessus du caveau de l’espérance »136.
- 137 Cf. Houston Stewart Chamberlain (note 89).
- 138 Cf. Friedrich Nietzsche : Jenseits von Gut und Böse. München 1999, p. 181.
- 139 Ibid., p. 183-184.
- 140 Ibid., p. 173.
67Les monts nouba ne sont pas sans lien avec la germanité, Leo Frobenius y ayant vu dans Märchen aus Kordofan l’ultime refuge de la civilisation kousch. Pour de nombreux auteurs, tels que Houston Stewart Chamberlain137, il est évident qu’il s’agit là d’une civilisation aryenne. Il est difficilement imaginable que Leni Riefenstahl n’ait pas eu connaissance de ces hypothèses. L’analyse fait apparaître que la production d’une société aristocratique peut être la finalité des recueils. Les Allemands ont pu être considérés, par Nietzsche par exemple, comme plus proches des barbares que les Français138. Il s’agirait dans ces recueils d’un de ces projets de rebarbarisation dénoncés notamment par Kurt Sontheimer à la suite de Thomas Mann. La figure du barbare est la figure supérieure au sein de cette société aristocratique139. La « production d’une nouvelle race dominant l’Europe »140 trouverait son modèle au sein des monts nouba. Une telle hypothèse ne peut être exclue sur la base des analyses développées précédemment.
68En effet, la référence bibliographique à Und Afrika sprach soulève la question de l’ancrage des œuvres de Leni Riefenstahl et Leo Frobenius dans un même courant de pensée. L’analyse de la composition du premier recueil photographique de Leni Riefenstahl – recueil composé de photogrammes extraits du film Olympia célébrant les jeux olympiques de Berlin en 1936 et intitulé Schönheit im Olympischen Kampf – laisse apparaître une forte cohérence des images féminines. Cette cohérence pourrait rattacher cette œuvre à des courants de pensée « antioccidentaux » dont Kurt Sontheimer a dénoncé dans Antidemokratisches Denken in der Weimarer Republik une stratégie de dissimulation : l’exotisme. De fait, derrière l’exotisme festif de certains photogrammes d’Olympia et Schönheit im Olympischen Kampf il est possible de lire un hymne au polythéisme et à ses hauts lieux – la Grèce, l’Inde – de même qu’une célébration de la guerrière, d’Athéna à Durga. Alors que Kurt Sontheimer a vu dans l’exotisme du premier quart du vingtième siècle l’élément central de stratégies de dissimulation d’enjeux théoriques ou idéologiques – culte de la mère et des forces chtoniennes –, il est possible de mettre en évidence des stratégies d’écriture aboutissant – indépendamment de l’exotisme – au même résultat dans les œuvres de Leni Riefenstahl et Leo Frobenius. La quasi-absence de l’Inde dans les œuvres de Leo Frobenius et Leni Riefenstahl serait trompeuse, et dans Und Afrika sprach, Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern et Indische Reise l’importance théorique du régicide rituel – issu du shivaïsme – et de ses corollaires – le matriarcat, le culte des morts et le respect des entrailles maternelles – pourrait ne pas apparaître du fait de l’insistance sur le factuel, l’étude critique des témoignages, l’éloge de la réalité au détriment de la théorie, la dispersion des éléments du puzzle. Les stratégies de dissimulation mises en évidence pourraient aller de pair avec des stratégies indiciaires qu’illustrerait la référence à Und Afrika sprach en annexe de Die Nuba – Menschen wie von einem anderen Stern. En dépit d’un faisceau d’indices, le constat d’une Afrique indienne et d’une tendance au syncrétisme chez Leni Riefenstahl et Leo Frobenius ne permet pas de conclure à une identité théorique. Au plus peut-on faire l’hypothèse d’une proximité ou encore d’une continuité. Ce qui semble leur être commun, c’est un penchant marqué pour le syncrétisme, de même qu’une propension assumée au refus de tout cloisonnement entre – pour Leni Riefenstahl – la réalité et la fiction, – pour Leo Frobenius – la thèse et l’hypothèse, – pour Willibald Henstchel – le possible et l’utopique. De même, un certain culte de la mère, de la primitivité, voire de la barbarie – revendiqué par Hentschel et Frobenius – pourrait leur être commun en dépit des différences que présentent leurs œuvres.
69Les différences existant entre l’image donnée des Noubas dans Und Afrika sprach et Die Nuba Menschen wie von einem anderen Stern sont nombreuses et pourraient amener à voir dans la bibliographie placée en annexe de ce premier recueil un ornement, une caution morale, voire une invitation à l’approfondissement. L’étude des autres œuvres et articles cités plaide également en ce sens. La cohérence entre l’image donnée par Leni Riefenstahl et celle donnée par ces différentes œuvres apparaît difficilement. La nudité sur laquelle Leni Riefenstahl insiste tant – et dont elle fait le critère de la décadence ou non des Noubas – n’apparaît pas chez Leo Frobenius, de même que les scarifications, la sélection par le combat au bracelet tranchant, la danse extatique ou encore la sélection de l’homme par la femme. De même, chez George Rodger – à qui Leni Riefenstahl attribue son désir de découvrir les Noubas – manquent des aspects essentiels de l’œuvre riefenstahlienne (danse extatique, sélection par la femme, etc.). Même si de nombreux photogrammes riefenstahliens présentent des similitudes frappantes avec ceux publiés auparavant par Rodger, les règles régissant le village des Noubas décrit par le photographe anglais ont peu de points communs avec celles décrites par Leni Riefenstahl. Le spécialiste d’anthropologie visuelle James Faris dont l’œuvre est également citée par Leni Riefenstahl a dénoncé une déformation au sujet du deuxième recueil Die Nuba von Kau : l’abstinence conjugale est l’un des éléments suscitant des interrogations. La recherche semble ne pas avoir envisagé jusqu’ici la continuité susceptible d’exister sur ce point entre Und Afrika sprach, les recueils de Leni Riefenstahl et le Varuna de Willibald Hentschel. Si la recherche d’une telle continuité ne peut mener à des preuves, elle peut, en revanche, conforter l’hypothèse du caractère largement fictif des récits de voyage nouba et indien de Leo Frobenius et des recueils photographiques de Leni Riefenstahl. C’est pourquoi une telle recherche ne peut sans doute s’abstenir de mettre en évidence l’illusion de réalité et les procédés qui l’alimentent. On est alors amené à conclure que l’Afrique indienne pourrait dissimuler d’autres enjeux que ceux que l’on a imaginés jusqu’ici et avoir des contours bien plus larges que ceux de l’Afrique et de l’Inde.
Notes
1 Leni Riefenstahl : Die Nuba – Menschen wie von einem anderen Stern. München 1973.
2 Leni Riefenstahl : Die Nuba von Kau. München, 1976 [Nous nous référons pour ces deux monographies à l’édition suivante : Leni Riefenstahl : Die Nuba, Gemeinschaftsausgabe von Die Nuba – Menschen wie von einem anderen Stern et Die Nuba von Kau. Köln 2000]. Leni Riefenstahl : Korallengärten. München 1978. Leni Riefenstahl : Wunder unter Wasser. München 1990. Leni Riefenstahl : Mein Afrika. München 1982. Leni Riefenstahl : Africa. Köln 2002
3 L’expression à succès est au cœur de différents ouvrages, notamment journalistiques. Cf. Guido Knopp : Les femmes d’Hitler. Paris 2004.
4 26 des 45 références concernent des articles publiés dans la revue ethnographique Sudan Notes and Records.
5 Leo Frobenius : Und Afrika sprach. Berlin 1913.
6 Cf. note 22.
7 Leni Riefenstahl : Schönheit im olympischen Kampf, Berlin, 1937. Nous nous référons à la réédition suivante : Leni Riefenstahl : Olympia. Köln 2002.
8 Leni Riefenstahl (note 7), p. 72.
9 Ibid., p. 73.
10 Ibid., p. 255.
11 Ibid., p. 40-41.
12 Ibid., p. 25, 26, 28, 30, 32 et 35.
13 Cf. Leni Riefenstahl : Memoiren, Köln 1987, p. 106 ; 215-216, p. 338‑345. Gérard Genette a vu dans le Penthésilée de Kleist l’archétype de ce qu’il désigne par « transvalorisation », « pas nécessairement ou immédiatement la transvaluation nietzschéenne », mais un « renversement axiologique » par rapport à un horizon d’attente. Cf. Gérard Genette : Palimpsestes, La littérature au second degré. Paris, 1982, p. 483, p. 524-526 : « Penthésilée croit qu’Achille est son prisonnier, les deux héros ont le temps de s’éprendre et d’entrevoir un avenir de bonheur commun. Puis, brutalement, le destin se renverse et bascule dans l’horreur : furieuse de découvrir qu’elle était la prisonnière d’Achille, Penthésilée se rue sur lui, l’abat d’une flèche au cou, et le dévore avec ses chiens, encore vivant et s’étonnant : ‘Penthésilée ! ma fiancée ! qu’as-tu fait, Cette Fête des Roses que tu me promettais, c’était donc cela ?’ Dégrisée peu après, elle meurt de remords et, j’espère, de regrets. La transformation pragmatique – fort audacieuse puisqu’elle fait fi de toute la tradition concernant l’invulnérabilité d’Achille et ses exploits ultérieurs jusqu’à sa mise à mort par la flèche de Pâris guidée par Apollon – aboutit, on le voit, à un renversement axiologique complet par rapport aux données de l’hypotexte : ce n’est plus Achille qui s’éprouve coupable et malheureux de la mort de Penthésilée, mais l’inverse, et de la manière la plus atroce. La victime devient bourreau, le bourreau devient victime. On dit que Kleist se serait inspiré d’une version alexandrine, mais à ma connaissance aucune ne donne la victoire finale à Penthésilée, et la mort à Achille. En toute hypothèse le choix de la variante revient au poète, dont la sauvagerie d’inspiration se donne ici le cours le plus libre, et apparemment le plus gratuit : le fantasme, peut-être, à l’état pur. »
14 Ibid., p. 39.
15 Ibid., p. 27 et 29.
16 Ce récit liminaire contient deux éléments qui ont joué un grand rôle dans la vie de Leni Riefenstahl : la danse – qu’elle apprend à Dresde chez la célèbre Mary Wigman – et l’Egypte, les monts Nouba étant certes situés sur le territoire du Soudan, mais se trouvant à une faible distance du Nil. Le paragraphe précédant cette anecdote est consacré au climat dans lequel elle a grandi, un climat de symbiose avec la Nature. Le troisième élément qu’introduit Leni Riefenstahl – après cette extrême proximité de la Nature et le goût du déguisement – est un penchant très précoce pour le sport. Le lecteur des Mémoires de Leni Riefenstahl retrouve là l’alpiniste des films d’Arnold Fanck et la réalisatrice d’Olympia.
17 Leni Riefenstahl (note 13), p. 15.
18 Ibid., p. 13.
19 Cf. Johann Chapoutot : Le national-socialisme et l’Antiquité. Paris 2008.
20 Kurt Sontheimer : Antidemokratisches Denken in der Weimarer Republik, Die politischen Ideen des deutschen Nationalismus zwischen 1918 und 1933. München 1962.
21 Ibid., p. 50.
22 Leo Frobenius : Und Afrika sprach (note 5). Leo Frobenius : « Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern ». In : Märchen aus Kordofan, IV. Band. Jena, 1921. Leo Frobenius : Indische Reise. Ein unphilosophisches Reisetagebuch aus Südindien und Ceylon. Berlin 1931.
23 Cf. notes 1 et 2.
24 Willibald Hentschel : Varuna, Das Gesetz des aufsteigenden und sinkenden Lebens in der Völkergeschichte. Leipzig 1924 [1920].
25 Cf. Kurt Sontheimer (note 20), p. 43.
26 Cf. Max Scheler : « Der Mensch im Weltalter des Ausgleichs. » In : Ausgleich als Aufgabe und Schicksal, Berlin 1929, Schriftenreihe der Deutschen Hochschule für Politik, p. 45.
27 Cf. Martin Heidegger : Concepts fondamentaux de la métaphysique, trad. fr. Daniel Panis. Paris 1992, p. 112-113. Klages y est rapproché de Max Scheler, de Leopold Ziegler et d’Oswald Spengler.
28 Kurt Sontheimer (note 20), p. 43.
29 Cf. Thomas Mann : Deutsche Ansprache, ein Appell an die Vernunft (17/10/1930), vol. XII, Gesamtausgabe. Berlin, p. 533.
30 Cf. Kurt Sontheimer (note 20), p. 47.
31 Ibid., p. 46.
32 Cf. Leo Frobenius : Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern (note 22), p. 5 : « Das aber geschah im 13. Jahrhundert, als der Islam endlich den Widerstand der aus dem Meere des Altertums hervorgegangenen christlichen Staaten Napata und Dongola gebrochen hatte. Nachdem dies gelungen war, setzte die Überschwemmung durch die kuhweidenden Baggara, durch die kamelzüchtenden Kabalisch und durch viele andere arabische und arabisierte Horden und Stämme ein. Vor diesem Durchbruch war Kordofan – so berichten die Erinnerungen – ein fast ausschließlich ackerbauendes und Industrie treibendes Land. Seitdem wurden Landbau und Handwerk mehr und mehr vernachlässigt. Die anscheinend unendlich fleißigen und emsigen ‘Neger’ wurden in die Hügel- und Berglandschaften zurückgedrängt. »
33 Cf. Thomas Mann : « Die Stellung Freuds in der modernen Zeitgeschichte ». In : Gesammelte Werke in zwölf Bänden. Frankfurt am Main 1960, vol. X.
34 Leo Frobenius : Indische Reise (note 22), p. 16.
35 Leo Frobenius (note 5), p. 100 : « Diese Isolierung äußert sich auf zwei Gebieten, auf politischem und auf linguistischem. »
36 Ibid., p. 97 : « Es ist möglich, dass das, was Sudan- und Ostafrikabevölkerung so stark verschieden erscheinen lässt, im Wesentlichen darin beruht, dass Ostafrika das Pferd fehlt – das Pferd, das im Sudan Reitervölker erscheinen lässt. »
37 Dans Und Afrika sprach Frobenius indique ne pas pouvoir confirmer le lien entre peuples nilotiques et Noubas. Dans le texte suivant, il s’agit pour Frobenius d’un fait établi. Cf. Leo Frobenius : Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern (note 22), p. 6.
38 Ibid. : « Stets waren diese Berge Nester, Zufluchtsorte und Ausfallsgebiete der Zurückgedrängten. Aber nach den Sagen aus alter Zeit waren die hier Eingenisteten Rohlinge, Räuber, Brutale, und in unseren Tagen sind es die Tiefinnerlichen, die Seelenvollen, die Gottesfürchtigen und Züchtigen. Das aber heißt, dass in den Steppen der jetzigen Periode der viehzüchtenden Araber eine Zeit hochstehender Kultur, staatlicher Größe, handwerklicher Blüte voranging, die ihrerseits einer Periode primitiver Brutalität folgte. Also : in ältester Zeit wurde Kordofan belebt von brutalen Primitiven ; eine herannahende Kulturwelle verjagte die Rohlinge in die Berge und breitete sich über die Fläche aus. Als diese Blütezeit im Völkersturme des 13. Jahrhunderts ihren letzten Schmuck verfliegen sah, retteten sich die letzten Flüchtlinge in die Bergnester, deren rauhe Inseln inzwischen ausgestorben oder der Kultur ergeben waren. Von diesen ‘Rohlingen’ kennen wir heute im Westen dieser Länder noch letzte Reste, die Massalit, von den herabgewürdigten Kulturellen kennen wir vor allem die Nuba, die zumal im südlichen Kordofan sicheres Bergasyl fanden und die nahen verwandten der Nubier am Nil sind. Es sind die Nachkommen des von Arach-ben-Hassul genannten Napht. »
39 Frobenius affirme avoir compris l’intérêt du récit d’Arach-ben-Hassul concernant les Noubas suite à des échanges avec le Dr. Bernhard Struck au sujet de l’Afrique du Nord-Est au cours desquels le royaume de Kousch serait réapparu. L’interlocuteur cité par Frobenius est un gage de sérieux. Collaborateur de Hugo Adolf Bernatzik, il soutient une thèse d’ethnologie en 1923 à l’université de Tübingen. Leni Riefenstahl consacre également une référence à un ouvrage de Bernhard Struck dans la bibliographie qu’elle place en annexe de Die Nuba.
40 Leo Frobenius : Indische Reise (note 22), p. 278-281 : « Wie der Mondreligion Shivas im Süden Indiens die Monddynastien, so entsprechen der Sonnenreligion Vishnus im Norden die Sonnendynastien, die Suryavanchi. […] Zwei Religionen ! […] Hier der Vishnuismus als Ausdruck und Anerkennung des in Buntheit dahinfließenden Lebens. […] Dort der Shivaismus, die dunkle Verherrlichung eines düsteren Schicksals[…] Beide so scharf gegensätzlich fundierten und ausgestalteten Lebensgefühle zwar heute noch das eine mehr dem Land eigen, in dem die arische Natur herrschend wurde und die Oberhand gewann, aber doch auch wieder vereinigt im Zeichen dieses Religionsbundes, der den Namen Hinduismus trägt. Und beide Religionen geleitet und gehegt durch die Priesterkasten, die, wo wir sie auch treffen, sich als Nachkommen der vor 3000 oder 4000 oder mehr Jahren von Norden her eigewanderten Arier bezeichnen. Beide Religionen zusammen ein unüberbrückbarer Kontrast ! Und doch geben die Brahmanen an, diese Götterwelten « geschaffen » zu haben. – Hier wird das Unmögliche Behauptung. Der Mensch kann formen. Die Gestalt entfaltet sich aber im Menschentum. Die beiden Lebensgefühle müssen uralt sein und die Naturen der beiden Religionen zwei alten Kulturen entsprechen. Diese an sich theoretische Behauptung scheint mir dem zu entsprechen, was dem historischen Aktenmaterial entnommen werden kann. Zunächst einmal die Tatsache, dass die alten Veden weder die eine noch die andere Religion kennen. Die in den Pandjab einwandernden Arier besitzen aber überhaupt weder eine straff formulierte Mythologie noch eine ausgeprägte Priesterkaste im Sinne der hinduistischen ‚Brahmanen‘. […] Die Arier stießen von Norden her in einen Bereich, der schon Kultur in bunter Mischung aufweist. […] Und so sehen wir als erste Folge des Aufsaugens einheimischer Ideen die Tatsache, dass die Arier sich als Sonnensöhne bezeichnen. Das will heißen, dass die Arier sich zunächst mit den Stämmen der Sonnenreligion befreundeten. Weiter dann zu einer nächsten Stufe! Im Kampf der Pandu mit den Kuru heiratet der Pandusohn eine Prinzessin; gleichzeitig wird sie damit aber auch Gattin ihrer vier Schwäger. Eine ausgesprochen polyandrische Ehe nach altindischem Brauch, die nach arischer Sitte undenkbar gewesen wäre. Und so stehen zum Schluss die Arier dann stolz da als Monddynastie! Der letzte Schritt ist geschehen. Die im Anfang bekämpfte Religion der düsteren Mächte hat im Süden auch über die Lichtsinnigen gesiegt. » ; p. 287 : « Die Verbreitung der Sitte des rituellen Königsopfers an den Gestaden des Indischen Ozeans zeigt einen Winkel, dessen Spitze in Westasien ruht. Nach durch Dion Chrisostomos gegebenen Mitteilungen waren große Königsopferfeste auch im nördlichen Persien heimisch. Es liegt aber kein zwingender Grund vor, ihren Ursprung von Babylon herzuleiten. Der kaukasische Kulturstrom kann in seinem Vorrücken nach Süden sie als Meilensteine seines Marsches von Norden her zurückgelassen haben. Dem ‚Venusjahr‘ wurde wohl in der kaukasischen Kultur Elams ein Zentrum der Ausstrahlung. Jedenfalls wurde der Kultus der Schicksalsgöttin von hier aus mit der Dravidakultur nach Nordindien getragen, die Dravidakultur nach Nordindien getragen, die Dravidakultur dann aber durch die einfallenden Arier nach Südindien gedrängt. Einmal im Bereiche der Schifffahrt des Indischen Ozeans angelangt erfolgte eine koloniale Ausstrahlung über das Meer. Hier ist nur die Form, nicht aber die zeitbestimmte Einzelheit fassbar. […] Wann und in welchem Zusammenhang diese Ischtarkultur nach Südostafrika übersiedelte, können wir heute noch nicht sagen. »
41 Leo Frobenius (note 5), p. 103 : « Die große Bedeutung der Religion im Leben der Nuba. »
42 Ibid., p. 111 : « Das Wesentliche im Leben der Nuba, wie aller kulturell verwandten afrikanischen Stämme, ist nämlich, dass allenthalben und in allen Teilen das profane und das religiöse Leben nicht zwei verschiedene Teile, sondern ein genetisch gemeinsam entstandenes Einheitsbild darstellen. Die Anschauungen religiöser Natur werden bedingt durch das praktische Leben. Das praktische Leben seinerseits erfährt seine Gliederung und Modifikation durch die Anschauung, die es selbst hervorgebracht hat. Das ist eine umso wichtigere Tatsache, als wir sie bei den allerwenigsten Völkern der Erde finden. »
43 Cette religion qui n’est pas nommée dans Und Afrika sprach présente des traits communs avec le shivaïsme tel qu’il est présenté dans Indische Reise et auquel elle se rattache par le régicide rituel. Frobenius insiste sur un culte de la fertilité qui leur serait commun. Le sous-chapitre intitulé « Religiöses Leben » représente un quart du chapitre.
44 Ibid., p. 117 : « Damit dürfen wir diese Skizze des Nubavolks abschließen. Es war nicht meine Absicht, eine umfangreiche Beschreibung zu bieten, sondern in einer kurzen Darstellung das Wesentlichste, was uns das Leben dieser eigentümlichen Splitterstämme verständlich macht, hervorzuheben. Das Volk, das ich hier geschildert habe, ist ein schlichtes, ein einfaches Volk. In seinem Wesen ist nichts gekünstelt. Was sie tun, tun sie unbedingt nach uralter Gepflogenheit. Nichts dürfte diesem Volk unangenehmer sein als Neuerungen. Was sie tun und wie sie es tun, das hat Hand und Fuß. Jede Sitte und Anschauung ist mit dem Lebensgang des Individuums wie des Stammes respektive der Familie organisch aufgewachsen. Ein Volkstyp, ein Kulturtyp, ein Guss. Unbedingt habe ich den Eindruck gewonnen, als ob an diesen Nuba die Jahrtausende mit ihren Umwälzungen spurlos vorübergegangen sind. »
45 Ibid., p. 100-101 : « Die Oaseninseln der Sahara sind offen und den Anstürmen der Nomadenstämme unentwegt frei. Also herrscht der Nomade als Adliger frei über die Bevölkerung der Oaseninseln. Die Berginseln des Sudan sind dagegen feste Schutzplätze, in denen die Bevölkerung auch gegen den Andrang der Nomadenstämme sich verteidigen kann. Der Berginselbewohner tritt mit den Nomadenfluten nicht in Verkehr. […] Während die libyschen Oasenstämme, mit der Außenwelt durch die Nomadenherrscher verbunden, im Altertum eine altklassische Religion, im Mittelalter die christliche und in der Neuzeit die islamische pflegten, haben die Inselbewohner des Sudan, von der Außenwelt durch Nomaden- und Reitervölker abgesperrt, heute noch die gleiche Religion wie zur Zeit des alten Herodot. Die Weltgeschichte hat vielleicht einengend auf die Bewohner der Nubaberge eingewirkt, nicht aber kulturumbildend. »
46 Ibid., p. 100.
47 Ibid., p. 107 : L’opposition entre les nomades sémites et les différentes tribus nouba serait d’ordre moral. Le nomade sémite rechercherait la jouissance. Le Nouba serait un être profondément religieux et tournerait toute sa vie vers la procréation.
48 Ibid., p. 102 : « Das Leben im Dorf ist ein sehr glückliches und harmloses. Farmarbeit, an der sich Männer wie Frauen, alt und jung, nach Kräften beteiligen, füllt die Stunden des Tages, fröhliches Beieinanderhocken und Plaudern die der Dämmerung und heiteres Tanzen und Wettringspiel (gleich denen der Nupe) die mondhellen der Nacht aus. Mit den Hähnen steht man auf. Mit Dunkelheit legt man sich nieder. »
49 Ibid., p. 116.
50 Ibid., p. 106-108, 114-115.
51 La nudité que Leni Riefenstahl recherche chez les Noubas est totalement absente des descriptions et photographies de Leo Frobenius. Les combats au bracelet tranchant n’y sont qu’évoqués et aucunement décrits. Frobenius voit un peuple belliqueux là où Leni Riefenstahl fait l’éloge d’un peuple pacifique. Enfin, la transe et la danse de sélection ne sont pas du tout présentes chez Frobenius, alors que Leni Riefenstahl leur attribue une fonction capitale. Enfin, la séduction qui occupe dans Und Afrika sprach une place importante est incompatible avec la version que donne Leni Riefenstahl des relations entre l’homme et la femme.
52 Cette idée d’une culture entièrement tournée vers la fertilité, culture dont les rythmes sont dictés par la lune, pourrait trouver sa place dans un ensemble cohérent [cf. Frobenius (note 5), p. 114] dont Indische Reise donnerait des clés essentielles. Le shivaïsme, source selon Frobenius de l’horoscope et du régicide rituel, culte de la fertilité, peut être aperçu entre les lignes d’Und Afrika sprach. Cf. Frobenius (note 22), p. 274 : « Im Dienste der Tempel des Shiva und der Durga standen viele Mädchen, Tänzerinnen, Hierodulen. Deren Fruchtbarkeit war erwünscht. Die Religion der Shivaisten barg den Kern einer tiefen Verehrung der Zeugung. Hochzeiten der Rinder wurden wie Hochzeiten zusammengepflanzter Bäume festlich begangen. Shiva war der Erzeuger, Durga die Mutter des Alls. Aber wie dem Lebensbeginn, so war dem Lebensende der Sinn dieser religion gewidmet. Nicht nur, dass Shiva die Stätten der Toten bevorzugte, und Durga-Sati das Vorbild für das Gattenopfer darstellt. Die Herrscher all jener Fürstengeschlechter, die seit alters der Shivareligion ergeben sind, und die sich heute noch als Chandravanshi, als Monddynastien bezeichnen, waren vordem zum rituellen Königsmord verpflichtet. In jedem zwölften Jahre, wenn der Jupiter wieder in das Sternbild des Löwen eintrat, waren sie dem Tode geweiht. Aber auch sonst trugen die Könige dieser Dynastien die Verantwortung für das Schicksalsmäßige. Bei Finsternissen und gewissen Gefahr bringenden Konstellationen mussten sie sich selbst oder ihr Gewicht in Gold den Priestern darbringen. Das Horoskop war ihr Schicksal.
So wie die Shivaisten in Südindien und bei den Draviden, so herrschen die Vishnuisten in Nordindien und unter den Hindus vor. » La dernière phrase d’Indische Reise semble confirmer l’importance de ce thème : « Das Horoskop ist nach dieser Richtung der letzte matte Schatten der einst so gewaltigen Entdeckung des Schicksals. »
53 Ibid., p. 97-98.
54 Ibid., p. 99.
55 Ibid., p. 99-100.
56 Ibid., p. 100.
57 Ibid., p. 101.
58 Ibid., p. 98-99 : « Überall aber gelten die Splitterstämme bei den Staatenbildnern als plumpe, schwerfällige, berufstüchtige Bauern, die das beste Sklavenmaterial abgeben. Seit Jahrhunderten – vielleicht seit Jahrtausenden – haben die Staatenbildner jede Gelegenheit wahrgenommen, die Dörfer der Splitterstämme zu überfallen und ihre Bewohner in die Sklaverei zu schleppen. Ihre Wohngebiete sind gewissermaßen die Menschenlager orientalischen und auch (indirekt) portugiesischen Sklavenhandels gewesen. »
59 Ibid., p. 101 : « Hat die Isolierung auf der einen Seite sprachlichen Zerfall zur Folge, so bedingt sie auf der anderen Seite weitgehendsten Konservatismus. Einmal bringt die stets durch den Nomadensturm lebendig erhaltene Existenzsorge und die infolge der Isolierung noch vergrößerte Gefahr der Atrophierens zu äußerster Anstrengung aufgestachelte Tätigkeit ein starkes Bedürfnis nach Kultur- und Krafterhaltung mit sich, was zur Folge hat, dass das Volk triebartig mehr denn anderweitig die Erhaltung seiner Kultur- und Naturkräfte bewacht. »
60 Ibid.
61 Ibid., p. 112.
62 Ibid., p. 113-114.
63 Ibid., p. 116.
64 Ibid., p. 114.
65 Ibid.
66 Ibid.
67 Ibid., p. 116.
68 Ibid.
69 Ibid : « Wir erkennen die Nuba als ein tiefgläubiges, überzeugungstreues Bauernvolk, das seine religiöse Klarheit und Sicherheit auch dadurch bezeugt, dass es im Gegensatz zu den nomadischen Stämmen ursprünglich seine Amulette sein eigen nennt. »
70 Ibid., p. 117.
71 Ibid., p. 116.
72 Leo Frobenius théorise la suprématie de l’événement et du fait dans l’avant-propos et le corps du texte d’Indische Reise (note 22) également.
73 Ibid., p. 6 : « Mir selbst wurde ein unermessliches Bedürfnis und eine große Fähigkeit, glücklich zu sein, in die Wiege und außerdem der Wunsch in die Seele gelegt, möglichst viele Menschen am Genuss der Fülle des Daseins teilnehmen zu lassen. Deshalb veröffentliche ich das Tagebuch dieser Reise, eine Schilderung von Geschehenem, Gelebtem und durchlebtem, so schlicht und anspruchslos wie es an Ort und Stelle niedergeschrieben wurde. Ich veröffentliche es, weil ich mir auch der Unvollkommenheit meiner Federführung bewusst bin in der Überzeugung, dass auch das weniger geschickt Abgefasste den Hauch des wahrhaft Erlebten übermittelt.
Lieber Leser, wenn du es wünschst nachzuprüfen, ob diese meine Vorstellung zu Recht besteht, so beginne dieses Buch mit Kapitel 2, Seite 35, zu lesen, studiere es bis zum 11. Kapitel und klappe es dann zu.
Nun ist es ja fraglos eine eigentümliche und bisher nicht gebräuchliche Aufforderung an den Leser, das Studium eines Buches nicht mit dem ersten, sondern erst mit dem zweiten Kapitel zu beginnen und es vor der Kenntnisnahme des letzten wegzulegen. Nun, so wunderlich diese Maßnahme auch erscheinen mag, so wäre sie doch sehr leicht damit erklärt, dass diese beiden Externen, das erste und das letzte Kapitel, nämlich nicht Teil des Reisetagebuches sind und auch erst während der Heimreise und in Europa geschrieben wurden. »
74 Dans les dix autres chapitres, l’ethnologue évoque avec force détails les aspects matériels de son périple. La Minerva décapotable baptisée Citrus n’est pas seulement photographiée, elle occupe également une place centrale dans ce récit. Les aventures du chauffeur, les innombrables pannes, les immobilisations qui en découlent, les réparations, les rencontres avec des garagistes sont autant d’événements centraux du récit, à côté des multiples rencontres, des recherches d’hébergement, des trajets en train et des visites en tout genre. L’auteur justifie son choix d’un tel récit par un besoin d’authenticité. Il met en scène à son habitude un exploit, une aventure semée d’embuches.
75 Cf. Frobenius (note 22), p. 274 et 287.
76 Frobenius date du 21 septembre 1930 l’avant-propos qu’il met en tête de son Indische Reise. Il l’aurait rédigé sur les bords du Lac Majeur, à Biganzolo, où il s’éteindra le 9 août 1938. Né à Berlin le 29 juin 1873, Frobenius se définit d’abord par son cosmopolitisme.
77 Ce topos est également central dans Kulturgeschichtlichefragmente aus den Nilländern. Derrière le topos, il convient de percevoir l’enjeu idéologique du matriarcat souligné par Frobenius lui-même.
78 Ibid., p. 5.
79 Ibid.
80 L’amitié entre Oswald Spengler et Leo Frobenius est susceptible d’éclairer ce lien.
81 Ibid., p. 16. Cf. Klaus von See : Barbar, Arier, Germane. Heidelberg 1994.
82 Cf. Leo Frobenius : Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern (note 22), p. 20. Sur le point du sacrifice humain, et plus précisément de la mort volontaire des veuves sur le bûcher, on peut penser, parmi de nombreuses autres sources d’inspiration possibles, aux aventures de Phileas Fogg. Cf. Jules Verne : Le tour du monde en 80 jours, Paris, 1947, p. 73.
83 Leo Frobenius : Indische Reise (note 22), p. 7-8.
84 Le régicide rituel est l’objet de son précédent ouvrage, issu du même voyage, Erythrea. Cf. Leo Frobenius : Erythrea, Räume und Zeiten des sakralen Königsmordes. Berlin 1930.
85 Leo Frobenius (note 5), p. 117 : « Diese Typen sind ihrem inneren Wesen nach eben nur und ganz allein aufgebaut auf patriarchalischem Familien- und Arbeitsmodus. Im Wesen dieser ungemein einheitlichen Kulturtypen liegt gerade diese Splitterhaftigkeit begründet. »
86 Cette thèse semble n’être défendue par aucun ethnologue excepté le Frobenius de Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern. Leni Riefenstahl propose le commentaire suivant d’un photogramme représentant des fresques murales de cases : « In vielen Nubahütten findet man an den Wänden die plastisch stilisierte Form der weiblichen Brust. Anthropologen deuten dies so, dass bei den Nuba in Urzeiten das Mutterrecht herrschte. Auch heute noch drücken sie damit die Verehrung für ihre Mütter und Frauen aus. » [Cf. Leni Riefenstahl : Die Nuba. Köln 1973, p. 24]. L’égalité des droits entre l’homme et la femme chez les Noubas Masakin-Qisar est considérée par Leni Riefenstahl comme une clé de leur « vie de famille très harmonieuse. » [Ibid., p. 16]. Il se peut que Leni Riefenstahl livre ici une clé de lecture du recueil Mein Afrika. Les photogrammes représentant des Masaï en début de recueil illustreraient la conception selon laquelle « l’homme y est moins attaché à sa femme qu’à sa vache préférée. » [Idem]. Alors que chez les Masaï la femme ne peut choisir librement son mari, « il en [serait] tout autrement chez les Noubas. » Elle refuserait très fréquemment le fiancé choisi quelques années plus tôt par ses parents, le père devant alors rendre le bœuf, les quelques chèvres et poules payées par l’homme pour obtenir la fille. Chez les Masaï cette liberté de la femme n’existe pas. Chez les Noubas, le respect de la femme se traduirait non seulement par l’absence de dot mais aussi par l’obligation de construire pour chaque femme un nouvel ensemble de maisons. La polygamie resterait de ce fait très limitée.
87 Deux éléments essentiels se retrouvent dans ses textes ultérieurs, le régicide rituel et le rôle de la lune. C’est dans Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern que Frobenius affirme découvrir le premier élément. C’est dans Indische Reise que Frobenius développe l’idée d’une antique religion lunaire commune au nord de l’Inde et aux monts Nouba.
88 Si la recherche s’est intéressée depuis longtemps à l’hypothèse de liens entre Méroé et l’Inde, elle ne l’a pas fait concernant les Noubas, alors que Frobenius affirme de tels liens dans Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern. Méroé et Napata sont d’ailleurs présents dès la deuxième ligne du chapitre indiqué par Leni Riefenstahl. Dix ans plus tard, Napata réapparaît sous la plume de Frobenius comme l’indice de l’origine kouschite des Noubas.
89 Parmi de nombreux autres auteurs, Houston Stewart Chamberlain a affirmé dans Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts le caractère « indubitablement » aryen du peuple kousch. Il souligne que cette affirmation est cependant remise en cause, se faisant ici l’écho des doutes émis concernant l’unité de la race aryenne. Les critiques visant à ébranler l’idée même d’unité de la race aryenne n’hésiteraient pas à mettre en doute une des certitudes les mieux établies : l’appartenance du peuple kousch à la race aryenne. Houston Stewart Chamberlain ajoute en note : « Même en me bornant à une affirmation si modeste, puisée aux meilleures sources qui me fussent connues, il semble bien que j’aie dépassé les limites de la certitude scientifique. Voici, en effet, ce qu’écrit Charles de Ujfalvy dans un travail spécial paru en 1896 sous ce titre : Les Aryens au nord et au sud de l’Hindou-Kousch : ‘le terme aryen est de pure convention ; les peuples iraniens au nord et les tribus hindoues au sud du Caucase indien diffèrent absolument comme type et descendent, sans aucun doute, de deux races différentes’ ». La position minoritaire de Charles Eugène de Ujfalvy de Mezö-Kövesd montrerait que les certitudes les mieux partagées, des réalités « indubitables » peuvent malgré tout être ponctuellement remises en cause par l’un ou l’autre. Cf. Charles Eugène de Ujfalvy de Mezö-Kövesd : Les Aryens au nord et au sud de l’Hindou-Kouch. Paris, 1896, p. 15. Cf. Houston Stewart Chamberlain : La genèse du dix-neuvième siècle. Paris 1913, p. 359.
90 Dans Die Nuba von Kau, Leni Riefenstahl met sous les yeux du lecteur l’appauvrissement du peuple Masakin Qisar – dont on ne peut plus imaginer la richesse passée – et la nécessité de partir pour Kau.
91 Leo Frobenius : Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern (note 22), p. 10.
92 Ibid., p. 20.
93 Leo Frobenius : Indische Reise (note 22), p. 33.
94 Ibid.
95 Ibid., p. 33-34.
96 Ibid., p. 31 : « Eine Kulturbeziehung zwischen dem alten Elam, dem Erbfeinde der mesopotamischen Reiche und den Dravida Südindiens ? […] Denn auch die Staaten der Dravida kennen das heilige Königsopfer ! »
97 Ibid., p. 19.
98 Ibid., p. 16.
99 Ibid., p. 25.
100 Dans le contexte de son expédition sur les traces du régicide rituel, Frobenius s’intéresse principalement au culte de la lune, au shivaïsme. Dans Und Afrika sprach, la lune est déjà évoquée [Cf. Leo Frobenius (note 5), p. 114]. La régularité du régicide rituel est déjà présentée comme essentielle dans Kulturgeschichtliche Fragmente aus den Nilländern. Dans Indische Reise, les astres déterminent avec précision le moment du régicide. Mais la lune joue un rôle plus important encore que ce seul rôle d’indication temporelle. La lune incarne le régicide rituel et le sacrifice des veuves par le feu. De même que la lune suit le soleil dans son déclin, les veuves suivent leurs époux dans la mort. Cette résurrection n’est pas pour rien dans l’évocation par Frobenius de ce qu’il appelle « l’idée chrétienne ». Le sentiment vital qui a engendré cette idée chrétienne est loué par Frobenius qui voit en lui un « maître des millénaires ». L’idée de destin ne serait pas étrangère au régicide rituel. La naissance de l’idée de destin serait d’une importance extrême et aurait inauguré une nouvelle ère. L’importance accordée par Frobenius à l’idée de destin peut être lue à la lumière des pages qu’Oswald Spengler lui a consacrées. Le motif de l’espace déterminant l’idée leur est également commun. Mais, ce qui ici est peut-être plus révélateur encore des liens entre l’œuvre de Frobenius et d’autres œuvres, c’est le motif de l’opposition et unité simultanées des cultes solaire et lunaire. Cette contradiction pourrait ne pas être sans lien avec la contradiction entre les cultes dionysiaque et apollinien dans l’œuvre de Nietzsche.
101 L’œuvre photographique de Leni Riefenstahl, à son tour, est susceptible d’illustrer le conflit entre cultes solaire et lunaire, dionysiaque et apollinien.
102 Ibid., p. 282-283.
103 Cf. Leo Frobenius (note 5), p. 114 : « Kein Mann darf mit einer Frau schlafen, und zwar eine bestimmte Spanne Zeit vor Beginn der Ernte, eine Spanne, die bei den verschiedenen Stämmen schwankt, die aber anscheinend allgemein nach dem Mond bestimmt wird. – Kein Bursch darf in dieser Zeit mit einem Mädel liebeln. Ein Nuba gab mir eine Antwort, die vielleicht dem Urgrund näher kommt. Er sagte nämlich : ‘Wenn die Frau eines Mannes der Geburt nah ist, darf er nicht mit ihr schlafen.’ – Diesen Satz schob er anscheinend beziehungslos hinein in die Schilderung der familiären Enthaltsamkeitspflichten vor der Erntezeit. Anscheinend ‘beziehungslos’. Wie oft ist uns der sprunghafte Ideengang dieser Leute unverständlich ! Wie oft mag uns gerade der Sinnwert ihrer wichtigsten Angaben entgehen, weil wir die ungeschulte Ausdrucksweise nicht verstehen. Denn logisch, eminent logisch, sind die Ideen und Sitten der einfachen Menschen. […] Die Aufhellung dieser selbstverständlichen Grundanschauung stellt die schwerste Aufgabe des wandernden Ethnologen dar. »
104 On retrouvera ces développements dans la thèse d’Antoine Menant : Leni Riefenstahl, photographe sous influences ? Etude d’éléments d’intertextualité dans les recueils photographiques de Leni Riefenstahl (1973-2002), Thèse de doctorat de l’université de Strasbourg sous la direction de M. le Professeur Marc Cluet, 2010. Willibald Hentschel, dans Varuna – une œuvre largement diffusée et donc potentiellement connue, elle aussi, de Leni Riefenstahl – fait référence dès la première page aux théories diffusionnistes de Leo Frobenius et voit dans l’opposition entre les cultes dionysiaque et apollinien le sommet de l’œuvre de Nietzsche. L’œuvre de Leni Riefenstahl peut être considérée comme la mise en scène des théories de Leo Frobenius et Willibald Hentschel qui a placé en Inde une fabrique d’hommes forts, Mittgart, dont les règles ressemblent étonnamment à celles que Leni Riefenstahl prête aux Noubas. Si certains éléments qui, dans l’œuvre de Leni Riefenstahl, ont jusqu’ici retenu l’attention de la critique pourraient venir d’Und Afrika sprach, d’autres pourraient être empruntés à Varuna. Si Hentschel reconnaît sa dette envers Frobenius, celle de ce dernier à l’égard d’Hentschel ne peut être exclue.
105 Willibald Hentschel (note 24), p. 184.
106 Susan Sontag a insisté sur cet éloge de la force virile dans les recueils photographiques de Leni Riefenstahl et sur ses liens potentiels avec l’idéologie nationale-socialiste. La figure des SS se profilerait derrière l’image des Noubas. Les liens entre Hentschel et le nazisme sont établis, notamment à travers la Bündische Jugendbewegung der Artamanen et ses membres Walther Darre et Josef Himmler. Cf. Susan Sontag : Fascinating Fascism, New York Review of Books, 6 février 1975.
107 George Rodger : Le village des Noubas. Paris 1955.
108 On notera le très fort contraste entre l’appréciation très positive qui est donnée par Leni Riefenstahl des tabous noubas et sa critique des tabous occidentaux ou musulmans.
109 Leni Riefenstahl (note 86), p. 21.
110 Leni Riefenstahl (note 110), p. 22.
111 Ibid.
112 Willibald Hentschel (note 24), T.3, p. 173.
113 Ibid., T.3, p. 174.
114 Ibid., T.3, p. 173.
115 Ibid.
116 Ibid., T.3, p. 181.
117 Ibid., T.3, p. 173. Les similitudes que présentent cette Herrenhaus mittgartienne et la Männerhaus nouba décrite dans Und Afrika sprach [Frobenius (note 5), pp. 104 et 116] pourraient laisser penser que Leo Frobenius s’est inspiré du projet hentschelien. Les caractéristiques que Frobenius lui attribue sont néanmoins très éloignées de la description que Leni Riefenstahl fait des institutions masculines chez les Noubas. De plus, l’interdiction faite aux femmes d’entrer dans la séribé ou d’assister à certaines cérémonies masculines – interdiction sur laquelle Leni Riefenstahl insiste fortement – semble être d’un tout autre ordre sous la plume de Leo Frobenius [Ibid., p. 104].
118 Cf. Willibald Hentschel (note 24), T.3, p. 173.
119 Ibid.
120 Ibid., T.3, p. 76.
121 Ibid. La place de la femme dans la famille serait très variable selon les cultures, d’après Hentschel qui cherche à nuancer la position bachofenienne. La domination de la femme au sein de la famille n’aurait pas été universellement vraie par le passé contrairement à ce que prétendrait Bachofen. Le matriarcat se rencontrerait en certains lieux et à certains moments, pouvant alterner avec le patriarcat. Selon lui, la répartition des rôles entre l’homme et la femme serait un équilibre essentiel pour toute la communauté. Chez les Aryens d’Inde, cette répartition relèverait de la rita, l’ordre divin [Ibid., T.1, p. 26]. L’humanité le paierait systématiquement de son bonheur et la femme verrait ses qualités disparaître lorsqu’elle perdrait le sens de cet ordre divin qui veut qu’elle respecte les limites que la nature lui a fixées et s’occupe de la maison, du foyer, voire du jardin et des champs. L’homme, en revanche, chasserait, guerroierait, nourrirait et protègerait. Cette répartition des tâches serait toutefois indépendante du pouvoir de la femme au sein de la famille. Ce pouvoir varierait en fonction de l’apport économique de la femme. Les Indiens du Dakota connaîtraient soit le matriarcat soit le patriarcat selon le rôle économique de la femme pour la famille.
122 Ibid., T.1, p. 29.
123 Ibid., T.3, p. 171.
124 Ibid.
125 Ibid., T.2, p. 105.
126 Ibid., T.2, p.72.
127 Ibid.
128 Ibid., T.2, p. 73.
129 Ibid., T.2, p. 70.
130 Ibid., T.2, p. 73.
131 Ibid., T.2, p. 70 : « Die Thraker : Der eigentliche Volksborn, aus dem das historische Griechenland seine neuen Menschen und seine Lebenskraft schöpfte, waren die ostarischen Völkerstämme, die man gewöhnlich nach einem ihrer bemerkenswertesten Vertreter – Thraker nennt. Ihre Bedeutung kannte Herodot, der sie, nächst den Indern, das menschenreichste Volk nennt. Wir wissen heute, dass sie seit der Steinzeit an der Donau wohnten und sich von hier, durch die südrussischen Steppen, bis an die Dniepr und in einem Abzweig, den Skythen, bis an den Ural ausgebreitet haben. Sie sind im Besitz einer reichen Bronzekultur, die sich unabhängig von morgenländischen Einflüssen entwickelt hat. Ihre Körperkunst wetteifert an Alter und Schönheit mit der kritischen ; sie sind nicht nur das Ursprungsvolk der Griechen, sondern auch der Slaven, mittelbar also auch der späteren Bevölkerungen Germaniens, indem sie sich vom Balkan, mit der beginnenden christlichen Zeitrechnung, in einem großen gegen den Zeiger der Uhr gerichteten Bogen, über Russland nach Mittel-Europa gewendet haben, auf welchem Zuge sie in vielfache Berührungen mit den gleichzeitig nach dem Südosten schwärmenden skandinavischen Völkern gekommen sind. »
132 Ibid., T.2, p. 96-97.
133 Ibid., T.1, p. 101.
134 Ibid.
135 Ibid., t. 1, p. 139.
136 Ibid.
137 Cf. Houston Stewart Chamberlain (note 89).
138 Cf. Friedrich Nietzsche : Jenseits von Gut und Böse. München 1999, p. 181.
139 Ibid., p. 183-184.
140 Ibid., p. 173.
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Référence papier
Antoine Menant, « Une Afrique indienne ? De l’exotisme au syncrétisme chez Leo Frobenius et Leni Riefenstahl », Recherches germaniques, 42 | 2012, 23-61.
Référence électronique
Antoine Menant, « Une Afrique indienne ? De l’exotisme au syncrétisme chez Leo Frobenius et Leni Riefenstahl », Recherches germaniques [En ligne], 42 | 2012, mis en ligne le 05 février 2019, consulté le 05 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rg/528 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rg.528
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