La frontière et l’« entre-deux » dans l’œuvre d’André Weckmann (1924-2012) : un hommage
Résumés
Cette contribution propose de jeter un regard postcolonial sur des aspects majeurs de l’œuvre d’André Weckmann, notamment sur le statut linguistique ou, si l’on préfère, de la reconnaissance d’un parler, en questionnant le lieu d’ancrage de la focalisation culturelle. Il s’agit de déterminer d’où est lancé le regard qui évalue négativement la culture de l’autre, thème central d’un texte fondateur des postcolonial studies, rédigé par le théoricien postcolonial d’origine indienne Homi Bhabha, The Location of Culture. Pour André Weckmann, tout comme pour les théoriciens postcoloniaux, il ne s’agit pas seulement de renverser ce regard, à l’instar des mouvements de revendication et d’affirmation identitaires, comme ceux de la négritude par exemple, mais de créer des « espaces-tiers » (Third Space chez Homi Bhabha), au-delà des limites marquées par les frontières, au sein desquelles pourra s’épanouir une culture partagée. Weckmann, « le réveilleur de l’Alsace », est aussi un passeur qui refuse toute forme de nivellement et souligne l’importance de l’unicité des cultures pérennes intriquées. Pourtant, l’auteur alsacien récuse toute fusion linguistique et/ou culturelle qui, à ses yeux, ne mènerait qu’à la confusion. Pour lui, le plurilinguisme favorise le contact, si bien qu’il confère à l’Alsace un rôle pionnier dans la construction de régions pluriculturelles, parvenant à dépasser les conflits et à réunir harmonieusement les antagonismes.
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- 1 André Weckmann: Schang d sunn schint schun lang. Petite anthologie de la poésie alsacienne. Tome (...)
Speak White
redd wiss / nêger / wiss esch scheen / wiss esch nôwel / wiss esch gschît / wiss esch frànzeesc / frànzeesch esch wiss / wiss un chic / elsasser / elsassisch degaje / net / zell esch brimidiv / vülgär / pfui! / drum redd wiss / nêger / illnêger brischnêger modernêger / drum redd wiss / wiss wie z bàriss / un dunk dini nêgersproch / en formôl / un schank se em müseum / drum redd wiss / nêger / dàss d wiss wursch andli / wiss un gschît / wiss un chic / wiss wie z bàriss
André Weckmann1
Une approche postcoloniale
- 2 Edward W. Said : Orientalism. New York 1979. Cf. également Edward W. Said : « Orientalism ». In : (...)
1Dans le sillage des approches dites postcoloniales initiées par l’ouvrage d’Edward Said, Orientalism2, nous proposons de créer le terme Alsacianism. Pour Edward Said, l’Orient n’existe pas, il ne serait qu’une invention de l’Occident, une entité que l’on pourrait définir comme une « autoprojection fictionnelle négative ». Edward Said est l’un des initiateurs des approches dites postcoloniales (postcolonial studies) qui se sont développées en Angleterre et aux États-Unis à partir des années quatre-vingt. Nous pourrions les définir avec Marie-Claude Smouts comme
- 3 Marie-Claude Smouts : « Le postcolonial pour quoi faire ? ». In : Marie-Claude Smouts (éd.) : La (...)
[…] une approche, une manière de poser les problèmes, une démarche critique qui s’intéresse aux conditions de la production culturelle des savoirs sur Soi et sur l’Autre, et à la capacité d’initiative et d’action des opprimés (agency) dans un contexte de domination hégémonique.3
- 4 Gwénola Sebaux : « Colonisation germanique en Europe centre-orientale : entre expansionnisme et i (...)
- 5 André Weckmann : Fonse ou l’Éducation alsacienne. Roman alsacien en français alémanique. Paris 19 (...)
2Ces théories ont marqué un tournant quant à la façon d’approcher les questions liées aux représentations fantasmées de l’altérité, à la dialectique de l’autre et du moi, notamment à travers un rapport de subordination et d’hégémonie, entre un centre et une périphérie, par conséquent un rapport que nous pouvons considérer comme colonial. Le peuple colonisé dont il sera question ici n’est pas un peuple assujetti par une colonisation outre-mer, mais par une colonisation intérieure (innere Kolonisation), concept largement diffusé au sein de l’espace germanophone autour de 1900 qui concernait pour l’essentiel le grand Est européen (Ostmarken4), mais aussi ce que l’on considérait à l’époque comme les marches de l’Ouest (Westmarken), à savoir l’entité perçue en France comme l’« Alsace-Lorraine » ou encore désignée par l’expression « les provinces perdues ». Nous parlerons par conséquent d’un rapport de subordination et d’hégémonie, en vertu du jugement intimement lié au regard jeté par les colonisateurs conquérants sur une population alsacienne subalternisée et colonisée que Weckmann désigne par l’expression « peuple nègre »5.
- 6 Gayatri Chakravorty Spivak : « Can the Subaltern Speak ». In : Cary Nelson et Larry Grossberg (éd (...)
3Il en ressort que, à l’instar de toute situation coloniale, la focale se place tout particulièrement sur la situation linguistique : il se pose la question de savoir si les subalternes peuvent parler, pour reprendre le questionnement de Gayatri Chakravorty Spivak dans une contribution célèbre intitulée Can the Subaltern Speak6, également l’un des textes fondateurs des postcolonial studies. La difficulté de traduction du modalisateur can anglais est intéressante, car ce dernier renvoie autant à la possibilité de s’exprimer qu’à la capacité de le faire. Gayatri Spivak répond par l’affirmative : les subalternes peuvent parler, mais encore faut-il qu’ils soient entendus.
- 7 Homi K. Bhabha : The Location of Culture. London / New York 1994. Traduction allemande de Michael (...)
- 8 Homi K. Bhabha (note 7), p. 53-56.
4Par conséquent, nous proposons de jeter un regard postcolonial sur des aspects majeurs de l’œuvre d’André Weckmann, notamment sur le statut linguistique ou, si l’on préfère, sur la reconnaissance d’un parler, d’une expression, en questionnant le lieu d’ancrage de la focalisation culturelle. Il s’agit de déterminer d’où est lancé le regard qui évalue négativement la culture de l’autre, thème central du troisième texte fondateur des postcolonial studies, rédigé par le théoricien postcolonial d’origine indienne Homi Bhabha, The Location of Culture7. Pour André Weckmann, tout comme pour les théoriciens postcoloniaux, il ne s’agit pas seulement de renverser ce regard, à l’instar des mouvements de revendication et d’affirmation identitaires, comme ceux de la négritude par exemple, mais de créer des « espaces-tiers » (Third Space chez Homi Bhabha8), au-delà des limites marquées par les frontières, au sein desquelles pourra s’épanouir une culture partagée.
Weckmann, le réveilleur de l’Alsace
- 9 André Weckmann : Wie die Würfel fallen. Kehl 1987.
5Né en 1924 à Steinbourg, un village bas-rhinois, André Weckmann fait partie des Alsaciens qui appartiennent à la génération de l’entre-deux-guerres, durement touchés par l’histoire. Incorporé de force et envoyé sur le front russe, blessé, il a déserté au cours d’une permission de convalescence. Après 1945, il a entrepris des études de germanistique à l’Université de Strasbourg et a été ensuite professeur d’allemand, tout en devenant, dans les année soixante-dix, une figure de proue du nouveau mouvement identitaire. Ses textes majeurs (poèmes, romans et essais) critiquent un rapport d’hégémonie culturelle imposée par le pouvoir en place, tout en insistant sur l’acceptation, voire la collaboration avec le pouvoir, qu’il soit allemand ou français, renvoyant au changement de nationalités des populations alsaciennes. Celui-ci s’accélère entre 1870 et 1945, selon le cours forcément aléatoire du destin, comme en témoigne le titre du premier roman d’André Weckmann écrit en haut allemand : Wie die Würfel fallen9.
- 10 Cf. Adrien Finck & Maryse Staiber : Histoire de la littérature européenne d’Alsace [xxe siècle]. (...)
- 11 Homi K. Bhabha (note 7), p. 121-131.
- 12 Homi K. Bhabha (note 7), chapitre 4 : « Of mimicry and man. The ambivalence of colonial discourse (...)
6Durant la phase militante, à l’apogée des mouvements identitaires et de ce qu’on nomme la nouvelle poésie dialectale des années soixante-dix10, André Weckmann s’en prend de façon virulente aux mécanismes d’« assimilation acceptée », à ce que l’on peut considérer comme un « légitimisme alsacien » à toute épreuve. Cette attitude est proche de la notion de mimicry développée par Homi Bhabha pour décrire la situation coloniale11, poussant le colonisé à imiter le colonisateur afin de devenir comme lui, dans l’espoir d’une reconnaissance de la part de ce dernier. Espoir vain, bien entendu, car l’imitation ne sera jamais identique à l’original, ni sa valeur reconnue comme telle. Celui qui s’engage dans la voie de l’imitation, donc de l’assimilation, ne pourra atteindre que le stade du « presque semblable », mais pas celui du « tout à fait identique » d’une assimilation réussie. Selon les termes d’Homi Bhabha, il sera « almost the same, but not quite »12, et nous pourrions dans notre cas ajouter : and not French, and not German. Cette ambivalence transparaît tout particulièrement dans le recueil elsassischi grammatik oder ein Versuch, die Sprache auszuloten (1989) dans lequel Weckmann fait dialoguer l’alsacien et l’allemand, jouant avec la langue pour se jouer de l’autorité linguistique, l’art de la mimicry menant indéfectiblement à la mascarade, à la dérision.
derfi
derfsch dü
derf ar sie as?
mer
derfe eerscht
wann ehr derfe
un ehr
derfe eerscht
wann àlli derfe
ja wàs derf mr dann aejetlich ?
wanni s wesst
- 14 André Weckmann : La roue du paon. Strasbourg 1988.
- 15 André Weckmann : Odile oder das magische Dreieck. Kehl 1986.
7André Weckmann y exprime, sur un ton mêlant humour et ironie, la déception des légitimistes, qui, au regard de l’impossibilité à être considérés comme égaux, revendiquent alors une spécificité alsacienne, elle aussi en proie au manque de reconnaissance au sein d’une France « une et indivisible », ce dont témoigne par ailleurs parfaitement La roue du paon14, transposition française par l’auteur du roman, rédigé dans un premier temps en haut allemand, Odile oder das magische Dreieck15. Au cours d’une trame romanesque plutôt spectaculaire, Weckmann met en scène Ittel, un « autonomiste » alsacien, et la « sorcière » Odile qui ont enlevé le Président de la République française lors de l’une de ses parties de chasse dans la forêt vosgienne. Ils le tiennent prisonnier dans un village alsacien pour faire son « éducation alsacienne », mais rapidement la désillusion s’empare d’Ittel :
- 16 André Weckmann (note 14), p. 92.
J’avais cru un instant le [l’arbitre d’un conflit] trouver dans la personne de ce monsieur distingué et cultivé qu’Odile m’avait amené. Mais je constatai bien vite que sa culture n’était pas du tout synonyme d’ouverture, d’acceptation de la différence. Non, il s’agit chez lui, plutôt d’une espèce d’intégrisme culturel, en dehors duquel il n’y a pas de salut. Il s’enveloppe du dogme comme d’une pourpre royale.16
- 17 Ce dont témoigne le titre programmatique de la collection « J’exige la parole », chez J. S. Oswal (...)
- 18 André Weckmann : Die Kultur des Zusammenlebens. (note 13), p. 389.
- 19 Erläuterungen. (note 13), p. 411 : « (kolonialistisch geprägte) Eindämmung von einheimischen Spra (...)
8Face à ce sentiment d’incompréhension et de rejet, Weckmann se fait le porte-parole des « subalternes » et exige la parole17 dans les trois expressions linguistiques de sa région natale : le dialecte alsacien dans ses variantes régionales, le haut allemand, langue de culture correspondant au dialecte, mais différente (ein anderes Deutsch), et le français, langue nationale, mais là encore dans sa différence (un français alémanique). Weckmann brise le mutisme, l’automutilation linguistique résultant d’une « glottophagie nationaliste »18, terme qui, selon l’explication proposée par Günter Scholdt, peut se définir comme la tentative inscrite dans une attitude coloniale visant à endiguer les langues autochtones19. Weckmann s’octroie le droit à la parole, attitude où transparaît le courage d’être soi-même, allant de pair avec une assurance linguistique qui, à ses yeux, fait défaut aux Alsaciens, et tout particulièrement à sa génération, donc à celle de l’entre-deux-guerres, en réalité en proie à leur difficulté d’oser exister. S’accorder le droit de s’exprimer au travers de sa parole propre, personnelle et libre, est une attitude qui ressort également de façon saisissante dans le premier mouvement du grand poème dialectal de Claude Vigée, Schwàrzi sengessle flàckere ém wénd / Les orties noires flambent dans le vent :
Vun jeh-hèr gebroche
schtockt unsri haiseri schtémm:
mièr àngeboreni zwàngs-schproochkréppel,
mièr sénn ewe verwurixt
9Ce thème majeur n’est pas seulement une spécificité alsacienne mais traverse l’ensemble des littératures « métissées ». Cependant, si les littératures dites postcoloniales rejettent le plus souvent la responsabilité de cette situation sur autrui, entendons le colonisateur, une prise de conscience de sa propre responsabilité n’apparaît que plus rarement. En revanche André Weckmann, tout comme Claude Vigée (et nous pourrions ajouter Adrien Finck), reconnaissent une part de responsabilité et affirment que les Alsaciens se sont en quelque sorte auto-dépossédés de la parole. Quand Weckmann peut librement jouer avec les procédés stylistiques, il parvient à exprimer cet effet de manque, notamment par une écriture complexe qui réussit à contrejouer l’aliénation engendrée par le désir de mimicry.
Libération verbale et le credo de la non-violence
10L’un des procédés majeurs auquel recourt l’auteur pour dénoncer le désir de devenir l’autre ou celui de devenir autre, est la distanciation, grâce à un éventail allant de l’humour souriant jusqu’au sarcasme et à la dérision radicale, provoquant sourire de connivence et rire grinçant, comme l’illustre ce bref poème extrait du recueil elsassischi grammatik :
de elsasser
saet zer walt
liëwer e lüs em krüt
àls gàr ken flaeisch
d walt saet
zem elsasser
wàs wet dü metre
lüs
dü hesch jo netemole
krüt
- 21 André Weckmann : elsassischi grammatik oder ein Versuch, die Sprache auszuloten. Pfaffenweiler 19 (...)
In dieser Übung zum Komparativ lieber… als… merke man a) die Überheblicheit der Außenwelt der elsässischen Genügsamkeit gegenüber, b) die typisch elsässische Palatalisierung von mhd. lus (Laus) und krut (Kraut).21
- 22 Frédéric Hoffet : Psychanalyse de l’Alsace. Paris 1951.
- 23 Auguste Wackenheim : Rires et sourires en Alsace et ailleurs. Strasbourg 1986.
11La dérision renvoie à un esprit carnavalesque qui puise dans un fonds ancien, partagé au sein de l’espace rhénan. Avec les « classiques », comme Psychanalyse de l’Alsace de Frédéric Hoffet22 ainsi que Rires et sourires en Alsace et ailleurs d’Auguste Wackenheim23, qui proposent une analyse de ces mécanismes de défense, nous pouvons y voir un moyen de survie psychologique. Mais le rire est aussi un partage, un esprit de convivialité (eine Geselligkeit), une connivence entre Alsaciens. Tout en puisant dans ces traditions, Weckmann cherche à les dépasser, en élevant la dérision au statut d’un procédé autonome qui fonde l’écriture pour aboutir à une affirmation de soi.
- 24 André Weckmann : bluddi hand. Strasbourg 1983.
12Cependant, André Weckmann exprime également une parole violente, puisant dans une force inhérente à la langue qui surgit et ne demande qu’à se libérer, une fois que la parole a été saisie. Il refuse le recours aux armes, s’oppose à toute violence autre que verbale : ce n’est pas avec des armes qu’il faut se défendre, mais à mains nues. Ce credo de la non-violence ressort clairement d’un recueil comme bluddi hand24. Ce titre qui signifie « à mains nues » propose un jeu allusif des consonances : bludd (nu en alsacien) rappelle le terme bloß en allemand, mais le lecteur pense aussi au mot anglais blood (sang). Weckmann est le dépossédé, celui à qui seule la dépossession permet d’avancer : à mains nues, l’on peut tout recommencer, comme il ressort du poème programmatique extrait du recueil éponyme bluddi hand :
bluddi hand
bluddi hand
wàs kànni demet
ânfànge
ech kànn e strüss
bende
ech kànn en àpfel
brache
bluddi hand
wàs kànni demet
ânfànge
esch kànn e gsecht
datschle
ech kànn e bruscht
sträichle
bluddi hand
wàs kànni demet
ânfànge
ech kànn se uf d füscht
läije
un s masser keje losst
bluddi hand
wàs kànni demet
ânfànge
- 26 Voir Adrien Finck : « André Weckmann und die Renaissance der elsässischen Dialektpoesie ». In : A (...)
- 27 Dipesh Chakrabarty : Provincializing Europe. Postcolonial Thought and Historical Difference. Prin (...)
- 28 Bill Ashcroft, Gareth Griffiths, Helen Tiffin (éds.) : The Empire Writes Back. London / New York (...)
- 29 Hans-Peter Ecker : « Dialekt als Waffe. Programmatik und Praxis des elsässischen Dichters André W (...)
13bluddi hand n’est pas seulement le manifeste de non-violence du mouvement identitaire alsacien affirmant la renaissance de la poésie dialectale qui revalorise le dialecte parlé par une minorité minorée, unie au sein d’une « internationale alémanique » (alemannische Internationale26). Il correspond également à un renversement de paradigme : le « régional », traditionnellement d’inspiration conservatrice, voire ultraconservatrice, pour ne pas dire réactionnaire, devient alors, avec la parution de ce manifeste, l’expression de la contestation protestataire à l’encontre d’une gestion centralisée, visant à renverser le centre et la périphérie. À l’instar des penseurs postcoloniaux qui ont cherché à « provincialiser l’Europe »27, Weckmann pourrait-on dire, vise à « provincialiser Paris ». Notre perspective est celle d’une contre-attaque de la périphérie, que les auteurs postcoloniaux désignent par le terme d’Empire ; il s’agit bien pour eux de contre-attaquer par l’écriture, ainsi que l’exprime l’ouvrage programmatique The Empire Writes Back28. Oui, il s’agit de contre-attaquer, de lutter contre les forces de l’Empire, par l’écriture, par la langue, ce que nous retrouvons dans la formule weckmannienne Dialekt als Waffe29. Weckmann cherche à être la voix des sans voix, à réveiller l’Alsace, son écriture veut retrouver l’immédiateté du cri, l’expression la plus profonde et la plus immédiate d’une émotion.
- 30 Voir par exemple Romain Bertrand : « Faire parler les subalternes ou le mythe du dévoilement ». I (...)
- 31 André Weckmann : « Konvivialität am Rhein ». In : Adrien Finck, André Weckmann, Conrad Winter : I (...)
- 32 En témoigne la méthode Holderith qui met l’accent sur la prise de parole, de l’apprentissage de l (...)
14Enfin, pour André Weckmann, il s’agit aussi de sortir de la niche intellectuelle et académique, refuge où se terrent les théoriciens postcoloniaux, ce qui leur a été violemment reproché30. En témoignent des efforts de mise en œuvre de ses idées, une implication politique forte, notamment en matière de politique linguistique, culminant dans le plaidoyer pour une zone bilingue franco-allemande31. De même, Weckmann fait partie des auteurs qui s’engagent en faveur de la signature par la France de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires (toujours en attente de signature). Il s’investit également dans une activité pédagogique en faveur d’un enseignement spécifique de l’allemand aux dialectophones32.
- 33 André Weckmann : Les nuits de Fastov. Colmar 1968. Il s’agit d’une œuvre qui retrace la destinée (...)
- 34 André Weckmann : Amerseidel. In : Schang d sunn schint schun lang. (note 1), p. 54-56.
- 35 Adrien Finck, André Weckmann, Conrad Winter : In dieser Sprache. (note 31), p. 3-4.
15Réveiller l’Alsace est une entreprise qui cherche à susciter une critique et une autocritique, une interrogation sur soi et sur son histoire. Ce processus va nécessairement de pair – en raison des vicissitudes de l’histoire – avec un travail de deuil et de mémoire, qui seul permet d’exister et de s’affirmer, de s’accepter et de se trouver, de créer et de fonder une nouvelle parole, libre, qui soit véritablement propre à chacun : eine eigene Sprache. Des œuvres majeures, comme Fonse et Les nuits de Fastov33 écrits en français, tout comme de nombreux textes en dialecte témoignent de cette démarche, toujours présente chez l’auteur. Au dialecte et au français vient s’ajouter le haut allemand : nous avons déjà cité les romans Wie die Würfel fallen et Odile oder das magische Dreieck, sans oublier le célèbre poème Amerseidel34 consacré à la destinée des « Malgré nous ». Selon les termes employés dans la préface programmatique du recueil In dieser Sprache, cosigné Adrien Finck, André Weckmann et Conrad Winter, il s’agit pour ces auteurs alsaciens d’écrire « un autre allemand », fondé sur des bases nouvelles : ein anderes Deutsch35. Au cours de la maturation de son œuvre, Weckmann mélange toujours davantage les trois expressions linguistiques, ce qu’il désigne par le terme de « triphonie », dont l’aboutissement est la production de textes hybrides, où les trois langues auraient retrouvé leur ancrage identitaire propre et ne seraient plus conditionnées par un rapport de domination. Ainsi, elles pourraient, tout comme les Alsaciens, reconquérir leur agency, leur capacité d’agir et de s’ouvrir en direction d’un universel partagé, transfrontalier, transnational, voire transcontinental.
La frontière et le dépassement des frontières : André Weckmann, le médiateur
16André Weckmann, né à la frontière / aux frontières, souffre de la frontière /des frontières et cherche à la / les dépasser en assumant une mission médiatrice qu’il croit dévolue à celui qui vit dans un entre-deux. La vocation de la littérature alsacienne est alors de brasser des langues et des cultures multiples, ce qui correspondrait au genius loci de cette région frontalière.
- 36 Homi K. Bhabha : Les lieux de la culture. (note 7), p. 33 : « La cage d’escalier en tant qu’espac (...)
- 37 Entretien avec Peter André Bloch en 1996. In : Peter André Bloch (éd.) : Werkausgabe der elsässis (...)
- 38 Emma Guntz, André Weckmann : Das Land dazwischen. Une Saga alsacienne 1970-1919. Strasbourg 1997.
17Dans ce contexte, la frontière est ressentie comme l’expression même du clivage national, source de conflit. Weckmann cherchera à la franchir, en affirmant l’existence d’une zone de double culture, bilingue, et d’un mode d’être particulier, appelons-le « l’art de vivre à la frontière » (das an der Grenze Leben), « espace-tiers » par excellence, véritable « entre-deux », lieu de passage pour lequel Homi Bhabha avait utilisé l’image de la cage d’escalier36, incarnation du lieu où l’on passe, où l’on n’est plus (ici), tout en n’étant pas encore (ailleurs) et qu’il considère comme des espaces liminaux au sein desquels le désir de liberté est affranchi. Weckmann cherchera à « humaniser ces passages », comme il ressort d’un entretien avec Peter André Bloch où il parle de la signification et de la fonction de ces « espaces intermédiaires » (Zwischengebiete, Zwischenzonen37, Das Land dazwischen38). Ainsi, ces espaces liminaux deviennent des seuils de rapprochement permettant l’humanisation des contacts.
- 39 André Weckmann : Die Kultur des Zusammenlebens. Eggingen 1997, p. 26 suivantes. Cité d’après l’éd (...)
- 40 Ibid. (note 13), p. 383 : « Und deshalb müßten Zwischenräume geschaffen werden, in denen die Spra (...)
18Pour dépasser la frontière, il faut d’une part sortir de la situation aliénante de la mimicry qui n’est qu’une mascarade prise au sein d’un jeu de miroirs réfléchissants révélant l’inauthenticité, mais aussi, d’autre part, aller en direction d’un respect de soi, qui permet l’affirmation de soi au travers de sa différence. Il convient d’intégrer sa qualité non plus d’inférieur, mais d’égal, afin d’entrer dans une vision où peut s’affirmer la différence dans l’égalité, selon la formule de Stuart Hall « different on equal terms » impliquant la coopération. Nous retrouvons cette idée chez Weckmann, notamment dans son essai Die Kultur des Zusammenlebens, et plus particulièrement dans le chapitre Prinzip Hoffnung où il évoque l’existence d’un espace de convivialité au sein d’un « entre-deux » caractérisé par une parité des langues et des cultures : « [eine] Zwischenmenschlichkeit, Zwischenräume, in denen die Sprachen und Kulturen paritätisch zusammenleben »39. Il s’agit là de la condition à l’émergence d’un partenariat amical des peuples et des hommes au sein d’une « maison commune »40.
19Weckmann cherche à inaugurer l’émancipation et confère la fonction d’initiation aux hommes qui vivent au sein des « entre-deux » :
- 41 Ibid. (note 13), p. 383.
Die an der Grenze wohnenden Minderheiten hätten da eine Wegbereiter-rolle zu spielen, vorausgesetzt man gibt ihnen die institutionellen Handhaben zur vollen Ausübung ihrer Sprachrechte. Diese Brücken müssen unbedingt begehbar gemacht werden.41
20Cependant, tout en œuvrant pour le dépassement de la frontière / des frontières, André Weckmann a besoin des frontières pour exister :
- 42 André Weckmann : « Neue Wege des Zusammenlebens an der deutsch-französischen Grenze ». In : Stimm (...)
Und doch brauche ich die Grenze. Könnte ich irgendwo anders leben als an Grenzen! Ich brauche diese geschichtlichen Markierungen, auch wenn es politische Willkür war, die sie gezogen hat. Ich fühle mich anders, ungebundener, freier, wenn ich über diesen Streifen schreite. […] Grenze nicht als Eingrenzung meines Blicks, nicht als Begrenzung meines Horizonts, nicht als Abgrenzung vom Nachbarn, nicht als Ausgrenzung des Anderen: Grenze aber als Übergang, als offene Tür, zum Hinaus- und Hineintreten einladend.42
- 43 André Weckmann : « Prinzip Hoffnung. Zwischenräume ». Cité d’après l’édition André Weckmann : Wie (...)
Les frontières sont indispensables à son existence et à sa créativité, les frontières sont nécessaires pour qui veut les penser et, finalement, les dépasser. Au cœur d’une tension existentielle, les zones de frontières (« Es ist das Land dazwischen »43) permettent l’épanouissement ; elles sont sources d’inspiration, consciemment et pleinement acceptées, mais doivent être le lieu d’une hybridation et donner sur un espace ouvert. Tournant résolument le dos à tout enfermement nombriliste, à tout « repli identitaire », il s’agit d’ouvrir grand les fenêtres sur le monde, d’aller en direction de l’union du particulier et de l’universel, ainsi que le montre le recueil bluddi hand qui contient la formule allitérée wurzel un witte (Wurzel und Weite). Weckmann récuse le « méli-mélo global » qui s’inscrit dans la pensée mainstream du global village et soulève la question de la possibilité d’une coexistence plurilinguistique apaisée :
- 44 André Weckmann : « Prinzip Hoffnung. Die Kultur des Zusammenlebens ». (note 13), p. 389.
Zusammenleben in Babel, ist es möglich? Ist Babel wirklich nur Verwirrung? Ist es nicht eher eine Absage an die imperialistische sprachliche Monokultur?44
- 45 Ibid. (note 13), p. 389.
21Weckmann ne cherche pas la fusion des cultures et récuse toute culture unique et uniforme. Il affirme en revanche son attachement à un interculturalisme, dans le respect de la différence, qui nécessite un travail de déconstruction de l’autre comme stéréotype de l’ennemi ou de celui auquel il faut obéir. Cette réflexion aboutit à l’affirmation de la possibilité d’un « vivre ensemble » dans le respect de la différence / des différences. Citons à cet égard encore un passage de Kultur des Zusammenlebens dans lequel l’auteur évoque une « forêt de langues » où chacune pourrait s’épanouir : « Der Sprachenwald: eine Fülle der Erscheinungen. Seht den Völkerwald: eine Fülle von Einmaligkeiten. »45
- 46 Dessin satirique de Tomi Ungerer datant de 1979, accompagné du poème suivant : « cigogn’, cigogn’ (...)
22Aux termes de ces réflexions, André Weckmann apparaît bien comme celui qui est parvenu à « réveiller » une région frontalière aux prises avec des crises identitaires culminant dans le mutisme, telle la cigogne au bec cloué imaginée par Tomi Ungerer46, pour l’inciter à retrouver une parole trop longtemps étouffée et refoulée, quelle que soit la langue dans laquelle elle s’exprime. Le réveilleur de l’Alsace est aussi un passeur qui refuse toute forme de nivellement et souligne l’importance de l’unicité des cultures pérennes intriquées. Pourtant, André Weckmann récuse toute fusion linguistique et / ou culturelle qui, à ses yeux, ne mènerait qu’à la confusion. Pour lui, le plurilinguisme favorise le contact, si bien qu’il confère à l’Alsace un rôle pionnier dans la construction de régions pluriculturelles, parvenant à dépasser les conflits et à réunir harmonieusement les antagonismes :
- 47 André Weckmann : « Prinzip Hoffnung. Die Kultur des Zusammenlebens ». (note 13), p. 390.
Im Ringen um sein Gleichgewicht und in der langjährigen Reflexion über Identität und Mutation, Vergangenheit und Zukunft, Nationalismus und Regionalismus, Dominanz und Selbstbestimmung hat das Elsaß Denkschemen ausgearbeitet, die es erlauben sollten, Gegensätzliches in eine Harmonie einzubinden. Wir nennen das die Kultur des Zusammenlebens, eine Art von neuem Humanismus.47
- 48 Ibid. (note 13), p. 390 : « Denn Zweisprachigkeit ist nicht nur eine technische, wirtschaftliche (...)
- 49 Ibid. (note 13), p. 390 : « Sollten wir nicht sofort Zeichen setzen, in den Sprachen unserer dire (...)
23Dans le global village chacun garde son unicité et son authenticité, car le bilinguisme n’est pas qu’une techné ; au contraire, il favorise la convivialité, le rapprochement48. C’est cette forme d’un humanisme renouvelé49 que nous désignons par le néologisme Alsacianism, clin d’œil à la fois à Edward Said et à André Weckmann, où l’autre ne fait plus l’objet d’une « autoprojection fictionnelle négative », mais où il convient en premier lieu de développer une image de soi positive, afin de pouvoir accepter pleinement l’autre, fût-il un ancien ennemi.
Notes
1 André Weckmann: Schang d sunn schint schun lang. Petite anthologie de la poésie alsacienne. Tome VII. Strasbourg 1975. Ce poème a été mis en musique par René Egles. In : Umesunscht, EMA, disque 33 tours, 1977.
2 Edward W. Said : Orientalism. New York 1979. Cf. également Edward W. Said : « Orientalism ». In : Bill Ashcroft, Gareth Griffiths, Helen Tiffin (éds.) : The Post-Colonial Studies Reader. London/ New York 1995, p. 89 : « I have begun with the assumption that the Orient is not an inert fact of nature. It is not merely there, just as the Occident itself is not just there either. We must take seriously Vico’s great observation that men make their own history, that what they can know is what they have made, and extend it to geography: as both geographical and cultural entities – to say nothing of historical entities – such locales, regions, geographical sectors as “Orient” and Occident are man-made. Therefore as much as the West itself, the Orient is an idea that has a history and a tradition of thought, imagery, and vocabulary that have given it reality and presence of it in the West. The two geographical entities thus support and to an extend reflect each other. »
3 Marie-Claude Smouts : « Le postcolonial pour quoi faire ? ». In : Marie-Claude Smouts (éd.) : La situation postcoloniale. Paris 2007, p. 33.
4 Gwénola Sebaux : « Colonisation germanique en Europe centre-orientale : entre expansionnisme et implantation pacifique ». In : Christine de Gémeaux (éd.) : Empires et colonies. L’Allemagne du Saint Empire au deuil postcolonial. Clermont-Ferrand 2010, p. 65-91.
5 André Weckmann : Fonse ou l’Éducation alsacienne. Roman alsacien en français alémanique. Paris 1975, p. 97 : « Peuple émasculé, peuple châtré, peuple trouillard, peuple baisé, peuple vendu, peuple acheté, peuple borgne, peuple cul-de-jatte, peuple bégayeur, peuple baveur, peuple médaillé, peuple béni-ya-ya, peuple rampant, peuple cigogne, peuple chienchien, peuple mouton, peuple nègre. »
6 Gayatri Chakravorty Spivak : « Can the Subaltern Speak ». In : Cary Nelson et Larry Grossberg (éds.), Marxism and the Interpretation of Culture. Illinois 1988, p. 271-313.
7 Homi K. Bhabha : The Location of Culture. London / New York 1994. Traduction allemande de Michael Schiffmann et Jürgen Freudl : Die Verortung der Kultur. Tübingen 2000. Traduction française de Françoise Bouillot : Les lieux de la culture, une théorie postcoloniale. Paris 2007.
8 Homi K. Bhabha (note 7), p. 53-56.
9 André Weckmann : Wie die Würfel fallen. Kehl 1987.
10 Cf. Adrien Finck & Maryse Staiber : Histoire de la littérature européenne d’Alsace [xxe siècle]. Strasbourg 2004, p. 133 suivantes. Sur André Weckmann, nous renvoyons notamment aux p. 136-138. Voir également le n° 118 (déc. 2012) de la Revue alsacienne de littérature qui consacre son dossier patrimoine à André Weckmann, p. 7-30.
11 Homi K. Bhabha (note 7), p. 121-131.
12 Homi K. Bhabha (note 7), chapitre 4 : « Of mimicry and man. The ambivalence of colonial discourse », p. 122-123.
13 André Weckmann : elsassischi grammatik oder ein Versuch, die Sprache auszuloten. Pfaffenweiler 1989. Cité d’après l’édition réalisée par Günter Scholdt et Hermann Gätje : André Weckmann : Wie die Würfel fallen. Sankt Ingbert 2004, p. 292.
14 André Weckmann : La roue du paon. Strasbourg 1988.
15 André Weckmann : Odile oder das magische Dreieck. Kehl 1986.
16 André Weckmann (note 14), p. 92.
17 Ce dont témoigne le titre programmatique de la collection « J’exige la parole », chez J. S. Oswald, dans laquelle Weckmann a publié son roman militant Fonse ou l’Éducation alsacienne. Paris 1975. Réédition : Strasbourg 1983.
18 André Weckmann : Die Kultur des Zusammenlebens. (note 13), p. 389.
19 Erläuterungen. (note 13), p. 411 : « (kolonialistisch geprägte) Eindämmung von einheimischen Sprachen ».
20 Claude Vigée : Schwàrzi sengessle flàckere ém wénd / Les orties noires flambent dans le vent. Paris 1984, p. 12. Réédition : Strasbourg 2000. Pour une étude approfondie de cette œuvre, voir Adrien Finck : Claude Vigée, un témoignage alsacien. Strasbourg 2001.
21 André Weckmann : elsassischi grammatik oder ein Versuch, die Sprache auszuloten. Pfaffenweiler 1989. (note 13), p. 295.
22 Frédéric Hoffet : Psychanalyse de l’Alsace. Paris 1951.
23 Auguste Wackenheim : Rires et sourires en Alsace et ailleurs. Strasbourg 1986.
24 André Weckmann : bluddi hand. Strasbourg 1983.
25 Ibid. Cité d’après l’édition réalisée par Günter Scholdt et Hermann Gätje, André Weckmann : Wie die Würfel fallen. (note 13), p. 392.
26 Voir Adrien Finck : « André Weckmann und die Renaissance der elsässischen Dialektpoesie ». In : Adrien Finck : « Geistiges Elsässertum ». Beiträge zur deutsch-französischen Kultur. Landau 1992, p. 77-99. Cf. aussi Hermann Bausinger : « Die Alemannische Internationale. Realität und Mythos ». Conférence tenue le 14 novembre 1977 à Strasbourg, dans le cadre de la « Semaine alémanique ».
27 Dipesh Chakrabarty : Provincializing Europe. Postcolonial Thought and Historical Difference. Princeton 2000.
28 Bill Ashcroft, Gareth Griffiths, Helen Tiffin (éds.) : The Empire Writes Back. London / New York 2002. (Première édition : 1989).
29 Hans-Peter Ecker : « Dialekt als Waffe. Programmatik und Praxis des elsässischen Dichters André Weckmann ». In : Germanisch-Romanische Monatsschrift. Tome 39, 1989, p. 99-108.
30 Voir par exemple Romain Bertrand : « Faire parler les subalternes ou le mythe du dévoilement ». In : Marie-Claude Smouts (éd.) : La situation postcoloniale. (note 3), p. 276-284, ou encore Jean-François Bayard : Les études postcoloniales. Un carnaval académique. Paris 2010, p. 50.
31 André Weckmann : « Konvivialität am Rhein ». In : Adrien Finck, André Weckmann, Conrad Winter : In dieser Sprache. Hildesheim 1981, p. 3-4. Cité d’après l’édition André Weckmann : Wie die Würfel fallen. (note 13), p. 290-291.
32 En témoigne la méthode Holderith qui met l’accent sur la prise de parole, de l’apprentissage de l’allemand par imprégnation, par le jeu, la musique, prenant en considération la base dialectale. Cf. Adrien Finck & Maryse Staiber (note 10), p. 136.
33 André Weckmann : Les nuits de Fastov. Colmar 1968. Il s’agit d’une œuvre qui retrace la destinée des « Malgré nous », les jeunes Alsaciens et Mosellans enrôlés dans la Wehrmacht à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils furent envoyés pour la plupart sur le front Est. Parmi les nombreux ouvrages, citons Nicolas Mengus, André Hugel : Malgré nous. Les Alsaciens et les Mosellans dans l’enfer de l’incorporation de force. Pontarlier 2010 ; Eugène Riedweg : Les « Malgré nous ». Histoire de l’incorporation de force des Alsaciens-Mosellans. Strasbourg 1995.
34 André Weckmann : Amerseidel. In : Schang d sunn schint schun lang. (note 1), p. 54-56.
35 Adrien Finck, André Weckmann, Conrad Winter : In dieser Sprache. (note 31), p. 3-4.
36 Homi K. Bhabha : Les lieux de la culture. (note 7), p. 33 : « La cage d’escalier en tant qu’espace liminal, interstitiel aux désignations d’identité, devient le processus d’interaction symbolique, le tissu conjonctif construisant la différence entre le haut et le bas, le noir et le blanc. Le « çà » et « là » de la cage d’escalier, le mouvement temporel et le passage qu’elle autorise, empêchent les identités situées à chaque bout de s’installer dans des polarités primordiales. Ce passage interstitiel entre des identifications fixes ouvre la possibilité d’une hybridité culturelle qui entretient la différence en l’absence d’une hiérarchie assumée ou imposée. »
37 Entretien avec Peter André Bloch en 1996. In : Peter André Bloch (éd.) : Werkausgabe der elsässischen Gedichte von André Weckmann. Band I : setz di züe mr. Regionalliteratur und Internationalität. Gespräche, Analysen, Texte. Strasbourg 2000, p. 78 suivantes : « Wenn wir bedenken, wie sehr sich alles in Mitteleuropa und der GUS wieder verhärtet, die Nationalitäten sich ab- und eingrenzend stärker betonen, ethnische Konflikte immer wieder ausbrechen, Beispiel Jugoslawien, da müssen wir doch vernünftigerweise vorschlagen, dass man sogenannte Zwischengebiete, Zwischenzonen schafft, die – unter Beibehaltung der geopolitischen Gegebenheiten – auf kultureller, zweisprachiger Ebene beidseits der politischen oder Sprachgrenzen bewusst die Übergänge zu vermenschlichen versuchen. »
38 Emma Guntz, André Weckmann : Das Land dazwischen. Une Saga alsacienne 1970-1919. Strasbourg 1997.
39 André Weckmann : Die Kultur des Zusammenlebens. Eggingen 1997, p. 26 suivantes. Cité d’après l’édition André Weckmann : Wie die Würfel fallen. (note 13), p. 383.
40 Ibid. (note 13), p. 383 : « Und deshalb müßten Zwischenräume geschaffen werden, in denen die Sprachen und Kulturen paritätisch zusammenleben. Wäre dies nicht ein guter Weg zu einer freundschaftlichen Partnerschaft der Völker und Menschen im « gemeinsamen Haus » ? »
41 Ibid. (note 13), p. 383.
42 André Weckmann : « Neue Wege des Zusammenlebens an der deutsch-französischen Grenze ». In : Stimme der Pfalz. Heft Nr. 1, 1. Quartal, p. 1-3. Ici p. 2.
43 André Weckmann : « Prinzip Hoffnung. Zwischenräume ». Cité d’après l’édition André Weckmann : Wie die Würfel fallen. (note 13), p. 383.
44 André Weckmann : « Prinzip Hoffnung. Die Kultur des Zusammenlebens ». (note 13), p. 389.
45 Ibid. (note 13), p. 389.
46 Dessin satirique de Tomi Ungerer datant de 1979, accompagné du poème suivant : « cigogn’, cigogn’ t’a pa d’chance / maintenant que t’es en france / on t’a bien cloué le bec / alsatien fini avec / (em dreck) » In : Elsassisch reda. Petite anthologie de la poésie alsacienne. Tome VIII. Strasbourg 1979, p. 2.
47 André Weckmann : « Prinzip Hoffnung. Die Kultur des Zusammenlebens ». (note 13), p. 390.
48 Ibid. (note 13), p. 390 : « Denn Zweisprachigkeit ist nicht nur eine technische, wirtschaftliche Handhabe, sie führt zur Zwischenmenschlichkeit. »
49 Ibid. (note 13), p. 390 : « Sollten wir nicht sofort Zeichen setzen, in den Sprachen unserer direkten Nachbarn? Würde uns da ein Zacken aus der Krone fallen? Oder wäre das der Ausdruck einer humanistischen, christlichen Grundhaltung, daß man auf den Nachbarn zugeht, auch den Kleineren, ihn ehrt, indem man versucht, ihn zu verstehen, und dadurch Mißverständnisse und Berührungsängste, Feindbilder und Intoleranz abbaut? »
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Référence papier
Catherine Repussard et Maryse Staiber, « La frontière et l’« entre-deux » dans l’œuvre d’André Weckmann (1924-2012) : un hommage », Recherches germaniques, 42 | 2012, 125-138.
Référence électronique
Catherine Repussard et Maryse Staiber, « La frontière et l’« entre-deux » dans l’œuvre d’André Weckmann (1924-2012) : un hommage », Recherches germaniques [En ligne], 42 | 2012, mis en ligne le 19 février 2019, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rg/533 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rg.533
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