La référence socioculturelle régionale dans les calendriers populaires germano-américains des XVIIIe et XIXe siècles
Résumés
En Amérique du Nord, la production de livres allemands est un commerce concentré à l’origine en Pennsylvanie, c’est-à-dire dans un État qui était d’abord une colonie britannique. En 1775, le nombre d’immigrants germanophones y dépassait de beaucoup les 100 000 habitants, si bien qu’une culture non anglophone florissait alors à Germantown, Lancaster et Philadelphie. Le premier calendrier germano-américain a été publié en 1731 sous le titre Der Teutsche Pilgrim, Mitbringende einen Sitten-Calender. La plupart des publications annuelles complètes ont vu le jour dans les décennies qui ont suivi l’année 1776. La majeure partie d’entre elles a paru en Pennsylvanie, les autres en Ohio et au Maryland. Environ le quart de ces périodiques a été édité durant une période considérable : pour preuve, le Hoch-Deutsch Americanische Calender (Germantown et Philadelphie), qui était certainement le plus important, a paru de 1739 à 1833 – pratiquement un siècle. Mieux qu’aucun autre média, le calendrier populaire permet de représenter, dans le vécu quotidien, le paradoxe apparent qui survient entre le traditionalisme culturel et le sens de l’identité régionale, d’une part, et la modernité politique, d’autre part. Des calendriers tels que le Hinkende Bote ou Haushaltungskalender ont prouvé leur efficacité comme médias qui favorisent l’intégration ethnoculturelle en Europe. Alors que peu d’immigrants allemands savaient la langue anglaise à leur arrivée aux États-Unis, le calendrier continuait d’être un guide important dans le Nouveau Monde.
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1Le bref exposé qui suit se focalise sur les calendriers germano-américains édités en Nouvelle Angleterre et aux États-Unis d’Amérique aux XVIIIe et XIXe siècles. Ces calendriers, peu analysés jusqu’alors, constituent pour la minorité culturelle germanophone le média périodique d’information et de divertissement le plus important de l’époque. En 1775, plus de 100 000 immigrants germanophones vivent en Pennsylvanie. Cette culture non anglaise se concentre à Lancaster, Philadelphie et Germantown qui, à l’époque, n’est pas encore une ville autonome. Le premier calendrier germano-américain paraît en 1731 sous le titre Der Teutsche Pilgrim, Mitbringende einen Sitten-Calender. Dans le quinzième tome du Grundriß zur Geschichte der deutschen Dichtung de Goedeke, 39 autres séries de calendriers populaires germanophones sont référencées pour la période 1739-1847, la majorité des années de parution prises en compte relevant des décennies postérieures à 1776.
2Le gros des séries que nous mentionnons ici, 34 au total, est publié en Pennsylvanie ; cinq autres entreprises de ce type s’établissent dans l’Ohio (Cincinnati, Lancaster) ainsi que dans le Maryland (Hagerstown, Baltimore). Certaines de ces séries se distinguent par leur durée de parution remarquablement longue : le Neue Nord=Americanische Stadt- und Land Calender de Hagerstown est ainsi publié entre 1797 et 1918, l’Americanischer Stadt und Land Calender de Philadelphie entre 1784 et 1860 tandis que le Neue, Gemeinnützige Landwirtschafts Calender de Lancaster paraît entre 1788 et 1932 et que la série la plus importante, le Hoch=Deutsche Americanische Calender, paraît de 1739 à 1833 à Germantown et Philadelphie. De nombreuses séries, jusqu’ici non bibliographiées, peuvent être consultées dans les réserves des bibliothèques de la German Society of Pennsylvania, de l’Historical Society of Pennsylvania et de la Shadek-Fackenthal Library du Franklin & Marshall College à Lancaster. En procédant à une première évaluation de l’état des sources et de la recherche, on peut dégager trois problématiques de premier plan : tout d’abord la question de l’hétéro- et de l’autoperception des immigrants germanophones ; ensuite un phénomène d’altérité culturelle scripturale démonstrative ; et enfin la discussion autour de l’évaluation de la dynamique linguistique. Nous aborderons successivement ces trois points dans la suite de notre contribution.
I. Hétéro- et autoperception des immigrants germanophones
- 1 Cf. Populäre Kalender im vorindustriellen Europa: Der Hinkende Bote / Messager boiteux. Kulturwisse (...)
3Le type de calendrier que diffuse, avec un énorme succès – et en langues allemande et française – le Hinkende Bote ou le Messager Boiteux dans le Sud-Ouest de l’Allemagne, dans l’Est de la France et en Suisse, constitue manifestement un exemple à suivre pour de nombreuses variantes américaines et fonctionne comme un modèle d’identification, comme porteur de valeurs standard traditionnelles. Étant donné que de nombreux immigrants sont originaires du Haut-Pays de Bern et du Jura suisse, qu’ils ont transité par le Palatinat pour finalement fuir de nouvelles persécutions religieuses et les ravages faits par les troupes françaises, vers la Pennsylvanie, la plupart d’entre eux sont familiers de tout temps du Hinkende Bote. Par milliers, ces immigrants suivent des mennonites de la région de Basse-Rhénanie, qui, écoutant le commandement de tolérance de William Penn, fondent Germantown près de Philadelphie en 1683. Les mennonites et les amishs originaires du Palatinat s’installent de préférence aux alentours de Lancaster. Une seconde vague d’immigration conduit de nouveau, entre 1816 et 1860, des milliers d’amishs – du Jura, d’Alsace et surtout de Montbéliard – en Pennsylvanie, mais ceux-ci continuent leur route jusque dans l’Ohio, l’Indiana, l’Illinois et l’Iowa. Le Hinkende Bote n’est également pas inconnu de ces immigrants, les villes de Montbéliard, Colmar et Strasbourg comptant en effet parmi les lieux de parution les plus importants1.
- 2 J. Winfield Fretz : « The Pennsylvania German Dialect in Southern Ontario, Canada ». In : Diachroni (...)
4Les calendriers germano-américains d’Amérique du Nord montrent certes une orientation vers la culture traditionnelle du pays d’origine, mais ils illustrent également un processus d’autonomisation progressive singulier. L’ancrage dans l’espace géographique du Nouveau Monde entraîne la formation d’une mémoire historique – ondée sur l’expérience collective de l’émigration et de la colonisation – et l’épanouissement d’une tradition propre, circonscrite à partir de leur position minoritaire face à la dominance de la langue anglaise. Au lieu que ne s’établissent des contacts culturels bipolaires avec la région d’origine du Vieux Monde, on voit très rapidement se développer une culture minoritaire autonome mais subissant des influences diverses. En conséquence de l’évolution politique et culturelle de l’Allemagne au XXe siècle, cette culture minoritaire finira par se dévoyer sous une pression massive de légitimation et par être de plus en plus marginalisée. Un changement des « basic life styles and fundamental value systems », en conséquence de l’« urbanization » et de la « secularization » progressives, favorise ce processus : tandis qu’au XIXe siècle, on comptait des « millions of P[ennsylvania] G[erman]-speaking families »2, on estime aujourd’hui à environ 200 000 le nombre de Germano-américains qui parlent en dialecte.
- 3 Eric Hobsbawm : « Das Erfinden von Traditionen ». In : Kultur & Geschichte. Neue Einblicke in eine (...)
5La constitution de cette identité culturelle propre, qui diffère à la fois de celle du pays d’origine et de celle du pays cible, se poursuit sans contrainte jusqu’à son épanouissement maximal dans le dernier tiers du XIXe siècle, en présentant des spécificités intra- et interculturelles. Cette culture germano-américaine n’est en aucune façon homogène mais imperceptiblement hétérogène. En effet, contrairement à ce qui a eu lieu en Allemagne, une conscience étatique commune ne s’est pas développée en prenant appui sur l’acceptation d’une vision intégrative de la nation culturelle. Aux États-Unis, celle-ci repose davantage sur la croyance « en des communautés humaines originelles », qui passent pour être tellement « naturelles » qu’elles ne nécessitent « pour leur définition que l’affirmation d’elles-mêmes »3. Bien entendu, les traditions culturelles et dialectales mais aussi les traditions religieuses sont respectueusement conservées et comprises comme le signe de l’identité, mais elles sont, dans le contexte nord-américain, moins susceptibles de réunir les individus.
- 4 J. Winfield Fretz : (note 2), p. 57. Le dialecte et la culture qui s’est développée tout autour son (...)
The dialect and the culture which developed around it [is] institutionalized, cultivated and nourished in religious denominations, private and public schools, colleges and universities. It [is] expressed in art, poetry, literature and history. Men and women in high positions in government, industry and the professions have lauded PG culture and sought to preserve and perpetuate the dialect – but to no avail.4
6Les immigrants allemands sont finalement si nombreux en Pennsylvanie, qu’ils prennent en 1828 une initiative législative : faire de leur langue la langue officielle de l’État. Dans Mittheilungen aus Nordamerika, publié en 1829, Ernst Braun commente de quelle manière cette initiative échoua de justesse :
- 5 Cf. Mittheilungen aus Nordamerika, die höhern Lehranstalten und die Englisirung der dortigen Deutsc (...)
Si les anglo-américains cultivés, eux-mêmes, favorisaient cette proposition de loi, elle échoua pourtant cette fois-ci du fait de l’anglomanie des Afterdeutschen qui votèrent contre elle ; le nombre de représentants du peuple en faveur de l’inscription de l’allemand comme langue officielle de l’État fut cependant si grand, qu’une seule voix manqua, pour en assurer la victoire.5
- 6 Ibid., première de couverture.
7La plainte de Braun sur l’« anglicisation des Allemands alors présents »6 est formulée dans une attente de salut nationaliste typique à cette époque. Il ignore la crainte que peut provoquer la domination inscrite dans la loi d’une langue non-anglaise, éventuellement susceptible de venir déstabiliser un état fédéral soutenu par de nombreuses ethnies et cultures. En cela, il ne peut donc être question d’une anglicisation forcée au sens de Braun. À la veille de la Révolution Française, Hector St. John de Crèvecœur fait état de l’autonomie socioculturelle des immigrants allemands :
- 7 Hector St. John de Crèvecœur : « Briefe eines amerikanischen Farmers ». In : Was ist ein Amerikaner (...)
[pour] eux, tout est un rêve ; le contraire serait en fait étonnant ; partout, ils voient leur peuple vivre dans l’abondance ; ils voyagent dans des contrées, où pas un mot d’anglais n’est prononcé ; et ils reconnaissent l’Allemagne dans la langue et dans les noms des hommes. […] Aussi longtemps que ces hommes vivent, ils ne cessent de porter avec eux le souvenir de leur récente pauvreté et de leur esclavage.7
- 8 Cf. Inga Wiedemann : Der Hinkende Bote und seine Vettern. Familien-, Haus- und Volkskalender von 17 (...)
- 9 Juliane Mikoletzky : Die deutsche Amerika-Auswanderung des 19. Jahrhunderts in der zeitgenössischen (...)
- 10 Cf. Hartmut Esser : Aspekte der Wanderungssoziologie. Assimilation und Integration von Wanderern, e (...)
- 11 Karen M. Johnson-Weiner : « Group Identity and Language Maintenance: the Survival of Pennsylvania G (...)
- 12 Ibid., p. 28.
8Cette mise entre parenthèse paradoxale du traditionalisme culturel et d’une compréhension de soi libertaire, politiquement constituante, s’avère caractéristique au XIXe siècle pour de nombreux immigrants allemands et peut être parfaitement thématisée, dans sa relation avec le quotidien, par les calendriers populaires. Avec un contenu étoffé et diversifié et une intention autant didactique que conversationnelle, des types de calendriers comme le Hinkende Bote ou le Haushaltungskalender8 se sont déjà révélés être, dans les espaces linguistiques allemands et français, des médias socioculturels intégratifs qui rencontrent le succès et n’atteignent pas seulement les clients des librairies, mais également le public illettré. Puisque seulement quelques « immigrants allemands [maîtrisent] l’anglais à leur arrivée aux États-Unis »9, le calendrier demeure également dans le Nouveau Monde, un média extrêmement important : chaque acculturation, et plus encore chaque assimilation dans les régions dominées par l’anglais, est per se soumise à des limites étroites10. La langue propre a une immense valeur d’identification, surtout pour les Allemands ayant émigré pour des raisons religieuses : « The traditional German Hymns remained untranslated as did the writings of the early Anabaptists. English was the language of the government and, therefore, considered ‘wordly’ »11. Les amishs, en particulier, voient dans le soin de leur dialecte une barrière fondatrice de la communauté, « a Zaun, a fence that helps keep the English world out »12.
9À l’instar de la littérature des émigrants au XIXe siècle, les calendriers populaires enseignent, y compris aux lecteurs qui n’appartiennent pas au groupe des migrants religieux, que l’acculturation forcée n’est pas du tout un objectif essentiel.
- 13 Juliane Mikoletzky : (note 9), p. 272.
Seuls les personnages ayant des intentions criminelles adoptent rapidement et volontairement le style de vie américain, les héros positifs s’y montrent particulièrement […] réticents. À l’inverse, l’attachement aux coutumes et aux objets rapportés d’Allemagne est utilisé de manière récurrente pour une caractérisation avantageuse.13
- 14 « Germanton ». In : Der Hoch=Deutsch Pensylvanische Geschicht = Schreiber, oder Sammlung Wichtiger (...)
- 15 Juliane Mikoletzky : (note 9), p. 277.
- 16 Kathleen Neils Conzen : « Patterns of German-American History ». In : Germans in America. Retrospec (...)
10Dès les débuts de l’impression de livres en langue allemande en Amérique du Nord, des publications comme Der Hoch=Deutsch Pensylvanische Geschicht=Schreiber14 contribuent à populariser des stéréotypes de la sorte. Il n’est guère étonnant que ce modèle d’hétéroperception et la revendication d’une supériorité morale basée sur une autocompréhension religieuse sectaire déclenchent chez les habitants anglophones de Pennsylvanie une certaine irritation et une « peur de l’aliénation »15. En continuant à s’appuyer sur des valeurs et des normes distinctives, on réclame comme typiquement allemandes des vertus irraisonnées comme le zêle, la probité, l’honnêteté, l’amour de l’ordre. La conscience d’une altérité ethnoculturelle se renforce ainsi chez de nombreux émigrants et elle se dirige non seulement contre ce qui est étranger, mais finalement aussi contre leur pays d’origine, considéré comme arriéré. Assimilés à cette image de soi transfigurante, tous les « Hessois, Francs, Westphaliens, Hanovriens, Oldenbourgeois » qui, après 1840, suivent les « Rhénans, Bades, et Wurtembergeois », ne retirent, dans un premier temps, aucune identité de groupe de leur statut d’émigrés, mais sont perçus aux États-Unis « simplement comme Allemands »16.
- 17 Juilane Mikoletzky : (note 9), p. 300.
11Cette tendance à la stéréotypisation de l’hétéroperception et de l’auto-perception est manifestement réciproque : fixée par le manque d’informations, une image sommaire des Nord-américains d’origine non allemande fait face aux modèles de perception de soi. Sur l’arrière-plan d’une réalité politique d’un autre ordre, une conscience collective divergente se développe dans le Nouveau Monde, qui favorise l’habitus de la « clannishness »17, c’est-à-dire d’une démarcation démonstrative, et génère l’impression d’incarner pour la toute première fois le véritable Allemand. En 1879, l’écrivain Friedrich Gerstäcker, revenu des États-Unis en 1843, écrit :
- 18 Friedrich Gerstäcker : In Amerika. Amerikanisches Lebensbild aus neuerer Zeit. Im Anschluß an ‘Nach (...)
Nous sommes ici en Amérique un tout autre peuple qu’au pays, nous n’avons pas seulement changé corporellement mais aussi du tout au tout spirituellement, à savoir de manière totalement prodigieuse. Ce qu’en effet nous n’avions, nous, jamais été en Allemagne, nous le sommes tout à coup devenus ici tous ensemble : de véritables Allemands […] connaissant l’égalité de droit pour tous ceux qui ont quelque chose à offrir en contrepartie. De cette manière, s’est éveillée ce que beaucoup d’entre nous ne connaissaient qu’à peine par son nom : la conscience de soi.18
- 19 Lester W. J. Seifert : A Word Atlas of Pennsylvania German. Madison 2001, p. 97, (Discussion). Germ (...)
12Cette autoévaluation euphorique de Gerstäcker masque toutefois les différences entre les peuples germanophones de Pennsylvanie en fonction de leur confession, leur appartenance socioculturelle et leur origine : par exemple les différences entre les amishs, les mennonites, les affiliés et les luthériens, entre les populations urbaines et rurales, entre les niveaux de formation et de revenu, ou entre les orientations politiques. Il en résulte un fait qui ne se révèle qu’au premier regard paradoxal : « Germantown [est certes à considérer] as the beginning point of the Pennsylvania German culture » mais elle « never belonged to the Pennsylvania German dialect area. Probably Low German instead of a South German was spoken there »19.
- 20 Georg Bollenbeck: Bildung und Kultur. Glanz und Elend eines deutschen Deutungsmusters. Frankfurt am (...)
- 21 Karl-Ernst Jeismann : « Zur Bedeutung der ‚Bildung‘ im 19. Jahrhundert ». In : Handbuch der deutsch (...)
- 22 Hoffmann von Fallersleben : 1974, p. 302 ; cf. également : Alexander Ritter : « Grenzübertritt und (...)
- 23 Cf. York-Gothart Mix : Die Schulen der Nation. Bildungskritik in der Literatur der frühen Moderne. (...)
- 24 Kathleen Neils Conzen : (note 16), p. 27 sqq.
- 25 Cf. Reinhard R. Doerris : « Immigrant Culture and Religion. Church and Faith Among German Americans (...)
- 26 Theodor W. Adorno : « Auf die Frage : Was ist deutsch ». In : Theodor W. Adorno, Gesammelte Schrift (...)
- 27 Cf. Good Bye Bayern, Grüß Gott America. Auswanderung aus Bayern nach Amerika seit 1683, Margot Hamm(...)
- 28 James M. Bergquist : « Germans and the City ». In : Miller, 1984, p. 53. L’obstination socioculture (...)
13L’idée consciemment idéaliste d’une Bildung indépendante et désintéressée est, bien entendu, aussi célébrée dans les cercles d’immigrants germanophones des villes, comme une « propriété »20 ethnoculturelle, mais pourtant la culture élitaire germanophone va se constituer en Amérique du Nord sous d’autres présages que dans le pays d’origine. Puisque l’État – dominé par ailleurs par la langue anglaise – n’est jamais considéré par les immigrants comme « le plus grand bien collectif de la citoyenneté »21, au sens que lui donne Georg Wilhelm Friedrich Hegel, mais que bien au contraire l’absence de l’État est perçue comme la garantie d’un « parler » et d’un « penser »22 indépendants. Il n’en résulte ni la formation d’une bourgeoisie cultivée soutenant l’État ni la crise dramatique de la citoyenneté qui apparaît à partir de 1871, en conséquence de la transfiguration menée sans esprit critique de l’utopie de la Bildung23. À la place de cela, on peut observer une réception des cultures allemande et autrichienne soignée dans German Societies24, et un intérêt porté à la littérature germanophone populaire25 dans les structures de communication du « réseau civilisationnel ». Considéré comme décadent sous la perspective de l’« antithèse fatale de la Kultur et de la Culture »26, ce dernier semble très suspect aux yeux de la bourgeoisie cultivée du pays d’origine et il est également perçu comme étranger par les populations anglophones d’Amérique du Nord. Quant à la German Society of Philadelphia, qui sert de modèle pour de nombreuses fondations de sociétés similaires aux États-Unis et conserve des contacts avec de nombreux cercles d’émigrants en Allemagne27, elle est à la fois Aid agency (bureau d’aide), Labor Bureau (agence pour l’emploi), Night School for Emigrants (cours du soir pour les immigrants) et Library (bibliothèque). L’obstination socioculturelle des immigrants allemands a, selon James M. Bergquist, contribué de manière décisive à imposer l’idéal d’une société ouverte, « based on pluralism » : « In a broader sense, it was the Germans who first taught the lessons to urban America about living in a society of many cultures »28.
II. Altérité scripturale et littéraire
- 29 Curtis C. Bentzel : « Calligraphy and Linguistics: A Different Look at the F&M Fraktur ». In : Frak (...)
14À l’instar des caractéristiques de la divergence ethnoculturelle, mentales ou liées à l’habitus, les coutumes transmises, considérées comme naturelles dans le pays d’origine, dévoilent l’altérité des immigrants : il s’agit, par exemple, des mœurs culinaires, des boissons, du style vestimentaire, de l’attitude consistant à conserver, même en cas d’acculturation avancée, l’allemand comme langue de l’intimité, ou bien l’ostensible préférence pour le caractère d’imprimerie nommé Fraktur comme preuve identitaire de l’altérité scripturale et littéraire. La prédilection pour ce type de caractère familier, qui se révèle le critère du succès ou de l’échec d’un périodique populaire, remonte aux confins du XIXe siècle. Même dans le domaine privé de la famille, on attribue à la Fraktur, utilisée pour la conception des extraits de naissance ou de baptême, ou ce qu’on nomme les Vorschriften pour les enfants, le statut d’un modèle identitaire collectif. Selon Curtis C. Benzel, « Such colorful secular decoration of handwritten texts was virtually unknown in Europe and first practiced widely by Germans who came to America »29. Des dimensions temporelles subjectives exprimant la certitude de la foi religieuse se manifestent dans les innombrables extraits de naissance ou de baptême, tous richement ornés et décorés : l’expérience familière du temps engendre le quotidien et s’y reproduit tout en formant le cadre confidentiel et fiable d’une image du monde définie de manière chrétienne, qui voit la naissance et la mort comme le rythme immuable de l’origine et du recueillement dans l’éternité, tout comme le début et la fin des périodes de labeur et de vie vécues individuellement.
- 30 Reimer Eck: « Der deutschsprachige Buchdruck in den amerikanischen Kolonien bis zum Erscheinen der (...)
- 31 Cf. Der Hoch = Deutsch Americanische Calender Auf das JAHR Nach der Gnaden = reichen Geburth unsers (...)
- 32 Reimer Eck (note 30), p. 11.
15Depuis 1739, l’année où Christoph Sauer imprime à Germantown la première édition du Hoch=Deutsch Americanische Calender en caractères allemands de type Fraktur, l’usage de ce type d’imprimerie est considéré par le public comme caractéristique de l’identité ethnoculturelle. Dès 1735, Sauer tente apparemment d’acquérir l’équipement complet d’ une imprimerie allemande. Après l’échec de ses négociations avec l’imprimerie Waisenhaus de Halle, il reçoit ses types d’imprimerie de la fonderie luthérienne Egelnoff de Francfort sur le Main. De cette manière, il est « le premier imprimeur dans les colonies en situation d’imprimer les caractères allemands de type Fraktur, de telle sorte que ses écrits présentent chacun des motifs, auxquels ses lecteurs allemands sont habitués de leur pays d’origine »30. La première phrase de Der Hoch=Deutsch Amerikanische Calender, qui paraît en 1739, n’est pas seulement une constatation, mais de facto un programme : « Bienveillant lecteur, le tant attendu calendrier rédigé en allemand voit donc pour la première fois la lumière. »31 Sauer est le premier en situation de reproduire la typographie familière du pays d’origine ainsi que la conception des pages de titre et l’ornement des écrits populaires. Pour la distribution de ses imprimés, Sauer s’en remet également aux expériences faites dans le Vieux Monde : selon Reimer Eck, il tisse en effet « un réseau de distribution élaboré parmi les boutiquiers et les commerçants allemands »32.
- 33 Cf. York-Gothart Mix : « Lektüre für Gebildete und Ungebildete. Die deutsche Almanach- und Taschenb (...)
- 34 Reimer Eck (note 30), p. 14.
16Ce n’est donc pas seulement l’orientation des contenus, mais aussi la matérialité du texte et les usages de la distribution qui garantissent le succès de Der Hoch=Deutsch Americanische Calender, dont plus de 10 000 exemplaires – et cela sans l’astreinte prononcée par les souverains de la Haute Allemagne et dont doivent s’acquitter les éditeurs de calendriers – sont mis en vente libre dans les années suivantes : un nombre respectable en comparaison avec les modèles du Vieux Monde33. La possibilité d’employer le caractère Fraktur de Egenolff assure un avantage compétitif, également perçu par un concurrent comme Benjamin Franklin. Les premiers imprimés allemands de Franklin en Calson-Antiqua trouvent peu d’écho et celui-ci, concluant une bonne affaire, se fait donc payer la majeure partie d’une livraison de papier, non en espèces à crédit, mais avec la cession du caractère d’imprimerie Fraktur34. Le caractère Fraktur et la matérialité familière des calendriers du Vieux Monde sont pour le public le signe d’une différence de qualité significative et sont par conséquent conservés. Les entreprises anglophones voisines de Philadelphie, par exemple l’United States Almanack, le Farmers and Mechanics Almanack ou le Washington Almanac, ne semblent pas avoir une influence massive sur la production de calendriers germanophones de Pennsylvanie.
- 35 Der Cincinnatier hinkende Bote. Ein Kalender für die Vereinigten Staaten von Nordamerika, auf das J (...)
17La focalisation sur la vie quotidienne nord-américaine se manifeste par la forme héritée des calendriers traditionnels, connue surtout de la Haute Allemagne et de la Suisse, et qui évite toute forme d’éclat provocatif. Le calendrier qui apparaît dans la bibliographie de référence de Milton Drake avec le titre Almanacs of the United States, et dont la sphère de diffusion est étendue en 1777 dans toute la Pennsylvanie sous le titre HINCKEND-UND Stolpernd-doch eilfertig-fliegend-und laufende Americanische Reichs-Bott illustre à travers son titre et par sa conception, les relations entre transfert culturel et autonomie. Reconnaissable par les lecteurs contemporains, cette entreprise se réfère à un calendrier transrégional, édité au plus tard depuis 1698 dans la ville allemande d’Offenbach, dont le titre est Der Hinckend=und Stolpernd=doch eilfertig fliegend=und lauffende Bott. Das ist: Neu=Verbesserter Reichs=Staats=Geschichts=Kriegs=Siegs=und Friedens=Calender. L’Americanische Reichs-Bott essaie, à l’instar du Cincinnatier hinkende Bote qui paraîtra près d’un siècle plus tard, d’être un vade-mecum germanophone « pour les États-Unis d’Amérique du Nord »35. Ce qui apparaît au premier regard comme un média ancré dans la tradition, avec des parallèles de conception, d’édition et de contenu, présente également des différences significatives. Le héros du Hinkende Bote ne transmet plus les nouvelles aux souverains et à leurs sujets, mais au colon d’une terre vierge, sûr de soi, protégé par l’American Eagle qui plane au-dessus de lui dans un ciel constellé d’étoiles.
- 36 Reinhart Koselleck, Horst Günther : « Geschichte ». In : Geschichtliche Grundbegriffe. Historisches (...)
- 37 Cf. Wilhelm Haefs, York-Gothart Mix : « Der Musenhort in der Provinz. Literarische Almanache in den (...)
18Dans l’illustration de la page de titre s’amalgament souvenirs, espérances, projets et expériences individuelles avec l’expérience quotidienne d’un « je » singulier et d’un « nous » collectif et républicain. Le rapport à la vie du lecteur implicite du calendrier est localisé dans un nouvel ordre régional et global, évoquant la représentation triadique d’un passé, d’un présent et d’un futur qui lui sont propres, et intégrant l’horizon de l’expérience individuelle de l’immigrant dans la symbolique collective d’une histoire commune. La complexité de l’historique se réduit par la sélection et la combinaison des évènements singuliers et traitant de l’identité. Elle est comprise comme une nouvelle expérience du monde : « Dans l’histoire du monde, l’humain s’appréhende lui-même, et dans la mesure où il se raconte l’histoire, il se la crée lui-même selon ses propres lois »36. Dans cette corrélation avec une histoire propre, révélée comme singulier collectif, la culture, perçue comme manifestation d’une identité propre, conserve finalement, dans la dynamique discursive mise en œuvre dans une autre vie publique politique et sociale, le signe de son altérité. Par le lien à l’idéal républicain, elle génère dans le monde européen des représentations différentes des devoirs des citoyens, de leur société et de leur histoire, qui agissent sur l’ancienne patrie. Un article moraliste paru dans le Pennsylvanischer Haushaltskalender en 1770 sera par exemple jugé si novateur en 1771, qu’il sera imprimé avec une approbation démonstrative dans le Hannoverischen Magazin et finalement dans le Siebenbürgischen Allmanach en 178137.
- 38 Cf. Hans-Jürgen Lüsebrink, York-Gothart Mix : « Kulturtransfer und Autonomisierung. Populäre deutsc (...)
- 39 Ibid., p. 192.
- 40 Susanne Greilich : Französischsprachige Volksalmanache des 18. und 19. Jahrhunderts. Strukturen, Wa (...)
- 41 Ibid., p. 55.
- 42 Cf. Der Hoch = Deutsch Americanische Calender Auf das JAHR Nach der Gnaden = reichen Geburth unsers (...)
- 43 Cf. Americanischer Stadt und Land Calender Auf das 1787ste Jahr Christi, Welches ein Gemeines = Jah (...)
19Les modèles germanophones agissent aussi, manifestement, sur les éditeurs de calendriers franco-canadiens qui se trouvent de même dans cette corrélation entre le transfert culturel pluri-polaire et l’autonomisation continuelle. Le Guide du Cultivateur ou Almanac de la Température, publié depuis 1830 à Montréal, paraît par exemple avec, sur la page de titre, l’indication publicitaire suivante : « D’APRÈS Les Almanacs Allemands »38. Dans sa partie calendrier, le Guide du Cultivateur, entreprise franco-canadienne la plus glorieuse de ce type, renvoie à un autre modèle du Vieux Monde : l’« Almanach de Liège, nommé le Mathieu Laensberg extraordinairement diffusé au XVIIe, XVIIIe, et XIXe siècles »39. Cette orientation vers les modèles germanophones et francophones n’est pas étonnante dans la mesure où l’Almanach de Liège, le Hinkende Bote ou Messager Boiteux, présentent à partir du « milieu du XVIIe siècle »40 une conception tout à fait « similaire ». Hormis cette tendance typique des médias à la reproduction et les « techniques de réécriture et de recyclage »41 qui se montrent dans la conception des différentes parties du calendrier, dans l’illustration et dans la matérialité, les calendriers populaires constituent aussi des démultiplicateurs pour les changements de société. L’impression des listes des maisons de noblesse européennes ou les rapports sur les guerres du Vieux Monde dans les calendriers germano-américains sont, pour cette raison, moins l’expression d’une nostalgie rétrospective qu’une caractéristique traditionnelle de ce média. Le Verzeichniß des Alters der vornehmsten Fürsten und Könige in Europa dans le Hoch = Deutsch Americanische Calender42 est de facto une nouvelle d’un monde lointain ; il n’a plus d’utilité reconnaissable, mais il agit encore de manière absurde comme un élément intégratif : ce monde-là est derrière nous. Il en va de même pour la rubrique Kayser, Könige, Fürsten, in Europa, nebst ihren Geburts = Jahren, qui paraît encore dans le Americanischer Stadt und Land Calender après la reconnaissance de l’indépendance des États-Unis par le traité de Paris en 178343.
- 44 Thomas Schmidt : Kalender und Gedächtnis. Erinnern im Rhythmus der Zeit. Göttingen 2000.
- 45 Cf. Der Neue Readinger Calender. 1828, Reading, imprimé par Johann Ritter und Comp. Non paginé. – D (...)
20C’est seulement avec la focalisation croissante de la partie pratique des calendriers sur la vie quotidienne nord-américaine, avec la prise en compte renforcée de nouveaux genres littéraires comme les récits d’émigrants (Auswanderergespräche) et avec la construction d’une image singulière de l’histoire, qu’une tendance à l’acculturation progressive devient visible. La corrélation entre les histoires et l’histoire se manifeste particulièrement dans les récits d’aventures d’émigrants, car « la mémoire communicative vive, partagée et représentée par les témoins de l’époque » gagne « grâce aux institutions et aux médias d’une mémoire culturelle, une durée qui s’étend au-delà des individus porteurs de mémoires »44. Dans la mesure où ils décrivent le quotidien, les témoignages d’émigrants considérés comme exemplaires – Wahre Erzählung Von den Begebenheiten und dem außerordentlichen Leiden des Robert Forbes, seiner Frau und fünf Kindern, während einer unglücklichen Reise durch die Wildniß von Canada ou bien Die traurige Geschichte der Manheimischen Familie, welche 1799 an dem Fluß Mohawk ein Opfer indianischer Grausamkeit geworden – sont à regarder dans ce contexte comme les constituants d’un modèle d’identité collectif. Il en va de même pour le codage symbolique traditionnel, par exemple l’indication de l’« anniversaire du Général Washington », de la première « session du Congrès » en 1775 ou de la « déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique » dans les calendriers45.
- 46 Americanischer Stadt und Land Calender Auf das 1787ste Jahr Christi. Non paginé.
21Contrastant avec les tableaux chronologiques souvent présentés qui listent, sous des intitulés comme In diesem Jahre zählt man nach der gnadenreichen Geburt Jesu Christi, les évènements significatifs entre la date de la « création du monde » et la « déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique »46, l’horizon temporel du calendrier américain se resserre sur peu de générations. Toutefois la représentation allégorique du mythe fondateur des 13 États unis dans Neuer Nord=Americanischer Stadt und Land Calender von 1807 donne à voir un changement d’époque et constitue bien plus que le simple recours à un répertoire iconographique au sujet de la Mort, dominé par le néo-classicisme. Dans la représentation antiquisante des tombes du général et du premier président George Washington, la vie du militaire et de l’homme politique se transforme en mythe américain indépendant : le lien avec une figure fondatrice légendaire est suggéré, allant pleinement dans le sens d’une continuité des générations. Dans l’horizon temporel de la mémoire collective et de sa perception actualisée à travers le calendrier se génère une identité historique : la glorification de l’origine scellée par la victoire de Yorktown détermine un futur esquissé à partir des souvenirs et donne au présent un sens culturel collectivement consacré. Le soleil se levant, les ruines et les colonnes qui ont volé en éclats, l’allégorie de la paix défendue avec l’American Eagle sur le bouclier, le saule pleureur, les cyprès et le mausolée comme monument de la volonté d’indépendance américaine représentent l’histoire de la victoire obtenue par Washington et un futur plein de promesses.
- 47 Cf. York-Gothart Mix : « Nationale Selbst- und Fremdbilder in der Mode- und Alamodekritik des ‚Hink (...)
- 48 Thomas Schmidt : (note 44), p. 35.
22C’est pourquoi les images et les récits d’histoire de l’Europe protohistorique et antique qui sont adorés dans les calendriers populaires d’Europe centrale comme les Hinkende Bote ou Messager Boiteux47 et qui sont courants dans le contexte de la constitution du concept de nation en Allemagne ne jouent absolument aucun rôle dans les calendriers germano-américains. La croyance en un nouveau départ historique dans le Nouveau Monde facilite une « unification »48 de la mémoire historique, alors impensable en Europe. Les éditeurs des Hoch-Deutsch Americanische Calender ou Americanischer Stadt- und Land Calender n’ont qu’un intérêt tout sporadique pour maints conflits ou crises territoriales, confessionnelles, étatiques ou monarchiques, typiques du Vieux Monde, qui est d’ailleurs considéré comme arriéré.
III. Dynamique de la langue, acculturation et Bildung
- 49 Stanley Nadel : « Leben in der neuen Heimat ». In : Hamm, Henker et Brockhoff, 2004, p. 68.
- 50 Ibid., p. 68.
23Entre 1727 et 1775, 68 886 immigrants sont enregistrés dans le port de Philadelphie, environ la moitié de ceux-ci sont liés « par un contrat de Rédemption et doivent ainsi en contrepartie des coûts du voyage de deux à sept années de travail »49. Les conditions de vie de ces « valets punis » sont « souvent très dures » et des voix critiques comparent le « système de rédemption à l’esclavage »50. Alors qu’au milieu du XVIIIe siècle, l’immigration atteint son apogée et qu’une nouvelle guerre avec la France renforce la crainte des Anglais, commence une campagne publique, fondamentalement raciste à l’encontre des migrants dont la plupart sont originaires du Palatinat. Benjamin Franklin, enragé, lance une offensive contre les migrants et diagnostique comme raison au conflit « avant tout la race et pas seulement la culture » des « faquins de fermiers palatins ». Il demande, non sans provocation :
- 51 Benjamin Franklin : Oberservations Concerning the Increase of Mankind (1755). Cité d’après : Nadel, (...)
Pourquoi la Pennsylvanie, qui a été fondée par des Anglais, devrait-elle devenir une colonie d’étrangers qui dans peu de temps seront si nombreux qu’ils pourront nous germaniser au lieu que nous ne les anglicisions, et qui ne peuvent adopter que si peu notre langue et nos usages, comme ils ne peuvent acquérir notre couleur de peau.51
24La population allemande est dès lors discriminée politiquement. Les cinq comtés à dominante germanophone n’ont le droit de n’envoyer que dix représentants à l’assemblée de la colonie, contre 26 pour Philadelphie et les trois comtés anglais. C’est seulement après la victoire militaire des Britanniques, le traité de Paris en 1763 et un retrait sensible des migrants allemands, que l’atmosphère se normalise lentement.
- 52 Werner Enninger, Michèle Wolff : Interaktiv initiierte Dynamik im Sprachrepertoire der Täufer. Boch (...)
- 53 Ibid., p. 108.
- 54 Ibid., p. 117.
25Les immigrants affrontent la pression de l’assimilation avec une obstination socioculturelle qui se manifeste aussi dans les dialectes. D’un point de vue linguistique, le Pennsylvania German ou le Pennsifaanisch est un dialecte neuf, qui n’est pas à comprendre comme une forme mixte de différents parlers, mais qui se développe à partir du Palatin et dans lequel on peut reconnaître les effets partiellement opérants issus d’un contact différencié avec l’anglais américain : alors que « le système de valeur culturel singulier assimile au système de signes, l’exigence de ‘la séparation du monde, la conservation et la symbolisation de l’identité ethnique’, les interactions indispensables avec la culture dominante » entourant l’îlot linguistique imposent « l’exigence d’enregistrer dans le système de signes la variété produisant cet usage »52. Sous cette hypothèse complémentaire, un système plurilingue diglossique se développe de manière cumulative, « qui remplit les deux exigences, dans la mesure où il produit à la fois un usage « isolant » et un usage « intégratif »53. Les absorptions lexicales apparaissent sous la « forme du switching », tout comme de l’« emprunt »54.
- 55 Ibid., p. 104 et 111.
26En tant qu’imprimés de large circulation, les calendriers germano-américains ne sont pas destinés à une sous-couche difficile à définir sous les conditions de la migration, mais ils s’adressent à travers leur inscription dans le monde quotidien et le respect de la tradition à tous les groupements sociaux du public défini de manière ethnoculturelle. Les anecdotes, plaisanteries, aphorismes et récits qui y sont imprimés sont davantage destinés à être lus à haute voix et racontés, qu’à une lecture individuelle silencieuse. Par la pratique de la réception, les frontières entre oralité et scripturalité sont relativisées et ainsi l’influence et le statut particulier du Pennsylvania German deviennent toujours plus visibles. Comme le dialecte n’est pas obligatoirement proscrit à l’écrit, l’orthographe se conforme simplement à la prononciation. Le Hochdeutsch Amisch, pertinent pour les « actes cérémoniels, comme la prière, la récitation, le chant, la lecture du Testament », se révèle au contraire « résistant aux influences par contact »55 et ne joue dans les calendriers aucun rôle considérable. Dans la langue parlée, à travers la lecture du calendrier ancrée dans le quotidien, l’ordre du monde existant est fabriqué de manière coercitive et l’identité de groupe devient si manifeste, qu’elle est considérée comme obligatoire pour l’auto-compréhension du corps social. Parallèlement, l’autorité du mot imprimé disculpe le dialecte du caractère vague et de l’imprévisibilité de la communication orale et suggère une synthèse du sens des réalités quotidiennes et des interprétations du monde généralisantes qui ont été héritées.
- 56 Cf. Der Hoch = Deutsch Americanische Calender Auf das JAHR Nach der Gnaden = reichen Geburth unsers (...)
- 57 Americanischer Stadt und Land Calender Auf das 1787ste Jahr Christi. Non paginé ; cf. Der Hoch = De (...)
27Les modèles d’identification ainsi transmis montrent des interdépendances intraculturelles, liées à la tradition, et interculturelles, en corrélation avec l’accentuation et la pondération respectives de l’acculturation. La relation de concurrence latente entre les pôles de l’autonomie culturelle et de l’acculturation ne se manifeste pas seulement dans la langue orale, mais également dans la syntaxe, dans la composition des mots, dans les anglicismes ou dans la germanisation volontaire de la langue écrite. D’autres exemples de migration textuelle, de traductions, d’instructions bureaucratiques ou d’annonces de librairies propres aux calendriers mettent cela en lumière. Dans cette perspective, des tours d’écritures ordinaires comme « Kingsbridsch », « Fränschtaun », « Germantaun », « Kutztaun », « Yorktaun », « Courthaus », « Courten, Fären » ou des textes de publicité pour « allerley Deutsche Schulbücher » doivent être tout autant signalés que l’impression des « Sprüche von Benj. Franklin », des textes de chanson avec le titre Yänkie-Dudel56, de la présentation de Freyschütz dans le Americanischer Stadt und Land Calender Auf das 1834ste Jahr Christi ou de An die Freude de Friedrich Schiller dans le Readinger Calender en 1806. On peut naturellement y ajouter l’annonce de librairie pour une « neue und accurate Edition von der Art of Speaking » ou le manuel d’écriture, s’inscrivant dans la tradition des manuels de correspondances, tous les deux publiés dans le Hoch = Deutsch = Americanischen Calender57 en 1773.
28Les calendriers germano-américains ne montrent pas seulement, dans le texte et l’image, les valeurs et les normes d’un habitus déterminé ethnoculturellement mais illustrent aussi la manière dont les textes passés à la postérité, ou typiques de l’époque, deviennent au cours d’un processus complexe de réception et d’assimilation une part importante d’une culture populaire représentée par des veillées, des fêtes ou des soirées de déclamation. À l’inverse des émigrants d’origine anglaise ou irlandaise,
- 58 Kathleen Neils Conzen (note 16), p. 27. La plupart des Allemands ont apporté avec eux beaucoup plus (...)
most Germans brought far more of their traditional modes of recreation with them into the industrial age and in America expected to continue enjoying a convivial glass of beer or wine, gathering with their womenfolk as well as in purely male assemblies to sing, dance, and drink, and doing so on their one day of leisure, Sunday, should they so choose. These lifestyle conflicts were evident by the 1840s, as German Americans rallied in defence of personal liberty and added Geselligkeit und Gemütlichkeit to the list of cultural differences that they saw separating themselves from Americans and defining their Deutschtum, the fundamental set of values and observances that delineated their ethnic identity in America.58
- 59 Cf. Der Hoch = Deutsch Americanische Calender, Auf das Jahr Nach der Gnadenreichen Geburt unsers HE (...)
- 60 Kathleen Neils Conzen (note 16), p. 29.
- 61 Karl Kurt Klein, Literaturgeschichte des Deutschtums im Ausland. Schrifttum und Geistesleben der de (...)
- 62 Biedermeiers Glück und Ende… die gestörte Idylle 1815-1848. Ed. par Hans Ottomeyer. München 1988, p (...)
29À partir de la prise de conscience de l’altérité, une autonomie culturelle se développe, qui conformément à la devise de Carl Schurz ubi libertas, ibi patria, se retourne en fin de compte également contre le pays d’origine. Dès le début, comme l’illustrent par exemple le dialogue Zwischen einem Neukommer und einem Einwohner in Pensylvanien paru dans le Hoch=Deutschen Americanischen Calender en 1747, et la contribution Der Zustand der Deutschen in Pennsylvanien im Jahr 1825. Wenn sie wollen publiée également dans le Hoch=Deutschen Americanischen Calender, mais en 1876, ou le texte Ein Ernstlicher Ruf an die Deutschen in Pennsylvanien59, le rôle des migrants se conçoit de manière détaillée dans la perspective de l’identité et de l’altérité ethnoculturelles. La compréhension que l’on a de soi et la « définition of the ethnicity » sont « essentially cultural »60, mais elles ne doivent pas être considérées comme le signe d’une « extension de l’espace allemand »61, comme l’a suggéré Karl Kurt Klein en 1939, qui a simplifié de manière idéologique et n’a pas considéré les problèmes qui se posaient. L’émigration hors des territoires allemands n’est pas motivée par la volonté de puissance de l’Empire ou par des mesures de peuplement à l’initiative des régions d’origine, mais elle est à comprendre comme « une protestation contre l’attitude politique de la patrie, c’est-à-dire [comme] une sorte de vote avec les pieds »62.
- 63 Georg Bollenbeck, Bildung und Kultur. Glanz und Elend eines deutschen Deutungsmusters. Frankfurt am (...)
30Alors qu’au XVIIIe siècle, les instructions morales et religieuses occupent encore le devant de la scène dans les calendriers germano-américains, au siècle suivant, l’intérêt des lecteurs se déplace de plus en plus vers les genres du divertissement ou vers les canons consacrés de la littérature. Au vu de l’acceptation démonstrative de l’idéal républicain présentée à la même époque, la question ne se pose pas de savoir si cette préférence pour une littérature et une culture idéalistes, n’a pas pour résultat manifeste l’amalgame fatal de la Bildung et d’une modernisation réactionnaire, et ne reflète pas une « véritable conscience allemande de mener un chemin à part »63. La préférence donnée à un concept de Bildung universel et non à un programme de formation simplement utilitariste, génère, aux États-Unis, dans un contexte politique et social très différent, des conséquences politiques et culturelles durables :
- 64 Kathleen Neils Conzen : (note 58), p. 33. Les Germano-Américains défendaient constamment leur diffé (...)
German Americans constantly defended their difference by arguing that they wished to preserve certain values in order to make them part of a new and truly American culture, and they succeeded only too well. By the early 20th century, American schools and universities were purveying a higher culture little different from that of their German counterparts.64
- 65 Georg Bollenbeck : (note 63), p. 162.
31À propos du concept de Bildung : certes des différences ethnoculturelles, voire des « spécificités nationales », sont définies la perspective duale de la perception de soi-même et d’autrui ; la « fonction politique-déficitaire »65, aisément constatée par les théoriciens de la Bildung, ne se révèle cependant être en aucune manière la conséquence obligée d’une tradition de la culture et de la Bildung, que l’on qualifie de typiquement allemande.
Notes
1 Cf. Populäre Kalender im vorindustriellen Europa: Der Hinkende Bote / Messager boiteux. Kulturwissenschaftliche Analysen und bibliographisches Repertorium. Ein Handbuch. Susanne Greilich / York-Gothart Mix (éds). Berlin/ New York 2006, p. 390-410, 355-365, 432-457.
2 J. Winfield Fretz : « The Pennsylvania German Dialect in Southern Ontario, Canada ». In : Diachronic Studies on the Languages of the Anabaptists. Kate Burridge/ Werner Ennninger (éds.). Bochum 1992, p. 61.
3 Eric Hobsbawm : « Das Erfinden von Traditionen ». In : Kultur & Geschichte. Neue Einblicke in eine alte Beziehung. Christoph Conrad / Martina Kessel (éds.). Stuttgart 1998, p. 115.
4 J. Winfield Fretz : (note 2), p. 57. Le dialecte et la culture qui s’est développée tout autour sont institutionnalisés, cultivés et sauvegardés dans des communautés religieuses, des écoles privées et publiques, des collèges et universités. Il s’exprime dans l’art, la poésie, la littérature et l’histoire. Des hommes et des femmes dans des situations élevées en gouvernement, industrie et enseignement supérieur ont célébré la culture Pennsylvanie-allemande et ils ont essayé de conserver et perpétuer le dialecte – mais en vain.
5 Cf. Mittheilungen aus Nordamerika, die höhern Lehranstalten und die Englisirung der dortigen Deutschen betreffend. Ed. par [Ernst] Braun. Braunschweig 1829, p. 380.
6 Ibid., première de couverture.
7 Hector St. John de Crèvecœur : « Briefe eines amerikanischen Farmers ». In : Was ist ein Amerikaner? Zeugnisse aus dem Zeitalter der amerikanischen Revolution. Ed. par Heinz Förster. Leipzig 1987, p. 27.
8 Cf. Inga Wiedemann : Der Hinkende Bote und seine Vettern. Familien-, Haus- und Volkskalender von 1757 bis 1929, Katalog der Kalendersammlung des Museums für Deutsche Volkskunde, Berlin 1984, p. 51 sq.
9 Juliane Mikoletzky : Die deutsche Amerika-Auswanderung des 19. Jahrhunderts in der zeitgenössischen fiktionalen Literatur. Tübingen 1988, p. 253.
10 Cf. Hartmut Esser : Aspekte der Wanderungssoziologie. Assimilation und Integration von Wanderern, ethnischen Gruppen und Minderheiten. Eine handlungstheoretische Analyse. Darmstadt / Neuwied 1980, p. 20 sq.
11 Karen M. Johnson-Weiner : « Group Identity and Language Maintenance: the Survival of Pennsylvania German in Old Order Communities ». In : Diachronic Studies on the Languages of the Anabaptists. Kate Burridge/ Werner Enninger (éds.). Bochum 1992, p. 29.
12 Ibid., p. 28.
13 Juliane Mikoletzky : (note 9), p. 272.
14 « Germanton ». In : Der Hoch=Deutsch Pensylvanische Geschicht = Schreiber, oder Sammlung Wichtiger Nachrichten, aus dem Natur = und Kirchen =Reich 1 (1739). Non paginé.
15 Juliane Mikoletzky : (note 9), p. 277.
16 Kathleen Neils Conzen : « Patterns of German-American History ». In : Germans in America. Retrospect and Prospect. Tricentennial Lectures. Delivered at the German Society of Pennsyvania in 1983. Éd. par Randall M. Miller. Philadelphia 1984, p. 27.
17 Juilane Mikoletzky : (note 9), p. 300.
18 Friedrich Gerstäcker : In Amerika. Amerikanisches Lebensbild aus neuerer Zeit. Im Anschluß an ‘Nach Amerika’, vol. I. Jena 1872, p. 233.
19 Lester W. J. Seifert : A Word Atlas of Pennsylvania German. Madison 2001, p. 97, (Discussion). Germantown est certes à considérer comme point de départ de la culture Pennsylvanie-allemande mais elle n’appartenait jamais au territoire du dialecte Pennsylvanie-allemand. Probablement c’était le bas-allemand au lieu de l’allemand du Sud qui y était parlé.
20 Georg Bollenbeck: Bildung und Kultur. Glanz und Elend eines deutschen Deutungsmusters. Frankfurt am Main / Leipzig 1994, p. 160.
21 Karl-Ernst Jeismann : « Zur Bedeutung der ‚Bildung‘ im 19. Jahrhundert ». In : Handbuch der deutschen Bildungsgeschichte, vol. III: 1800-1870. Von der Neuordnung Deutschlands bis zur Gründung des Deutschen Reiches. Karl-Ernst Jeismann / Peter Lundgreen (éds.). München 1987, p. 4.
22 Hoffmann von Fallersleben : 1974, p. 302 ; cf. également : Alexander Ritter : « Grenzübertritt und Schattentausch. Der österreichische Priester Carl Postl und seine vage staatsbürgerliche Identität als amerikanischer Autor Charles Sealsfield. Eine Dokumentation ». In : Freiburger Universitätsblätter 143 (1999), p. 39 sq.
23 Cf. York-Gothart Mix : Die Schulen der Nation. Bildungskritik in der Literatur der frühen Moderne. Stuttgart / Weimar 1995, p. 26 sqq., 185 sqq.
24 Kathleen Neils Conzen : (note 16), p. 27 sqq.
25 Cf. Reinhard R. Doerris : « Immigrant Culture and Religion. Church and Faith Among German Americans ». In : Miller, 1984, p. 81 sqq. ; Don Yoder, « The Palatine Connection. The Pennsylvania German Culture and Its European Roots ». In : Miller, 1984, p. 94 sqq. ; Pennsylvania German Fraktur and Printed Broadsides. A Guide to the Collections in the Library of Congress, textes recueillis par Paul Conner et Jill Robert. Washington 1988.
26 Theodor W. Adorno : « Auf die Frage : Was ist deutsch ». In : Theodor W. Adorno, Gesammelte Schriften. Vol. 10, 2e éd. par Rolf Tiedemann. Frankfurt am Main 1977, p. 695 et 697.
27 Cf. Good Bye Bayern, Grüß Gott America. Auswanderung aus Bayern nach Amerika seit 1683, Margot Hamm / Michael Henker / Evamaria Brockhoff (éds.). Augsburg 2004, p. 219 sqq.
28 James M. Bergquist : « Germans and the City ». In : Miller, 1984, p. 53. L’obstination socioculturelle des immigrants allemands a, selon James M. Bergquist, contribué de manière décisive à imposer l’idéal d’une société ouverte, s’appuyant sur la diversité : Au large du terme c’étaient les Allemands qui enseignaient à l’Amérique urbaine à vivre dans une société multiculturelle en premier.
29 Curtis C. Bentzel : « Calligraphy and Linguistics: A Different Look at the F&M Fraktur ». In : Fraktur. A Selective Guide to the Franklin and Marshall Fraktur Collection. Lancaster 1987, p. 13. De telle décoration colorée séculière des textes manuscrits était presque inconnue en Europe ; en premier elle est pratiquée fréquemment par des Allemands qui ont immigré en Amérique.
30 Reimer Eck: « Der deutschsprachige Buchdruck in den amerikanischen Kolonien bis zum Erscheinen der Unabhängigkeitserklärung ». In : Deutsches Historisches Museum 4, 10 (1994), p. 11.
31 Cf. Der Hoch = Deutsch Americanische Calender Auf das JAHR Nach der Gnaden = reichen Geburth unsers HERRN und Heylandes Jesu Christi 1739, imprimé à Germantown et distribué par Christoph Sauer ou Johann Wister à Philadelphie. Non paginé.
32 Reimer Eck (note 30), p. 11.
33 Cf. York-Gothart Mix : « Lektüre für Gebildete und Ungebildete. Die deutsche Almanach- und Taschenbuchliteratur zwischen Aufklärung und Romantik ». In : Colportage et lecture populaire. Imprimés de large circulation en Europe XVIe-XIXe siècles. Roger Chartier / Hans-Jürgen Lüsebrink (éds.). Paris 1996, p. 247.
34 Reimer Eck (note 30), p. 14.
35 Der Cincinnatier hinkende Bote. Ein Kalender für die Vereinigten Staaten von Nordamerika, auf das Jahr unsers Herrn 1865, welches ein gemeines Jahr von 365 Tagen ist, édition de frère Benzinger, Cincinnati, à l’Institut catholique, New-York, No. 9 Dey Str., page de titre.
36 Reinhart Koselleck, Horst Günther : « Geschichte ». In : Geschichtliche Grundbegriffe. Historisches Lexikon zur politisch-sozialen Sprache in Deutschland, Otto Brunner, Werner Conze et Reinhart Koselleck (éds), vol. II, Stuttgart, 3e éd., 1992, p. 640 ; cf. également Sabine A. Döring: « Vom ‚nation-building‘ zum Identifikationsfeld. Zur Integrationsfunktion nationaler Mythen in der Literatur ». In : Kulturelle Grenzziehungen im Spiegel der Literaturen. Nationalismus, Regionalismus, Fundamentalismus. Horst Turk / Brigitte Schultze / Roberto Simanowski (éds). Göttingen 1998, p. 75 sq.
37 Cf. Wilhelm Haefs, York-Gothart Mix : « Der Musenhort in der Provinz. Literarische Almanache in den Kronländern der österreichischen Monarchie im ausgehenden 18. und beginnenden 19. Jahrhundert ». In : Archiv für Geschichte des Buchwesens (AGB) 27 (1986), p. 184.
38 Cf. Hans-Jürgen Lüsebrink, York-Gothart Mix : « Kulturtransfer und Autonomisierung. Populäre deutschamerikanische und frankokanadische Kalender des 18. und 19. Jahrhunderts. Prämissen und Perspektiven der Forschung ». In : Gutenberg-Jahrbuch 77 (2002), p. 192.
39 Ibid., p. 192.
40 Susanne Greilich : Französischsprachige Volksalmanache des 18. und 19. Jahrhunderts. Strukturen, Wandlungen, intertextuelle Bezüge. Heidelberg 2004, p. 115.
41 Ibid., p. 55.
42 Cf. Der Hoch = Deutsch Americanische Calender Auf das JAHR Nach der Gnaden = reichen Geburth unsers HERRN und Heylandes Jesu Christi 1739. Non paginé.
43 Cf. Americanischer Stadt und Land Calender Auf das 1787ste Jahr Christi, Welches ein Gemeines = Jahr ist von 365 Tagen, Philadelphie. imprimé et distribué par Carl Cist, dans la Zweyten = strasse, près de la Rees=strasse.
44 Thomas Schmidt : Kalender und Gedächtnis. Erinnern im Rhythmus der Zeit. Göttingen 2000.
45 Cf. Der Neue Readinger Calender. 1828, Reading, imprimé par Johann Ritter und Comp. Non paginé. – Der Neue Hoch Deutsche Americanische Calender, Auf das Jahr Christi 1798, Welches ein Gemein Jahr von 365 Tagen ist, Baltimore, imprimé et distribué par Samuel Saur. Non paginé. – Der gemeinnützige Americanische Calender Auf das Jahr Christi 1803, Reading, imprimé et distribué par Schneider et Ritter. Non paginé.
46 Americanischer Stadt und Land Calender Auf das 1787ste Jahr Christi. Non paginé.
47 Cf. York-Gothart Mix : « Nationale Selbst- und Fremdbilder in der Mode- und Alamodekritik des ‚Hinkenden Boten‘ und anderer populärer Kalender des 18. Jahrhunderts ». In : IASL 26, 2 (2001), p. 56-71; Dieter Langewiesche, « Kulturelle Nationsbildung im Deutschland des 19. Jahrhunderts ». In : Nation und Gesellschaft in Deutschland. Historische Essays. Manfred Hettling/ Paul Nolte (éds.). München 1996, p. 58; Hans-Martin Blitz: Aus Liebe zum Vaterland. Die deutsche Nation im 18. Jahrhundert. Hamburg 2000, p. 361 sq.
48 Thomas Schmidt : (note 44), p. 35.
49 Stanley Nadel : « Leben in der neuen Heimat ». In : Hamm, Henker et Brockhoff, 2004, p. 68.
50 Ibid., p. 68.
51 Benjamin Franklin : Oberservations Concerning the Increase of Mankind (1755). Cité d’après : Nadel, 2004, p. 69.
52 Werner Enninger, Michèle Wolff : Interaktiv initiierte Dynamik im Sprachrepertoire der Täufer. Bochum 1994, p. 108.
53 Ibid., p. 108.
54 Ibid., p. 117.
55 Ibid., p. 104 et 111.
56 Cf. Der Hoch = Deutsch Americanische Calender Auf das JAHR Nach der Gnaden = reichen Geburth unsers HERRN und Heylandes Jesu Christi 1739. Non paginé; Der Hoch = Deutsch Americanische Calender, Auf das Jahr Nach der Gnadenreichen Geburt unsers HErrn und Heylandes JEsu Christi 1748, Germantown, imprimé et distribué par Christoph Saur. Non paginé; Americanischer Stadt und Land Calender Auf das 1830ste Jahr Christi, Welches ein Gemeines Jahr ist von 365 Tagen, Philadelphie, imprimé et distribué par Conrad Zentler, dans la Zweyten Straße, sous la Rehs = Straße. Non paginé; Der Americanische Stadt = und Land = Calender auf das Jahr 1852, Philadelphie, édité par Ch. G. Sauer. Non paginé;Americanischer Stadt und Land Calender Auf das 1840ste Jahr Christi, Welches ein Schalt = Jahr ist von 365 Tagen, Philadelphie, imprimé et distribibué par Conrad Zentler, dans la Zweyten Straße, sous la Rehs = Straße. Non paginé.
57 Americanischer Stadt und Land Calender Auf das 1787ste Jahr Christi. Non paginé ; cf. Der Hoch = Deutsch = Americanische Calender, Auf das Jahr Nach der Gnadenreichen Geburt unsers HErrn und Heylandes JEsu Christi 1773, Germantown, imprimé et distribué par Christoph Saur.
58 Kathleen Neils Conzen (note 16), p. 27. La plupart des Allemands ont apporté avec eux beaucoup plus de leur façon traditionnelle de se distraire au sein de l’époque industrielle et en Amérique, avec le désir de continuer à profiter, en toute convivialité, d’un verre de bière ou de vin en se retrouvant avec ou sans leurs femmes pour chanter, danser et boire pendant leur journée de libre, le dimanche s’ils le choisissaient. Ces conflits d’habitus devinrent évidents dans les années 1840 quand les germano-Américains se sont associés pour défendre leur liberté personnelle. En même temps ils ont ajouté Geselligkeit et Gemütlichkeit à la liste des différences culturelles par lesquelles ils se démarquaient des Américains et définissaient leur Deutschtum, le fondement des valeurs et coutumes qui constituaient leur identité ethnique en Amérique.
59 Cf. Der Hoch = Deutsch Americanische Calender, Auf das Jahr Nach der Gnadenreichen Geburt unsers HErrn und Heylandes JEsu Christi 1747, Germantown, imprimé et distribué par Christoph Saur. Distribué aussi pour les épiciers de l’extérieur par David Täschler à Philadelphie. Non paginé; Der Hoch=Deutsche Americanische Calender, Auf das Jahr 1786, Germantaun, imprimé et distribué par Leibert und Billmeyer. Disponible également pour les épiciers de l’extérieur à Philadelphie par Mr. Reinhold et Andreas Geyer ; à Lancäster, par Mr. Lauman ; à Yorcktaun par Mr. Billmeyer ; à Hanover Städtlein par Mr. David Neuman ; à Kutztaun par Mr. Jakob Herman ; à Reading par M. Hahn ; à Baltimore par M. Stark ; à Neu Germanton par Mr. Henrich Müller ; et d’autres encore. Non paginé; Ein Ernstlicher Ruf an die Deutschen in Pennsylvanien. Von einem ihrer Landsleute, Dem die Ehre des Deutschen Namens theuer und werth ist, Lancaster, imprimé par Johann Albrecht und Comp. dans la Prinz-Strasse. p. 2 et 14.
60 Kathleen Neils Conzen (note 16), p. 29.
61 Karl Kurt Klein, Literaturgeschichte des Deutschtums im Ausland. Schrifttum und Geistesleben der deutschen Volksgruppen im Ausland vom Mittelalter bis zur Gegenwart. Leipzig 1939, p. 91.
62 Biedermeiers Glück und Ende… die gestörte Idylle 1815-1848. Ed. par Hans Ottomeyer. München 1988, p. 551.
63 Georg Bollenbeck, Bildung und Kultur. Glanz und Elend eines deutschen Deutungsmusters. Frankfurt am Main / Leipzig 1994, p. 162.
64 Kathleen Neils Conzen : (note 58), p. 33. Les Germano-Américains défendaient constamment leur différence en argumentant qu’ils désiraient conserver certaines valeurs pour les intégrer dans une nouvelle culture véritablement américaine. Ils ont réussi de toute évidence. Au début du XXe siècle, des écoles et universités américaines offraient un niveau d’éducation plus élevée qui ne différait guère de celle de leurs équivalents allemands.
65 Georg Bollenbeck : (note 63), p. 162.
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York-Gothart Mix, « La référence socioculturelle régionale dans les calendriers populaires germano-américains des XVIIIe et XIXe siècles », Recherches germaniques, 41 | 2011, 39-57.
Référence électronique
York-Gothart Mix, « La référence socioculturelle régionale dans les calendriers populaires germano-américains des XVIIIe et XIXe siècles », Recherches germaniques [En ligne], 41 | 2011, mis en ligne le 05 février 2019, consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rg/538 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rg.538
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