Avant-propos
Texte intégral
La tenue du colloque international d’Ispahan a été rendue possible grâce au soutien de plusieurs institutions : tout d’abord l’Université d’Ispahan, qui a généreusement accueilli les participants dans l’une des villes mythiques de l’Iran. Nous remercions tout particulièrement Monsieur Hooshang Talebi, président de l’Université d’Ispahan, Monsieur Seyed Komail Tayebi, directeur des Relations internationales, Monsieur Ali Bassiri et Madame Mojgan Madhavi-Zadeh, enseignants responsables du colloque, ainsi que les collaborateurs du Bureau des Relations internationales et tous les collègues et étudiants, pour la légendaire hospitalité persane à laquelle nous avons pu goûter durant le séjour à Ispahan en mai 2016.
La Maison interuniversitaire des Sciences de l’Homme-Alsace et les unités de recherche « Études germaniques » (EA 1341) et « Groupe d’études orientales » (EA 1340) de l’Université de Strasbourg, ainsi que l’Albert-Ludwigs-Universität Freiburg im Breisgau, ont pris en charge les déplacements d’intervenants. Notre gratitude va également à l’Ambassade de France à Téhéran, pour son généreux soutien.
Aurélie Choné et Catherine Repussard ont accepté d’accueillir ces contributions dans un numéro hors-série des Recherches germaniques, revue particulièrement ouverte aux questionnements interculturels. Mesdames Nepthys Zwer et Ersie Leria ont, comme toujours, apporté leur concours minutieux et efficace au travail éditorial. Merci à Maryse Staiber d’avoir assuré la relecture des résumés en langue anglaise.
Les auteurs des contributions expriment leur gratitude particulière à Monsieur Hossein Beikbaghban, professeur honoraire d’études persanes à l’Université de Strasbourg, pour son accompagnement précieux dans leurs contacts avec le monde académique iranien, dont il est l’un des meilleurs connaisseurs, et dans la découverte de la magnifique culture persane. Ce volume lui est dédié en témoignage d’amitié et de reconnaissance pour son œuvre de médiateur de culture.
- 1 Ces recherches ont donné lieu aux publications suivantes : Christine Maillard (dir.) : Passeurs d’i (...)
1Depuis le début des années 2000, l’unité de recherche Études germaniques (EA 1341) de l’Université de Strasbourg a consacré une partie de ses travaux aux relations interculturelles entre les mondes germaniques et l’espace extra-européen. Les « Orients » ont eu une place centrale dans ces réflexions, les aires culturelles extra-européennes privilégiées ayant été l’Inde et le Japon1. Récits de voyage, transferts d’idées et de savoirs, réception des religions et spiritualités, poétisations de l’Orient : tels étaient les principaux angles sous lesquels étaient abordées ces relations de réception, d’intégration et de transformation à l’œuvre dans ces contacts interculturels.
- 2 Marc Crépon : Altérités de l’Europe. Paris 2006.
- 3 Voir Christine Maillard / Hamid Tafazoli (éd.) : Persien im Spiegel Deutschlands. Konstruktionsvari (...)
2À partir de 2013, une inflexion nouvelle a été donnée aux travaux, avec la prise en compte du monde persan parmi ces « altérités de l’Europe »2, ce domaine étant devenu un nouveau point fort des recherches collectives, avec la tenue, dès juin 2014, du colloque « Les relations interculturelles entre les pays germaniques et le monde persan de la fin du xviiie siècle au xxe siècle /Der interkulturelle Diskurs des deutschsprachigen Raumes und Persiens vom 18. bis in das 20. Jahrhundert » (sous la responsabilité scientifique de Christine Maillard et Hamid Tafazoli)3.
3Les contributions rassemblées dans le présent numéro hors-série des Recherches germaniques ont été présentées lors du colloque international organisé à l’Université d’Ispahan (Iran) du 7 au 9 mai 2016 sur la thématique de la « Circulation des savoirs entre la France, l’espace germanophone et le monde iranien, du xviiie au xxe siècle ». Ce colloque constituait la première action commune d’un partenariat trilatéral, engageant les Universités d’Ispahan, de Strasbourg et de Fribourg-en-Brisgau, partenariat suscité à l’initiative de la Maison interuniversitaire des Sciences de l’Homme-Alsace (MISHA, USR 3227).
- 4 Une publication complète est envisagée en relation avec l’Université d’Ispahan.
4Associant des auteurs germanistes et orientalistes, ces études présentent quelques-uns des premiers résultats des recherches conduites dans le cadre de ce programme, avec un corpus relevant principalement de l’aire culturelle germanique conformément à la vocation de la revue Recherches germaniques. D’autres publications suivront, en vue de donner un aperçu global des recherches interdisciplinaires conduites lors du colloque d’Ispahan, qui avait une dimension expérimentale forte4.
- 5 Sabine Mangold : Eine „Weltbürgerliche Wissenschaft“. Die deutsche Orientalistik im 19. Jahrhundert(...)
5La période chronologique traitée dans le présent volume concerne les décennies entre 1800 et 1945, périodes où ces contacts culturels entre l’Europe et le monde persan se sont constitués et consolidés – avec une échappée ponctuelle vers les xvie et xviie siècles (article d’Aya Sakkal). Ces périodes successives correspondent en Allemagne, tout comme en France, à la naissance de l’orientalisme savant puis à son institutionnalisation croissante durant tout le xixe siècle5, mais également, pour ce qui est des contextes, à des bouleversements politiques successifs, qui, de la lutte contre l’occupation napoléonienne jusqu’à la constitution du Reich et aux conflits mondiaux de la première moitié du xxe siècle, impriment leur marque à la perception de l’altérité culturelle et contribuent à la formation des images et des perceptions des « Orients ».
6Les contributions s’organisent autour de trois volets principaux :
7Deux d’entre elles (C. Maillard et J. Strauss) sont consacrées aux approches savantes du monde persan, s’attachant à des figures d’orientalistes, qui ont en commun d’être marginaux par rapport aux institutions. Le cas de Joseph Görres (1776-1848) vise à montrer comment un érudit polygraphe, qui n’était pas orientaliste de profession, a pu, au début du xixe siècle, produire une traduction, saluée et reconnue, de l’une des œuvres phares de la littérature de langue persane, le Livre des Rois (Shâhnâmeh) de Ferdowsi. Celui de Paul Horn (1863‑1908) introduit le lecteur dans le champ des études orientales strasbourgeoises à la fin du xixe siècle, en tirant de l’oubli par un travail d’archives mené à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, un spécialiste resté en marge des grandes figures contemporaines, telles Theodor Nöldeke, mais dont l’apport à la discipline fut néanmoins considérable.
- 6 Sur le récit de voyage en Iran aux xixe et xxe siècles, voir le projet de thèse de Dominique Lévy-J (...)
8Le regard du voyageur ne saurait être absent d’une investigation sur l’altérité culturelle et sa perception ; sont consacrées à ce genre deux autres contributions (R. Bartholomä et A. Choné), la première traitant d’un « classique » du récit de voyage en Perse, celui du Hongrois Arminius Vámbéry (1832-1913), qui publia en 1867 Meine Wanderungen und Erlebnisse in Persien ; la seconde présente un voyageur quasi inconnu, l’aventurier et écrivain Kurt Faber (1883-1944), dont le passage en terre perse marqua le périple relaté dans Mit dem Rucksack nach Indien (1927). Ces récits de voyage, comme d’autres, antérieurs ou postérieurs6, sont passeurs d’informations sur les contrées visitées et leurs cultures, mais font également émerger une « géographie imaginaire » de la Perse, qui, selon les époques et les enjeux du voyage, peut se trouver en consonance avec une quête spirituelle ou une critique du monde occidental.
9Une dernière série de contributions est consacrée au monde persan comme objet d’une quête de savoirs scientifiques. La géographie, qu’elle soit « appliquée » et au service d’une stratégie politique – comme le montre le cas de Hugo Grothe (1869-1954), traité par Ph. Alexandre – ou « imaginaire », visant à construire des représentations collectives et à consolider l’identité en la confrontant à l’altérité – ainsi les écrits d’Ewald Banse (1883-1953), qu’analyse C. Repussard – est très sollicitée pour les recherches sur ce pays, étonnant autant par ses strates de civilisation que par ses curiosités et richesses naturelles uniques. La contribution de D. Lévy-Jahanbakht, consacrée à quelques-uns des principaux explorateurs des territoires iraniens de la première moitié du xxe siècle, démontre sur la base de quelques exemples significatifs, tels Alfons Gabriel (1894-1975) ou Gustav Stratil-Sauer (1904-1975), qui voyagèrent en Iran accompagnés de leurs épouses, que le pays était devenu un terrain d’investigation pour la science allemande et autrichienne, dans le domaine des sciences de la Terre notamment. Le regard du scientifique n’en est pas moins également regard humain, et ces documents témoignent aussi de la perception sociétale, religieuse et de celle de la condition féminine de ces voyageurs et voyageuses.
10En prélude à ces trois volets, nous présentons l’enquête d’Aya Sakkal, orientaliste et spécialiste des relations entre texte et image, sur les transferts de représentations esthétiques entre l’Europe et le monde persan dans l’art du portrait du début du xvie siècle au milieu du xviiie.
- 7 Voir Romain Bertrand : L’Histoire à partes égales. Récits d’une rencontre Orient-Occident (xvie-xvi (...)
11Conçus comme autant de portes d’entrée pour le vaste champ des relations entre les mondes germaniques et le monde persan, les travaux ici réunis visent tous à dépasser la simple perspective imagologique pour questionner cette « circulation des savoirs », qui résulte du contact interculturel. Ce volume est conçu en prélude à des travaux futurs qui tenteront de prendre en compte les « regards croisés » en vue d’écrire – si tant est qu’elle soit possible – une « histoire à parts égales »7 de cette rencontre entre mondes germaniques et monde persan.
Notes
1 Ces recherches ont donné lieu aux publications suivantes : Christine Maillard (dir.) : Passeurs d’idées religieuses entre l’Inde et l’Europe. Strasbourg 2009. Christine Maillard /Sakae Murakami-Giroux (dir.) : Devenir l’Autre. Expérience et récit du changement de culture entre le Japon et l’Occident. Arles 2011. Christine Maillard et Rekha Rajan (dir.) : Les intellectuels européens et l’Inde au xxe siècle / Indienerfahrung und Indiendiskurs europäischer Intellektueller im 20. Jahrhundert. Strasbourg 2014. Parallèlement, Philippe Alexandre a conduit des recherches sur l’Orient et l’Europe à l’Université de Lorraine (site de Nancy) : Philippe Alexandre / Sylvie Grimm (éd.) : L’Orient dans la culture allemande aux xviiie et xixe siècles. Nancy 2007 ; Philippe Alexandre (éd.) : Orients et orientalismes dans la culture des pays de langue allemande au xxE siècle. Nancy 2016.
2 Marc Crépon : Altérités de l’Europe. Paris 2006.
3 Voir Christine Maillard / Hamid Tafazoli (éd.) : Persien im Spiegel Deutschlands. Konstruktionsvarianten von Persienbildern in der deutschsprachigen Literatur vom 18. bis in das 20. Jahrhundert (à paraître Strasbourg 2017). Voir également l’ouvrage de Hamid Tafazoli : Der deutsche Persien-Diskurs. Von der frühen Neuzeit bis in das neunzehnte Jahrhundert. Bielefeld 2007 ; Ali M. Ansari (éd.) : Perceptions of Iran. History, Myths and Nationalism from Mediaval Persia to the Islamic Republic. New York 2014.
4 Une publication complète est envisagée en relation avec l’Université d’Ispahan.
5 Sabine Mangold : Eine „Weltbürgerliche Wissenschaft“. Die deutsche Orientalistik im 19. Jahrhundert. Stuttgart 2004 ; Ursula Wokoeck : German Orientalism. The Study of the Middle East and Islam from 1800 to 1945. London / New York 2009.
6 Sur le récit de voyage en Iran aux xixe et xxe siècles, voir le projet de thèse de Dominique Lévy-Jahanbakht : Cent ans de récits de voyage en Iran. Quête de savoirs et discours interculturels de voyageurs germanophones (thèse inscrite à l’Université de Strasbourg).
7 Voir Romain Bertrand : L’Histoire à partes égales. Récits d’une rencontre Orient-Occident (xvie-xviie siècles). Paris 2011.
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Référence papier
Christine Maillard, « Avant-propos », Recherches germaniques, HS 12 | 2017, 5-8.
Référence électronique
Christine Maillard, « Avant-propos », Recherches germaniques [En ligne], HS 12 | 2017, mis en ligne le 05 février 2019, consulté le 14 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rg/825 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rg.825
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