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L’image de la France dans Freie Gedanken zur Verbesserung der menschlichen Gesellschaft (1752) de Johann Michael von Loen

Dans l’esprit des libelles anti-français ?
Das Frankreichbild in J.M. von Loens Freie Gedanken zur Verbesserung der menschlichen Gesellschaft (1752). Im Geist der gallophoben Pamphlete?
The Image of France in J.M. von Loen’s Freie Gedanken zur Verbesserung der menschlichen Gesellschaft (1752). In the Spirit of Anti-French Libels?
Catherine Julliard
p. 7-24

Résumés

L’étude s’intéresse à l’image de la France qui se dégage des différents essais de J. M. von Loen (1694-1776), parus dans Freie Gedanken zur Verbesserung der menschlichen Gesellschaft (1752), textes jusqu’ici peu abordés par la critique, et tente d’évaluer la part de gallophobie qui les caractérise, dans l’esprit des libelles anti-français du xviie siècle. Un premier volet de l’étude s’attache au portrait psychologique des Français, qui oscille entre nuances et stéréotypes. Le second volet est consacré à la dénonciation de l’hégémonie française qui revêt différentes formes. La dernière partie montre comment Loen plaide pour une modification de l’équilibre des puissances européennes, menacé par la France.

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Texte intégral

  • 1 Johann Michael von Loen : Der französische Hof, nebst dem Caracter der Franzosen (1719). In : Ges (...)
  • 2 Loen : Das Bild eines weisen Mannes und eines Christen am Hofe, in dem Leben des Erzbischofs Fene (...)
  • 3 Loen : Der redliche Mann am Hofe. Faksimiledruck nach der Ausgabe von 1742, Deutsche Neudrucke, S (...)
  • 4 Heinrich Haeckel : « J.M. von Loen und die deutsche Aufklärung ». In : Zeitschrift für Religions- (...)
  • 5 Hans Reiss : « Goethes Großonkel und die Politik. Die politischen Anschauungen J.M. von Loens (16 (...)
  • 6 Loen : Erörterung der Frage : Ob die Teutschen wohl thun, daβ sie den Franzosen nachahmen. In : G (...)
  • 7 Siegfried Sieber : J.M. von Loen. Goethes Großoheim (1694-1776). Sein Leben, sein Wirken und eine (...)
  • 8 Des Herrn von Loen Freie Gedanken zur Verbesserung der menschlichen Gesellschaft. Éd. par Johann (...)

1L’écrivain et juriste de Francfort, grand-oncle de Goethe et voyageur infatigable, Johann Michael von Loen (1694-1776), séjourna dans diverses cours européennes (Berlin, Dresde, Vienne, Paris) dont il observa les mœurs avec acuité. Il visita Paris en 1718, à l’époque de la Régence, qu’il blâma dans une lettre impitoyable, Der französische Hof, nebst dem Caracter der Franzosen (1719), comparant la cour du Régent à une « bourse du commerce »1. Imprégné de culture française (par sa mère Marie Passavant), contemporain de Montesquieu et admirateur de Fénelon, dont il rédigea la biographie et traduisit les écrits religieux2, il est surtout resté célèbre pour son roman de cour, Der redliche Mann am Hofe (1740), considéré comme le premier grand roman des Lumières allemandes3, et pour ses audacieuses préoccupations œcuméniques, exposées dans Die einzige wahre Religion (1750). Parfois comparé à Addison ou à Lessing4, admiré pour son style5, il a laissé des écrits en français et en allemand, et ses Kleine Schriften (1749-1752) contiennent, entre autres, des réflexions acides, écrites en 1744, sur l’opportunité de l’imitation française (Erörterung der Frage : Ob die Teutschen wohl thun, daβ sie den Franzosen nachahmen)6. Fort prisé en son temps, mais oublié à la fin du xviiie siècle, il a été redécouvert vers le milieu du xixe siècle et continue de susciter l’intérêt ; toutefois, il n’existe pas sur lui de monographie récente (depuis l’étude de Siegfried Sieber)7 et ses Freie Gedanken zur Verbesserung der menschlichen Gesellschaft, dont la première édition date de 1746-1747, et qui sont composées de vingt-cinq essais, n’ont guère été étudiées8. Or, l’image de la France qui s’en dégage ne manque pas d’intérêt et révèle un sens des nuances qui ne caractérise pas toujours les autres textes cités précédemment.

  • 9 Des Herrn von Loen Freie Gedanken, Vorbericht, p. 2 : « […] wegen seines großen Geistes, gründlic (...)
  • 10 Ibid. : « […] pragmatisch geschriebene Geschichte und sittliche Betrachtungen über wichtige Stück (...)
  • 11 Gonthier-Louis Fink : Die französische Monarchie und das Heilige Römische Reich Deutscher Nation. (...)
  • 12 Cf. l’Avant-propos de Gonthier-Louis Fink et l’article de Jean-Marie Valentin : « Antagonismes co (...)
  • 13 René Pomeau : L’Europe des Lumières. Cosmopolitisme et unité européenne au xviiie siècle. Paris 1 (...)
  • 14 Jean Schillinger : Les pamphlétaires allemands et la France de Louis XIV. Berne 1999 ; Jean Schil (...)
  • 15 Wrede : Das Reich, p. 499 : « Bewußt wurde daher an die Flugschriftenkampagnen gegen Ludwig XIV. (...)

2Loué par son éditeur qui avoue apprécier son esprit et sa culture9, Loen rédige ces textes en novembre 1745. Dans le Vorbericht, l’éditeur souligne que le propos de Loen vise à un amendement de la société humaine10. Les textes s’inscrivent dans un contexte de gallophobie qui se développe en Allemagne à partir de la fin du xviie siècle, en réaction à l’hégémonie culturelle et politique exercée par le pays voisin11. Les traces laissées par la paix de Westphalie, la politique française agressive à l’égard de l’Empire, nourrissent un ressentiment anti-français. Le phénomène de l’imitation française ou francomanie, qui existe aussi, s’accompagne d’un mouvement d’émergence du sentiment national du côté allemand12. À l’heure de l’Europe française13, se développe la quête d’une identité culturelle germanique. Admirateur de Frédéric II, souverain gallophile, auquel il dédia Die einzige wahre Religion, Loen se mit à son service à partir de 1752 en tant que Regierungspräsident dans les comtés de Lingen et Tecklenburg. Or, il est indéniable que certains aspects des essais de Loen ne sont pas inspirés par cette gallophilie et semblent davantage renouer avec la tradition des pamphlets anti-français en vogue à l’époque de Louis XIV. Au xviie siècle, ces écrits brefs et anonymes, qui étaient aussi des instruments de propagande au service de l’empereur du Saint-Empire, ciblaient avec la plus grande vigueur le bellicisme et la soif de domination du roi de France14. Par ailleurs, les textes s’enracinent aussi dans le contexte de la guerre de la Succession d’Autriche (1740-1748) qui oppose les pays européens après la mort de l’empereur Charles VI. La France, qui soutient les prétentions de Charles-Albert de Bavière, se range aux côtés de la Prusse contre l’Autriche. Frédéric II envahit la Silésie et y mène deux offensives (1740-1742, puis 1744-1745). Cette guerre réactive la virulence du ressentiment anti-français et les libelles publiés puisent à la veine de ceux du siècle précédent15.

  • 16 Haeckel : « J.M. von Loen », p. 48 : « In breitere Schichten hat der vornehme Johann Michael von (...)
  • 17 Loen : Anmerkungen über den Caracter der Franzosen. In : Freie Gedanken, p. 237-248.
  • 18 Loen : Beweis, daß Frankreich durch seine bisher sich ausbreitende Macht sich selbsten am meisten (...)
  • 19 Loen : Vorschlag, wie die überwiegende Macht von Frankreich in ein Gleich-Gewicht mit denen ander (...)

3Ce qui frappe à la lecture des essais de Loen, destinés surtout à un public de lettrés16, ce sont l’éclectisme et la modernité des réflexions : on y trouve des développements sur l’utopie, à la manière des Lettres persanes (1721), d’autres sur les pesanteurs de la justice, sur les travers de l’absolutisme, sur l’art militaire, sur l’urbanisme. Plusieurs essais (environ un sixième des textes) sont consacrés à la France, Loen s’intéressant au caractère de la nation voisine (Anmerkungen über den Charakter der Franzosen)17 ainsi qu’à la politique expansionniste menée par la monarchie française (Beweis, daß Frankreich durch seine bisher sich ausbreitende Macht sich selbsten am meisten schadet)18. Loen s’avère aussi soucieux de contrebalancer la suprématie française au sein de l’Europe (Vorschlag, wie die überwiegende Macht von Frankreich in ein Gleich-Gewicht mit denen andern Europäischen Staaten könte gebracht werden)19. Stéréotypes nationaux, analyse diplomatique et militaire, ambitions novatrices, sont étroitement entremêlés dans ces textes.

4Dans un premier temps, nous allons nous attacher au portrait psychologique des Français établi par Loen, qui reprend certains stéréotypes des pamphlets. Une seconde partie de l’étude sera consacrée à la dénonciation de l’hégémonie française, motif alimentant aussi les libelles, qui apparaît ici sous de multiples facettes. Enfin, la troisième partie montrera comment Loen est animé d’une ambition constructive et propose de redéfinir le rôle politique joué par la France dans le cadre d’un nouvel équilibre des puissances européennes.

Le portrait psychologique des Français : entre nuances et stéréotypes

  • 20 Sur les stéréotypes chez Loen, Ruth Florack : Tiefsinnige Deutsche, frivole Franzosen. Nationale (...)
  • 21 Loen : Anmerkungen, p. 238.
  • 22 Ibid. : « zwei der geschicktesten französischen Schriftsteller ».

5Dans l’essai intitulé Anmerkungen über den Character der Franzosen, qui reprend des éléments figurant dans le texte Der französische Hof, figure, parmi les traditionnels attributs des Français, le bel esprit (Witz) que ceux-ci s’enorgueillissent de posséder et qu’ils dénient aux Allemands20. On sait que dans ses Entretiens d’Ariste et d’Eugène (1671), le jésuite Dominique Bouhours avait estimé que le bel esprit était une qualité propre aux Français. Loen en donne une définition : « Er bestehet in allerhand lustigen Schwenken und Einfällen, lebhaften Scherz-Reden und hurtigen Gegensätzen […] »21. La France est présentée comme la nation des pasquils – caricatures littéraires –, Loen observant ici que le culte du bon mot a mis en danger la vie des pamphlétaires. Loen souligne ainsi indirectement le courage des écrivains, exposés au péril par leur plume acérée, tels Voltaire, qui fut embastillé en 1717 en raison de vers satiriques écrits contre le Régent, le libertin Saint-Evremond (1614-1703), auteur de railleries sur le prince de Condé, qui, tombé en disgrâce, dut s’exiler en Hollande et en Angleterre, ou encore Bussy-Rabutin (1618-1693), le cousin de la Marquise de Sévigné, qui composa des chansons satiriques, et fut lui aussi embastillé en 1665. Les deux derniers auteurs sont vantés pour leur très grande habileté22.

  • 23 Loen : Beweis, p. 375 : « das vortrefflichste Volk auf der Welt ».
  • 24 Ibid. : « Allein ihr ausschweifender Hochmuth verleitet sie ihren Ruhm außer sich und ihren Grenz (...)
  • 25 Cf. Beschreibung der französischen Armee unter dem Marschall von Maillebois. In : Loen : Gesammle (...)
  • 26 Loen : Anmerkungen, p. 242 : « Dieser rettet die Ehre der Teutschen ». Cf. Lucien Bély : La Franc (...)
  • 27 Loen : Anmerkungen, p. 243.

6Un autre trait de caractère des Français est, selon Loen, leur vanité, voire leur fâcheux complexe de supériorité. Ce peuple s’imagine être « le plus excellent du monde »23, fier de rechercher la gloire hors de ses frontières24. Dans le domaine militaire, sur lequel Loen se concentre, il mentionne, certes, les illustres maréchaux, Charles Belle-Isle (1684-1761), petit-fils de Fouquet, et aussi Maillebois (1682-1762), petit-neveu de Colbert, également signalé dans les Kleine Schriften25. Mais il leur oppose ici avec satisfaction la figure du maréchal de France Maurice de Saxe (1696-1750), fils adultérin du roi de Pologne et Électeur de Saxe Frédéric Auguste Ier, qui entra au service de la France en 1720, dirigea son armée, fut couvert d’honneurs et surpassa les maréchaux français dans l’art de la guerre. Fièrement présenté par Loen comme un sauveur de l’honneur allemand26, il incarne par ses qualités le véritable héros : cœur vaillant, raison sublime, générosité et amour du prochain27.

  • 28 Ibid. : Anmerkungen, p. 240 : « viel zu zärtlich, zu weichlich und zu wohllüstig ». Stéréotype re (...)
  • 29 Loen : Anmerkungen, p. 240.

7Selon Loen, le tempérament français est caractérisé par la mollesse et la douceur28, ce qui explique l’absence d’effusions de sang au théâtre, à la différence de la scène anglaise, et le dégoût pour les atrocités guerrières pourtant commises dans la réalité (la Saint Barthelémy en 1572, le sac du Palatinat en 1688-1689). Souhaitant illustrer ces réactions de rejet, Loen cite ici l’historiographe et magistrat Jacques Auguste de Thou (1553-1617), auteur d’une Histoire de son temps (Thuani historiae sui temporis, 1604-1617), qui exprima son horreur à propos du massacre de la Saint Barthélemy en reprenant les mots du poète latin Stace dans les Sylves (V, vers 88) : « Excidat illa dies nec postera credant […] »29.

  • 30 Ibid., p. 241 : « La Brosse […] hatte eine grausame Seele ».
  • 31 Der in Plutonis Reich und Rachen eine Zeitlang gesteckte, nunmehro wieder erwacht–und auf–erstand (...)
  • 32 Loen : Anmerkungen, p. 241 : « ein rauher Mann ».
  • 33 Jean-Philippe Cénat : Louvois. Le double de Louis XIV. Paris 2015.
  • 34 Jean-Philippe Cénat : « Le ravage du Palatinat : politique de destruction, stratégie de cabinet e (...)
  • 35 Loen : Anmerkungen, p. 241 : « so menschlich er auch gesinnet war ».
  • 36 Jean Bérenger : Turenne. Paris 1987. Lucien Bély (éd.) : Dictionnaire Louis XIV. Paris 2015.
  • 37 Wrede : Das Reich, p. 509.
  • 38 Voltaire : Le siècle de Louis XIV. Éd. par René Groos, Paris 2014, n° 308, tome I, p. 202 : « […] (...)
  • 39 Loen : Anmerkungen, p. 241 : « Mitleiden von Befehlshabern ».

8En fait, Loen semble dénoncer une fausse indolence car il stigmatise la cruauté de la soldatesque ou celle des chefs de guerre. Le soldat La Brosse (mort en 1677), resté tristement célèbre pour ses crimes commis pendant la guerre de Hollande et son caractère sadique, est évoqué30 ; il était également vilipendé dans les libelles du siècle passé31. Dans les Anmerkungen, Loen éreinte les ministres de la guerre de Louis XIV. Louvois (1641-1691) y est présenté comme un homme impitoyable32. Le « double de Louis XIV »33 est en effet jugé responsable du second ravage du Palatinat en 1689 où il pratiqua une politique de la terre brûlée et organisa une destruction systématique des villes et des villages34. Loen renoue ici ouvertement avec les attaques des libelles du xviie siècle et reprend la légende noire du personnage. Il rappelle d’ailleurs que même Turenne (1611-1675), gloire du Grand Siècle, né huguenot et lié aux princes protestants, admiré en Allemagne et crédité d’une certaine humanité35, fut impliqué dans le premier sac du Palatinat (1674) et la destruction de la ville de Heidelberg, événements qui eurent un effet désastreux sur l’opinion publique germanique36. Du reste, les libelles contemporains dénoncent également les exactions commises par les troupes françaises lors de l’occupation de la ville de Prague de novembre 1741 à décembre 174237. Néanmoins, Loen signale ici de façon allusive la proscription de ces méfaits par certaines plumes françaises38. Il relève aussi la compassion et l’humanité dont auraient fait preuve certains commandants français sur le terrain39, écœurés par les horreurs commises et réticents devant la brutalité.

  • 40 Loen : Beweis, p. 381 : « Der Franzos ist in seiner natürlichen Eigenschaft ein gutes Geschöpfe »
  • 41 Loen : Anmerkungen, p. 237 : « […] sind zu allen großen Unternehmungen geschickt ». Loen : Beweis(...)
  • 42 Loen : Anmerkungen, p. 237 : « ein sehr angenehmer und liebenswürdiger Mensch ».
  • 43 Ibid., p. 243.

9Ses essais célèbrent également la grandeur des Français et cherchent à cerner les éléments positifs du caractère national : leur bonté naturelle40, leur capacité à bien s’exprimer, leur amour des sciences et des arts, leur courage et leur sociabilité, leur zèle et leur esprit d’entreprise41, qualités qui les rendent même supérieurs aux peuples du monde entier. Bien éduqués et modestes, les Français se révèlent être des compagnons aimables et agréables42. Loen renvoie aux portraits flatteurs des grands hommes, établis par Charles Perrault dans son ouvrage sur les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle (1696-1701)43.

  • 44 Ibid., p. 246 : « freiwilligen Unterwerfung ». Cf. les multiples éditions du texte de La Boétie e (...)

10Néanmoins, ses essais recèlent aussi une critique virulente des excès de la francomanie que Loen assimile à une forme de « servitude volontaire »44, allusion à La Boétie et son Discours de la servitude volontaire (1576), réquisitoire contre l’absolutisme qui dénonça la collaboration active et résignée des membres de la société. La condamnation de la francomanie est l’un des axes du rejet de l’hégémonie française.

La dénonciation de l’hégémonie française

  • 45 Loen : Erörterung der Frage, p. 399. Cf. Loen : Anmerkungen, p. 247 : « Wir reden, denken, essen, (...)
  • 46 Pamphlet de Lizel Megalissus, cit. par Valentin : « Antagonismes confessionnels », p. 576 : « […] (...)
  • 47 Loen : Anmerkungen, p. 244.
  • 48 Ibid., p. 246.
  • 49 Ibid., p. 247.
  • 50 Ibid., p. 245.
  • 51 Ibid. : « […] die Biere in den nordischen Gegenden von Teutschland viel mehr Geist zu geben schei (...)

11Le topos de l’imitation des Français constituait déjà un aspect majeur du discours Erörterung der Frage, paru dans les Kleine Schriften : « Wir kleiden uns, wir essen und trinken, wir singen, wir tanzen, wir fluchen, wir schwermen, alles auf Französisch »45. Stéréotype nourrissant les pamphlets46, il revient tel un leitmotiv dans les textes de Loen. Selon celui-ci, l’imitation aveugle, exagérée et ridicule des mœurs françaises, est incompatible avec le caractère allemand : « Allein, wir giengen in dieser Nachahmung zu weit, und ließen uns endlich durch den bloßen Schein betrügen »47. Poussée au paroxysme, elle suscite la honte d’être allemand, voire conduit à un anéantissement de l’identité germanique : « wir selbst gern Franzosen seyn mögten »48. Loen exprime ici un sentiment de désolation : « Wir sind vielleicht das einzige Volk auf der Welt, das sich keine Ehre daraus macht, das zu seyn, was es ist, und das lieber andre copieren, als Original seyn will […] »49. Il déplore l’engouement, jugé insupportable, pour la mode française, telle la mode vestimentaire conduisant les femmes allemandes à s’habiller légèrement en plein hiver pour copier leurs galantes voisines50. Souhaitant défendre le patrimoine germanique, Loen prend ici comme exemple inattendu celui des vins allemands, estimés supérieurs aux vins français quand on les laisse vieillir, ou encore celui des bières délicieuses des régions du nord51. Le problème de la perte d’identité et de l’asservissement culturel, induit par l’imitation outrancière, conduit Loen à récuser plus largement toute forme d’hégémonie française.

  • 52 Loen : Vorschlag, p. 123 : « […] ganz Europa Gesetze vorzuschreiben ».
  • 53 Loen : Anmerkungen, p. 247 : « […] so heben sie gleichsam ihren Tribut über uns, der jährlich ung (...)
  • 54 Loen : Anmerkungen, p. 247.
  • 55 Ibid., p. 245.
  • 56 Ibid., p. 246 : « Die Provinzen, die seit kurzer Zeit an Frankreich kommen, sind jetzo so gut fra (...)

12L’emprise exercée par la France qui dicte ses lois à l’Europe entière52, revêt différentes formes et a de nombreuses répercussions. L’achat de produits français conforte l’hégémonie financière de la France53. Loen vitupère aussi l’hégémonie linguistique : on lit des livres français, on écrit des lettres en français, les maîtres et les gouvernantes sont français. L’amour de la langue française débouche sur un dégoût de l’allemand54 et un avilissement moral des Allemands, ravalés au rang de singes : « Es ist schon eine große Narrheit, daß wir in allem den Franzosen nachäffen »55. Loen se réfère ici à l’exemple antique des Carthaginois et des Égyptiens ayant adopté les mœurs romaines, et à celui des nouvelles annexions françaises, comme Strasbourg, réunie à la France en 1681, qui renient leur passé germanique, même si, paradoxalement, elles sont accablées de charges56.

  • 57 Cf. Gillot : Le règne de Louis XIV. Jean Schillinger (éd.) : Louis XIV et le Grand Siècle dans la (...)
  • 58 Joël Cornette : Le roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle [1993] (...)
  • 59 Loen : Beweis, p. 377 : « als ein Gott verehret ».
  • 60 Ibid., p. 388 : « von dem Schein einer falschen Hoheit geblendet ».
  • 61 Fénelon : Les Aventures de Télémaque. Éd. par Furne et Cie, Paris 1853, livre XIII.
  • 62 Cf. Pierre Ronzeaud : « Modèles et moyens de la réflexion politique dans le Télémaque : des modèl (...)
  • 63 Loen : Beweis, p. 392 : « Allein der Geist der beiden Cardinäle wandert noch stark in dem geheime (...)
  • 64 Ibid., p. 389 : « Pflanzschule des Krieges ».

13Sur le plan politique, la critique de l’absolutisme royal se niche au cœur de la dénonciation dans l’essai intitulé Beweis, daß Frankreich durch seine bisher sich ausbreitende Macht sich selbsten am meisten schadet. Les pulsions guerrières et la libido dominandi des rois de France, lieux communs des pamphlets, sont violemment conspuées57. Loen rappelle que la Maison d’Autriche constitue le principal obstacle à la soif de conquêtes des souverains français. Se tournant vers le siècle passé, il brosse un portrait accablant du « roi de guerre »58, Louis XIV, despotique persécuteur du protestantisme avec sa Révocation de l’Édit de Nantes en 1685, engagé dans des conflits permanents et ruineux : guerre de Dévolution en 1667-1668, guerre de Hollande en 1672-1678, guerre de la Ligue d’Augsbourg en 1688-1697, guerre de la Succession d’Espagne en 1701-1714, après la mort de Charles II en 1700. Loen lance des attaques virulentes contre le Roi-Soleil, vénéré « comme un dieu »59, aveuglant la cour et ses sujets par une « fausse grandeur »60, discréditant le genre humain ; il apparaît comme l’antithèse du bon prince de Fénélon, préoccupé du bien-être de ses sujets dans Les aventures de Télémaque (1699). Ici, la critique de Loen se nourrit peut-être aussi, dans le même ouvrage, du personnage d’Adraste, roi des Dauniens, qui verse le sang et cause le malheur de ses sujets61, Fénelon lui-même s’inscrivant dans une tradition ancienne de condamnation de l’ambition expansionniste (Thucydide, Erasme)62. Dans l’essai intitulé Beweis, daß Frankreich durch seine bisher sich ausbreitende Macht sich selbsten am meisten schadet, le portrait de Louis XV semble plus favorable car Loen lui concède bonté et douceur, mais il le juge encore asservi à l’esprit néfaste des cardinaux du siècle passé63. Selon Loen, une pernicieuse culture de la guerre prévaut en France64.

  • 65 Ibid., p. 376 : « Staatskunst zweyer verschmitzten Cardinälen ». La même méfiance s’exprime dans (...)
  • 66 Loen : Von der Universal-Monarchie. In : Freie Gedanken, p. 259 : « Urheber von dem ganzen Spiel  (...)
  • 67 Loen : Vorschlag, p. 128 : « List dieses überaus verschmitzten Hofes ».
  • 68 Loen : Von der Universal-Monarchie, p. 250 : « französische Delila ».

14Cette politique royale agressive est par ailleurs favorisée par diverses stratégies malfaisantes dont use le pouvoir. Ainsi, Loen assigne une influence particulièrement négative aux deux cardinaux maléfiques65, inspirateurs de Louis XIII puis de Louis XIV, Richelieu (dans la période 1624-1642) et Mazarin (dans la période 1643-1661). Ils sont accusés d’être à l’origine66 d’une politique intrusive, désastreuse et sanguinaire, menée contre les Habsbourg, dans le but d’établir la prépondérance française en Europe. D’où la duplicité et les ruses appliquées par un pouvoir scélérat67 dans les diverses options diplomatiques qui révèlent le désir de mobiliser les forces intérieures et les forces extérieures de l’Empire contre l’ennemi autrichien : l’affaiblissement du prince d’Orange, l’intimidation du pape et des États italiens, le soutien des Malcontents en Hongrie en 1705 (mouvement de révolte de la noblesse hongroise de Transylvanie contre les Habsbourg), le soutien apporté aux Turcs, l’alliance avec les princes protestants pendant la guerre de Trente Ans (tel le roi de Suède luthérien Gustave Adolphe), les négociations avec Cromwell en Angleterre, contre l’Espagne, avec une allusion au rôle néfaste joué par la duchesse de Portsmouth, Louise de Keroual (1649-1734), maîtresse bretonne du roi d’Angleterre Charles II et agent secret de Louis XIV. Loen la qualifie avec mépris de « Dalila française »68.

  • 69 Loen : Vorschlag, p. 123.
  • 70 Loen : Von der Universal-Monarchie, p. 257.
  • 71 Loen : Vorschlag, p. 123.
  • 72 Schillinger : Les pamphlétaires, p. 206.
  • 73 Wrede : Das Reich, p. 499.

15De surcroît, le pouvoir se trouve renforcé par une stratégie légaliste qui s’appuie sur un arsenal juridique. Le droit de dévolution (Jus devolutionis) est invoqué par Louis XIV, au nom de son épouse Marie-Thérèse d’Espagne, fille aînée de Philippe IV d’Espagne, pour faire valoir ses prétentions sur les provinces espagnoles69. Il légitime la première guerre du Roi-Soleil contre l’Espagne, celle de Dévolution, qui aboutit à la conquête de la Franche-Comté et d’une partie des Pays Bas espagnols. Le roi a aussi recours au droit d’aubaine (Jus Albinagi) pour s’approprier les biens de ceux qui meurent sur le sol français70. Les Chambres de réunion, mentionnées par Loen, établies à Brisach, Metz et Besançon, et formées par le roi après la guerre de Hollande, en 1679-1684, recherchent les anciennes dépendances des pays concédés à la France lors des traités (de Westphalie en 1648, d’Aix-la-Chapelle en 1668, de Nimègue en 1678…) et ont pour mission de faire respecter les diverses annexions territoriales (Palatinat, Franche-Comté, Strasbourg, les Trois-Evêchés …)71. Ainsi, la guerre de conquêtes se poursuit sur un mode pacifique et larvé. Cette stratégie prédatrice, marquée par une « boulimie d’annexions »72, continue à l’infini, au détriment de l’Empire. Ces observations rejoignent ici certains des arguments des pamphlets contemporains qui stigmatisent la fausseté de la politique française et qualifient l’histoire de France de Betrugs-Historie73.

  • 74 Pierre Bonnet : La Monarchie universelle de Louis XIV : une notion-clé de la pensée politique, de (...)
  • 75 Hermann Weber : Richelieu und das Reich. In : Lutz / Schubert / Weber : Frankreich und das Reich, (...)
  • 76 Cf. Haran : Le Lys, p. 128. Louis XIV : Mémoires pour l’instruction du Dauphin (1661). Éd. par Pi (...)
  • 77 Loen : Von der Universal-Monarchie, p. 295 : « kurzer Auftritt ».
  • 78 Johann Heinrich Gottlieb von Justi : Beweis, daß die Universalmonarchie vor die Wohlfahrt von Eur (...)
  • 79 Loen : Von der Universal-Monarchie, p. 294 : « gegen Frankreich die Waffen zu ergreifen ».
  • 80 Ibid., p. 295 : « bloße Hirnbilder ». Wrede explique que le concept se trouve vidé de son sens, v (...)
  • 81 Sieber : J.M. von Loen, p. 33-72.
  • 82 Montesquieu : Réflexions sur la monarchie universelle en Europe. Éd. par Michel Porret, Genève 20 (...)
  • 83 Bonnet : La Monarchie Universelle, p. 145. 

16Les griefs énoncés par Loen culminent dans la dénonciation de la monarchie universelle, dans l’essai intitulé Von der Universal-Monarchie, qui apparaît comme une forme ultime du despotisme. Le concept de la monarchie universelle, projet imputé à Louis XIV, suspecté de vouloir établir une domination à l’échelle mondiale, existe depuis le Moyen-Âge : c’est l’idée de la vocation impériale et messianique d’un monarque réunissant l’héritage romain et l’Europe chrétienne74. Pendant la guerre de Dévolution, le diplomate franc-comtois au service de l’empereur Ferdinand III, François-Paul de Lisola avait déjà formulé cette accusation dans son texte Bouclier d’Estat et de Justice contre le dessein manifestement découvert de la Monarchie Universelle (1667), qui contenait des arguments de référence pour les pamphlétaires de l’époque. Toutefois, ce rêve de monarchie universelle qui aurait obsédé le Roi-Soleil, avide de détenir la couronne impériale, de déposséder les Habsbourg, de fragiliser l’Espagne, de faire pièce à l’Angleterre et à la Hollande, est aujourd’hui relativisé par les historiens75. Certes, en 1519, François Ier avait déclaré sa candidature à l’élection impériale. En 1657, Mazarin avait conduit Louis XIV à Metz pour proposer aux princes allemands la candidature éventuelle du roi de France à la tête de l’Empire. Dans ses Mémoires pour l’instruction du Dauphin (1661), le Roi-Soleil avait jugé que les Allemands avaient usurpé la couronne impériale76. En 1742, la France contribue à faire élire Charles VII (1697-1745), Électeur de Bavière et prince de Wittelsbach, mais il meurt en 1745 et la couronne impériale revient aux Habsbourg, avec François de Lorraine. Or Loen qualifie cette manoeuvre française de « bref intermède »77. Dans son essai, Loen présente le projet anonyme, datant de 1747, de l’économiste saxon Johann Heinrich Gottlob von Justi (1717-1771) qui fut aussi directeur des mines prussiennes, (Beweis, daß die Universalmonarchie vor die Wohlfahrt von Europa und überhaupt des menschlichen Geschlechts die größte Glückseeligkeit würcken würde)78, éloge dithyrambique du principe d’une monarchie universelle : elle serait apte à imposer le bonheur en Europe, un souverain unique pouvant mieux protéger les peuples et n’ayant pas d’autre dessein que le bonheur de ceux-ci. Mais Loen, convaincu que le projet est impossible à mettre en œuvre, le réfute point par point dans des notes de commentaire, nourries de moult exemples historiques. Selon lui, l’objectif de la monarchie universelle, attribué au roi de France, fédère, certes, les Allemands contre les Français79, mais Loen le qualifie de « chimère »80. Parmi les arguments de Loen qui contrecarrent énergiquement les avantages énoncés par Justi, on peut noter la persistance inévitable des guerres entre les États, la tendance à la tyrannie (le monarque universel pouvant se transformer en despote), le problème de la taille des empires trop vastes, régis par des gouverneurs locaux. Peut-être Loen, qui possédait l’une des bibliothèques privées les plus prestigieuses d’Europe (Bibliotheca Loeniana selecta realis systematica), et qui avait lu les Lettres persanes81, avait-il pu lire le texte de Montesquieu, les Réflexions sur la monarchie universelle en Europe, écrites vers 1734 mais demeurées peu connues, qui instruisent le procès de la monarchie universelle, critiquent la quête de l’hégémonie militaire et politique, et mettent en avant l’interdépendance des États82. Dans cet opuscule de vingt-cinq chapitres qui prolonge les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734) et sert de matrice conceptuelle à L’Esprit des lois (1748), Montesquieu médite sur l’histoire de l’Europe, menacée par la suprématie d’un souverain unique. Récusant la tentation hégémonique, il développe a contrario la « vision enchantée »83 d’États liés par le commerce qui unit et enrichit.

  • 84 Montesquieu : Réflexions, p. 105 : « […] l’État qui croit augmenter sa puissance par la ruine de (...)
  • 85 Loen : Beweis, p. 383 : « nichts als Noth, Elend und Dürftigkeit ».

17En tout cas, Loen, en digne émule de Montesquieu, entérine l’idée que le militarisme et la recherche de la domination sont des corollaires du déclin inexorable de l’État84. Les conséquences de l’aspiration effrénée à l’hégémonie sont la paupérisation et les souffrances immenses endurées par la population85. Loen pose aussi la question des limites qu’il faudrait assigner à une telle volonté d’hégémonie qui déstabilise les rapports entre les nations.

  • 86 Loen : Vorschlag, p. 133 : « Indem ich also die Freyheit nehme […] ».
  • 87 Loen : Entwurf einer Staats-Kunst. Worinn die natürlichste Mittel entdeckt werden, ein Land mächt (...)

18Ainsi, le verdict négatif s’accompagne d’une réflexion géopolitique sur les moyens de contenir les ambitions françaises. Revendiquant son originalité, rhétoriquement appuyée86, Loen, qui prétend, dans un autre texte, ne pas avoir lu le projet de l’abbé de Saint-Pierre87, livre dans l’essai intitulé Vorschlag, wie die überwiegende Macht von Frankreich in ein Gleich-Gewicht mit denen andern Europäischen Staaten könte gebracht werden, qu’il indique avoir conçu dès 1745, un plaidoyer personnel pour une modification de l’équilibre des puissances européennes, bafoué par la France.

L’esquisse d’un nouvel équilibre européen

  • 88 Cf. Bruno Arcidiacono : Cinq types de paix. Une histoire des plans de pacification perpétuelle (x (...)
  • 89 Loen : Vorschlag, p. 127.
  • 90 Ibid. : Vorschlag, p. 131 : « Einschränkung in seine alten Grenzen ».

19Le plaidoyer de Loen, qui s’inscrit certes dans une longue série de plans de pacification élaborés au xviiie siècle88, mais dont la subjectivité est revendiquée de manière récurrente, part d’un double constat : celui des dommages causés par la guerre (provinces dépeuplées, caisses vides, entretien coûteux des troupes) et celui de la multiplicité des ennemis de la France, ligués contre elle (Maison de Habsbourg, Prusse, Espagne…) : « Es ist gewiss, je mehr Eroberungen Frankreich macht, je mehr Feinde zieht es sich über den Hals »89. Loen appelle ainsi à ramener la France dans ses frontières territoriales antérieures, datant du traité de Münster à la fin de la guerre de Trente Ans90. Cette revendication était déjà formulée dans les libelles du xviie siècle.

  • 91 Reiss : « Goethes Großonkel », p. 147 : « eine Art Puffer-Zone » ; Ibid., p. 146 : « Er war seine (...)

20Mais la nouveauté réside dans le projet d’un développement de républiques libres, se gouvernant elles-mêmes, dans les provinces frontalières, formant ainsi une sorte de « zone-tampon » entre les grandes monarchies et garantissant la paix91. C’est un bouleversement de la carte territoriale européenne qu’envisage Loen. Ainsi invite-t-il à rattacher à l’Italie la zone située au sud près de la Méditerranée. Il enjoint de réunir la Bourgogne et la Franche-Comté avec la Suisse. Il préconise de rattacher à l’Empire allemand l’Alsace, la Lorraine et les Trois-Evêchés. Il plaide pour rassembler les Pays Bas français, la Normandie et la Bretagne, avec la Grande-Bretagne et la Hollande.

  • 92 Loen : Vorschlag, p. 130 : « französische Vormundschaft ».

21Pour étayer son propos, Loen énumère les avantages concrets que les pays concernés en retireraient. Pour l’Autriche, ce serait un gain financier car l’entretien des provinces éloignées est onéreux. Pour la Maison de Savoie, ce serait un gain sécuritaire car la quiétude règnerait de nouveau dans ses États. Pour les cours d’Espagne et de Naples, l’émancipation de « la tutelle française »92 représenterait un gain politique. Aux princes allemands, Loen recommande de rappeler leurs ambassadeurs, ce qui serait un gain économique. Pour les Anglais et les Hollandais, l’essor pacifique des échanges maritimes représenterait un gain commercial évident.

  • 93 Ibid., p. 129.
  • 94 À l’époque, les écrits du juriste de Tübingen Johann Jakob Moser, qui s’est aussi intéressé à la (...)

22Loen se permet en outre de délivrer des conseils à deux souverains pour défendre son projet. Il exhorte Marie-Thérèse d’Autriche, fille de Charles VI, qualifiée de grosmütige Kaiserin93, à assurer avec soin les frontières entre l’Empire et la France, et à permettre à la Flandre et au Brabant de jouer un rôle protecteur. À Louis XV, il fait miroiter avec insistance les avantages qui en résulteraient : la fin de l’entretien dispendieux des armées et des diplomates à l’étranger, la cessation des conflits, le développement du commerce, favorisé par l’entente avec les pays voisins, le bonheur des peuples94.

  • 95 Loen : Vorschlag, p. 134 : « klug und behutsam ».
  • 96 Ibid.

23Le dessein est ambitieux mais Loen n’y voit pas d’obstacle majeur. Il invite à procéder avec prudence et intelligence95, rappelant ici, à titre de parangons historiques, l’héroïsme de Guillaume Tell en Suisse et celui du boulanger Jean Cavalier à la tête des Camisards des Cévennes en France96. Aux yeux de Loen, les deux personnages font figure de symboles emblématiques du mécontentement régnant dans les pays, de la lassitude de la population face à un gouvernement tyrannique, et sont à l’origine de bouleversements politiques considérables.

  • 97 Ibid. : Vorschlag, p. 133.
  • 98 Ibid. : « Gold-Grube ».

24La France est présentée comme la première bénéficiaire de ce nouvel équilibre reposant désormais sur l’amélioration intérieure des États et non plus sur des conquêtes extérieures. L’essai de Loen contient une véritable ode à la France dont les richesses matérielles (manufactures, élevage, agriculture) et humaines (arts et sciences), sont vantées : « Denn Frankreich ist ein edles, herrliches und von GOTT mit allen Vortheilen reich begabtes Land […] »97. Au monarque d’utiliser à bon escient cette « mine d’or »98, constituée par les ressources autochtones et la population du pays.

  • 99 Loen : Beweis, p. 386.
  • 100 Ibid., p. 385.

25Fidèle à ses racines familiales (Loen était le fils de commerçants réformés qui avaient émigré de Hollande en 1623), Loen convoque le paradigme hollandais, État prospère par excellence, beaucoup plus petit que la France. Loen en cherche l’explication. Il en donne une vision idyllique dans l’essai intitulé Beweis, daß Frankreich durch seine bisher sich ausbreitende Macht sich selbsten am meisten schadet, et y voit l’exemple à suivre, les Hollandais conjuguant les aspects positifs : liberté et activité du commerce, peuple industrieux, constructeur de digues et de canaux, heureux et sage, indifférent aux apparences : « Sie lieben keinen andern Wind, als der ihre Segel füllet und ihre Schiffe glücklich in den Hafen führt »99. Le pays tout entier est élogieusement qualifié de « zierlich angebauter Lust-Garten »100. Dans un élan d’optimisme, Loen juge que la France a la faculté de surpasser ce modèle.

  • 101 Wrede : Das Reich, p. 541.
  • 102 Reiss : « Goethes Großonkel », p. 134 : « Von Loen ist ein Mann des Maßes und der Ausgeglichenhei (...)
  • 103 Loen : Vorschlag, p. 133.
  • 104 Reiss : « Goethe’s Great-Uncle. J.M. von Loen as a Traveller ». In : German Life and Letters 41 ( (...)
  • 105 Pourtant, quelques années plus tôt, Loen exprimait son scepticisme concernant cette notion de bal (...)
  • 106 Cf. Arcidiacono : Cinq types de paix, p. 241-250 sur l’abbé de Saint-Pierre et p. 326-344 sur la (...)
  • 107 David Hume : Essais et Traités sur plusieurs sujets. Essais moraux, politiques et littéraires. Pa (...)
  • 108 Fénelon : Dialogues des morts, XVII. In : Fénelon : Œuvres. Éd. par Jacques Le Brun, Paris 1983-1 (...)
  • 109 Cf. Marc Belissa : Fraternité universelle et intérêt national (1713-1795). Les cosmopolitiques du (...)
  • 110 Haeckel : « J.M. von Loen », p. 48 : « Bildung einer öffentlichen Meinung als Bedingung zu diesen (...)
  • 111 Arcidiacono : Cinq types de paix, p. XII. Cf. p. XV : Arcidiacono signale « autant de méthodes po (...)

26En définitive, on peut observer que la vision de la France qui ressort de ces différents essais est nuancée et ne révèle pas uniformément de parti pris gallophobe. Il n’y a pas de vision manichéenne mais plutôt une volonté constructive de proposer et d’amender, que le titre de l’ouvrage annonce du reste de façon programmatique. À la différence des libelles du xviie siècle, les essais de Loen ne révèlent pas de schéma eschatologique, ils n’associent pas la France à la puissance du Mal, car elle serait capable de se réformer et il lui en expose les moyens. Les textes recèlent, certes, des accents critiques, et présentent certains aspects de dénigrement, comme la reprise de stéréotypes dans l’analyse du caractère national, le réquisitoire contre les dérives de l’expansionnisme français, ou contre le Roi-Soleil et la perfidie de ses ministres, mais ils ne relèvent pas d’une littérature de combat et évitent les outrances ou les invectives. Du reste, même les libelles de l’époque de Loen perdent cette dimension religieuse et leur exacerbation hystérique101. Loen confirme bien ici son sens de la mesure et son pragmatisme102. Le profond amour de Loen pour la France est aussi manifeste et il est même proclamé : « die aufrichtigste Freundschaft und Liebe bezeuge »103. De façon plus générale, ses essais témoignent de ses préoccupations morales d’homme éclairé et reflètent ce désir qui a guidé sa vie, celui de « servir le bien commun »104. Ils s’inscrivent aussi dans le contexte de la naissance d’une réflexion sur l’idéal cosmopolite de la balance des pouvoirs et celui d’une amélioration espérée des relations entre les peuples105. Parus à une période charnière, après le Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe (1713) de l’abbé de Saint-Pierre qui imagine un plan fédératif et un Sénat perpétuel, et avant le traité de Kant Pour la paix perpétuelle (Zum ewigen Frieden, 1795) qui propose une paix de droit international106, les essais de Loen sont contemporains de ceux de David Hume (Of the Balance of Power, 1752)107, qui défend un système de balance des puissances pour garantir la paix et qui promeut les échanges et la diplomatie. Il atteste également des liens de filiation avec la pensée de Montesquieu qui soutient l’idée d’une balance entre États et d’un commerce pacificateur et réciproque. Chez Montesquieu, adepte d’un équilibre stratégique entre monarchies européennes, le commerce serait apte à vaincre la guerre, ce « mal qui déshonore le genre humain » selon les termes de Fénelon108. Celle-ci ne saurait être le vecteur de la construction d’un État. L’expansion territoriale n’est plus à l’origine de la grandeur des États, connectés par des liens de droit. Les essais de Loen posent des jalons et ébauchent un équilibre diplomatique inédit, idéal des Lumières109. Ils contribuent à l’élaboration et à la diffusion d’une réflexion politique dans l’espace public110. Par son ambition d’indiquer « la route à suivre pour parvenir au but »111, Loen rejoint plutôt la troisième voie internationaliste esquissée dans la typologie de Bruno Arcidiacono, qui est aussi celle des visionnaires, concepteurs d’un monde nouveau. 

  • 112 Wrede : Das Reich, p. 515 : Frankreich als Friedensgarant oder als Reichsfeind.
  • 113 Heinz Duchhardt : Balance of Power und Pentarchie. Internationale Beziehungen 1700-1785. Paderbor (...)
  • 114 Wrede : Das Reich, p. 525-537.

27Par ailleurs, ils reflètent sans doute aussi sa position politique personnelle, située au confluent du soutien témoigné à l’Empire, de l’admiration pour le roi de Prusse, et des espoirs éventuels placés en la France, garante d’une paix future112. Certes, dans la seconde moitié du xviiie siècle, la montée en puissance de la Prusse et les différents partages de la Pologne remettront en cause cette utopie progressiste de la relation harmonieuse entre les puissances113. La propagande anti-française reprendra pendant la guerre de Sept ans114. Mais les idées de Loen, la préoccupation de l’équilibre géopolitique, la vision européenne, le souci de la sécurité internationale et celui du bonheur des peuples ne sont pas dénués d’une dimension prémonitoire et trouvent toujours des échos dans les défis qui sont posés à notre monde actuel globalisé.

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Notes

1 Johann Michael von Loen : Der französische Hof, nebst dem Caracter der Franzosen (1719). In : Gesammlete Kleine Schriften (1749-1752). Éd. par Johann Caspar Schneider, Frankfurt am Main 1972, Bd. 1, p. 84-106, ici p. 99 : « Kaufmanns-Börse ».

2 Loen : Das Bild eines weisen Mannes und eines Christen am Hofe, in dem Leben des Erzbischofs Fenelon. Frankfurt 1743. Loen : Des Hrn.Fr.de Salignac de la Motte Fénelon geistliche Schriften, ins Teutsche übersetzt, 2 Teile, Frankfurt 1737-1743. Christopher Meid : Der Roman als „Sittenlehre durch Exempel“. J.M. von Loens Redlicher Mann am Hofe (1740) im Kontext der Historia literaria. In : Oliver Bach / Michael Multhammer (éd.) : Historia pragmatica. Der Roman des 18. Jahrhunderts zwischen Gelehrsamkeitsgeschichte und Autonomieästhetik. Heidelberg 2020, p. 121-139, ici p. 122 : « einer der wichtigsten und originellsten Vermittler von Fénelon im deutschen Sprachraum ».

3 Loen : Der redliche Mann am Hofe. Faksimiledruck nach der Ausgabe von 1742, Deutsche Neudrucke, Stuttgart 1966, Nachwort de Karl Reichert, p. 3-17. Cf. Christopher Meid : Der politische Roman im 18. Jahrhundert. Systementwurf und Aufklärungserzählung. Berlin/Boston 2021, Bd. 73, sur Loen, p. 151-197.

4 Heinrich Haeckel : « J.M. von Loen und die deutsche Aufklärung ». In : Zeitschrift für Religions- und Geistesgeschichte 6 (1954), p. 36-48, ici p. 47.

5 Hans Reiss : « Goethes Großonkel und die Politik. Die politischen Anschauungen J.M. von Loens (1694-1776) ». In : Jahrbuch der deutschen Schillergesellschaft 30 (1986), p. 128-160, ici p. 129 : « Sein Stil ist mustergültige Aufklärungsprosa ».

6 Loen : Erörterung der Frage : Ob die Teutschen wohl thun, daβ sie den Franzosen nachahmen. In : Gesammlete Kleine Schriften (1749-1752), Bd. 2, p. 396-415. Cf. Catherine Julliard : « J.M. von Loen et son Discours de l’imitation des Français (1744) : un anti-Thomasius ? » In : Recherches germaniques 40 (2010), p. 131-150.

7 Siegfried Sieber : J.M. von Loen. Goethes Großoheim (1694-1776). Sein Leben, sein Wirken und eine Auswahl aus seinen Schriften. Leipzig 1922.

8 Des Herrn von Loen Freie Gedanken zur Verbesserung der menschlichen Gesellschaft. Éd. par Johann Friedrich Fleischer, Frankfurt/Leipzig 3. Auflage 1752. L’étude de Reiss « Goethes Großonkel und die Politik » se réfère ponctuellement aux Freie Gedanken. Cf. Walther Killy/Rudolf Vierhaus (éd.) : Deutsche biographische Enzyklopädie. München 1997, Bd. 6, p. 444. Adalbert Elschenbroich : J.M. von Loën. In : Neue Deutsche Biographie. Berlin 1987, Bd. 15, p. 47-49. Christiane Büchel : J.M. von Loen im Wandel der Zeiten. Eine kleine Forschungsgeschichte. In : Das 18. Jahrhundert. Wolfenbüttel 1992, Jg. 16, Heft 1, p. 13-37. Andreas Anglet : Die Vision einer europäischen Friedensordnung bei J.M. von Loen (1694-1776). Rückbesinnung in Zeiten akuter Krisen. In : Winfried Böttcher (éd.) : Europas vergessene Visionäre. Baden-Baden 2019, p. 149-157.

9 Des Herrn von Loen Freie Gedanken, Vorbericht, p. 2 : « […] wegen seines großen Geistes, gründlichen Wissenschaften und edlen Bemühungen ».

10 Ibid. : « […] pragmatisch geschriebene Geschichte und sittliche Betrachtungen über wichtige Stücke zur Vollkommenheit der Menschen und Verbesserung derselben Fehler und Eigenschaften ».

11 Gonthier-Louis Fink : Die französische Monarchie und das Heilige Römische Reich Deutscher Nation. Die gegenseitige Bespiegelung der janusköpfigen Nachbarn 1670-1780. In : Jens Häseler/Albert Meier (éd.) : Gallophobie im 18. Jahrhundert. Unter Mitarbeit von Olaf Koch. Berlin 2005, p. 159-193. Heinrich Lutz/Friedrich Hermann Schubert/Hermann Weber : Frankreich und das Reich im 16. und 17. Jahrhundert. Göttingen 1968.

12 Cf. l’Avant-propos de Gonthier-Louis Fink et l’article de Jean-Marie Valentin : « Antagonismes confessionnels et francophobie en Allemagne : les pamphlets (1730-1731) de Georg Lizel Megalissus ». In : Cosmopolitisme, Patriotisme et Xénophobie en Allemagne au xviiie siècle, Revue d’Allemagne et des pays de langue allemande, tome XVIII, 4 (1986), p. 572-584.

13 René Pomeau : L’Europe des Lumières. Cosmopolitisme et unité européenne au xviiie siècle. Paris 1966, ch. 3, p. 49-70 : L’Europe française.

14 Jean Schillinger : Les pamphlétaires allemands et la France de Louis XIV. Berne 1999 ; Jean Schillinger : Les pamphlets anti-français en Allemagne à l’époque de la guerre de Succession d’Espagne. In : Raymond Heitz/York Gothart Mix/Jean Mondot / Nina Birkner (éd.) : Gallophilie und Gallophobie in der Literatur und den Medien in Deutschland und in Italien im 18. Jahrhundert. Heidelberg 2011, p. 53-72 ; Jean Schillinger : Le Saint-Empire. Paris 2002 ; Jean Schillinger : Der Tyrann Ludwig XIV. in den deutschen Flugschriften des XVII. Jahrhunderts. In : Jean-Daniel Krebs (éd.) : Die Affekte und ihre Darstellung in der deutschen Literatur der Frühen Neuzeit. Bern 1996, p. 231-246 ; Martin Wrede : Das Reich und seine Feinde. Politische Feindbilder in der reichspatriotischen Publizistik zwischen Westfälischem Frieden und Siebenjährigem Krieg. Mainz 2004, p. 324-545 : Das Reich und Frankreich : Konturen und Konjunkturen eines Feindbildes.

15 Wrede : Das Reich, p. 499 : « Bewußt wurde daher an die Flugschriftenkampagnen gegen Ludwig XIV. angeknüpft ». Wrede souligne l’imbrication de la publicistique des années 1740 avec celle des années 1690.

16 Haeckel : « J.M. von Loen », p. 48 : « In breitere Schichten hat der vornehme Johann Michael von Loen […] nicht gewirkt ».

17 Loen : Anmerkungen über den Caracter der Franzosen. In : Freie Gedanken, p. 237-248.

18 Loen : Beweis, daß Frankreich durch seine bisher sich ausbreitende Macht sich selbsten am meisten schadet. In : Freie Gedanken, p. 374-398.

19 Loen : Vorschlag, wie die überwiegende Macht von Frankreich in ein Gleich-Gewicht mit denen andern Europäischen Staaten könte gebracht werden. In : Freie Gedanken, p. 123-137.

20 Sur les stéréotypes chez Loen, Ruth Florack : Tiefsinnige Deutsche, frivole Franzosen. Nationale Stereotype in deutscher und französischer Literatur. Stuttgart/Weimar 2001, p. 256-261 et p. 247-250.

21 Loen : Anmerkungen, p. 238.

22 Ibid. : « zwei der geschicktesten französischen Schriftsteller ».

23 Loen : Beweis, p. 375 : « das vortrefflichste Volk auf der Welt ».

24 Ibid. : « Allein ihr ausschweifender Hochmuth verleitet sie ihren Ruhm außer sich und ihren Grenzen zu suchen ».

25 Cf. Beschreibung der französischen Armee unter dem Marschall von Maillebois. In : Loen : Gesammlete Kleine Schriften (1749-1752), Bd. 2, p. 267-279.

26 Loen : Anmerkungen, p. 242 : « Dieser rettet die Ehre der Teutschen ». Cf. Lucien Bély : La France moderne 1498-1789 [2003]. Paris 2013, p. 512 : article sur Maurice de Saxe, et p. 508 : article sur Charles Belle-Isle.

27 Loen : Anmerkungen, p. 243.

28 Ibid. : Anmerkungen, p. 240 : « viel zu zärtlich, zu weichlich und zu wohllüstig ». Stéréotype relevé par Florack : Tiefsinnige Deutsche, p. 247-250.

29 Loen : Anmerkungen, p. 240.

30 Ibid., p. 241 : « La Brosse […] hatte eine grausame Seele ».

31 Der in Plutonis Reich und Rachen eine Zeitlang gesteckte, nunmehro wieder erwacht–und auf–erstandene Grausame Mordbrenner De La Brosse. Cölln 1689. Cf. Hubert Gillot : Le règne de Louis XIV et l’opinion publique en Allemagne. Nancy 1914, liste des libelles, p. 315-363.

32 Loen : Anmerkungen, p. 241 : « ein rauher Mann ».

33 Jean-Philippe Cénat : Louvois. Le double de Louis XIV. Paris 2015.

34 Jean-Philippe Cénat : « Le ravage du Palatinat : politique de destruction, stratégie de cabinet et propagande au début de la guerre de la Ligue d’Augsbourg ». In : Revue historique, vol. 633, 1 (2005), p. 97-132.

35 Loen : Anmerkungen, p. 241 : « so menschlich er auch gesinnet war ».

36 Jean Bérenger : Turenne. Paris 1987. Lucien Bély (éd.) : Dictionnaire Louis XIV. Paris 2015.

37 Wrede : Das Reich, p. 509.

38 Voltaire : Le siècle de Louis XIV. Éd. par René Groos, Paris 2014, n° 308, tome I, p. 202 : « […] les officiers qui l’exécutèrent étaient honteux d’être les instruments de ces duretés. On les rejetait sur le marquis de Louvois, devenu plus inhumain par cet endurcissement de cœur que produit un long ministère ».

39 Loen : Anmerkungen, p. 241 : « Mitleiden von Befehlshabern ».

40 Loen : Beweis, p. 381 : « Der Franzos ist in seiner natürlichen Eigenschaft ein gutes Geschöpfe ».

41 Loen : Anmerkungen, p. 237 : « […] sind zu allen großen Unternehmungen geschickt ». Loen : Beweis, p. 381 : « Im Fleiß und in der Arbeitsamkeit übertrifft er alle Völker der Erden ».

42 Loen : Anmerkungen, p. 237 : « ein sehr angenehmer und liebenswürdiger Mensch ».

43 Ibid., p. 243.

44 Ibid., p. 246 : « freiwilligen Unterwerfung ». Cf. les multiples éditions du texte de La Boétie entre 1727 et 1740. In : La Boétie : Discours de la servitude volontaire. Éd. par Simone Goyard-Fabre, Paris 2016, Avant-Propos, p. 32.

45 Loen : Erörterung der Frage, p. 399. Cf. Loen : Anmerkungen, p. 247 : « Wir reden, denken, essen, trinken, schlafen, singen, fluchen, spielen, kleiden und ruinieren uns, alles à la françoise ». Sur le topos de l’imitation, Olav Krämer : « Welcher Gestalt man denen Frantzosen nachahmen solle. » Stationen einer Jahrhundertdebatte (Thomasius, Prémontval, Herder, Friedrich II., Möser). In : Häseler/Meier (éd.) : Gallophobie, p. 61-88.

46 Pamphlet de Lizel Megalissus, cit. par Valentin : « Antagonismes confessionnels », p. 576 : « […] man danzet französisch, man singet französisch, man schwöret französisch, man liebet französisch. Alles französisch ».

47 Loen : Anmerkungen, p. 244.

48 Ibid., p. 246.

49 Ibid., p. 247.

50 Ibid., p. 245.

51 Ibid. : « […] die Biere in den nordischen Gegenden von Teutschland viel mehr Geist zu geben scheinen ».

52 Loen : Vorschlag, p. 123 : « […] ganz Europa Gesetze vorzuschreiben ».

53 Loen : Anmerkungen, p. 247 : « […] so heben sie gleichsam ihren Tribut über uns, der jährlich ungeheure Summen aus Teutschland schleppt ». Loen : Beweis, p. 382 : « Diese Narrheit bringet jährlich ungeheure Geld-Summen in Frankreich ».

54 Loen : Anmerkungen, p. 247.

55 Ibid., p. 245.

56 Ibid., p. 246 : « Die Provinzen, die seit kurzer Zeit an Frankreich kommen, sind jetzo so gut französisch, als ob sie nie teutsch gewesen wären ».

57 Cf. Gillot : Le règne de Louis XIV. Jean Schillinger (éd.) : Louis XIV et le Grand Siècle dans la culture allemande après 1715. Nancy 2012.

58 Joël Cornette : Le roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle [1993]. Paris 2000.

59 Loen : Beweis, p. 377 : « als ein Gott verehret ».

60 Ibid., p. 388 : « von dem Schein einer falschen Hoheit geblendet ».

61 Fénelon : Les Aventures de Télémaque. Éd. par Furne et Cie, Paris 1853, livre XIII.

62 Cf. Pierre Ronzeaud : « Modèles et moyens de la réflexion politique dans le Télémaque : des modèles politiques archaïques au modèle monarchique ». In : Fénelon : Les Aventures de Télémaque. Paris 2010, p. 243-271.

63 Loen : Beweis, p. 392 : « Allein der Geist der beiden Cardinäle wandert noch stark in dem geheimen Rath ».

64 Ibid., p. 389 : « Pflanzschule des Krieges ».

65 Ibid., p. 376 : « Staatskunst zweyer verschmitzten Cardinälen ». La même méfiance s’exprime dans le texte Untersuchung, ob die genaue Freundschaft mit den Franzosen dem Reich vortheilhaft sey ? In : Loen : Gesammlete Kleine Schriften, Bd. 2, p. 230-243, ici p. 233 : « Der eine hatte allen Hochmuth eines Franzosen, und der andere alle List eines Italiäners ». Loen songe peut-être aussi à l’influence actuelle exercée par le cardinal de Fleury (1653-1743) sur Louis XV.

66 Loen : Von der Universal-Monarchie. In : Freie Gedanken, p. 259 : « Urheber von dem ganzen Spiel ».

67 Loen : Vorschlag, p. 128 : « List dieses überaus verschmitzten Hofes ».

68 Loen : Von der Universal-Monarchie, p. 250 : « französische Delila ».

69 Loen : Vorschlag, p. 123.

70 Loen : Von der Universal-Monarchie, p. 257.

71 Loen : Vorschlag, p. 123.

72 Schillinger : Les pamphlétaires, p. 206.

73 Wrede : Das Reich, p. 499.

74 Pierre Bonnet : La Monarchie universelle de Louis XIV : une notion-clé de la pensée politique, de Campanella à Montesquieu. In : Guy Spielmann (éd.) : Littératures classiques. Echos du grand Siècle. (1638-2011). Paris 2011, vol. 76, p. 133-146. Alexandre Y. Haran : Le Lys et le Globe. Messianisme dynastique et rêve impérial en France aux xvie et xviie siècles. Seyssel 2000. Franz Bosbach : Monarchia Universalis. Ein politischer Leitbegriff der frühen Neuzeit. Göttingen 1988.

75 Hermann Weber : Richelieu und das Reich. In : Lutz / Schubert / Weber : Frankreich und das Reich, p. 50 : « Angesichts der realpolitischen Schwierigkeiten hat eine französische Kaiserkandidatur in der Reichspolitik Richelieus wohl nie eine ernsthafte Rolle gespielt ». Cf. Schillinger : Les pamphlétaires, p. 291. Bély (éd.) : Dictionnaire, p. 227-228 : candidat à l’Empire ?

76 Cf. Haran : Le Lys, p. 128. Louis XIV : Mémoires pour l’instruction du Dauphin (1661). Éd. par Pierre Goubert, Paris 1992, p. 75 : « Les Allemands […] s’emparèrent aussitôt de cette dignité, ou plutôt en subrogèrent une autre en la place […] ».

77 Loen : Von der Universal-Monarchie, p. 295 : « kurzer Auftritt ».

78 Johann Heinrich Gottlieb von Justi : Beweis, daß die Universalmonarchie vor die Wohlfahrt von Europa und überhaupt des menschlichen Geschlechts die größte Glückseeligkeit würcken würde. In : Gesammelte Politische und Finanzschriften. Kopenhagen/Leipzig, Nachdruck Aalen 1970, p. 235-300 ; cf. Martin Espenhorst : J.H.G. von Justi (1717-1771). In : Frieden erdenken : Vormoderne Perspektiven auf Europa. Ausgewählte Aufsätze (1995-2014). Baden-Baden 2015, p. 25-39. Cf. p. 36 : « Universalmonarchie ist bei Justi keineswegs gleichbedeutend mit Hegemonie oder Herrschsucht – im Gegenteil : Er sieht darin vielmehr ein sittliches Ordnungsprinzip, das die Gefahr des „Rechts des Stärkeren“ und der unumschränkten Macht reduziere ». Sur le commentaire de Justi par Loen, Ere Nokkala : From Natural Law to Political Economy: J.H.G. von Justi on State, Commerce and International Order. Vienna 2019, ch. 6.

79 Loen : Von der Universal-Monarchie, p. 294 : « gegen Frankreich die Waffen zu ergreifen ».

80 Ibid., p. 295 : « bloße Hirnbilder ». Wrede explique que le concept se trouve vidé de son sens, voire conspué par les auteurs de libelles dans la première moitié du xviiie siècle, cf. Wrede : Das Reich, p. 490.

81 Sieber : J.M. von Loen, p. 33-72.

82 Montesquieu : Réflexions sur la monarchie universelle en Europe. Éd. par Michel Porret, Genève 2000.

83 Bonnet : La Monarchie Universelle, p. 145. 

84 Montesquieu : Réflexions, p. 105 : « […] l’État qui croit augmenter sa puissance par la ruine de celui qui le touche, s’affaiblit ordinairement avec lui ».

85 Loen : Beweis, p. 383 : « nichts als Noth, Elend und Dürftigkeit ».

86 Loen : Vorschlag, p. 133 : « Indem ich also die Freyheit nehme […] ».

87 Loen : Entwurf einer Staats-Kunst. Worinn die natürlichste Mittel entdeckt werden, ein Land mächtig, reich und glücklich zu machen. Frankfurt/Leipzig 1751, Fuβnote, p. 236 : « Ich habe denselben noch nicht gelesen ». Sur le parallèle avec l‘abbé de Saint-Pierre dans d’autres textes, cf. Anglet : Die Vision, p. 153-157.

88 Cf. Bruno Arcidiacono : Cinq types de paix. Une histoire des plans de pacification perpétuelle (xviie-xxe siècles). Paris 2011.

89 Loen : Vorschlag, p. 127.

90 Ibid. : Vorschlag, p. 131 : « Einschränkung in seine alten Grenzen ».

91 Reiss : « Goethes Großonkel », p. 147 : « eine Art Puffer-Zone » ; Ibid., p. 146 : « Er war seiner Zeit voraus ».

92 Loen : Vorschlag, p. 130 : « französische Vormundschaft ».

93 Ibid., p. 129.

94 À l’époque, les écrits du juriste de Tübingen Johann Jakob Moser, qui s’est aussi intéressé à la confédération suisse, attestent du souci du droit des peuples : Grundsätze des europäischen Völcker-Rechts in Kriegs-Zeiten. Tübingen 1752. Sur Moser, cf. Mack Walker : Johann Jakob Moser and the Holy Roman Empire of the German Nation. Chapel Hill 1981.

95 Loen : Vorschlag, p. 134 : « klug und behutsam ».

96 Ibid.

97 Ibid. : Vorschlag, p. 133.

98 Ibid. : « Gold-Grube ».

99 Loen : Beweis, p. 386.

100 Ibid., p. 385.

101 Wrede : Das Reich, p. 541.

102 Reiss : « Goethes Großonkel », p. 134 : « Von Loen ist ein Mann des Maßes und der Ausgeglichenheit ». Meid : Der politische Roman, p. 197 : « […] dieser pragmatische und lebenspraktische Zug von Loens Gedankenwelt ».

103 Loen : Vorschlag, p. 133.

104 Reiss : « Goethe’s Great-Uncle. J.M. von Loen as a Traveller ». In : German Life and Letters 41 (1988), p. 384-392, ici p. 385 : « His aim is to serve the common weal ».

105 Pourtant, quelques années plus tôt, Loen exprimait son scepticisme concernant cette notion de balance politique. Cf. Untersuchung, ob die genaue Freundschaft mit den Franzosen dem Reich vortheilhaft sey (1742). In : Gesammlete Kleine Schriften, Bd. 2, p. 230-238, ici p. 237 : « Ich muß bekennen, daß ich von dem Geheimnis dieser politischen Staatswaage nicht das geringste verstehe ».

106 Cf. Arcidiacono : Cinq types de paix, p. 241-250 sur l’abbé de Saint-Pierre et p. 326-344 sur la solution kantienne.

107 David Hume : Essais et Traités sur plusieurs sujets. Essais moraux, politiques et littéraires. Paris 2009 (traduit de l’anglais par Michel Malherbe), partie II, essai VII, p. 105 : De la balance du pouvoir. Original : Of the balance of power. Edinburgh 1752. Cf. p. 111 : « Les monarchies, quand elles s’étendent excessivement, sont probablement ruineuses pour la nature humaine ».

108 Fénelon : Dialogues des morts, XVII. In : Fénelon : Œuvres. Éd. par Jacques Le Brun, Paris 1983-1997, tome I, p. 330.

109 Cf. Marc Belissa : Fraternité universelle et intérêt national (1713-1795). Les cosmopolitiques du droit des gens. Paris 1998, ch. 2, p. 85-89 : La condamnation de l’ordre européen. La monarchie universelle et l’équilibre des puissances. Cf. Montesquieu : Réflexions, p. 20 (Porret) : « L’équilibre géopolitique, né du droit public des États et du commerce, devient l’idéal diplomatique des Lumières ».

110 Haeckel : « J.M. von Loen », p. 48 : « Bildung einer öffentlichen Meinung als Bedingung zu diesen Verbesserungen ».

111 Arcidiacono : Cinq types de paix, p. XII. Cf. p. XV : Arcidiacono signale « autant de méthodes possibles que d’auteurs recensés ».

112 Wrede : Das Reich, p. 515 : Frankreich als Friedensgarant oder als Reichsfeind.

113 Heinz Duchhardt : Balance of Power und Pentarchie. Internationale Beziehungen 1700-1785. Paderborn 1997 ; Heinz Duchhardt : Studien zur Friedensvermittlung in der Frühen Neuzeit. Mainz Wiesbaden 1979 ; Meid : Wege zu einem ewigen Frieden. Ethik, Diplomatie und politische Klugheit. In : Der politische Roman, p. 181-197 ; Anglet : Die Vision, p. 156 : « Weiterhin dürfte durch den Siebenjährigen Krieg die Stimmung für das Friedens-und Europakonzept von Loens nicht günstig gewesen sein ».

114 Wrede : Das Reich, p. 525-537.

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Pour citer cet article

Référence papier

Catherine Julliard, « L’image de la France dans Freie Gedanken zur Verbesserung der menschlichen Gesellschaft (1752) de Johann Michael von Loen »Recherches germaniques, 52 | 2022, 7-24.

Référence électronique

Catherine Julliard, « L’image de la France dans Freie Gedanken zur Verbesserung der menschlichen Gesellschaft (1752) de Johann Michael von Loen »Recherches germaniques [En ligne], 52 | 2022, mis en ligne le 12 décembre 2022, consulté le 11 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rg/8439 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rg.8439

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Auteur

Catherine Julliard

Maîtresse de conférences en études germaniques
Centre d’Études Germaniques Interculturelles de Lorraine
Université de Lorraine
catherine.julliard[at]univ-lorraine.fr

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