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Felix Mitterer, dramaturge et scénariste

Krambambuli ou l’adaptation d’un classique de la littérature et du cinéma

Krambambuli oder die Adaption eines Klassikers der Literatur und des Films
Krambambuli or the Adaptation of a Classic of Literature and Cinema
Aurélie Le Née
p. 141-153

Résumés

En 1998, Felix Mitterer signe le scénario du film Krambambuli, adaptation du récit de Marie von Ebner-Eschenbach devenu un classique de la littérature autrichienne, mais aussi du cinéma de langue allemande. En effet, quatre adaptations de ce texte de la fin du xixe siècle ont précédé la version de 1998, réalisée par Xaver Schwarzenberger. Il s’agira d’analyser ce film en le situant par rapport à sa source littéraire, mais aussi aux adaptations qui l’ont précédé, rattachées au Heimatfilm. Le film de Mitterer/Schwarzenberger renouvelle cette tradition, en optant pour une référence nette au genre du western, tout en la dépassant en accordant une place importante aux personnages féminins, généralement en retrait dans ce type de films et très effacés dans le récit d’Ebner-Eschenbach.

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Texte intégral

  • 1 Felix Mitterer : Mein Lebenslauf. Innsbruck 2018, p. 293-294, ici p. 293.

1En 1998, Felix Mitterer écrit le scénario du film Krambambuli, adaptation du récit de Marie von Ebner-Eschenbach, réalisée par Xaver Schwarzenberger. Dans son autobiographie publiée vingt ans plus tard, l’auteur autrichien relate les circonstances qui ont conduit à cette adaptation : il s’agit à l’origine d’un projet familial puisque l’idée d’adapter le livre à l’écran est née sous l’impulsion de la fille de l’écrivain, Anna Mitterer, qui avait été marquée par la lecture de Krambambuli à l’école. C’est également Anna Mitterer qui suggéra de tourner le film en République tchèque afin de respecter le cadre spatial, même si la ville du tournage, Český Krumlov, se situe en Bohême-du-Sud, tandis que le récit d’Ebner-Eschenbach se passe à Vyškov, en Moravie-du-Sud1. Ce point de départ du projet est une première différence avec les autres scénarios sur lesquels Mitterer a travaillé et qui étaient généralement des commandes d’amis réalisateurs ou de chaînes de télévision. Une autre particularité, dont Felix Mitterer souligne le caractère exceptionnel, est l’absence de modification apportée à son scénario :

  • 2 Ibid.

Bei den ersten Drehbuchbesprechungen in Wien […] erlebte ich etwas, was ich noch nie erlebt hatte und auch nie mehr erleben würde. Man hatte am Drehbuch nichts auszusetzen, rein gar nichts. Nicht ein einziger Satz wurde gestrichen, sie waren mit allem einverstanden.2

  • 3 Ibid.

Le scénario de Krambambuli serait ainsi le scénario de Mitterer le plus authentique. Enfin, comme le rappelle l’auteur lui-même3, le récit Krambambuli a fait l’objet de plusieurs adaptations filmiques (notamment par Franz Antel), qui furent très populaires dans les années 1960. L’adaptation de Krambambuli à l’écran ne signifie donc pas seulement un travail sur un classique de la littérature autrichienne, mais aussi un positionnement par rapport à une tradition filmique. De plus, à la différence de la plupart des adaptations filmiques d’œuvres littéraires qui doivent condenser un roman de plusieurs centaines de pages en une heure et demie, voire deux heures de film et donc procéder à des coupes, la démarche est inverse dans le cas de Krambambuli, récit d’une dizaine de pages qu’il s’agit d’étoffer pour en faire un film d’une durée acceptable. Ainsi s’agira-t-il de cerner la façon dont l’adaptation de Felix Mitterer répond à la double tradition dans laquelle s’inscrit Krambambuli et aux contraintes imposées par le texte. Avant d’aborder plus précisément la version mittererienne, nous reviendrons rapidement sur le récit de Marie von Ebner-Eschenbach et sur les adaptations filmiques antérieures.

Krambambuli de Marie von Ebner-Eschenbach

  • 4 Daniela Strigl : Berühmt sein ist nichts. Marie von Ebner-Eschenbach. Eine Biographie. Wien 2016.

2Si la critique, et notamment Daniela Strigl, auteure d’une biographie de Marie von Ebner-Eschenbach4, présente le récit Krambambuli comme une œuvre incontournable dans le parcours scolaire d’un élève en Autriche, ce texte est moins connu en France, ce qui semble justifier un résumé en préambule.

3L’action se déroule donc en Moravie-du-Sud, probablement à la fin du xixe siècle, c’est-à-dire à l’époque où le récit, publié en 1883 dans Dorf- und Schlossgeschichten, fut rédigé, même si le lecteur ne relève pas de dates précises dans le texte. Elle est principalement relatée du point de vue du garde-chasse Hopp. Au centre de l’intrigue, le personnage éponyme est un chien tiraillé entre deux maîtres : le premier est un vagabond, braconnier à ses heures, qui cède le chien à Hopp contre quelques bouteilles de Krambambuli, une liqueur de Danzig, qui donne son nom à l’animal. Après deux mois d’un dressage violent, Hopp finit par se faire accepter comme le nouveau maître de Krambambuli, qui devient le centre de sa vie, au point de susciter la jalousie de la femme du garde-chasse. Deux années s’écoulent ainsi paisiblement jusqu’au jour où la femme du comte pour lequel travaille Hopp vient demander le chien pour l’offrir à son mari pour son anniversaire. Hopp accepte d’abandonner son chien si ce dernier peut demeurer au château sans y être contraint et forcé par une chaîne ou tout autre moyen coercitif. L’expérience est, comme l’espérait Hopp, un échec : Krambambuli ne peut tolérer un autre maître et revient bien vite auprès du garde-chasse. À cette époque, un braconnier surnommé « Der Gelbe » sévit dans le domaine que Hopp doit surveiller. Le garde forestier en chef, qui a appris les rudiments du métier auprès de Hopp, devient plus sévère et s’en prend un jour violemment à des enfants et des femmes (dont l’une serait la maîtresse du braconnier) qui ramassaient du bois sans en avoir l’autorisation. Quelques jours plus tard, le garde forestier est retrouvé mort à l’endroit même où il avait surpris les femmes et les enfants. Le garde-chasse n’a alors qu’une seule idée en tête : venger ce crime. Il remarque l’attitude étrange de Krambambuli au moment de la découverte du corps du garde forestier et comprend que l’auteur du meurtre ne peut être que l’ancien maître du chien. Hopp retrouve le braconnier, et un duel s’engage non seulement pour éliminer l’adversaire, mais aussi pour savoir qui est le maître de Krambambuli, tiraillé entre les deux hommes. Finalement, l’animal choisit de rejoindre son premier maître, blessé à mort par Hopp. Le garde-chasse rejette alors le chien. Krambambuli erre quelque temps avant de mourir de faim. Hopp le retrouve mort sur le seuil de sa porte le jour où il avait décidé de pardonner à l’animal et de partir à sa recherche.

  • 5 Strigl : Berühmt sein ist nichts, p. 12 : « eine Literatur des echten Pathos, eine Literatur, die (...)
  • 6 Ibid. : « Die Erzählung ist mir in lebhafter Erinnerung als ein Text, der zu rühren, aufzuwühlen (...)
  • 7 Marie von Ebner-Eschenbach : Krambambuli und andere Erzählungen. Stuttgart 2001 [11969], p. 5.
  • 8 Ruth Klüger : Marie von Ebner-Eschenbach. Anwältin der Unterdrückten. Wien 2016, p. 41.
  • 9 Werner M. Bauer : « Falsche Analogie. Vermenschlichung und Säkularisation in den Tiergeschichten (...)
  • 10 Ibid., p. 129 : « Sein erster Rudelführer verkauft ihn für Schnaps – er macht ihn zum Äquivalent (...)
  • 11 Ibid., p. 131.
  • 12 Ibid., p. 126. C’est également ce qu’observe Ruth Klüger in Marie von Ebner-Eschenbach, p. 41. : (...)
  • 13 Strigl : Berühmt sein ist nichts, p. 279 : « zu einem Idol der Tierschutzbewegung ».

4Comme le rappelle Daniela Strigl au début de sa biographie consacrée à Marie von Ebner-Eschenbach, le récit Krambambuli est passé dans la postérité comme l’exemple d’une « littérature du véritable pathos »5 dont le but est d’« émouvoir, de bouleverser, d’ébranler »6, en se présentant comme l’illustration d’une maxime, énoncée d’emblée et centrée sur la notion d’amour : « Vorliebe empfindet der Mensch für allerlei Gegenstände. Liebe, die echte, unvergängliche, die lernt er – wenn überhaupt – nur einmal kennen »7. Cependant, si l’émotion est bel et bien présente, le récit ne saurait se résumer à cette dimension, comme le note Ruth Klüger : « ‘Krambambuli’ [ist] mehr als eine rührselige Erzählung »8. La mort du chien, victime des hommes, peut en effet être interprétée comme une critique de l’anthropocentrisme, comme l’analyse Werner M. Bauer dans son article sur les animaux dans l’œuvre de Marie von Ebner-Eschenbach9. Le chien est considéré par Hopp, et par le premier maître qui l’échange contre des bouteilles de liqueur, comme une marchandise10, qui doit remplir son rôle, c’est-à-dire être fidèle à son maître et lui obéir. Sans quoi, il n’a pas de valeur : « Das Tier ist zur Nahrung, Freude und für den Sport da und kann und soll für diese Zwecke gezüchtet und abgerichtet werden, wenn nötig mit Gewalt – wie das Hopp […] ja tu[t] »11. Hopp, prisonnier de sa vision anthropocentriste du monde, est incapable de comprendre le chien12. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le personnage de Krambambuli soit devenu, selon les termes de Daniela Strigl, « l’idole des mouvements de protection des animaux »13. Mais le récit offre une critique sociale plus large, celle d’une société hiérarchique, féodale, patriarcale et violente, comme le note Werner M. Bauer :

  • 14 Bauer : « Falsche Analogie », p. 127.

Hopps verständnisloser Herrschaftsanspruch über Krambambuli, der ohne jede Reflexion über das Verhaltensspektrum eines Hundes durchgezogen und verwirklicht wird, erscheint gerade durch die Wiedergabe naiver Besitzgier und emotionaler Vermenschlichung des Hundes […] als Spiegelbild einer starren, sozialen Hierarchie, in der Wilderer, Förster und Hunde gefangen sind. So werden als eigentliches Thema der Geschichte die Herrschaftsverhältnisse einer noch halb feudalen Gesellschaftsstruktur hinter der Figurenkonstellation : Hopp – der « Gelbe » – Krambambuli sichtbar.14

  • 15 Ibid.
  • 16 Werner M. Bauer souligne l’ironie qui ressort d’emblée en raison du décalage entre les grands sen (...)
  • 17 Strigl : Berühmt sein ist nichts, p. 12 : Ein « konservatives Weltbild ».

Werner M. Bauer conclut sur ce point en soulignant la prédominance de la violence dans cette société féodale et patriarcale : « Im Grunde wird eine Gesellschaft gezeigt, in der jeder jeden prügelt »15. Si Hopp ne remet pas en question cette violence, ni l’ordre social, l’ironie de l’auteure face au personnage, perceptible dans les passages au style direct et indirect libre16, suggère que Marie von Ebner-Eschenbach n’adhère pas à cette vision violente et anthropocentrée du monde. Le récit s’achève sur les propos lapidaires de Hopp (« ‘Schad um den Hund !’ »), ce qui renforce la critique de l’attitude du garde-chasse, incapable de changer, même après avoir perdu Krambambuli. Si l’écrivaine prend ses distances vis-à-vis de son personnage et des valeurs qu’il incarne, le texte n’incite tout de même pas à la révolte. L’ordre établi n’est pas fondamentalement remis en question : les femmes et les enfants qui ont volé du bois sont traduits en justice, le braconnier est tué. Comme l’indique Daniela Strigl, Marie von Ebner-Eschenbach est associée à une « vision conservatrice du monde »17. C’est du reste cette vision conservatrice qui prime dans les adaptations filmiques antérieures à celle de Schwarzenberger/Mitterer.

Les adaptations antérieures

  • 18 Bauer : « Falsche Analogie », p. 125. « Da ist einmal die Stufenfolge von theatralisch sehr wirku (...)
  • 19 Karl Köstlin : Krambambuli. Die Geschichte eines Hundes. Wienfilm, 1940.
  • 20 Peter C. Pfeiffer : Marie von Ebner-Eschenbach. Tragödie – Erzählung – Heimatfilm. Tübingen 2008, (...)
  • 21 Ibid.
  • 22 Ebner-Eschenbach : Krambambuli, p. 5-6, p. 12.
  • 23 Peter C. Pfeiffer parle de « melodramatische[…] Ausformung des von Ebner vorgelegten Handlungsske (...)
  • 24 Ibid. : « So wird der Hund Krambambuli in einer Sequenz von Tierszenen eingeführt, in der er mit (...)
  • 25 Ibid. : « Seine [Krambambulis, ALN] Treue zu seinem ersten Herrn wird in einer Sequenz verdeutlic (...)
  • 26 Ebner-Eschenbach : Krambambuli, p. 16.

5On dénombre quatre adaptations, en plus de celle pour laquelle Felix Mitterer a écrit le scénario, la popularité du récit de Marie von Ebner-Eschenbach ainsi que sa structure dramatique ayant sans doute contribué à l’adaptation du texte en film18, même si le texte est très bref, comme nous l’avons évoqué en introduction. La première adaptation filmique est celle de Karl Köstlin, d’après un scénario de Josef Friedrich Perkonig et Rudo Ritter. Elle date de 1940 (Wien-Film) et reprend le titre de la nouvelle19. Comme le précise Peter C. Pfeiffer dans son étude sur les quatre adaptations filmiques de Krambambuli, cette première version est « globalement proche de l’histoire d’Ebner, dont l’intrigue est enjolivée afin de consolider les motivations psychologiques »20. Cette première adaptation introduit par exemple le triangle amoureux (Anna / Barthel/Thomas), qui sera repris dans toutes les autres adaptations, y compris celle de Schwarzenberger/Mitterer. Conséquence de cette nouvelle situation : les personnages sont rajeunis. Alors que l’auteure évoque un « vieux garde-chasse » dans son récit, les personnages des films sont des jeunes gens21. Une autre modification tient au personnage du marginal, qualifié dans le récit par des termes péjoratifs tels que « Vazierender », « Vagabund », « Schuft »22, alors que Thomas, le marginal du film de 1940, est un homme sympathique, qui se bat contre quelqu’un qui s’en prend à Krambambuli. C’est ainsi que Thomas devient un criminel. Il s’échappe de prison, retourne au village pour retrouver Anna, qui a épousé entre-temps Barthel le garde-chasse. S’ensuit un duel entre les deux hommes qui conduit à la mort de Thomas et du chien. Le réalisateur et les scénaristes du film de 1940 rejettent la critique sociale pour mettre l’accent sur le destin mélodramatique du personnage de Thomas23. La scène du récit d’Ebner-Eschenbach où les femmes et les enfants sont frappés par le garde forestier est par exemple absente du film tout comme les allusions à la rudesse de la vie à la campagne. Au contraire, comme l’indique Peter C. Pfeiffer, le réalisateur et les scénaristes introduisent des séquences champêtres où Krambambuli joue avec des animaux domestiques et sauvages, qui seront reprises dans les films d’Antel24. Ces séquences rattachent clairement le film au genre du Heimatfilm. Une autre séquence montrant le chien qui court derrière le train qui conduit son maître en prison est introduite dans le film de 1940 et reprise par Franz Antel25. On peut y voir une adaptation de la scène du livre au cours de laquelle Krambambuli suit le cadavre de son premier maître, transporté hors de la forêt : « als die Leiche auf den Wagen geladen war und fortgeführt wurde, trottete Krambambuli gesenkten Kopfes und mit eingezogenem Schwanze hinterher »26.

  • 27 Franz Antel : Heimatland. Sascha-Film, 1955. Franz Antel : Ruf der Wälder. Neue Delta – Wiener St (...)
  • 28 Pfeiffer : Marie von Ebner-Eschenbach, p. 155.

6Franz Antel signe trois films inspirés de Krambambuli : Heimatland en 1955, Ruf der Wälder en 1965 et Sie nannten ihn Krambambuli, également connu sous le titre Was geschah auf Schloß Wildberg ? en 197227. Ces adaptations sont rattachées au genre du Heimatfilm et, comme l’explique Peter C. Pfeiffer28, en montre même l’évolution entre la version de 1955 qui accentue l’opposition entre la ville et la campagne, et celle de 1972 qui met davantage l’accent sur l’opposition entre la génération des enfants et celle des pères, en passant par Ruf der Wälder, où le marginal est un travailleur immigré italien interprété par Terence Hill, qui s’appelait alors encore Mario Girotti.

  • 29 Cf. ibid.

7Dans ces trois films, on retrouve le triangle amoureux, avec une importance toute particulière accordée à la morale dans les deux premiers. La jeune femme peut certes se laisser séduire par le marginal, mais à la fin tout doit rentrer dans l’ordre : elle choisit le brave garde-chasse en costume traditionnel. Le marginal étant devenu un criminel, il n’est plus question de l’épouser. Une différence majeure par rapport au récit et au film de 1940 concerne, dans les adaptations d’Antel, la fin où le chien ne meurt pas. Pour Antel qui cherche à gagner de l’argent avec des films populaires afin de réaliser des films plus ambitieux comme Oberst Redl (1955)29 ou Der Bockerer (1981), il s’agit de plaire au public. Or, la mort du héros canin semble difficilement compatible avec le genre du Heimatfilm.

8Autre modification importante : le chien n’est pas échangé contre des bouteilles d’alcool. Le garde-chasse le prend simplement en charge quand le premier maître est envoyé en prison. L’enjeu de la rivalité n’est plus tant le chien, mais la femme, même s’il existe un parallèle entre les deux, surtout dans Ruf der Wälder où l’animal ne s’appelle plus Krambambuli, mais Bella.

  • 30 Ingeborg Rabenstein-Michel : « Bewältigungsinstrument Anti-Heimatliteratur ». In : Germanica 42 ( (...)

9Enfin, les trois films d’Antel, tout comme le film de 1940, sont transposés à l’époque contemporaine du public, dans des lieux typiques du Heimatfilm que sont les paysages alpestres30. Peut-être peut-on voir dans cette transposition spatiotemporelle une volonté de reproduire sur le spectateur l’effet produit par le récit de Marie von Ebner-Eschenbach qui se déroule à l’époque de la rédaction du texte, dans la région où vit l’auteure. Comme nous l’annoncions en introduction, le scénario de Felix Mitterer ne réinvestit pas cette transposition, mais reprend le cadre spatiotemporel du récit. Du reste, il ne s’agit pas du seul aspect qui suggère que cette adaptation est la plus proche du texte d’origine.

Krambambuli de Felix Mitterer et Xaver Schwarzenberger

  • 31 Xaver Schwarzenberger : Krambambuli. Satel-Film, 1998. Abrégé K dans la suite de l’article.

10Initialement prévu pour le petit écran, le film Krambambuli, réalisé par Xaver Schwarzenberger pour la société de production Satel-Film, dirigée par Michael Wolkenstein, en coproduction avec l’Österreichischer Rundfunk, le Bayerischer Rundfunk et le Süddeutscher Rundfunk, sort au cinéma en 199831. D’une durée d’une heure et trente-deux minutes, il rassemble les acteurs Tobias Moretti, figure récurrente dans les films de Mitterer, qui joue ici le braconnier Wolf Pachler, Gabriel Barylli, qui incarne le garde-chasse Georg Walch, et Christine Neubauer, Johanna, la femme de ce dernier.

11Le film reste globalement assez proche du récit de Marie von Ebner-Eschenbach, notamment dans les scènes cruciales telles que l’échange du chien, à la différence près que le braconnier accepte, dans le film, de céder Krambambuli car il espère le récupérer, ce qui n’est pas dit dans le livre, le duel final avec la mort du braconnier, puis la mort de l’animal. Sur ce point, le film cherche à émouvoir, comme le livre. La souffrance du chien est accentuée par la transposition des événements en hiver, comme dans la version filmique de 1940, tandis que la scène se passe en été dans le livre. Le spectateur est alors confronté à une pauvre bête souffrant du froid et de la faim, le tout magnifié par une musique mélancolique (K, 01:27:54-01:30:53).

  • 32 Ebner-Eschenbach : Krambambuli, p. 7.
  • 33 Comme l’indique Peter C. Pfeiffer, qui évoque l’adaptation de Schwarzenberger seulement dans une (...)

12Comme il l’explique dans son autobiographie, Mitterer a étoffé le rôle de la femme du garde-chasse et réinvesti le triangle amoureux, déjà présent dans les films précédents, mais d’une autre manière. Dans les films de Franz Antel, la rivalité entre les deux personnages masculins pour conquérir la jeune fille à marier du village est un ajout par rapport au livre. Dans l’adaptation de 1998, la rivalité entre les deux protagonistes est le résultat de la jalousie de la femme du garde-chasse face au chien, jalousie évoquée dans le récit de Marie von Ebner-Eschenbach32. Felix Mitterer développe donc un motif sous-jacent dans le livre, mais en le complexifiant33. La femme du garde-chasse est tiraillée entre les deux héros comme l’est Krambambuli. Elle se compare d’ailleurs au chien, se définissant comme une victime de la rivalité des deux hommes (Johanna : « Ich bin auch ein Hund », K, 01:21:10). Le parallélisme est également souligné par un effet d’écho à la fin du film : après la trahison de sa femme, qui a passé la nuit avec Pachler, le garde-chasse pointe son fusil sur elle, avant de renoncer à la tuer (K, 01:17:57). Il fera de même après la trahison de Krambambuli, pointant le fusil sur l’animal sans pouvoir aller jusqu’au bout (K, 01:24:12), qualifiant le chien et sa femme de traîtres (K, 01:24:00-01:24:35). Dans les deux cas, la caméra se pose sur le regard des victimes. Le film dénonce ainsi la structure patriarcale de la société, qui écrase les faibles. Krambambuli ne survivra pas à cette société, tandis que la femme décide de partir et est recueillie, alors qu’elle est enceinte probablement de Pachler, par la mère du braconnier, qui tient une auberge à la lisière du village. Ainsi Johanna ne peut-elle survivre et devenir mère qu’en dehors de l’univers patriarcal caractérisé par sa violence, soulignée dès les premières minutes du film.

  • 34 Ebner-Eschenbach : Krambambuli, p. 10.
  • 35 Ibid.
  • 36 Ibid., p. 11.
  • 37 Veronika Trubel : « Es geht nicht um den Hund ». In : Kurier, 24.10.1997.
  • 38 Lors de la confrontation à la taverne, Walch se définit comme un homme de loi, à la différence de (...)
  • 39 « Krambambuli. Traurige Tiergeschichte ». In : Vorarlberger Nachrichten 11.11.1998, Beil. Magazin (...)

13Le film ne commence pas comme le livre par la maxime morale que le récit est censé illustrer, mais par une autre scène du récit, plus tardive, celle du châtiment infligé aux femmes et aux enfants qui, dans le film, ramassent non des morceaux de bois, mais des pommes sans y être autorisés (K, début – 00:02:42). Ce qui est tout d’abord frappant dans cette séquence, ce sont les échos avec le texte. Le récit offre la description d’un paysage idyllique, évoquant la beauté de la nature printanière : « Die Linden standen just in schönster Blüte », « auf den Ästen der herrlichen Bäume »34. Il souligne l’innocence des enfants, comparés à des écureuils35. Cette innocence s’oppose à la violence du garde forestier, comparé au diable (« wild wie ein Teufel in der Hölle »36), qui frappe sans scrupule des enfants. Dans le film, le réalisateur magnifie la beauté de la nature, dominée par des couleurs chaudes, véritable évocation d’un paradis sur terre. Les pommes, que cueillent les enfants installés sur les branches des arbres, ne sont d’ailleurs pas sans rappeler la Genèse. Le garde forestier, dont l’habit sombre contraste avec les couleurs dorées de la nature, représente alors l’incarnation du mal. La bande-son renforce l’opposition : le son des violons et le chant des oiseaux sont interrompus par le rire diabolique du garde forestier, qui fait tomber les enfants des arbres et les moleste violemment au point de briser le bras de la petite fille. En plaçant cette séquence au début du film, le réalisateur et le scénariste mettent en avant la critique sociale, critique d’une société féodale, violente, dominée par les injustices. Pour s’opposer au méchant garde forestier entre en scène le justicier masqué qui vole au secours des démunis. À la différence du récit, le braconnier est d’emblée présenté dans le film comme un héros, même si, selon Tobias Moretti qui incarne le personnage, il n’y a pas de véritables héros dans ce film : « Hier gibt es keine ‘edlen’ Helden, sondern echte Menschen, das ist ja das Schöne »37. Pachler, le hors-la-loi au grand cœur, a des mauvais côtés, tout comme Walch, l’homme de loi38 guidé par ses principes39. On retrouve ici l’intérêt de Mitterer pour les personnages d’anti-héros et de marginaux.

14Le réalisateur et le scénariste accentuent tout au long du film la critique sociale, présente dans le récit. La structure hiérarchique, féodale est transposée de manière spatiale dans différents plans, souvent en contre-plongée, de la forteresse qui domine la ville (K, 00:13:58 ; 00: 27:42 ; 00:53:01). De plus, les personnages modestes, à peine esquissés dans le livre, sont individualisés et étoffés dans le film. Ainsi l’un des assistants du garde-chasse est-il présenté comme un très mauvais tireur, ce qui contribue à une scène comique (K, 00:26:40-00:27:34), tandis qu’un autre est paresseux, ce qui conduit à la fin tragique de son coéquipier (K, 01:07:35-01:09:39). Les amis de Pachler sont également des personnages secondaires aux contours plus nets que dans le livre. L’un d’eux, Raimund, avec son chapeau de travers et sa manie de cracher par terre (K, 00:13:54 ; 00:42:48), peut être considéré comme un opérateur de l’effet comique (K, 00:41:22-00:43:06), tout comme du clivage social, le personnage apparaissant pour la première fois juste avant la rencontre de Walch avec le comte. Son accoutrement tranche avec l’habit soigné du comte (K, 00:14:10). Mais ce sont surtout les personnages féminins qui sont le plus étoffés dans le film par rapport au livre : outre la femme de Walch, la maîtresse de Pachler et la comtesse, évoquées dans le livre, on trouve la bonne des Walch, qui entretient aussi une liaison avec Pachler, la mère et la fille de Pachler.

  • 40 Cf. par exemple : « Denn Hunde können nicht sprechen ». In : Der Standard 08.09.1998, p. 16.
  • 41 Combat de coqs qui n’est pas sans faire écho à la lutte entre Walch et Pachler pour conquérir Joh (...)
  • 42 Ebner-Eschenbach : Krambambuli, p. 10.
  • 43 Les prénoms des autres personnages ont cette même charge symbolique : Johanna, la femme sans enfa (...)

15Dans les adaptations filmiques antérieures déjà, la part des femmes était plus importante que dans le livre, même s’il s’agissait avant tout de répondre au goût du public en introduisant une histoire d’amour. Les personnages féminins apportaient une touche de glamour et servaient de faire-valoir aux personnages masculins dans une société patriarcale, typique des Heimatfilme Dans l’adaptation de Schwarzenberger/Mitterer, la dimension sensuelle (on pense notamment aux scènes où l’on voit l’épaule dénudée de Johanna) et l’histoire d’amour sont bien présentes, mais le traitement des personnages féminins dépasse ces clichés. Johanna joue un rôle de premier plan, ce que certains journalistes ont considéré comme une façon de compenser le fait que le chien ne peut pas parler40. Le scénariste confère au personnage de Johanna un rôle et des répliques fortes. Ainsi, après la visite chez le comte, c’est Johanna qui émet une critique de l’ordre social hiérarchique, interpelant son mari : « Findest du das gerecht. » (K, 00:17:30-00:17:43). Elle se sent d’ailleurs plus proche des habitués de la taverne (milieu dans lequel elle a grandi) que des hautes sphères sociales ou de l’univers rigide de son mari légaliste (K, 01:17:49). À la fin du film, Pachler lui confie son masque (K, 01:16:18), ce qui peut être interprété comme un souvenir de la nuit qu’ils ont passée ensemble, mais aussi comme une façon de transmettre son combat contre l’injustice sociale qu’il avait évoqué justement avec Johanna dans une scène précédente (K, 00:51:40). La scène à la taverne est un autre exemple de la forte personnalité de Johanna. Elle y est la seule femme. Elle fume, boit et assiste à un combat de coqs dans l’arrière-salle41.
Elle sait aussi se défendre lorsqu’elle est abordée par un comparse de Pachler (K, 00:35:23-00:45:03). De retour chez elle, elle tient tête à son mari qui lui reproche son escapade et la gifle. Elle menace alors de le quitter s’il lève encore une fois la main sur elle et a le dernier mot en commandant à son mari d’aller au lit (K, 00:45:03-00:46:15). Enfin, c’est Johanna qui intervient pour faire cesser la bagarre entre Walch et Pachler à la taverne (K, 01:00:21-01:03:28). Son mari tout comme Pachler lui obéissent sans broncher. Johanna apparaît donc comme une femme forte, émancipée pour l’époque à laquelle l’action est censée se dérouler, qui ne trouve pas sa place dans la société patriarcale. Elle n’est du reste pas le seul personnage féminin mis en valeur dans le film. Tout comme il le fait pour le personnage de Johanna, Mitterer donne du relief à la maîtresse du braconnier, simple allusion comme en passant dans le récit42, qui devient dans le film un personnage de mère courage au prénom évocateur de Martha43.

  • 44 Le rôle central dévolu à Johanna remet en question l’analyse que propose Peter C. Pfeiffer du fil (...)

16Mère de trois enfants, avec qui elle vit dans un petit appartement, Martha subvient seule aux besoins de sa famille. Ainsi la voit-on toujours en train de travailler lorsqu’elle apparaît à l’écran (en train de laver ou de repasser le linge des bourgeois, K, 00:27:50-00:31:23 ; 01:03:28 ; 01:12:32), à l’exception d’une scène où elle est couchée avec Pachler et de la séquence d’ouverture où elle ramasse des pommes avec ses enfants. Ce personnage contribue à la critique sociale tout en incarnant une forme de liberté de mœurs (elle a par exemple des enfants de différents pères et refuse d’épouser Pachler, K, 00:30:54). Elle se distingue également par son analyse fine des situations. Elle pressent rapidement la mort prochaine de Pachler (K, 00:31:04). Quand ce dernier lui avoue son intention de tuer Krambambuli devenu infidèle, Martha lui répond avec vivacité : « Bist du treu ? Bist du so treu ? » (K, 01:05:40), plaçant l’homme et l’animal sur le même plan. Elle est du reste la seule à le faire. Pachler lui rétorque que l’être humain n’a pas à être fidèle, à la différence du chien, opinion que partage Walch. Dans les deux cas, il s’agit bien d’une vision anthropocentrée qui attribue au chien les qualités que l’homme décide de lui conférer. Même Johanna qui se propose de libérer Krambambuli (« Ich bin deine Befreierin », K, 00:46:32) ne comprend pas l’animal, elle ne comprend pas qu’il ne suffit pas de le délivrer de ses chaînes pour qu’il s’en aille. Et cela lui est égal (« Ach mach was du willst, blöder Hund ! », K, 00:46:54). Elle ne cherche pas à comprendre le chien, mais simplement à s’en débarrasser. Ces exemples traduisent la critique de l’anthropocentrisme présente dans le film comme dans le récit, même si le film met davantage l’accent sur la critique sociale, notamment en développant les personnages féminins44. Néanmoins, la vision du monde demeure conservatrice. « Es ist meine Schuld » répète Johanna à deux reprises à la fin du film alors que Walch et Pachler s’entretuent dans la forêt, réinvestissant des motifs du western, très présents dans l’adaptation de Schwarzenberger/Mitterer, qui est aussi un film d’action.

  • 45 Rainer Tittelbach : « Süchtig nach der Jagd ». In : Hamburger Abendblatt, 21.12.1998.
  • 46 Mitterer : Mein Lebenslauf, p. 294.
  • 47 Ludwig Heinrich : « Drehbuchauftrag von der Tochter ». In : Oberösterreichische Nachrichten 04.09 (...)
  • 48 Ces différences ne doivent toutefois pas occulter la parenté entre le western et le Heimatfilm, c (...)
  • 49 Sur le genre du western en général ou en Autriche en particulier, cf. entre autres l’entrée « Wes (...)

17Le réalisateur et le scénariste ont en effet reconnu à plusieurs reprises l’influence du western sur leur adaptation du classique de Marie von Ebner-Eschenbach : « ‘Es ist ein Heimatfilm-Western geworden’ sagt Mitterer »45. Dans son autobiographie, l’auteur reprend cette idée : « Es wurde eine Art Western mit unglaublicher Intensität daraus »46, tandis que le réalisateur expliquait à l’occasion de la sortie du film : « Das [die Western-Nähe, ALN] geschah sehr bewußt […], denn die langen Mäntel und Hüte à la Wildwest, die meine Hauptfiguren tragen, sind mir lieber als die üblichen Jodlerg’wandeln »47. Parmi les éléments typiques du western, on pourrait ajouter les foulards sur les visages des braconniers quand ils chassent dans la forêt, la taverne avec l’arrière-salle où ont lieu les combats de coqs, qui n’est pas sans rappeler le saloon, la forêt rocailleuse qui fait penser aux montagnes Rocheuses et les paysages en général qui, sous les filtres jaunes, s’éloignent des paysages alpestres traditionnels, dominés par la couleur verte dans les Heimatfilme48. Même la musique du film, qui use par moments de l’accordéon, contribue au parallèle avec le western. Walch est alors l’archétype de l’homme de loi confronté au bandit incarné par Pachler. Les scènes de combats dans la forêt entre le garde-chasse et ses hommes et les braconniers font écho à des classiques du genre49.

18L’adaptation de Krambambuli de 1998 propose donc une évolution quant à la référence cinématographique : les Heimatfilme de Franz Antel sont supplantés par le Heimatfilm-Western, qui répond davantage aux attentes des spectateurs du xxe siècle et traduit l’ambivalence du livre et de sa réception, alliant un certain conservatisme, qui rappelle le Heimatfilm, à la violence du western. Plus proche du récit de Marie von Ebner-Eschenbach, la version de Schwarzenberger/Mitterer accentue la critique sociale et fait éclater l’univers masculin en ajoutant plusieurs personnages féminins, de la fillette à la mère en passant par la femme sensuelle et tourmentée qui ne trouve pas sa place dans la société patriarcale. Quelques scènes comiques font écho à l’ironie présente dans le livre. Ainsi, des cinq films inspirés de Krambambuli, la version de Schwarzenberger/Mitterer apparaît comme la seule véritable adaptation du récit de Marie von Ebner-Eschenbach.

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Notes

1 Felix Mitterer : Mein Lebenslauf. Innsbruck 2018, p. 293-294, ici p. 293.

2 Ibid.

3 Ibid.

4 Daniela Strigl : Berühmt sein ist nichts. Marie von Ebner-Eschenbach. Eine Biographie. Wien 2016.

5 Strigl : Berühmt sein ist nichts, p. 12 : « eine Literatur des echten Pathos, eine Literatur, die ihre Leser nicht kalt lässt und ihre affektive und damit kathartische Wirkung auch nach hundert Jahren noch entfaltet. »

6 Ibid. : « Die Erzählung ist mir in lebhafter Erinnerung als ein Text, der zu rühren, aufzuwühlen und zu erschüttern vermag ».

7 Marie von Ebner-Eschenbach : Krambambuli und andere Erzählungen. Stuttgart 2001 [11969], p. 5.

8 Ruth Klüger : Marie von Ebner-Eschenbach. Anwältin der Unterdrückten. Wien 2016, p. 41.

9 Werner M. Bauer : « Falsche Analogie. Vermenschlichung und Säkularisation in den Tiergeschichten der Marie von Ebner-Eschenbach ». In : Joseph P. Strelka (éd.) : Des Mitleids tiefe Liebesfähigkeit. Zum Werk der Marie von Ebner-Eschenbach. Bern [u.a.] 1997, p. 131 : « Trotzdem ist natürlich die Stellung des Tieres in der epischen Welt unserer Dichterin durch Anthropozentrismus bestimmt. »

10 Ibid., p. 129 : « Sein erster Rudelführer verkauft ihn für Schnaps – er macht ihn zum Äquivalent einer Ware. » En acceptant de céder son chien pour qu’il soit offert au comte pour son anniversaire, Hopp ne se comporte pas différemment du premier maître de Krambambuli.

11 Ibid., p. 131.

12 Ibid., p. 126. C’est également ce qu’observe Ruth Klüger in Marie von Ebner-Eschenbach, p. 41. : « Denn die Verwirrung des Hundes, der zwei Meister hat, die Gegner sind, geht von den ungerechten Menschen aus, die einander wegen geringer Verbrechen töten und die den treuen Hund mehrmals wie leblose Ware behandeln, um dann wieder zu vergessen, dass er über keine menschliche Urteilskraft verfügt. »

13 Strigl : Berühmt sein ist nichts, p. 279 : « zu einem Idol der Tierschutzbewegung ».

14 Bauer : « Falsche Analogie », p. 127.

15 Ibid.

16 Werner M. Bauer souligne l’ironie qui ressort d’emblée en raison du décalage entre les grands sentiments évoqués dans la maxime et le statut social du personnage qui est sensé les illustrer. Bauer : « Falsche Analogie », p. 122. On peut voir également une forme d’ironie dans le passage au discours direct à la fin de la nouvelle. Hopp s’adresse au chien qu’il a l’intention de tuer, après que Krambambuli est retourné auprès de son premier maître, et fait les questions et les réponses. Ebner-Eschenbach : Krambambuli, p. 15.

17 Strigl : Berühmt sein ist nichts, p. 12 : Ein « konservatives Weltbild ».

18 Bauer : « Falsche Analogie », p. 125. « Da ist einmal die Stufenfolge von theatralisch sehr wirkungsvoll aufgebauten Szenen. »

19 Karl Köstlin : Krambambuli. Die Geschichte eines Hundes. Wienfilm, 1940.

20 Peter C. Pfeiffer : Marie von Ebner-Eschenbach. Tragödie – Erzählung – Heimatfilm. Tübingen 2008, p. 152. « Der Film hält sich insgesamt eng an Ebners Geschichte, deren Handlung ausgeschmückt wird, um die psychologischen Motivierungen zu festigen. »

21 Ibid.

22 Ebner-Eschenbach : Krambambuli, p. 5-6, p. 12.

23 Peter C. Pfeiffer parle de « melodramatische[…] Ausformung des von Ebner vorgelegten Handlungsskeletts ». Pfeiffer : Marie von Ebner-Eschenbach, p. 153.

24 Ibid. : « So wird der Hund Krambambuli in einer Sequenz von Tierszenen eingeführt, in der er mit Haus- und Wildtieren spielt. Das bleibt auch in den folgenden Fassungen mit Ausnahme der letzten [Sie nannten ihn Krambambuli, ALN] bestehen ».

25 Ibid. : « Seine [Krambambulis, ALN] Treue zu seinem ersten Herrn wird in einer Sequenz verdeutlicht, in der er dem Zug hinterherläuft, in dem Thomas vom Dorf in die Stadt zum Gefängnis gebracht wird. Dieses Motiv bleibt in den ersten vier Fassungen auch in der filmischen Gestaltung konstant ».

26 Ebner-Eschenbach : Krambambuli, p. 16.

27 Franz Antel : Heimatland. Sascha-Film, 1955. Franz Antel : Ruf der Wälder. Neue Delta – Wiener Stadthalle, 1965. Franz Antel : Sie nannten ihn Krambambuli. Kurt Kodal für Neue Delta/Divina, 1972.

28 Pfeiffer : Marie von Ebner-Eschenbach, p. 155.

29 Cf. ibid.

30 Ingeborg Rabenstein-Michel : « Bewältigungsinstrument Anti-Heimatliteratur ». In : Germanica 42 (2008), p. 161 : « Heimat wurde so zur überwältigenden, unschuldigen und identitätsstiftenden Naturkulisse stilisiert ». Voir également Lena Marie Gonschiorek : Der österreichische Heimatfilm der 1950er Jahre als Kontrukteur nationaler Identität. Wien (Magisterarbeit) 2009.

31 Xaver Schwarzenberger : Krambambuli. Satel-Film, 1998. Abrégé K dans la suite de l’article.

32 Ebner-Eschenbach : Krambambuli, p. 7.

33 Comme l’indique Peter C. Pfeiffer, qui évoque l’adaptation de Schwarzenberger seulement dans une courte note de bas de page : « Ein bei Ebner nur gerade angedeutetes Motiv, die Eifersucht der (alten) Ehefrau Hopps auf den Hund, wird hier breit ausgewalzt und gewinnt dadurch, dass die Figuren jung sind, eine ganz andere Dimension ». Pfeiffer : Marie von Ebner-Eschenbach, p. 173.

34 Ebner-Eschenbach : Krambambuli, p. 10.

35 Ibid.

36 Ibid., p. 11.

37 Veronika Trubel : « Es geht nicht um den Hund ». In : Kurier, 24.10.1997.

38 Lors de la confrontation à la taverne, Walch se définit comme un homme de loi, à la différence de Pachler : « Walch : Ich bin ein Mann des Gesetzes. […] Pachler : Ich bin kein Mann des Gesetzes. » (K, 00:58:25 et 00:58:38).

39 « Krambambuli. Traurige Tiergeschichte ». In : Vorarlberger Nachrichten 11.11.1998, Beil. Magazin, p. 18 : « Daß jedoch weder Autor noch Regisseur das Gute und das Böse vordergründig verteilen, daß der Zuschauer Recht und Unrecht auf beiden Seiten sieht. »

40 Cf. par exemple : « Denn Hunde können nicht sprechen ». In : Der Standard 08.09.1998, p. 16.

41 Combat de coqs qui n’est pas sans faire écho à la lutte entre Walch et Pachler pour conquérir Johanna. Une bagarre entre les deux hommes se déroule d’ailleurs à la taverne.

42 Ebner-Eschenbach : Krambambuli, p. 10.

43 Les prénoms des autres personnages ont cette même charge symbolique : Johanna, la femme sans enfant, délaissée par son mari comme la sainte française ; le garde-chasse Georg, qui tue non le dragon, mais le braconnier qui sévit dans la contrée ; Wolf, le braconnier prédateur.

44 Le rôle central dévolu à Johanna remet en question l’analyse que propose Peter C. Pfeiffer du film : « Die letzte […] Fassung, ebenfalls Krambambuli betitelt, die im Jahre 1998 von Xaver Schwarzenberger nach einem Drehbuch des Tirolers Heimatdichters und Volksautors Felix Mitterer herausgebracht wurde, […] ist […] ein historischer Film, der den auch bei Ebner zentralen sozialen Konflikten zwischen Obrigkeit und Landbevölkerung sich primär in der Triebpsychologie der männlichen Hauptfiguren ausspielen lässt. » Pfeiffer : Marie von Ebner-Eschenbach, p. 173. La critique sociale dans le film n’est pas uniquement sous-tendue par la psychologie des personnages masculins. Elle l’est bien plus par les personnages de Johanna ou de Martha.

45 Rainer Tittelbach : « Süchtig nach der Jagd ». In : Hamburger Abendblatt, 21.12.1998.

46 Mitterer : Mein Lebenslauf, p. 294.

47 Ludwig Heinrich : « Drehbuchauftrag von der Tochter ». In : Oberösterreichische Nachrichten 04.09.1998, p. 6.

48 Ces différences ne doivent toutefois pas occulter la parenté entre le western et le Heimatfilm, comme le rappelle Peter C. Pfeiffer : « Damit greift man die allgemeine Aussage, die in der Gattung des Heimatfilms das deutschsprachige Äquivalent des amerikanischen Western und damit der nationalmythischen Selbstprojektion sieht, in ihrer kulturellen Dimension auf. » Pfeiffer : Marie von Ebner-Eschenbach, p. 156.

49 Sur le genre du western en général ou en Autriche en particulier, cf. entre autres l’entrée « Western » dans le Filmlexikon en ligne de l’université de Kiel <https://filmlexikon.uni-kiel.de/doku.php/w:western-387> [12.12.2021] et l’article de Nikhil Sathe : « Fortress Europe as Frontier : Adaptation of Western Genre in Austrian Cinema ». In : Katya Krylova (éd.) : New Perspectives on Contemporary Austrian Literature and Culture. Oxford/Bern/ Berlin/ Wien 2018, p. 151-176.

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Pour citer cet article

Référence papier

Aurélie Le Née, « Krambambuli ou l’adaptation d’un classique de la littérature et du cinéma »Recherches germaniques, 52 | 2022, 141-153.

Référence électronique

Aurélie Le Née, « Krambambuli ou l’adaptation d’un classique de la littérature et du cinéma »Recherches germaniques [En ligne], 52 | 2022, mis en ligne le 12 décembre 2022, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rg/9137 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rg.9137

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Auteur

Aurélie Le Née

Maîtresse de conférences en études germaniques
Unité de recherche « Mondes germaniques et nord-européens »
Université de Strasbourg
lenee[at]unistra.fr

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