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Dossier: Alimentation, pouvoirs et politiques au XIXe siècle

Faire face à l’abondance : livres de cuisine et prescription des habitudes alimentaires dans le monde britannique, v. 1790-1837

Countering Abundance: Cookery Books and Prescribing Foodways in the British World, c. 1790-1837
Troy Bickham
Traduction de Ophélie Siméon
p. 25-42

Résumés

Cet article examine comment, dans la Grande-Bretagne des XVIIIe et XIXe siècles, des réformateurs issus des classes aisées ont instrumentalisé la question de l’alimentation pour tenter d’établir des formes d’hégémonie culturelle. Bien que la pénurie et la malnutrition subsistent dans le pays au cours de cette période, les travailleurs pauvres et les classes populaires disposent d'un plus grand choix et d'une plus grande liberté en matière alimentation. Des produits autrefois luxueux tels que le thé et le sucre deviennent des aliments de consommation courante. Dans ce contexte, cet article étudie la manière dont les moralistes issus des classes aisées utilisent la culture imprimée pour promouvoir des modes d'alimentation conformes à des pratiques sociales jugées respectables et très largement idéalisées. Ces pratiques célèbrent la famille nucléaire, établissent un lien entre habitudes alimentaires et identité nationale et chargent les femmes (en particulier les mères) de faire appliquer ces idéaux conformistes. En s'appuyant principalement sur une série de sources imprimées à destination du grand public, et notamment sur les livres de cuisine, cet article montre en quoi un réseau d'hommes et de femmes, pour la plupart de condition moyenne, a redéfini les normes sociales en prescrivant de nouveaux modes de consommation alimentaire. Par exemple, l'universalisme et le caractère communautaire liés à la préparation et à la consommation des aliments en ont fait le moyen privilégié d’une redéfinition des mythes fondateurs nationaux, contribuant ainsi à occulter certaines pages sombres de l’histoire. Le boycott du sucre produit par les esclaves, mouvement qui débute en Grande-Bretagne dans les années 1790 et dure près d’un demi-siècle, illustre parfaitement ce phénomène. Traditionnellement célébrés comme une avancée pour les droits des consommateurs et comme un moment décisif pour l’engagement politique des femmes vis-à-vis de la politique impériale, le boycott est également porteur d’injonctions très strictes concernant la bonne conduite des femmes en société. En ce sens, ces boycotts incarnent plus généralement un idéal domestique conformiste. Cet article entend donc réfuter l’idée selon laquelle le choix et l’abondance alimentaire associés à la Grande-Bretagne du XIXe siècle auraient été socialement libérateurs.

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Notes de la rédaction

Traduit de l’anglais par Ophélie Siméon

Extrait du texte

Cairn

Texte intégral disponible via abonnement/accès payant sur le portail Cairn. Le texte intégral en libre accès sera disponible à cette adresse en janvier 2028.
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Plan

Du luxe à la banalité
Livres de cuisine et conformisme
L’économie comme vertu
Livres de cuisine, normes et attentes
Conclusion

Aperçu du texte

Si la malnutrition pour cause de pénurie alimentaire fut une réalité en Grande-Bretagne au tournant des xviiie et xixe siècles, le pays n’a pratiquement pas connu de famine durant cette même période. Prospérité économique, essor industriel, politiques agricoles protectionnistes, infrastructures nationales et vastes réseaux commerciaux avec l’étranger et au sein de l’empire : ces facteurs contribuent à protéger les Britanniques des disettes et autres famines qui continuent d’accabler une bonne partie du reste de l’Europe. La population bénéficie, en outre, du fait que les conflits armés n’atteignent pas les côtes nationales. Au plus fort des guerres napoléoniennes, les céréales bon marché, importées des États-Unis, alimentent les sujets de Sa Majesté ainsi que ses troupes expéditionnaires stationnées dans la péninsule ibérique. La Royal Navy supervise ces échanges tandis que ses vaisseaux tentent de juguler les arrivages de grain à destination d’une Europe continentale sous dominatio...

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Pour citer cet article

Référence papier

Troy Bickham, « Faire face à l’abondance : livres de cuisine et prescription des habitudes alimentaires dans le monde britannique, v. 1790-1837 »Revue d'histoire du XIXe siècle, 70 | 2025, 25-42.

Référence électronique

Troy Bickham, « Faire face à l’abondance : livres de cuisine et prescription des habitudes alimentaires dans le monde britannique, v. 1790-1837 »Revue d'histoire du XIXe siècle [En ligne], 70 | 2025, mis en ligne le 02 janvier 2028, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/rh19/10162 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14c2e

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Auteur

Troy Bickham

Troy Bickham est professeur à l’Université Texas A&M et directeur du Glasscock Center for Humanities Research

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Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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