Ce même Rambuteau, en me parlant des bons de pain de cet hiver, me disait, avec une réelle admiration de lui-même : – J’ai nourri 450 000 personnes cet hiver.
Même en mettant à part l’épouvantable famine irlandaise, la gravité de la crise européenne de subsistances de 1846-1847 ne fait de doute pour personne. Elle est comme le prologue obligé de toutes les histoires de la révolution de 1848 en France comme en Europe ; et rares sont les ouvrages consacrés à la révolution de février et à la Deuxième République qui n’évoquent pas, sinon Pierre Dupont et son « chant du pain », du moins la fameuse émeute de Buzançais (Indre) et l’impitoyable répression qui suivit. On sait l’ampleur des troubles dans les campagnes et dans les bourgs, entraves à la circulation, taxations populaires, éléments d’un répertoire de l’action collective bien connu et bien étudié (notamment par la thèse de Nicolas Bourguinat) ; mais on mentionne rarement les révoltes pour le pain qui se produisirent dans des villes...


